Alors que presque toutes les démocraties occidentales mettaient en place un Etat-Providence et des formes d'Assurance-Maladie ou Sécurité sociale après la Seconde Guerre mondiale (loi sur la NHS passée par les Travaillistes en 1946 à partir du rapport du Libéral Beveridge de 1942), Roosevelt (New Deal) puis Truman (Fair Deal) échouaient à passer leurs projets équivalents aux USA comme le Congrès estimait que c'était du Communisme.
Le terme Social Security fut limité aux retraites et seuls les retraités obtinrent une forme de Medicare en 1966 sous Johnson avec un Medicaid limité uniquement aux plus démunis. Pendant toutes les années 1970 et malgré la majorité démocrate, la gauche du Parti (Ted Kennedy) échoua toujours à faire passer les réformes par un système fédéral "universel".
C'est comme si l'après-guerre avait été un passage critique à ne pas manquer. La Guerre froide avait empêché en 1948 aux USA ce qui avait été possible ailleurs.
(Ce n'est pas tout à fait exact. En Amérique du Nord, le Canada, qui avait raté le passage au niveau fédéral juste après la Guerre, eut une seconde chance dans les années 1960 grâce au pasteur NDP du Saskatchewan Tommy Douglas et ensuite le Premier Ministre libéral Lester Pearson.)
Les plans d'assurances de santé privés américains Blue Shield (créé par des associations de médecins privés) et Blue Cross (créées par des hopitaux, dès les années 1930 contre les projets du New Deal) sont toujours globalement le modèle dominant, même après les révisions importantes d'Obama de l'Affordable Care Act. La couverture dépend essentiellement des employeurs qui obtiennent en échange des déductions fiscales. Obama obtint en 2010 à peu près ce que le Républicain Nixon avait tenté en 1971, conserver le système privé mais avec une obligation de prendre une assurance (dans les années 1970, avant le grand réalignement du Parti démocrate, ce sont les Démocrates conservateurs qui avaient bloqué toute tentative de système national par Ted Kennedy et même la version privée de Nixon).
Obama avait certes ajouté un élément essentiel qui était de lutter contre les "conditions pré-existantes" (les clauses qui permettaient aux assurances privées de ne pas rembourser des malades à cause de problèmes chroniques ou jugés sérieux). Mais quelques Sénateurs démocrates conservateurs ou stipendiés par les lobbies d'assurances comme Joe Lieberman (Connecticut) suffirent à faire échouer l'idée d'une Option Publique en plus de l'obligation d'assurance (ironiquement, le Connecticut fut ensuite un des rares Etats à réussir à faire passer une forme d'Option Publique, le Vermont réussit même à faire passer un système quasi-universel). (Voir de vieux messages de 2009 comme ces insultes contre Lieberman ou sur les stratégies pour faire passer une Option).
La violence des réactions au début des années 2010 montrait qu'un projet modeste (qui avait simplement étendu des projets défendus par des Républicains modérés comme Mitt Romney et les vieux projets des Républicains des années 1970) pouvait susciter un lobbying intense des assurances privées. Obama avait d'abord parlé d'un système universel puis seulement d'une "Option" publique et ensuite même cet aspect avait dû être abandonné, à cause d'un seul Sénateur traître du Connecticut.
Depuis 2016, l'ObamaCare est à nouveau attaqué et dégradé par le pouvoir républicain qui nomme des Juges pour tenter de détruire les avancées du système.
Warren et Sanders sont d'accord tous les deux sur une demande maximaliste, un système universel. Le plan de Warren est plus précis mais cristallise aussi plus d'opposition. C'est un système qui affirme que les entreprises n'auront pas plus à payer puisque la somme sera calculée à partir de ce qu'elles payent actuellement au privé. Le système de Sanders ressemble plus au système européen avec une contribution calculée à partir des salaires, ce qui est plus progressif que la proposition de Warren.
Ce qui rend complètement fataliste sur l'état de la démocratie-ploutocratique américaine est que :
(1) les sondages montrent clairement qu'une majorité écrasante des Américains souhaiteraient un système universel.
(2) et pourtant, le système est tellement bloqué que même si Warren ou Sanders gagnent, il paraît impossible qu'ils puissent faire passer un de leurs projets ambitieux alors que le Congrès semble être encore plus conservateur qu'en 2008-2010 quand Obama a dû se contenter d'un NixonCare 2.0.
Certes, les élections législatives de 2020 pourraient être un peu plus surprenantes mais comme les Millenials votent peu, il y a peu de chance que ce soit une révolution, quel que soit le ressentiment de la base démocrate contre Trump ou l'enthousiasme des Sandersiens.
Au mieux, on peut espérer qu'un(e) Président(e) démocrate pourra protéger ou sanctuariser un peu l'ObamaCare face à tous les Juges d'extrême droite nommés par Trump.
I(e)l pourrait peut-être même ajouter à nouveau une Option Publique mais le contexte d'une Crise économique qui se profile dans les années 2020 rend cela hélas très peu probable. Les lobbies bloquent l'Option car ils redoutent que cela suffise à faire entrer le système étatique universel à moyen terme (au moment où les Etats-Providence sont aussi en train de les démanteler).
Et si Trump gagne, on reviendra sans aucun doute au statu quo ante, y compris sur les conditions pré-existantes qui commencent à réapparaître.
vendredi 15 novembre 2019
La Malédiction de la Couverture Santé aux USA
Publié par
Phersv
à
10:57
6
commentaires
Libellés : actualité, B.H.O., capitalisme tardif, clio, Ô Canada, spirit of '76, Trumpistan, πολιτική τέχνη
mercredi 4 janvier 2017
We have no gift to set a statesman right
Certaines de mes prédictions la dernière fois que j'ai écrit ont été réfutées. Nous n'aurons plus à subir notre ancien Président de la République (du moins à court terme en tout cas). Mais le prochain ne vaudra pas mieux et à tout prendre il aurait été moins risqué pour le monde que notre pays ait un retour de notre intempérant Badinguet mais que (ce qui était) la première puissance mondiale soit préservée d'un troll nihiliste comme Donald J. Trvmp.
Mon long silence tenait en partie de l'effarement et d'un désarroi profond.
Comment commenter quand le monde semble basculer à ce point dans l'irrationnel ?
