dimanche 15 juin 2008

Discrimination à l'embauche

Sur bash.org

#859848 +(2253)- [X]

Myrf> I was giving some guy a job interview today, and it turned out he didn't know who the Beatles were.
Myrf> So, of course, I had to turn him down :P

bozz> wtf, a bunch of people don't know who the beatles are
bozz> whyd you have to turn him down just because of that

Myrf> Dude, I work at a RECORD STORE.

samedi 14 juin 2008

Bragging the question



Sans dé



  • Erik Wujcik (1951-2008) fut le créateur du premier jeu de rôle sans dé, Amber, où on jouait des Princes héritiers dans le monde créé par Roger Zelazny et à l'occasion de sa mort, j'ai l'occasion de jouer à deux jeux sans dé : Nobilis et Abyme. Dans Nobilis, je jouais le dieu du Rire et il y eut une bonne scène où j'étais en duel face à l'incarnation du Désespoir (qui avait l'apparence d'un élève japonais suicidaire). Dans Abyme, je joue une aristocrate méduse, dont les serpents secrètent un somnifère et nous enquêtons sur l'assassinat d'ambassadeurs. Les deux parties furent agréables mais quel que soit le talent du Narrateur, je continue à être très attaché aux dés polyédriques et à cet élément ludiste de l'imprévu.

  • Le jeu de rôle n'avait plus de périodique version papier depuis quelques années avec la fin de Casus Belli (fondé en 1980, première disparition en 1999, seconde en 2006). L'éditeur Black Book (qui publie le jeu de pirates Pavillon Noir) a le magazine Black Box qui a eu une périodicité très irrégulière pour l'instant, le n°2 en juin 2006 et le n°3 en juin 2008. Les rôlistes manquent cruellement d'un tel magazine qu'on puisse lire dans le train, même si l'Internet informe maintenant nettement plus rapidement pour les Nouvelles et les Critiques.

    Ce mois-ci paraissent deux nouvelles revues bimestrielles : Dragon Rouge et Jeu de rôle Magazine, qui tentent de manière différente de reprendre le flambeau de Casus Belli.

  • Dragon Rouge n°1 (6,25€, 80 pages) est le plus professionnel et le plus illustré en couleurs. De même que Casus Belli était lié à Jeux Descartes & Excelsior (puis MultiSim dans la seconde période) et Backstab fut lié à Asmodée / Halloween Concept/ Darwin Project (et censurait paraît-il au début les produits publiés par leurs ennemis de chez MultiSim), Dragon Rouge est publié par la compagnie française PlayFactory, qui traduit des jeux de société et la 4e édition de D&D.

    Etant donné l'actualité et la publication mondiale de D&D le 6 juin 2008, une majorité de ce numéro 1 peut sonner un peu comme un publireportage pour ce plus célèbre des jeux de rôle. Il y a des articles un peu dithyrambiques sur le nouveau système, des conseils pour créer un personnage, des plans et scénars officiels pour D&D, mais le magazine reste assez indépendant pour mentionner d'autres jeux - un scénario pour Polaris, le jeu français sur une Terre future submergée par les eaux.

    L'équipe a d'anciens membres de Casus comme A. Cuidet comme rédacteur en chef et Igor Polouchine (le créateur du très bon jeu Shaan, 1996) comme directeur artistique, ce qui explique la réussite formelle.

    Même si D&D ne m'attire pas tellement, je crois plutôt sain que le plus célèbre jeu garde une fonction fédératrice (il est probable que les deux tiers des rôlistes ne jouent en fait qu'à D&D), et donc qu'il ait son propre magazine francophone (tout en restant plus ouvert que White Dwarf par exemple). Même aux USA, la version papier de Dragon s'est arrêtée et est passée en ligne mais il y a certains nouveaux joueurs qui peuvent encore être séduits par le support matériel.

  • JDR Magazine n°1 (5,95€, 80 pages) est édité par une association de rôlistes bénévoles mais a une présentation pro et paraît même en kiosque.

    Ce numéro 1 a surtout un dossier sur les deux plus importants jeu de rôle en France en dehors de D&D, Warhammer et Cthulhu (qui va avoir une renaissance maintenant que l'oeuvre de Lovecraft est entrée dans le domaine public). Il y a beaucoup de critiques de jeux français (le jeu de superhéros Humanydyne, le jeu fondé sur les figurines Cadwallon, le jeu fantastique japonais Kuro, le jeu sur des croisades fantastiques Capharnaüm, et deux jeux antiquisants Oikoumene et Praetoria Prima).

    Il propose aussi un système de jeu de rôle très simplifié, UnDéSix, par le rédacteur en chef Guillaume Besançon. Casus avait proposé le simplissime R.O.L.E.. UnDéSix a 4 caractéristiques (Physique, Dextérité, Savoir, Sens) tirées avec 1d6 et la résolution des actions consiste simplement à faire moins que son score sur le dé.
  • Comics de la semaine (11/6/08)



  • Univers DC

    • Booster Gold #10
      L'histoire du Fatum temporel est aussi prévisible qu'on pouvait le craindre. Blue Beetle que Booster était allé sauver dans le passé décide donc finalement que sa mort était nécessaire pour le continuum et part restaurer le passé. La théorie des voyages temporels de cette série est l'une des plus contradictoires et arbitraires : on peut changer le passé sauf quand le scénariste n'en a pas envie.

    • Green Lantern Corps #25


      Les Green Lanterns trouvent l'origine des fleurs de Black Mercy, qui ont été corrompues par Mongul.
      A l'origine, les Black Mercy, comme le Lotus des Lotophages, sont une drogue paisible, parasite télépathe qui crée un bonheur artificiel parfait sur son hôte. La nouvelle version crée un cauchemar perpétuel, ce qui est moins subtil comme métaphore de l'aliénation : les hôtes n'ont aucun mérite à vouloir en sortir.

      Par ailleurs, ma Green Lantern favorite, Arisia, semble promise pour Sodam (le fade Green Lantern daxamite). Je n'arrive toujours pas à comprendre qu'ils ne changent pas son nom...

    • Trinity #2


      L'ennui continue de s'épaissir.

      Le trio des plus célèbres héros du monde va lutter contre une brute extraterrestre réfugiée sur Terre et qui a réussi à battre Green Lantern.

      [baillement]

      De plus, les dessins de Bagley sont un peu inconsistants.

    • Wonder Woman #21

      Diana est toujours dans sa parodie de Xena et de Red Sonja (y compris avec une tenue de bain dans la neige). Elle est aux côtés de Beowulf et de Stalker, et je soupçonne qu'on va voir apparaître un autre personnage de Sword & Sorcery, Claw the Unconquered, le barbare à la main démoniaque. Les dessins d'Aaron Lopresti sont engageants mais Gail Simone ne parvient pas vraiment à rendre l'histoire intéressante, notamment parce que Diana y agit trop comme une marionnette à cause de la magie et cette "déprotagonisation" est vraiment à éviter avec les héros. Pendant ce temps sur Terre, les supérieurs de Diana font le raisonnement correct qu'elle dissimule son identité mais ils partent sur une fausse interprétation des données.


  • Univers Marvel

    • Amazing Spider-Man #562
      Tout cela verse un peu trop dans un réalisme urbain digne des Sopranos, avec Parker à nouveau au chômage contre un Bookmaker du New Jersey, mais cela reste plutôt bon et le dessinateur est le charmant Mike McKone. Et il était temps de recréer une communauté de petits truands dans l'entourage de Spider-Man après tous ceux qui se sont fait massacrer en même temps pendant les funérailles de Stilt-Man dans (le très drôle mais sanglant) Punisher War Journal #4 (de février 2007 - j'en avais fait la review dans l'ancien blog mais c'est dans la partie qui a été effacée par 20six).

    • Captain Britain & MI:13 #2
      Conseil au scénariste Paul Cornell : quand vous lancez une nouvelle série intitulée "Captain Britain", n'essayez pas de nous faire croire que vous avez tué le personnage éponyme dès le #2, c'est absolument sans effet dramatique et c'est presque insultant.
      Les Skrulls envahissent Avalon et on a donc un choc entre les petits hommes verts de science-fiction avec leurs lasers et le Pays des Fées. Faiza Hussain, la super-Florence Nightingale, a acquis un pouvoir de contrôle organique sans aucune raison. Je ne suis pas sûr d'aimer vraiment Pete Wisdom mais la Spitfire vampire et le John Lennon skrull sont des idées brillantes.

