vendredi 5 février 2016

Même à l'impossible on peut être tenu

Un des arguments de Kant était que si on a un devoir moral (par exemple le devoir de tenir une promesse), il faut qu'on ait la possibilité de faire son devoir (donc la capacité de tenir sa promesse, la capacité de résister à notre désir de mentir). "Du sollst, denn du kannst" (même si Kant insiste aussi sur la réciproque : Si tu peux faire ton devoir, alors tu n'as aucune excuse). La conséquence était que l'existence même d'un devoir moral impliquait comme condition qu'on soit libre au sens où on pourrait agir par devoir.


Dans cette expérience d'éthique expérimentale (de psychologie de nos manières de parler ordinaires ou de nos "schèmes conceptuels" - je n'ai lu que l'abstract), les auteurs construisent des scénarios où par exemple, A a promis à B de venir à telle heure mais est en retard (que ce soit de sa faute ou à cause d'un incident hors de sa volonté). Les témoins interrogés considèrent que A a encore le devoir moral d'être à l'heure alors qu'il ne peut plus arriver à l'heure et les auteurs disent avoir donc "réfuté" le principe que "Ought Implies Can". 

Mais n'est-ce pas seulement une ambiguïté linguistique du verbe "ought" dans son rapport au temps et aux modalités ? Le fait d'avoir transgressé un devoir peut impliquer qu'on ne peut plus revenir en arrière et donc qu'il est devenu impossible de le faire et pourtant qu'on aurait dû auparavant le faire

3 commentaires:

  1. Cet on aurait dû, en tant que jugement a posteriori, implique que les conditions de ce devoir ne sont pas apparues. S'il aurait promis, il aurait dû arriver à telle heure (en grec ancien, on l'exprimait avec l'iréel du passé).

    On ne peut pas 'refuter' ce qu'on n'a jamais dit. Il n'avait pas promis, donc il n'avait dû arriver à l'heure. Ou bien, il a promis, mais il ne peut plus arriver ; on a enlevé la possibilité d'arriver. Refutation implique intention.

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    1. Je ne comprends pas bien car il y a ici une ambiguïté sur le terme de "réfuter".

      Dans l'exemple, celui qui est parti en retard a brisé sa promesse mais il n'a rien "réfuté". Là où je parlais de réfutation, ce sont les auteurs de l'article qui prétendent avoir réfuté le principe "Ought Implies Can.

      Celui qui est parti en retard a transgressé sa promesse d'arriver à l'heure et on dit qu'il a encore maintenant le devoir d'arriver à l'heure, même si c'est impossible de fait. Il serait alors lié par la promesse antérieure et aurait un devoir même quand il ne peut plus le faire.

      La promesse est un cas particulier comme on s'engage vers le futur malgré les circonstances qu'on ne peut pas contrôler. Le cas du mensonge n'est donc pas exactement le même que celui d'une transgression de promesse.

      Les auteurs vont jusqu'à dire que même dans le cas où son retard ne lui est pas imputable, il a toujours le "devoir" d'arriver à l'heure. Cela me paraît dire qu'on l'attend toujours, qu'il est toujours sous une "obligation" présumée mais en réalité, comme il n'est pas responsable, il ne commet aucune transgression puisqu'on l'excuserait de cette transgression dès qu'on connaîtrait les circonstances de la violation de promesse.

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