Le monde entier est aussi effrayé par cette surprise qu'il avait été (peut-être en partie excessivement) admiratif en 2008. Les espoirs suscités en 2008 avaient fait surévaluer les institutions et l'évolution de la société américaine. La politique intérieure est arrivée à un pouvoir absolu des soi-disant "Républicains" au moment où ils continuaient d'évoluer vers plus d'abus théocratiques et ploutocratiques. La politique étrangère de BHO a été un échec et je ne suis pas compétent pour dire s'il s'agit d'une malchance qui ne pouvait que lui échapper après les désastres de 2002-2008 ou s'il a vraiment été trop naïf vis-à-vis des Républicains et trop pusillanime vis-à-vis de la Realpolitik des dictateurs. Mais après 8 ans de diplomatie d'une nation affaiblie, nous allons avoir une catastrophe qui va entraîner bien plus que la République américaine.
Le cas de Trvmp peut être exagéré car toute sa monstruosité médiatique arrive en même temps à faire monter une sorte d'hystérie irrationnelle et pourtant à nous désensibiliser au caractère aberrant de ce désastre. Comme il sait animer un cirque nouveau chaque jour, nous nous énervons quotidiennement en oubliant à chaque fois le scandale de la veille.
Mais le "normal" se dissipe comme une brume. Sa victoire ne devrait même pas être une question de gauche ou de droite ou seulement de la démocratie vs oligarchie mais d'échec total du rôle de la Raison le plus élémentaire dans la vie politique. Trvmp est certes un ploutocrate comme d'autres "Républicains" mais il est aussi un symptôme d'un n'importe quoi vertigineux. Ce n'est pas un escroc classique, c'est un hâbleur qui proclame publiquement qu'il dit n'importe quoi. Cela a de quoi faire perdre toute confiance dans la cohérence même de la réalité, comme si nous vivions dans un cauchemar où nos semblables ivres de ressentiment hurlaient tous qu'ils veulent se jeter dans un précipice et que des siècles de "civilisation", cela suffit.
Ce n'est même plus le "spectacle" qui absorbe la société, c'est la dissolution des reflets du spectacle dans le nonsense. Même le Père Ubu a trop de gravitas pour lui être comparé. Nos divers Caligula comme le Turkmenbashi jouaient encore un peu le jeu sérieux du souverain. Le Show irréel ne cherche même plus une apparence de plausibilité, il est dans la galéjade farcesque digne de Munchausen, dans ce que les Russes appellent le "враньё" (où on savoure le plaisir du bluff ou de l'esbroufe) et qu'on vient de traduire en "post-vérité" (en passant, le livre récent du philosophe Harry Frankfurt sur "le Bobard ou les Conneries" (bullshit) des sophistes risque d'être relativisé par un autre ouvrage plus moralisant qu'il a écrit contre les discours sur la valeur de "l'égalité").
La Droite ne cesse de dénoncer le relativisme post-moderne mais les Trvmpiens du Trumpistan sont passés dans un univers parallèle où on ne voit même plus comment communiquer avec eux, plus radicalement dans leur bulle que tout extra-terrestre de fiction. Dans leur monde boschien, Hillary fait des sacrifices d'enfants au Baphomet, toute critique du Leader est un blasphème hérétique et la CIA est sous le contrôle d'une cabale de la dynastie Clinton.
Ce qui illustre bien ce basculement est le rôle de la Russie. Quelle étrange manière de perdre soudain la Guerre froide 25 ans après. C'est la victoire ultime du complotisme que tout devienne soudain un soupçon de complot possible. La gauche modérée américaine tient maintenant des discours qui à une autre époque aurait paru être du McCarthysme ou de la paranoia digne de Philip K. Dick.
Si quelqu'un vous avait dit il y a deux ans que le candidat du GOP serait soutenu non pas seulement par les frères Koch, par un lobby militaro-industriel ou une frange du FBI mais par le FSB de Vladimir Vladimirovitch Poutine, les pirates "anarchistes" Wikileaks d'Assange et Snowden, le Monde Diplomatique (au nom d'une espérance envers l'isolationnisme et par réflexe contre les néo-cons autour de l'appareil clintonien), Emmanuel Todd (au nom de sa défense du protectionnisme et contre l'idéologie de globalisation des échanges), et Žižek (au nom de l'absurdité totale du personnage), comment auriez-vous pu le croire ? D'ailleurs, on peut comprendre que vous soyez encore incrédule. L'élection comme guerre entre le FBI-FSB et la CIA, cela semble être les délires d'un insensé et on n'attend plus que les Illuminés de Bavière et Cthulhu.
On en vient à exagérer peut-être l'omnipotence de Poutine quand il semble défendu à la fois par Trump, Mélenchon (pour qui je compte probablement voter, hélas), Fillon et les Le Pen (la conversion brutale de toute l'extrême droite à cette nouvelle slavophilie au nom du machisme martial s'est faite à une vitesse surprenante). Il est bizarre de voir des gens "raisonnables" parmi les démocrates reprendre des sources qui viennent de LaRouchistes (secte d'extrême droite qui a une vision conspirationniste où les Britanniques sont un mot de code qui rappelle le Protocole traditionnel antisémite), ce qu'ils n'auraient jamais fait avant.
Mais on ne comprend pas que Glenn Greenwald, par exemple se serve d'une confusion faite par certains commentateurs (les Russes ont probablement vraiment hacké les emails de Clinton ou du DNC mais sans doute pas les machines à voter, leur piratage n'a donc pas affecté "directement" les élections) pour jeter un doute sur toute mise en cause du rôle russe.
Depuis la fondation de cette République, le discours nativiste d'une partie des Conservateurs (par exemple Huntington) craignait que les Sud-Américains hispanophones ne finissent par affaiblir les normes démocratiques ("anglo-saxonnes") à cause d'une culture historique de pronunciamentos et coup d'Etats de Généraux et caudillos. Et c'est au nom de la discrimination contre les Latinos que la démocratie américaine fait arriver au pouvoir suprême ce qui ressemble le plus à un Catilina qui ne cache même pas son admiration pour les "Hommes Forts" autoritaires et son mépris pour les valeurs démocratiques. L'histoire n'a peut-être pas de "dialectique" mais elle recèle de l'ironie.
