jeudi 22 avril 2010

Doctor Who, Saison XXXI



Dans mes tentatives vaines de remédier au hasard de la naissance qui s'obstine à faire de moi quelqu'un de désespérément non-britannique, je regarde Doctor Who.

Ce n'est pas aussi difficile que d'aimer la sauce Marmite ou de feindre de l'intérêt pour le cricket mais il faut reconnaître que Doctor Who est vraiment un bon shibboleth de la britannicité. Une partie des Anglais en sont des fanatiques depuis maintenant 47 ans (1963) et 31 "saisons", et le reste du monde contemple cela avec une indifférence perplexe. Je crois qu'il y a quelques Geeks français qui s'y sont mis avec dévotion mais je ne peux qu'y voir qu'une anglophilie débordante ou pathologique.

Le thème de départ de Doctor Who était censé être une série didactique pour enseigner à la fois l'histoire et les sciences, mais la série sur les voyages dans le Temps en gardé un certain ennui en abandonnant toute prétention à la réalité, et s'enfermant (un peu comme les comics) dans ses propres références et la mythologie accumulée par ses centaines d'épisodes télé plus des milliers de romans, BD et versions audio). Et c'est cela qui est si britannique : cette impression que le Temps n'existe pas et que tout est figé dans une illusion théâtrale de mouvement dans un stase artificielle.

Le personnage principal est Le Docteur, un extra-terrestre complètement humanoïde qui appartient à la race mystérieuse des Seigneurs du Temps de Gallifrey. Les Seigneurs du Temps ont naguère détruit une étoile avec un Trou noir pour conquérir la maîtrise du temps mais leur espèce a disparu (si j'ai bien compris, en partie parce que le Docteur ne voulait pas laisser ces Eléates effacer le Temps tout entier). Le Docteur, dernier survivant de Gallifrey, n'a aucun pouvoir particulier, en dehors de l'Immortalité et une capricieuse machine à voyager dans le temps (le TARDIS, bloqué sous forme d'une cabine de police bleue des années 50).

Chaque épisode est donc une tentative (généralement peu convaincante) pour nous faire croire qu'un humanoïde normal solitaire, pacifiste mais intelligent, peut arriver à sauver la Terre d'une nouvelle menace spatio-temporelle rien qu'en analysant un détail du scénario. On ne peut qu'admirer l'exercice de style par rapport à la surenchère des superpouvoirs (surtout que la vraie cause, le budget des effets spéciaux, n'est plus un facteur aussi significatif), même si cela se finit généralement par un Deus Ex Machina avec du jargon ou du blabla pseudo-technoscientifique.

Ce que j'appelle la 31e saison est en fait seulement la 5e saison de la série redémarrée en 2005 et des efforts ont été faits pour qu'on n'ait pas trop besoin des saisons précédentes (en dehors du fait de reconnaître certains vilains, comme ces stupides Daleks, qui sont le gag récurrent de la série). Le Docteur s'est à nouveau régénéré à la fin de la 4e Saison et c'est donc le 11e Docteur (sachant qu'il a été dit que le Docteur n'aura que 13 vies au total, mais on devine déjà qu'ils changeront cela bientôt).

Pour l'instant, il n'y a eu que trois épisodes dans la nouvelle version (qui seraient, si je compte bien les épisodes 757-759 depuis le premier épisode de 1963).

Dans le premier, le nouveau Docteur, encore peu habitué à son nouveau corps, est assez gaffeur et maîtrise mal son TARDIS, ce qui pose des problèmes pour ses rendez-vous quand il se trompe de quelques années. Un des détails que j'apprécie beaucoup est que le Docteur réussit toujours à effrayer ses adversaires sans avoir besoin de tirer un seul coup de feu (on avait les mêmes effets dans les comics avec John Constantine, Hellblazer, dont on n'arrivait pas toujours à comprendre pourquoi les pires démons le craignaient). Cette histoire essaye d'être un conte d'horreur, avec ses monstres polymorphes qui courbent l'espace, mais je ne suis pas sûr qu'elle y arrive vraiment. La fin est presque crédible pour une fois. Ce premier épisode pose aussi les bases d'un Arc narratif (des "fissures" dans l'espace-temps qui vont ouvrir la boîte de Pandore) qui va continuer toute la saison.


Le Docteur a toujours un "Compagnon" humaine, généralement une Compagne court vêtue et la nouvelle Compagne cette saison est l'une des plus sexy depuis longtemps, la charmante Amelia Pond (jouée par Karen Gillan). On insiste deux fois sur ses origines écossaises. Hélas, elle est tout aussi éperdument amoureuse du Docteur que toutes ses nombreuses prédécesseurs.

Le second épisode joue sur un dilemme éthique (un peu tiré par les cheveux) et sur l'identité personnelle. L'angoisse bizarre est plus réussie avec ce futur dieselpunk sombre de la reine Elizabeth X. La colonie de Starship UK est tout ce qu'il reste de l'Angleterre et du Pays de Galles (l'Ecosse a fait sécession) et Amy Pond va bientôt découvrir le Sombre Secret qu'elle essayera de dissimuler, y compris à elle-même.

