jeudi 24 novembre 2022

L'asymétrie temporelle (suite)

Puisqu'on parlait d'asymétrie temporelle, une coïncidence me donne ce "meme", certes un peu kitsch dans son côté trop "conte gnangnan du colibri" rabhiesque. J'ignore le nom de l'auteur, je l'ai trouvé


Le meme fait allusion à un type d'histoire courante sur le voyage dans le temps avec "effet papillon" dont le cas le plus connu est A Sound of Thunder (1953) de Ray Bradbury (un voyageur dans le temps tue juste un petit papillon dans le passé et les conséquences dans le futur sont désastreuses). 

Poul Anderson avait imaginé dans Time Patrol une sorte d'anti-effet papillon où l'effet critique est plus difficile à trouver (mais il peut y avoir quand même des singularités et des points critiques). Le temps aurait une sorte d'hystéresis (un effet retard où les conséquences ne viendraient que plus tard si la cause a été assez importante) ou plutôt de la stabilité et les paradoxes seraient donc difficiles à créer (sinon, cela gâchait trop le concept de Patrouille du temps pour Anderson). L'exemple statistique est que si on tue une seule brebis dans un bétail dans un lointain passé, on aurait en fait des gènes quasiment identiques dans la population des descendants des moutons de ce groupe comme si la petite différence avait été vite résorbée dans la loi des grands nombres. Cela m'a toujours apparu assez "ad hoc" et j'imagine qu'il faudrait vraiment de grands bétails ou un temps assez long. 

dimanche 20 novembre 2022

Biais envers le futur

 Ce podcast de Noé Jacomet résume un argument de Derek Parfit dans Reasons & Persons (1984, via le livre de Kieran Setiya, Midlife: a philosophical guide, 2018). 

Il est ordinaire de parler de notre biais de faveur envers le présent contre le futur (ou temporal discounting) : nous préférons souvent un plaisir A présent, même s'il cause une peine B plus grande dans le futur à une petite peine au présent même si elle entraîne un plaisir plus grand dans le futur. 

Mais Derek Parfit inverse l'argument par une asymétrie où on aurait un biais de faveur envers le futur par rapport au passé

1 Je vais ressentir une grande peine future dans un jour prochain et on me dit qu'on m'effacera le souvenir après la douleur. Mais quand je me réveille, je ne sais pas si j'ai déjà ressenti la peine dans le passé (et l'ai oubliée) ou si cette douleur est à venir. Nous aurons alors tendance à préférer être dans le premier cas, même si la douleur future éventuelle était inférieure à la douleur passée et oubliée. 

2 Mais cela fonctionne aussi avec un plaisir. Si j'attends avec impatience un plaisir futur mais sais que je vais l'oublier après-coup, quand je me réveille je vais préférer avoir encore ce plaisir à ressentir dans le futur que l'avoir déjà ressenti, même si encore une fois ce plaisir futur encore à venir était inférieur au plaisir passé et oublié. 

L'argument qu'en tirait Kieran Setiya était qu'on serait plus heureux en cherchant une satisfaction présente qui ne soit pas que fondée sur l'objectif futur (même dans une activité qui garde un objectif futur) pour apprendre à ne pas vivre toujours uniquement dans l'espérance d'une plus grande satisfaction future. 

L'utilisation d'effaçage de la mémoire peut perturber nos intuitions sur l'identité de la personne (comme l'a bien montré Bernard Williams). J'ai des biais tellement fondés sur l'identité psychologique (critère lockien) que je me demande si j'aurais encore ce prétendu biais sur le futur si on me disait qu'on va me prélever tous mes souvenirs avant la douleur ou le plaisir et pas seulement après. Je me dirais alors que ce n'est pas vraiment moi qui vais ressentir cette peine et je deviendrai alors indifférent à la question de savoir si cette peine est encore à venir ou si le plaisir a déjà eu lieu. 

jeudi 17 novembre 2022

Judge Dredd: America

Judge Dredd: America est un album qui contient des histoires de John Wagner avec un thème politique de 1986 (Letter from a Democrat, 1986, Revolution, 1987, Politics d'Alan Grant) à 1990 (l'histoire éponyme), 1991 (The Devil You Know, Twilight's Last Gleaming, de Garth Ennis). 

Judge Dredd est un des personnages les plus ambigus de toute la littérature populaire puisqu'il a été créé par des "punks" qui voulaient se moquer du flic et que depuis des décennies il finit par héroïser vraiment le policier "sévère mais juste". 

Cela illustre le risque fréquent du mouvement punk d'aller de l'anarchisme vers un nihilisme plus compatible avec l'extrême droite (qui comprend quoi que ce soit à l'itinéraire chaotique de ce pauvre John Lydon, qui a rejoint Trump ?). 

Cette série politique avait commencé par une volonté de John Wagner de rappeler aux lecteurs plus brutalement le problème du personnage qui est soudain montré comme un véritable fasciste. Non seulement il réprime un mouvement démocratique mais il le fait en transgressant les lois communes alors qu'il semblait auparavant brutal mais rigidement orthodoxe dans son application des lois draconiennes de son univers dystopique. On avait l'impression que Wagner craignait soudain que son ironie soit devenue trop invisible pour de nombreux lecteurs. 

Je trouve cependant qu'il y va un peu lourdement (et notamment sans doute quand c'est Alan Grant qui l'écrit). Judge Dredd est d'habitude le symbole même du Lawfut Neutral et il bascule dans le Neutral Evil, prêt à déformer la Loi au nom d'un "Ordre" despotique. Il y a une histoire où Dredd organise même un faux mouvement d'extrême droite ("Les Fils de la Dame de Fer"...) qui le dépasserait pour mieux se justifier et se débarrasser de ses adversaires démocrates. 

America est un roman où Dredd apparaît à peine et John Wagner a dit que c'était son histoire favorite. L'héroïne est une militante démocrate qui est prête à aller vers la violence contre la tyrannie des Juges mais le narrateur est son ami craintif et socialement intégré qui ne partage pas sa flamme politique. C'est une tragédie mélancolique où ce narrateur se perd complètement dans sa recherche d'authenticité. 

Puis la compilation s'arrête dans une conclusion que je n'aime pas particulièrement. 

Un des procédés pour réhabiliter Dredd est de le mettre face à des Juges "ripous" qui veulent l'assassiner, et de le présenter soudain comme un rempart contre les excès de son propre mouvement (de même que Dirty Harry avait tenté de nuancer un peu son éloge du vigilantisme dans le second opus avec Magnum Force). 

La satire sur le fascisme de Dredd est inversée en une fable misanthrope par Garth Ennis. 

Dredd propose un référendum sur le retour à la démocratie et la majorité des citoyens de Mega-City ne comprend même pas les enjeux (ils n'arrivent même pas à voter du tout) et finit par acclamer massivement le maintien du "Pouvoir Judiciaire" (la concentration des pouvoirs par ces policiers qui ont de droit les pleins pouvoirs avec peu de contrôle externe en dehors d'un vague service de "police des polices", le SJS, qui fut d'ailleurs parfois assez corrompu du temps du Juge Caligula). 

Le problème de cette fin est que John Wagner me semble avoir reculé sur son ironie du début. Il humanise tant Dredd à la fin des années 1980 qu'il semble prendre son parti. L'histoire de Garth Ennis finit même par ridiculiser tout le mouvement démocratique comme une rêverie de "Belles Âmes" idéalistes face au chaos hobbesien de Mega-City. La conclusion gâche donc l'avertissement contre le fascisme : le peuple est si aliéné qu'il finit en le soutenant et en renonçant à tout idéal "utopique" d'un peu de démocratie formelle. 

Certains lecteurs trouvent ce cynisme final intéressant mais je ne comprends pas l'intérêt de dénoncer le fascisme et de conclure que le peuple est tellement stupide qu'il mérite et désire le fascisme, voire que dans un tel état de nature, il n'y aurait aucune autre solution tant qu'on a au moins un individu aussi "honnête" que Judge Dredd. Alan Moore peut paraître naïf dans son anarchisme mais je ne pense pas qu'on puisse accuser Watchmen d'avoir finir par rendre le fascisme amoral du Comedian ou du fascisme doctrinaire de Rorschach aussi "sympathique" (malgré toute l'erreur de lecture des fans de Rorschach). 

Alim

J'avais été enthousiasmé par Azimut (une des meilleures bd lues ces derniers temps) mais je suis pour l'instant plus placide sur Alim le Tanneur (série finie de 2004-2009) du même scénariste Lupano avec de beaux dessins assez cartoony de Virginie Augustin. L'univers d'Alim est assez développé, un mélange de plusieurs références orientalisantes, entre les mille et une nuits avec un peu d'Asie. 

Mais là où Azimut me paraissait subtil et poétique sur la fuite du temps, Alim me semble moins novateur. C'est une métaphore sur le fanatisme théocratique plus prévisible, un peu comme ces vieux épisodes de Rahan où le Héros Civilisateur démystifiait à chaque fois des shamans qui manipulaient le peuple avec leurs fétiches. Azimut était plus du Lewis Carroll alors qu'Alim était plus dans un conte voltairien. 

Alim est un tanneur de peau de "sirènes" (d'antiques léviathans) et il est un hors-caste avec sa petite fille dans une société rigide qui aime le racisme, l'oppression des interdits absurdes et les châtiments corporels. C'est pas mal mais je n'y ai pas encore trouvé le même génie que dans Azimut

Un des gags que j'aime bien dans l'ironie anti-religieuse du premier volume est que les Dieux ne se seraient pas séparés des mortels par colère ou pour nous punir mais parce qu'ils nous auraient simplement oubliés et que la religion serait dès lors une tentative de leur rappeler notre existence d'orphelins abandonnés. Le Prophète de la religion locale est divinisé comme sauveur parce qu'il aurait été le Mortel qui aurait réussi à leur rappeler qu'ils nous avaient créés. Ce serait une jolie inversion de la relation prométhéenne ou de la mort de Dieu : ce n'est pas nous qui avions tué Dieu, c'est le Dieu qui s'efface dans son acosmisme. 

jeudi 10 novembre 2022

Fénelon et l'Illusion d'éviter les Illusions

On a raison de se méfier des dictionnaires de citation qui modifient ou attribuent de manière erronée tant de phrases banales ou anachroniques. Une de mes élèves a mis dans sa copie une phrase trouvée sur Internet et attribuée à Fénelon

"Il n'y a pas de plus dangereuse illusion que la notion par laquelle les gens s'imaginent éviter l'illusion."
 
Je n'ai pas pu en retrouver le contexte précis et l'élève s'est hélas égarée à en faire une interprétation quasiment nietzschéenne où ce serait notre croyance à la vérité (pour éviter l'illusion) qui serait elle-même une illusion. Elle en concluait un scepticisme et un relativisme général où toute "vérité" ne serait qu'une illusion déguisée. 

Mais il y a des chances que la citation soit authentique tant elle correspond à d'autres textes du "Cygne de Cambrai" (même si je me demande dans le passage retrouvé si "la notion" pourrait être une faute de copie pour "l'imagination" ?). 

François Fénelon a l'air d'avoir été obsédé par ce terme d'illusion qui chez lui enveloppe non seulement les erreurs, les hérésies, les péchés, les tentations mais aussi les égarements de notre intelligence. Dans son texte hyper-cartésien, Traité sur l'existence et les attributs de Dieu (II.1), il commente même le doute "hyperbolique" de Descartes en demandant si la Clarté et la Raison pourraient tout aussi bien être des illusions du Dieu trompeur et si un Néant pourrait penser, ce qui implique que seule la voie de l'être divin comme garantie de la vérité peut dépasser le simple critère de l'intuition du sujet. 