    • ClanDestine #5/5
      Tout était parfait jusqu'à ce dernier numéro de la série. La chute donne l'impression d'une résolution bâclée ou improvisée où tout se télescope dans une série de Deus Ex Machina. Je ne comprends pas comment Alan Davis a pu rater ainsi la conclusion de sa mini-série. Il n'avait pas l'excuse d'une série interrompue brutalement : il avait précisément 5 numéros ! Adam Destine, le patriarche du Clan, retrouve son épouse la Djinn Elalyth et résout tous les problèmes à la fois.

    • Eternals (vol. 4) #1

      Je vais un peu répéter ce que je dis d'habitude sur le Fourth World de Kirby dans les comics DC. Les Eternels ne sont pas faits pour vivre dans la continuité Marvel normale et leur greffe me paraît toujours une faute de goût qui nuit à la fois à la série et à la cohérence de l'univers. Les Eternels sont censés être les vrais dieux humains créés il y a des millions d'années par des manipulations génétiques d'extraterrestres omnipotents. Ils doivent fournir une explication unique de science-fiction à tout le folklore à la fois, mais dans un univers de superhéros (qui a ses propres dieux), ils deviennent des mutants parmi d'autres et sont superflus.
      Makkari (Mercure) est en communication avec les songes du Céleste qui Rêve. Ikaris et Thena luttent contre Druig, tout en espérant avoir son alliance contre le retour des Célestes. Je n'aime aucun de ces personnages, à part peut-être le couple Makkari/Sersi (Hermès/Circé), mais je suis sous le charme du style si original du dessinateur espagnol Daniel Acuña.

    • Secret Invasion: Who Do You Trust?
      L'Invasion skrull est un succès qui engendre de multiples dérivés. Cette anthologie de 40 pages a une preview de 5 histoires : le nouveau Captain Marvel (qui est un Skrull à l'identité complexe qui se prend pour un Kree), Agent Brand (une super-agente terrienne assez convaincante comme une James Bond anti-extraterrestre), Wonder Man & the Beast (bof, bof, le seul intérêt du dialogue est de se demander si Beast est un Skrull au sens de l'humour aiguisé), Marvel Boy (le super-Kree d'une autre dimension, aux pouvoirs trop flous qui varient selon ce que les scénaristes veulent pouvoir lui faire faire : il a ici une salive aux nanites qui lui fait prendre le contrôle de toute une prison de supervilains) et enfin Agents of Atlas (le retour de superhéros oubliés Marvel des années 50, recréés rétroactivement).
  • jeudi 12 juin 2008

    Sobriquet

    Fox News multiplie les propos condescendants sur Obama, l'appelant Ossama, se demandant s'il est un faux chrétien, s'il met bien sa main sur le coeur pendant l'hymne américain, s'il est l'Antechrist, si ses signes de main seraient un coup de poing terroriste, puis ils appellent sa femme Michelle "Obama's Baby Mama" (et ils lui attribuent des propos incendiaires sans preuves). Certains conservateurs ont dit que cela pouvait se justifier sous le prétexte qu'elle aurait elle-même utilisé l'expression "baby daddy".

    The PoorMan en tire la conclusion valide :

    Huh. Well, here’s how I know John McCain addressed his wife while on the stump in 1992:

    At least I don’t plaster on the makeup like a trollop, you cunt.

    So, logically, I guess news organizations have had 16 years to fairly refer to the Republican nominee as “Cindy’s Made-Up Cunt”.

    Amour ! Hymen d'en haut ! Ô pur lien des âmes !

    "The ethics of sex is a thorny problem.
    Each of us is forced to grope for a solution he can live with
    -- in the face of a preposterous, unworkable,
    and evil code of so-called 'morals.'
    Most of us know the code is wrong;
    almost everybody breaks it.
    But we pay Danegeld by feeling guilty
    and giving lip service.
    Willy-nilly, the code rides us, dead
    and stinking, an albatross around the neck."
    Robert Heinlein, Stranger in a Strange Land, 1961


    Je suis particulièrement nul pour remonter le moral des gens. Je dis des banalités avec un air particulièrement peu convaincant, comme des automatismes qui sonnent faux et je n'arrive pas à croire au pouvoir incantatoire du mantra consolateur.

    C'est encore pire quand la personne a un problème sentimental. Comme j'ai une tendance schopenhauerienne à croire que l'être humain est fait pour une solitude totale (comme dirait Bertie, "that terrible loneliness in which one shivering consciousness looks over the rim of the world into the cold unfathomable lifeless abyss") et que les relations humaines ne sont tout au plus que des accès biochimiques éphémères ou des habitudes illusoires pour se voiler cette réalité de notre isolement, je suis très mal placé pour m'étonner quand on me dit qu'une relation ne marche pas. J'ai dans ces cas à peu près l'impression qu'ils se lamentent devant une loi inéluctable du cosmos comme la gravité ou l'entropie - même si cela serait inhumain de le leur dire.

    Bien sûr, je crains toujours que cela n'entraîne une Prophétie auto-réalisatrice.

    Amérique post-raciale ?


    Yeah, right.

    Via le même site, cette étrange cover d'Imagine par A Perfect Circle.



    Voir aussi la note d'alicublog sur l'hypocrisie des conservateurs américains qui reprochent à Obama de ne pas être assez "post-racial", tout en utilisant des arguments racistes.

    mercredi 11 juin 2008

    Richesse relative



    D'après ce site, je suis la 282 726 957e personne la plus riche du monde, ce qui fait que je suis dans les 4,71% les plus riches. Take that, 95,29% of the world.

    Avec un smic on est 713,698,398e (12% les plus riches de la planète).

    Le site se bloque au dessus du 100,000e rang, à 0,001% (à partir de 159 100 euros par an), curieusement, et la médiane est à 460£ (environ 600 euros en ce moment) par an. Oui, cela signifie que ce niveau médian annuel serait environ un demi-smic mensuel.

    mardi 10 juin 2008

    Effiloche les savates que le Temps se tricote



    Une lettre de l'Educ Nat ce matin : ils essayent en vain de me faire un virement pour le bac de l'an dernier en 2007. Je n'avais pas fait les démarches pour être rémunéré et je ne m'en étais pas rendu compte. Ils me demandent très gentiment de daigner me faire payer.

    Mon hernie discale s'est un peu calmée, mais je viens d'avoir cette semaine mon plus gros rhume de l'année, en plein mois de juin.



    Je n'aime pas tellement cette impression que la fin d'année s'effiloche. J'ai eu 3 élèves au premier cours, 5 au second et 2 au troisième, soit une moyenne de 15%), sans doute zéro demain. Le Ministère a dit qu'ils voulaient plus gagner sur le mois de juin mais il y a une inertie historique et des traditions des élèves. Il est absurde de maintenir les cours la semaine juste avant le baccalauréat alors qu'ils devraient réviser par eux-mêmes. Même moi qui étais l'élève le plus docile et scolaire qu'on puisse imaginer je pense que je ne serais pas venu jusqu'au bout (ou alors je ne serais venu que pour avoir un prétexte pour ne pas réviser).

    Mes collègues veulent manifester pendant le bac mais je crains de trop considérer ce Bicentenaire comme sacré.

    Autodissolution



    Cette interview de quatre anciens Oxbridgiens, Jonathan Barnes (dandy spécialiste de philo antique qui se pique un peu d'originalité philosophique), Myles Burnyeat (spécialiste de philo antique bien plus réputé que Barnes, et donc plus humble), Raymond Geuss (humaniste à Cambridge) et Barry Stroud (l'obscur spécialiste du scepticisme à Berkeley).

    Barnes est connu pour ses tentatives désespérées pour paraître aussi drôle que son frère Julian Barnes.

    Jonathan Barnes : Well, most philosophers who belong to the so-called analytical tradition are pretty poor philosophers. (Most academics who do anything are pretty poor at doing it; and philosophy, or so it seems to me, is a subject in which it is peculiarly difficult to do decent stuff. A modestly competent historian may produce a modestly good history book; a modestly competent philosopher has no reason to publish his modest thoughts.)


    Jusque là, je suis plutôt d'accord, et c'est une misologie raisonnable.

    But there's a big difference between the analyticals and the continentals: what distinguishes the continental tradition is that all its members are pretty hopeless at philosophy.

    Myself, I've read scarcely a hundred continental pages. I can't see how any rational being could bear to read more; and the only question which the continental tradition raises is sociological or psychological: How are so many apparently intelligent young people charmed into taking the twaddle seriously?


    Mais ici, on reconnaît le moment où l'ironie cesse sa vertu de torpille pour devenir comme l'Acide Universel qui s'auto-dissout dans le néant. Peut-il vraiment prétendre que Bergson ou Cassirer étaient "hopeless at philosophy"?

