mardi 27 janvier 2009

Radical-inconsistent



  • Si jamais un jour la situation dégénère, j'espère que la gaffe d'Eric Woerth aura sa place dans l'arrogance et le mépris qui pourrait pousser n'importe quel Rocardien à rejoindre l'Ultra-Hyper-Totale-Gauche.

    La situation de crise actuelle, qui voit la France "particulièrement affaiblie", appelle à "se serrer les coudes". Que les grévistes "bougent, qu'ils deviennent un acteur de la sortie de crise. Qu'ils se remontent un tout petit peu les manches, qu'ils se mettent à travailler à l'unité du pays", a prôné M. Woerth.


    C'est vrai, ça, que les Français deviennent un peu "acteurs de la sortie de crise" au lieu de critiquer le gouvernement qui est en train de faire son boulot en soutenant tous les intérêts de Neuilly.

  • A l'inverse, Libé donne la parole à Alain Badiou comme principal opposant intellectuel du gouvernement actuel (et l'incarnation de la "nouvelle radicalité"). Voilà, on n'a plus le choix qu'entre Berlusconi et Béria, entre Péron et Pol-Pot.

    Libé lui demande d'expliquer son expression stupide de "pétainisme transcendantal", qui a à peu près autant d'intérêt que la "France moisie" de Sollers pour habiller des propos assez banals.

    Ne serait-il pas plus juste de parler de bonapartisme ?

    Le bonapartisme s'accompagne d'une dimension militaire. Sarkozy est plutôt lié aux milieux d'affaires. Proposons "orléanisme dur".


    La dimension militaire fut relativement faible sous le Second Empire après le coup d'Etat et la répression (en dehors des aventures désastreuses au Mexique ou contre la Prusse). La comparaison avec le "bonapartisme" de Rémond peut poser quelques problèmes car le gaullisme était un peu moins autoritaire et avait un côté social que n'arrive pas à simuler le sarkozysme (malgré tous les pillages de Guaino, malgré Martin Hirsch et le RSA repris au PS). Il y a eu de sincères gaullistes de gauche alors qu'il n'y a guère que des renégats, des traitres et des vendus qui peuvent se rallier au valet de Bouygues. Mais dire que c'est un "orléanisme dur" et une manifestation empirique d'un "pétainisme transcendantal" n'a aucun sens, et la seule vertu intellectuelle qu'on pourrait attendre d'un philosophe est un minimum d'attention à la rigueur et la clarté des termes qu'on emploie.

    "Transcendantal", autant que je sache, signifie qu'on doit poser quelque chose comme condition de possibilité de notre expérience même si on n'a pas directement quelque chose d'objectif dans l'expérience. Par exemple, pour Kant, le "Monde" n'est pas un concept car nous ne pouvons pas simplement par induction des phénomènes former le concept synthétique de la totalité des phénomènes, mais c'est une Idée transcendantale, à la fois hors de toute connaissance exhaustive et condition de l'expérience. Mais dans la trouvaille verbale de Badiou, qu'ajoute le terme à la généalogie ? Veut-il feindre de faire signe vers quelque horizon non-empirique des diverses formes de réactions politiques dans notre pays ?

    Badiou explique qu'il est pour les droits de l'homme (p. 9) et contre les libertés formelles (p. 7), pour la démocratie et pour Lénine et Mao. Il appelle à la révolution par la rue à condition de refuser la "forme-parti" qui conduirait nécessairement ensuite à la domination d'une classe sociale. Il attire l'aura de la "fidélité" à la radicalité des années 70, sans doute au même sens que Ratzinger ou Ahmadinejad montrent aussi cette vertu de "fidélité".

  • 5 commentaires:

    1. Je suis bien content de voir que je n'étais pas le seul à faire des bonds ce matin devant mon poste de radio... que ce soit à propos de Woerth ou à propos de Badiou.

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    2. Oui, c'est un réveil difficile des deux côtés.

      A force d'avaler son chapeau, Woerth ne cache pas son ressentiment. Il aurait pourtant été facile d'user la langue de bois habituelle ("je comprends les légitimes craintes des Français mais j'espère qu'elles ne seront pas récupérées, blabla" au lieu de "ils n'ont qu'à bosser un peu et se lever tôt, ces parasites improductifs").

      La popularité de Badiou, en SartreFoucaultDeleuze de substitution va sans doute continuer à s'amplifier. Il semble tellement remplir une sorte d'attente.

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    3. "La dimension militaire fut relativement faible sous le Second Empire après le coup d'Etat et la répression (en dehors des aventures désastreuses au Mexique ou contre la Prusse)."
      Enfin, si on ajoute La Crimée, l'Italie et quelques expéditions coloniales c'est quand même pas mal non, pour celui qui proclamait "l'empire c'est la paix"?

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    4. Oui, ce que j'ai écrit ne tient pas là-dessus (et ma mauvaise foi est telle que je ne parle pas des victoires).

      Le militarisme marche bien sûr pour le boulangisme et une partie de l'expérience gaulliste originelle aussi.
      Mais orléanisme autoritaire continue à sembler un peu flou.

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    5. Oui, c'est affolant ce spectre Woerth-Badiou. C'est un peu comme avoir le choix entre Michael Moore et Jacques Myard.

      Le phénomène Badiou m'étonne. Son " de quoi" m'est tombé des mains tant il est rempli de contradictions et d'analogies stupides, de bouts de phrases qui ne veulent rien dire.

      C'est amusant. Hier soir, on parlait de Foucault et de Bourdieu avec un blogueur de l'EHESS. Le nom de Badiou ne nous est même pas venu à la bouche pour évoquer un substitut à Foucault. Je crois qu'il emprunte une voie similaire à celle de Bourdieu, celle du principe de Peter, par vanité...

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