dimanche 5 septembre 2021

Dragons of Camelot

Sans doute une des pires adaptations du mythe arthurien, c'est un petit film (2014) qui paraît presque amateur, sans budget, sans costume, avec des batailles épiques avec 4 guerriers mais quelques secondes de CGI avec des dragons relativement convaincants. 

Arthur se meurt (dans son lit à Camelot). Il a réuni Guenièvre, leur fils Galaad, Merlin et Gauvain. Il demande pardon d'avoir exilé Lancelot et révèle au jeune Galaad qu'il est un bâtard et que son vrai père est Lancelot. Il lui confie Excalibur. Morgane la fée envahit alors Camelot avec trois dragons et l'aide du traître Gauvain (qui joue donc ici le rôle du Mordred et n'a pas l'air très satisfait que Galaad soit l'héritier s'il est le fils de Lancelot). Excalibur est brisée. Galaad s'enfuit mais rencontre trois brigands, Bohort, Perceval et sa soeur Dindrane (qui sont devenus brigands depuis qu'ils ont échoué à trouver le Graal). Ils retrouvent Lancelot, devenu une épave alcoolique. Galaad remet Excalibur (brisée) dans la Pierre et demande à Lancelot de la sortir. Celui-ci échoue et Galaad la ressort réparée. Lancelot reprend l'épée et tue les dragons (mais ils ont le temps de tuer Bohort et Perceval, je crois, je ne sais pas, j'ai accéléré la fin). Merlin et Morgane s'entre-tuent et Galaad, après avoir tué Gauvain, est sacré Roi, épouse Dindrane, avec son père Lancelot comme Champion du Roi, qui pourra convoler avec la Reine-Mère. Pour gâcher ce happy ending, Galaad retourne au Lac jeter Excalibur et elle tombe au fond de l'eau sans aucune main pour s'en saisir. 

Le film est nul et n'a aucune dignité chevaleresque, faisant plus penser à du post-apo/western. Galaad est joué par un acteur peu charismatique et un peu trop vieux pour le rôle alors que tout le monde lui dit tout le temps qu'il n'est qu'un gamin trop jeune pour régner. Mais il reste que ce Galaad est plus sympathique que d'habitude en n'étant pas un ascète chrétien mais un meneur d'hommes dont la fonction est de remonter le moral de Lancelot, le Chevalier déshonoré. Je ne me souviens pas d'avoir jamais vu une version où Guenièvre (et non Elaine) était sa mère mais c'est la bonne idée du film. Dindrane (la soeur de Perceval dans les versions de la Vulgate) a préfiguré le personnage d'Elaine de Corbenic, fille du Roi Pêcheur, qui devient dans les versions standards la mère de Galahad. 

Guenièvre dit au début à Gauvain qu'elle sait qu'il a encore du Bien en lui et je m'attendais à un Pistolet de Chekhov avec un arc de rédemption. Mais non, il reste un Mordred jusqu'au bout et j'imagine que l'autre scène est une incohérence d'une étape du scénario. 

Les personnages n'ont pas d'armure sauf l'un d'entre eux qui commente qu'elle est belle, ce qui ne fait qu'accentuer à quel point on dirait juste un capot de voiture. 

jeudi 2 septembre 2021

Arthuriana dans FATE/Apocrypha

Les fictions japonaises ne sont pas fondées sur un principe de continuité suivie mais souvent plutôt sur un jeu de variation : on reprend les mêmes "personnages" comme des "rôles" ou des silhouettes schématiques et on redéfinit le contexte. 


Après les premiers FATE, qui avaient posé les règles générales (7 couples Maîtres-Serviteurs, Guerre du Graal, érotisation et inversion sexuelle des Héros), Fate/apocrypha (2012) est dans une version "parallèle" où la Troisième Guerre du Graal s'est passée différemment : un Clan de sorciers de Transylvanie avait pu prendre le Graal (qui est uniquement une source d'énergie magique sans lien christique) avant la Seconde Guerre mondiale (même si je ne comprends pas bien pourquoi ils n'avaient pas pu accomplir leurs voeux dès cette époque) et cette fois, au lieu d'opposer 7 Maîtres-Mages entre eux, la Guerre du Graal va opposer deux camps, les 7 Mages de cette famille roumaine (ici appelé les 7 "Noirs") contre les 7 sorciers envoyés par l'Association des autres Mages (les 7 "Rouges"). Aucune des deux factions n'est clairement "bonne" ou "mauvaise", il y a des Mages ambigus des deux côtés même si certains des Esprits héroïques comme Astolfo et Siegfried sont plus clairement positifs. 

A ces 14 Héros (les 7 classes de Héros : Saber, Archer, Lancer, Rider, Caster, Berserker, Assassin) s'ajoutent deux Héros particuliers. 
Jeanne d'Arc (qui était déjà évoquée par Gilles de Rais dans Fate/Zero) a été convoquée directement par le Graal comme arbitre du combat ("Ruler") et est incarnée en un corps d'une Humaine comme elle n'a aucun Mage pour l'alimenter en mana
Le Prêtre catholique Kotomine Shiro (propre à la mythologie interne de la série, arbitre survivant de la Guerre du Graal précédente) est un mélange dans cette dimension entre l'Inquisiteur Kotomine de FATE/Zero et l'héroïque Shiro de FATE/stay night et il a pris le contrôle de presque toute la faction Rouge (sauf le Nécromancien qui a invoqué Mordred) Son secret est qu'il n'est plus un simple Mage humain mais un Héros qui n'a pas besoin de Maître, tout comme Jeanne d'Arc. 




