lundi 23 mars 2009

Le Congrès paye les Banques qui payent le Congrès



Aïe :


The political action committees of five big TARP recipients doled out $85,300 to members in the first two months of this year—with most of the cash going to those who serves on committees who oversee the TARP program.

Among them: Bank of America (which got $15 billion in bailout money) sent out $24,500 in the first two months of 2009, including $1,500 to House Majority Leader Steny Hoyer and another $15,000 to members of the House and Senate banking panels.

Citigroup ($25 billion) dished out $29,620, including $2,500 to House GOP Whip Eric Cantor, who also got $10,000 from UBS which, while not a TARP recipient, got $5 billion in bailout funds as an AIG "counterparty." "This certainly appears to be a case of TARP funds being recycled into campaign contribution".


Ok, on sait comment cette Crise va finir après ce genre de scandale bi-partisan. Par des emeutes de lynchage anti-parlementaire et des ligues fascisantes.

En passant, la Chambre des Représentants est décidément moins habile que le Sénat pour dissimuler ce genre de choses (à part Chris Dodd).

Feuerbachisme et Théorie de la Justice



Le Times publie cette préface où les philosophes Thomas Nagel et Joshuah Cohen étudient les sources religieuses de la pensée de John Rawls.

Le philosophe libéral politique semblait très laïc mais avait commencé dans les années 40 en préparant des études de théologie pour devenir un pasteur épiscopalien à Princeton (même si Princeton est plus presbytérien et donc calviniste plus qu'anglican). Mais il perd la foi vers cette période, peut-être quand il est fantassin pendant la Guerre du Pacifique (il a dit notamment avoir vu les ruines de Hiroshima après la capitulation en 1945, quand il avait 25 ans).

On vient de retrouver ses textes théologiques, son mémoire de maîtrise (Senior Thesis) de 1942 sur la Communauté et le Péché et curieusement il y a quelques analogies avec la philosophie politique qu'il développera trente ans après.

Taking up the historical framework of Anders Nygren, the thesis criticizes the infection of Christianity, through Augustine and Aquinas, by the ethical conceptions of Plato and Aristotle, according to which ethics is concerned not with interpersonal relations but with the pursuit of the good by each individual separately. In its hellenized form, Christianity treats God as the supreme object of desire. Rawls objects that this misses “the spiritual and personal element which forms the deep inner core of the universe”.

The idea that ethics is fundamentally a matter of ensuring appropriate interpersonal relations, rather than pursuing ultimately desirable ends, has close affinities with Rawls’s later view that principles of justice are not founded on an account of the good to be pursued but specify fair terms of cooperation among free and equal persons.


Il critique une partie de la théologie chrétienne comme une aliénation loin du lien social vers un Bien transcendant, parce qu'il aurait été trop platonicien (on pourrait peut-être défendre Aristote de ce reproche). Or le centre de sa position "libérale" de maturité sera l'idée que la théorie de la Justice (sociale) a la priorité sur toute théorie (morale) du Bien.

La suite du texte est plus fidèle à la théologie de l'incarnation comme représentation de l'intersubjectivité concrète, la communauté Je-Tu (dont parlait déjà Feuerbach) qui ne peut reposer sur un contrat social d'individus atomiques égoïstes (là aussi, Rawls utilise un style hégélien de la théologie dialectique post-Karl Barth, mais il ne reprend pas l'accent sur la transcendance indicible de la théologie de la Crise anti-moderniste).

Le centre du mémoire est une théorie du Péché très augustinienne opposée à tout Pélagianisme des Oeuvres et du mérite. L'individu commet un péché d'hubris en s'attribuant le mérite et la responsabilité d'une action qui le dépasse et qui peut dépendre des circonstances.

Par la suite, le libéralisme politique de Rawls et toute la théorie transcendantale de la Position Originelle va à la fois permettre un dépassement du christianisme politique (qui ne peut être pleinement pluraliste) et une fondation qui ne soit pas aussi hostile à la religion qu'une théorie rationaliste du Bien.

dimanche 22 mars 2009

Geithnerophobie II



Avertissement :

Ceci contient de l'économie, discipline rigoureuse à laquelle je n'entends rien. Mais en écrivant des bêtises, elles seront magiquement corrigées par un tour de passe-passe 2.0.



