jeudi 18 septembre 2025

Personnages non-humains pour RuneQuest

 Chaosium a mis sur son site 13 personnages détaillés appartenant à des "Peuples des Aînés". 

Aldryami : Finrolar, Elfe Mreli, Guerrier (Haut-Roi Elfe) du Bosquet de Tarndisi, culte du Bosquet

Aldryami : Yerema, Elfe Vronkali, Prêtresse d'Aldrya à la Crête des Deux Pins (est de Jonville)

Babouin : Diyak, Initié de Daka Fal, Guerrier de la Ruine du Singe (Erreur d'Orani)

Centaure : Maghor, Initié d'Arachne Solara, Guerrier de la Vallée des Bêtes

Durulz : Marishta, Initiée d'Issaries Langue-d'Or, du Marais des Hautes-Terres

Minotaure : Gorga Corne Brisée, Initié de Taureau Tempête (Berserk), des Etendues des Bêtes

Agimori : Pelira, Initiée de l'Enfant Trouvé, chasseresse de Prax

Mostali : Cannek, Nain de Fer

Mostali : Bellain, Naine d'Or

Trolls (Uzko) : Urza, Initiée de Kyger Litor, Clan du Roc Noir

Trolls (Uzdo) : Brog le Grand Troll, Initié de Zorak Zoran

Trollkin (Enlo) : Ragna, Initiée d'Argan Argar

Nar Sylla : Nallur l'Enfant des Vents, Initié d'Orlanth

Telmori : Ayesta, Initiée de Telmor, et son Loup Arrache-Oreille.  

 

 

mercredi 17 septembre 2025

Quels Aliens ?

Y a-t-il une espèce extraterrestre qui ait été décrite dans une oeuvre fictive ou un jeu de rôle avec assez de détails de cultures différentes dans cette espèce pour que cela puisse créer une impression de "réalisme" et éviter les clichés de "monoculture" ? 

Je me souviens qu'Other Suns recommandait de créer plusieurs cultures avec des valeurs différentes pour  chaque espèce mais en pratique je crois que le jeu ne donnait hélas que peu d'exemples.  

lundi 15 septembre 2025

Parties de l'âme et administration

Au début de L'Alchimie de la Félicité, le mystique soufi Al-Ghazali (1058-1111) reprend la division classique de l'âme depuis Platon (raison, ardeur, désir / désir de sagesse, désir de pouvoir et désir de plaisir) mais il déplace un peu le sens politique dans son analogie avec l'Etat (un peu comme Freud compare le Refoulement aux forces de l'ordre ou de répression politique) : 

Pour entreprendre cette lutte spirituelle par laquelle la Connaissance de soi et de Dieu doit être atteinte, le corps doit être conçu comme un royaume, dont l'âme est le Roi et les différentes facultés représentent l'administration ou l'armée. La Raison est le Vizir ou Premier Ministre qui conseille le Roi, la Colère est l'Officier de Police et la Passion est le Publicain qui prélève les impôts. En prétendant recueillir les revenus, la Passion est susceptible de les détourner pour son propre compte, de même que la Colère est toujours encline à une sévérité extrême et à une dureté dans le ressentiment. Ces deux-là, le Collecteur d'impôts et l'Officier de Police doivent donc être subordonnés strictement au Roi mais ils ne doivent pas être éliminés ou dépassés comme ils ont leur propre fonctions à accomplir. Mais si la Passion et le Ressentiment maîtrisent la Raison, alors la ruine de l'âme s'ensuit infailliblement. Une âme qui permet à ses facultés inférieures de dominer les facultés supérieures est celle qui confie un Ange au pouvoir d'un Chien ou un Fidèle sous la tyrannie de l'Infidèle. Cultiver les qualités démoniaques, bestiales ou angéliques résulte dans les caractères correspondants qui se manifesteront au Jour du Jugement sous une forme visible : le caractère sensuel apparaissant comme un Pourceau, le caractère irascible comme un Chien ou un Loup et le caractère purifié comme un Ange. Le but de la discipline morale est de purifier le coeur de la rouille des passions et du ressentiment jusqu'à ce que, tel un miroir clair, il ne réfléchisse plus que la Lumière de Dieu. 


J'ignore si Al-Ghazali est original dans cette évolution par rapport au modèle platonicien. Chez Platon, la fonction "appétitive" (épithumia) était la 3e fonction dumézilienne, le Peuple qui produit et qui a besoin d'être régulé ou il tombe dans l'intempérance. Ici, elle est l'appareil d'Etat du Fisc qui prélève sur le Peuple (qui doit donc être plus identifié au Corps qu'à la partie inférieure de l'Âme). Platon craint la "fièvre" des désirs infinis et superflus (l'Hydre qui se renouvelle sans cesse), le texte précise ce danger dans la cupidité d'une oligarchie ou bureaucratie intermédiaire qui viendrait parasiter les ressources de toute l'âme. 

De même, Platon aurait tendance à identifier la Raison au Roi alors qu'ici le Prince a besoin d'une faculté délibérative distincte, le Vizir (comme le Cheval rationnel dans l'analogie de l'Aurige). Le Mysticisme fidéiste d'Al-Ghazali ne va pas toutefois jusqu'à dénoncer une possible libido dominandi de la Raison elle-même (qui voudrait être calife à la place du calife). Ce texte soufi reste platonicien sur ce point : le Logos est toujours le miroir qui s'approche le plus de la contemplation intuitive de l'Unité du Divin, l'hypostase la plus proche de l'Un. 

Mais Al-Ghazali précise (comme Aristote distinguant le Jeu gratuit et la Contemplation désintéressée) que la Raison ne doit pas se contenter de n'importe quelle connaissance comme celle du Vizir (qui était aussi le nom d'une pièce aux échecs, l'actuelle Dame) : 

La plus haute fonction de l'âme de l'homme est la perception de la vérité. En cela consiste son délice particulier. Même dans des sujets triviaux, comme d'apprendre à jouer aux échecs, il y a un bien, mais plus le sujet est élevé, plus grand est le plaisir. Un homme serait content d'être admis dans la confidence d'un Premier ministre mais combien il le serait plus de devenir le proche d'un Roi qui lui révèlerait les secrets de l'Etat. Un astronome qui, par sa connaissance, peut cartographier les étoiles et décrire leurs trajectoires, dérive plus de plaisir de sa connaissance que le joueur d'échecs de la sienne. Comme rien n'est plus élevé que Dieu, combien grand doit être le plaisir qui vient de la connaissance vraie de Sa Divinité !

 


dimanche 14 septembre 2025

Politique népalaise

Le Népal a 30 millions d'habitants (à peu près la population actuelle de l'Ukraine depuis qu'ils ont perdu 10 millions de réfugiés) dans un territoire grand comme le Bangladesh. 81% de la population est hindoue (surtout "shivaïste"), 9% bouddhiste, 4% musulmane. 

La Chute de la Monarchie en 2006-2008

Malgré l'indépendance de l'Inde, le Népal était resté une monarchie absolue jusqu'en 1990 où le Roi dut accepter le multipartisme. La situation politique resta très violente avec une guerre civile permanente et des soulèvements de Maoïstes népalais. 

En juin 2001, le Prince héritier, ivre, aurait assassiné ses parents et se serait finalement suicidé, même s'il reste des zones d'ombres sur cet étrange massacre de la famille royale. 

Son oncle Gyanendra (né en 1947) hérita de la couronne. Il fut le dernier Roi du Népal mais dut abdiquer après seulement cinq ans de règne, après la Révolution pacifique de 2006-2008 qui instaura la République du Népal. 

Bien qu'une grande partie de la fortune de l'ancien Roi Gyanendra a été nationalisée par la République, Gyanendra reste un des hommes les plus riches du pays et possède à la fois des biens immobiliers, des hotels et des actions dans de nombreuses entreprises. 

La Crise ethno-nationaliste de 2015-2017 

Au sud du Népal, à la frontière avec l'Inde, ceux qu'on appelle les "Madheshi" ("ceux du milieu") formeraient environ un tiers de la population, dans les régions frontalières avec l'Inde (Province du Bihar). Ils accusent le Parlement de la nouvelle République de les marginaliser dans le découpage des provinces par rapport à la majorité des Népalais des régions montagneuses. Ils appellent à un boycott des élections. 