Du côté Noir, les 7 Héros sont : 
Avicebron le Cabbaliste du XIe siècle (dont une légende du XVIIe raconte qu'il aurait créé un golem ou une automate pandora comme servante, ici il est un Nihiliste créateur d'homoncules, qui rêve de recréer l'Eden et l'Adam Kadmon en faisant tabula rasa de l'humanité), 
le Paladin Astolfo avec son hippogriffe, la lance magique d'Argalia et le grimoire des contre-sorts de la fée Logistille (du Orlando Furioso, ici un androgyne très queer et plein d'abnégation mais qui n'a pas toute sa raison sauf pendant la Nouvelle Lune), 
Chiron le Sagittaire (Archer), 
Vlad Dracula l'Empaleur (qui a ici le pouvoir de faire pousser d'innombrables Pals), 
la Créature de Frankenstein (ou plutôt L'épouse de Frankenstein des films d'horreur puisque la série féminise toujours les Héros), 
Jack l'Eventreur (incarné en une petite fille qui représente l'inversion du Gilles de Rais de FATE/Zero, un avatar de vengeance de tous les enfants persécutés de l'époque victorienne), 
Siegfried (qui se sacrifie en donnant son sang draconique à un Homoncule pour le sauver, "Sieg", qui deviendra le vrai héros de l'histoire et le Maître d'Astolfo). 

Du côté Rouge, les 7 Héros sont : 
Achille
Atalante (qui rêve de venger tous les enfants abandonnés)
Karna (du Mahabharata - le fait qu'Achille soit aussi l'élève de Chiron dans l'autre faction fait penser à la relation entre Arjuna et son gourou Drona), 
Mordred (qui s'identifie strictement comme "garçon" bien que son corps implique le contraire),
Semiramis (avec ses Jardins Suspendus, une Tour de Babel volante), 
Shakespeare (à la fois narrateur de l'histoire épique et sorcier)
Spartacus (génie furieux de la Rébellion contre tout Maître). 

Comme on le voit, en dehors de ce terme de "Graal", on ne retrouve plus que Mordred en Chevalier de la Trahison comme élément arthurien et il y a plus de mythologie grecque (Chiron, Achille, Atalante) ou de Gothic victorien britannique (Dracula, Frankenstein, Jack the Ripper - même Avicébron incarne un savant fou assez frankensteinien même s'il est plus nihiliste que prométhéen). 

Dans cette version, Mordred, la fille-clone d'Artoria (qui a des attributs encore plus féminins qu'Astolfo et parle de "lui" au masculin) n'est pas motivée par une soif de conquête mais bien par une forme d'amour contrarié où Mordred aurait voulu être un meilleur Chevalier que Lancelot. Arthur est montré comme un Roi parfait tellement idéal qu'il refuse Mordred parce qu'il sait qu'il ne pourrait pas être un monarque adéquat. Mais c'est ce refus qui fera de Mordred son ennemi et causera finalement la chute de Camelot que désirait Morgane. Un des procès qui revient tout le temps dans la série est qu'Arthur échoue par sa pureté même et qu'il représentait un idéal héroïque trop irréalisable et inaccessible. Mais je ne trouve pas qu'on arrive à entrer dans la relation de respect mutuel entre le Nécromancien (qui cherche une fille de substitution) et Mordred (qui veut compenser l'échec de son identification avec Arthur). 

Comme il y a 16 Héros au lieu de 7, c'est moins approfondi que dans FATE/Zero. La métaphore continue de cette série est surtout sur le Parasitisme, l'instrumentalisation et la consommation d'autrui. Le Cabbaliste fait les Homoncules pour leur prendre leur énergie et Jack the Ripper mange l'énergie magique des Mages qu'il assassine. Le Maître de Vlad Dracula a l'intention de vampiriser le Vampire pour atteindre l'immortalité. 

La série tourne souvent autour du thème du Mal et de la Théodicée, symbolisée par le sacrifice des Innocents. Les Homoncules sont brisés comme des poupées, comme des instruments et s'amoncellent en des tas de cadavres. Jack L'éventreur, qui incarne en lui tous les innocents violés et dévorés par la haine, pousse Sieg et Jeanne d'Arc à s'interroger sur le Mal radical. Il est dommage que le scénariste n'ait pas aussi fait le lien avec l'histoire où Arthur aurait tué tous les enfants nés à la même date que Mordred

Une des choses qui est terrible en vieillissant est que je constate mon déclin intellectuel. Je ne comprends pas la fin du Shangri-la de Matthieu Bablet et je ne comprends pas bien les fins des FATE où le voeu demandé au Graal n'est jamais réalisé comme il a toujours un élément de Monkey's Paw, un piège où la réalisation du voeu se retournerait contre le désir initial. 

mardi 31 août 2021

Une campagne filmée pour DreamSpace

Il y a 7 ans, j'avais parlé de mon admiration pour DreamSpace, un contexte pour le jeu Hillfolk où on joue une histoire à la Star Trek mais dans une onironef traversant l'Inconscient des Songes. Bien que je n'aime pas regarder de jeu de rôle en vidéo, je suis très content de voir qu'il y a une série de parties dans ce contexte, Endymion's Gate (filmées à l'époque du Premier Confinement). 

Malgré tout le côté si difficile à filmer des parties de jeu de rôle (temps morts, private jokes, l'intimité de personnes qui dialoguent), il y a des efforts spectaculaires de montage pour rendre cela visuellement attirant. 

(certes, je dois dire que même avec tous ces efforts, cela ne suffit pas pour moi, le jeu de rôle est une expérience très difficile à partager ou alors il faudrait vraiment un montage cinématographique, voire une sorte d'animation et on ne serait plus dans la partie filmée. Mais le succès de Critical Role et autres montrent que je ne suis pas du tout représentatif : il y a un public.)

mardi 17 août 2021

Prydain IX Le mariage de Branwen fille de Llyr

Rappel des épisodes précédents

Notre héros s'appelle Pryderi, fils de Pwyll (Souci, fils de Sagesse), seigneur de Dyved, le pays au bord de l'Autre Monde, au sud-ouest du Pays de Galles, et il parle avec la tête tranchée du Roi Bran le Béni au retour de la guerre calamiteuse en Irlande dont on va enfin raconter le déroulement avec la majeure partie de la Seconde Branche des Mabinogion.] 

La famille de Bran

Llŷr Llediaith (Demi-Parole) avait épousé ma mère, la belle Penarddun, fille de Beli le Grand. 

La Maison de Beli le Grand avait régné sur Prydain l'île des Puissants : Nudd Llaw Ereint ("à la main d'argent") avait été le Roi pendant les Trois Fléaux (voir Prydain VII). Beli avait aussi eu avec Dôn le seigneur Casswalawn au Voile d'Invisibilité (qui chercha à usurper la royauté de Bran), le magicien Gwydion (Né des arbres), le jeune Gilfaethwy (celui qui volera tes porcs de l'Autre Monde, Peine, fils de Prudence) et la jeune Arianrhod ("Roue d'Argent") et c'est la Maison de Dôn qui règne sur le nord, au Gwynedd. 