Dans sa théorie du Pur Amour, l'âme doit viser à dépasser l'illusion qui est avant tout l'Amour-Propre pour se détacher et se laisser aller à recevoir le vrai amour désintéressé qui est le divin. Il n'y a de vrai que l'amour et l'illusion est l'ensemble des obstacles à cette donation, l'ensemble de la structure métaphysique qui ne cesse de nous empêcher de recevoir cette grâce. La mystique "quiétiste" prend parfois des accents bouddhistes pour dissiper ces illusions de l'attachement à l'ego. Le Pur amour, comme dépassement du Moi et éloge de la passivité ou de la réceptivité humble (se réduire pour laisser aller à soi ce don, s'anéantir en devenant disponible au don), est une sorte d'Extinction des passions imaginaires. 

Mais Fénelon ne se contente pas de l'apologie classique où l'illusion est la tentation du péché, il critique aussi (et en ce sens l'interprétation est en effet une anticipation de certains aspects de Nietzsche) une sorte d'ascétisme, un excès de dévotion qui serait aussi une illusion de l'amour-propre chez ceux qui prétendent s'en être détachés. C'est le danger que Fénelon appelle "Fanatisme", un enthousiasme tout aussi toxique pour la vraie foi selon lui que tout péché libertin. On est aussi dans l'illusion par un excès de zèle, par le poison de l'inquiétude et pas seulement en fuyant notre ennui dans le divertissement ordinaire. Pascal avait dit que même nos tâches sérieuses pouvaient être des divertissements face à l'ennui et à la conscience lucide de notre mort, mais Fénelon soupçonne que même la dévotion peut aussi garder bien des illusions et des déguisements de notre Amour-propre. C'est notre Imagination qui est la source des illusions qui accroissent nos souffrances inutilement et il faut savoir "souffrir sans se faire souffrir" (lettre de mai 1707) et sans ajouter de peines vaines et illusoires. Il y a des Croix qui ne viennent pas de Dieu mais au contraire de projections humaines de nos angoisses. Il n'y a pas à valoriser la Croix si elle n'est que notre oeuvre. Il est assez rare de trouver chez un directeur de conscience chrétien une telle mise en garde et une telle sensibilité psychologique contre l'inquiétude ascétique. 

Le quiétisme n'a rien de banal s'il doit trouver comment détourner ces tensions des tourments dont nous sommes nous-mêmes l'artisan. On comprend comment Fénelon, bien qu'il soit parti lutter contre les Réformés, peut aussi être soupçonné d'une dose d'hérésie pélagienne. 

Fénelon écrit, avec une certaine vivacité rare chez lui, dans une lettre de "parénétique" (exhortation morale) du 10 octobre 1702 à la Comtesse Marie de Montberon (née Marie Gruin de  Valgrand, épouse du Vicomte François de Montberon, gouverneur de Cambrai - Fénelon n'a pas pour elle la même tendre admiration que pour la foi de sa cousine, Mme Guyon, que Voltaire traite dans son livre d'histoire de simple "extravagante") :  

Vous avez, Madame, deux choses qui s’entre-soutiennent, et qui vous font des maux infinis. L’une est le scrupule enraciné dans votre cœur depuis votre enfance, et poussé jusqu’aux derniers excès pendant tant d’années.

L’autre est votre attachement à vouloir toujours goûter, et sentir le bien. Le scrupule vous ôte souvent le goût et le sentiment de l’amour, par le trouble, où il vous jette. D’un autre côté, la cessation du goût et du sentiment réveille et redouble tous vos scrupules ; car vous croyez ne rien faire, avoir perdu Dieu, et être dans l’illusion, dès que vous cessez de goûter et de sentir la ferveur de l’amour. Ces deux choses devraient au moins servir à vous convaincre de la grandeur de votre amour-propre.

Vous avez passé votre vie à croire que vous étiez toujours toute aux autres et jamais à vous-même. Rien ne flatte tant l’amour-propre, que ce témoignage qu’on se rend intérieurement à soi-même de n’être jamais dominé par l’amour-propre, et d’être toujours occupé d’une certaine générosité pour le prochain. Mais toute cette délicatesse qui paraît pour les autres est dans le fond pour vous-même. Vous vous aimez jusqu’à vouloir sans cesse vous savoir bon gré de ne vous aimer pas ; toute votre délicatesse ne va qu’à craindre de ne pouvoir pas être assez contente de vous-même. Voilà le fond de vos scrupules. Vous en pouvez découvrir le fond par votre tranquillité sur les fautes d’autrui. Si vous ne regardiez que Dieu seul et sa gloire, vous auriez autant de délicatesse et de vivacité sur les fautes d’autrui, que sur les vôtres. Mais c’est le moi qui vous rend si vive et si délicate. Vous voulez que Dieu aussi bien que les hommes soit content de vous, et que vous soyez toujours contente de vous-même dans tout ce que vous faites par rapport à Dieu. 

D’ailleurs vous n’êtes point accoutumée à vous contenter d’une bonne volonté toute sèche et toute nue. Comme vous cherchez un ragoût d’amour-propre, vous voulez un sentiment vif, un plaisir qui vous réponde de votre amour, une espèce de charme et de transport. Vous êtes trop accoutumée à agir par imagination, et à supposer que votre esprit et votre volonté ne font point les choses, quand votre imagination ne vous les rend pas sensibles. Ainsi tout se réduit chez vous à un certain saisissement semblable à celui des passions grossières, ou à celui que causent les spectacles. À force de délicatesse on tombe dans l’extrémité opposée, qui est la grossièreté de l’imagination. Rien n’est si opposé non seulement à la vie de pure foi, mais encore à la vraie raison. Rien n’est si dangereux pour l’illusion, que l’imagination, à laquelle on s’attache pour éviter l’illusion même. Ce n’est que par l’imagination qu’on s’égare. Les certitudes qu’on cherche par imagination, par goût et par sentiment, sont les plus dangereuses sources du fanatisme.
Je ne comprends pas bien cette formulation de la phrase "Rien n’est si dangereux pour l’illusion, que l’imagination, à laquelle on s’attache pour éviter l’illusion même." 
Ne veut-il pas plutôt dire "Rien n’est si dangereux que l’illusion [ou bien comme illusion], que l’imagination, à laquelle on s’attache pour éviter l’illusion même". 
On s'approche en tout cas bien de la citation recherchée. 

Voir aussi sur la même période, les deux bouts de la chaîne du grand rival de Fénelon, l'Aigle de Meaux ; comme le dit l'étrange animal érudit de Victor Hugo dans l'Âne et Kant
"Champ de foire, Babel,  chaos ? auquel entendre ?
Bossuet est féroce et Fénelon est tendre."

lundi 7 novembre 2022

Sodalitas

 Sodalitas de Jan Van Houten est un mini-jeu de rôle en "une" page, mais dense, disons deux pages, avec quelques pages de suppléments et illustrations à 4 euros avec mise en page par Nicolas Folliot. C'est conçu pour jouer avec des joueurs jeunes et nombreux car le créateur, professeur de mathématiques, l'utilisait avec 7-8 élèves de collège pour des parties de moins d'une heure. 

C'est si bref que j'ose à peine parler des règles sans avoir l'impression de tout recopier et divulguer. Mais même en le paraphrasant, je ne rendrais pas compte des dessins de l'auteur et de son atmosphère qui valent bien la peine de débourser les 4 euros. Les personnages sont donc rondement esquissés avec trois-quatre mots clefs du genre "orque scalde charmant" ou "milliardaire mythomane et autodestructeur", plus une capacité particulière, plus précise mais la "protection de niche" (la singularisation) compte peu comme on doit permettre à tous de briller à son tour. 

Le tour de parole

Pour mieux répartir la parole dans une assemblée nombreuse et éviter l'effet d'un leader qui monopoliserait l'attention, il y a un tour de jeu où la joueuse a la main jusqu'à ce qu'elle ait pris une décision ou lancé les dés, et ensuite on passe obligatoirement à la suivante (mais on peut aussi faire voter la table entière à main levée pour une décision collective). C'est une idée assez simple à reprendre dans les jeux d'initiation avec des joueuses parfois inhibées. Les joueuses sont les seules à lancer les dés et l'arbitre n'intervient que face aux échecs des joueuses pour interpréter les réactions de l'environnement. 

Le collectif

Le jeu insiste sur le groupe (La "Guilde") et le soutien que les PJ doivent s'apporter entre elles pour réussir, ce qui devrait beaucoup plaire à un fan de Fairy Tails ou aux amateurs de Poneys volants qui ne cessent de parler des vertus de la Camaraderie et de l'Amitié (d'où le titre du jeu, un sodalis étant en latin un compagnon, complice, conjuré, confrère ou collègue). On est censé lancer la Devise de la Guilde quand on s'entr'aide. 

Le système d'alea vient des PbtA. On lance 2d6 et on interprète le résultat entre l'échec total (2), la réussite partielle (10-11 "Oui mais") et la réussite totale (12). Il n'y a pas de points de vie mais des points de Stress pour représenter la tension dramatique pour chaque participant. Un échec normal fait gagner 1 point de Stress et aider une autre PJ ou utiliser une capacité spéciale coûte aussi un point de Stress. A 3 points, on est épuisé pour cette session (on rappelle que c'est censé être pour des parties courtes). 

Un des arguments originaux est de développer un peu sa Guilde avec ses capacités qui viennent des figurants qu'on peut y ajouter, un peu comme l'Alliance dans Ars Magica. Le lieu du QG à construire est aussi un système d'expérience original : selon les caractéristiques de la Guilde, les PJ pourront en tirer divers nouveaux avantages (par exemple de nouveaux équipements) entre chaque aventure. Le PJ qui a été la Meilleure Camarade (et donc doit être la plus épuisée) peut aussi en tirer un avantage supplémentaire. 

Je n'ai pas encore lu la douzaine d'aventures en une page, souvent de brefs donjons un peu excentriques ou loufoques mais j'aime bien le fait qu'elles soient aussi localisées sur une carte commune comme un jeu de bac à sable. Elles ont parfois une ambiance bizarre féérique à la Rêve de Dragons

dimanche 6 novembre 2022

Jeu de Rôle Junior

 JdR Junior (Fleurus) est un jeu de rôle créé par Denis Hamon et illustré par Arnaud Boutle ou par Jules Dubost. Il y a eu pour l'instant 4 livrets autonomes avec les règles quasiment similaires sur 4 univers : heroic fantasy (Au Royaume des Dragons, le seul, je crois, qui existe aussi en version "de luxe" avec boite), école de magie (mélange de Hogwarts et des X-Men, un peu comme l'école de Pan), sf (Star Wars) et enquête pour adolescents (Stranger Things ?). Je n'ai acheté que les deux premiers. 

Chaque livret a un écran rigide (la couverture), 12 feuilles de personnages pré-tirés illustrés et recto-verso (avec du background), des jetons représentant les points de vie, les points de magie et éventuellement d'autres choses comme des objets magiques. Chaque jeu-univers est une mini-campagne avec 4 scénarios, et coûte seulement 10 euros (mais il est vrai que le starter de D&D n'est qu'à 20 euros, avec un seul scénario mais plus détaillé dans ses conseils). 

Avertissement : j'ai lu mais n'ai pas testé en jeu avec des enfants. 

Les personnages ont 4 caractéristiques : Agilité, Charisme, Corps, Esprit, notées de 1 à 3, plus des points de vie (5-6 généralement pour les pré-tirés) et éventuellement points de magie (4-5). La valeur de la caractéristique est le nombre de dés à 6 faces qu'on lance et une réussite est un 4-6 (les capacités, qui sont des sortes de compétences, donnent une réussite automatique). En cas d'opposition, on doit compter les réussites et les dégâts au combat dépendent plus des réussites que de l'arme. On aussi droit à un "point d'éclat" qui donne une réussite automatique une fois par séance (j'imagine qu'on pourrait accorder plus de points d'éclat en récompense à un PJ mais il n'y a pas beaucoup de jetons prévus pour cela si on n'a acheté qu'un seul livret). 