Après le tremblement de terre d'avril 2015, la crise se développe. Un mouvement madheshi organise alors un blocus des camions apportant le carburant au pays et l'Inde de Modi semble apporter son soutien à ce mouvement de blocage des transports et de toutes les usines. Le gouvernement népalais accuse les Madheshi d'être des agents indiens et tente de faire venir le carburant par la Chine. Les difficultés d'approvisionnement accroissent une crise humanitaire du pays et les tensions entre le Népal et l'Inde.  

Les élections 

Les élections népalaises sont un mélange de scrutin uninominal à un tour comme en Angleterre et d'une dose de proportionnelle. Les trois principaux Partis du Népal sont le Parti du Congrès (centriste, social-démocrate) et deux Partis maoïstes : le Parti Communiste du Népal (Centre Maoïste) et le Parti Communiste (Unifié Marxiste-Léniniste). Le Centre Maoïste était premier pendant la Constituante de 2008, le Parti du Congrès avait été premier de peu aux élections de 2013 mais aux élections suivantes en 2017, le Parti Communiste (Unifié Marxiste-Léniniste) gagne plus largement avec plus d'un tiers (le Parti représentant les Madheshi a moins que 5%). 

KP Sharma Oli, Secrétaire du Parti Communiste (Unifié Marxiste-Léniniste) redevient Premier Ministre dans plusieurs gouvernements de coalition de 2018 à 2025 (y compris avec le Parti monarchiste). La Présidente de la République Bidya Devi Vhandari vient du PC (UML) et elle est remplacée en 2023 par le Président Ram Chandra Poudel (Parti du Congrès). 

La Révolution des Génération Z

Le Népal est un pays jeune : l'âge médian est 25 ans. On assiste alors à ce qui doit être une des premières révolutions "mondialisées" de ce qu'on appelle la Génération Z. 

Le début de l'année 2025 est marqué par des émeutes à Kathmandu qui viennent d'abord de la droite hindouiste et monarchiste qui réclame une restauration du Roi Gyanendra, renversé en 2008. 

Mais progressivement, le mécontentement monte au-delà de la droite contre la corruption des élites au pouvoir et la hausse des inégalités (même si le coefficient de Gini du Népal reste relativement bas). Les réseaux sociaux népalais attaquent notamment la richesse des enfants des cadres du nouveau régime.  

Le 4 septembre, le gouvernement de KP Sharma Oli veut fermer l'accès aux réseaux sociaux. Plusieurs partis, y compris dans la coalition au pouvoir, condamnent cette censure d'Internet. 

Les jeunes Népalais se concentrent alors sur des forums de Discord (un réseau social surtout connu pour ses forums de jeu vidéo). Le symbole de ces protestataires est le chapeau de paille de pirate dans le manga One-Piece. Les manifestations et la répression deviennent plus violentes. 

Le 9 septembre, les émeutes deviennent une révolution. Les ministres des différents partis sont attaqués et violentés (l'ancien Premier ministre Deuba, du Parti du Congrès, est blessé avec son épouse). Leurs demeures et le Parlement sont incendiés. Mais le nombre de victimes dans les deux camps ne dépasserait pas quelques douzaines pour l'instant. 

L'Armée joue un rôle ambigu. Après avoir réprimé les premiers mouvements, elle semble de plus en plus faire pression sur le gouvernement et celui-ci renonce finalement et donne sa démission au Président. Les Monarchistes agitent alors l'idée d'un retour du Roi Gyanendra. 

Des centaines de milliers de jeune Népalais vont sur Discord pour se choisir un nouveau Leader par un scrutin Internet.  La Juge Sushila Karki est choisie comme nouvelle Première Ministre par Discord. Le Président Ram Chandra Poudel et l'Armée acceptent ce choix. Le Parlement est dissous et elle devient Première Ministre par interim. Elle a annoncé ne rester en place que jusqu'aux élections prévues dans 6 mois en mars 2026. 

Sushila Karki (née en 1952) est une Magistrate connue pour sa lutte d'abord contre la monarchie absolue dans les années 1990 et contre la corruption depuis l'instauration de la République. En 2015, les différents Partis (à la fois le Congrès, dont elle vient, et les Maoïstes) avaient tenter de la destituer de son poste à la Cour Suprême pour l'empêcher de mener des enquêtes sur certains de leurs membres mais elle était ensuite devenue Présidente de cette Cour Suprême avant de devoir démissionner de son poste en 2017 pour avoir atteint l'âge limite de 65 ans. Elle était donc devenue depuis un symbole de la crise du nouveau régime. 

Edit : 

Ajout sur la religion népalaise 

D'après ce site, l'Hindouisme shivaïste des "Khas" (les peuples indo-iraniens du Nord qui forment la majorité relative des Népalais par opposition aux Terai & Madheshi) ont une culture hindoue appelée Masto et une des spécificités est l'adoration de 12 divinités fils de Shiva, les 12 "frères" Masto qui sont liés à divers sites sacrés et à des cultes animistes des ancêtres : Adi Masto, Khappar Masto, Babiro Masto, Rumal Masto, Kala Masto, Dhadare Masto, Tharpa Masto, Bani Masto, Kaba Masto, Mandali Masto, Dudhe Masto  & Darhe Masto. Le "jhankri" est un shaman qui invoque et incarne un des Masto. Il y a aussi (au moins) 9 Déesses comme aspects de la Grande Déesse Durga : Malika/Kalika, Tripurasundari/Bhawani, Khesmalini / Sunnada, Pungelni/Kanaka/Sundari, Kanaka, Sundari/Malika, Jalapa/Jalpa, Thingyalni/Alanakannada, Himalini/Tripurasundari & Bindhyabasini/Ugratara. 

L'Hindouisme des populations Newar de la vallée de Katmandou est aussi shivaïste mais de tendance mystique de la Main Gauche avec des influences bouddhistes (et à l'inverse leur bouddhisme a moins rejeté le système des castes et a gardé une caste sacerdotale).  

lundi 8 septembre 2025

Factions de la Cité d'Ys (dans Beyond Dread Portals)

Comme je trouvais que les factions d'Eversink étaient laissées intentionnellement peu détaillées, on peut comparer avec celles de la Cité d'Ys dans Beyond Dread Portals (qui est en ce moment à -60%). 

Ce livre très riche et efficace de 318 pages de Paul Mitchener est un jeu de rôle qui rend hommage aux jeux "Old School" avec son propre univers baroque. La Cité d'Ys a plusieurs millions d'habitants. Elle est l'immense capitale d'un Empire décadent et riche en magie avec des colons sur d'autres mondes. Ys a été bâtie sur un Tore magique et est pleine de Portails qui permettent aussi de lui apporter l'eau et d'évacuer ses déchets (c'est une version plus impérialiste de Sig, City of Blades). L'Empire ysien s'étend en effet sur plusieurs univers : Tethys (monde aquatique), Marn (monde de barbares et de Sauriens) et Samara (un monde de castes où les Hautes Castes monopolisent la Magie) - plus le monde ténébreux d'Erebus et le monde désertique de Nespo.

L'Autarque, la Liche qui dirige cet Empire, est reclus dans son Palais depuis une révolution qui a échoué. La Cité d'Ys est de facto gouvernée par les Guildes sous l'oeil des Agents de l'Autarque : la Guilde de l'Arcane (les Sorciers, ils sont actuellement dirigés par l'Archimage Lantiri, pour des raisons plus politiques que magiques), la Guilde des Lames (les Légions Ysiennes, dont les Lames Cramoisies qui sont cantonnées dans la Cité ou la Légion d'Azur qui occupent Tethys), la Guilde de la Rose Noire (les Ploutocrates et colonisateurs des divers Mondes), la Main d'Acier (la Pègre, liée à la Rose Noire), la Guilde des Bourreaux (Assassins, rivaux de la Main d'Acier), l'Ordre d'Emeraude (Erudits, bardes, intellectuels et Diplomates), la Ligue des Explorateurs (qui a perdu de l'importance depuis que l'Empire Ysien a cessé sa phase d'expansion à travers les Mondes) et la Guilde des Artisans. 