Publié par
Phersv
à
11:27
22
commentaires
Libellés : B.H.O., spirit of '76, stupidité, Trumpistan
lundi 17 septembre 2012
Pères mythiques
Ce n'est peut-être pas la peine d'énumérer toutes les attaques insensées contre le Président Obama car on trouvera toujours pire et la tératologie sur Internet est inépuisable. Il y avait les Birthers qui prétendaient qu'Obama serait né à l'étranger et non à Hawaï (généralement au Kénya ?). Il y avait tous ceux qui refusaient de croire qu'il ne soit pas crypto-musulman et ces obsessions de certains sites sur le fait qu'il aurait fait écrire son livre par un gauchiste. Puis la folle raciste Pamela Geller, au blog excessivement populaire, prétendait révéler que son vrai père devait être Malcolm X, probablement parce qu'il était le seul Noir dont elle avait entendu parler. Hier, un quotidien publiait une publicité en pleine page d'une association présentant encore un nouveau père parce qu'il était un "compagnon de route" dans les années 1930 et vivait à Hawaï depuis les années 1940 (au moins, ces dingues devaient donc ne pas être Birthers mais trouvaient crédible qu'Obama se soit inventé un faux père kényan plutôt qu'un père américain de Hawaï pour sa carrière politique).
Obama fait l'objet comme toute personnalité aussi importante de préjugés qui permettent de voir la naissance spontanée de mythes. Quand Obama fait quelque chose d'innocent, comme rendre aux Britanniques un buste de Churchill qu'ils avaient prêté, le simple fait de le rendre est nécessairement motivé par une haine contre l'Occident. Certains Américains veulent tellement profondément le rejeter comme l'Autre Non-Américain qu'ils vont projeter tout à la fois : il est communiste, musulman, étranger, mais en plus il faut que ses vraies origines soient voilées, secrètes et mystérieuses comme celles d'un Anti-Héros mythique, comme s'il fallait qu'il soit quelque avatar démoniaque pour qu'ils puissent mieux le haïr.
Ils ne croient pas à tout ce qu'ils s'envoient par email en chaîne mais ils aimeraient qu'il soit une superposition de toutes leurs craintes à la fois. Selon un sondage, près d'un sixième des Républicains de l'Ohio disent que c'est Mitt Romney qui a tué Ossama ben Laden, ce qui montre la fluidité des illusions volontaires. Ils ne peuvent pas le croire bien entendu, même s'ils ne regardent que Fox News, mais ils sont prêts à répondre ainsi et à faire comme s'ils pouvaient feindre d'oublier tout ce qui pourrait embarrasser leurs dissonances cognitives.
Publié par
Phersv
à
13:52
2
commentaires
lundi 1 août 2011
Même David Frum trouve le "Compromis" trop à droite...
Lorsque David Frum l'ancien rédacteur des discours de Bush (certes Canadien et plus modéré que ce qu'est devenu le GOP) critique la position du Compromis sur le Budget déséquilibrée, Barack Obama paraît avoir un peu trop glissé à droite dans son "jeu d'échec à 11 Dimensions" :
1) Unemployment is a more urgent problem than debt.
The U.S. can borrow money for 10 years at less than 3%. It can borrow money for two years at less than one-half a percent. Yes, the burden of debt is worrying. Yet lenders seem undaunted by those worries.
Meanwhile, more than 14 million Americans are out of work, more than 6 million for longer than six months. The United States has not seen so many people out of work for so long since the 1930s.
(...)
3) The time to cut is after the economy recovers.
Businesses are hoarding cash. Consumers are repaying debt. State and local governments are slashing jobs. (Since 2009, the number of Americans working for government has shrunk by half a million, the biggest reduction in civilian government employment since the Great Depression.) Right now, there's only one big customer out there: the federal government. How does it help anybody if the feds suddenly stop buying things and paying people?
On se demandait si ces Républicains "Rockefeller" pourraient encore se faire entendre dans le Parti Néo-Confédéré Rando-Evangéliste qu'est devenu le Parti Républicain, mais maintenant le Parti Démocrate paraît simplement être la branche certes un peu plus hypocrite des financiers, sans les frères Koch.
Publié par
Phersv
à
19:56
7
commentaires
Libellés : B.H.O., oikia, spirit of '76
samedi 30 juillet 2011
Récits pré-construits
Dès l'élection d'Obama en 2008, les commentateurs avaient prédit comment se passerait leur guerre des commentaires préconçus : les Républicains tenteraient d'installer le Président en nouveau Jimmy Carter (le Carter selon la doxa bien établie, c'est-à-dire "faible" en politique étrangère, échouant sur le chômage ou l'inflation, trop "hamletien" et pas assez "leader") et les Démocrates tenteraient d'en faire plus un nouveau FDR qu'un Clinton (l'aura de JFK ayant un peu pâli).
Le fond des critiques du GOP est avant tout le racisme codé ("il est étranger à vos préoccupations", "on ne connaît rien de lui", il doit cacher quelque chose) et le ressentiment de classe (c'est un universitaire hautain, "coupé du peuple" - comme les millionnaires du GOP le représentent directement, bien évidemment). La force de l'oligarchie est d'arriver ainsi à mobiliser une passion "populiste" dans son propre intérêt.
Mais Quiddity a perçu un nouvel angle obsédant dans les attaques plus récentes : il faut ressasser en prédiction auto-réalisante qu'Obama est avant tout un "Loser" et que "l'Amérique n'aime pas les Losers". Il doit perdre, il perdra, parce qu'il était de toute éternité de l'essence non-américaine des perdants et que si l'Amérique perd, c'est nécessairement qu'elle est poignardée dans le dos par une corruption contraire à sa propre nature de Winneuse.
C'est une des raisons de l'intransigeance dans les négociations, en dehors de la pression du Tea Party : il faut montrer que l'adversaire capitule en rase campagne et que même quand il a cédé sur tous les fronts, il est incapable d'obtenir un marché minimal de son inflexible & courageuse Opposition. On peut se rassurer en se disant que l'opinion commencera à juger les Républicains trop rigides. Il n'y a plus de dilemme complètement rationnel, on ne joue pas à un jeu de Chicken avec un Kamikaze fanatique qui attend la Rapture.
La situation économique était tellement difficile qu'Obama ne pouvait que risquer d'être emporté comme Carter l'avait été en 1980 mais il est impressionnant de constater que le récit pré-fabriqué du Nouveau Carter a été si facile à recycler 30 ans après, alors même que les conseillers d'Obama connaissaient l'attaque à l'avance.