    Opération Turquoise



    J'ai enfin vu Opération Turquoise, le téléfilm d'Alain Tasma, déjà passé en novembre 2007 sur Canal+. C'est une fiction qui suit la mission française en fin juin 1994. Le Génocide des Tutsis (et des Hutus modérés) a commencé depuis plus de deux mois, en avril après l'attentat qui tua le Président hutu Juvénal Habyarimana (en même temps que le Président du Burundi Cyprien Ntaryamira). La France a soutenu et armé le pouvoir hutu, notamment en 1990-1993 contre le FPR tutsi.

    Le film évoque assez peu les responsabilités du Président Mitterrand ou du gouvernement d'Edouard Balladur et suit plusieurs personnages symboliques dans le corps militaire français. Le lieutenant-colonel Rambert et l'adjudant Philippart du GIGN connaissent bien le Rwanda (il y a une bonne scène où Rambert parle même en Kinyarwanda pour calmer des réfugiés tutsis) et commencent avec des préjugés favorables pour les Hutus et contre les rebelles Tutsis contre lesquels ils avaient l'habitude de combattre. Ils sont les premiers effarés par les charniers qu'ils découvrent, même s'ils commencent en disant que la Guerre civile rend les choses plus complexes et que Rambert continue à soutenir ses amis officiers hutus. Le jeune officier de marine Cédric Morvan est au contraire complètement ignorant de la situation mais comprend paradoxalement plus vite la faute du pouvoir hutu.

    Le film, adapté de textes du reporter Patrick de Saint-Exupéry ("Christophe Gosselin" dans le film), porte notamment sur les événements de Bisesero. Les troupes françaises arrivent dans ces collines à l'ouest du Rwanda où se sont réfugiés des milliers de Tutsis. La controverse porte sur le retard qu'ont pris les Français à protéger les rescapés. Ils les auraient trouvés le 26 ou 27 juin 1994 et les massacres ont continué pendant trois ou quatre jours avant que l'armée ne vienne protéger les survivants. Le film a plutôt la thèse d'une bonne foi française (ils étaient occupés dans d'autres évacuations jugées prioritaires). Voir notamment cet article qui critique la thèse française sur la Polémique de Bisesero. Ce retard rappelle une des scènes les plus bouleversantes dans Hotel Rwanda où Paul Rusesabagina (le Hutu marié à une Tutsi qui sauva quelques Tutsis) obtient in extremis un coup de fil de Mitterrand via la compagnie belge pour laquelle il travaille pour arrêter un massacre.

    La haine fanatique des génocidaires hutus contre ceux qu'ils appellent "les Cafards" est bien montrée dans une scène où Athanase, un instituteur francophile récite La Fontaine et se glorifie d'avoir exterminé ses élèves tutsis. La fin du film montre les ambiguïtés de la fin de la mission où les Français qui protègent les réfugiés hutus aident aussi les Génocidaires à s'enfuir alors qu'ils n'ont pu aider les réfugiés tutsis.

    Un des problèmes avec la fictionalisation est le personnage du Ministre français qui est anonymisé - on ne dit même pas s'il est censé être Juppé, le Ministre des affaires étrangères de l'époque, ou (plus vraisemblablement) le Ministre de la Défense François Léotard.

    L'autre problème est l'intrigue tragique où le militaire français amoureux d'une Tutsi découvre que ce sont des hommes qu'il a entraînés qui ont ensuite tué celle qu'il aimait. Je ne trouve pas que ce soit trop pathétique mais la métaphore pourrait paraître un peu artificielle ou de mauvais goût.

    Voir aussi l'article de la journaliste belge Colette Braeckman (qui fait un curieux lapsus en parlant de "François Sarkozy").

    En parlant du Rwanda, il est assez curieux de comparer l'article Paul Kagame sur Wikipedia en français qui le décrit avant tout comme le nouveau dictateur tutsi après le Génocide (élu à 95%) et le même article en anglais, nettement positif et le présentant avant tout comme le premier Président démocratiquement élu (la page Discussion montre d'ailleurs une Guerre d'édition après des versions nettement plus négatives). Cela rappelle à quel point le conflit interne hutu-tutsi se superpose à l'extérieur sur un conflit de perception entre la perspective francophone et une perspective anglophone (Kagame est né au Rwanda mais fut élevé dans l'Ouganda anglophone). Ce n'est pourtant pas nier le crime hutu ni nier que c'est le FPR tutsi qui l'a arrêté que de s'interroger sur le rôle de Paul Kagame dans le meurtre d'Habyarimana ou bien sur son pouvoir autocratique depuis son arrivée au pouvoir (et notamment l'invasion du Congo-Zaïre ou les conflits avec son ancien allié ougandais).

    Prudence pascalienne





    Simple, mais efficace.

    dimanche 8 juin 2008

    Croyances débiles : Hématomancie



    Un nouveau contre-exemple contre le Désenchantement du Monde, la science produit de nouvelles pseudo-sciences.

    Je trouvais assez morbide que les photos de mannequins japonaises précisent en plus de leurs mensurations leur code sanguin mais j'ignorais qu'il y avait une superstition japonaise très courante classant le code sanguin comme d'autres le mois du Zodiaque et la croyance absurde est encore plus implantée que l'astrologie en Occident. 75% des Japonaises y croient...

    D'après Wikipedia, la théorie viendrait de théories racistes des années 30 et seraient devenue très à la mode dans les années 70. D'après leurs classements, les A seraient créatifs mais trop exigents, les B rieurs mais irresponsables, les AB raisonnables mais trop indécis, les O optimistes mais vaniteux. Il y aurait même des lectures de prédictions par code sanguin chaque jour dans certaines émissions télévisées, on embauche parfois selon le code sanguin.

    4 signes au lieu de 12, cela paraît finalement revenir à une nouvelle version de la théorie hippocratique des quatre humeurs (sang, bile, mélancolie, flegme).

    Les Japonais ont une majorité de A comme nous, mais ils ont plus de probabilité qu'en France d'être B ou AB et moins de chance d'être O.

    Full Disclosure : je crois me souvenir que je suis de type A.

    Cujus regio, ejus religio


    Via Philippe Val de Charlie Hebdo sur l'Affaire Habiba Kouider, cet article du Père Christian Delorme, ancien "curé des Minguettes" et maintenant près de Lyon montre la bassesse des compromis avec l'intolérance et le retour d'une maxime relativiste qui est aussi fatale à la religion qu'à la liberté de conscience :


    Oui, il y a, depuis plusieurs mois, des situations qui sont révoltantes, telles l'expulsion d'un pasteur protestant présent dans le pays depuis quelque quarante-cinq ans, ou la condamnation à une peine de prison avec sursis d'un prêtre qui n'avait fait rien d'autre que de prier avec des chrétiens camerounais immigrés clandestins.

    Mais ce que disent le pouvoir algérien et une partie notable de la population est également à entendre. Ce qui fait fondamentalement l'unité de l'Algérie, en effet, c'est son islamité. Là demeure l'identité profonde de son peuple. L'existence de chrétiens européens, même naturalisés algériens, ne représentait pas une menace contre cette unité et cette identité. Il n'en va plus de même quand des Algériens issus de familles musulmanes deviennent chrétiens. Car alors reviennent aux mémoires les atteintes à la culture et aux institutions musulmanes qu'ont perpétrées les conquérants coloniaux. Alors retrouvent vie les souvenirs des tentatives de détournement de l'islam qui ont été exercées au XIXe siècle sur certains groupes de la population.

    Connaissant l'utilisation à son profit du christianisme évangélique que la puissance impériale américaine fait en divers pays du monde, les Algériens sont nombreux à craindre qu'existe une stratégie qui viserait à créer une minorité chrétienne dans leur pays, qui pourrait devenir un jour prétexte à des interventions militaires. Il y a certainement, derrière les difficultés faites actuellement aux chrétiens, des pressions exercées par certains Etats du Golfe ou de la péninsule Arabique, afin que l'Algérie affiche davantage son islamité aux portes de l'Europe. Mais il y a, également, ces peurs algériennes et une sensibilité particulière du peuple d'Algérie qui ne doivent pas être traitées par le mépris.

    Dans cette situation, l'urgence se fait sentir d'une réflexion sereine sur la légitimité, ou non, du prosélytisme chrétien en terre d'islam. Car si l'on ne peut que défendre le droit de chaque individu à aller librement vers la foi de son choix, en revanche il peut paraître moins sûr que soient permises les tentatives de ramener à soi, par des techniques diverses, des hommes et des femmes appartenant à la foi musulmane. L'Evangile, certes, demande aux chrétiens d'annoncer le Christ, mais pas au prix du déchirement d'un peuple, pas au prix de l'engendrement de situations de violence. Ce furent, d'ailleurs, jusqu'à aujourd'hui, le "credo" et la pratique de Mgr Teissier comme du cardinal Duval, tous les deux des constructeurs de l'Algérie contemporaine.