La Cité comptait 6 Dieux principaux : Hestos (Artisans), Lantiria (à la fois Guerre et Amour), Solaria (Lumière et Connaissance, Monde de Marn), Telos (Voyageurs, Monde de Tethys), Nephalia (Illusions, Monde de Samara) et "le Dieu Mort". 

Les Cinq grandes Maisons de la Cité sont plus des "tribus" de milliers de membres (et les PJ choisissent à quelle "Famille" ils appartiennent s'ils sont Ysiens et n'appartiennent pas à un des autres Univers conquis par les Ysiens). 

Ces 5 Familles en comprennent trois qui ont pris des Dieux comme fondateurs : les Lantiri (liés à l'Armée), les Solari (prêtres alliés aux mages Acarni) et les Telani (liés à la Rose noire). Les deux autres Maisons sont les Acarni, sorciers que l'Autarque surveille depuis une tentative avortée de révolution, et les sombres Valerii, qui sont censés être plus fidèles aux Agents de l'Autarque. Il faut noter qu'on peut trouver des agents des différentes Familles dans toutes les Guildes, avec des proportions différentes. 

samedi 6 septembre 2025

Chanson sage

 Ecoutez la chanson bien douce
Qui ne pleure que pour vous plaire,
Elle est discrète, elle est légère :
Un frisson d'eau sur de la mousse !

La voix vous fut connue (et chère ?)
Mais à présent elle est voilée
Comme une veuve désolée,
Pourtant comme elle encore fière,

Et dans les longs plis de son voile,
Qui palpite aux brises d'automne.
Cache et montre au coeur qui s'étonne
La vérité comme une étoile.

Elle dit, la voix reconnue,
Que la bonté c'est notre vie,
Que de la haine et de l'envie
Rien ne reste, la mort venue.

Elle parle aussi de la gloire
D'être simple sans plus attendre,
Et de noces d'or et du tendre
Bonheur d'une paix sans victoire.

Accueillez la voix qui persiste
Dans son naïf épithalame.
Allez, rien n'est meilleur à l'âme
Que de faire une âme moins triste !

Elle est en peine et de passage,
L'âme qui souffre sans colère,
Et comme sa morale est claire !...
Ecoutez la chanson bien sage.

Verlaine, Sagesse, 1881 

mardi 2 septembre 2025

Mergitur

Le jeu de rôle de sword & sorcery qui utilise le système d'investigation Gumshoe, Swords of the Serpentine (2022), est centré sur les aventures urbaines. L'auteur du système de jeu, Kevin Kulp, voulait une Cité avec des intrigues dans un Marais et sa co-autrice Emily Dresner a développé la cité surnommée Eversink. 

 

Le modèle de Venise a déjà été très utilisé dans les jeux de rôle fantastique (comme Glantri) mais Eversink va plus loin : ce n'est pas seulement une Cité sur des canaux (à l'embouchure de la Rivière Serpentine), c'est une Cité qui ne cesse de manière surnaturelle de voir ses bâtiments être submergés de plusieurs étages (sans qu'on puisse prédire la régularité de ces descentes d'étages sous le niveau de la terre). Chaque bâtiment est donc au-dessus de plusieurs niveaux de la ville qui s'enfoncent hors de vue. Les Tours élevées sont en réalité bien plus immenses si on compte toutes les parties qui ont disparu. La ville du dessus est très, très, très ancienne (construite au-dessus des ruines d'une cité ophidienne) et n'est donc qu'une petite partie émergée de son développement. L'archivage est devenu très difficile au bout de quelques années et l'histoire est donc particulièrement pleine de fictions. La profession d'Architecte est très puissante car les constructions sont instables et nécessitent des connaissances pour éviter les catastrophes. 

Une autre particularité est les statues. On ne peut pas inhumer les morts dans ce sol si meuble et on les met donc dans des statues de différentes tailles. La ville est remplie de sculptures-tombeaux et certains les enlèvent parfois pour utiliser de la nécromancie sur elles et les interroger. 

La cité est l'incarnation de la Déesse Denari, déesse des Echanges, de la Civilisation et des Cygnes (et le vrai nom d'Eversink est d'ailleurs Denaria). Elle protège la prospérité de la Cité (en tout cas de la partie émergée) et tout Denier est un fragment du corps de Denari. Périodiquement, la Déesse vient même visiter la Cité sous forme physique pour discuter les Contrats avec Sa Ville (et des usurpatrices se font aussi passer pour Elle). Ces Pactes avec les Maisons nobles sont écrits dans l'antique langue de la Déesse et il n'y a plus qu'une minorité des Prêtres qui connaissent encore cette langue sacrée et qui peuvent encore déchiffrer ces textes hermétiques. C'est elle (ou le hasard) qui choisit le Conseil des Treize dirigeants : on devient dirigeant en obtenant (que ce soit légalement ou pas) une des Treize pièces (et il existe d'autres pièces magiques). En pratique, c'est l'administration et les grandes familles bourgeoises qui dirigent comme les Treize n'exercent pas le pouvoir directement. La charité est interdite par le culte de la Déesse de la Monnaie : les pauvres doivent toujours échanger quelque chose (même symbolique, de faux objets) pour recevoir de l'argent. 

La Sorcellerie n'est pas seulement "mal considérée" par l'Eglise de Denari. Elle s'alimente et cause une Corruption magique objective qui peut nuire à l'intégrité de la Cité, en provoquant des malédictions aux alentours, des anomalies, la folie ou des épidémies. L'Inquisition emploie en revanche des Sorciers pour pourchasser les autres Sorciers mais se méfie quand même d'eux. 

Il y a 7 îles-quartiers : 

Alderhall : le quartier noble des vieilles familles au nord-est. Ils rivalisent dans la construction de hautes tours pour lutter contre la descente inexorable des bâtiments. Pour un jeu si politique, les familles nobles sont peu détaillées et laissées aux joueurs pour les développer eux-mêmes. 

Quartier des étrangers au sud d'Alderhall.  

La Croix de Fer : quartier central de l'administration et des banques.  L'Ermitage est le lieu de réunion du "Triskadane" (l'oligarchie du Conseil des 13). La Guilde des Architectes et l'Université sont aussi là. La prison ("le Puits des Larmes") auraient des geôles oubliées dans les profondeurs. 

Marché du Temple : à la fois siège du Bazar et de la cathédrale du Nid du Cygne, au centre. C'est là qu'il y a le plus de statues et le plus de visiteurs. 

L'Approche du Port (Harbor Approach) : quartier des "Mercanti", des bourgeois et des guildes au nord-ouest. 

L'Enchevêtrement (The Tangle) : quartier dense des artisans et travailleurs et des auberges au sud-est. Il contient l'Hôpital et l'Orphelinat. 

Le Port Affaissé (Sag Harbor) : quartier dangereux des plus pauvres et des criminels au sud. Il contient aussi la Maison des Ailes Brisées (l'asile des fous de la ville). 

lundi 1 septembre 2025

Dracurouge (ドラクルージュ)

Dracurouge (ドラクルージュ, Dorakurūju),  est un des jeux de rôle japonais créés par le célèbre Kamiya Ryo (qui a aussi écrit Maid ou Golden Sky Stories). Jeuxderôle.com a déjà fait une présentation assez détaillée du jeu. Il faut imaginer un mélange de Vampire Dark Ages et de Pendragon. On joue des Chevaliers vampires dans un monde où le fondateur de toute la lignée, Dracul (le Dragon-Vampire - c'est aussi le nom du MJ dans le jeu), a éteint le Soleil meurtrier et n'a laissé à sa place qu'une Lune rouge-sang (mais les fées négocièrent la fin de l'Hiver sauf en un seul territoire). Les Chevaliers de la Nuit Perpétuelle (Everdark, 常夜) sont immortels et potentiellement omnipotents (ils n'ont même pas de points de vie) mais ils sont plus des Vampires émotionnels que dépendants du Sang. Ils sont dévorés par les passions opposées :  le "Rouge" (compassion, confiance, tendresse...) et le "Noir" (colère, mépris, ressentiment, jalousie...). Le Rouge, que la noblesse chevaleresque prétend incarner, donne la Chaleur humaine qui permet de réduire le Noir et les Chevaliers s'engagent à protéger leurs vassaux. Si le Noir l'emporte sur le Rouge, le Chevalier est emporté par sa Soif destructrice et peut devenir un Déchu au lieu d'un honorable Ritter der Ewigen Nacht (oui, l'allemand est la lingua franca de ce monde gothique). 

