samedi 10 octobre 2009

Ubi solitudinem faciunt, pacem appellant



Ca y est, l'overdose de Schadenfreude arrive, comme prévu, avec la violence d'une inondation. Il faut faire des réserves.

La droite américaine, qui réussit à entretenir une hystérie perpétuelle, en bon argument du Chaudron, dit que de toute manière le Prix Nobel n'a plus aucune valeur mais que c'est un véritable scandale ignoble qu'il ait pu l'avoir parce que la date limite pour concourir était février 2009 et qu'Obama était donc Président depuis environ six secondes et demi.

Voir alicublog, qui se fait une spécialité de lire ces dingues. Et ils vont bientôt dire que cela prouve qu'il va désarmer l'Amérique pour la livrer à son vrai chef, Ahmadinejad, ou bien que l'ex-terroriste Dick Ayers (qui est dans la Dinguosphère l'âme damnée d'Obama) va avoir le Prix Nobel de littérature.

Mais même en dehors des Palinites dérangés, le consensus des réactions chez les modérés ou à gauche a été plus l'hilarité perplexe que l'enthousiasme. De manière générale, même un Obamaniaque comme moi a du mal à penser que ce Prix serve à quoi que ce soit et pourrait même être globalement négatif, si ce n'est pour rappeler que les Européens ont été impressionnés par le retour d'une dose de Multilatéralisme dans notre Puissance Hégémonique. Mais les Prix Nobel de la Paix devraient attirer l'attention du public vers une cause pas assez reconnue et non pas vers l'individu le plus adulé de notre planète, celui dont nous savons bien au moment même qu'il incarne notre Weltgeist...

Le philosophe du droit nietzschéen Brian Leiter :

Would it not have been simpler to just issue a statement saying, "Thank God the war criminal and moral monster Bush is out of office"?


Le seul libertarien lisible de la Toile, Jim Henley est tétanisé :
At least Henry Kissinger and Le Duc Tho, despite being major-league butchers and war criminals, got the prize for actually (sort of) ending a war. (For a couple years.)


Et le spécialiste des affaires internationales Robert Farley s'amuse à provoquer la droite religieuse :
You know, if Obama were the anti-christ, he'd probably be winning a Nobel Peace Prize about right now. I'm just sayin'...


Mais non, Obama est l'Imam caché, pas l'Antéchrist.

Et plus à gauche, Bernard Chazelle (qui continue par ailleurs sa fabuleuse exégèse de Bach) contemple le Weltgericht de la Weltgeschichte :
Oh yes, if only Alexander the Great had gotten the Peace Prize he would have stayed in Macedonia studying metaphysics with Aristotle instead of conquering Persia.

4 commentaires:

  1. Je suis frappé par la proximité de ton entre Henley et Chazelle (qui, soit dit en passant, propose un intéressant point de départ pour une uchronie).

    Les libertariens sont ils tous strictement isolationnistes en matière de politique étrangère?

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  2. Ah, mais Alexandre a réalisé la métaphysique d'Aristote en attaquant la Perse !

    Je ne sais pas si certains Libertariens défenderaient un interventionnisme ou le Nation-building. Les vrais "Ron Paulites" à la droite du Parti républicain sont en effet complètement isolationnistes mais certains Libertariens doivent justifier un interventionnisme au nom du Réalisme politique et des intérêts de sécurité.

    Jim Henley est un Libertarien relativement "social" (il était contre le bail-out mais pas contre la réforme santé par exemple) et il a été très virulent contre Bush sur les questions des droits civiques et de la torture (un peu comme Glenn Greenwald, qui continue à trouver qu'Obama n'a pas fait assez pour démanteler les programmes de torture et de "rendition").

    Je crois qu'au contraire la majeure partie des prétendus "Libertariens" (comme Instapundit) soutenaient Bush sans beaucoup de réserve (sauf peut-être sur le sauvetage des banques) et étaient donc pro-Guerre.

    Le mot libertarien est aux USA un peu comme "gauche" en France victime de son succès : tout le monde s'en réclame bien au-delà du champ légitime de son application. Il y a un contraste amusant entre la rhétorique libertarienne des Républicains et la réalité de leur politique.

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  3. Je ne suis encore vraiment liberterien. Alors, la proximite entre moi et Chazelle n'est pas assez etranger.

    Aussi, pardonez-moi. Je n'ecris francais depuis trente ans. Sans doute, j'ai dit accidentement que je m'en fous les voitures ou ecris les petits-pois. Excusez-moi, s'il-vous plait. Et c'est vrais, certainment, que beaucoups liberteriens s'opposent a la guerre. Ca etait moi! ;)

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  4. Votre français est bien plus cohérent que mes tentatives en anglais. Désolé si je vous ai caractérisé à tort comme encore "libertarien".

    Les Libertariens peuvent être opposés à la Guerre en Afghanistan (ou un nouveau conflit en Iran) pour des raisons très différentes. Certains peuvent seulement craindre un enlisement (quagmire) trop coûteux, mais d'autres craignent aussi la conception de l'Etat néo-impérialiste, qui voudrait imposer un contrôle de la région. D'autres peuvent aussi craindre que cela ne devienne un nouveau prétexte pour le complexe militaro-industriel de renforcer la forme particulière de "defense welfare" de l'économie américaine.

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