La politique doit choisir entre de mauvaises solutions mais Obama a la malchance d'avoir échoué dans sa triangulation bipartisane : les modérés me semblent souvent persuadés par une propagande qui en fait un socialiste et la base démocrate ne le voit plus qu'en un centriste trop timoré ou vendu aux oligarques, ce qui le fait perdre sur les deux tableaux à la fois. Obama aura du mal à mobiliser aussi bien sa base qu'en 2008 et en plus l'hystérie néo-hooverienne reste aussi forte qu'aux élections de mi-mandat de 2010, malgré tout le risque de récession. Même Robert Reich, l'ancien secrétaire au Travail de Clinton, accuse Obama d'avoir été un candidat enthousiasmant mais un Président incapable de communiquer les raisons de ses tactiques politiques.
Le pouvoir conservateur a créé un Mur de l'Argent subtil. Les Agences de "notation financière" comme Standard & Poor's n'ont rien d'arbitres neutres. Comme l'analysait Kevin Drum, elles ont choisi de soutenir le point de vue républicain que la seule priorité doit être le Déficit, alors même que les Républicains prolongent les baisses d'impôt irresponsables de Bush (voir ce schéma pour se rappeler la part énorme de ces baisses d'impôt dans le problème). Si John McCain avait été au pouvoir, elles seraient sans doute nettement moins insistantes.
On est dans la situation étrange où la politique américaine est prise entre deux chantages opposés mais solidaires : les Agences de notation exigent de baisser les dépenses pour les plus pauvres et les Républicains exigent de baisser les rentrées sur les plus riches. Il est rare qu'un parti d'opposition soit ainsi en situation de profiter de la destruction qu'il aura lui-même en partie causé. Plus il s'oppose à toute relance et même à toute hausse des dépenses, plus l'économie s'effondre, plus il en tirera avantage. C'est une situation où il gagne à tous les coups, du moins à court terme. Et à long terme, comme disait Keynes, je crois, on est tous des hordes de mutants mad-maxiens dans des ruines somaliennes de l'Etat minarchique.
Il faut seulement espérer que le demi-taré Mitt Romney l'emporte sur les plus tarés comme Rick Perry ou Michele Bachmann et que s'il prend l'un des tarés comme Vice-Président(e) il puisse vivre au moins 4 ans en attendant que ce cycle anti-Etat ne dure pas encore une génération. Mais il suffit d'aller dans une librairie dans le rayon Idées, où on ne trouve plus que du Libertarianisme depuis quelques temps, pour voir qu'on entre dans un long automne pour l'interventionnisme de l'Etat. La crise des dettes rendra inéluctable ce que l'idéologie nous prépare à trouver nécessaire.
Publié par
Phersv
à
13:40
10
commentaires
Libellés : B.H.O., oikia, spirit of '76
dimanche 1 mai 2011
B.H.O. sur l'Américanité
L'intervention d'Obama au Dîner des correspondants sur sa nationalité et son certificat de naissance était réussie (surtout la rumeur sur cette tarée de Michelle Bachmann ou les attaques directes contre Trump et Fox News - qui avait écrit "Obama rend public ce qu'il dit être son certificat de naissance") et on sentait bien une extrême lassitude à devoir sans cesse se justifier sur ce point.
Il faudrait que les nerds qui écrivent ses gags mettent moins d'allusions geeks : qui comprendra en quoi Optimus Prime, chef des Transformers, pourrait être essentiel à l'identité nationale.
Il se peut que le camp Obama s'amuse aussi à renforcer le candidat Trump parce qu'il serait l'un des plus grotesques candidats dans le camp républicain. Donald Trump, le ça des Républicains, a tenté maintenant de hausser le débat en attaquant Obama sur son entrée dans des universités prestigieuses et demandant ses bulletins de lycée. Ce qu'ils n'auraient jamais demandé avec le Président précédent qui, lui, avait hérité de Yale uniquement par son certificat de naissance.
Publié par
Phersv
à
09:21
2
commentaires
Libellés : B.H.O.
mardi 19 avril 2011
L'arrière-fond des caricatures
Mais pour un conservateur à la John Bolton, l'ONU est bien entendu pire qu'un simple "machin" bureaucratique, c'est la dérive vers le déclin des USA et la menace du multilatéralisme qui ne reconnaîtrait plus le Leadership hégémonique de Captain America. Le sous-titre du dessin est donc presque une accusation allusive de trahison(certes assez peu violente par rapport à des délires glenn-beckiens).
De même, on peut trouver très réussi dans son ellipse le célèbre dessin de Caran d'Ache dans le Figaro sur l'affaire Dreyfus, tout en ignorant que Caran d'Ache (Emmanuel Poiré) était un antisémite virulent (voir son Carnet de Chèques de la même année 1898). Le sous-titre du dessin pour son auteur n'est pas seulement qu'il y a un débat mais que les Dreyfusards arrogants (dont des femmes qui osent quitter leur position et s'intéresser à la politique) nuisent à l'Unité nationale.
Publié par
Phersv
à
11:45
0
commentaires
mardi 15 mars 2011
Obama au Gridiron Club
All right, I hear the criticisms. I do. For example, I know that people think I’m not passionate enough. That I’m too cool. That I’m too detached.
But as I was going through my daily routine — sitting alone in my study — meditating, thinking about how to win the future — I pondered this critique, and calmly rejected it as thoroughly illogical.
L'idée qu'Hillary marche devant la Maison Blanche en solidarité avec le Printemps Arabe pour demander un changement de régime est une provocation assez osée.
Et le Daily Show a beau avoir abusé des blagues sur le teint orange de Boehner, cela continue toujours de marcher...
Publié par
Phersv
à
16:34
0
commentaires
Libellés : B.H.O.
samedi 10 octobre 2009
Ubi solitudinem faciunt, pacem appellant
Ca y est, l'overdose de Schadenfreude arrive, comme prévu, avec la violence d'une inondation. Il faut faire des réserves.
La droite américaine, qui réussit à entretenir une hystérie perpétuelle, en bon argument du Chaudron, dit que de toute manière le Prix Nobel n'a plus aucune valeur mais que c'est un véritable scandale ignoble qu'il ait pu l'avoir parce que la date limite pour concourir était février 2009 et qu'Obama était donc Président depuis environ six secondes et demi.