(Sur la couverture, le chevalier Glanz von Rosenburg)
 

Il y a aujourd'hui 6 lignages : 

(1) la Maison princière Drac : les honorables dirigeants. Comme ils sont immortels, ils changent de dirigeant par rotation et depuis des années c'est la Princesse Wahrheit Schwarze Drache. L'ancien seigneur déchu Samuel von Drac est devenu un monstre sanguinaire. Blason : le Dragon. 

(2) Rosenburg : les esthètes romantiques, chevaliers itinérants et tragédiens qui cherchent la Gloire et viennent de se séparer de la Maison Drac avec leur chef Glanz der Schöne. Blason : Rose et épines. 

(3) Dustheim [ダストハイム, Est-ce qu'il ne faudrait pas plutôt "Staubheim" au lieu de Dust ?] : les érudits anciens et conservateurs. Leur chef est toujours leur ancienne fondatrice, la Princesse Seidmarie la Sage. Blason : La Lune ou la Roue. 

(4) Avaloma : Ceux qui sont liés à Faerie et aux êtres-fées (mais protègent aussi leurs vassaux contre les plus terribles fées). Leur chef actuel (depuis le départ de Nimue) est l'androgyne et mystérieux Ariel der Feenfürst. Blason : La Licorne ou l'Arbre. 

(5) Hellsgarde (ヘルズガルド, Höllenwache ?) :  Les gardiens des Enfers doivent veiller contre les Déchus (qui sont indestructibles et représentent donc une menace éternelle). Leur chef est Margrit die Gerechte (qui semble encore avoir un corps de petite fille). Blason : Des Chaînes

(6) Nosferas : La population mortelle de leur territoire fut détruit par une Peste qui les changea en morts-vivants. Leur progénitrice a été Déchue et est devenue la Reine Morte de la Nuit. Les Nosferas cherchent à reconquérir leur fief. Leur dirigeante actuelle est Gertrude die leise Flamme von Nosferas, la Chevalière de la Flamme Verte. Blason : Un crâne ou une faux. 

Le 7e lignage, les "Gazewald" (ゲイズヴァルト) a disparu il y a plus de mille ans quand ils se sont sacrifiés pour arrêter un fragment du Soleil, le Dragon Solaire. Une secte hérétique d'Humains mortels continuent à adorer l'abomination du Soleil. 

Il y a 6 types de personnages : Bête nocturne (Wolf ou Fledermaus), Chasseur, Pèlerin, Garde, Seigneur, Sage. Cet ordre donne aussi l'initiative et les règles disent même d'installer les joueurs autour de la table dans l'ordre de ces classes pour s'en rappeler. 

Le système est très "abstrait" dans sa narration. Sans lire le "replay", cela paraît peu "intuitif". Les personnages ont des capacités sociales et de combat qui peuvent jouer sur le Noir et le Rouge et le récit consiste à expliquer en termes de jeu l'utilisation de ces capacités. Je n'ai pas testé mais bien que les différentes actions semblent différenciées, en termes de jeu, cela me paraît assez similaire (donner du Noir à quelqu'un, s'infliger du Noir pour réussir une action, s'augmenter une de ses émotions du Rouge...).  

En revanche, dans la création de personnage, il y a des tables aléatoires plus Old School (des tables "d66" sur les différentes motivations) pleines d'idées et moins abstraites.  

 Le jeu a indéniablement une atmosphère à part. Je me demande si cela pourrait marcher longtemps en campagne sans se répéter. 

samedi 30 août 2025

Une histoire de Gwen Stacy : l'épilogue mexicain

Pendant tout ce mois d'août 2025, on a pu voir une histoire de l'évolution du personnage de Gwen Stacy de 1965 à 1973. 

Mais il reste à parler d'un épisode parallèle en 1972-1973 : le Mexique. 

Une rumeur déformée il y a quelques années pouvait faire penser que la version mexicaine des traductions de Spider-Man avait refusé la mort de Gwen en 1973 et que l'histoire avait alors dévié vers une version alternative où Gwen n'était jamais morte (c'est par exemple ainsi que l'avait raconté l'article de comicsblog il y a 6 ans). Certains sites vendent même ces comics mexicains en faisant croire à cette légende d'une sorte de Terre uchronique avec "la vie apocryphe de Gwendy". Les fans ont appelé cette Terre alternative "Terre TRN911". 

J'aurais adoré que cette histoire soit vraie mais (comme l'ont fait remarquer ceux qui ont vraiment lu ces histoires) ce n'est pas tout à fait exact. Ces "historietas" mexicaines ont juste eu un décalage et ce qu'on croit être le mariage de Peter et Gwen dans cette série n'est qu'une scène de rêve, pas un monde différent de Terre-616. 

Les éditions mexicaines La Prensa avaient les droits des comics Timely puis Marvel de 1952 au début des années 1970. Mais quand ils traduisirent "El Sorprendente Hombre Araña", ils choisirent de passer à un rythme bimensuel plus rapide que le mensuel américain et ils commencèrent donc à manquer de matériel (même si au début ils complétaient avec d'autres séries comme Ant-Man). Ils décidèrent de créer au Mexique des ajouts par un scénariste, Raúl Martínez González, et un dessinateur mexicain, Jose Luis Durán. Ce dernier a réalisé la couverture à partir d'El Sorprendente Hombre Araña n°122 (1972, traduction d'Amazing Spider-Man n°102, août 1971) mais l'histoire originale commence dans le numéro suivant, n°123. Vous pouvez voir toutes les couvertures de l'édition mexicaine, dont la fameuse du n°128 où Peter semble épouser Gwen (mai 1972, soit à peu en même temps que Amazing Spider-Man n°111 en 1972). 


 

José Luis Durán a un style qui n'est pas toujours adapté. Il recopie (swipe) souvent des cases d'autres dessinateurs, que ce soit les dessinateurs du titre de cette époque, John Romita, Gil Kane et même de Steve Ditko ou d'autres artistes américains, ce qui explique en partie pourquoi les personnages changent de style complètement d'une case à l'autre : Peter Parker peut soudain être méconnaissable (il a souvent la tête de Johnny Cash !) ou avoir la tête de Bruce Wayne dessiné par Neal Adams (Durán a le bon goût de sembler bien aimer plagier Adams mais aussi Steranko ou Gene Colan, on reconnaît aussi du Tuska). Ce sont des collages compliquées, des sortes de "remixes" où le scénariste fait un remake d'une ancienne histoire de Spider-Man et où le dessinateur cherche comment refaire cette histoire en imitant d'autres images. Un aspect original pour l'époque est qu'il y a souvent des ruptures du 4e Mur où l'équipe mentionne bien qu'ils sont en train d'écrire pour un public.  

Gwen Stacy y est souvent très déformée ou peu reconnaissable, notamment dans les couvertures où elle est érotisée à outrance comme les couvertures des fumetti italiens pour adultes de cette période, avec un male gaze insistant où une partie de son anatomie est particulièrement développée selon les préférences de José Luis Durán et sans censure de l'éditeur d'origine. 



 

Cela devient parfois de la "Gwenxploitation"... 


Mais revenons sur l'épisode du "mariage" paru en mai 1972. Dans ce numéro 128, qui précède de plusieurs mois la mort de Gwen et semble vraiment l'annoncer par coïncidence, le Bouffon Vert enlève la Tante May et fait respirer un gaz étrange à Peter. 

Gwen revient à ce moment de Londres avec son oncle britannique Arthur Stacy. On est donc dans la chronologie officielle dans les numéros de 1971 entre Amazing Spider-Man n°95 (où Peter avait essayé de rejoindre Gwen à Londres) et le retour de Gwen dans Amazing Spider-Man n°98, avril 1971 où elle revient à New York (l'épisode avait été pourtant déjà traduit un an avant dans El Sorprendente Hombre Araña n°117, septembre 1971). La progression des histoires mexicaines n'est donc pas entièrement cohérente car on revient à une sorte de prequel de ce retour avec le même Green Goblin. 