    Donc : on a le droit de lutter contre les Evangélistes parce qu'ils seraient des agents de l'Impérialisme américain et il y a des pays où les Chrétiens doivent reconnaître qu'ils ne doivent pas faire de prosélytisme parce que "l'islamité est liée à la nation".

    Mais dans ce cas, le Père Delorme devrait aussi lutter contre les Catholiques, agents de l'Impérialisme romain depuis 1600 ans et ne pas oublier que cette Islamité n'est pas co-éternelle à la nation algérienne et qu'elle fut aussi l'idéologie de l'Impérialisme arabe quand ils envahirent l'Afrique il y a 1300 ans.

    Delorme a un rapport finalement très raisonnable à sa propre religion (qui rappelle certains passages sceptiques de Montaigne) : il ne croit pas qu'elle est vraie mais qu'on doit la suivre par simple tradition contingente, s'il était en Islam il ne la défendrait plus et il n'y aurait surtout pas à prétendre l'exporter.

    Il se prétend anti-colonialiste mais cette culpabilité était déjà en partie la politique colonialiste, préférant éviter le prosélytisme en essentialisant des traditions locales.

    On regrette que ce crédo quiétiste ou dhimmi ne s'étende pas à toutes les religions, elles auraient pu mourir plus vite.

    EDIT : Témoignage Chrétien montre bien l'inanité des propos de Delorme. On pourrait pardonner un diplomate sur place de parler avec une telle tartufferie mais de Lyon, c'est incompréhensible.

    Comics de la semaine (4/06/08)



  • Univers DC

    • All-New Atom #24
      Le choix du scénariste Rick Remender pour l'Atom dans ce pénultième numéro est de jouer non seulement sur les distorsions dans l'Espace (Atom est un géant quand il entre dans les cellules de son propre sang) mais des voyages dans le Temps (il y a déjà plusieurs messages contradictoires envoyés du futur et il semble qu'Atom soit en fait manipulé depuis le début par des interventions de Chronos). Chronos est un vieil ennemi du second Atom (Ray Palmer), qui a acquis chez le démon Neron le pouvoir de voyager dans le temps (mais Neron ne lui avait pas dit qu'il vieillissait à chaque fois qu'il se sert de ce pouvoir). Chronos a déjà assisté au moment de sa propre mort futur et cette connaissance de son décès inévitable le rend particulièrement mélancolique dans sa fuite. Ici, on lui découvre une nouvelle compagne, dite "Lady Chronos", qui a l'air d'être l'ex-petite amie de Ryan Choi, Jia. On ignore toujours quel va être le sort de Ryan Choi avec le retour de Ray Palmer, Atom II.

    • Justice Society of America #16
      L'équipe a retrouvé le dieu Gog, qui se dit dernier héritier du "Troisième Monde" - Darkseid et les autres Nouveaux Dieux formant le Quatrième Monde. Une des raisons pour lesquelles je n'ai jamais aimé l'intégration de force du mythe kirbyesque du Quatrième Monde dans le reste de la continuité DC est que ces Nouveaux Dieux sont vraiment faits pour remplacer et non pas supplémenter les panthéons traditionnels, ce qui contredit de nombreux autres titres qui vont se servir des mythologies classiques (comme Wonder Woman et Teen Titans). Gog se présente comme un Dieu pacifiste et bienveillant qui est resté neutre lors du Ragnarok qui a détruit le Troisième Monde, mais le nom biblique laisse déjà penser qu'il est un Trompeur ou une figure tentatrice. Une fois de plus, j'ai des réticences sur le thème religieux chez Geoff Johns. Dans une de ses anciennes histoires de la JSA, (#62, juin 2004), le scientifique Mr. Terrific était critiqué pour son athéisme et la morale de l'histoire était que tout homme devait avoir la Foi. Ici, Terrific n'arrive pas à communiquer avec Gog parce qu'il manque de Foi et Amazing-Man III, qui est déjà presque un cliché à lui tout seul, est le seul assez "spirituel" pour pouvoir se faire entendre du dieu. Dieu nous délivre des thèmes religieux dans les scénarios de Geoff Johns.

    • Manhunter #31

      C'est une bonne nouvelle, le retour après une pause d'un an (le #30 est paru en avril 2007) d'une des meilleures héroïnes de l'univers DC, Manhunter (VIII !), alias Kate Spencer. DC donne une seconde chance à ce succès critique en continuant la même numérotation. Je n'aime d'habitude pas les vigilantes "réalistes" à la Batman mais Kate Spencer, avocate (ex-procureur) et mère divorcée à Los Angeles, a une intelligence distinctive qu'on ne trouve d'habitude que dans des titres indépendants ou Vertigo comme Ex Machina. Marc Andreyko réussit généralement en quelques cases à l'humour acide à rendre ses personnages intéressants.
      Ce retour n'est peut-être pas un accès facile pour de nouveaux lecteurs, malgré deux pages de résumé des 30 épisodes précédents. Le numéro commence un cross-over avec le nouveau héros Latino Blue Beetle III (Jaime Reyes) et c'est une métaphore qui manque un peu de subtilité sur l'immigration hispanique et les querelles actuelles sur la régularisation des clandestins d'origine mexicaine ou sur les délocalisations dans le cadre de NAFTA.

    • Rann-Thanagar Holy War #2/8
      Cette nouvelle mini-série dans l'espace est vraiment décevante. Le célèbre scénariste Jim Starlin a eu l'occasion dans les années 70 de faire de bonnes histoires de Space Opera sur des thèmes religieux : Adam Warlock était une sorte de figure christique qui luttait contre une Eglise inquisitoriale interplanétaire qu'il allait en fait fonder dans un de ses propres futurs. Ici, la planète dystopique Thanagar, qui adorait le démon Onimar Synn, s'est convertie à la secte du Profit (que Starlin a créée comme parodie des télévangélistes dans ses séries Hardcore Station et Mystery in Space) et la planète utopique Rann a été convertie par un "mème-virus" à l'adoration fanatique de Lady Styx (créée dans la série 52). Entre ces deux planètes fanatisées et des Attentats-suicides se trouvent le protecteur de Rann Adam Strange, le Thanagarien Hawkman, Starfire, Tigorr des Omega Men, Starman IV, Animal Man (qui n'a vraiment aucune raison d'être là à part le fait qu'il y était déjà pendant 52), Captain Comet et The Weird (une sorte de ninja spectral amnésique que Starlin a créé en 1988). Tout cela sonne comme un remaker de la guerre précédente en 2005, avec une idée encore plus artificielle dans ce "virus" religieux qui détruit le rationalisme rannien (qui doit être un hommage à Dawkins).

    • Trinity #1

      Le nouveau cross-over annuel de DC est l'inversion de 52. 52 était une année où les trois héros principaux Superman, Batman et Wonder Woman étaient tous absents pour diverses raisons, Trinity sera au contraire centrée sur ces trois personnages associés. L'ennui est que ces trois personnages ont déjà au moins sept séries qui paraissent chaque mois (Action Comics, Superman, Batman, Detective Comics, Batman & the Outsiders, Batman/Superman, Wonder Woman), et on ne voit pas vraiment pourquoi ils auraient besoin d'un hebdomadaire sur leur Trio. La série risque aussi d'être un peu en écart avec les titres respectifs puisque il y a une intrigue ad hoc pour expliquer que le trio reste ensemble. Kurt Busiek ajoute aussi un autre trio de Nemesis : Morgaine Le Fay (contre Wonder Woman), un homme mystérieux avec des gadgets (contre Batman) et le colosse extra-terrestre télépathe Despero.
      Certains éléments comme la caractérisation des trois personnages sont réussis (j'aime bien la scène où ils ordonnent chacun une boisson, par exemple). Mais le fil conducteur n'est pas encore très intéressant : le trio a fait le même rêve et doit donc enquêter ensemble pour résoudre ce mystère.