Voir alicublog, qui se fait une spécialité de lire ces dingues. Et ils vont bientôt dire que cela prouve qu'il va désarmer l'Amérique pour la livrer à son vrai chef, Ahmadinejad, ou bien que l'ex-terroriste Dick Ayers (qui est dans la Dinguosphère l'âme damnée d'Obama) va avoir le Prix Nobel de littérature.
Mais même en dehors des Palinites dérangés, le consensus des réactions chez les modérés ou à gauche a été plus l'hilarité perplexe que l'enthousiasme. De manière générale, même un Obamaniaque comme moi a du mal à penser que ce Prix serve à quoi que ce soit et pourrait même être globalement négatif, si ce n'est pour rappeler que les Européens ont été impressionnés par le retour d'une dose de Multilatéralisme dans notre Puissance Hégémonique. Mais les Prix Nobel de la Paix devraient attirer l'attention du public vers une cause pas assez reconnue et non pas vers l'individu le plus adulé de notre planète, celui dont nous savons bien au moment même qu'il incarne notre Weltgeist...
Le philosophe du droit nietzschéen Brian Leiter :
Would it not have been simpler to just issue a statement saying, "Thank God the war criminal and moral monster Bush is out of office"?
Le seul libertarien lisible de la Toile, Jim Henley est tétanisé :
At least Henry Kissinger and Le Duc Tho, despite being major-league butchers and war criminals, got the prize for actually (sort of) ending a war. (For a couple years.)
Et le spécialiste des affaires internationales Robert Farley s'amuse à provoquer la droite religieuse :
You know, if Obama were the anti-christ, he'd probably be winning a Nobel Peace Prize about right now. I'm just sayin'...
Mais non, Obama est l'Imam caché, pas l'Antéchrist.
Et plus à gauche, Bernard Chazelle (qui continue par ailleurs sa fabuleuse exégèse de Bach) contemple le Weltgericht de la Weltgeschichte :
Oh yes, if only Alexander the Great had gotten the Peace Prize he would have stayed in Macedonia studying metaphysics with Aristotle instead of conquering Persia.
Publié par
Phersv
à
13:56
4
commentaires
Libellés : B.H.O.
vendredi 9 octobre 2009
Prix Nobel de la Non-Bushéité
Après Kofi Annan (2001), Jimmy Carter (2002), Mohamed ElBaradei (2005), Al Gore (2007), le Prix Nobel de Nous-les-Européens-on-n'aimait-vraiment-pas-Georges-Bush est remis à Barack Obama "pour ses efforts extraordinaires pour ne pas avoir été Georges Bush".
Félicitations au lauréat et aux autres candidats malheureux pour leur exemplaire capacité à ne pas être strictement identique à Georges Bush.
Voilà qui ne va pas améliorer le complexe de notre Président vis-à-vis de son homologue...
Add. Quoi qu'on pense du caractère prématuré du Prix lui-même, il est ridicule de reprocher à Obama de ne pas avoir imité le Prix Nobel Litérature 58 (Pasternak, qui fut contraint de ne pas l'accepter) ou 64 (notre Sartre national). Son discours était un bon équilibre d'auto-dépréciation humoristique (parce que les Républicains ne cessent de l'attaquer sur son "narcissisme") et de Vision ("ce n'est pas moi qu'on honore mais l'effort collectif pour renforcer la diplomatie").
Même s'il y a de nouveaux crimes de guerre en Afghanistan, Obama ne pourra jamais faire pire que le célèbre Prix Nobel de la Paix 1973.
Espérons qu'il n'y a pas de malédiction du Prix et qu'il ne finira pas comme le Prix Nobel de la Paix 1964. C'est d'ailleurs peut-être une des raisons principales de la précipitation du comité norvégien : ils voulaient le primer avant qu'un fan de Fox News et Rush Limbaugh ne fasse ce que les médias républicains les enjoignent de faire en assassinant le 44e Président.
Une des raisons de l'affection de l'Europe pour B.H.O. est justement cette impression de "fatalité" ou d'Epée de Damoclès qui pèse sur lui, comme si nous devions faire le deuil par avance d'un futur JFK, quelles que soient les limites de la comparaison.
Add. 2 Le Homard Mi-Cuit (la personnalité la plus "sérieuse" de Fafblog) est fort colère :
In other news, the Nobel Prize for Literature was awarded to a man who set fire to a library and then promised to write a book about it.
Add.3
Zut, Fox News a fait exactement la même blague sur "Prize for not being Bush" (sauf bien sûr que cela les choque, ce qui donne un an après le prix de la Banque de Suède à Paul Krugman une nouvelle overdose de Schadenfreude).
Publié par
Phersv
à
12:38
6
commentaires
Libellés : B.H.O.
jeudi 3 septembre 2009
On What Earth Do You Live?
Political Irony compare le Barack Obama sur la Terre Fox News (Dictateur communiste) et le Barack Obama sur la Terre Marvel (naïf dupé par le Gobelin Vert). Avantage : Terre Fox News, où il est au moins efficace dans son plan de subversion.
Publié par
Phersv
à
10:23
0
commentaires
mercredi 10 juin 2009
Face à face
Obama a commenté que le hiéroglyphe dans la Pyramide lui ressemblait étrangement (image du site officiel de la Maison blanche).
Sans même vérifier, on sait déjà que quelque part sur Internet, il y a un site de dingues qui en tire toute une théorie occulte sur une prédiction millénaire.
Publié par
Phersv
à
18:28
3
commentaires
Libellés : B.H.O.
mardi 31 mars 2009
Barack le Barbare
Obama avait dit que ses comics favoris étaient Conan et Spider-Man mais il ne prévoyait sans doute pas qu'il apparaîtrait dans les deux titres dès ses premiers mois.
Il sera dans deux comics, l'un où devenu muet et privé de son Autorité Charismatique, il doit libérer la Terre d'une invasion, et l'autre, Quest for the Treasure of Stimuli, où il est un mercenaire barbare luttant contre le maléfique Cheney.
J'allais me moquer de l'Obamania, même au 56799e degré, mais je crois que je vais essayer de le trouver quand même...
Publié par
Phersv
à
21:08
6
commentaires
dimanche 15 mars 2009
Liefeld still the most incompetent artist
But now Liefeld tries to be relevant and his anatomical abominations focus on Obama.
He could manage to do worse than the whole website of Bad Paintings of Barack Obama.