Le Troubled Assets Relief Program (TARP) est le programme du Gouvernement américain pour racheter des actifs "toxiques" (c'est-à-dire surévalués et pleins de parties ruinées) pour tenter de revenir à la stabilité financière et mettre fin à un cercle vicieux. Le TARP a été lancé par le Secrétaire d'Etat au Trésor Henry "Nosferatu" Paulson pendant les derniers mois de la présidence de George Bush. Environ la moitié des 700 milliards de dollars prévus ont déjà été dépensés et une partie le fut pour l'industrie automobile (GM : 13 milliards et Chrysler 4 milliards). La majorité le fut pour des banques comme Citigroup (50 milliards), Bank of America (45 milliards), Morgan Chase (25 milliards), Wells-Fargo (25 milliards) et la compagnie d'assurance AIG (40 milliards).

Timothy Geithner, né en 1961, est un ancien assistant des Secrétaires au Trésor sous Bill Clinton (1998-2001) et ancien Président de la Banque de Réserve de New York, le centre de la politique financière américaine (2003-2009). C'est à ce titre qu'il a commencé à superviser la gestion de la Crise Financière dès le début et que sa responsabilité commence donc avant que Barack Obama ne le choisisse comme Secrétaire au Trésor en novembre 2008, confirmé en janvier 2009 (malgré ses problèmes fiscaux). C'est lui qui doit s'occuper de gérer la suite du plan de relance dans le TARP.

Geithner doit annoncer demain le Plan de rachat des actifs (Bailout) pour les banques. Le Plan va permettre au programme de la Term Asset-Backed Securities Loan Facility (TALF) (lancée par la Réserve de New York) de racheter de nombreux actifs toxiques avec une part de soutien des investisseurs privés (pas plus de 20% du plan).

Une large majorité des mille milliards de dollars à dépenser viendront en fait d'endettement du gouvernement via la Federal Deposit Insurance Corporation (FDIC).

Le problème de ces actifs qui ne sont plus dans le marché normal est que certains sont peut-être sous-évalués à cause de la Crise, si on les sous-évalue, on enrichit les investisseurs privés. Mais par ailleurs il se peut qu'ils soient en fait aussi très surévalués et donc trop risqués pour les investisseurs.

Si j'ai bien compris, une partie de la gauche est indignée que cela s'appuie sur des fonds d'investissements alternatifs (hedge funds), qui pourraient s'enrichir dans le plan de relance et une partie de la droite craint que dans le contexte actuel on risque de faire des investisseurs privés les boucs-émissaires du programme en les privant des avantages de leurs risques (comme on sanctionne en ce moment les bonus d'AIG).

Paul Krugman pense que cela a un effet pervers, qui sera que le gouvernement, qui croit vraiment que ces actifs sont potentiellement sous-évalués, va en fait offrir peu de risques aux investisseurs privés. Comme il le dit, ce sera un jeu biaisé : "Pile, je gagne, face, les contribuables perdent". Il ajoute que Geithner est resté trop conservateur et proche d'un optimisme de Paulson selon lequel la confiance financière va finir par revenir toute seule si le gouvernement attend un peu et stimule ces investisseurs à reprendre une part de ces actifs toxiques.

Le Patient sait qu'il est déjà intoxiqué mais il se dit qu'il vaut mieux reprendre encore un peu de Poison pour être sûr d'aller plus loin ou pour monter sa résistance et se mithridatiser.

Voir la synthèse des réactions via hilzoy (qui résume bien la critique que les risques sont du côté du gouvernement mais que cela pourrait ressembler à un simple plan de subventions aux fonds d'investissement qui n'auraient pas autant de risques ensuite).

Le blogueur Brad DeLong (ancien collègue de Geithner sous Clinton et professeur d'économie à Berkeley) défend le programme par un dialogue, en disant qu'il est bon de faire appel aux investisseurs privés mais qu'après tout 85% des gains de ces actifs resteront au gouvernement ensuite quand les marchés remonteront à leur cours normal.

Krugman lui répond que son optimisme sur les actifs toxiques n'est peut-être pas fondé et que si jamais ils s'avéraient bien plus risqués, on n'aurait fait qu'accroître les dangers en jouant à quitte ou double avec le plan de relance alors que personne ne peut savoir la valeur réelle de ces actifs (si j'ai bien compris les métaphores que je dois simplifier de manière outrancière).