J'aime : les scénarios d'Au Royaume de Dragons ne sont pas si génériques, Denis Hamon a veillé à se détourner de certains clichés. Il y a à chaque fois un petit élément d'enquête qui s'écarte du simple donjon. On joue un groupe de paladins plutôt "démocrates", adorant des dragons face à leur propre aristocratie et face à un Etat théocratique monothéiste qui mène une guerre sainte contre les anciens cultes draconiques. Ce début d'aventure pourrait permettre des intrigues politiques, ce qui est assez rare dans les scénarios de débutants (je pense que je changerais le début pour que les PJ puissent participer au débat politique sur l'avenir du Royaume avec leur Charisme). Les pouvoirs assez ouverts des magiciens de l'Académie de Magie peuvent pousser à improviser des effets imprévus et une des aventures est assez déroutante en allant explorer l'intérieur de l'esprit d'un des enseignants de l'école. J'aime bien aussi les jetons pour les jeux pour débutants, cela permet un passage en douceur à partir des jeux de plateau, mais il n'y a pas de pions ou de plans très détaillés. J'aime aussi les feuilles de PJ pré-tirés en couleurs même si le système de jeu ne différencie peut-être pas tant que cela les personnages (il faudra quand même veiller à ce qu'il y ait un Soigneur, je crois). Certes, le défaut des fiches illustrées avec les enfants est qu'ils risquent de choisir le PJ plus en fonction du dessin que d'autre chose. 

J'aime moins : certains scénarios sont écrits comme si les joueurs allaient les lire et qu'il fallait leur cacher la vérité. Ils me semblent parfois trop allusifs pour des débutants et des pistes sont complètement laissées de côté. On parle de mystères qu'on ne résout pas (par exemple, à moins que j'aie mal lu, il ne me semble pas que la situation initiale du premier scénario soit jamais éclaircie sur les responsables de l'assassinat, entre la piste intérieure et la piste des ennemis extérieurs). Certains PNJ sont décrits trop vite (je ne connais même pas l'étendue des pouvoirs de la chef de l'école de Magie). Le Finale d'Au Royaume des Dragons est à modifier : il a une partie intentionnellement beaucoup trop difficile pour les PJ et ensuite un Deus Ex Machina qui risque de donner l'impression aux PJ qu'ils ne sont pas les vrais héros. 

Le choix de ce jeu d'introduction est d'être assez bref pour ne pas noyer les jeunes joueurs sous des pages qu'ils ne liraient pas mais Denis Hamon va peut-être un peu trop loin dans la concision si l'ambition est vraiment l'initiation sans un MJ déjà expérimenté. Mais avec un peu d'aide et de guidage, cela devient un bon tremplin. 

vendredi 4 novembre 2022

Azimut

Azimut écrit par Wilfrid Lupano et dessiné par Andreae est une série merveilleusement réussie de 5 albums parus de 2012 à 2019 et je m'en veux de ne pas l'avoir découverte avant. C'est un genre de bd fantastique qui pourrait rappeler d'autres séries poétiques fantastiques françaises sur des univers différents avec de la magie et quelques gouttes légèrement steampunk, un peu comme L'Autre Monde (1990-) de Rodolphe et Florence Magnin, La Nef des Fous (1993-) de Turf, Horologiom (1994-2014) de Fabrice Lebeault ou Le Mur de Pan (1995-1998) de Philippe Mouchel. Mais les détails et l'inventivité humoristique de faune imaginaire font plus penser à une cohérence onirique, à des clins d'oeil à Lewis Carroll, au garage hermétique de Moebius ou bien aux jeux de mots érudits d'Alain Ayroles. La série retombe sur ses pattes d'oiseau en 5 tomes en achevant l'intrigue et en résolvant plusieurs mystères qui étaient semés au fur et à mesure des histoires. 

Le thème central est celui du temps, entre les divers Chronoptères, coucous, phénix, et le Voleur de Temps ou la recherche de l'Immortalité. Au début, le monde a perdu le Nord magnétique et les boussoles sont toutes désorientées mais l'explication de ces pertes de repères spatiaux ne trouveront de solution qu'après quelques paradoxes temporels. 

Sécurité informatique

Mon ami Goodtime me signale que son antivirus classerait ce blog comme "site malveillant". J'ai déjà effacé les spams mais je ne sais pas si c'est suffisant si un logiciel est installé à mon insu ? 

mercredi 26 octobre 2022

TechnoBabel


De même que des langues imaginaires ne peuvent pas toujours s'empêcher de reprendre des termes de langues réelles inconsciemment, de même le "technobabble" (technocharabia) de science fiction commet parfois le même genre d'influence en reprenant du jargon scientifique. 

Je lisais les vieux livres Terran Trade Authority de Stewart Cowley (1978-1980) et la technologie pour aller dans l'hyperespace s'appelait un "deVass Warp Generator" (inventé par Henry deVass en 2027-2029). Je trouvais que c'était un petit détail qui sonnait vrai quand j'étais enfant (mais si j'avais cherché une influence, j'aurais pensé à l'époque au mentat Piter de Vries dans Dune, alors que c'est sans aucun rapport). 

Et cela sonne tellement vrai que c'est sans doute une reprise du Van de Graaf Generator (accélérateur de particules inventé à Princeton en 1929), mais on peut imaginer que Stewart Cowley fut plus influencé par le groupe de rock progressif anglais du même nom de 1967-1978. 

samedi 22 octobre 2022

Le Président Xí

Je ne me rendais pas compte avant cette émission du pouvoir politique accru du Président Xí Jìnpíng 习近平, 69 ans, né en 1953 qui a accumulé depuis quelques années plus de contrôle que ses prédécesseurs récents. 

Dèng Xiǎopíng (1904-1997) dirigea la Chine sans être Président de 1978 à 1992, Jiāng Zémín (1926) organisa la répression post-1989 et fut Président de 1993 à 2003, Hú Jǐntáo (1942, ancien gouverneur du "Xīzàng" ou Tibet-Ouest) fut Président de 2003 à 2013 et Xí Jìnpíng n'est pas prêt à partir du poste au Parti pour le XXe Congrès du Zhōngguó Gòngchǎndǎng, ce qui prolongerait sa présidence avec un troisième mandat jusqu'en 2028.

Son père connut des années de prison sous la Révolution culturelle (tout comme Dèng et le père de Hú Jǐntáo d'ailleurs) et lui-même fut exilé pendant sa jeunesse avant de gravir les échelons mais ce passé n'atténue bien sûr pas l'autoritarisme de ces successeurs de Dèng Xiǎopíng. La bureaucratie héréditaire des cadres du Parti s'est construite autour de cette répression intérieure au Parti que furent les dernières années de déchaînement de violence sous Máo Zédōng.

Cet article de Foreign Policy donne plus de détails sur l'épisode si énigmatique où le prédécesseur Hú Jǐntáo s'est fait expulser du Congrès devant les caméras (mais la scène n'a pas été retransmise par les médias officiels, seulement laissée pour l'extérieur). On se souvient que dès l'arrivée au pouvoir de Xí Jìnpíng, on disait qu'il s'opposait à la faction Tuánpài 团派 (de la Ligue des Jeunesses [Communistes]) qui était favorisée sous Hú Jǐntáo. D'autres alliés de Hú ont été purgés du nouveau Comité Central et le pouvoir accru du Président Xí Jìnpíng commence à faire passer celui de son prédécesseur pour une époque de modération.

Os de Leviathan

D'habitude, je me méfie de toutes les étiologies qui prétendent expliquer des mythes ou des prodiges par des reconstructions réalistes (comme de dire que les licornes ne sont que des rhinocéros ou que les dragons ne seraient qu'un dérivé d'ossements de dinosaures). Cela me paraît toujours sous-estimer les capacités humaines de l'imaginaire. Un mythe n'a pas besoin d'être réduit à une erreur d'interprétation d'un fait réel. 

Mais, là, je crois être réfuté dans la "tératogenèse". Le paléontologue Stéphane Jouve (qui a écrit sur la phylogenèse des dragons dans Tolkien & les sciences) m'apprend l'existence de ce cratère corinthien (vers 500 av. JC), où Héraclès bat Ketos le Monstre Marin pour délivrer Hésioné la princesse troyenne et où le peintre semble avoir pu observer un vrai squelette de cétacé. Il y a peu de chances de dessiner une telle forme sans un crâne réel comme modèle (contrairement à cet autre vase où Ketos n'est qu'un simple poisson géant). Bien sûr, cela ne prouve pas que le mythe d'origine vienne des animaux réels mais seulement que les représentations artistiques pouvaient s'en inspirer. 


Pline l'Ancien dit (Histoires Naturelles IX, 4) qu'on exposait des ossements de cachalot comme ceux du monstre Ketos auquel on aurait voulu sacrifier Andromède et que l'Empereur Claude lutta contre un Orque qui était entré dans le port d'Ostie. 

mercredi 19 octobre 2022

Comment tolkieniser House of Dragons

 Si la Terre du Milieu vous manque trop avant la saison 2 en 2024, il y a un moyen très simple. 

Supposons que :

Viserys Ier soit en fait Tar-Aldarion le Navigateur de Numenor, 

Rhaenyra est sa fille Tar-Ancalimë, au XIe-XIIIe siècle du Second Âge.  

Aegon II est son cousin Soronto, 

Laenar Velaryon est Hallacar. 

Et voilà, vous changez mentalement les noms et vous êtes dans une série sur la Première Reine de Numenor et la rupture de la Loi salique. Le thème est important chez Tolkien car cette Loi salique sera invoquée par les seigneurs de Gondor contre les Rois d'Arnor, pour empêcher la réunification avec l'Arthedain au XXe siècle du Tiers-Âge (1944-1975), ce qui conduira à la chute finale des deux dynasties incapables de se réconcilier. 

Ok, il y a un peu trop de dragons, je reconnais que cela va être un problème pour être tolkiénisé... 

lundi 17 octobre 2022

Chronologies de campagnes en Terre du Milieu

Captain Jeu de Rôle va vers la fin de sa campagne de The One Ring au Premier Âge. Les personnages y sont des elfes nandor et sindar en Beleriand et ils ont commencé il y a quelques mois à une période assez originale, dès l'Âge des Arbres avant même le premier lever du soleil et de la lune. Il arrive à utiliser des éléments assez peu connus. Avant de regarder cela, je ne m'étais pas rendu compte à quel point les Eldar peuvent être inhumains en hauteur (le roi sindar Thingol mesurerait plus de 2,50m et j'imagine que c'est vrai de certains Hauts-Elfes, ce qu'aucune représentation habituelle ne reprend - il y a des chances que Luthien Tinuviel ait été bien plus grande que Beren). 

Il y a dix ans, je pensais préparer une campagne avec des Humains Edain au Premier Âge mais vers 440-450 avant la Dagor Bragallach. Mais c'est resté assez mort car j'ai du mal à trouver des idées pour les PJ - ce qui me donne beaucoup d'indulgence pour les scénaristes de Rings of Power qui ont été un peu plus inspirés dans certaines intrigues secondaires qu'ils ont créées comme Arondir l'elfe sylvestre gardien des forteresses du Sud. 

MERP avait dans son supplément Lorien une idée (peu développée) d'aventure qui se passe en Eregion vers 1200 du Second Âge (à l'époque où Annatar Aulendil impressionne tant Celebrimbor et le Gwaith-i-Mirdain des forgerons d'Ost-in-Edhil). Il faudrait développer un one-shot avec des pré-tirés elfes (ou Nains de Khazad-dûm comme Narvi) sans doute mais je ne sais pas si on pourrait y créer du suspense avec des joueurs qui connaîtraient un peu l'histoire et il faudrait donc reprendre les mêmes ruses que la série Rings of Power pour dissimuler Qui Est Qui ? [En passant, je tombe par hasard sur un passage dans Unfinished Tales qui dit qu'il y eut un triangle amoureux Celebrimbor-Galadriel-Celeborn. Le petits-fils de Feanor en voulait à la fille de Finarfin parce qu'elle lui avait préféré Celeborn, même s'il lui offrit l'Elessar d'émeraude dans certaines versions, si elle ne vient pas de l'Elessar d'origine via Olorin]. 