Le troisième épisode est encore plus quintessentialement britannique avec la Bataille d'Angleterre. Winston Churchill, qui connaît le Docteur, l'appelle depuis 1941 en plein Blitz. Il est en effet victime d'une nouvelle machination des Daleks, des mutants cyborgs racistes génocidaires qui vivent greffés dans des machines à voyager à travers le temps (mais qui échouent quand même à chaque fois lamentablement, ce qui les rend difficiles à prendre au sérieux). La fin où les Spitfire tirent dans l'espace contre le Vaisseau Dalek est ce genre de scène qui paraît très cool et qui "saute par dessus le requin", comme on dit.

La série Doctor Who a un problème même par rapport au pire épisode de Star Trek par exemple : elle continue à vouloir plaire à des enfants tout en prétendant traiter des thèmes plus adultes (alors que Star Trek était arrivé au stade adolescent). D'où ce rythme didactique si lent où on vous reexplique 25 fois ce qui va arriver. Le suspense existe, mais il ressemble simplement à ces poursuites dans les cauchemars avec des monstres assez mal faits dont on sait bien qu'ils n'atteindront pas leur but. Les gags sont souvent assez prévisibles (le Docteur avec son Tournevis sonique, "le TARDIS est plus grand à l'intérieur qu'à l'extérieur !", les Daleks doivent crier "Exterminate!", etc.). Il y a un charme à cet univers potentiellement infini et pourtant si répétitif mais cela a quelque chose de régressif comme une comptine en boucle.

Pour l'instant, le 11e Docteur (joué par Matt Smith) me paraît un peu moins sympathique que le 10e mais je crois que ce n'est qu'une question d'habitude. Les critiques anglais ont même déclaré qu'ils jugeaient le 10e plus sombre. Cela doit prouver une différence d'appréhension car je trouvais le 10e Docteur un peu plus "humoristique" et "décalé" au contraire, même si les dialogues étaient déjà du très bon Steve Moffatt, auteur du sitcom Couplings.

5 commentaires:

  1. Un des grands moments de ma vie, il y a 20 ans, au MOMI de Londres: j'ai été autorisé à entrer dans un Dalek, et à le faire bouger et parler, durant 2 heures, pour amuser les visiteurs… Je n'en suis pas encore sorti, je crois…

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  2. Précisons que le docteur possède deux coeurs, qu'il peut percevoir les lignes temporelles,qu'il a près de 900 ans. Peut on dire qu'il s'agisse d'un homme ordinaire

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  3. > Thierry C.
    Je dois avouer qu'à part le bras-ventouse (qui a mal vieilli) et la voix caricaturale de Vilain Robot, les Daleks sont quand même pas mal (surtout depuis qu'ils ont les moyens pour les faire voler et pas seulement rouler).

    Des Poivriers géants qui ne peuvent pas monter des escaliers ne sont pas très inquiétants mais des cyborgs-mutants-tortues le sont un peu plus.

    > patrick
    Oui, il n'est pas humain et il a sans doute des milliers d'années d'expérience (ce qui doit en faire une impossibilité à représenter dans les divers jeux de rôle).

    Le fait de percevoir les lignes temporelles me paraît utilisé de manière assez capricieuse, non ?

    Mais dans la nouvelle série, ils se servent plus de ses innombrables "contacts". Son immortalité et ses voyages lui ont permis d'accumuler des alliés un peu partout. On en vient à se demander quel gouvernement ne le connaît pas s'il a pour amis la Reine Victoria, Churchill et l'U.N.I.T..

    Le Tournevis sonique a l'air d'avoir plus de fonctions qu'une ceinture de Batgadgets de l'Âge d'Argent (même si le Docteur s'en sert surtout pour crocheter des serrures).

    Le Tournevis n'est pas directement une arme offensive (bien qu'il puisse découper du métal dans certains cas) mais à part cela il a l'air d'être une sorte de Tricorder, scanner, traducteur universel. Pas un Anneau de Green Lantern, bien sûr, mais un Deus Ex Machina potentiel quand même.

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  4. Je trouvais le spin-off (pardon, série dérivée) Torchwood bien plus mature et aboutie, avant qu'ils s'amusent à en massacrer tous les membres un par un...

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  5. Je me souviens (ça tombe bien pour une série transtemporelle) d'une diffusion fin des années 80 sur TF1, le dimanche matin, de l'une des premières saisons, filmée en video dans des décors sommaires, quelques peu psyché, et qui m'a fasciné pour sa grande cohérence, son rythme, et son régime de crédibilité semblable à celui de Chapeau Melon. Une artificialité pas revendiquée mais aménagée à l'aune de scénarios rocambolesques.
    Dans un genre très différent, plus enfantin, Fraggle Rock rendait ce même sentiment d'univers prenant et total.

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