Un message d'excuses de Portia de Rossi



L'allusion aux chimpanzés bonobos à la fin doit renvoyer à leur "tribadisme".

"Resaisis l'instant"



Les groupes de musique électronique et de "trip hop" comme Wax Tailor (Jean-Christophe Le Saoût) semblent atteindre un état curieux de nostalgie dans le contenu.

Hervé ("RV") Salters est un Français installé à Berkeley qui jouait du clavier pour Honeycut et a un groupe de funk électronique appelé General Electriks, qui à mon oreille peu éduquée fait assez écho beatlesque à 1968/72 ou au minimum Britpop années 90.

Voici Take Back The Instant du nouvel album Good City For Dreamers (disponible aussi gratuitement sur OurShop).



J'aime bien aussi Hey, Little Lady, Cottons of Inertia et Raid the Radio. Ils seront à nouveau à la Maroquinerie le 30 avril.

En parlant de technologie et de nostalgie, c'est vrai que l'ultime épisode final de Battlestar Galactica passé hier était (SEMI-SPOILER) une conclusion heideggerienne / luddite contre le règne de la Technique et le Gestell de l'Être, ou je surinterprète ?

Oui, certes, le retour cyclique à l'origine édénique est un cliché qu'on trouve aussi dans les Lois (Livre III) de Platon (et aussi dans un épisode de Twilight Zone il y a 45 ans).

Prix Hugo 2009



La 67e Convention Mondiale de Science-fiction aura lieu cette année à Montréal : Anticipations, du 6 au 10 août 2009.

C'est là que seront distibués les Prix Hugo dont voici les nominations.

Pour le Meilleur Roman, les 5 finalistes publiés en 2008 sont :

  • Anathem par Neal Stephenson (Prix Hugo 1996 pour The Diamond Age) : un roman de "Hard Science philosophique", sur les idées de Douglas Hofstadter ou de Roger Penrose sur les mathématiques, dans une autre planète où des Moines gardent les restes de la science et où apparaissent des extraterrestres mathématiciens.


  • The Graveyard Book par Neil Gaiman (Prix Hugo 2002 pour American Gods) : un roman pour enfants où un nourrisson ayant survécu à l'assassinat de ses parents est élevé par des fantômes dans un cimetière, en une sorte de Mowgli gothique, avec des spectres à la place des loups de la jungle. Comme le disait Gaiman chez Colbert, le problème est de savoir comment les fantômes allaitent le petit.
    Ce livre a déjà eu le Prix Newbery.


  • Little Brother par Cory Doctorow (Tor) — Téléchargement gratuit - est une satire politique et un fantasme pour Geek Libéral, avec un héros hacker adolescent à San Francisco qui, après avoir subi une arrestation abusive, va lutter contre le Department of Homeland Security. (Ca doit paraître un peu moins drôle comme dystopie dans notre période post-Bush)


  • Saturn’s Children par Charles Stross (Ace; Orbit UK): un roman érotique parodiant un peu des thèmes rétro de la science-fiction de l'Âge d'or (je pense un peu aux Seigneurs de l'Instrumentalité par exemple) avec une héroïne androïde conçue comme une Courtisane pour le sexe et qui va lutter pour son émancipation.


  • Zoe’s Tale par John Scalzi (Tor) : une suite d'Old Man's War (Prix Hugo 2006) et The Last Colony, sur la colonisation de la planète Roanoke. En fait, c'est ici la reprise du roman précédent, mais raconté d'un autre point de vue, par la jeune Zoe.


Charles Stross et John Scalzi étaient nominés déjà l'an dernier, respectivement pour Halting State, mystère cyberpunk dans une Ecosse indépendante (dont j'ai parlé là), et The Last Colony.

Je me demande si le fait que Doctorow soit Canadien va l'avantager dans cette Convention à Montréal. Le même livre est aussi nominé pour le Prix Nebula.

J'ai l'impression qu'Anathem le roman de Neal Stephenson a l'air d'être le plus ambitieux et ceux de Gaiman et de Stross les plus drôles.