  • Indépendants

    • Wild Cards #1-2/6
      Les comic books ne sont pas limités au Genre des superhéros mais le Genre des superhéros n'est pas limité au Medium des comic books. En 1986, un groupe d'auteurs de science fiction (conduits par G.R.R. Martin créa un univers de superhéros fondé sur des nouvelles (adapté de leur campagne de jeu de rôle), Wild Cards (site officiel). Les histoires se passent dans un monde parallèle où un Virus extraterrestre a atteint la Terre en 1946 : 90% des victimes du Virus meurent (on appelle cela La Dame de Pique), 9,9% deviennent des mutants monstrueux qu'on appelle les Jokers et enfin 0,1% acquièrent des pouvoirs psioniques divers (les As). Au total, plus d'une douzaine de volumes d'anthologies furent publiées dans l'Univers Partagé des Wild Cards.
      Depuis 60 ans qu'existe cet Univers fictif et ses centaines d'histoires, il a accumulé une chronologie complexe. Pour cette mini-série, l'auteur Daniel Abraham a repris le personnage de Croyd Crenson, alias The Sleeper, créé à l'origine par Roger Zelazny. Le Dormeur a une mutation étrange : au lieu d'une mutation fixe, il a une mutation différente et une apparence différente à chaque fois qu'il se réveille (il lui arrive d'avoir une apparence monstrueuse comme les Jokers). Son cycle de veille et de sommeil est assez long, plusieurs jours mais pour avoir une vie un tout petit stable, il se drogue aux amphétamines pour rester éveillé le plus longtemps possible. Dans cette histoire, l'infirmière de Jokertown (le ghetto joker à New York) qui le fournissait en amphétamines est retrouvée assassinée par un As et le Dormeur est aussitôt soupçonné. Le vrai coupable venait voler un stock d'anti-Virus, l'Atout, un médicament qui peut être fatal ou retirer les mutations. Pendant ce temps, un groupe d'adolescents du Colorado est touché par une nouvelle épidémie locale du Virus.
      Cette histoire rend très fidèlement l'atmosphère de cette excellente série. Les dessins sont moyens mais le plaisir de retrouver cet univers attachant compense largement cela.




  • Univers Marvel

    • Amazing Spider-Man #561
      On est en plein dans l'Ironie dramatique puisque le scénariste Dan Slott utilise tous les subterfuges pour jouer sur la relation entre MJ et Peter Parker. Le lecteur sait bien que les anciens époux amnésiques sont destinés à se retrouver mais il stimule notre frustration de manière habile en les faisant interagir sans se voir. Toujours aussi excellent.

    • Avengers/Invaders #2/12
      Je craignais que ce comic sur les Invaders, l'équipe des années 40 (en fait un retcon), ne soit qu'un exercice en nostalgie, mais c'est plutôt un commentaire sur l'état actuel de division de l'univers Marvel depuis la Guerre civile. L'équipe des Invaders est convaincue d'oppositions claires qui ne correspondent plus au thème de l'ambiguïté moderne. Mais ce commentaire est un peu brouillé par la naïveté de l'équipe de la Seconde Guerre mondiale. On peut accepter la convention classique de l'univers Marvel selon laquelle les héros commencent toujours par se prendre respectivement pour des criminels mais ici la paranoïa des Invaders dure un peu trop longtemps. Ils pourraient venir d'une époque plus "simple" et plus "manichéenne" sans être stupides. De plus, l'arrivée récente des Skrulls rend cette visite des Invaders encore plus anachronique (on doit supposer que cela se passe il y a quelques mois avant le dévoilement de l'Invasion secrète ou bien Iron Man devrait se demander s'ils sont des Skrulls).

    • Iron Man (vol. 5) #2
      La nouvelle série régulière sur Iron Man par Matt Fraction (l'auteur du très bon The Order) cherche avant tout à être compréhensible pour le nouveau lecteur fan du film récent. Comme l'Iron Monger originel, le nemesis du film, n'est plus disponible, Fraction a relancé un fils d'Obadiah Stane, Ezekiel Stane, et a repris (à cause de Gwyneth Paltrow) la tension érotique avec la charmante assistante Pepper Potts (cela fait près de 40 ans en temps réel que cette tension n'existait plus dans la bd, mais comme d'habitude les choix de Hollywood l'emportent toujours sur le principe de continuité).

    • Nova #14
      Nova passe tout un épisode à essayer non d'arrêter mais seulement de retarder un peu le Héraut de Galactus, le Dévoreur de Mondes (qui est redevenu le Surfer d'Argent). Ce n'est pas complètement satisfaisant mais cela fait beaucoup pour redonner un peu d'aura d'invicibilité à Galactus, qui a eu tendance à devenir une sorte de plaisanterie ces derniers temps (notamment quand il s'était fait capturer par Annihilus et Thanos).

  • samedi 7 juin 2008

    D&D 4



    Ca y est, la 4e édition du plus célèbre jeu de rôle, Dungeons and Dragons est sortie (et la traduction française du premier volume sort en même temps chez Play Factory !). Je vais un peu me répéter.

    Pour fêter cela, Wizards of the Coast organise un nouveau D&d Worldwide Game Day aujourd'hui (mais je crois que je vais rester à la maison pour écouter l'interview d'Alan Moore sur France Culture aujourd'hui de 14h15 à 15h, même si c'est consultable en différé).

    La 4e édition change beaucoup de choses et on ne peut pas l'accuser de s'être contentée d'un simple "dépoussiérage". Au contraire, le jeu se transforme si profondément sur certains aspects qu'on peut parfois se demander s'il y a encore vraie compatibilité ou continuité de l'atmosphère. Je n'ai toujours pas essayé D&D3, donc je ne suis pas très attiré par D&D4. Ce n'est qu'une question de goût, mais je n'aime pas tellement l'aspect tactique ou vraiment "ludiste" de gestion des ressources et d'optimisation des choix stratégiques dans les Jeux de société, or D&D4 renforce encore cela.

    Les bons côtés que je vois pour l'instant sont surtout l'abandon de certaines vaches sacrées comme la Magie Vancienne (dans D&D1,2,3, les Magiciens et les Prêtres apprenaient X sorts qu'on ne peut lancer qu'une fois par jour dans le jeu, à présent certains pouvoirs n'ont qu'une utilisation par scène de combat, ce qui va changer complètement le rythme des parties).

    Une simplification dont tout le monde se félicite est celle des Compétences et des Dons (Feats) qui prenaient trop de temps à être sélectionnés et à se combiner en jeu.

    Mais d'un autre côté, les pouvoirs spéciaux me paraissent vraiment trop conduire à une sorte de distance de "méta-jeu" où on se rappelle sans cesse que ce n'est qu'un jeu et où on doit administrer des pouvoirs spéciaux en des "Combos" optimales (mais c'est un reproche qu'on pourrait aussi faire même à un jeu narrativiste abstrait comme mon cher Heroquest).

    Les points de vie énormes continuent à conduire à des combats qui me semblent trop longs et avec trop d'écarts entre les différents membres possibles. Je comprends bien qu'on veuille laisser leur chance aux joueurs de se désengager, mais la longueur des combats me rebute vraiment (même si D&D4 prétend accélérer les choses pour l'instant par rapport à toutes les options tactiques de D&D3).

    D&D4 va suivre un nouveau modèle commercial. D&D3 avait une règle de base puis des options et des livres spécialisés pour chaque classe. D&D4 aura un nouveau recueil général de Player's chaque année, ce qui doit fidéliser un lectorat à acheter toutes les nouvelles options au lieu de sélectionner des livrets particuliers. Le Player's a maintenant les Objets magiques et toutes les règles qui étaient dans le DMG, ce qui rend ce dernier vraiment très, très optionnel.

    Là où le modèle me repousse violemment (et j'espère que ce n'est pas qu'un préjugé technophobe) est l'idée d'extension en-ligne par abonnement. On n'est pas contraint de prendre les add-ons en ligne mais le simple fait de savoir que la version papier n'est qu'un support incomplet pour aller en ligne m'interdit déjà de l'acheter.

    L'impression de D&D4 après un premier survol est qu'il est vraiment une "base" élémentaire vide. Les sorts me paraissent curieusement peu nombreux par rapport aux pléthores des éditions précédentes. Les rituels magiques sont de toute évidence un système fait pour être ensuite étendus dans d'autres livres. D&D a toujours donné une illusion d'exhaustivité ou d'encyclopédie qui ne saute pas vraiment aux yeux ici où on a plus l'impression d'une caisse à outils faite pour être développée.

    Enfin, il y a des vaches sacrées dont l'abandon me gêne un peu tant il met fin à une tradition. On a jeté les Neuf Alignements (la combinaison de Loyal/Neutre/Chaos et Bon/Neutre/Mauvais). En un sens, je suis d'accord que tout le monde pense que les Neuf Alignements étaient une "bizarrerie" de D&D, mais cela faisait justement partie de l'identité du jeu (ce qui n'interdisait pas d'abandonner les idées associées les plus discutables comme les Langues d'Alignement d'AD&D première édition : tous les Chaotiques Mauvais y sauraient communiquer entre eux par une sorte de code Chaotique Mauvais...).