Publié par
Phersv
à
00:07
0
commentaires
mercredi 28 janvier 2009
Hégémonie geek
Obama Disappointed Cabinet Failed To Understand His Reference To 'Savage Sword Of Conan' #24:
A holdover from the Bush administration, Gates told reporters he may have gotten off on the wrong foot with the new president, citing an occasion when Obama asked him what he knew about 1984's Secret Wars, a 12-issue limited Marvel release. Gates then handed a visibly confused Obama 1,400 classified pages on covert CIA operations in El Salvador.
(...)
Secretary of State Hillary Clinton interrupted the president to assert that she and her colleagues have already begun educating themselves about comic books, and will soon be "an invincible team of Supermen and Wonder Women working to save America."
"Wonder Woman? That's not even Marvel," Obama responded before storming out of the press room. "Who are you people?"
Publié par
Phersv
à
20:29
0
commentaires
mercredi 21 janvier 2009
La morne désillusion des hautes attentes
Rien de très excitant ou de mémorable, au point qu'on en est un peu restreint à remercier Obama d'avoir dit - ce qui devrait aller de soi pour tout nation pluraliste ou libérale au sens de Mill, Berlin et Rawls - que l'Amérique n'était pas seulement une nation chrétienne mais aussi musulmane, juive, hindoue (et les Bouddhistes alors ?) et "sans croyances" (des "unbelievers").
Au moins, Obama n'a pas reculé malgré la tentative de d'instrumentalisation des Athées qui le citent en exemple de libre-penseur ayant enfin réussi. Alors qu'on sait qu'un Hispanique gay musulman (combinaison difficile à imaginer) aurait vraisemblablement un peu plus d'éligibilité qu'un athée pour l'instant.
On avait de trop hautes attentes parce qu'Obama écrit certains de ses discours lui-même et que le discours de Philadelphie qu'il rédigea sur les questions raciales est tellement habile qu'il est sans doute l'un des meilleurs orateurs politiques contemporains.
Mais j'ai ri à l'inversion totale du thème sarkozyste sur la Valeur-Travail :
It is the kindness to take in a stranger when the levees break, the selflessness of workers who would rather cut their hours than see a friend lose their job which sees us through our darkest hours.
La réduction du temps de travail n'y est certes pas une obligation légale mais elle est décrite comme un exemple de vertu morale et d'altruisme, sacrifier son revenu pour l'emploi d'un ami.
Il ironise par allusion aussi contre Reagan qui disait que le Gouvernement était le problème (The question we ask today is not whether our government is too big or too small, but whether it works), mais ajoute aussi que la responsibilité doit aussi s'attaquer aux programmes gouvernementaux s'ils ne sont pas efficaces, ce qui est typiquement "clintonien" pour récuser l'image du Démocrate socialisant.
Plus à gauche, l'équilibre en les vertus du Marché et celle de la justice sociale :
Nor is the question before us whether the market is a force for good or ill. Its power to generate wealth and expand freedom is unmatched, but this crisis has reminded us that without a watchful eye, the market can spin out of control - that a nation cannot prosper long when it favours only the prosperous.
The success of our economy has always depended not just on the size of our gross domestic product, but on the reach of our prosperity; on the ability to extend opportunity to every willing heart - not out of charity, but because it is the surest route to our common good.
Ces formules semblent sorties directement du libéralisme politique de John Rawls (qui se définit comme la priorité de la justice sociale comme "égalité des opportunités" sur une conception préétablie de la bonne vie ou du bien commun).
For us, they fought and died in places Concord and Gettysburg; Normandy and Khe Sahn.
Il est rare d'associer ainsi une victoire (tactique) des vétérans du Vietnam à la Guerre d'Indépendance, la Guerre entre les Etats sur l'esclavage et la Guerre contre l'Axe. Peut-être une allusion à Bruce Springsteen.
De même Hertzberg (qui écrivait des discours pour Carter - et qui fait aussi la même blague à laquelle on a tous pensé sur Cheney/Folamour) pense aussi qu'Obama aurait très bien pu écrire une "montée en puissance" rhétorique et que ce choix de la grise prose du monde est en partie intentionnel mais reste décevant.
I'm struck by the sheer weirdness of American political rhetoric. It reads like something from the nineteenth century or Battlestar Galactica - all Bible quotes and historic mission and shaping our destiny and tested by god. It's difficult to imagine any New Zealand politician saying anything like this with a straight face - or a New Zealand audience not simply gawping at its purple pomposity. But then, we see our country as a place we live in, not some great historical project. We know our unimportance, so we are not obsessed with its "greatness" and whether it will wax or wane. And whether it "continues" or not we see as a decision for outside forces, or (on a sufficiently long time scale) geology - not the politician d'jour. Basically, we don't care about leaving a mark on history. New Zealanders aren't the sort of people to build pyramids (though we have built a henge). Americans are. And that's what their political rhetoric is best seen as: rhetorical pyramids.
Il est normal que la Puissance hégémonique (et qui se voit vraiment comme une République Impériale en même temps que "colonie émancipée", même si leurs troupes restent moins longtemps pour l'instant que celles de l'impérialisme européen du XIXe siècle) tienne ce langage si exalté, mélange de Messianisme wilsonien, de Destinée manifeste, d'exceptionalisme. Les Américains sont des insensés qui se prennent pour des Américains, non qu'il y ait quoi que ce soit de mal à cela. Demander de la sobriété cynique ou post-moderne aurait quelque chose de ridicule dans une nation moins ironique que leur ancienne métropole britannique (mais il est difficile de juger de l'extérieur : les Américains prétendent souvent que ce sont au contraire les Français dans leur ressentiment décliniste qui sont les plus dénués de sens de l'ironie).
On s'attend à ce qu'il parte sur un Zeppelin en criant : "Ah, ah, Kapricorne, du ne m'auras chamais !"
Ach, quelle SCHNITZENGEZUNGENHUYDEN.
Publié par
Phersv
à
15:07
3
commentaires
Libellés : B.H.O., spirit of '76
jeudi 8 janvier 2009
Monsieur Parker va à Washington
On savait déjà que dans l'Univers Marvel, Stephen Colbert avait battu Obama dans le vote populaire avant un retournement à la Dewey, mais Peter Parker (qui est redevenu un photographe désargenté comme il y a 30 ans dans une grande régression dans l'Eternel Retour) quittera son Manhattan pour Washington D.C. pour sauver Obama lors de l'inauguration (Amazing Spider-Man #583, sort mercredi prochain, le lien "gâche" la fin).