 C'est alors que Spider-Man, pris dans une hallucination fiévreuse croit épouser enfin Gwen. 


Et dans une scène de son délire (qui évoque un peu une scène ridicule sur le prénom de la mère dans le film Batman vs Superman), Spider-Man se met à dire qu'il est dommage que son ami Harry Osborn ne soit pas compris par son père, ce qui fait sortir le Green Goblin de sa crise de schizophrénie. La scène de rêve n'aura duré que quelques cases. 

 Là où on a bien une déviation dans l'histoire est que les épisodes suivants montrent parfois "l'Oncle Arthur" [Stacy] comme tuteur de Gwen à New York dans cette planche (qui me fait avoir certains doutes sur la cohérence graphique des dessins de José Luis Durán) : 


 


 La mort de Gwen Stacy dans la Terre 616 est publiée en mars 1973 (couverture datée de juin) et c'est donc à peu près en même temps que El Sorprendente Hombre Araña n°156. La série mexicaine va continuer avec Gwen de ce n°156 au n°185 alors que les éditeurs mexicains sont au courant de ce changement. 

Les numéros d'El Sorprendente Hombre Araña n°160-162 traduisent encore Amazing Spider-Man n°116-118 et El Sorprendente Hombre Araña n°174-175 va traduire Amazing Spider-Man n°119-120. C'est là que commence un décrochage où la série originale est de moins en moins traduite dans toute la fin de la série jusqu'à ce que La Prensa arrête sa traduction ou perde ses droits. Cette période va du n°163 (18 mai 1973) au n°185 (26 octobre 1973). 

Les auteurs à court d'idées combinent parfois différentes histoires : le n°152-153 plagie du Wally Wood sur Daredevil, le n°171 est en fait un mélange d'Iron Man n°5 (1968) et n°19 (1969), quand Spider-Man a une aventure avec une femme du futur qui est inspirée de Madame Masque. 


 Il est donc faux de dire que Peter a épousé Gwen dans cette série. On ne sait pas ce qui se serait produit si la série ne s'était pas arrêtée au n°185, sept mois après la mort de Gwen, et si la Prensa avait finalement comme plan de traduire ce décès et n'en ont été empêchés que par accident. Tout ce qu'on peut dire est que Peter et Gwen eurent quelques histoires en plus ensemble (souvent des remakes de leurs histoires précédentes) et que des fans lisent cela comme un continuum possible où leur amour aurait pu continuer. 


lundi 25 août 2025

Notes sur les Dralasites

Les Dralasites sont une des espèces non-humaines jouables pour les PJ dans le jeu de rôle Star Frontiers et je note ici les références non-canoniques dans les fanzines pour les retrouver plus facilement. 

Les Dralasites ressemblent à des "blobs" grisâtres (ils ne perçoivent pas nos couleurs mais saisissent pourtant des nuances différentes du spectre, d'où la coutume de certains de se teindre). Ils ont un noyau central rigide et une membrane caoutchouteuse qu'ils peuvent transformer pour former différents membres ou appendices. Ils peuvent aussi rouler en boule mais c'est peu pratique. 

Il y a une description dans le wiki Star Frontiers et dans le fanzine Frontier Explorer n°23, plus des notes dans Star Frontiersman n°12. La fiche ci-dessous vient des règles sur la localisation dans Star Frontiersman n°14. 


 

Les Dralasites sont hermaphrodites et portent leur progéniture dans leur membrane jusqu'à la séparation. Ils n'ont pas de poumons et respirent par leur épiderme, ce qui rend la communication plus difficile et pourtant ils sont experts pour analyser les intentions des autres (certains peuvent détecter les mensonges). Le langage dralasite utilise aussi des gestes et des émissions d'odeurs. Leur Puddings sont comestibles par toutes les espèces connues, ce qui est rare. Ils ne peuvent pas nager aisément sans équipement car ils se noient dès qu'ils sont entièrement recouverts d'eau. 

Ils sont obsédés par le débat philosophique (mais aussi politique) et ce qu'ils considèrent comme de l'humour (même si les autres cultures le trouvent souvent lourd). Leur société est centrée sur des lieux qui sont un mélange de forum de discussion (voir l'article sur leurs arguties sans fin) et de club de "comédie" et la profession d'humoriste est très respectée. La plupart des Dralasites suivent des systèmes philosophiques athées et matérialistes mais la discussion a selon Tom Verrrault dans Frontier Explorer n°1 un aspect qui ferait penser au Bouddhisme Zen. Il existe aussi une Métaphysique appelée "Fluidisme" qui évoquerait plus une forme de panthéisme (selon l'article sur les religions dans Star Frontiersman n°15). 

En termes de jeu, ils n'ont dans Star Frontiers qu'un bonus +5 (sur 100) en Force/Endurance et un -5 en Dextérité/Rapidité, pas de bonus en Intelligence/Logique malgré tous leurs débats. Les archétypes de Dralasites comprennent : les Combattants non-armés, les Maîtres-espions, les "Athlètes"/ Monsieur Muscles de Cirque /Videurs (Strong Beings).  

Dans Frontier Explorer n°19, il y a une liste des origines des Dralasites dans le secteur de la Frontière que je recopie ici : 

01-14 14% Triad (Cassidine)
15-32 18% Inner Reach (Dramune)
33-43 11% Outer Reach (Dramune)
44-57 14% Groth (Fromeltar)
58-74 17% Terledrom (Fromeltar)
75-88 14% Gran Quivera (Prenglar)
89-99 11% Pale (Truane's Star)
00       1% Autres

La table n'est pas "canonique" mais en tout cas, les sources disent bien que le système Fromeltar est le seul avec une majorité dralasite. Près des 2/3 dans la Frontière sont nés dans les deux systèmes Fromeltar et Dramune : Dramune avait été découverte et colonisée d'abord par les Dralasites mais a une population plus diverse que Groth. 


 

Dans le système de Fromeltar, Groth est un monde agricole et socialiste (et doit avoir les Dralasites les plus "provinciaux") alors que Terldrom est plus influencé par le technocapitalisme des Vrusks mais le système vit en paix.   

A seulement 7 années-lumière de Fromeltar, le système de Dramune (décrit dans l'aventure SFKH1 The Dramune Run) est plus divisé par une guerre entre les deux colonies, conflit qui a même demandé une intervention armée de la Fédération des Planètes Unies. Dramune I ("Intra") est un monde au climat favorable et qui a une démocratie planétaire stable. Les Dralasites de l'Intérieur ont la coutume de se teindre la membrane périodiquement pour indiquer leurs émotions. C'est le siège de SynthCorp. Dramune II ("Exo") est au contraire un monde glacé aux conditions difficiles et qui est depuis longtemps déchiré en de multiples régimes autocratiques ou kleptocratiques dont les Styrigiens à la surface et l'Alliance maltharienne (dirigée par le Malthar, un Dralasite qui fait très Jabba The Hutt) qui contrôle les stations spatiales autour d'Exo. La Guerre a éclaté quand les Intra ont accusé les Malthariens de piller leurs ressources et notamment la faune de Dramune. Voir aussi ce projet de Prequel pour jouer dans le système Dramune avant the Dramune Run. 

Quant aux Dralasites de Prenglar (à 11 années-lumière de Dramune), il s'agit de la "capitale" des mondes de la Fédération de la Frontière (à majorité humaine).  

Exemples de noms Dralasites dans les règles et aventures officielles : Bli Cluet, Dartha, Dromond, Fiator Geauis, Gloopurp, Grod, Nimbrus Hool, Khonchino, Krondot (Directeur de SynthCorp), Mormord Massod, Boobor Momnod, Brogod Omborg, Meeber Zloot. 