    Bien sûr, rien n'interdit de changer cela, mais ce n'est pas qu'un détail. L'opposition entre Chaotique Mauvais et Loyal Mauvais (tout comme la dérive des Loyaux Neutres vers le Loyal Mauvais, ou les Elfes chaotiques bons) était fondamentale dans le cosmologie de D&D et ce n'est désormais plus qu'un artefact de règles du passé. Tous les Plans de D&D correspondaient à ces 9 alignements et cela va donc être révisé.

    Les Classes différentes ne me gênent pas vraiment. Le Players comprend : Cleric, Fighter, Paladin, Ranger, Rogue, Warlock, Warlord et Wizard. J'ai seulement un petit problème avec le fait que Warlock ou Warlord n'ont pas de sens très clair sans explication et que je ne comprends pas bien l'organisation très tactique en Leader, Defender, Striker et Controler. Le Barde et le Druide viendront vite dans des suppléments et je ne regrette pas les classes comme le Barbare, le Moine ou l'Assassin . Mais plus que jamais les classes sont définies par leur fonction pour le Dungeoncrawling et le combat (le Rogue est défini comme un "Striker", chargé de frapper avec des dégats et de se replier derrière le Defender qu'est le Fighter).

    De même, l'abandon dans les Races du Gnome ne me fait rien (j'aurais même volontiers abandonné les Halflings !), si on ne tenait pas à ajouter des races aussi inutiles que les Eladrins (à quoi servent-ils alors qu'il y a encore des Elfes ?) et les Tieflings. Oh, et je suis même fan des sauriens dans le genre des Dragonborns, qui manquaient effectivement comme race de base comme on le voyait dans la plupart des imitations de D&D. Le défaut est qu'ils vont devoir changer tous leurs univers pour y développer ces nouveaux gadgets (je ne pense pas qu'ils aient besoin de détruire les Gnomes pour autant).

    Pour résumer :

  • Plus : moins de Compétences et de Dons (pour l'instant), des pouvoirs plus souples, les Dragonborns.
  • Moins : trop de ruptures avec des conventions de D&D comme les alignements, des races gadgets inutiles comme les Eladrins, des classes trop adaptées uniquement pour le dungeoncrawling, la dépendance vis-à-vis de l'abonnement en ligne, enfin et surtout une évolution de D&D dans une direction encore plus ludiste contre l'axe simulationniste ou le narrativisme.


  • Le bilan me paraît donc globalement négatif (mais c'est surtout mon anti-ludisme) et je n'achèterai pas D&D4, même au prix modique en ce moment de 22 Euros.

    Three Methods of Ethics I: Kantian Ethics



    Three Methods of Ethics: A Debate (Oxford, 1997) est un de ces livres que j'aime tant dans la philosophie analytique, un dialogue entre philosophes au lieu d'un simple exposé. Il s'agit d'une suite de trois articles défendant trois théories morales : la théorie dite "déontologique" (on a des devoirs envers soi-même et les autres indépendamment des conséquences de la réalisation de ces devoirs), la théorie dite "téléologique" (l'action obligatoire est celle qui a le plus d'effets positifs, selon la façon de mesurer cela) et la théorie dite "arétaïque" de retour à l'Ethique des Vertus (on doit valoriser des dispositions et un caractère chez l'agent et non pas seulement une mesure ou une norme sur la justesse d'une action). La première est celle de Kant et ses représentants les plus célèbres au XXe siècle me semblent être Christine Kosgaard, et dans une certaine mesure le libertarien Robert Nozick (du moins tel que je le comprends). La seconde est celle issue de l'utilitarisme classique de Bentham et Stuart Mill, mais enrichie et développée avec le conséquentialisme de la Règle (qui semble remonter de manière plus claire à J.O. Urmson dans sa tentative de résoudre le conflit interprétatif sur Stuart Mill entre utilitarisme strict et règle inconditionnelle comme le respect de la liberté d'expression), c'est le courant dominant dans l'éthique anglo-saxonne avec Peter Singer. La troisième est celle du retour à l'Ethique des Vertus d'Aristote et c'est celle qui a été le plus à la mode depuis la seconde moitié du XXe siècle avec Elizabeth Anscombe, Alasdair McIntyre, Philippa Foot et Bernard Williams (qui marie Nietzsche et Aristote dans sa critique du schème moral moderne).

    Three Methods of Ethics renvoie explicitement au classique de Henry Sidgwick, The Methods of Ethics (1874-1907), le manuel qui distinguait de manière quasi-aporétique trois théories : l'Egoïsme (on doit suivre son propre intérêt), l'Intuitionnisme (on doit suivre une Valeur absolue dont on aurait une connaissance, comme le Respect de l'Impératif catégorique) et l'Hédonisme Universalisé (l'Utilitarisme). La structure de débat renvoie aussi au livre Utiliarianism: For and Against (1973), où Smart défendait une forme classique d'utilitarisme et où Williams attaquait toutes les doctrines conséquentialistes.

    Le livre a d'abord trois chapitres : le premier par Marcia Baron (Indiana) qui défend la théorie de Kant, le second par la star Philip Pettit qui défend sa version du Conséquentialisme, le troisième par Michael Slote (tiens, lui aussi irlandais expatrié comme Pettit) qui défend l'éthique de la Vertu. Puis les Objections et Réponses commencent.

    Je vais donc commencer par le chapitre de Baron, sur l'éthique kantienne.

    De manière générale, je trouve que le chapitre souffre d'un manque de radicalité dans sa défense de la position dite "déontologique". Baron hésite parfois entre une sorte d'argument de fidélité à l'auteur et une thèse plus générale qui peut s'éloigner de ce qu'a écrit Kant. Dans le premier cas, elle se sert de textes plus atypiques pour relativiser des défauts, dans le second elle sépare ce qui lui paraît à ses yeux plus essentiel dans une éthique "d'inspiration kantienne", ce qui est donc un peu plus flou ou instable. Il est d'ailleurs significatif que ce soit le seul chapitre à porter un nom de doctrine par référence à un nom propre (même si l'Ethique des Vertus est avant tout celle d'Aristote). Le Kantisme allie plusieurs caractères dans sa Moralité du Sujet : déontologie anti-conséquentialiste, intuitionnisme moral (et rationalisme moral), théorie de l'intention, métaphysique de la Liberté, etc.

    L'argumentation de Marcia Baron consiste à dire que l'éthique kantienne a une supériorité réelle sur son rival Conséquentialiste mais qu'elle ne s'oppose pas si fondamentalement à une éthique de la Vertu. Et encore, même le chapitre sur le Conséquentialisme cherche le plus loin possible dans quelle mesure il pourrait y avoir réconciliation avec une forme de Conséquentialisme de la Règle.

    Pour Baron, le vrai centre de l'éthique kantienne n'est pas l'idée d'Impératif Catégorique, ni même celle de Bonne Volonté et elle a tendance a rééquilibrer les passages les plus percutants des Fondements de la métaphysique des moeurs (1785) et la Critique de la Raison pratique (1788) par la Métaphysique des Moeurs (1797), qui admet beaucoup plus de casuistique, d'importance des vertus et des motivations.

    L'argument contre le conséquentialisme a une partie traditionnelle intéressante : la force de la notion de Devoir envers autrui est de ne pas se situer sous l'idée d'une quantité d'individus inter-substituables. C'est notamment la Seconde Formulation de la loi morale (ne pas traiter les autres uniquement comme des moyens) et la notion d'égale dignité de tous les êtres humains, ce qu'on pourrait donc appeler l'Humanisme kantien. Cette norme d'Egale dignité et de Non-Instrumentalisation est essentielle pour éviter des problèmes classiques du Conséquentialisme (l'esclavage ou le sacrifice d'un petit groupe peut-il se justifier s'il augmente le bonheur du plus grand nombre).

    Mais le Conséquentialisme peut éviter ces problèmes en introduisant ce qu'on appelle des Contraintes Latérales (Side Constraints, discutées en théorie de la décision par Nozick et Amartya Sen) qui norme le calcul des Conséquences. Une règle qui a globalement plus d'effets positifs peut dans certains cas rendre obligatoire une action qui n'optimise pas les effets positifs. La préservation en général de la liberté est une norme suffisamment centrale pour éviter l'objection de l'esclavage juste.

    Je suis un peu moins convaincu par un argument de détail contre le Conséquentialisme de la Règle de Pettit. Pettit dit qu'on doit agir selon des règles qui "promeuvent" des fins désirables. L'objection principale de Baron, reprise de Christine Swanton, consiste à dire que selon les vertus, on ne se contente pas de "promouvoir une valeur" mais on doit selon les cas soit l'honorer, soit l'apprécier, soit l'exprimer (l'action amicale ne consiste pas seulement à promouvoir la vertu d'amitié mais à devoir exprimer pratiquement sa vertu). Cela me paraît plus un amendement qu'une vraie objection ou bien je n'en vois pas la force.