(De même dans l'univers d'Image Comics, Savage Dragon a soutenu la campagne d'Obama après avoir été un candidat indépendant en 2004)
Espérons qu'il n'y aura pas d'équivalent de la malédiction Superman sur JFK.
Add. Haha, les Républicains commencent déjà à geindre qu'il est injuste que Spider-Man ne soit pas venu à l'Inauguration de Bush (voir aussi Sadly No!).
Mais Adam Serwer fait justement remarquer que dans l'Univers Marvel, c'est aussi Obama qui vient de remplacer Tony Stark par Norman Osborn à Homeland Security, ce qui reviendrait à peu près à ce qu'il nomme Bernard Madoff au Trésor ou Sarah Palin à l'Education...
Mais n'oublions pas qu'il n'y a pas si longtemps Marvel Comics cirait les pompes de la Maison blanche de Bush en confiant au sous-doué Karl Zinsmeister d'AEI un comic de propagande Combat Zone: True Tales of G.I.s in Iraq.
Publié par
Phersv
à
21:26
3
commentaires
jeudi 13 novembre 2008
Profession de foi et sécularisation
Cette longue interview d'Obama sur sa religion chrétienne me laisse un peu perplexe.
Je ne voudrais pas projeter trop mes idées d'athée virulent et supposer que parce que la croyance me paraît irrationnelle tout politicien intelligent ne pourrait que partager mes propres préjugés. Il y a toujours un danger dans la lecture d'une "écriture cachée" comme celle des disciples de Leo Strauss. Dans certains cas, c'est du bon sens (Hume est vraiment ironique et irréligieux malgré sa prudence, Hobbes doit être nettement moins chrétien qu'il ne le prétend dans certains passages qu'il dément ailleurs). Mais dans le cas d'un individu, et non d'une oeuvre close, nul ne devrait se poser en juge des consciences (même s'il est difficile de ne pas interpréter).
Obama insiste sur le fait qu'il est Chrétien, ses grands parents et sa mère étaient en gros des Chrétiens unitariens tolérants d'origine protestante (baptiste et méthodiste du Kansas).
Il n'a guère été influencé par l'Islam de ses aïeux kényans (son père était agnostique et n'a de toute façon pas eu d'influence sur lui si ce n'est par son absence). Il ne passa que 4 ans en Indonésie de 6 ans à 10 ans (67-71) et fréquenta deux écoles, une catholique et une pesentran à majorité musulmane (qu'il oublie souvent de mentionner, ce qui alimente les théories du complot de la droite insensée qui croit y voir un endoctrinement), mais il dit avoir suivi le catéchisme catholique. Il ne cache pas qu'il eut une certaine affection dans sa jeunesse pour Malcolm X (qui fut d'abord dans la secte très hétérodoxe noire Nation of Islam, avant d'aller vers un Islam sunnite plus universel).
Obama a une adolescence agnostique puis il se dit même dans l'interview "born again" quand il commence la politique à Chicago. Il redevient progressivement chrétien depuis les années 80 en rejoignant la Trinity United Church of Christ de Chicago. Mais on ne peut s'empêcher de trouver toujours son christianisme très peu "évangéliste", et presque déiste/rationaliste quand il dit qu'il voit Jésus comme une figure historique et un mentor surtout éthique (ce qui serait en gros la position du déiste Jefferson ou celle de la Profession de foi du Vicaire savoyard de Rousseau, Jésus comme Socrate, à condition d'abandonner les Mystères).
Même quand il dit qu'il prie souvent, il commente l'acte de prière plus comme une sorte de délbération morale ("trouver mon compas moral") que comme une expérience mystique. Il est pro-choix, parle de séparation de l'Eglise et de l'Etat (alors que son programme prévoit d'augmenter l'aide aux organisations caritatives religieuses, ce qui plaît beaucoup aux Eglises), du fait que les dirigeants ne doivent pas justifier leurs décisions par un Mandat divin (ce qui est une attaque directe contre Bush et la droite chrétienne) et qu'il est avant tout pour la Tolérance.
Il a une formule qui devrait aller de soi pour un Unitarien mais qui doit en fait horrifier de nombreux Evangélistes dans son oecuménisme : il ne peut pas imaginer Dieu condamner la majorité de l'Humanité à l'Enfer seulement parce qu'elle n'a pas "accepté Jésus comme son Sauveur Personnel" (la formule est devenue le seul Crédo des Evangélistes). Cela peut sembler raisonnable mais je doute que la plupart des Chrétiens, qu'ils soient calvinistes ou catholiques (en dehors du message oecuménique d'Assise), puissent accepter que leur Crédo est aussi optionnel pour le Salut par rapport aux Oeuvres. C'est une idée typiquement "unitarienne-universaliste".
Quand il cite ses héros, le Mahatmah Gandhi (vishnouiste tolérant), Lincoln (qui fut sans doute vraiment un Chrétien même si la question est controversée) et le Révérend King, on constate que seul le dernier est une figure vraiment d'un religieux chrétien, et encore que le Christianisme paraît avant tout à Obama comme une figure morale pour le combat des Droits civiques.
Une des grandes forces d'Obama est d'avoir su jongler sur la question religion/race aux USA. On oublie à quel point les dirigeants des mouvements noirs préféraient le Clan Clinton au début contre lui. Obama a dit qu'il n'était pas avant tout un Noir américain et s'est clairement opposé au Révérend Jesse Jackson sur ce point. Les attaques de Jackson contre lui puis son ralliement expiatoire furent d'ailleurs très positifs pour renforcer cette image du candidat post-racial. Ce fut son Sister Souljah Moment, mais en moins amer ou diviseur puisqu'il n'eut même pas besoin de répudier Jackson et qu'il put en tirer profit tout en le conservant à ses côtés.
De même, quand le public prit connaissance des "jérémiades" de son pasteur Jeremiah Wright (qui ne font souvent que reprendre pour l'Amérique ce que les Prophètes d'Israël et Juda disent sur Jérusalem, ville condamnée mais parce qu'elle est sainte), il sut admirablement transformer ce "problème" en une force. Il est vrai qu'il eut de la chance dans la chronologie : si cela était sorti plus tôt, les Clintons auraient pu le détruire dès l'Iowa et il aurait perdu les Primaires, et si cela était sorti plus tard, McCain aurait pu mieux l'utiliser contre lui avant qu'il ne puisse contre-attaquer avec son meilleur discours, A More Perfect Union.
