mercredi 30 septembre 2009

Cogitat et ludit, ergo fuit



  • Jeux Descartes fut fondé en 1978 comme une petite compagnie de jeux de réflexion, et se développa ensuite avec le groupe de presse Excelsior qui éditait Science et Vie depuis 1913 puis son extension Jeux & Stratégie (1980-1990), ainsi que Casus Belli (première formule, 1980-1999).

    Asmodée (fondée en 1995 par Croc à partir du petit éditeur indépendant Siroz) a su mieux s'adapter à l'évolution des jeux de société vers les petits jeux "à l'allemande" contre les anciens jeux de simulation et wargames plus complexes. Ils sont depuis devenus le "leader" dans la distribution des jeux de société et ont donc progressivement réduit la part des jeux de rôle.

    En 2004-2005, le réseau de Jeux Descartes fut repris par Asmodée. Ils fermèrent d'abord les boutiques de Bordeaux, Lyon et celle à Pasteur et ils viennent de fermer au 1er septembre 2009 la boutique de Meissonier (Wagram, XVIIe), qui était l'ancien magasin "Jeux de guerre" racheté par Descartes en 1987. Il ne reste donc plus que la dernière survivante de Paris, celle de la rue des Ecoles (Ve, en face de la Sorbonne).

    Le marché économique du jeu de rôle continue de baisser : non seulement on trouve de plus en plus de PDF illégaux mais aussi toute une nouvelle vague de PDF gratuits légaux de qualité. L'idée des Clones (republier le même système mais sans le même texte copyrighté) permet de rendre "ouverte" n'importe quelle licence de jeu de rôle (par exemple, OpenQuest a en partie déjà rendu "ouverte" la licence de Runequest). En dehors de quelques aspects comme les illustrations (et les plans), les jeux "libres" peuvent directement remplacer les jeux commerciaux.

    Par ailleurs les boutiques non-virtuelles (qui semblent vivre surtout des jeux de cartes ou de figurines maintenant) sont concurrencées également par la vente par correspondance.

  • Armide me faisait remarquer qu'il devrait y avoir des corrélations entre jeux de rôle et philosophie.

    En général, ce n'est pourtant pas le cas : les jeux de simulation mathématisés sont plutôt préférés par les geeks matheux et ingénieurs, et malgré les évolutions de la démographie des joueurs, les Lettres Modernes et autres théâtreux (qui devraient dominer des jeux fondés sur l'interprétation et l'improvisation) ne me semblent pas si nombreux, même dans les jeux qu'on classe dans les catégories plus "narrativistes" ou "psychodramatiques" (depuis Pendragon mais surtout Vampire, en gros) et moins "simulationnistes" ou "agonistiques".

    Dans les auteurs de jeu de rôle, je ne connais que peu de philosophes.

    James Maliszewski (qui participe au mouvement actuel nostalgique des "grognards" et "rétro-clones") était - avant de devenir un auteur professionnel très prolifique - un philosophe (néo-thomiste, je crois ?) travaillant sur la théologie médiévale et Leibniz (même si ses jeux sont plutôt de la SF).

    Akrasia, autre membre du mouvement "Rétro" de D&D est aussi un enseignant de philosophie "professionel" (d'où son avatar avec le portrait de Hobbes).

    David Chart a soutenu un Ph.D. en épistémologie à Cambridge vers 2000 et il y développait une théorie de "l'entendement" comme capacité de "simulation". Il a depuis publié de nombreux suppléments de jeux de rôle pour Ars Magica et la nouvelle édition de Vampire.

    Chart (qui vit à présent au Japon) a aussi écrit quelques scénarios pour D&D. Akrasia: Thief of Time n'est pas - je crois- une allusion au joueur précédent mais se sert des discussions de philosophie morale (j'ai un peu discuté les problèmes de l'acrasie ou incontinence) pour introduire une Démone de la Procrastination et de l'Inachèvement. Le symbole d'Akrasia est un Sablier qui Fuit et l'une des idées poétiques est qu'elle se nourrit du temps que nous perdons, ce qui transforme ce Temps perdu en Temps "volé". Un des gags est que son culte est tout aussi rongé par la procrastination et donc aussi contradictoire qu'une "organisation anarchiste".

    Splintered Peace me paraît plus intéressant (et propose d'ailleurs d'utiliser le précédent) en décrivant toute une ville menacée par une destruction venue des dissensions intérieures. Tout le suspense est entièrement "diplomatique" puisque le risque de Guerre civile va dépendre du rôle des personnages-joueurs (il y a un système de points de tension sociale qui va augmenter si les personnages n'arrivent pas à trouver des voies originales pour la baisser). Ce n'est pas entièrement neuf si on a joué Power behind the Throne de Carl Sargent (où il y a déjà, entre autres, une intrigue sur le racisme anti-Nains à Middenheim) et les PNJ magiciens de la ville n'ont pas assez de description en termes de jeu (Chart ne donne que leur Niveau et leur psychologie).

  • 5 commentaires:

    1. Comme j'étais jeune et innocent en ce temps là... J'ai mis des années à comprendre pourquoi les critiques de Casus Belli étaient toujours si favorables aux produits édités par Jeux Descartes... Jeux Descartes avait une boutique vers la Madeleine aussi, vers la fin des années 80.

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    2. Oui, mais au début, Jeux Descartes était presque tout le hobby (traducteurs de Call of Cthulhu et Warhammer, par exemple).

      Le magazine d'Asmodée / Halloween Concept Backstab fut accusé de ne jamais mentionner les produits de MultiSim (qui reprit ensuite le Casus Belli seconde formule).

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    3. Et L'oeuf cube, ça existe encore ?
      Et dire que j'ai la collection quasi -complète de Jeux et Stratégie... ça ne me rajeunit pas !
      Tu ne mentionnes pas la concurrence des jeux vidéos, notamment les jeux en ligne ?

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    4. Oui, les jeux en ligne concentrent le nouveau public mais je ne sais pas s'ils agissent sur les anciens (qui doivent abandonner seulement parce qu'ils n'ont plus autant de temps de loisirs non-familiaux).

      L'Oeuf Cube existe toujours au même endroit. L'ancien propriétaire est mort mais je crois qu'ils sont les doyens maintenant (?). Je ne sais pas s'ils sont encore indépendants ou s'ils appartiennent à un réseau eux aussi.

      La place devant le campus de Jussieu est devenu depuis une quinzaine d'années un marché aux Jeux de Cartes à Collectionner (principalement Magic) et il y a même un concurrent qui vient d'ouvrir presque en face de chez eux qui ne fait que revente de cartes et figurines.

      (Une de mes nombreuses erreurs de prédiction est que cela fait 16 ans que je répète obstinément que Magic n'est qu'une mode ou une Bulle qui ne durera pas...)

      J'ai été abonné à J&S aussi vers 1984 mais il y avait trop de jeux de réflexion (Echecs, problèmes de bridge) pour moi, je suis vite passé vers Casus Belli (qui a commencé comme magazine de wargames avant de passer progressivement vers les jeux de rôle).

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    5. J'avais acheté à mon fils pour l'un de ses anniversaires (il y a bien longtemps) une boite de carte magic. J'avais trouvé ça complètement idiot. J'ai l'impression que c'est plus un phénomène de collection que véritablement de jeu. Mais je dois aussi me tromper. Casus Belli, j'en ai aussi un petit nombre mais j'étais plus boardgame.

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