    Dans le dialogue avec la théorie de la Vertu, Baron choisit plutôt la compatibilité, atténuant les exigences de la Bonne Volonté et toute la théorie kantienne selon laquelle le Sujet moral qui surmonte ses penchants est supérieur moralement au Vertueux dont le caractère empirique lui permet de ne plus même sentir ces conflits. Elle remplace souvent la valeur de l'intention dans une valeur de l'agent (dans la valeur des maximes qu'il se donne), ce qui sonne aussitôt plus proche de l'Ethique de l'intégrité de l'agent.

    Elle se sert notamment d'un passage peu connu de la fin de la Métaphysique des Moeurs qui semble aller contre l'Idéal ascétique (et finalement toujours très stoïcien, malgré la critique sur le Souverain Bien) qu'on peut attribuer à Kant dans les écrits critiques. Kant y fait l'éloge des vertus et de la joie contre un respect ascétique. C'est dans la Doctrine de la Vertu, Méthodologie de l'éthique, L'Ascétique Ethique, §53 (Ak. VI, 484-485) :

  • "Les règles de l'exercice de la vertu (exercitiorum virtutis) se rapportent à deux états d'esprit : être d'esprit courageux et gai (animus strenus et hilaris) dans l'accomplissement de ses devoirs. En effet, la vertu a à combattre des obstacles, pour les vaincre elle doit rassembler ses forces et en même temps sacrifier maintes joies de la vie, dont la perte peut bien parfois rendre l'âme sombre et morose ; or, ce qu'on ne fait pas avec plaisir mais uniquement comme une corvée [Frohndienst] n'a pour celui qui obéit ainsi à son devoir aucune valeur intérieure et n'est pas aimé ; on fuit au contraire autant que possible l'occasion de l'accomplir."


  • La suite du texte explique qu'on ne peut se contenter en "diététique" raisonnable de chercher l'absence de douleur mais qu'il y a bien une Joie qui doit guider l'action, et donc que sur ce point Epicure a raison contre l'austérité stoïque (certes, on pourrait trouver des textes de Sénèque plus ambigus dans le De vita beata où il valorise aussi cette Joie).

    La suite critique l'Ascétisme monacal ou religieux comme "une mortificaion et une macération de la chair" (Selbstpeinigung und Fleischeskreuzigung, Nietzsche est plus kantien qu'on pourrait le penser !). Il oppose alors cette pénitence comme une tentative de Rachat immortal, plein de ressentiment et de "haine secrète contre la vertu".

    La fin oppose la "gymnastique" à cet ascétisme (ce que Nietzsche verrait peut-être comme une "ruse" de l'idéal ascétique, comme illusion de maîtrise à la place de la simple mortification).

  • "La gymnastique éthique ne consiste donc qu'en la lutte contre les tendances naturelles, qui amène à pouvoir s'en rendre maître dans les cas qui se présentent comme un danger menaçant la moralité, par conséquent cette gymnastique rend courageux et gai dans la conscience d'avoir recouvré sa liberté.

    Se repentir (ce qui est inévitable au souvenir d'anciennes transgressions dont nous avons même le devir de ne pas laisser disparaître le souvenir), et s'infliger une pénitence (par exemple le jeûne) dans une perspective non pas diététique mais pieuse, sont moralement parlant deux mesures très différentes, dont la dernière qui est sans joie, sombre et morose, rend la vertu elle-même haïssable et chasse ses partisans. Le règlement (discipline) que l'homme exerce sur lui-même ne peut donc devenir mérioire et exemplaire que grâce à l'enjouement qui l'accompagne."


  • Ainsi, Kant redeviendrait plus proche de Rousseau et de la satisfaction de certains mobiles sensibles de notre caractère empiriques : on n'a pas seulement la Loi morale mais le devoir de trouver une Joie dans l'action morale.

    C'est aussi ainsi que Baron peut répondre à l'argument anti-puritain du "Saint Moral" de Susan Wolf ("Moral Saints, Journal of Philosophy 79, 1982, p. 419-439). Selon Susan Wolf, un Saint Moral serait rigide, ennuyeux, incommode, intransigeant, inflexible, culpabilisant, austère, fanatique, sans détachement, sans humour, sans culture et donc une théorie qui préfère un Saint Moral à la modération de "l'honnête homme" vertueux ne peut pas être une éthique désirable.

    Mais en choisissant ce Kant plus oecuménique, plus "arétaïque" et moins piétiste, Baron joue donc le vieux Kant "modéré" de 1797 contre le Kant radical de 1785 (de même que la Métaphysique des Moeurs admet bien plus de casuistique que les passages stricts des écrits antérieurs).

    Elle finit de manière étrange en évacuant non seulement la Bonne Volonté (c'est l'intention qui compte, contrairement à tout ce que dit l'éthique de la vertu et le conséquentialisme) mais même l'Impératif catégorique comme finalement non-essentiel pour une doctrine kantienne dont elle retient surtout une norme inconditionnelle d'égale dignité.

    Elle rappelle deux objections élégantes contre les formulations habituelles de l'Impératif catégorique (notamment première et troisième formulations comme légalité).

    (1) L'Impératif interdit trop. Il serait immoral dans ce cas de suivre le conseil de Bison futé (si tout le monde choisit une action telle qu'elle n'est optimale que si peu de gens la choisissent alors cela conduit à une contradiction).

    (2) L'Impératif n'interdit pas assez. On ne voit pas explicitement la contradiction si on universalisait la maxime que tout le monde a le droit de se faire justice soi-même (objection du vigilantisme) ou d'exécuter tous ceux qui violent la Loi morale (objection de la loi draconienne).

    Il est possible d'éviter (2) avec des précisions (on tient compte du respect non seulement envers la Loi morale mais envers une norme "matérielle" de magistrats chargés de neutraliser nos interprétations morales subjectives, et on ne peut justifier l'exécution si on conserve l'idée de Perfectibilité et donc de possibilité du remords et de la réhabilitation).

  • Excursus un peu délirant :
    J'ai une variante de l'objection (1) ci-dessus qui me fascine depuis longtemps sur l'idée de Choix Existentiel de Vie et de Fin Dernière de la Vie humaine. On peut montrer qu'il est immoral d'être philosophe ou de passer son temps à contempler, contre l'idéal de la Vie théorétique. Si tout le monde menait cette vie contemplative, l'humanité ne pourrait survivre, donc c'est immoral. Dans cette interprétation, la vie agricole est la seule moralement permise (on pourrait appeler cet argument agrarien une sorte de Maoïsme transcendantal). C'est évidemment absurde et on doit tenir compte de notre Connaissance Commune que tout le monde n'universalise pas vraiment une conduite et qu'il doit y avoir non seulement division du travail mais une sorte de loi des grands nombres dans une société suffisamment autosuffisante (ce qui est un argument moral a priori contre les sectes isolées).

    En revanche, on peut justifier que la Vie contemplative reste une téléologie de l'humanité, même si bien peu d'individus ont assez de loisirs et d'éducation pour y accéder et sans que cela serve de justification à une division du travail figée entre une masse qui doit travailler pour la contemplation d'une "minorité éclairée" (ce qui est l'injustice fondamentale de la justice platonico-aristotélicienne). Le paradoxe de la technique est que la mécanisation "détruit des emplois" et conduit à une vie de paupérisation et de chômage, ou d'aliénation à des industries de relaxation et de divertissement, alors qu'elle devrait conduire à une vie de plus de liberté, d'abondance et de bonheur.

    On pourrait presque défendre une théorie juste de "l'esclavage" aristotélicien avec l'invention de la robotique. Le robot est la dissociation de l'intelligence et de la non-instrumentalisation (alors que même un esclavagiste comme Aristote croyait que l'instrumentalisation impliquait la non-intelligence). Le robot est l'instrument pensant qui pourrait nous permettre enfin de penser librement. Le robot non seulement travaillerait pour permettre de dépasser cette valeur moderne du travail, mais permettrait même d'améliorer nos capacités de contemplation si nous pouvons modifier nos propres capacités cognitives sans en rester à un caractère absolu de l'espèce humaine biologique. Je suis toujours fasciné par l'aspect très platonico-aristotélicien des Intelligences artificielles de Greg Egan, qui, n'ayant plus de problèmes biologiques ne passent plus leur temps que dans la Pensée de la Pensée, qu'à découvrir à l'infini de nouveaux théorèmes mathématiques. Egan reste fidèle à une finalité théorétique de l'existence : l'univers est un algorithme évolutionniste qui tend (de manière seulement probable et contingente) à sa propre auto-compréhension et l'évolution (qui se continue dans la technique) permet de démythologiser l'aspect téléologique mystérieux du principe anthropique.
  • jeudi 5 juin 2008

    Review: Mitlanyál



    Mitlanyál (2004), par M.A. Barker et Bob Alberti est un supplément sur la Religion pour le monde de Tékumel (et plus précisément prévu pour la dernière édition du jeu Tékumel: Empire of Petal Throne (2005).