En dehors même de la joie qu'on ressent devant un Président américain qui sait vraiment écrire et prononcer un discours, tout amateur de rhétorique politique, quelle que soit son idéologie, ne doit pas pouvoir s'empêcher d'admirer le fait que ce fut un Discours - et non pas simplement des petites phrases, clips, YouTube et slogans - qui joua ce rôle (même Frum, le rédacteur des discours de Bush, ne cache pas que dans la forme il fut très impressionné). Obama est l'un des meilleurs orateurs qui sachent utiliser un style qui puisse faire penser au talent de Lincoln.
Rétroactivement, ce fut l'un des moments-clefs (en dehors du contexte de la Dépression et les propres faiblesses de l'adversaire) où il sut non seulement désamorcer le piège qui aurait coulé sa campagne mais même le retourner, ce qui fut peut-être une raison pour laquelle McCain sembla si réticent à utiliser le révérend Wright (en dehors de quelques associations républicaines dans certains Etats).
ll se posa à la fois comme l'héritier du combat des Droits civiques et comme celui qui devrait l'accomplir en le surmontant, celui qui devait le "séculariser". Séculariser, transmettre du Régulier spirituel vers le Siècle mondain, comme le rappelle le philosophe Jean-Claude Monod, La querelle de la sécularisation. De Hegel à Blumenberg, 2002 est un terme ambigu qui prend la relève de la religion mais en la faisant entrer dans la politique. Cela reviendrait à ce que Hegel appelait une "Aufhebung" de la religion (dépassement dialectique mais aussi intégration), de l'Evangélisme aux Droits de l'Homme.
Obama se présentait comme la Génération de Josué après celle de Moïse. Moïse était Martin Luther King, mais en fait aussi Malcolm X, en une synthèse de ces deux opposés, le Chrétien de l'intégration et le Non-Chrétien de la séparation. Obama était celui qui arrive à la Terre Promise sur la Maison blanche, l'accomplissement des Prophéties dans la politique concrète, après le temps des Prophètes.
Cette expression faussement modeste ("Je suis sur les épaules des Géants") aurait pu être très dangereuse et relancer encore l'attaque de Messianisme arrogant ("Je ne suis pas un prophète, mais le prophétisé" - McCain n'était pas complètement paranoïaque en trouvant qu'Obama se comparait un peu au Christ après Jean le Baptiste). D'ailleurs la Génération de Josué est aussi une expression de la Droite religieuse comme passage de l'Eveil évangélique vers la Théocratie politique (et une association d'éducation religieuse fit même un procès en déclarant posséder la marque "Joshua Generation").
Bush II était un born-again, qui semblait sincère du moins dans la volonté de sortir de certains de ses troubles privés comme l'alcoolisme, mais il prenait ses distances vis-à-vis de son ancienne Eglise méthodiste, qu'il devait juger comme pas assez conservatrice. Il pouvait se permettre cette absence d'Eglise parce que les Protestants lui faisaient confiance (mais le vote évangéliste a représenté une part encore plus importante pour McCain dont ils se défiaient mais qui avait pris Palin pour leur plaire).
Obama savait qu'il ne pouvait se permettre une telle absence d'Eglise comme il était inconnu et exotique, et malgré les dangers d'une Eglise qui aurait paru trop "chrétienne de gauche", il sut en profiter pour sa carrière dans l'Illinois sans que cela ne nuise ensuite pour sa carrière nationale.
Son talent et sa chance furent de paraître assez inconnu pour représenter un vide dans lequel l'électeur pouvait se projeter (Hope & Change) mais pas assez inconnu pour en devenir inquiétant (la Crainte du risque était la stratégie choisie par la Campagne McCain). Au contraire, il sut paraître rassurant tout en appelant au Changement, contrairement à la prétendue "Rupture Tranquille" qu'essayait Sarkozy et qui restait anxiogène.
Add.
En parlant de "projection" interprétative, Stanley Fish, célèbre spécialiste d'herméneutique et de John Milton, voit dans le succès d'Obama un écho de Jésus dans le Paradis Perdu, victoire d'une sérénité surnaturelle sur le cercle vicieux des attaques personnelles. La comparaison avec Fred Astaire (ou Monsieur Spock) me parle un peu plus.
Publié par
Phersv
à
11:02
2
commentaires
mercredi 5 novembre 2008
Maintenant qu'il a gagné...
... on peu enfin commencer à dire du mal du Président B.H.O..
Si vous avez regardé l'excellent documentaire d'ARTE Le Duel 2008, un de moments qui m'a vraiment gêné est la scène où Tom Daschle, l'ancien leader démocrate qui venait d'être battu au Sud-Dakota, organise la candidature d'Obama en lui disant que le temps joue contre lui car il risquait d'accumuler les votes controversés qui couleraient sa victoire plus tard.
Clinton s'était moquée pendant les Primaires du fait qu'il s'abstenait souvent dans les votes difficiles (même si on pourrait reprocher à Hillary Clinton de s'être aussi trop souvent soumise à des sondages dans certains votes, comme le PATRIOT Act).
Autrement dit, cela montre que les Républicains n'avaient pas entièrement tort : l'hubris d'Obama (certes récompensée), se présenter aux Présidentielles après seulement 2 ans au Sénat, n'était pas un bug mais un feature : il voulait profiter de cette "inexpérience", de cette relative obscurité, de cet inconnu où il pouvait rester un "test de Rorschach" où les Américains projetteraient l'Espérance sans trop être marqué par des lois concrètes.
Le documentaire pourrait aussi expliquer un des reproches qu'on faisait à Obama, son manque de ponctualité dans le prestigieux Comité des Affaires étrangères.
Il détestait devoir écouter tous ses collègues (et notamment Joe Biden) avant lui à cause de la règle de l'ancienneté du Sénat comme il était un "petit nouveau". Une anecdote raconte que lors de l'audition de Condoleeza Rice et alors que Biden avait un discours interminable, Obama se serait retourné pour dire à son asistant "Shoot me, shoot me NOW".
Publié par
Phersv
à
14:51
0
commentaires
Libellés : B.H.O.