Geithnerophobie



Via, cette chanson "Hey, Paul Krugman" pour appeler le Prix Nobel d'Economie à remplacer Tim Geithner.

vendredi 20 mars 2009

Tu ne mériteras pas d'être dans ce Corps



  • Les auteurs du discours d'Obama dans ses voeux de Norouz à l'Iran (discours prévu il y a dix jours par le Christian Science Monitor, décidément bon en relations internationales) ont mis une citation du poète perse du XIIIe siècle Saadi (celui qui inspira le nom de notre Président Sadi Carnot).

    Le poème en question est aussi dans l'entrée de l'ONU à New York :


    Les enfants d'Adam font partie d'un corps
    Ils sont créés tous d'une même essence
    Si une peine arrive à un membre du corps
    Les autres aussi, perdent leur aisance
    Si, pour la peine des autres, tu n'as pas de souffrance
    Tu ne meriteras pas d'être dans ce corps


    Je ne sais pas ce qui me fait le plus plaisir chez Obama, qu'il continue à snober Badinguet ou qu'il prenne même le temps d'écrire à Jacques Chirac pour qu'on comprenne bien qu'il ne confond pas les Français avec son dirigeant.

  • L'ONU a retrouvé la Raison et ne proposera pas de motion condamnant toute "calomnie envers les religions" après un compromis russe (en échange, les théocraties ont obtenu l'abandon de condamnation contre les discriminations envers les homosexuels et les apostats).

  • Pierre Cahuc et André Zylberberg ont une analyse récapitulative des "Réformes" économiques ratées du Président Sarkozy.

    Pierre Cahuc : Notre enquête montre que les réformes menées dans le domaine économique sont des échecs.

    La prétendue "modernisation" du marché du travail permet en réalité de partir en préretraite à 57 ans.

    La réforme de la représentativité syndicale renforce les positions de la CGT et de la CFDT sans régler la question cruciale de l'opacité du financement des organisations syndicale et sans s'attaquer aux causes de leur déclin.

    Le gouvernement a accru les avantages des taxis aux dépens des usagers. Les principales enseignes de la grande distribution ont consolidé leur position de monopole au détriment des consommateurs.

    La défiscalisation des heures supplémentaires aboutit à plusieurs milliards d'europs de rentrées fiscales en moins chaque année sans aucun effet avéré sur l'activité.

    Finalement les dix-huit premiers mois du quinquennat s'achèvent avec le revenu de solidarité active, une peau de chagrin qui contribue à opacifier la carte des minima sociaux sans accroître notablement les revenus des moins bien lotis. Le constat est donc sans appel : les réformes ont aggravé la situation antérieure.

    (...)

    Même le RSA est un échec : il ne simplifie pas le maquis des minima sociaux et il donne des incitations financières à travailler trop faibles pour avoir un effet sur l'activité.

    Quant à la réforme des régimes spéciaux, le gouvernement a négocié sous le manteau sans publier un seul document permettant d'évaluer les économies réalisées. Résultat : la réforme fait vraisemblablement perdre de l'argent au contribuable.

    L'épisode des régimes spéciaux est emblématique de l'usage de la réforme : une réussite affichée qui donne l'illusion d'une France qui évolue, mais des résultats désastreux."

  • jeudi 19 mars 2009

    Marche ou Clèves



    J'ai un peu suivi la manifestation d'aujourd'hui et j'ai appris que LO et le NPA étaient dépassés par leur gauche par les "Spartakistes" de la Ligue trotskiste de France qui les accusaient d'être des "complices du capitalisme". Il y a parfois un phénomène d'amalgame des protestations et critiques (comme dit MGK sur les mouvements anti-G20 "cause-collation, or as people commonly recognize it, “when Free Mumia signs show up at a gay rights rally"). Ici, c'était des drapeaux palestiniens ou en faveur de Colonna (même si dans ce dernier cas, il y a bien un léger rapport avec l'ancien ministre de l'Intérieur).

    Mais le badge du MOTIF "Je lis La Princesse de Clèves" était brillant, tout comme un panneau "Contre la Culture de l'Ignorance" qui rappelle bien la complexité du sens normatif et du sens descriptif du mot "culture".

    L'écu fiscal (2)



    Gad Elmaleh politise au premier degré sa promo de Coco (comédie sur un nouveau riche arrogant et qui perd conscience de son aliénation à l'argent) en disant que Villepin a tort de vouloir baisser le Bouclier fiscal en passant le taux maximal pour les plus riches de 50% à 60%, affirmant que 50%, "c'est déjà énorme". Compte à rebours avant qu'il ne nous dise qu'on l'a mal compris et qu'il jouait son personnage de bouffon : 5, 4, 3...