    Les Dieux de l'Empire du Trône de Pétales ne sont peut-être pas essentiels pour sa cosmologie et la mythologie n'est pas très développée mais ils sont absolument centraux pour sa sociologie et sa politique.

    Les Dieux de Tékumel sont très organisés et structurés en deux panthéons, les Dieux de la "Stabilité" qui défendent les valeurs de conservation et d'ordre et les Dieux du "Changement" qui cherchent l'intérêt individuel et la destruction. En théorie, cette opposition Ordre/Chaos n'est pas censée être celle entre Bien et Mal mais de fait les deux se recoupent presque (et on a du mal à comprendre pourquoi une société aussi rigidement conservatrice accorde tant d'importance à la place complémentaire des Dieux de la destruction).

    Le supplément est composé de deux volumes, Tlomitlanyál: The Gods of Stability (152 pages) et Tlokiriqaluyál: The Gods of Change (184 pages). En fait, les auteurs avaient des notes générales sur la religion (environ 50 pages) qu'ils ont divisées arbitrairement au début de chaque volume et d'autre part la description de chacun des 20 Dieux (environ 280 pages sur les deux tomes).

  • Les informations générales

    Le volume 1 a une description générale des Clans de Tsolyánu, des nations autour de l'Empire tsolyáni et une liste de quelques Héros et légendes.

    Le volume 2 a un historique, l'organisation des temples et surtout 12 pages de Calendrier des fêtes qui me paraissent indispensables pour rendre vivante une campagne en Tsolyánu, même si j'aurais préféré une présentation plus synthétique comme celle des Calendriers gloranthiens de HeroQuest.

  • La description des Dieux

    L'idée intéressante de M.A.R. Barker est d'avoir suivi un modèle assez strict pour ses Panthéons : il y a 5 "Fonctions" (en gros, pour parler en termes Duméziliens : Autorité, Fertilité, Conflit, Connaissance, Mort), qui donnent donc 10 Dieux plus 10 "Cohortes " (Dieu secondaire associé).

    Le nombre est bien plus grand que 20 en fait car chacun est adoré sous des noms et aspects différents.

    Voilà le Tableau que j'avais écrit pour mon Introduction à Tékumel (zut, il va y avoir un saut de ligne à cause de la tabulation) :

    Les Tlomitlanyál
    (Seigneur de la Stabilité)
    Les Tlokiriqaluyál
    (Seigneurs du Changement)
    Hnálla, lumière de l’être
    Drá l’ascète contemplatif
    Hrü’ü, nuit de la négation
    Wurú, l’ennemi de la stabilité
    Avánthe, fertilité
    Dilinála, la chaste pucelle
    Dlamélish, sensualité
    Hriháyal, la tentatrice
    Karakán, le guerrier
    Chegárra, le roi
    Vimúhla, le destructeur
    Chiténg le ravageur de villes
    Thúmis, le scribe
    Keténgku le médecin
    Ksárul, le magicien
    Grugánu, l’épée noire
    Belkhánu, l’embaumeur
    Qón le gardien
    Sárku, le ver
    Durritlámish, le profanateur


    Chacun des 20 cultes décrit la théologie de ce dieu, l'éthique (l'action dite "noble" variant selon la vision du monde de chaque divinité), les rituels, l'organisation, les différences régionales, les Clans, quelques PNJ, les sociétés secrètes du culte, les relations politiques et militaires, les Aspects différents et les Démons associés (qui sont plus développés dans le supplément sur la démonologie, The Book of Ebon Bindings), les Sortilèges et une brève nouvelle d'une page.

    La fin de chaque volume a un résumé de chaque dieu sur deux pages pour le jeu de rôle Tékumel, avec à chaque fois un "Aspect".

    Le supplément est une compilation d'anciens articles de fanzine de Barker (déjà réunis dans une première version en 1998), et les aspects que je préfère comme les PNJs importants sont souvent un peu trop rapides, et n'apportent pas tant que cela par rapport au vieux Tékumel Sourcebook (1984). Les PNJ sont prévus pour la période "actuelle" du jeu, après la Guerre civile. Empire of Petal Throne (1975) se passait avant la Guerre civile, Swords & Glory (1984) & Gardásiyal (1994) se passaient au début de la Guerre civile.

    Curieusement, il n'y a presque rien de neuf sur les Dieux "Pariahs" comme La Déesse de l'Os Pâle, la faction des Dieux de destruction qui rendent le Panthéon du Changement sympathiques en comparaison.

    Le principal défaut me paraît être l'absence d'Index, qui est décidément un défaut récurrent dans les publications sur Tékumel. Par exemple, vol. II, p. 58, il est dit que Dame Kálusü hiViridame est vraisemblablement une Marék et sans Index il me paraît difficile de savoir ce que c'est - il y a une explication très rapide vol. II, p. 18 mais il faut la trouver, surtout que le mot est mis au pluriel, des Mirekyál.

    Mais il n'empêche que Mitlanyál est sans doute l'un des suppléments les plus importants pour le jeu, après le Tékumel Sourcebook.

    Pro : Beaucoup plus de détails sur les Dieux et les Clans, des règles pour Tékumel: EPT.
    Contre : Pas d'Index, un Plan parfois arbitrairement divisé.

  • Obamomentum



    Les dernières nouvelles de Electoral Vote sont plutôt positives.

    Le 23 mai, McCain avait encore la majorité des Grands Electeurs avec 272-296 Grands Electeurs (il en faut 270 pour gagner).

    A la date du 4 juin, il y a eu une belle remontée d'Obama qui est devenu éligible avec 287-311 votes contre 227-251 pour McCain).

    Par rapport au score de Kerry en 2004, Obama gagnerait dans le Colorado (9), Iowa (7), le Nouveau Mexique (5 - Bush n'y avait gagné que de 2%) et même ce qui est plus surprenant dans le Missouri (11) et l'Ohio (20).

    L'Ohio semble rester aussi décisif qu'en 2004 : si Obama réussit dans cet Etat populaire blanc et industriel, il gagne les Présidentielles.

    A présent, le seul gain de McCain par rapport à Bush en 2004 est de taille, ce serait le Michigan (17 voix). Si Obama peut récupérer le Michigan, pas très loin de son propre Etat de l'Illinois, il n'aurait pas autant besoin de l'Ohio.

    Les deux Etats à égalité qui expliquent la fourchette sont deux Etats du Sud qui risquent donc fort de demeurer vers McCain : l'Indiana (11) et la Virginie (13), mais il est déjà remarquable qu'Obama puisse y faire ces scores surprenants.

    Curieusement, la Virginie occidentale, qu'on décrivait comme un des Etats du Sud qui évoluait à nouveau vers les Démocrates est au contraire fermement dans le camp de McCain (53% contre 35).

    Je ne sais pas si c'est un effet de son Sénateur ultra-faucon Joe Lieberman (et malgré l'autre Sénateur Christopher Dodd, encore plus colombe qu'Obama), mais le Connecticut (7) a une évolution étrange pour un Etat de la Nouvelle-Angleterre. Obama et McCain y sont aux coude à coude alors que Kerry y avait gagné avec 10 points d'avance. Traditionnellement, c'est le New Hampshire qui est le Commonwealth libertarien du Nord-Est mais le Connecticut ultra-bourgeois semble devenir plus conservateur.

    Obama ne prendra probablement pas Hilary Rodham-Clinton comme co-listière. (1) On ne voit pas vraiment ce qu'il y gagnerait comme on peut penser que 80% du Parti démocrate va se remobiliser autour de lui et que les Démocrates racistes ne changeront pas d'avis avec Clinton ; (2) Obama sait bien que Clinton le ferait assassiner après l'inauguration (non, je plaisante).

    D'après ce post, Jim Webb, Sénateur de Virginie, ex-Républicain, ou Sherrod Brown, Sénateur de l'Ohio, peut-être un peu trop à gauche pour rééquilibrer Obama, pourraient être un bon choix. Le brillant Général Wesley Clark (qui avait été candidat en 2004) compenserait la faiblesse d'Obama en politique de défense, tout en plaisant aux colombes.

    A Union between consenting sentient Life-forms



    Finalement, je suis pour un amendement (même si j'admets mon agnosticisme pour ce cas, du moins quand il y aura eu provolution).

    Le Mouvement de Libération des Monuments devrait protester contre cette déréification.