MERP utilisait comme période favorite les années 1640 du Tiers-Âge après la Grande Peste et avec l'essor du Roi-Sorcier d'Angmar. Je n'ai jamais trop compris pourquoi à part si on veut insister sur les premières installations des Hobbits ? La période, 300 ans après, des années 1970-1980 TA me paraît bien plus riche pour un contexte dramatique : chute d'Arthedain puis de Khazad-dûm, début des Rangers, mort d'Amroth et arrivée de Galadriel en Lorien (et quelques années plus tard aussi de la fin de la monarchie de Gondor). Une des suggestions de scénarios dans Lorien se situe aussi vers 1980 TA puisqu'il s'agit d'aller en Lothlorien pour trouver de quoi soigner le Prince de Gondor Eärnur, fils d'Eärnil II. 

Mais comme le fait bien remarquer FaenyX dans sa rétrospective des jeux tolkieniens (via Imaginos), si on joue en Terre du Milieu, on a envie de croiser les Baggins et Aragorn, la date la plus attirante reste donc vers le XXXe ou XXXIe siècle du Tiers-Âge. 

La première édition de The One Ring utilisait les années juste après la Bataille des Cinq Armées de 2941 et la seconde édition est passée aux années 2960 du Tiers-Âge (ce qui laisse encore plus de 50 ans avant la Guerre de l'Anneau, Tolkien ayant une tendance irritante à allonger les chronologies). 

Il y a aussi quelques pistes dans MERP pour jouer au Quatrième Âge (par exemple dans la mini-campagne Palantir Quest), mais je ne suis pas sûr que cela attire tant de gens que cela. Comme la poétique tolkiénienne est fondée sur la Nostalgie, le Quatrième Âge est la fin des Elfes et le début de l'histoire prosaïque. Tolkien a abandonné sa tentative de suite (The New Shadow) parce que cela devenait du post-mythique, du proto-historique et donc du romanesque réaliste dans le désenchantement. Les personnages de Tolkien aiment pleurer la fin de la magie mais pas vivre dans son absence. 

Bien sûr, la Terre du Milieu de MERP n'est pas vraiment celle de Tolkien car la magie y est bien trop puissante et peu rare avec sa Galadriel du 90e Niveau quand elle porte Nenya. Mais je ne sais pas si je voudrais jouer très longtemps non plus dans une reconstitution où il n'y a aucun magicien en dehors des Istari. 

samedi 17 septembre 2022

Saul Kripke (1940-2022)

Kripke, mort à 81 ans, fut un génie singulier dans l'histoire de la logique et de la philosophie, notamment pour son incroyable précocité (il publia ses premières découvertes de logique dès 17 ans et dialoguait d'égal à égal avec un titan comme Quine dès 22 ans à Harvard) et par sa manière de transformer radicalement (avec David Lewis) toute la philosophie analytique de la fin du XXe siècle ou le retour de la métaphysique. Le livre de Kripke, Naming and Necessity, (en français La Logique des noms propres) issu d'une série de conférences en 1971, est l'un des plus grands livres de la philosophie du XXe siècle. 

Kripke à la fin des années 50 quand il prouva la complétude de la logique modale


Je voudrais rester très introductif ici. Je me contenterais d'esquisser l'arrière-fond de quelques arguments tirés de Naming and Necessity sans parler du reste de son oeuvre (et par exemple pas de sa théorie de la Vérité et sa propre résolution du Paradoxe du Menteur). 

I Qu'est-ce que la logique modale ?

La logique moderne, recréée par Gottlob Frege et Bertrand Russell, a une puissance incroyable mais a été conçue avant tout comme un instrument mathématique pour représenter clairement des relations entre des termes, entre des "individus" (que ce soit des points ou des nombres quelconques) qui existent de manière éternelle et nécessaire. Cela n'a pas de sens de se demander si 3 va cesser d'être après 2 ou si 3 aurait pu ne pas être impair. 

La logique modale consiste pour simplifier à considérer des modèles plus complexes où on peut faire varier non seulement différentes relations entre des individus mais aussi des domaines d'individus. Au lieu de parler de 2 et de 1729, on peut parler de termes comme "le nombre de planètes" et se demander si ce nombre est 8 ou 9 ou ce qui se passe si ce nombre avait été différent. On dit qu'un nombre (ou un ensemble ou une propriété) est contingent quand il aurait pu être autre que ce qu'il est. 9 est nécessairement impair mais 9 n'est pas nécessairement le nombre de planètes. 

La logique modale a une puissance nouvelle puisqu'elle peut représenter ce que font notre langage et notre pensée dès que nous réfléchissons au changement ou à des possibilités alternatives. On peut se demander à quelle condition on peut dire que "L'actuel souverain du Royaume-Uni n'est plus le même souverain qu'il y a un an" car les propriétés d'un individu peuvent changer à travers le temps, ou bien se demander ce qu'aurait pu signifier "Le chef d'Etat de la Grande-Bretagne si cela avait été une République". 

II Les axiomes de Lewis

La logique modale avait été développée au départ uniquement comme plusieurs possibilités d'axiomes sans se demander ce que ces différents axiomes signifiaient en réalité. Le philosophe américain Clarence Irving Lewis (1883-1964, à ne pas confondre avec David K. Lewis, 1941-2001 qui a aussi travaillé en logique modale) avait classé différents axiomes possibles qui permettaient des enchaînements différents. Philosophiquement, CI Lewis était un pragmatiste particulier car il considérait que nous avions des cadres conceptuels "a priori" (indépendants de nos expériences) mais que nous avions en fait des choix pragmatiques à faire dans nos expériences) entre ces divers cadres "a priori". Contrairement à Kant où les catégories des concepts purs sont uniques, nécessaires et universelles comme conditions de penser pour tout être humain, pour CI Lewis, nos sciences étaient le développement de plusieurs catégories possibles parmi lesquelles nous devions et pouvions ensuite sélectionner selon différents intérêts et applications pragmatiques. 

III Le rejet de la logique modale par Quine

CI Lewis avait rendu la notion d' a priori "plurielle" avant qu'un de ses élèves à Harvard, Willard Van Orman Quine (1908-2000), n'aille jusqu'à récuser complètement les concepts de Kant en considérant qu'il n'y avait aucune différence absolue et nécessaire entre un jugement qui ne relèverait que de la logique et un jugement qui ne relèverait que d'un fait d'expérience. Quine admettait bien comme CI Lewis plusieurs logiques possibles mais il voyait qu'on pouvait très bien changer en énoncé "analytique" (dérivant uniquement des axiomes) ce qui paraît d'habitude "synthétique" à condition de changer des axiomes d'un système formel. 

Mais Quine rejeta la logique modale presque entièrement car il considérait qu'elle avait un vice philosophique : elle présupposait qu'il y avait un sens à parler d'individu en les séparant de telle ou telle propriété. Dès qu'on considère qu'il y a un sens à parler ainsi en séparant des propriétés possibles, des propriétés nécessaires et des individus possibles ou des mondes possibles, on glisse selon lui vers une position "métaphysique" sans même s'en rendre compte, qu'il appelait l'essentialisme. L'essentialisme au sens logique, c'est croire qu'on peut désigner directement un individu comme vide de toute propriété et qu'il y aurait aussi des individus qui ont des propriétés qu'ils peuvent ne pas avoir tout en restant le même individu ou bien au contraire des propriétés qu'ils ne peuvent pas ne pas avoir. Pour Quine, c'est obscur puisque nous décrivons dans nos pratiques effectives des individus via des propriétés qu'ils ont en réalité dans ce seul monde et pas en saisissant des propriétés essentielles indépendantes à travers d'autres "mondes possibles". Pour lui, je tomberais prisonnier de jeux de mots sans aucune condition claire de vérité si je me demande si tel individu est "nécessairement" ou pas tel qu'il est. La logique modale serait une mauvaise logique car elle nous ferait revenir vers des spectres métaphysiques que deux siècles d'empirisme et de sciences de la nature auraient tenté d'éradiquer. 

Il y a un monde et cela suffit, même si les sciences ont besoin d'autres structures mathématiques en plus pour analyser ce monde unique.  Quine affirmait que c'était l'expérience devait déterminer quelle logique nous devions appliquer mais il préconisait de nous astreindre à éviter toute logique modale un peu développée pour éviter de penser en de tels termes métaphysiques. On peut appeler cet interdit de Quine contre la logique modale son "extensionnalisme" : "Pas d'entité sans identité" (on ne doit pas supposer qu'il existe quelque chose si on ne peut pas donner de conditions claires de son identité). Pour Quine, se demander combien d'individus sont possibles a aussi peu de sens que de se demander combien d'anges peuvent entrer dans une aiguille. 

Toute la philosophie analytique de la seconde moitié du XXe siècle va réagir en se positionnant par rapport à cette austérité puritaine positiviste de Quine. 

IV La Nécessite de l'identité et notre rapport aux "Individus"

La logicienne Ruth Barcan-Marcus (1921-2012) démontra en logique modale un résultat assez paradoxal dès 1946, la formule de Barcan ou "Nécessité de l'Identité". En logique modale, on peut dire que si  x est identique à y, alors x est nécessairement identique à y et donc n'aurait pas pu ne pas être identique à y. L'identité au sens strict ne peut pas varier. Il n'y a pas d'identité contingente. Ou pour le dire de manière plus choquante en imitant la formulation de la Loi de Murphy : si x et y peuvent coïncider alors ils ne peuvent pas ne pas coïncider. 

Mais cela pose alors un problème sur ce qu'on appelle identité et même sur ce que signifie dans notre pensée le fait de désigner quelque individu que ce soit. La logique modale a été élaborée au contraire pour représenter le fait qu'un individu peut avoir des propriétés différentes et Quine ironisait contre ce résultat de Barcan comme une nouvelle pierre contre la clarté des concepts de la logique modale. (Par la suite, Barcan tenta de défendre qu'elle avait déjà anticipé les arguments de Kripke qui voulaient défendre l'interprétation de sa formule, ce qui créa une querelle amère de priorité entre elle et Kripke, mais l'avis général est que Barcan, quelle que soit sa priorité en logique, sous-estima rétrospectivement les apports originaux de Kripke dans sa défense philosophique). 

V Descriptions définies et noms propres au sens logique

On distingue donc depuis Bertrand Russell deux manières bien distinctes d'atteindre ou de viser quelque chose ou de faire référence à une entité : soit par connaissance directe d'un individu soit par la description indirecte d'une propriété. La connaissance directe d'un individu est ce que  Russell appelait (de manière un peu équivoque) un "Nom Propre Logique", un terme qui ne pourrait par stipulation désigner qu'un seul individu réel. 

Et Russell défendait l'idée qu'au sens rigoureux, un Nom Propre Logique quand on l'utilise dans la réalité ne désigne en réalité qu'une instance particulière d'une expérience singulière (telle nuance de couleur que je ressens ou tel événement avec telle onde electro-magnétique dans telles coordonnées spatio-temporelles). Mais dans notre langage, nous parlons souvent d'individus en ne connaissant d'eux que des descriptions. "Le Président de la République en 1958" désigne certes un seul individu réel mais je n'ai eu aucune connaissance directe de cet individu, c'est pour moi une description de certaines propriétés que j'associe ensemble pour former mon concept individuel de "De Gaulle", pas un nom propre "logique". Cela permet de dire que "Le Président de 1958 est De Gaulle" mais que la description aurait pu ne pas désigner l'individu réel De Gaulle. 

Et une description peut être trompeuse en ne renvoyant à rien : "L'actuel Roi de France" est une description non-dénotante et on peut donc dire que "L'actuel Roi de France est chauve" ou "L'actuel Roi de France a des cheveux" sont tous les deux faux sans contradiction puisque la référence est vide. 