Avec Llyr, Penarddun eut pour enfants, moi, Bran le Corbeau Béni, Branwen la Blanche Corneille et Manawydan, qui est toujours ici parmi nous, seul enfant de Llyr parmi les survivants de cette guerre funeste. 

Mais le vil Euroswydd enleva Llyr, l'enferma dans une geôle et notre mère Penarddun dut coucher avec lui pour obtenir la libération de son mari. Elle conçut ainsi deux autres enfants, mes deux demi-frères, Nisien, ("Paisible") qui était prudent et généreux comme notre mère et Efnysien ("Discorde"), qui était colérique et méchant comme son père Euroswydd. Hélas, combien de malheurs devaient arriver à cause d'Efnysien le semeur de troubles !

Guerre et Noces

Matholwch, le Roi d'Iwerddon (l'Irlande), était fort courroucé d'avoir perdu le Chaudron d'immortalité que le géant Llasar Llaesgyfnewid nous avait amené (comme il a déjà été raconté, voir Prydain VIII). Mais il ignorait que nous l'avions obtenu. Il entendit parler de la beauté de Branwen et voulut demander sa main. Sa flotte de treize navires traversa la Mer entre l'Irlande et Prydain. 

J'étais assis en haut du rocher de Hardlecch, sur la côte de Gwynedd et j'attendais avec mon frère Manawydan. J'allais préparer notre royaume à la guerre quand Matholwch fit dire qu'il venait pour cause de demande en mariage et non de guerre. Nous nous réjouissions de ce retournement et avons organisé les noces entre ma soeur Branwen au Sein Blanc et le roi Matholwch. Ce fut grand festin et je festoyais sous une tente puisque j'étais trop grand pour toute demeure. 

Dessin de Margaret Jones

Mais alors revint mon frère le querelleur Efnysien. Il apprit que les noces avaient commencé sans lui et il s'indigna qu'on ne lui eût pas demandé son avis. De colère, il trancha les oreilles, les queues et les paupières des chevaux du roi Matholwch. 

Furieux, le roi Matholwch allait déclarer la guerre lorsque je décidais de lui rendre en compensation de nouveaux chevaux pour remplacer ceux qui étaient défigurés, un plat d'or et un bâton d'argent. Il retrouva son calme en récupérant aussi le Chaudron d'Immortalité qu'il fut surpris de retrouver et il repartit de l'autre côté de la Mer avec ma soeur et ses treize navires. 

J'appris plus tard qu'ils eurent un enfant, nommé Gwern ("L'Aulne"), qui fut confié à des nourrices.

Mais les frères de Matholwch continuaient à nous blâmer pour l'offense d'Efnysien malgré toutes nos compensations et ils s'en prirent à la nouvelle reine. Matholwch avait vite perdu toute affection pour sa reine et il laissait faire ses frères qui la maltraitait. Ma chère Blanche Corneille réussit à parler à un étourneau qui vint nous prévenir de ses souffrances dans les cuisines du château d'Irlande. 

Dessin de Margaret Jones

J'étais à Caer Seiont dans le cantref d'Arfon en Gwynedd, en face de l'île Ynys Môn quand l'étourneau vint me prévenir. 

Cette fois, l'affront était tel que la guerre ne pouvait pas être évité. Toute l'Île des Forts pleurait pour Branwen. Il fallait partir délivrer ma soeur. Je réunis toute l'armée de tous les cantons de la Grande Île de Prydain avec toi, noble Pryderi, Souci, fils de Sagesse, et avec mon frère Manawydan, mais je laissais le Royaume à mon fils Caradawc, avec seulement sept preux qui étaient : 

(1) Hefeydd le Long, père de Rhiannon et grand-père de Pryderi,

(2) Unic Glew Ysgwyd ("Au Bouclier Brillant"), 

(3) Iddic fils d'Anarawc Gwalltgrwn, 

(4) Ffodor fils d'Ervyll, 

(5) Gwlch Minascwrn ("Aux Petits Os"), 

(6) Llassar un des fils du Géant Llaesar Llaesgygwyd, 

(7) Pendaran Dyved le Page. 

L'expédition en Irlande


Comme aucun navire ne pouvait me porter, je marchais dans la Mer d'Irlande aux côtés de nos navires. Les Irlandais virent notre flotte arriver. Ils dirent au Roi Matholwch qu'il voyait une forêt qui bougeait et une montagne qui traversait la mer. Matholwch demanda à Branwen ce qu'étaient cette forêt et cette montagne. 

"La forêt qui couvre l'eau est la flotte de l'Île des Forts qui vient me venger. 

Et cette montagne qui se déplace est mon frère, Brân le Corbeau Béni"

Apeuré, le roi Matholwch demande des pourparlers et propose de donner le trône à son fils Gwern l'Aulne, mon neveu et fils de ma soeur bien aimée. Mais il prépare un plan pour enclore nos troupes dans une demeure et les attaquer par surprise avec des gardes cachés dans des sacs de victuailles. 

Quand Efnysien voit tous ses sacs, il a semblé deviner la ruse, il les écrase tous un à un et massacre tous les traîtres irlandais. Il aurait presque pu compenser ses fautes à ce moment s'il n'avait ensuite continué à se comporter en brute violente. 

On décida alors de faire la paix et de couronner Gwern l'Aulne. Tous ses oncles un par un l'embrassèrent, moi, Manawydan et Nisien. 

Mais quand ce fut le tour d'Efnysien, il prit alors mon cher neveu l'Aulne et le jeta dans les flammes d'un grand brasier, ce qui le tua. Branwen voulut se jeter dans les flammes aussi pour le sauver mais son frère l'en empêcha. La guerre éclata dans le tumulte mais Matholwch avait avec lui le Chaudron d'immortalité. Quand ses soldats étaient tués, il allait les faire ramasser en tas et le remettait dans le Chaudron pour les ressusciter. 


