samedi 18 juillet 2026

La Caverne (σπήλαιον) phrase par phrase (13)

  

Εἰ δέ, ἦν δ’ ἐγώ, ἐντεῦθεν ἕλκοι τις αὐτὸν βίᾳ διὰ τραχείας τῆς ἀναβάσεως καὶ ἀνάντους, καὶ μὴ ἀνείη πρὶν ἐξελκύσειεν εἰς τὸ τοῦ ἡλίου φῶς, ἆρα οὐχὶ ὀδυνᾶσθαί τε (516a) ἂν καὶ ἀγανακτεῖν ἑλκόμενον, καὶ ἐπειδὴ πρὸς τὸ φῶς ἔλθοι, αὐγῆς ἂν ἔχοντα τὰ ὄμματα μεστὰ ὁρᾶν οὐδ’ ἂν ἓν δύνασθαι τῶν νῦν λεγομένων ἀληθῶν;

Οὐ γὰρ ἄν, ἔφη, ἐξαίφνης γε. 

ἐντεῦθεν : de là

ἕλκω : tirer (ici à l'optatif présent)  

τρᾱχύς, εῖα, ύ : rocailleux, rude. 

ἀνάντης : escarpé.  

ἀνείη aor. optatif d'ἀνίημι : lâcher, laisser aller.  Je surinterprète mais si ἀνίημι veut bien dire "relâcher" ici, il peut y avoir une trace aussi d'un autre sens opposé de ἀνίημι, avec ce préfixe ἀνά, faire monter, qui nous dit le Bailly est utilisé pour libérer, faire sortir des Enfers. Eschyle disait dans les Perses (en parlant du spectre de l'ancien Roi Darius) : "Ἀιδωνεὺς δ' ἀναπομπὸς ἀνείης, Ἀιδωνεύς" ("ô Hadès qui fait monter [les ombres] remonte la, Hadès". Sophocle dit dans Antigone (vers 1100-1101) : "ἐλθὼν κόρην μὲν ἐκ κατώρυχος στέγης // ἄνες" "Va retirer la jeune fille de l'antre souterrain". 

ἐξέλκω : cf ἕλκω mais ici à l'optatif aoriste.  

ὀδυνάω : causer de la douleur. 

ἀγανακτέω : ressentir de l'irritation. 

ἔλθοι : aor. optatif d'ἔρχομαι

αὐγή, ἡ : éclat du soleil.  

μεστός, ή, όν : plein, rempli.  

Traduction Suzanne : Si alors, repris-je, de là quelqu'un le tirait de force   tout au long de la montée rocailleuse et escarpée, et ne le lâchait pas avant de l'avoir tiré dehors à la lumière du soleil, est-ce qu'il ne s'affligerait pas [516a] et ne s'indignerait pas d'être tiré, et, quand il serait arrivé à la lumière, ayant les yeux pleins de l'éclat [du soleil], ne pourrait rien voir de ce qui est maintenant dit vrai (littéralement : ne pourrait pas même voir un [seul] des [***] maintenant dits vrais) ? 
Probablement pas, dit-il, du moins pas immédiatement.

4 commentaires:

Anonyme a dit…

Allez-vous voir l'odyssée de Nolan?

Phersv a dit…

Oui, je suis assez curieux, notamment de la structure en récits enchâssés. Je suis en vacances et j'attends d'être dans une ville qui aura un cinéma suffisant (comme le Grand Rex à Paris).

Phersv a dit…

Je ferai sans doute une entrée plus longue si j'ai le temps. J'ai aimé la fusion de Calypso et des Lotophages. Je suis perplexe sur la scène où les Lestrygons semblent (mal) contrôler des arbres (ça sert à quoi ?). Je me suis un peu ennuyé dans la scène du massacre des Prétendants même si Nolan essaye de nous la "vendre" alors que c'est une phase qui devient difficile à regarder pour nous. Je me demande comment l'adaptait "Le Retour" l'an dernier.

Phersv a dit…

En passant, dans ce passage de Platon, il y a le verbe "ὀδυνάω" (odunaein) qui veut dire causer de la peine, tourmenter et c'est un des termes qui étaient proposés (pas toujours sérieusement) comme une étymologie du nom d'Odysseus (Ὀδυσσεύς). On proposait aussi ὀδύσσομαι (être en colère, haïr - il est "haï" des dieux, ὀδυσσάμενος).

Ptolémée Chennos proposait des étymologies encore plus fantaisistes : Odusseus fut d'abord appelé "Outis", parce qu’il avait de grandes oreilles (οὖς, gén. ὠτός, oreille), mais comme sa mère avait accouché sur le bord de la route (κατὰ τὴν ὁδὸν, kata ton hodon), on lui donna le nom d' Ὀδυσσεύς (sans l'esprit rude, donc). L'étymologie est aussi absurde que celles que proposait le célèbre fou littéraire Jean-Pierre Brisset.