VI Les mondes possibles de Kripke

Dès son jeune âge, Kripke devint célèbre en découvrant un moyen élégant en logique modale pour représenter les différents modèles qui peuvent rendre vrais des raisonnements et déductions entre des possibilités ou entre des temps différents. On parlait déjà des "mondes possibles" depuis au moins Leibniz, Russell, Carnap et CI Lewis mais Kripke ajouta une relation qu'on appelle "relation d'accessibilité" entre les mondes possibles et démontra que varier cette propriété de la relation d'accessibilité revenait à obtenir les différents axiomes qu'avait étudiés CI Lewis. Ce n'était pas qu'une différence de présentation, cela fournissait tout un nouveau domaine d'étude en clarifiant la compréhension des mondes possibles. Kripke avait démontré la complétude de la logique modale en prouvant que tout énoncé qui peut être démontré en logique modale admet des modèles où cet énoncé est vrai. 

Kripke avait bien des défauts comme son orgueil, son attitude vis-à-vis des femmes ou sa susceptibilité paranoïaque mais il avait une intelligence incroyable pour clarifier des questions. Dans de nombreux cas en philosophie du langage, de la théorie de la vérité jusqu'à l'essentialisme, sa manière d'étudier un problème paraît si simple qu'ensuite on a du mal à voir comment cela a pu ne pas paraître évident avant lui. C'est d'ailleurs la marque de grandes découvertes philosophiques que de débloquer des problèmes d'une telle manière qu'on se demande ensuite naïvement comment on pouvait faire ces confusions qui ont été démantelées. 

L'aspect philosophique de son travail consista à répondre (du moins en partie) aux objections de Quine contre la métaphysique des mondes possibles. Il considérait que la logique modale pouvait être plus neutre ou "innocente". Il semblait défendre une thèse de "déflation ontologique" où un monde possible (contrairement à la thèse réaliste de David Lewis) n'est vu tout au plus que comme un modèle mental ou linguistique d'une combinaison d'événements ou de propriétés. 

En un sens, l'attitude de Lewis et Kripke furent opposées dans leur rapport à leur maître Quine. Lewis prit au sérieux qu'on doit avoir des conditions plus claires d'identité mais qu'au sens propre aucun individu n'appartient à deux mondes différents si on prend le terme au sérieux. Kripke minimisa la réalité de cette notion de monde possible mais en admettant une zone crépusculaire où un même individu pouvait être dit le même avec des propriétés possibles différentes. 

VII Identité et propriétés essentielles

Mais Kripke devait concéder qu'il fallait bien introduire ce que Quine craignait comme une certaine forme minimale d'essentialisme au sens logique, c'est-à-dire qu'on devait bien distinguer une référence à des individus (ce que Kripke appela un "désignateur rigide") et des propriétés qu'on pouvait fixer comme "propriétés nécessaires" (ou essentielles, y compris pour des individus contingents) ou "propriétés contingentes" (ou accidentelles, propriétés qu'on a mais qu'on pourrait avoir sans cesser d'être identiques à soi). 

Par stipulation, un terme comme "Macron" est un désignateur rigide et je peux pourtant comprendre un énoncé comme "Macron aurait pu ne pas être Président". Macron est identique à Macron dans tout monde possible où on pourrait de manière intelligible réidentifier ce même individu mais il n'est pas nécessairement identique au Président. Si Macron signifiait nécessairement "Le Président actuel", je ne pourrais pas dire "Le Président aurait pu ne pas être Président". En revanche, je peux choisir de rendre rigide ou pas une description comme Président : le Président réel élu en 2017 (rigidement, notre Macron) aurait pu ne pas être Président dans un autre monde possible (ou François Fillon l'est, par exemple). 

(En passant, Kripke démontre que ce qu'il appelle "désignateur rigide" ne se réduit pas simplement à ce que Russell avait déjà étudié comme scope d'une description)

Kripke a contribué à clarifier la question en séparant deux choses, le point de vue épistémologique (ce que je peux connaître) et un point de vue métaphysique (ce que les faits sont). Si j'ignore des informations, je peux croire que Macron n'est pas Président. Je ne sais que de manière a posteriori qu'il l'est et rien dans ce désignateur Macron n'implique nécessairement ou métaphysiquement qu'il soit le Président. Mais même si tout ce que je savais a posteriori de lui était qu'il était Président dans la réalité cette description par laquelle j'ai accès à la connaissance de cet individu réel ne prouverait pas non plus qu'il est métaphysiquement nécessaire qu'il fût Président. 

VIII Essences d'espèces naturelles

Un des arguments qu'on associe le plus à cette distinction de l'épistémologie et de la métaphysique est plus associé à des arguments développés par Hilary Putnam à peu près à la même période (même si Putnam voulut ensuite encore moins que Kripke en défendre les conséquences métaphysiques). 

De même qu'on utilise le désignateur rigide pour suivre un même individu en des scénarios alternatifs très différents, on peut faire de même pour des essences d'espèces. 

Je peux dire que je ne sais pas a priori que l'eau est du H2O (je pourrais concevoir que ce que je décris comme de l'eau aurait pu être une description plus vague) mais pourtant qu'il est nécessaire que ce que nous décrivons en réalité comme de l'eau soit vraiment du H2O. L'eau = H2O est une identité nécessaire, comme Macron = Macron et pourtant nous avons bien appris quelque chose en le découvrant. Une identité peut être métaphysiquement nécessaire dans tous les mondes possibles où il y a vraiment de l'eau sans être "épistémologiquement inévitable", triviale ou connaissable uniquement par un concept a priori de l'eau. 

Si j'imagine une autre monde où coule de "l'eau" qui n'est pas du H2O, la conclusion de Kripke serait simplement que ce n'est pas de l'eau mais quelque chose qu'on désignerait en fait improprement comme de "l'eau" (du moins relativement à notre identification de ce terme où la science nous a révélé que c'était du H2O). Du point de vue linguistique, on peut certes modifier l'extension d'un mot et décréter que le jade ne désigne pas une seule vraie espèce naturelle mais une description plus vague qui peut s'appliquer aussi bien à la structure de la la jadéite qu'à celle de la néphrite. 

IX L'argument néo-cartésien de Kripke

Kripke s'est amusé ainsi à défendre un argument de distinction d'une représentation consciente et d'un événement physique. 

Son argument part de cette Nécessité de l'Identité. 

(1) Si A = B, alors A est nécessairement identique à B

(2) Il y a des identifications théoriques (comme "attraction magnétique = un effet d'une force électro-magnétique") qui sont bien nécessaires. 

(3) Mais si on découvre que tel phénomène conscient est réalisé dans tel événement physique, je ne peux pas en déduire qu'il est métaphysiquement nécessaire que les deux soient identiques. 

(4) Mais s'ils peuvent être distingués dans certaines possibilités alors ils sont distincts. 

Toute la difficulté du néo-dualisme (chez David Chalmers par exemple) consista à développer et défendre ce (3) en tentant de montrer qu'on peut vraiment savoir que les deux pourraient ne pas coïncider si un zombie sans aucune conscience réelle ou sans aucun vécu subjectif pouvait être un double physique parfait avec un traitement de l'information qui puisse semble de l'extérieur exactement similaire. 

Je ne pense pas personnellement que ce débat prouve le dualisme mais les outils formés pour le discuter ont ensuite raffiné des éléments de sémantique et toute une partie des discussions en philosophie de l'esprit sur le fonctionnalisme ont été renforcées par cette nouvelle manière de retrouver une distinction réelle entre la conscience et le corps. 

Une des différences entre Kripke et Lewis est que Kripke resta plus attaché aux questions de philosophie de la logique ou du langage alors que Lewis élargit ses interprétations de la logique modale au-delà, à des analyses de la Causalité par exemple, de manière bien plus paradoxale. Lewis pouvait être considéré comme un métaphysicien général alors que Kripke demeurait plus méfiant et se confinait davantage aux mêmes questions originelles sur la vérité ou sur la référence. 

Les deux sont assez techniques en réalité et les deux arrivaient à le cacher avec un langage assez familier qui dissimulait parfois la complexité formelle de ce qui était sous-jacent. Mais je pense que l'audace métaphysique a fini par l'emporter pendant un temps au début de ce siècle (même si on peut supposer un retour de balancier plus positiviste à nouveau après une exaltation métaphysique). 

Autres posts sur l'histoire récente de la philosophie analytique : Le retour de la métaphysique, Michael DummettRuth Barcan, Jaakko Hintikka, et mon cher Hilary Putnam

Maintenant que Putnam et Kripke sont morts, qui est le plus grand philosophe analytique vivant ? Le néo-Hégélien atypique Robert Brandom ? Le gnoséologue Timothy Williamson ? Le néo-Quinien atypique Stephen Yablo ? Ou ce bon vieux David Kaplan

Le retour de Dragonlance

A la fin de l'année 2022, Wizards of the Coast va ressortir son monde de DragonLance avec la campagne Shadow of the Dragon Queen, qui semble se dérouler dans le territoire de Nightlund régi par Lord Soth mais à l'époque de la première campagne de la Guerre de la Lance. Comment vont-ils éviter une impression de jouer des seconds rôles par rapport aux Héros de la première campagne ? 

Mais le plus original est qu'ils accompagnent la campagne d'un jeu de plateau, Warriors of Krynn, qui semble être un jeu tactique coopératif, avec un élément de role-play (chaque scénario correspondant à un chapitre de la campagne). Le fait que ce soit co-écrit par Rob Daviau peut rendre curieux. 

J'aurais préféré un jeu plus grand-stratégique mais j'espère surtout que le nombre des Dragons restera raisonnable. 

Ce que Game of Thrones avait bien compris est une sorte d'équivalent de la Loi du Rapport Inverse du Ninjutsu : s'il n'y a qu'une poignée de Dragons, ils sont très impressionnants, s'il y en a des Armées entières, cela devient juste des sortes de chevaux. La Guerre des Lances n'a pas réussi à donner une impression aussi nette que la Guerre de l'Anneau que le sort dépendait plus de l'héroïsme que de la quantité des troupes. 

Le nouveau roman de Weis et Hickman, Dragons of Deceit, est encore une histoire qui va brouiller l'histoire trop complexe de cet univers en y ajoutant des paradoxes temporels avec une Chevalière Solamnique, Destina Rosethorn, voyageant dans le Temps pour revenir agir dans la Guerre de la Lance et sauver son père, ce qui permet un étrange remake (ou reboot) où les deux auteurs peuvent repasser dans la même période 40 ans après. 

Both Rings were round and there the resemblance ceases

A ma grande surprise, je suis plutôt, après 4 épisodes, dans les fans de Rings of Power

Je ne voyais pas du tout l'intérêt de refaire si tôt une autre version du LotR en reprenant les mêmes choix que la version de Jackson (et je continue à croire que les saisons suivantes seront redondantes) mais je ne savais pas à quel point je serais satisfait de voir des choses comme (1) l'île de Numenor dans sa gloire, (2) Khazad-dum avant la Moria et avant le Fléau de Durin, (3) Celebrimbor forgeant les Anneaux (et les Portes de Durin) en Ost-in-Edhil, (4) la fondation du Mordor à l'époque où c'était encore habité et avant que la terre n'y soit empoisonnée ou (5) Les Deux Arbres de Valinor. 

La partie Prequel a de nombreux défauts des analepses (une bonne analepse devrait faire changer de perspective sur le présent par un contraste et non pas répéter ou simuler le présent) mais j'ai quand même envie de voir cette première saison. 



Ce que Tolkien aime par dessus tout est de créer un cadre uniquement pour produire de la nostalgie, un arrière-fond qui ne vaut que comme une Terre Perdue, comme Royaume Déchu, que ce soit Valinor, Doriath, Nargothrond, Gondolin, etc. L'intérêt de cette Première Saison n'est pas que comme une préfiguration redondante (Halbrand en Aragorn raté, Arondil en Legolas, l'amitié Durin-Elrond pour Legolas & Gimli etc.) mais pour avoir un sentiment de Perte quand tout cela sera détruit... On ne verra pas seulement la première défaite de Sauron ou la victoire en demi-teinte d'Isildur mais des chutes à répétition de tant de Royaumes (surtout s'ils condensent toute la chronologie de la fin du Second Âge en y mettant aussi celle de Khazad-dum qui remonte au Troisième Âge). 