Add. Ils assimilent l'alimentation par leur membrane et expulsent ensuite des déchets, ce qui doit causer des odeurs un peu particulières..  

mardi 19 août 2025

Os Mutantes : Panis Et Circenses (1968)

Les Mutants étaient un groupe brésilien fondé en 1966, en pleine dictature militaire. Leur nom vient d'un roman de l'auteur français Stefan Wul, La Mort Vivante (1958), qui venait d'être traduit en portugais sous le titre O Império dos Mutantes. A l'origine, Os Mutantes est un trio de rock psychédélique, les deux frères Arnaldo Baptista (né en 1948), et Sérgio Dias (né en 1950) et la chanteuse américano-brésilienne Rita Lee Jones (1947-2023 - elle fut renvoyée du groupe en 1971 par Arnaldo Baptista parce qu'il ne la trouvait pas assez "virtuose" mais elle eut une carrière solo plus éclatante après les avoir quittés au point d'être surnommée la Reine du Rock Brésilien). 

Cette chanson Panis et circenses, qu'ils interprètent fut écrite par Gilberto Gil & Caetano Veloso (tous les deux nés en 1942). L'album représente dans la musique brésilienne une rupture qu'on a appelée en 1968 le "Tropicalisme" qui considérait que la Bossa Nova d'Antonio Carlos Jobim et les autres s'était enfermée dans un passéisme folk apolitique. Gil et Veloso furent arrêtés par la dictature et exilés peu de temps après (bien que ce soit sans doute plus pour leurs prises de position politique que pour le forme ou le contenu de l'album lui-même). 

vendredi 8 août 2025

Une histoire de Gwen Stacy (8) 1973


1973. On devait y arriver. The Year Gwen Died. 

Sur cette image d'Adam Hugues, Gwen est dessinée avec le vêtement qu'elle porte le jour de sa mort (avec le Pont de Brooklyn derrière elle). Une mauvaise habitude de beaucoup de dessinateurs est devenue de toujours la dessiner avec la même jupe, les mêmes bottes noires et le même manteau vert depuis 50 ans comme si c'était devenu une sorte d'uniforme telle qu'en elle-même l'éternité la change. Comme si c'était son costume. 

Récapitulatif des années précédentes :
1966 Gwen est changée de Ice Princess en fille plutôt cool.
1967 Triangle avec MJ
1968 Le conflit se déplace vers la relation avec Spider-Man et le père de Gwen
1969  Faux "triangle" avec Flash
1970  La mort du Captain Stacy
1971 Le deuil de Gwen
1972 Gerry Conway semble se désintéresser d'elle.

Comme on l'avait dit en couvrant l'année 1968, les quatre numéros 115-118 sont une réadaptation d'une longue histoire Noir & Blanc qui était parue dans un nouveau magazine Spectacular Spider-Man n°1. 

A nouveau, Peter et Gwen se réconcilient après la crise de jalousie de Peter et elle répète qu'il n'y avait rien entre Flash et elle.


 Mary Jane est à nouveau avec Harry Osborn mais c'est peut-être un problème de continuité causé par la "rediffusion" de l'épisode dessiné en 1968. MJ a rejoint la campagne électorale d'un certain Richard Raleigh, plus difficile à classer politiquement que le procureur Bullitt en 1971. Le charismatique Richard Raleigh est en gros "de gauche" sur des questions sociales mais très sécuritaire. Gwen et Harry rejoignent aussi la campagne alors que Peter n'est pas convaincu. Raleigh, qui est en réalité corrompu, meurt des suites de ses manipulations et Spider-Man décide de ne rien révéler pour ne pas nuire à la cause de ses militants. 


 Mais la relation Harry-MJ doit toujours être aussi mauvaise car Harry retombe dans la drogue. Gwen prévient Peter au n°120 que Harry a fait sa rechute à cause de son père, dont elle ignore qu'il est en train d'avoir des crises qui vont le re-transformer dans le Green Goblin (dessins par Kane/Romita).


 Ce qui nous fait donc arriver au dénouement de tous ces 8 épisodes sur Gwen Stacy, le n°121, où le titre sur la couverture Turning Point n'est pas usurpé. Le vrai titre ne sera donné que dans la dernière case en un dénouement qui a dû choquer beaucoup de lecteurs. 

Quelqu'un va mourir ! NOT an imaginary story! 

Mais qui ? 

Tante May ? Joe ou Randy Robertson ? JJ Jameson ? Harry ou Norman ? MJ ou Flash ? 

Et qui l'a tuée ? Norman ? Peter ? MJ ? Gerry Conway ? John Romita ? Et si c'étaient les lecteurs ?

 


Je ne vais pas répéter les nombreuses interviews sur cet épisode célèbre. Les auteurs de Spider-Man trouvaient que le magazine s'était enlisé et se répétait. Il fallait un choc. Il fallait une tragédie. 

Les récits sont parfois un peu contradictoires. D'après Conway, John Romita avait proposé de faire tuer Tante May (encore par Doc Octopus ?) mais Conway avait répondu que cela n'introduirait pas de suspense car May était la fragilité de Peter dont on annonce la mort imminente depuis le début. D'autres scénaristes re-tenteront de la tuer une autre fois (Amazing Spider-Man n°400, 1995) mais sa mort fut ensuite annulée d'une manière complètement débile trois ans après (Spider-Man n°97, 1998). En 1973, on décida donc de tuer Gwen Stacy pour que Peter en souffre plus. Conway, Romita et Roy Thomas ont tous dit qu'ils avaient sous-estimé les réactions des lecteurs et l'attachement envers un personnage secondaire. 

MJ, Gwen et Peter viennent visiter Harry qui a pris du LSD. C'est la première fois que MJ est représentée avec une certaine "gravité". 

 

Gwen est dans l'appartement de Harry et Peter quand passe le Green Goblin.  Le Green Goblin connaît l'identité secrète de Peter et il vient dans son appartement en sachant très bien qui il peut viser dans l'entourage de Peter. 


 Le Green Goblin enlève Gwen et l'emmène à un pont. Quel pont ? Le texte dit explicitement que c'est le George Washington Bridge (tout au nord au-delà de la 175e Rue, 184 m de haut), qui est un pont entièrement métallique, mais Gil Kane a clairement dessiné les arches de pierre du beaucoup plus célèbre Brooklyn Bridge (tout au sud de Manhattan, 82 m de haut). Cela fait qu'il y a encore aujourd'hui une "controverse" : faut-il croire le dessin de Gil Kane ou le texte de Gerry Conway ? Gwen a-t-elle été jetée de 184 m ou de 82 m ? Stan Lee (qui n'a pas de mémoire fiable et ne fut pas le scénariste de l'épisode) a décrété que ce serait plus iconique du haut du Brooklyn Bridge mais la question est indéterminée. Mais on n'est plus à 100 m de différence. 

Gwen semble bien inanimée sur le pont et Peter se dit qu'elle a dû s'évanouir sous le choc. Un retcon récent (dont je ne vois pas trop la nécessité, et pourtant c'est par Dan Slott) dans The Clone Conspiracy (2017) dit qu'elle était en réalité consciente et qu'elle avait eu le temps de comprendre que Spider-Man était Peter. 

C'est le Gobelin qui la pousse dans le vide avec son glider (page 17) et Gil Kane utilise brillamment la verticalité sur cette planche. 

 


 Et là a lieu une des onomatopées les plus célèbres de l'histoire des comic books : SNAP! 

 


Le bruit du coup du lapin (whiplash) alors que le héros a la fausse joie d'avoir cru la sauver. 

Quand la toile arachnéenne atteint Gwen, elle doit être déjà tombée d'au moins plusieurs douzaines de mètres et le fil de la toile aurait du mal à contrecarrer la violence de cette force physique (quelle que soit la supposée "élasticité" et résistance de ce fluide ou soie d'araignée). Si elle a eu le temps de tomber de 42 m, au bout de 3 secondes, sa vélocité est d'environ 29m/s (environ 100 kmh). Si c'est 90 m, elle a atteint 42 m/s (150 kmh), plus très loin de la vitesse terminale (qui serait plus haute si elle restait tête la première). Je doute que Peter ait vraiment le temps de faire un swing pour descendre la récupérer et dépasser sa chute libre, et en 3 ou 4 secondes. Même un superhéros à l'agilité d'araignée n'a pas le temps de faire une toile sous elle pour amortir sa chute. 