Efnysien vit cela et promit de nous montrer sa valeur, il se cacha dans le tas des cadavres et une fois dans le Chaudron, il le détruisit de l'intérieur, ce qui fit aussi éclater son coeur. 

Alors les hommes de Prydain l'emportèrent et le massacre fut terrible au point qu'il ne resta plus dans toute l'Irlande que cinq femmes enceintes (qui donnèrent naissance aux cinq parties de l'Irlande). 

Le Retour de Guerre

Mais hélas, je fus touché d'une flèche empoisonnée. Avant de mourir, je demandai que ma grande tête fût tranchée pour pouvoir continuer de protéger magiquement mes amis et mon ancien Royaume. C'est à Gwynfryn ("La Colline Blanche", à Londres) que vous enterrerez ma Tête et tant qu'elle restera là, l'Île des Puissants ne pourra jamais être envahie. Mais d'abord vous ferez la fête hors du temps et je chanterai pour vous divertir, avec les Oiseaux de Rhiannon, qui réveillent les Morts et font dormir les Vivants. 


Après ma mort, vous n'étiez plus que sept guerriers survivants, plus ma soeur Branwen, pleine de chagrin. Il y avait mon noble frère Manawydan, toi, noble Pryderi fils de Pwyll, Taliesin le Barde, Gluneu Eil Taran (fils du Tonnerre), Ynawc, Grudyen  fils de Muryel et enfin, Heilyn fils de Gwyn l'Ancien. 

Mais il n'était pas dit que Branwen la Corneille blanche survivrait à la mort de son fils l'Aulne et de son frère le Corbeau. Quand nous arrivâmes sur Ynys Môn, à l'embouchure de l'Afon Alaw, avant même de revenir vers Hardlecch, Branwen regarda sur cette île les deux grandes îles d'Irlande et de Prydain qui avaient été ravagées par la guerre et elle eut le coeur brisé en poussant un grand cri. 

Nous l'avons enterrée dans un tombeau carré, la Tombe de Branwen, sur cette île Ynys Môn, à côté de Gwynedd. 

Mais quand nous sommes revenus sur l'île des Forts, Manawydan fils de Llyr demanda ce qui était arrivé à Caradawc, le Prince régent de Brân et on nous dit que Casswalawn le Chef d'Etain, fils de Beli, avait tué six des sept preux. Casswalawn avait revêtu son manteau d'invisibilité et on ne voyait plus de lui que son épée. Seul Pendaran Dyved ("Chef du Dyved"), l'écuyer, survécut en s'enfuyant devant l'épée volante. Le Prince Caradawc eut le coeur brisé en voyant tous les preux tomber. 

Et ton grand-père, Hefeydd le Long, père de Rhiannon, périt ainsi, Pryderi, occis par l'épée du Roi Casswalawn Chef d'Etain. 

Comme l'avait conseillé Bran, nous avons commencé la longue Veillée hors du temps, là où chantaient la Tête du Roi mort et les Oiseaux de Rhiannon. Et quand la Veillée sera finie, nous reviendrons dans le monde du souci et du temps. Le temps ne se sera pas écoulé pour nous dans nos chants mais des décennies auront passé pour le monde extérieur. 


Notes

J'ai inventé les origines précises de Nisien & Efnisien comme le texte n'explique pas du tout pourquoi leur père avait enfermé Llyr et s'il y a un rapport avec la conception des deux frères opposés. 

Le nom de "Pendaran Dyfed" (l'écuyer qui survit à l'épée de Casswalawn) est ambigu comme il y a aussi un père adoptif de Pryderi qui portait le même titre. Pryderi n'a pas l'air du tout pressé de venger son grand-père et la guerre s'accompagne vite d'une impression de fin du monde dans la Troisième Branche

L'Arthur de Keltia

Le jeu de rôle Keltia (2012) par Neko, Thibault Dapremont, Kristoff Valla & Florrent (au Septième Cercle), est célèbre pour avoir tenté un Arthur gallois des Âges sombres entre la Chute de l'Empire romain et les invasions saxonnes en "Ynis Prydein" (L'Île des Forts). 

On ne peut pas parler d'un Arthur "historique", la part de fantastique ou de féerie des Mabinogion est très importante mais la part chrétienne et médiévale y a été plus atténuée. Certains critiques du GROG exagèrent en disant que le jeu se moque ouvertement des goûts plus "maloryens" de Greg Stafford dans Pendragon mais Keltia se positionne simplement sur des choix différents. La documentation est importante et il y a une synthèse de diverses théories pour créer un cadre de campagne cohérent et dépaysant (surtout que j'ai l'impression que nos références celtiques vont souvent plus vers l'Irlande que vers le Pays de Galles, plus vers le Lebor Gabála Érenn que vers les Mabinogion). 

Keltia a eu une gamme relativement courte avec en gros quatre suppléments : l'Ecran (avec un scénario introductif plus simple que celui du livre de base), Avalon, sur l'Autre Monde et des voyages en Irlande et à Caer-Is (Ker-Ys), Le Vieux Nord sur l'Ecosse (d'où viennent Myrddin et Gauvain - la geste arthurienne bretonne est parfois plus écossaise que seulement galloise) et enfin la Bataille de Mynydd Baddon qui clôt le Cycle arthurien). 

On commence en l'an 485 (donc juste avant l'année où Clovis va unir les Francs à la Bataille de Soissons, à l'âge de 20 ans) et la campagne officielle se situe avant la fin du Ve siècle (même si on y ajoute le Myrddin le Haut Druide de Bretagne qui vient plus de quelques décennies après). Stafford avait choisi plutôt les années 510-560 pour son Arthur. 

Vers 450, l'ancien Haut-Roi Gwrtheyrn (Vortigern) avait épousé une fille du bref empereur Macsen Wledig (Maximus Magnus, mort en 388) et il a laissé entrer Hengist Fils d'Odin et les Jutes dans le Kent. Son fils Vortimer s'est levé contre lui mais ensuite le nouveau Haut-Roi d'Ynis Prydein fut Emrys Wledig (Ambrosius Aurelianus, Roi de Powys) qui tenta de faire durer les Légions romano-bretonnes. Il y a un conflit politique entre les diverses tendances des Chefs et Rois venus du Pays de Galles et de la frontière écossaise. Emrys Wledig a fait épouser sa fille Eigyr (Ygerne) avec Einion «Yrth» (l'Impétueux) ap Cunedda, le Pendraeg de Gwynedd (au nord du Pays de Galles, mais venu du Vieux Nord). 

