mercredi 29 avril 2009

Uchronies I : La rupture du 19 mai



Le 19 mai 1974, VGE n'a gagné qu'avec 50,81%, une avance de 400 000 voix seulement. François Mitterrand aurait donc très bien pu gagner les élections de 1974 (il aurait peut-être fallu que les Gaullistes ayant voté Chaban en veuillent un peu plus à Chirac/VGE et qu'ils aient moins peur du Programme commun) mais qu'est-ce que cela aurait changé ?

  • Législatives

    Mitterrand doit dissoudre l'Assemblée nationale qui a été élue aux élections législatives de mars 1973 (où la majorité UDR + Républicains Indépendants sortante a 311 sièges sur 488).

    Même en supposant une démobilisation de droite et un réflexe "légitimiste", la Marée rose doit être moins importante en 1974 que celle de 1981 (où les Français avaient eu trois ans depuis les Législatives de 1978).

    Autre différence avec 1981 : Georges Marchais a soutenu Mitterrand aux Présidentielles et le PCF a encore été légèrement devant le PS aux législatives de 1973 avec 21,3% contre 18,9 au premier tour (même si le PS gagne un peu plus de sièges). Ce n'est qu'en 1981 que le déclin s'était accéléré (16,1% contre 36%).

    Le PCF aurait été donc plus fort qu'après le "10 mai". Ils doivent avoir au moins 75 députés au lieu de 44 en 1981. Ceux qui s'opposeraient à lui dans le Gouvernement doivent être relativement faibles, peut-être autour d'Alain Savary ?

  • Programme Commun

    Le Programme Commun PS-PCF de 1972 devait être légèrement plus marxisant que celui de 1981 (le maire de Mulhouse SFIO "social-démocrate" Émile Muller, ancêtre de notre Bockel, a quitté le PS pour protester contre le Programme commun et il eut un score de 0,7% aux Présidentielles de 1974 avant de rejoindre la majorité giscardienne dans notre réalité). Michel Rocard et Jacques Delors n'avaient pas encore rallié le PS et ils auraient été encore plus minoritaires dans ce scénario de victoire du Programme commun. Il y aurait eu sans doute plus de ministres communistes, voire des Molletistes (Guy Mollet, maire d'Arras, ne meurt qu'en 1975).

    François Mitterrand avait 58 ans (seulement 4 ans de plus que Badinguet aujourd'hui), ce qui aurait pu changer des détails dans sa personnalité, des années avant son cancer et sa "rigidification" que nous associons aux années 1990. Je ne pense pas en revanche que la naissance de Mazarine huit mois après aurait été traitée différemment (le roman de Françoise Giroud sur elle ne sortit qu'en 1983).

    Alain Savary, 56 ans, pourrait faire un Premier Ministre, mais j'imagine que Gaston Defferre (ou Mauroy, déjà) aurait eu plus de chances (ils sont alliés au Congrès de Grenoble de 1973).

    Pierre Mendès France a 67 ans mais il est malade et Mitterrand n'aurait peut-être pas envie de nommer son vieux rival, bien plus hostile au Présidentialisme.

    Un peu plus de nationalisations étaient prévues avec le groupe Dassault et Roussel-Uclaf (en 1982, l'Etat ne prit que des participations).

    Mitterrand aurait autorisé l'avortement et mis la majorité à 18 ans, comme le fit VGE. En revanche, le Service national aurait été ramené à 6 mois.

  • Réformes

    Une différence importante est qu'on peut se demander si Mitterrand aurait aboli la Peine capitale dès 1974 comme il le fit avec l'avocat Badinter en 1981. A ma connaissance, le Programme commun n'en disait rien (contrairement aux 110 propositions). Et Badinter n'est pas encore dans son entourage.

    Le Programme Commun avait des aspects plus importants de révision constitutionnelle parlementaire, avec quinquennat (mais c'était aussi la 45e proposition de 1981 que bafoua Mitterrand en se représentant en 88) et diminution du rôle du Président, notamment contre la dissolution (Contrat de Législature). Il y avait une proposition de transformation du Conseil constitutionnel en Cour Suprême mais cela était peut-être tout aussi concret que l'idée de saisine du Conseil par les particuliers dont Mitterrand parlait sans cesse sans jamais l'appliquer.

    La France serait restée dans l'Otan (le texte demande la dissolution simultanée de l'Otan et du Pacte de Varsovie) mais il était prévu qu'elle renonce à la Force de frappe. Il y aurait eu aussi quelques tensions avec l'Espagne franquiste finissante.

  • Bilan

    Après 5 ans, auraient eu lieu les législatives de 1979 et peut-être aussi les Présidentielles, si Mitterrand avait tenu le Programme sur le Quinquennat.

    On peut supposer que l'alliance avec le PCF aurait volé en éclat quand même.

    Mitterrand aurait peut-être eu plus de mal à mettre en place le projet de SME dans la CEE et l'Ecu que créa VGE, même si on imaginait que le PCF ne le gêne pas.

    Il est plausible que la Gauche aurait été battue aux élections de 1979 en raison de la Crise économique et la division PS-PCF inévitable.

    J'imagine que VGE, 53 ans, battu de peu cinq avant aurait déjà pu revenir et que Chirac aurait été un peu trop jeune à 47 ans (leur célèbre rivalité n'aurait peut-être pas eu encore le temps d'éclater d'ailleurs, avec une droite plus divisée avec une UDR-RPR sans l'UDF présidentielle).

    Une grande différence est que le retour de la Droite aurait coïncidé avec la victoire de Thatcher et Reagan, ce qui aurait mis la France synchrone avec les révolutions conservatrices, VGE ou Chirac auraient alors mis dès 1979 certaines des réformes de dénationalisations de 1986.

    Le problème aurait été plus intéressant si le Quinquennat n'était pas appliqué, en cas de Cohabitation entre Mitterrand et le Premier ministre pour 1979-1981.

  • 2 commentaires:

    1. A vrai dire, la position de Mitterrand était de n'accepter de ministres communistes au gouvernement que si le parti socialiste disposait de la majorité absolue. Dans le cas contraire, il aurait négocié un soutient sans participation du parti communiste (comme en 1936). Du coup la situation aurait été très instable et avec le second choc pétrolier on peut même s'interroger sur la capacité de la droite à déstabiliser le régime. La bande-dessinée de politique-fiction "Le songe d'Attalie" (qui anticipe une vistoire de la gauche aux législatives de 1978) pronostiquait d'ailleurs une débacle de la gauche comparable à celle du cartel de 1924 (incapacité à maîtriser sa majorité, obstruction systématique du sénat, mur de l'argent, etc.). En revanche, je ne vois pas vraiment de raison de penser que l'intégration européenne eut été moins rapide avec Mitterrand et Schmidt.

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    2. Sur le Mur de l'Argent, il paraît que cela avait été même théorisé par Pierre Joxe : il était pour que la Gauche fasse les réformes de 1982 puis soit vite renvoyée dans une cure d'opposition selon une sorte de Cycle Stop & Go.
      Bien sûr ce schéma parlementaire n'a plus le même sens dans un régime présidentiel. Jean-Noël Jeanneney publie Leçon d'Histoire pour une gauche au pouvoir : la Faillite du Cartel (1924-1926) en 1983, donc juste à l'époque où le Tournant va faire le choix de la durée.

      Sur la CEE, tout aurait dépendu de l'importance du PCF, mais après la sortie du Serpent monétaire, je ne sais pas si Mitterrand aurait fait un "Tournant de la rigueur de 1976" pour créer le SME et la Monnaie commune.

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