    Par ailleurs, à l'Assemblée, notre bien-aimé Eric Woerth a déclaré que certains contribuables payaient "jusqu'à 100% d'impôt" avant d'être affranchis de cette servitude. Il a ajouté que la moyenne de 33 000 euros envoyés aux plus riches était normale puisque ces contribuables avaient fourni au moins autant à l'Etat.

    En revanche, je ne comprends pas bien la pétition d'Alternatives économiques contre l'exonération des heures supplémentaires. Je suis d'accord sur le fond mais à quoi sert un tel appel à la raison alors que c'est quasiment le symbole phare du pouvoir en place dans sa loi TEPA et qu'il y a 0% de chance de la remettre en cause ?

    Schtroumpffage universel






    Jog examine la politique et l'individualité moderne dans la traduction américaine du Schtroumpfissime (1965) de Peyo et Yvan Delporte (qui était alors le rédacteur en chef de Spirou).

    Chérèque Guevara



    Interrogé sur une proposition de Besancenot de réclamer aussi 300 euros d'augmentation en métropole comme dans les DOM des Antilles, le dirigeant de la CFDT :


    Ce serait... du colonialisme en retard.


    Oui, je crois que c'est vraiment le meilleur reproche politique, économique ou social qu'on puisse faire à une telle revendication.

    Tout ce que vous pourriez vouloir savoir sur le Randism

    par Angry Flower (via): Virtue of Selfishness et un résumé d'Atlas Shrugged.

    mercredi 18 mars 2009

    Publicité & Probabilité



    La British Humanist Association a lancé l'an dernier une campagne publicitaire dans les transports (pour un total de £136,000, financés par des dons, dont une partie importante par le biologiste Richard Dawkins) avec le message : "Il n'y a probablement pas de Dieu. Cessez donc de vous faire des soucis à ce sujet et savourez votre vie".

    Le "probablement" remplissait deux fonctions : éviter une affirmation impossible à prouver (argument de la théière de Russell) et rappeler la prudence épistémologique du libre-penseur contre le cliché d'un "dogme inversé".

    Cette propagande (et notamment la fin sur l'unicité de cette vie) était en fait une réponse à une campagne avec un message du type "Ceux qui n'ont pas accepté Christ comme Leur Sauveur Bruleront en Enfer" (message qui m'a toujours paru peu efficace dans son attaque contre la cible, mais après tout Blaise Pascal semblait le trouver hautement digne d'intérêt).

    La campagne a fait sensation au Royaume-Uni et le Christian Party, un goupuscule protestant conservateur (2% aux élections européennes en Ecosse), a répondu avec une maturité étonnante à nouveau sur les bus :


    "There definitely is a God.

    So join the Christian Party and enjoy your life.”


    Si - Même pas vrai !

    D'autres ont préféré le grand classique de l'apologétique en psychologie inversée, le Psaume 14 (13 dans la Vulgate) sur "le Sot (stultus) qui dit qu'il n'y a pas de Dieu".

    L'ennui est que l'affirmation positive paraît encore plus discutable que la négation probabiliste et la commission de la publicité a donc reçu 10 fois plus de plaintes pour cette seconde campagne.

    Il y a maintenant des campagnes d'athéisme dans d'autres pays anglo-saxons et même aux USA.

    Celle de l'association des athées de Seattle est assez bien construite en appelant à la libre-pensée et non à la négation dogmatique :


    "Question with boldness even the existence of a God; because, if there be one, he must more approve of the homage of reason, than that of blind-folded fear."
    -- Thomas Jefferson

    Seattle Atheists: We Believe In You!


    Dommage que le cheerleading à la fin gâche l'appel à l'esprit critique du Tribunal de la Raison.

    Etant l'un des pays occidentaux les plus athées au monde (avec sans doute entre un quart ou un tiers de la population qui est athée/agnostique), nous n'avons pas vraiment besoin de telle réclame ou remontrance.