Le père d'Arthur, Einion (donc l'équivalent d'"Uther" en gros) n'a aucune sympathie pour son jeune fils de 15 ans, élevé par son grand-père Emrys Wledig, Arthur, et préfère son fils aîné d'un lit précédent, Cadwallan ap Einon. Morgana existe aussi mais est une fille d'Eigyr d'un mari précédent et elle soutient la cause de son demi-frère, en étant une prêtresse païenne d'Avalon. Le plan d'Emrys est de faire de son petit-fils Arthur son héritier contre son gendre Einion et le conflit est aussi générationnel, les jeunes princes étant plus prêt à servir l'inspiré Arthur que l'impétueux Pendraeg de Gwynedd. Einion a un autre frère chef, Ceredig. (voir les légendes sur la version de Ker-Ys de Ceredigion). Il faut noter que dans cette période, les chefs gallois exilés d'Ecosse semblent plus préoccupés des invasions irlandaises que des invasions germaniques. 

Cet Arthur ap Einon semble donc être en gros identifié à Owain Danwyn ("Dent Blanche") et je me demande si ce ne serait pas plus drôle de le nommer ainsi pour que les PJ ne devinent pas de qui il s'agit, avec Maelgwn (le fils de Cadwallon ap Einon, vers 520-540) tant honni par Gildas en Mordred. Et il y a tellement d'Owain que cela brouille les pistes. 


Extrait de la carte officielle du jeu, avec le Cymru


On peut mentionner quelques autres Rois d'Ynis Prydein. Llud Luwddoc (Lot) est roi de Lothian et a épousé Gwyar, soeur d'Eigyr et une autre fille d'Emrys Wledig, et son fils Gwalchmai (Gauvain) ap Ludd est donc le cousin d'Arthur, pas son neveu. Un des personnages pré-tirés de la campagne est le guerrier Owain ap Lludd, son frère (Yvain). Enfin, dans les noms connus, il y a aussi Caradoc Freichfras («Au bras fort») ap Ynir, Roi du Gwent (sud du Pays de Galles) et Merchion ap Custennyn (Marc'h) Roi de Kernow (Cornouailles, Lyonesse, en lutte face à son neveu le jeune Drustan et Gereint, dont je me demande s'il est lié à ce (G)Erech de Cornouailles continentales). Avalon p. 32 dit que le roi de Cornouailles d'Armor est Budig II Llydaw ap Erich Emyr (460-544?). 

Les 4 autres PJ pré-tirés proposés en plus du Prince Owain ap Ludd dans la campagne sont Aedàn ap Bleddyn (un "Cymbrog" chevalier au service d'Emrys Wleddig), sa soeur Aeron ferch Aileen de Crug Hywel (Magicienne d'origine irlandaise), Kadvael ap Cadno (Barde de Powys) et Dewi Kelyn (Druide d'Ynis Môn). 

Le Myrddin du jeu, en plus d'être la réincarnation de Taliesin, est aussi en partie originaire de l'Autre Monde et on retrouvera Nimue dans le supplément Avalon. qui est riche en plusieurs niveaux de mythes (les Français aiment décidément beaucoup ajouter des niveaux de Ker-Ys, notre Atlantide celtique, dans la geste arthurienne, avec ici des influences du King of Ys de Poul Anderson). Une chose que je n'ai pas comprise est qu'ils commencent le supplément en disant qu'Avalon n'a "bien entendu" rien à voir avec Glastonbury et ensuite Glastonbury est vraiment une Porte vers Avalon dans le cadre officiel. 

Sur un certain film arthurien récent

L'équipe des deux auteurs de Rex Quondam, Rex Futurus fait un podcast sur Kaamelott Premier Volet et ils ont plutôt aimé alors qu'ils sont d'habitude assez sévères. 

Je n'en parle pas tellement comme ma connaissance de la série d'origine se limite à un résumé en 6 minutes vu sur YouTube et que j'en ai déjà parlé sur Twitter (et puis aussi parce que les fans de Kaamelott sont comme les Corses, ils sont trop susceptibles pour qu'on en fasse de la critique mesurée comme le montrent des insultes récentes contre une médiévaliste qui avait dit être légèrement déçue par certains aspects). 

Je ne crois pas que ce soit très accessible quand on n'a rien vu de la série. C'est bien sûr original et décalé (on commence avec un vieux Lancelot tyrannique qui ruine le Royaume de Logres pour retrouver un Arthur dépressif) mais je crois qu'il est difficile d'accrocher si on n'a pas pu grandir avec Arthur/Artorius. Je trouve que des heures de Refus de la Quête, cela fait trop long. 

J'aime bien : La musique (et le fait que le film soit, avec les "Burgondes", en effet plus sur la musique comme rythme que sur autre chose). le Chevalier-Seiche et le passage où Arthur dit, attendri, que la Table ronde faite de bric et de broc, elle, n'est pas ridicule. Alain Chabat. Quelques phrases à la Triple-Patte de Rollin (le roi Loth). Merlin sert à quelque chose même sans pouvoir. 

Je n'aime pas : Arthur reste esclave pendant des années pour refuser son destin, il reste ingrat et atrabilaire pendant presque tout le film et tente même à nouveau de se suicider, Guenièvre, Lancelot-Vortigern le Méchant sans but et sans psychologie, le combat final qui dure deux secondes, les Saxons (même avec Sting), Perceval et le kamoulox (et pourtant, je trouve cela d'habitude assez drôle, le kamoulox). 

Portrait de Steve Perrin par Shannon Appelcline

Un article très complet sur Steve Perrin, comme d'habitude avec Shannon Appelcline, l'auteur de Designers & Dragons, qui a aussi travaillé chez Chaosium dans le passé (notamment sur l'édition US de Nephilim mais aussi sur RuneQuest). 

