mardi 15 janvier 2013

La fin de Wheel of Time

23 ans après le premier volume et 6 ans après le décès de son auteur originel, le cycle tétrakaidécalogique de la Roue du Temps a enfin trouvé sa conclusion, A Memory of Light, écrit par Brandon Saunderson d'après les notes laissées par Robert Jordan et publié la semaine dernière. Je ne comptais pas même l'acheter mais MightyGodKing [Attention: SPOILERS] l'a adoré, ce qui me rend bien plus enclin à m'y remettre (même si j'ai dû m'arrêter au tome 9, si je me souviens bien). Il va jusqu'à dire que tout trouve finalement son utilité dans ces 14 longs tomes !

La Roue du Temps avait pour originalité parmi tous les innombrables imitateurs de Tolkien d'annoncer au début que le héros (Rand) gagnerait certes, mais qu'il deviendrait fou et causerait la perte de tous ceux qu'il aime en battant le Grand Méchant. Cette prophétie tragique trouvait un moyen de décaler le suspense (non pas "Le héros va-t-il gagner ?" mais "A quel prix va-t-il l'emporter ?"), mais je crois que la promesse n'a pas été vraiment tenue de ce point de vue (Rand semble éviter la folie un peu trop facilement en tout cas dans le volume 9 et c'est à ce moment-là que j'avais laissé tomber).

L'autre originalité était la magie fondée sur le sexe, comme le Yin et le Yang. Les hommes perdaient la raison en manipulant les forces magiques et cet art était donc devenu un monopole d'Ordres féminins, dont certaines étaient assez misandres (ce qui pouvait d'ailleurs se justifier par les lois mêmes de cet univers). Le vrai thème des différents personnages est donc avant tout la variété des relations entre les deux sexes que cela engendrait (mais l'histoire n'évitait pas une impression de fantasme du héros masculin).

Le premier volume semble être une copie du premier tome du Seigneur des Anneaux, y compris dans certains détails. Les volumes 2-4 environ en revanche sont vraiment nettement meilleurs grâce à un renouvellement des thèmes, quelques révélations sur le passé complexe de ce monde (où Robert Jordan imite d'ailleurs plus Frank Herbert dans Dune que Tolkien). Puis la série s'est enlisée aux alentours des volumes 7-10 qui deviennent interminables et répétitifs. Donc si vous tentez la série, il faut être prêt à dépasser un volume trop cliché et plusieurs tomes trop lents avant la satisfaction du dénouement.

Un défaut qu'il partage avec Tolkien est que de nombreux personnages secondaires qui servent de points de vue ne m'intéressent pas du tout. J'avais du mal avec les deux hobbits Merry & Pippin, mais je trouve Matt & Perrin encore plus lassants parfois. Lan ne vaut pas exactement Aragorn. Mais Moiraine, Elayne, Egwene ou Nynaeve, malgré le côté parfois Soap Opera de certains traits, sont quand même un peu plus développées que cette pauvre Eowyn.

En 2005, j'avais résumé les 10 premiers volumes mais sur un autre blog qui semble curieusement avoir supprimé toutes les lettres accentuées. Je ne le recopie pas pour ne pas multiplier les spoilers.

9 commentaires:

  1. La question qui tue !
    A part Tolkien, quel cycle de Fantasy conseillez vous à un néophyte pour aborder le genre ?

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  2. Difficile et tout dépend aussi des attentes.

    R. Jordan écrit mal par exemple, on voit qu'il est payé à la quantité, cela devrait vous rebuter. Cela se présente assez franchement comme une sorte de synthèse d'influences. Le récit se veut une sorte d'archétype éternel des autres histoires, ce qui permet tous les pastiches et plagiats directs.

    Dans un genre tout aussi "pulp" post-Conan, il faut avoir lu quelques livres de Michael Moorcock comme Elric de Melniboné, qui est une inversion des clichés du genre en revenant à une source plus romantique, plus byronienne (et donc aussi avec une certaine outrance romantique).

    Les romans de la Terre Mourante (Cugel) ou le cycle de Lyonesse de Jack Vance ont un humour espiègle, une légèreté non-manichéenne qu'on rencontre rarement dans ce Genre.

    GRR Martin, Game of Thrones, a renouvelé le Genre en prenant comme modèle les pièces historiques de Shakespeare sur la Guerre des Roses (avec une dose de Michael Moorcock). Dommage que ce soit si long.