    Aliens Are From Mars, Austenites Are From Venus



    On avait déjà eu droit à d'innombrables adaptations de Pride & Prejudice, dont des comédies comme Bridget Jones (2001) ou Bride & Prejudice (2004, version Bollywood). Puis sont venus les Prejudice & Zombies (le livre ajoutait seulement une invasion zombie mais reprenait le même texte, il y aurait une adaptation prévue au cinéma). Ca va bientôt devenir pire que les Trois Mousquetaires ou Sherlock Holmes (qui doivent avoir le record des adaptations avec la Bible).

    On n'est même plus trop surpris d'avoir quinze jours avant le premier avril que Elton John produit un cross-over entre Pride & Prejudice et Predator: Pride & Predator (il ferait la musique).

    L'idée serait encore une fois (au-delà de la simple parodie) de gérer le problème de Gender Gap de Hollywood puisque l'industrie est devenue dépendante des hommes de 15-35 ans et que la consommation culturelle a installé la malheureuse romancière de la Régence comme le produit acceptable pour les femmes (il suffit de voir que des producteurs associent maintenant son nom au coeur même des comédies-romantiques comme The Jane Austen Club en 2007). Des costumes d'Austen plus des Effets speciaux & Explosions seraient donc un "concept" fédérateur ultime.



    Add.
    Et puisqu'on parle d'attentes des genres et de Gender Gaps, une petite vidéo pornographique avec Sasha Grey par James Gunn, le scénariste de Scooby-Doo (presque Safe For Work) :



    Umberto Eco avait quelque part une définition assez atypique du film pornographique par le refus de l'ellipse : un film où on met aussi longtemps pour aller du point A au point B que dans la réalité.

    mardi 17 mars 2009

    Plus fractionnistes que des Trotskistes



    la communauté des rôlistes :


    The Forge (aka indie-rpgs.com) is a forums site run by Ron Edwards, author of the RPG Sorcerer, which is for certain indie game design folks to collaborate. (I say “certain” because they have a very specific view of what’s indie and other views are not welcome.)



    Indie Press Revolution is a distributor that carries indie titles, from the FORGE and others. There’s some overlap in publishers with the mega-RPG sales site RPGNow.com, but they focus on small press titles. They’ve grown quickly; now my Friendly Local Game-Store (Rogue’s Gallery, in Round Rock, TX) has an IPR mini-section.



    Anyway, on the FORGE site, Ron Edwards has declared IPR not “indie” enough and is starting his own distributor (well, a couple hours a week of some chick named Meg) to do fulfillment for him and a couple other companies. He’s concerned that his “definition of independence” is a low priority for IPR taking on new publishers, and that his books are not “front and center” on the IPR home page.



    Oui, le Pape des Jeux Indépendants déclare le distributeur principal des Jeux Indépendants (qui doit avoir un ou deux employés) "impur" et "hérétique", sans doute trop vendu au commercialisme.

    Ron Edwards a parfois écrit des choses intéressantes sur la théorie du jeu de rôle ou sur le modèle triadique Ludiste/Narrativiste/Simulationniste qu'il a contribué à populariser. Il a eu aussi une fonction importante en stimulant des créateurs plus mûrs pour qu'ils osent développer des formes de jeux différentes. Mais franchement, son ton dans ces messages de TheForge commence à ressembler à celui d'un gourou intolérant (même si on ne connaît pas bien sûr tous les enjeux personnels implicites).

    J'utilise peu TheForge à cause d'un ton d'adoration d'Edwards et un niveau de discussion théorique qui me paraît parfois parodique (la première fois, je suis tombé sur une discussion de ce que le structuralisme lévi-straussien devrait apporter à la partie de jeu de rôle). Story-Games est un autre forum indie qui a l'air un peu plus ouvert.

    RPG.net me paraît un bon juste milieu entre les forums indie et les forums plus spécialisés ou plus réactionnaires comme RPGsite (où certains membres m'agacent dans leur mépris hautain contre les jeux indie, voire contre tout jeu qui n'est pas D&D). Il y a en plus de nombreux forums plus orientés vers le Grognardisme (ou "Mouvement des Rétro-Clones Old School") où on considère qu'adopter les règles d'AD&D de 1978 est déjà du modernisme révisionniste excessif (OD&D74, Dragonsfoot).

    lundi 16 mars 2009

    Noces au Fusil désarmées



    Je sais que c'est frivole de parler encore de l'étonnante famille alaskienne des Palins, dont la vie ressemble tant à un soap opera ou plutôt à un sitcom ou un épisode du Jerry Springer Show, mais maintenant que l'élection présidentielle avec la Vice-Présidente est passée, Bristol Palin quitte le plouc père de son enfant qui avait arrêté le lycée pour devenir mécanicien. Et le mariage promis pendant la Convention républicaine est donc bien une escroquerie médiatique de plus.