J'avais tendance à dire que RuneQuest c'était un peu D&D si tout le monde était à la fois Voleur (les compétences en pourcentages) et Clerc (les sorts liés au culte) mais l'article m'apprend qu'une autre source était une classe de PNJ qu'avait créé Steve Perrin, le Sage, qui gagnait son expérience en temps d'entraînement, d'où l'idée d'abandonner complètement les points d'expérience en même temps que les classes, en passant du Métier aux multiples compétences. (Marc Miller fera certes la même chose en même temps avec Traveller)

samedi 14 août 2021

Steve Perrin (1946-2021)




Le grand créateur de jeu de rôle Steve Perrin, créateur de RuneQuest, est décédé à 75 ans. 

Son épouse, l'artiste Luise Perenne est dans un état grave depuis quelques temps et Steve avait dû organiser un financement contributif pour tenter de payer les factures médicales qui explosaient. Toutes nos pensées vont vers elle. 

Grand fan de comic books (j'ai déjà expliqué ma théorie que Steve Perrin a créé un modèle possible de Black Panther dans une fanzine deux ans avant Jack Kirby dès 1964), Steve Perrin écrit souvent dans les courriers des comics de l'Âge d'Argent (je l'ai vu dans un numéro de Doom Patrol mais il m'a dit un jour sur Facebook qu'il est apparu dans d'autres titres). 

Connu sous le nom du Comte Stefan de Lorraine (Blason : Lys de Gueules sur Champ d'Argent) dans la première association de "grandeur nature" (Live Action Role-Play) la Society for Creative Anachronism dont il fut un des premiers fondateurs en mai 1966 (voir Different Worlds 3), l'année même où un autre étudiant californien, Greg Stafford, mort en 2018, commençait à écrire ses premières nouvelles dans le monde imaginaire de Glorantha), il est donc là aux origines du jeu de rôle.  C'est à la SCA que Steve épousa Luise ("Luise of the Phoenix") en tenue médiévale en 1968, il y a 53 ans. Stefan de Lorraine, seigneur des Armées du Chaos, devint même le Roi du Royaume Occidental (The West-Kingdom) en l'An IV de la Société. 

Il est parmi les premiers à faire circuler des variantes et options du jeu de rôle Donjons & Dragons qu'il a réunies (les Perrin Conventions, essentiellement quelques ajouts sur les règles d'initative) et ensuite Stafford va lui confier la création de son jeu de rôle RuneQuest dans l'univers de Glorantha en 1978 avec d'autres collaborateurs comme Ray Turney

Stafford faisait sa campagne dans le Royaume occupé de Sartar mais c'est Steve Perrin qui développait la campagne dans la Grande Ruine de Pavis dans les plaines de Prax. Comme l'a joliment dit Mark Morrison, Stafford & Perrin furent les Lennon & McCartney du jeu de rôle, Stafford apportant son Chaos créatif et Perrin sa clarté limpide. 

Par la suite, il va créer d'autres jeux de rôle à partir des règles RuneQuest, chez Chaosium, le Basic System Role-Playing System sur lequel tant d'autres jeux vont naître comme Call of Cthulhu de Sandy Petersen. Steve Perrin créa ensuite une version générique multi-univers, Worlds of Wonder et une version superhéros en 1984, Superworld. Toujours fan du Genre superhéroïque, il a participé à de nombreux autres jeux de rôle de superhéros comme Champions, Mutans & Masterminds ou Icons, et a même écrit des comic books chez Heroic Publishing ou une nouvelle pour l'univers partagé Wild Cards de GRR Martin, qui était un grand amateur de Superworld). 

Il développe avec Ken St. Andre Stormbringer, le jeu sur les Jeunes Royaumes d'Elric d'après l'oeuvre de Moorcock, ou Elfquest, d'après les comics des Pini. Il a participé à d'autres compagnies comme TSR et par exemple la forêt d'Alfheim pour Mystara ou cette cité de Daggerford dans les Royaumes Oubliés (Under Illefarn) pour AD&D en 1987.

Perrin a introduit dans le jeu de rôle (avec Marc Miller, créateur de Traveller, ou Steve Jackson avec The Fantasy Trip, ou Ken St. Andre, créateur de T&T) les premiers systèmes "élégants", une sorte de classicisme clair et uniforme après les multiplications de systèmes des premiers jeux de rôle.  C'est un des grands fondateurs de ce hobby. 

Voir aussi la brève biographie qu'il donnait pour le GROG à l'époque où il mentionnait SPQR (Steve Perrin's Quest Rules), une version optionnelle de RuneQuest (avec des influences claires de Champions) sur laquelle il a travaillée à une époque. 

lundi 9 août 2021

Arthuriana dans FATE/Zero

Genres

Le scénariste Kinoku Nasu (né en 1973) a créé depuis 20 ans un ensemble complexe de romans pour la jeunesse, de fictions interactives, mangas & anime dans le même multivers (le "Nasu-Vers" ou univers Type-Moon) et notamment la série FATE qui développe de manière très étendue les références arthuriennes (avec certes pas mal d'autres mythologies, comme la Matière de France). Certains personnages mythiques ou des fictions littéraires y sont décrits avec des superpositions de contradictions où les versions différentes seront également possibles comme ils sont bien faits de croyances imaginaires et non de faits réels. 

L'idée de départ de FATE quand Kinoku Nasu était encore au lycée, était une Lycéenne de notre époque qui invoque l'esprit du Roi Arthur mais ensuite les deux sexes furent échangés en des histoires de travestissements ou de transsexualité comme Arthur/Artoria. William Blanc parle un peu de cette féminisation dans son livre sur Le Roi Arthur : Un Mythe contemporain p. 482-483. 

L'énorme succès de cette série japonaise fait qu'on ne peut plus chercher un héros mythologique sans tomber sur une version féminisée en tenue de lycéenne dans Google Images. La franchise FATE paraît être devenu un prétexte pour faire des jeux de cartes ou des jeux vidéo avec des personnages mythologiques sous formes de soubrettes déshabillées. 

Le comic book Camelot 3000 en avait fait un thème majeur avec son Tristan réincarné en femme et toujours amoureux/se d'Isolde (qui était manipulée par Morgane) et on trouvait déjà une idée proche dans la Matière de France, la Chanson de geste d'Yde et Olive, une des continuations de la Chanson de Huon de Bordeaux

Guerres du Graal

L'univers est celui de l'Occulte contemporain, à la Harry Potter. La Magie est en partie héréditaire et les Grandes Familles magiques se disputent l'accès au pouvoir magique tout en devant se cacher des mortels. 