Oui, c'est en très grande partie de la fanfic professionnelle très libre et il y a parfois des fautes de goût. Je n'aime pas tellement voir Galadriel sauter comme Black Widow et prendre la pose dramatique quand elle abat un Troll des Glaces de son sabre (et elle n'aurait pas pu revenir en Valinor, les Valar ne lui ont pas encore pardonné le soutien de cette fille de Finarfin à Feanor - ou du moins de sa désobéissance aux Valar dans la version d'Unfinished Tales où elle a toujours été opposée à Feanor). 

Les Nains demeurent comme chez Jackson des personnages de faire-valoir comiques (c'était déjà un peu vrai chez Tolkien mais pas au point de vous faire sortir de l'immersion). Les Harfoots ne sont pour l'instant toujours pas très intéressants. L'amour entre Elfe et Humaine risque d'enlever un peu du caractère exceptionnel de l'union d'Aragorn et Arwen (de même pour l'amour incongru entre Tauriel et le Nain ajoutée dans l'adaptation du Hobbit). Theo, Halbrand ou Adar feront tous probablement des Spectres de l'Anneau acceptables mais on a du mal à s'attacher à eux. 

Mais peu importe. Cela n'enlève pas le plaisir de voir les Deux Arbres, les statues d'Ulmo et d'Eärendil dans la Baie du Port de Rómenna, ou l'Arbre blanc Nimloth encore en fleurs. Au-delà de la simple "franchise" sans âme ou aseptisée, il reste quand même une petite branche de la puissance mythopoïetique de Tolkien. 

lundi 25 juillet 2022

Campagne Momie (5) Les Mages d'Alexandrie

 En plus de la Maison Shaea, il y a plusieurs sociétés de mages qui ont pu avoir de l'influence à Alexandrie. 

  • Ahl-i-Batin (les Subtils, "Bāṭin", les cachés, les occultes) : Les Batini sont un très ancien ordre d'origine pré-islamique mais qui a accompli un syncrétisme soufi avec l'Islam (notamment chiite) mais aussi avec des courants juifs kabbalistes. Ils ont été très influents dans l'Empire perse et ensuite dans le monde arabo-musulman. Ils luttent contre la Technocratie (dont les Kabbalistes de Gabriel et les Mokteshaf al Nour) au nom d'une doctrine mystique de l'Unité transcendante mais aussi contre les "Iblisis" démoniaques du Labyrinthe Noir (même si certains Batini ont été corrompus et sont eux-mêmes devenus des diabolistes). Ils n'ont que mépris pour l'autre société secrète d'Orient, les Tisserands (les Taftânis plus présents dans la sphère persane et afghane) restés plus proches de mouvements zoroastriens "infidèles" qui utilisent la magie d'invocation des Djinns sans aucune "subtilité".  Depuis la création d'Israël et les expulsions de nombreux juifs d'Egypte, la communauté des Kabbalistes d'Alexandrie a presque entièrement disparu (il ne restait plus qu'une poignée de juifs, moins de vingt personnes), même si les Kabbalistes avaient encore un correspondant à la dernière Synagogue Eliyahu Hanavi (rue du Nabi Daniel). Les Kabbalistes avaient mis au point un réseau de communication et même de téléportation; le Kefitzat haderech. Un des buts des Batini est de rejoindre le "Djebel Qaf" avec lequel ils ont perdu leur connexion. Ils ont contribué à construire une des projections de la Bibliothèque alexandrine dans l'Umbra avec les Seshata. Voir Lost Paths, chapitre I p. 8-55. 
  • Al-Borak (Marauds de Libye)
  • Communauté de Pan-Min (Culte de l'Ekstasis avec le soutien d'Aegipans féériques et de petits "Bès", des eshus tricksters)
  • Dème de la Grenade (Euthanatos & Cercle Orphique) : Ils adorent la Triple Déesse Déméter-Koré (Perséphone)-Hécate. Ils étaient liés aux "Kabiroi", les Mages grecs immortels qui avaient créé leur propre version du Sortilège de Vie d'Isis des Momies mais tout en refusant toutes les croyances sur la Maat et le cycle des Amenti. Les Cabires sont poursuivis par la société de la Main de Thot. 
  • Hem-Ka Sobk, "Mangeurs des Péchés" : une secte de mages-assassins adorateurs de Sobek (au lac d'el-Fayyūm) et qui seraient aussi liés aux hommes sauriens (les "Mokolés"). Certains pensent servir la "Maat" (la Justice) et la Déesse Isis comme les Momies mais depuis que leurs principaux mages ont été tués, certains ont basculé dans des rituels plus sombres et cruels. Ils détestent les médiums du Dème de Perséphone. Voir Book of Crafts p. 47-62. 
  • Iblisis (les Infernaux)
  • Ikhwān Al-Ṣafā (Les Frères de Pureté) : l'ancienne société secrète ismaélienne du Xe siècle a évolué et est devenue une société consacrée à la lutte contre les Monstres, Morts-vivants et vampires. Les Chasseurs "kiswah" (voir Hunter: The Reckoning) rejoignent souvent cet ordre (sauf quelques Coptes qui rejoignent les Akritai orthodoxes, cf. Hunters Hunted II). 
  • Mokteshaf al Nour (les Collecteurs de Lumières) : membres musulmans de la Technocratie. Ils sont centrés en Turquie et leur mouvement a des tendances plus sécularisées ou au contraire d'autres qui veulent quitter la Technocratie et sont prêts à s'allier à nouveau avec les Batini
  • Nebuu Afef, l'Ordre de la Mouche d'Or : sorciers assassins (aux pouvoirs magiques relativement limités) qui prétendent descendre des Egyptiens tués par l'Ange de la Mort Azrael / Malak al Mawt et dont la doctrine est une guerre perpétuelle contre "Moïse". Chassés d'Egypte par la Société alexandrine, ils devinrent obsédés par leur judéophobie et ne sont revenus que récemment. Ils haïssent les Batini et la Société alexandrine. Voir Sorcerer (Revised) p. 37-38. 
  • La Société Alexandrine (Chœur Céleste) a gardé une branche dans la Cité qui lui donne son nom. C'est une tradition religieuse mais en même temps "technognostique" qui croit que la Technologie doit en fait servir la religion. Ils s'opposent donc à la fois à de nombreuses traditions technophobes dans les Mages et à la Technocratie sécularisée (même si certains ont eu des contacts aussi avec les Mokteshaf al Nour). 

jeudi 21 juillet 2022

Campagne Momie (4) Les Scribes de Seshat

A Alexandrie, une des nombreuses sociétés secrètes de magiciens est la Maison de Shaea (Per-Seshat), qui a rejoint l'Ordre de Hermès. 




Les Shaea sont des Archivistes, en majorité féminine, la magie des scribes et de l'écriture.

Mais bien que cette organisation ne se soit développée dans l'Ordre Hermétique que depuis quelques années seulement, c'est une tradition très ancienne, précédant même l'Ordre d'Hermès de plusieurs siècles.

  • Ab Initio

    Le lointain passé se perd dans les archives des Seshetu et, comme ils le disent, "le Passé n'est pas, il n'est que dans nos roseaux et quiconque maîtrise les registres de Clio nomme le Passé, forme le Présent et contrôle le Futur".


    Selon la Tradition historique, le Pharaon Âa-kheper-ka-Rê Thoutmôsis Ier (Dhwtj-ms, XVIIIe dynastie, vers -1493 à -1481?), "Né de Thot", conçut avec la reine Ahmès une fille, la fameuse Hatshepsout (Hatshepsut, "Première des Nobles Dames"), et plus tard il avec la reine Moutnéfert un garçon, Thoutmosis II. La Reine Maât-ka-Rê Hatshepsout fut nommée Epouse et Co-Régente de son jeune demi-frère Aakheperenrê Thoutmosis II, avec qui elle n'eut qu'une fille. Hatschepsout se déclara Fille d'Amon-Ré, disant que sa mère Ahmès avait été visité dans la mammisi (sanctuaire d'accouchement). Thoutmosis II conçut un fils avec une concubine nommée "Eset", comme la Déesse, et ce garçon devint Thoutmosis III. A la mort de son père, Thoutmosis III le Conquérant partagea le pouvoir pendant vingt années avec sa tante et régente, la Reine Hatshepsout. Ce sont ces deux Rois Divins qui organisèrent il y a 3500 ans, malgré leur rivalité grandissante, la Grande Convocation des Mages et créèrent les deux Ordres rivaux, le Roseau de Djehuti et la Coupe d'Eset, qui devait être les ancêtres de toutes les Sociétés occultes.

    • Avec la mort d'Hatshepsout (entre 1458 et 1445 selon les chronologies), les premières guerres hermétiques commençaient et Thoutmosis le Conquérant fit détruire des traces du règne de sa Régente et tenta de faire oublier ses réalisations en effaçant son Nom sur les monuments. C'est à cette époque que se développent les activités occultes de la Per-SeshetaMaison de Seshat, Netjer des Bibliothèques, Parèdre de Thehuti et Fondatrice des Hiéroglyphes.

      A l'origine, les Prêtresses ne s'occupent que des fonds des registres de la "Maison de Vie", les temples d'Aset et d'autres déesses comme Nit (Neith), Nebt-Het (Nephtys), Serket (Selqat).

      Elles pratiquent notamment la magie à Khemenou (la "Cité des Huit", site sacré de Djehuti, Hermopolis Magna, actuelle al-Achmounein) et commencent à répertorier les Vrais Noms (REN).

      Les sociétés occultes devaient se multiplier par la suite et on dit même que le Roi hérétique Akhénaton organisa vingt-deux sociétés d'arcane (les "22 Lames") à partir du Roseau et de la Coupe.

      Sous son règne, vers 1350 avant notre ère, l'Hymnode (le Chantre, "wrt-hnr") d'Aton Mentu-hotep découvrit une nouvelle forme de magie. Elle était inspirée des mystères d'un étranger nommé "R'pet", "Orpaïs" ou "Orphée" qui accomplit la Quête de Wsir et eut une Ascension en finissant démembré comme lui dans la Rivière de la Renaissance.
      Ce Mystère était fondé non sur le langage comme chez les Sesheta mais sur la Musique, sur l'Harmonie Céleste des Sphères, sur l'Unisson des voix de l'Un. La société monothéiste devint la "Congrégation Consacrée d'Aton", qui existe encore sous la forme Copte et Soufie des "Choeurs Célestes" (notamment à Sainte-Catherine, dans le Sinaï).

      Puis, avec la fondation de la Grande Bibliothèque d'Alexandrie par le Roi Ptolémée, de nombreuses Seshetou vinrent travailler dans le nouveau port méditerranéen. Auprès des Juifs, des Hellènes et des Barbares,astrologues chaldéens, Mages perses, sorciers nubiens, elles mêlèrent les secrets de Thot à la Kabbale des Baal-shem, aux théurgies et invocations du Roi Salomon ("Suleiman ben Daoud, lieur des Djinns").

      Mais ce n'est que beaucoup plus tard, après la Destruction du Temple et la Galut (Diaspora), qu'elles commencèrent à systématiser avec la tradition du Zohar le Notaricon (grammatologie des Anagrammes et Acrostiches), le Temura (science des permutations alphabétiques et de la cryptographie) et la Gematria (arithmologie des valeurs numériques des Lettres).
      Elles découvrent les luttes hermétiques entre les Acousmatiques et les Mathématiciens, les Héritiers de la sorcière Médée et ceux de l'ingénieur Daïdalos, le Verbe et la Raison, deux faces du Logos. C'est le Grand Accord des Vingt (cénacle dont font partie les Seshetou) qui va organiser la synthèse alexandrine pendant quelques siècles.

      Les Seshetou apprennent autour du Mousaïon et du Serapeum les secrets du Logos, les langues, les codes, les déchiffrements, le Ha-Shem (Tetragrammaton, "Le NOM").
      Pour la première fois, elles se rapprochent de cultes allogènes d'Isis (nom grec qu'Eset) et de ce qui va devenir l'Hermétisme, les Révélations d'Hermès Trois-Fois-Grand, le syncrétique "Thot-Hermès-Mercure".