    La famille du fiancé a déclaré que "Bristol trouvait qu'ils étaient trop white trash - ploucs blancs". Ah, poutre, paille.

    Pendant ce temps-là, en politique, la Gouverneure de l'Alaska, si farouchement anti-avortement qu'elle instrumentalisait la naissance de son enfant trisomique, nomme un Juge pro-choix à la Cour Suprême de l'Etat (parce que la loi de l'Etat la contraint à ne nommer qu'après une commission de sélection et que les deux candidats étaient pro-choix.)

    (On se demande si la Commission de déontologie d'Olivier Fouquet qui prétend avoir failli démissionner sur le scandale Pérol pourrait rêver de ce pouvoir)

    Les Conservateurs & le Confédéralisme



    Quand on lit des posts conservateurs américains (ou libertariens, ce qui n'est souvent que le masque sexy du conservatisme), leur haine pour la plupart des Etats européens trop socialistes n'est que magnifiée quand ils parlent de l'Union européenne. Ils la connaissent souvent par les eurosceptiques anglais et ils y voient une extension des vices "français" avec en plus le déclin du "sens commun" national, une forme de cosmopolitisme supranational onusien et droit-de-l'hommiste en plus.

    Or, une des critiques les plus sombres qu'on pourrait faire de l'Union européenne serait qu'au contraire la faiblesse politique de l'Union devrait représenter le rêve conservateur confédéral d'un Etat central anémié, quel que soit l'interventionnisme des Etats-membres. L'Empire Bruxellois qu'ils dénoncent tant serait devenu la réalisation paradoxale des rêves conservateurs !


    It’s as if South Carolina were a sovereign country within a loose confederation, and Barack Obama and Congress needed Mark Sanford’s permission to design and shape a stimulus package.

    (...)

    If Berlin, Paris, and London are rough models for American liberals, the rough model for American conservatives is—Brussels.

    There’s “states rights” and “small government” for you, if that’s what you want.


    Add. Cela dit, Yglesias fait remarquer que mêmes les Etats-membres socialisants ont été plus timides, même en proportion que l'interventionnisme obamien sur la relance de l'économie.

    Americans stopped paying attention to European politics on September 12, 2001 and are now waking up to find that we live in a world in which Jean-Claude Trichet rather than Ben Bernanke is arguably the world’s most important central banker.

    It’s also a world in which a revival in global demand probably needs to come from China rather than from a cuddly democratic ally.


    En passant, le problème d'Yglesias est qu'il est un démocrate libéral modéré. Il est bien supérieur à Ross Douthat, le nouvel éditorialiste choisi par le New York Times pour remplacer Kristol (qui devait remplacer Safire) mais Douthat fait semblant d'être un Red Tory ou conservateur "social" dans le genre de Christine Boutin (catholicisme anti-capitaliste, conservatisme sur les moeurs mais moins "libéral" en économie) et il a donc moins de concurrence compétente qu'un libéral politique et il peut donc occuper plus facilement une niche écologique que le Times veut voir remplie.

    Add.
    Tim Fernholz : il a fallu que la France devienne un valet bushien pour que l'Etat fédéral puisse devenir interventionniste avec Obama.

    dimanche 15 mars 2009

    D&D 4: Player's Handbook 2



    D&D a tellement d'importance pour tout le jeu de rôle (représentant à lui seul sans doute 80% des ventes de ce hobby très marginal) que même ceux qui n'y jouent pas doivent tenir compte de l'évolution du leader.

    Or, la 4e édition a révolutionné le modèle pour s'adapter à un contexte où les joueurs préfèrent le jeu en ligne au jeu de rôle sur table. La voie choisie fut d'augmenter le "ludisme", en améliorant la précision tactique du jeu pour rivaliser avec WoW. Le jeu de rôle est sorti du wargame mais avec la 4e il est revenu en partie vers ces origines alors que le reste du Hobby cherche au contraire à gagner son indépdance en explorant des voies plus narrativistes.