Le Saint Graal est une source de puissance magique infinie et depuis l'époque contemporaine, le Graal choisit périodiquement 7 Mages (mais qui ne viennent pas toujours des grandes dynasties) et leur donne la capacité d'invoquer 7 Héros du passé qui sont censés les servir. Le Héros individuel varie mais il y a des "positions" qui se répètent à chaque fois et qui sont des sortes de "classes de personnage" (le Sabre, le Lancier, le Cavalier, l'Archer, le Lanceur de Sorts, L'Assassin, le Furieux - à l'inverse, un Héros individuel peut aussi occuper une nouvelle position dans la compétition). Les Héros sont liés par des Sceaux qui apparaissent comme des tatouages (transférables si le Mage refuse le Sceau ou s'il meurt). Le Héros ne peut se matérialiser que par l'énergie magique du Mage mais est ensuite généralement  plus puissant en combat que le Mage, ce qui peut déclencher un conflit entre Maître et Serviteur où le Maître doit user d'un de ses Sceaux pour garder le contrôle. Chaque Héros a un objet magique qui est une représentation d'un Symbole intemporel. C'est l'Eglise catholique qui garde les Sceaux de certains Héros qui n'ont plus de Maître. Un ancien Mage mort peut ensuite réapparaître comme Héros. On apprendra plus tard que le Graal a été contaminé avant la Deuxième guerre mondiale par Ahriman, ce qui a provoqué l'apparition de "Héros" incarnant des "Idéaux" de plus en plus destructeurs ou maléfiques. 

Les Sept Mages sont censés alors participer à la Guerre du Graal. dans la ville japonaise imaginaire de Fuyuki ("Arbre d'Hiver"), siège des dynasties de Mages (les Tosaka, les Mato...). Le dernier gagnant du combat obtient alors un Voeu quel qu'il soit auprès du Saint Graal, comme de transcender ce Monde Matériel vers l'Akasha et la Racine de tout être (but ultime de la Magie), de changer la Destinée ou la Résurrection, jusqu'à la prochaine Guerre du Graal. 

Les Sept couples Mages / Héros

Dans la série FATE/Zero (prequel écrit par Urobuchi, sorti en 2006 mais la chronologie interne implique que cela doit se dérouler en 1994), nous en sommes à la Quatrième Guerre du Graal. Il va y avoir 7 "Héros" dans cet épisode de FATE/Zero (créé pour donner des origines aux participants de la Cinquième Guerre du Graal) : Artoria le Roi Juste, Alexandre le Roi Conquérant, Diarmuid Uia Duibhne, Gilgamesh le Roi Originel, Gilles de Rais, Lancelot du Lac et le Maître des Assassins. 

1 
Le Mage principal est Kiritsugu Emiya Le Tueur de Mages, qui est aussi héritier des Mages du Temps. Il paraît être un assassin cynique qui tue ses adversaires avec des moyens technologiques modernes, mais il croit devoir suivre un plan utilitariste pour sauver le monde de la Fin du Monde qu'il a prévu. Il s'est allié à la famille des Alchimistes allemands les Einzberns et est tombé amoureux de leur "fille" Irisviel von Einzbern (en fait une Homuncula créée artificiellement), avec qui il a eu une fille qui sera une des Mages de la Cinquième Guerre du Graal. C'est Kiritsugu qui a les Sceaux qui lui ont permis d'invoquer Arthoria Pendragon et Excalibur, son épée invisible, mais c'est la Magicienne Irisviel von Einzbern qui est "officiellement" sa Maîtresse (et aussi son amie, car Kiritsugu ne voit en Artoria qu'une arme). 

Artoria, créée par Merlin à partir du Dragon Rouge de Grande Bretagne, était en réalité femme dès l'époque de Camelot (contrairement à Galahad, par exemple qui aura plus tard une version hybride réincarnée en un corps féminin) mais a dû le cacher pour hériter d'Uther (Kinoku Nasu connaît-il L'Oeil Noir et le secret de Hal ?). Elle a entièrement sacrifié sa féminité et son identité pour le bien du Royaume, mais elle cache aussi qu'elle est l'incarnation du Dragon Rouge, comme Oberon Vortigern est l'incarnation du Dragon Blanc. 

Morgane, soeur aînée (et non demi-soeur) d'Artoria (identifiée aussi à Morgause et qui est une des personnalités multiples de la Triple Déesse, à la fois de la bonne Viviane du Lac qui protège Artoria et de l'inquiétante Reine des Fées qui veut causer sa chute). Morgane est d'origine féérique par Ygraine comme Artoria, et elle aurait dû hériter du Trône si Artoria n'avait usé d'une sorte de loi (salique ?) contre elle (et l'histoire laisse ouverte la possibilité que c'était bien Morgane la Fée et non la Dragonesse Rouge qui aurait été la "bonne" souveraine "légitime" quoi que dise Caliburn). 
C'est ce secret sur le sexe d'Artoria qui explique à la fois son absence d'héritier (son mariage avec Guenièvre n'était qu'une couverture politique, Mordred est ici une clone d'Artoria par Morgane) et aussi la trahison finale de Lancelot et Guenièvre qui partageaient au début ce lourd secret avant de tomber amoureux l'un de l'autre. 
Si Mordred, la Fille aux Deux Mères, trahit sa mère-soeur Artoria pour sa mère-porteuse Morgane, c'est plus par amour oedipien et narcissique que par simple jalousie. Gareth (ici soeur de Gauvain) est une femme également (ce qui peut ainsi justifier une partie de son histoire en tant que "Beaumains"). 
Artoria Pendragon (incarnation de l'Idéal de la Royauté parfaite qui se sacrifierait pour son Royaume) veut le Graal pour faire le souhait de changer son Destin en sauvant Camelot de sa Chute et en changeant la Bataille de Camlann mais elle se sent coupable de l'échec de sa chevalerie quand Tristan lui reprocha le caractère abstrait et déshumanisé de ses idéaux et quand Lancelot fut entraîné par cet échec. 
Bédivère (un des rares chevaliers dans ce groupe qui ne soit pas une fée descendant d'Ygraine) est amoureux d'Artoria mais sans aucun espoir de réciprocité, elle est une Reine Vierge d'une chasteté absolue comme si elle croyait qu'aimer un individu l'écartait de sa mission de souveraine. 