    Terremer d'Ursula Le Guin était à l'origine écrit pour un public adolescent mais c'est, je trouve, plus délicat que de nombreux romans de fantasy pour post-adolescents.

    La dernière fois qu'on en avait parlé, je crois qu'on avait évoqué Gormenghast de Peake. Mais c'est vraiment atypique. Il y a d'autres oeuvres de fantasy de qualité qui me laissent un peu froid comme les romans marxistes de China Miéville qui mélangent Tolkien et Dickens, le cycle du Second Soleil de Gene Wolfe (qui serait une méditation catholique sur la Chute, dit-on), le cycle de Valentine de Silverberg.

    Il y a peu de temps, j'aurais vraiment recommandé R. Scott Bakker, Le Prince du Néant, qui a réfléchi sur les conventions narratives du Genre et tente une inversion "existentialiste" du récit (le personnage n'accomplit pas un destin, il invente la fiction d'un destin). Mais je suis maintenant très déçu de l'évolution de son cycle. Je me demande si je ne préfère pas ses textes théoriques ou critiques à ses réalisations.

    Enfin, comme parodie du Genre, il y a le Monde-Disque de Terry Pratchett, mélange de Monty Python et de la fantasy.

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  3. Je ne suis pas un grand amateur de med-fan', mais j'aurais pour ma part cité en tout premier lieu Le cycle des Épées, de Fritz Leiber. Et je suis très surpris que tu ne l'aies même pas mentionné...

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  4. Non, c'était volontaire !

    J'admire beaucoup l'influence de Lankhmar sur les jeux de rôle mais je n'aime pas vraiment les lire pour eux-mêmes (même chose pour Howard). Dans le genre Pulp, je trouve Moorcock plus amusant et plus surprenant.

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  5. Et le cycle de xanth, de Piers Anthony? N'aurait-il pas sa place au côté du disque-monde?

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  6. Je les trouve amusants aussi mais peut-être quand même moins que Pratchett.

    J'aurais peut-être dû mettre aussi le cycle des Princes d'Ambre de Zelazny. Robin Hobb ou Steven Brust sont pas mal (Hobb est un peu lente, Brust écrit peut-être plus du policier déguisé en fantasy). J'ai plus de mal avec la fantasy militaire de Steven Erikson (même si j'aime beaucoup l'arrière-fond de son monde) ou Glen Cook. Je ne comprends pas bien le culte autour de Feist (dont je n'ai lu que Daughter Empire). Même chose pour Tad Williams (dont je n'ai lu que Dragonbone Chair).

    J'ai aussi une hostilité contre les romans de Stephen R. Donaldson mais je ne suis pas allé très loin. Je n'ai jamais lu Guy Gavriel Kay. Il faut aussi que j'essaye Scott Lynch et peut-être Brandon Sanderson.

    On pourrait faire une liste de ceux qu'on peut vraiment éviter (mais je vais devenir ici trop laconique et donc un peu trollesque) : David Eddings, Terry Brooks, Terry Goodkind, LE Modesitt...

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  7. Personnellement, je conseillerai les Terry Pratchett, et en particulier le Disque-Monde. Mis à part les deux premiers volumes, je ne pense pas que l'on puisse dire qu'il s'agit juste d'une parodie. Certes, Pratchett joue avec les codes du genre, mais son univers a une consistance telle qu'il peut être lu pour lui-même, alors que la parodie n'a de sens que comparée à d'autres oeuvres.

    (Sinon, j'ai bien aimé l'Assassin Royal. Me tapez pas !)

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  8. Oui, il y a un équilibre entre humour et vraie fantasy.

    Xanth d'Anthony a commencé plus parodique que Pratchett mais j'ai l'impression que les volumes se sont pris plus au sérieux au fur et à mesure que le monde gagnait en complexité. Après tout, c'est aussi l'évolution du Hobbit (conte humoristique) vers le roman plus sombre LotR (sauf que l'arrière-fond, le Silmarilion, commença à être rédigé bien avant le Hobbit).

    Robin Hobb est vraiment importante et je crois d'ailleurs que GRR Martin lui a pris pas mal de choses dans les relations familiales. Fitz a dû servir un peu à créer le (prétendu) bâtard Jon Snow mais aussi les pouvoirs de Bran Stark.

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