vendredi 13 janvier 2012

Comics & Capitalisme



Non, le titre est complètement trompeur, mais je ne recule jamais devant rien pour faire une allitération.


  • La saison 3 de la série condescendante Mad Men ("oh, qu'est-ce qu'on a progressé en 50 ans mais qu'est-ce que les gens étaient mieux habillés") avait utilisé pendant quelques épisodes le personnage historique de Conrad Hilton (1887-1979), le fondateur de l'empire hôtelier et il était assez transparent (comme souvent dans cette série) qu'ils voulaient jouer sur un commentaire ironique entre le fondateur excentrique mais dévot par opposition à son arrière petite fille (celle qui a un nom de ville), symbole de la dégénérescence des dynasties richissimes (et qui avait déjà été utilisée ainsi dans la série Dirty Sexy Money).

    Mark Millar dit qu'il va faire une série sur plusieurs générations de superhéros, avec des héros des années 1920 en "Conrad Hilton" et leurs descendants cyniques et vains de notre époque.

    Mais étant donné ce que fait Mark Millar à présent (on n'est plus vraiment dans ses meilleurs travaux de ses débuts), on peut douter que cela ira très loin. Ce sera plus du sarcasme (avec des vieux héros séniles et de jeunes abrutis vulgaires) que de la critique sociale.

    De plus, on a un peu l'impression de reconnaître un écho de la série de Jay Farber Noble Causes, qui avait déjà une série "dynastique" avec une famille qui tenait à la fois des Quatre Fantastiques et des Windsor ou des Kennedy (ou pour les français, les Grimaldi ou les Badinguet, mais cela fait immédiatement encore moins héroïque).


  • Ce qui est plus étonnant est cette annonce d'une nouvelle British Invasion : China Miéville, l'auteur de fantasy marxisant va s'amuser à reprendre la série Dial H for H.E.R.O. chez DC Comics (ajouter une poignée de !). Quand on lit certains de ses articles, cela fait aussi curieux que d'imaginer en France disons... Lucien Sève demander à reprendre en série continue Olivier Rameau versus Philemon (ne cherchez pas, cela n'a hélas pas eu lieu).

    Dial H était une série enfantine très inégale commencée en 1966 à travers divers titres mais qui avait un second degré typique de l'humour onirique de DC. Les autres superhéros avaient des pouvoirs. Le ou les personnages de Dial H devenai(en)t un superhéros différent à chaque épisode, voire plusieurs fois par épisode.

    Le plus souvent, c'était un nouveau superhéros qui ne serait jamais plus utilisé ensuite, et il y eut donc plus de personnages dans cette série que chez tout un éditeur normal, avec des noms absurdes qui en faisaient une parodie de tout le Genre. Tout superhéros est un fantasme enfantin de pouvoir (comme l'un des premiers, Captain Marvel, où un enfant devenait un surhomme en prononçant une formule magique) mais ici, il n'y avait même pas à choisir puisqu'on pouvait être n'importe quel héros du moins une ou deux fois.


    Dial H for Hero a ainsi compté parmi ses "incarnations" successives au moins les noms suivants :
    Cometeer, Giantboy, Mole, Human Bullet, Super Charge, Radar-Sonar Man, Quake Master, Squid, Human Starfish, Hypno Man, Mighty Moppet, Giantboy, King Kandy, Plastic Man, Magneto, Hornet Man, Shadow Man, Mr. Echo, Future Man, Castor and Pollux, the Gemini Twins, King Coil, Zip Tide, Super Nova, Robby the Super Robot, Whoozis, Whatsis, and Howzis, Yankee Doodle Kid, Chief Mighty Arrow (and Wingy), Balloon Boy, Muscle Man, Hoopster, Velocity Kid, Gem Girl, Astro, Man of Space, Baron Buzz-Saw, Don Juan, Sphinx Man, King Viking, Robby Go-Go, Whirl-I-Gig, Pendulum, the Human Solar Mirror, Gillman, Human Icicle, Strata Man, Twilight, Pyronic Man, "the Giant", "the Quadruplets", Marionette, Mod-Man, Miss Fortune, Doc Fission, Minuteman, Terra Firma, Poltergeist, Future Boy, "Star-Spangled Lass", Fireball, Slipstream, Dyna-Soar, Chiller, Ink, "Blobetta", Blip, Galaxy Girl, Plasma, Helios, the Moth, Mega Boy, Color Commando, the Doomster, Master of the Cosmic Lightning, the Composite Man, Captain Electron, Mister Mystical, Master of Magic, Star Flare, Solar Flare, the Wrangler, Goldman, the Sixth Sensor, Volcano, Mister Thin, Anti-Man, Dragonfly, Teleman, Zeep, Lightmaster, Molecule Man, Music Master, Gladiator, White, Waspman, Vibro, the Quake-Master, Steadfast, Gravity Boy, Blast Boy, Electrostatic, Lumino, Enlarger Man, Brimstone, the Avatar (& Sahri), Wind Rider, Psi-Fire, Oxide, Ragnarok, the Cosmic Viking, Captain Saturn, Moonlight, Mental Man, Neon, Phase Master, Multi-Force, Gemstone, Hasty Pudding, Radarman, Stuntmaster, Shadow Master, Centaurus, the Master of Vibration, Deflecto, Worm Man, Spectro, Air Master, the Sting, the Attacker, Galaxy, Topsy-Turvy, Beast-Maniac, Prism, Essence, the Red Devil, Tar-Man, Mr. Opposite, Power Punch, Cold Wave, Earthman, Any-Body, Great Jupiter, Jimmy Gymnastic, the Trail Blazer, Roll, Kinetic Kid, Glassman, X-Rayder, Spheror, Fuzz-Ball, Trouble-Clef, Master of Magical Music, the Shifter [the Purple Haze, Freeze-Demon, Napalm], the Serrator, Synapse, the Energy Man, the Martian Marshal, Rubberneck... et beaucoup d'autres dans cet Index.

    Mais si Miéville a pu faire d'un des livres pour enfants une allusion à la théorie althusserienne de l'interpellation, je suis curieux de voir ce que donnera son Dial H. Le jeu du cadran symbolisera notre aliénation au temps de le production ? Les symboles écrits mystérieux sur le cycle du cadran seront le shibboleth d'une archi-écriture ou d'un spectre qui hante l'infrastructure idéologique ?

    (Et avant que le Troll habituel poujadiste et misologue qui répète tout le temps dans les commentaires que "le poisson pourrit par la tête" ne vienne encore s'indigner : oui, je ne prétendais pas vouloir dire quelque chose par les phrases précédentes).


  • Oh, par ailleurs, la partie courte de Miéville dans le supplément collectif Pathfinder, River Kingdoms, avec Outsea, son royaume de créatures d'eau salée vivant dans une bulle en pleine eau douce était vraiment intéressant.

  • 1 commentaire:

    1. Je ne savais pas que Miéville avait autant de cordes à son arc (honte à moi, je ne le connaissais que pour Perdido Street Station). Merci pour toutes ces pistes! Par laquelle vais-je commencer?...

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