jeudi 3 mai 2012

Anaphore


J'ai essayé de parler du débat présidentiel hier soir sur mon compte twitter mais le moment le plus marquant, du moins pour un auditeur de l'opposition, devait être le discours sur le "style présidentiel" où Hollande énumère les défauts politiques et moraux du style sarkozyen - l'autre camp a préféré retenir son agacement quand il crie à la calomnie et qu'il n'a jamais eu le moindre rapport avec Berlusconi ou avec les collectes de fonds dans l'hôtel Bristol.



Certes, les 13 ou 15 (je n'ai plus compté) "Moi, Président de la République, je n'aurais pas..." sont un chouïa trop longs mais le début avait du souffle et semblent vraiment réussir à faire passer une différence essentielle. On s'est habitué à l'anormal en cinq ans, comme tous ces cas où Sarkozy invitait officiellement tous les députés de la majorité et seulement eux (le seul bémol de Sarkozy : il n'y avait pas seulement l'UMP mais aussi le Nouveau Centre !) parce qu'il voulait aussi s'inviter à l'Assemblée nationale comme chef de la Majorité. La Présidence "décomplexée" et "sans hypocrisie" remettait ainsi en cause une fiction qui est finalement assez utile : le Président devrait feindre un peu de ne plus être que ce chef de la Majorité. Mitterrand n'osait même plus se rendre physiquement à des réunions du PS en 1988 et Chirac savait encore entretenir cette convention protocolaire qui ferait du parti présidentiel une sorte de rassemblement parmi d'autres qui se trouvait comme par coïncidence s'identifier avec le chef de l'Etat.

La version remixée en Daft punk de ce passage n'a aucun intérêt comme c'est la fin de chaque période qui faisait l'intérêt de la répétition, pas l'anaphore elle-même. [Correction : J'ai tort. Ils commencent à diffuser la suite des phrases à partir de 3 minutes environ. ]

Je ne me fais pas d'illusion sur le débat, qui n'a pas bougé une situation où Hollande gagnait déjà. Il suffisait que Hollande réussisse à se défendre et il y eut même des cas où son ton combatif parvenait à agacer son adversaire et où il me semblait l'emporter clairement, quand le Président en était réduit à mentir de manière éhontée. Mais tous ceux qui sont déjà convaincus ne répondront que selon leur propre préjugé, il suffit donc que Hollande n'ait pas donné prise pour effrayer une minorité de centristes qui hésiteraient réellement.

Ségolène Royal avait échoué en 2007 dans sa tentative d'énerver Sarkozy et elle était donc apparue fébrile et agressive quand elle expliquait sa "juste colère". En revanche, on voyait que l'arrogant Sarkozy retrouvait ses spasmes de nervosité face à Hollande en 2012, sans que Hollande ait besoin de trop en rajouter dans l'indignation.

Hollande a pu être imprécis sur certains chiffres (sur le déficit, il était maladroit d'être approximatif), mais je ne pense pas qu'il ait pu semblé incompétent aux modérés. Sarkozy a fait certains mensonges énormes sur le Bristol (c'est vraiment facile à vérifier, c'est absurde), sur les syndicats allemands (qui appellent encore plus à voter pour la SPD, il ne connaît décidément rien à l'étranger, c'est plutôt la France qui est originale dans le caractère prétendument apolitique des Confédérations syndicales, ce qu'il sait bien quand il drague la CGT de Fessenheim), sur l'éducation nationale (1/6 à la place d'1/2 de la fonction publique), etc..

Add. Schneiderman a compté, c'est 16 répétitions dans l'anaphore.

Trois minutes vingt, le temps d'une chanson, pour effacer, venger, cinq ans d'appropriation, cinq ans de gloutonnerie, d'anomalie et au total d'humiliation. Comme on regrettait, pendant ces trois minutes vingt, l'interdiction des plans de coupe, qui nous privait de la réaction du sortant, dénoncé en creux, sans jamais être nommé ! Dès le lendemain matin, jeudi, Hollande assurait que cette tirade, dans sa forme, n'avait pas été préparée. 

1 commentaire:

  1. Ce remix là est mieux :
    http://soundcloud.com/shadowkillah/fran-ois-hollande-moi-pr
    J'ai été sensible aussi au côté "déconstructiviste" de Hollande : il a su démonter en direct la rhétorique de NS quand celui-ci martelait "mensonge" ou quand il répondait par une question.
    Goodtime

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