Gwen et Peter étaient tous les deux des "Sci Majors" et c'est ici l'irruption des Lois d'airain de la Physique dans l'univers imaginaire. La mort n'est pas qu'un effet de mélodrame mais un effet de réel dans la bande-dessinée. 

Gwen est morte et il se pose une autre question, non pas physique mais métaphysique sur la Causalité. Si on prend un modèle dit "contre-factuel" de la Causalité, un événement A cause B si et seulement si B n'aurait pas eu lieu si A n'avait pas eu lieu. Or, si Peter n'avait rien fait, elle serait morte par le choc de la chute de l'équivalent d'un Building de 25 étages. Mais l'intervention de Peter a causé le coup du lapin et sans cet événement, l'effet aurait été mortel quand même mais différent. Peut-on dire qu'il a "causé" sa mort ? Oui, si on veut dire sa mort à tel instant et de cette manière. Mais non, il n'a pas causé sa mort tout court. De même qu'un médecin qui réussirait à repousser le moment de la mort mais qui ne peut pas l'empêcher ne pourrait pas être accusé d'avoir causé la mort au moment où elle arrive. Et de même qu'on ne peut pas dire que Spider-Man l'a causée par "transitivité causale" en sauvant la vie de Norman Osborn dans le n°47 ou en sauvant Gwen au moins trois fois auparavant si je n'en oublie pas (n°61, contre le Kingpin, n°83 contre un accident de voiture, et n°104 contre Gog). 

 

C'est peut-être aller un peu fort dans la tragédie. Non seulement Peter n'a pas réussi à la sauver mais son intervention a même joué un rôle dans la manière singulière dont elle est morte. Stan Lee dit avoir été surtout choqué par cet aspect qu'il n'aurait pas autorisé et on dit que certaines des rééditions retirèrent l'onomatopée et l'écho sinistre de son accusation. Conway dit que quoi qu'affirment les histoires ensuite, Peter doit bien être conscient de ce risque de traumatisme qu'il ne pouvait pas éviter en 3 secondes. 

Cette scène prouve qu'un masque aussi opaque sans aucun trait de visage peut quand même devenir "expressif" par le contexte, par le mouvement et le texte qui l'accompagne.  

J'ai déjà parlé de la couverture du n°122 (en parlant de celle dessinée par Frisano). - qui est une sorte de "pietà" comme si souvent dans les comics. 

Voici les couvertures des rééditions. La version de JG Jones de 2001 insiste plus sur le chagrin (et on voit le visage de Gwen), celle de Kane plus sur la colère (et la chair est plus clairement un cadavre), comme deux étapes du deuil après le déni.

Dans le n°122, il y a une page de réminiscences, technique graphique de l'insertion des flashbacks sur toute une page, qui est devenue depuis un cliché. 



Et le début de l'étape de culpabilisation. 

 

L'enterrement de Gwen (après la "mort" apparente du Green Goblin) est au n°123. Anna Watson fait remarquer qu'il y a les grands-parents de Gwen comme famille (et qu'ils veulent rencontrer Tante May). Peter Parker assume bien une position de fiancé officiel. Presque tous les personnages secondaires sont invités (Randy Robertson était déjà là à l'anniversaire de Gwen au n°87) mais la famille britannique de Gwen (Arthur Stacy et sa compagne, voire les deux cousins de Gwen, Paul et Jill Stacy) n'a pas pu traverser l'Atlantique. 

Parmi les absents, Harry Osborn a basculé dans la folie depuis la mort de son père et depuis que MJ l'a abandonné pour Peter, et JJ Jameson a l'air plus préoccupé par le décès de son "ami" notable Norman Osborn. Flash Thompson prendra soin de redire à Peter qu'il n'y avait jamais rien eu entre Gwen et lui. 

On verra l'épitaphe deux ans après dans Amazing Spider-Man n°149 (1975, la fin de la première saga des clones), quand la "clone" de Gwen (dont on apprendra plus tard qu'elle n'était même pas une vraie "clone" mais une autre femme modifiée) fleurit sa tombe, et elle porte "1954-1973", mais les dates sont peu visibles, notamment la mort (on voit juste 19... sur une autre case). Si le temps des comics s'écoulait comme le temps réel et ne remontait pas sans cesse comme un tapis mécanique, Gwen aurait donc le même âge qu'Annie Lennox, Catherine Alric ou Kathleen Turner.  

CONCLUSION

Ce sépulcre est un bon endroit pour arrêter (pour l'instant en tout cas) ce feuilleton du mois d'août sur l'évolution du personnage de Gwen Stacy. 

Il y aurait certes encore beaucoup à dire sur le deuil récurrent de Peter dans les années qui suivirent et sur les Sagas des Clones (ou sur la brève "continuité mexicaine"). Gwen ne cesse de revenir sous différentes formes au point que certaines de ces autres versions sont devenues plus connues des lecteurs récents, comme celle venue d'une autre dimension, la Spider-Gwen (ou "Ghost-Spider") de Terre-65 (en revanche, elle n'est pas "Gwenpool", qui n'est qu'une homonyme). Quand vous faites une recherche Images, c'est cette autre version plus jeune (et très "Mary-Jane-isée") qui apparaît, plus que la Gwen Stacy originelle. 

Dès le numéro suivant, MJ, qui a abandonné Harry, vient consoler Peter (même s'il exprime encore des doutes sur elle dans le n°130). 

Gwen n'a été présente que pendant 90 numéros (8 ans) et de nos jours, MJ est devenue l'amoureuse puis l'épouse de Peter depuis environ 50 ans. MJ a donc eu beaucoup plus de temps pour évoluer et mûrir. La personne écervelée du début fut ensuite décrite comme une façade pour dissimuler ses traumatismes. Gerry Conway semble même oublier que MJ n'était pas en cours de sciences avec Peter car on la verra en cours et discutant avec le Professeur Warren. 

Peter Parker embrassera Mary Jane Watson pour la première fois 22 numéros après la mort de Gwen, dans le n°143, 1975, avant un vol pour Paris (et c'est aussi l'épisode où il va entrevoir pour la première fois le clone de Gwen fabriqué par le Chacal). Après bien des ruptures et réconciliations (où Peter sort avec plusieurs femmes dont Black Cat), MJ révèle qu'elle connaît son identité secrète dans le n°258 (1984) - la tension se déplace sur le fait qu'elle n'aime pas sa vie de superhéros. L'histoire où MJ épouse Peter est de 1987 et celui où ils ont une fille mort-née est de 1996. 

En 2007, Marvel décide de revenir en arrière, d'annuler tout le mariage avec MJ depuis vingt ans de temps réel (parce que cela "vieillirait" trop le personnage) mais depuis, MJ (qui connaît à nouveau son identité) alterne à nouveau des phases où elle sort avec Peter et des phases de ruptures où ils fréquentent d'autres personnes. MJ a aussi au cours des années eu plusieurs aventures où elle devint une superhéroïne. Comme le feuilleton se répète, on sait bien que Peter se remettra à nouveau avec MJ. 

Il n'y a pas à faire un comparatif de Gwen et MJ. Cela ne va pas plus loin que les biais d'amorçage comme on dit en psychologie. 

Si vous avez commencé à lire Spider-Man dans l'ordre en partant du début et donc de Gwen Stacy (comme ce fut mon cas), elle vous apparaît comme une perte tragique et elle vous manque sans que les clones, les prequels et versions alternatives ne puissent en être un équivalent (et je dois avouer me souvenir qu'enfant, je voyais MJ comme une "usurpatrice" mais j'ai fini par m'habituer). 

Si vous avez commencé à lire Spider-Man pendant les 50 ans qui ont suivi alors qu'il était déjà avec MJ depuis des décennies (ce qui est le cas de l'immense majorité des lecteurs ou de ceux qui l'ont connu sur la plupart des autres médias - sauf un des films, je crois), MJ vous apparaît naturellement comme celle qui était destinée à être la moitié de Peter depuis "toujours" et Gwen n'est au mieux plus qu'un lointain élément historique de l'arrière-plan, moins importante que l'Oncle Ben. Et c'est tout à fait normal. 