      Cette ère de gloire va durer jusqu'à l'arrivée des Romains puis des diverses sectes chrétiennes puis musulmanes qui vont persécuter les Prêtresses de Seshat et les anciennes croyances païennes.

    • Ages sombres

      Aussi bien les "auto-da-fe" de l'Empereur Théodose que la Crémation de la Bibliothèque par les Musulmans en 642 ont laissé des traces profondes sur la Maison de Seshat.

      Elles rient des sorcières Verbena qui pleurent encore les bûchers de l'Inquisition, car elles ont vu des Holocaustes de livres irremplaçables. Elles ont dû se cacher et les hommes membres de la Société avaient un peu plus de latitude que les femmes pour continuer la Tradition.

      C'est aussi l'époque des Djinni et la Connaissance des Vrais Noms aida beaucoup les Shairs Ahl-i-Batin et Taftani à vaincre les Tyrans Invisibles et autres génies.

      Quand les Rois Mamelouks régnèrent sur al-Misr (l'Egypte), ils prirent connaissance des travaux de mages alchimistes hermétiques. A la mort du Roi Farag Ibn Barqouq (1398-1412), le nouveau monarque el-Mouayed (1412-1421) fit poursuivre les Mages en Egypte pour avoir la Pierre Philosophale et le secret de la Transmutation. Plus tard, le célèbre roi Qaït Bey (1468-1498) fit même tuer les alchimistes qui échouaient à lui fabriquer de l'Or !

      C'est à cette époque, en 1412 AD (814 Hijra), que les Sesheta décidèrent de postuler à l'Ordre d'Hermès pour obtenir protection et information.

      L'Ordre était une nouvelle résurgence de l'ancien culte syncrétique, (re)fondée sous l'Empereur Charlemagne. Les membres étaient surtout centrés chez les Franjs d'Occident, notamment dans le Saint Empire Romain Germanique mais ils commençaient à avoir des contacts plus étroits avec les Turcs et le Levant.

      La petite société secrète dirigée par la Grande prétresse Fatima Baijani ne se rallia que comme un ordre mineur dans l'hétéroclite Maison dite Ex Miscellaneis, qui réunissait des rebouteux et sorciers sans lignage hermétique clair.

      On dit que Fatima Baijani et les Seshetou furent insultées de ne pas obtenir le statut de Maison au Conseil du Tribunal de l'Ordre. Elles étaient encore peu nombreuses et devaient rester "in caligine" (dans l'ombre, une devise de l'Ordre) pendant encore quelques cinq siècles.

      Mais dès cette époque, alors que les Turcs prenaient Constantinople, les Sesheta participèrent à l'un des plus grands projets de l'Ordre, la construction en un autre monde du Sanctuaire de l'Horizon.

      Plusieurs Traditions s'y liguèrent pour y protéger la Magie qui quittait Malkut (le monde matériel). Les Hermétiques réunirent ce qu'ils avaient pu sauver de l'ancienne Bibliothèque d'Alexandrie en un Node sur le port (sous l'actuel parc Midan Saad Zaghloul), qui devait être l'un des Piliers de l'Horizon. Ainsi, on créa la Bibliothèque d'Enochia ba Pymander, mais elle ne fut pas confiée à une Sesheta mais à un homme, Nichodemus de Mulhouse, scribe mineur de la Maison déclinante de Criamon. Là encore, les Sesheta devaient prendre leur mal en patience car Nichodemus resta seul Archiviste de la Bibliothèque pendant encore 550 ans, jusqu'à sa mort.


    • Epoque moderne

      Les Seshetou reçurent du sang neuf d'Européens au XIXe siècle, des Français et Anglais se battant sur les décombres de l'Empire ottoman, mais aussi des nombreux immigrés italiens.

      Mais elles étaient à couteaux tendus avec la nouvelle Maison turque, les Janissaires, qui servaient de bras armé des Quaesitores Ordinis depuis le Siècle des Lumières.

      Par la suite, l'éphémère mais opulente société secrète américaine, "Light of Luxor" ou "Luxor Club" (de Max Theon) vint tenter de glaner des ressources hermétiques auprès des Seshetou. Ces charlatans imaginatifs et ces mystiques parfois doués apportèrent l'argent et les informations dont les Seshetou avaient besoin pour s'internationaliser pendant l'Entre-Deux-Guerres et la fin du règne des Khédives.

      Pour la première fois, l'Ordre d'Hermès remarqua les Seshetou bani Miscellaneae. Elles ne furent pas à El-Alamein mais luttèrent en Europe et en Palestine contre des organisations comme Alceister Crowley ("la Bête"), la Heilige Vehme, la Loge Lumineuse du Vril et la sinistre Thule-Gesellschaft. En 1945, des Egyptiens moururent à Berlin et Jerusalem contre le Grand Mufti et les Nephandis qui voulaient ouvrir les Hordes des Qlippoths (cf. Order of Hermes, 2003, p.32).

      Après l'assassinat du Président Anouar El-Sadate et la montée de l'intégrisme islamique, la société montra à quel point elle était devenue, avec les mystérieux Ahl-i-Batin, le premier appui des Mages en Egypte.

      La Grande Prêtresse Maraksha Kashaf (d'origine yéménite) menaça de quitter l'Ordre, avec toutes ses archives, ses documents, ses Histoires, ses anciens secrets et ses rites. En quelques siècles, les Bibliothécaires étaient devenues indispensables à l'Ordre et prouvaient leur adage que la maîtrise du Passé est le contrôle du Présent.

      Les Sesheta obtinrent officiellement d'entrer en 1982 AD (1402 Hijra) au Tribunal de l'Ordre comme une Maison à part entière, du Nom de "SHAEA" ("Bonne Augure").

      Les Seshetou aiment les jeux de mots, ce qui est normal pour des Maîtresses du Notarikon.

      "Shauâ" veut aussi dire "livre" en Egyptien.

      Le dieu "Shaï" est un Génie de Bonne Fortune, de la Chance et du Destin, chargé aussi des Renaissances pendant le Jugement de Ma'at.

      Il est aussi appelé l' Agathodaimon, le Bon Démon, souvent représenté comme un Cobra, comme la Déesse Renenutet.

      Son culte était très populaire chez les Grecs d'Alexandrie qui cherchaient à détourner le mauvais oeil.

      Le nom "shaï vient peut-être d'une racine qui veut dire "commander, nommer quelqu'un".

      Les Egyptiens se saluaient parfois en disant "Shay est avec toi !" ou "Que Shai et Renenutet soient avec toi !" car un Shai est supposé accompagner chaque individu pour répertorier ses actes pour le Jugement.

      Shai peut aussi être une Déesse du destin, Shaït, que les Turcs appellent "Kismet".

      Shaït est alors associée à Renenutet (déesse cobra de la naissance qui donne à l'enfant son Vrai Nom) et Shepet (ou Shepset, déesse hippopotame ou crocodile de l'accouchement, un aspect de Reret ou Taweret), comme Trois Fées de la Naissance.

      Shay peut aussi être associé à Sutekh, car "shai" écrit signifie aussi "porc", l'animal de Set !

      (Sur Shay, voir le site de Carolyn Seawright).

      Le symbole actuel de la Maison Shaea dans les Tribunaux de l'Ordre est un écusson avec une lionne de Sekhmet couchée, un rouleau de papyri et une Lune (Order of Hermes, p.57).

      Mais les Mystes & Initiés savent bien que le vrai symbole ésotérique est la Fleur à Sept Pétales et Deux Cornes, le symbole de "Sefekhet-âbouy", couronne de Seshat la Scribe. La Maison est aussi dite parfois dans d'autres sections Maison de Serket (ou Selqat, Déesse Scorpion des talismans contre le Mal) et Maison du Croissant de lune, ce qui n'est pas une allusion au "Hilãl" de l'Islam mais à la Corne lunaire de Sefekhetâboui.

      L'organisation de la Maison ne suit pas exactement la hiérarchie hermétique traditionnelle. Il y a en bas les "hnr", musiciennes, dirigées par la "wrt-hnr" (Grande Musicienne) ou "dwt-ntr", l'adoratrice. Puis il y a les sesh (scribes), dirigées par les Hem-Netjer (Servantes de la Déesse) et les Kheri-heb (Celles qui portent les parchemins, les Récitatrices), les Kheri-heb kheri-tep (Grande lectrice). Tout en haut se trouve la Hem-netjer-tepey (Grande Prêtresse) ou Jmj-R Hmw-ntr (Surveillante générale). Le Grand Prêtre de Dhjowtey à Khemenou (le Wr djw, le "Grand Parmi les Cinq"), est aussi considéré comme lié à la Hem-netjer-tepey.

      La Prima Domus actuelle est la Grande Prêtresse Daira Kashaf, Septième Fille de l'Archimage Dame Maraksha Kashaf (Kashaf signifie "Révélation"). Elle est une grande érudite, diplomée de diverses universités dont Harvard. Elle s'est installée non à Alexandrie, mais au Caire, là où sont les plus grands centres de recherches. C'est elle qui garde la Khesef-hra-khemiu, la Maison des Livres. 

  • Magie

    La spécialité des Seshatou est la Magie des Noms, très proche de ce que les Momies appellent Ren et la "Nomenclature". Leur Sphère de Magie privilégiée est le Temps.

    Les Seshatou commencent donc par des études de linguistique, philologie, grammaire comparée et apprennent de nombreuses langues (Egyptien, Arabe, Syriaque, Araméen, Hébreu, Babylonien, Sumérien, Farsi, Grec, Latin, Sanscrit, Mandarin, Enochéen).

    Les Seshatou sont des magiciennes mais aussi des prêtresses. Elles pratiquent des formes de Théurgie et invoquent les Nedjerou qu'elles adorent, comme Seshat Sefekhetâbouy la Scribe.

    D'autres Déesses invoquées sont Shaït la Destinée, Eset la Reine et la Mère, Nebt-Het la Psychopompe, Nit la Mage-guerrière, Het-Hert la Mage-donneuse de vie, Heka la Magie, Hat-Mehit la Poisson, Heket la Grenouille, Bast la Chatte, Sekhmet la Lionne, Renenutet le Cobra, Shepet l'Hippopotame, Serket la Scorpion, Maat la Vérité, Meretseger le Silence, Wadjet le Cobra du Delta & Nekhbet le Vautour de Haute-Egypte.

    Les Nedjerou masculins les plus adorés sont Sesha le Scribe, Thwt (Djwthey), Ptah l'Ouvreur du Verbe Initial, Inoup le Psychopompe et bien sûr, les grands Imn-Ra, Heru ou Wsir. Certaines adorent même Sutekh.

    Pour une raison inconnue, un des sous-cultes principaux, bien qu'on ne voit pas le rapport avec Seshat, est celui d'une sorte de "Dionysos", Shesemu, Dieu des Pressoirs. Shezmou donne les Huiles, Parfums, Vins et Folie et il broie dans l'Am-Douat ceux qui sont jugés coupables.

    Par ailleurs, les Seshati ont aussi des contacts avec d'autres Puissances d'autres mondes et d'autres mythologies. Elles appellent souvent les divinités liées à la même force numineuse que Seshat et Thot comme Hermès-Mercure, Nabu (voir Dr Fate), Nissaba (ou Nidaba, Scribe mésopotamienne), Pallas Athéné Minerva (qu'elles appellent "Nit"), Mimir Père-des-Runes, Oghmios (ou Oghma), Ganesha Ganapati, Saraswati (déesse de l'éloquence), Ta'ang Chien le Calligraphe.

    Elles ont récemment rencontré un certain "Prince Ivo". Il serait un mortel devenu un nouveau "Dieu", une Incarnation du langage et de l'écriture. Il semble avoir des buts incompréhensibles, comme lutter contre les interfaces graphiques en informatique (voir Nobilis).

    On accuse aussi les Shaea d'avoir invoqué des êtres plus sinistres, d'avoir lié des Invisibles, Djinni, Elémentaires et même des Shaïtans, diables et démons. Elles continueraient ainsi une tradition dangereuse de démonologie, celle des Sha'irs, les Invocateurs, comme les Taftani zoroastriens.