    Je ne suis vraiment pas attiré par un wargame microtactique, même s'il a l'air bien fait et plus équilibré que les éditions précédentes. Mais si on considère le combat comme la partie essentielle du jeu de rôle, alors autant que le système marche. J'écoutais au cinéma des joueurs décrire leur partie et on aurait vraiment dit qu'ils ne cherchaient qu'à optimiser un jeu purement compétitif. Tout jeu de rôle a un côté de méta-jeu (où on sort de l'immersion dans l'histoire en tenant compte dans le jeu du fait qu'il y a des règles) mais la nouvelle édition utilise un système tactique qui pousse encore plus au méta-jeu, en utilisant un vocabulaire externe à celui des personnages et des termes qui décrivent les fonctions du système.

    Les classes de personnages ont été maintenues mais on a ajouté le concept des "rôles". Le "rôle de combat" n'est que son type général de fonction tactique, comme pour une unité de wargame : Striker (qui frappe rapidement, doit être mobile et a peu de force défensive), Defender (qui a assez de capacités défensives pour couvrir les autres), Leader (qui optimise surtout les autres) et Controller (qui doit aider au contrôle de toute une zone et non pas seulement une cible).

    D&D4 utilise 8 classes de personnages répartis selon ces 4 rôles de combat plus trois sources des pouvoirs : Arcane (Magie), Divine (Dieux) et Martial (Combat). Cela donnait la répartition suivante (reprise de là avec, on le voit un déséquilibre en faveur des attaquants et une seule forme de contrôleur, le Wizard.


    Source du Pouvoir
    Rôles Tactiques
    Arcane Divine Martial
    Controller Wizard

    Defender
    Paladin Fighter
    Leader
    Cleric Warlord
    Striker Warlock
    Ranger
    Rogue


    D&D sortira désormais un nouveau Player's Handbook chaque année pour centraliser ses additions de règles.

    Ils ajoutent dans ce Player's Handbook 2 une source de Pouvoir en plus : Primal (en gros, les forces des Esprits de la Nature) et 8 classes de plus : Avenger, striker (divine), Barbarian, striker (primal), Bard, a leader (arcane), Druid, a controller (primal), Invoker, controller (divine), Shaman, leader (primal), Sorcerer, striker (arcane), Warden, defender (primal).


    Sources
    Rôles Tactiques Arcane Divine Martial Primal
    Controller Wizard Invoker

    Druid
    Defender
    Paladin Fighter Warden
    Leader Bard
    Cleric Warlord Shaman
    Striker Warlock,
    Sorcerer
    Avenger
    Ranger
    Rogue
    Barbarian


    On le voit, il ne manque plus que deux cases, un Arcane Defender et un Martial Controller (peut-être un Super-Archer ou artiste martial comme le Moine ou le Budoka ?) pour achever le Tableau. On peut aussi imaginer qu'ils ajouteront un jour une 5e Source de puissance psionique.

    Le Barbare officiel (Martial Striker) diffère de celui de Goodman Games dans leur supplément Forgotten Heroes:Fang, Fist, and Song où il était un Defender (ils avaient aussi ajouté le Moine qui était une troisième sorte de Martial Striker).

    D&D4 a 5 races inhumaines : Nains, Elfes, Eladrin, Halfling, Dragonborn, Tiefling. Le PHB2 ajoute 5 races en plus : Deva (anciens immortels qui se souviennent de vies passées, un peu comme les Nephilim), Gnomes (qui ressemblent peu aux anciens Gnomes d'AD&D avec un petit côté plus "Kenders"), Goliaths (des demi-Géants de Pierre), Demi-Orcs et Shifters (en gros une race de lycanthropes).

    On n'a pas vraiment l'impression que ces ajouts remplissent un besoin et cela sonne déjà comme s'ils commençaient à racler des fonds de tiroir.

    Le vote et le compte en banque



    Yglesias tente souvent de rectifier la facilité conservatrice anti-bobo (terme favori des gens travaillés par le ressentiment) selon laquelle la bourgeoisie peut voter plus à gauche que les plus pauvres. Curieusement, il y aurait du vrai dans le cas français selon le graphique, où les plus riches voteraient moins pour les partis conservateurs en proportion que les plus pauvres. Ils ne précisent pas quelle période cela recouvre.