Mais je ne crois pas qu'on puisse dire que Gwen a été tuée parce qu'elle était trop "fade" et qu'elle aurait eu un défaut intrinsèque qui poussait Marvel à l'éliminer. PanicPixieDreamGirl a fait un montage intéressant des traits de personnalité critiquant cette thèse qu'on répète si souvent et cela complète bien ce survol des 8 ans de Gwen. Conway & Romita l'ont tuée parce qu'elle était la petite-amie de l'époque et parce que depuis le début les aventures de Peter sont écrites avec des péripéties dramatiques de ce genre. Un autre facteur semble avoir été que les auteurs ne voulaient pas que Peter se marie et qu'ils pensaient qu'avec Gwen cela risquait de devenir inéluctable. C'est ironique comme ils finiront par s'y résoudre avec MJ et qu'ils reviendront ensuite en arrière. 

Marvel, qui tourne un peu en rond comme tous les éditeurs de comics, menace toujours de ressusciter Gwen. Ils viennent de le faire récemment en mai 2025 comme une version modifiée génétiquement pour en faire une assassin avec des gènes mutants de Wolverine sous le nom de X-31, si j'ai bien compris, ce qui paraît presque parodique, arbitraire et ridicule (surtout que c'est dans Gwenpool, qui est un comic book satirique où le personnage ne cesse de commenter les conventions des comics et de briser le Quatrième Mur)... 

Mais ils ont déjà créé tant de versions alternatives de Gwen que cela ne provoquera même plus de "choc" et on peut deviner (ou souhaiter) qu'ils finiront ensuite par l'annuler en disant que ce n'était pas vraiment la même Gwendolyn Stacy. On ne se baigne jamais deux fois dans le même fleuve de l'East River sous le Brooklyn Bridge. 

Le problème de l'écriture du feuilleton avec changement permanent est que des comic books publiés régulièrement n'ont jamais de mort permanente. On peut souvent regretter la mort d'un personnage mais regretter aussi ensuite qu'elle soit ressuscitée, que ce soit Gwen Stacy ou Jean Grey. 


 

jeudi 7 août 2025

Une histoire de Gwen Stacy (7) : 1972


John Romita, Official Handbook of the Marvel Universe, 1982

Nous arrivons à l'année 1972, l'avant-dernière année des aventures de Gwen Stacy. 

Quand Harry revient de son hospitalisation après son overdose (Amazing Spider-Man n°105), ses amis lui font une fête. Peter est scandalisé que Mary Jane continue de lui faire des avances insistantes alors que Harry est encore convalescent et instable. Il rappelle à MJ qu'il est avec Gwendy. La MJ de 1971-1972 est décidément peu sympathique et cela prouve que Stan Lee ne préparait pas une transition pour qu'elle devienne le nouveau centre de la vie sentimentale de Peter. 

John Romita Sr est revenu aux dessins après la période Gil Kane (au #106) et les vêtements des personnages commencent à faire très années 70...  

Gwen se fait du souci pour l'état de Flash Thompson, revenu du Vietnam (les Accords de Paris ne seront signés qu'en janvier 1973 et ce sont les dernières offensives de l'armée US pendant l'année 1972). Bien sûr, dans l'histoire actuelle de l'histoire de Spider-Man, Flash est revenu d'Afghanistan. 

Stan Lee va donc recycler l'intrigue de jalousie ancienne de Peter de la fin 1969 (The Amazing Spider-Man 78-79). Peter est toujours un peu irrationnel dès qu'il s'agit de son ancien harceleur.  


 Certes, Flash est attiré par Gwen mais cela n'a jamais été réciproque. Ici, Flash garde un secret sur un crime de guerre auquel on l'accuse à tort d'avoir participé et c'est une version très censurée et métaphorique des crimes réels comme Mỹ Lai. 

Gwen demande encore à Peter de ne plus l'abandonner sans cesse (#108).  

 

Pour partir sauver Flash, Peter s'en sort à nouveau (#109) par la même ruse qu'il avait utilisée face à Gwen et le Capitaine Stacy (dans The Amazing Spider-Man n°86, juillet 1970) : il fait croire qu'il est "enlevé" par Spider-Man. C'est une ruse efficace mais à double tranchant. 

Stan Lee tend donc ici à se répéter. Gwen commençait à admettre que Spider-Man n'était peut-être pas responsable de la mort de son père mais elle voit encore une fois Peter sembler subir des violences de l'homme masqué. Comment pourrait-elle éviter de maintenir son aversion envers l'Araignée ? 

Gwen, inquiète après ce qui semble être l'enlèvement de Peter, fait un transfert un peu curieux de sa colère. Elle réprimande assez violemment la pauvre Tante May en l'accusant de trop le "materner" ou l'infantiliser (#109). On croirait presque une rivalité épouse / belle-mère et cette scène a dû beaucoup nuire à l'image de Gwen par la suite en donnant une image "d'hystérie" : "I know he's you nephew! I know how you love him... because I love him too! But it's Peter Parker, the MAN that I love. When will you let him go? When will you... ? Oh! I... I'm sorry! I shouldn't have spoken to you that way! I have... no right". 

Les fans peuvent pardonner le trope où Gwen n'aime pas Spider-Man mais peuvent-ils pardonner qu'elle ait été hostile (le temps d'une case) envers... Tante May ? 


 C'est à ce moment que Stan Lee va partir du titre après le n°110 (juillet 1972). Roy Thomas et lui ont choisi comme successeur un  jeune scénariste de 19 ans (le même âge que Gwen & Peter), Gerry Conway, qui va rester pendant 40 numéros, du n°111 au n°149 (octobre 1975). 

La Tante May disparaît pour quelques temps pour laisser plus d'autonomie à Peter (mais elle est partie s'installer chez le Docteur Octopus). Peter est de plus en plus jaloux de Flash et Gwen culpabilise pour ses paroles. 


 Gwen explique d'ailleurs à Flash (#112) que son hostilité envers Spider-Man dépend maintenant plus de son inquiétude envers Peter. 

Le professeur Miles Warren l'appelle sur le campus de ESU pour lui demander des nouvelles de Peter et Gerry Conway n'a probablement pas encore décidé d'en faire un jour un super-pervers obsédé par Gwen car il dit qu'il ne savait même pas qui était le Chacal à sa première apparition (n°129). Mais en tout cas, le Dr Warren n'est plus dessiné de manière aussi sympathique que lors de ses premières apparitions, ce qui traduit aussi une érosion des "figures d'autorité" dans ces USA après les mouvements de contestation et l'Affaire du Watergate (juin 1972). Après la mort de Gwen, Warren fait part de son irritation à Peter mais uniquement sur ses absences (n°127) et il prétendra plus tard (dans le n°149) que son sentiment pour Gwen n'était que "protecteur". 

 


Quand Flash se moque stupidement des troubles de santé de Peter (le médecin lui a diagnostiqué un ulcère du duodenum), elle s'emporte contre lui et on pourrait donc croire que cela va enfin mettre fin au nouveau pseudo-triangle Peter-Gwen-Flash.  On remarque que la phrase de Gwen ("One of him makes twelve of you") est presque une citation de ce qu'elle avait déjà dit face aux étudiants dans The Amazing Spider-Man n°69 ("He could be half the man he is and still make ten of you!")

 Quand la Tante May est enfin retrouvée au #115, Gwen peut lui présenter ses excuses mais May (qu'Octopus n'avait pas forcée à venir) décide de rester dans cette maison du Dr Octavius au nord de New York City dans le comté de Westchester (Marvel est si manhattanocentriste qu'ils semblent croire que tout l'Etat de New York se réduit à ce comté). Je n'ai jamais bien compris cette histoire : Peter ne peut-il pas expliquer à May qu'Octavius (le vrai assassin du Captain Stacy) est un criminel condamné même sans compromettre son identité secrète ?


 Comme on le voit, l'année 1972 n'a pas été très bonne pour Gwen. Gerry Conway la montre presque moins que Flash (!) et quand il le fait, c'est à nouveau comme une angoissée trop nerveuse. Toute la dispute avec May paraît un peu artificielle comme Peter vit déjà hors de la maison de May et qu'elle ne le couve plus tant que cela. Certes, Peter donne presque raison à Gwen en semblant en état de choc quand il apprend que May ne compte pas revenir dans le Queens.