    Elles ont aussi des Totems animaux comme les Garous, notamment des felins et des associés de Bast.


  • Liens

    Hatchepsout "Tabitha" Kashaf est la "Doyenne et Principale" (Deacon & Headmistress) de l'Académie Straussen, université privée implantée à New York, Londres et Reims qui est la principale académie moderne de l'Ordre d'Hermès. Née en 1969 et initiée de Seshat, Tabitha Kashaf est une des petites soeurs de la Grande Prêtresse de Shaea, Daira Kashaf. De nombreuses autres soeurs sont mortes pendant les Guerres de l'Ascension. Elle enseigne à Straussen Academy depuis 1993 et vient à trente ans de devenir Doyenne. Etant donné son nom, on ignore si elle est en relation avec la célèbre Amenti Renaissante, la Reine Maât-ka-Rê Hatshepsout, qui vit à présent au Caire comme Daira Kashaf.

    [Order of Hermes, p.81 dit qu'elle est de lignée "pharaonique nubienne" mais le nom de "Maraksha" est une montagne du Yémen et je doute que les Kashaf soient ou soudanaises. Quant au mot "kashaf", il signifie "Révélation directe" chez les mystiques soufis et le nom "Al-Kashaf" semble courant dans les pays musulmans.]

    Ishaq Balsara, dit "Ibn-Thoth", Primus Guernici, Grand Quaesitor de l'Ordre d'Hermès (Order of Hermes, p.73) est un Egyptien d'origine anglo-persane né dans l'Empire ottoman au début du XVIIIe siècle. Il étudia avec le flamboyant Archimage Flambeau de Doissetep, Porthos Fitz-Empress. Depuis quelques années et les dernières Guerres de l'Ascension, il incarne les réformistes raisonnables de l'Ordre. Il est très attaché aux Principes de Maat et Geburah (Sephiroth du Jugement).


    • Seshat (ou Seshet, Sesheta) est la Déesse des Bibliothèques, Nedjer (nitjer) de l'écriture, des livres.

      Elle est parfois la Parèdre de Djehuti ("Djhowtey" chez certains Mages, tWth, Teuth, Toth, Hermès), sa Soeur-Consort.

      Le Ren, Nom de Seshat signifie simplement "la Scribe" (féminin de sesh).

      Un "shât" ou "shauâ" est un livre. "Sesheta" signifie aussi secrets, choses cachées, mystères, vrais noms. Le Shetat (ou shetait) est l'Endroit Caché, un autre nom de l'Am-Douat. Les "Seshetj" sont des bandes ou bandelettes.

      Son autre nom le plus courant est Sefkhet-Abwy. Ce nom signifie la "Dame aux Sept Cornes" ou bien "la Dame qui étend Deux Cornes".

      Cela décrit la fameuse coiffure avec la "Rosace" - ou "rosette" comme la pierre de décodage selon un jeu de mots qu'aiment les cryptographes - tige à sept "pétales" et deux "cornes".


      Cette "rosace" (prononcée s'sh't) est le Hiéroglyphe et le symbole principal de la Déesse.

      On pense que c'est une fleur plutôt qu'une étoile. Il y a d'habitude sept pétales, mais parfois cinq ou neuf.

      Ses deux cornes inversées (ou deux plumes) qui lui donnent ce titre de Sefkhet-Abwy et qui sont l'aura de la fleur sont le symbole calendaire des mois de l'année.

      Ses autres épithètes sont "la Première de Per-Medjat (la Maison des Livres)", "la Première de Per-Ankh (la Maison de la Vie, bibliothèque du Temple)", "la Dame de Khmwn" (Khemenou, la "Cité des Huit", ville de Djehuti et de l'Ogdoade), "Première de Heseret (Nécropole de Khmwn)", l'Origine de l'Ecriture, la Dame des Années, la Dame des Bâtisseurs, la Vraie Fleur dans la Main de Ra, Weret-Hekau (la Grande de Magie, titre aussi d'Aset, de Nit, de Sekhmet, de Bast, de Djehuty).

      On distingue parfois deux Hypostases : Seshat-Weret (la Grande) et Seshat-Nedjset (la Petite) qui sont représentées ensemble comme la Déesse et la Scribe inscrivant la Déesse, le Lekton et le Soma, l'Esprit et la Lettre, le Signifié et le Signifiant.

    • SIGNES ET ICONES

      Seshat porte sur la tête sa rosette et comme vêtement une peau de léopard avec des pattes. C'est la tenue des Prêtres Setem (funéraires) et les taches de léopard peuvent aussi représenter le ciel constellé des Akhu (les Morts Bénis) et l'astronomie.

      On dit que les Morts quand ils sont jugés sont "nés" de Seshat et de ses registres, ce qui en fait une déesse du Voyage vers l'Au-delà et du Jugement de Ma'at. Un texte dit aussi qu'elle est vêtue de l'enveloppe du dieu Sutekh vaincu par Ra-Heruakhety.

      Elle porte une branche de palme (hiéroglype "renpet", signe de l'Année et du dieu Renpet).

      La base de la branche porte le hiéroglyphe du tétard ("million") et le shen, symbole de l'éternité et du dieu Heh.

      Seshat inscrit ainsi l'éternité de ses fondations, que ce soit les registres, les archives, les chroniques officielles des règnes, les décomptes des années. Elle fonde et immortalise pour des Millions d'Années et elle est invoquée pour faire durer les choses mortelles et la splendeur des réalités.

      Avec Djehuti, elle inscrit ses registres sur l'arbre Ished, signe de vie et d'éternité.

    • HISTOIRE ET MEMOIRE

      C'est un culte très ancien. On en a des traces dès une inscription sous le Roi Khasekhemoui de la 2e Dynastie.

      Elle avait très peu de prêtres et les scribes semblaient moins l'adorer que Djehuti.

      Seshat est aussi la Dame des Bâtisseurs, déesse des architectes et des Maçons, invoqué à la fondation des constructions (cérémonie de Pedjeshes, de "pedj", étendre, "shes", la corde).

      Elle restait importante comme symbole de l'éternité pour le Roi mais pas pour la plupart des fonctionnaires. On la représente donc plus dans la cérémonie de Pedjeshes qu'en train d'écrire. Djehuti écrit pour transmettre et administrer, Seshat grave sur les monuments pour fixer et conserver pour l'éternité. On dit qu'elle construit notamment les demeures dans l'Au-delà.

      Sa fonction de Mémoire est donc plus abstraite que celle de Djehuti. Certes, elle note aussi les registres de prisonniers et de butin, mais c'est encore pour immortaliser les victoires royales. Même les constructions sont donc avant tout des Bibliothèques de Pierre, des monuments documents.

      Elle est aussi celle qui transmet les enseignements pour les Pharaons. Le Roi grec Ptolémée IV est décrit comme "Né de Seshat, élevé par Sefkhet-Abui dans la Bibliothèque". Aux Couronnements, au Festival du Sed (le "Jubilé" des 25 ans) et autres cérémonies royales, elle prolonge la durée des monarques.

      "ar(=i) m nHH ryt m Dt
      Mon roseau inscrit pour Toujours et peint pour l'Eternité
      Je rends ton Nom grand, en le gravant dans ces murs.
      Je rends tes Noms permanents et aussi durables que les Cieux.
      Je t'ai donné des Millions d'années de mes doigts pour aussi longtemps qu'Eternité existe.
      Je te donne les Eons et la résistance des Deux Seigneurs (Heru et Sut).
      Ma main inscrit les Durées & les Temps conformément aux dictées de Ra.
      Ma plume est Eternité, mon encre est Toujours et la palette est des millions de Sed."

      Ainsi, elle est liée à la mémoire et la survie des morts, et parfois identifiée à Nit ou Nebt-Het. Seshat est aussi un Aspect de Nebt-Het. Elles forment une Triade de la Triple-Déesse où Nit est la Créatrice (Clotho), Seshat la Durée des temps (Lachésis la Tisserande) et Nebt-Het les limites de l'existence (Atropos l'Inflexible).

      Elle a des amis parmi les Apa-Maat, les 42 Assesseurs d'Osiris, notamment Shet-Kheru (l'Ordonnateur des Paroles, voir Mummy, p.149) et d'autres Juges plus particulièrement concentrés sur le langage comme Tenemiu, Neb-abiu Seigneur des Cornes (chargé de la calomnie), Ahi (insultes et jurons), Uatch-Rekhit ou Utu-Nesert.

      Il existe aussi un autre aspect nommée Aset-Seshat, Protectrice de Wsir et Gardienne des Noms comme Aset Weret-hekau avait la Connaissance des Vrais Noms. Seshat est aussi par ses registres et ses calculs une des déesses de la Magie.

      On lui connaît aussi une version masculine, Sesha ou Seshu, qui peut être un autre nom de Tehuti.

    • CULTES ACTUELS

      Seshet est toujours adorée par une tradition continue nommée la Per-sesheta ou Maison de Shaea.

      Le siège actuel de la Maison Shaea n'est plus à l'ancienne Khmwn de Djehuti (el-Ashmunein) mais dans la cité hellenistique d'Alexandrie où s'est d'ailleurs bâtie une nouvelle Bibliothèque.

      Il y a aussi quelques traces dans les mouvements polythéistes "néo-païens", plus ou moins New Age, Wiccans ou parfois très sérieux comme les sectes dites "kémetiques".

      Des Mages prétendent avoir réussi à l'invoquer mais sans accéder à sa Bibliothèque infinie, dite Bibliothèque de Babel dont la Bibliothèque des Morts d'Hypatia sur le Styx ou la Bibliothèque des Rêves de Lucien pour le Seigneur Morphée ne sont que de pâles succédanés.

      On a récemment découvert une nouvelle Hypostase, Avatar virtuel de Seshat dans la Toile Digitale (voir Mage : Digital Web).

      La Déesse numérique bâtit ses nouveaux monuments par de purs chiffres et des équations. Elle grave des mémoires de silicium et dans les ondes et les fils de la Toile mondiale.

      Dans cette Icone ci-dessous, elle a ajouté comme symbole l'Aleph borgésien, le Point infini, à la place de sa rosace de Dame Sefkhet-Abouy.

    Cette description est inspirée des notes de Seshat.org et cet autre lien (ainsi que de Richard Wilkinson, The Complete Gods and Goddesses of Ancient Egypt pp.166-167). 

    Cette notule ne prétend pas à la vérité archéologique et historique mais doit être simplement utile pour les joueurs.
    J'ai ainsi négligé le fait que le lien avec Djehuti est peut-être finalement moindre qu'on ne l'a cru dans le passé. Elle ne serait appelée sa "collègue" que dans un seul texte ! Cela dit, l'iconographie les associe et elle est Dame de Khemenou.

    Mais dans les jeux Momie et Mage, les Dieux-Mages "Djhowtey" et "Sesheta" (voir Tradition Book : Order of Hermes (2003), p. 17, 56) sont mariés comme les deux Ordres de la Coupe et du Roseau et j'ai conservé cela.
    En revanche, je ne suis pas vraiment convaincu comme le prétend le jeu que Djhowtey et Sesheta doivent venir de Phénicie (??) sous le prétexte que l'Alphabet y a été inventé ni même à la rigueur de Mésopotamie parce que l'écriture à Sumer précède les hiéroglyphes, à la naissance de l'Histoire.
    Comme pour les autres Netjerou, je pense qu'il faut distinguer une Déesse de ses avatars humains. Autrement dit, je ne crois pas très amusant qu'Aset-Seshet qui Connaît les Noms ne soit qu'une magicienne qui a réussi à se faire passer pour une Déesse. Dans ma version, la "vraie" Seshet est un aspect numineux de l'Absolu et il y a en plus des mortels et diverses Hypostases de cette Seshet qui ont pu s'identifier à elle.

    Mais c'est une question de goût. Je préfère que les jeux soient "anti-évhémeristes".