L'ennemi principal de Kiritsugu est Kotomine Kirei, le Grand Inquisiteur de l'Eglise. Son "Héros" est Le Vieux de la Montagne, l'insaisissable Chef des Assassins qui peut se diviser en plusieurs Serviteurs. Membre dévot de l'Eglise catholique, Kirei est torturé par un Idéal ascétique et des pulsions sadiques mal refoulées sous une apparence rigoureuse. La violence qu'il utilise au début comme un moyen en vue d'une fin qu'il croit élevée devient de plus en plus sa propre fin. La série réussit à nous faire hésiter assez longtemps sur la valeur respective d'Emiya Kiritsugu le Tueur de Mage pragmatique et utilitariste et Kotomine Kirei l'Inquisiteur qui devient de plus en plus nihiliste. Je ne crois pas trop projeter cette interprétation nietzschéenne sur le nihilisme car les dialogues y font assez explicitement référence (même si le sataniste Gilles de Rais est bien sûr plus visiblement nihiliste que Kirei dans son ressentiment réactif contre tout Idéal). 

3 
L'Eglise catholique, qui est censée arbitrer la Guerre du Graal mais est assez corrompue par son désir de puissance, a demandé à Kotomine Kirei de devenir le disciple du Mage Tosaka Tokiomi et de faire avec lui une alliance secrète pour obtenir le Graal. Tokiomi a invoqué l'arrogant Gilgamesh, le Roi des Héros, le Prototype, le Premier Héros Originel, le Premier Demi-Dieu, le Surhomme, incarnation de la Démesure. Gilgamesh fut le premier à avoir le Graal et le premier à échouer dans la quête aux origines de l'Humanité. 

Kirei veut croire qu'il va servir son Maître Tokiomi, qui a confiance dans leur alliance mais ses discussions avec Gilgamesh, le "Serviteur" de Tokiomi qui n'a aucune intention de continuer à le servir, vont rendre ses motivations plus troubles. (Tokiomi est le père de deux des principales Mages de la 5e Guerre, Rin et Sakura)

4 
Matō Kariya est le personnage le plus tragique dans sa poursuite de certains idéaux. Sa famille de Mages, les Mato, ont perdu leur énergie magique et ils doivent détruire leur corps par d'horribles vers parasites pour s'alimenter en "mana". Kariya avait voulu quitter sa famille déshonorée et renoncer à son héritage mais la famille a la jeune fille des Tosaka Sakura en otage et c'est pour la sauver qu'il accepte de devenir leur Mage, de se faire injecter les Vers et de détruire sa santé et sa vie. Son serviteur n'est autre que Lancelot Furioso, le Chevalier des Ténèbres, le Berserker, le Chevalier du Lac qui a perdu la raison en trahissant Artoria à cause du secret de son sexe et de son amour pour Guenièvre. Oui, Kaamelott n'est pas la seule fiction arthurienne récente à faire de Lancelot un des Méchants corrompus. C'est moi qui l'appelle "Furioso" mais on sait que la folie d'Orlando est une reprise de celle de Lancelot (et à l'origine de Merlin le Sauvage) dans les romans arthuriens où il part aussi dans la Forêt (et d'autres épisodes de la série FATE reprendront Orlando, Astolfo, Rinaldo et Bradamante...). 

Archibald est un Mage Noble et un chef de l'Université anglaise de Magie et donc une sorte de Draco Malfoy qui serait devenu le dirigeant de Hogwarts. Il s'est fait voler son Héros, Alexandre le Roi Conquérant (et son Chariot Gordien) par un jeune Mage "roturier" moins expérimenté que lui, Velvet. Cet Alexandre représente le désir de vie, de chair et donc en quelque sorte l'inverse de l'Idéal désincarné et puritain d'Arthur Pendragon et plus épicurien que la démesure de Gilgamesh (mon épisode favori est la Cène où Arthur, Alexandre et Gilgamesh dialoguent sur leur conception du sens de la Souveraineté, même si j'aurais tendance à trouver que les caractérisations des deux ont été un peu inversées : j'aurais plutôt vu Gilgamesh comme l'exaltation de la vie ici-bas et Alexandre comme l'hubris). Le jeune Velvet est immature, manipulateur et arriviste mais il est destiné à devenir un jour un Mage important, comme Alexandre finit par le reconnaître. 

Le Mage Sir Archibald a donc dû substituer un autre Héros irlandais, Diarmuid Ua Duibhne (du roman gaélique La Poursuite de Diarmuid et Grainne) et il fait fournir l'énergie magique par son épouse Sola-Ui Nuada-Re Sophia-Ri Archibald (qui va tomber amoureuse de Diarmuid comme jadis Grainne). 
Ce Diamuid, à la Marque Amoureuse et aux deux Lances est un choix intéressant dans tous les triangles amoureux et la dynamique d'Arthoria. Diarmuid est une sorte de "Tristan" mais il est représenté ici comme l'inverse de Lancelot, qui fut détruit par sa trahison. Diamuid voudrait tout faire pour racheter sa trahison de son suzerain et sa honte de sa vie précédente (au point qu'il décide de servir avec une fidélité totale Archibald alors qu'il n'a pas aucun respect pour lui et que Sola-Ui veut se débarrasser de son mari). Il a de l'estime pour le Roi-Chevalier Artoria (sur qui son charme n'a aucun effet). 

Enfin, le dernier Mage choisi par le Graal (ce qui montre d'ailleurs sa corruption) est un jeune tueur en série, un psychopathe assassin d'enfants qui a pu invoquer comme Serviteur Gilles de Rais, Barbebleue, le Tueur d'Innocence et le Destructeur du Bien. Loin de tout moralisme où le Mal s'autodétruit dans certaines histoires, les deux s'apprécient beaucoup comme des "esthètes" du meurtre et de la dépravation. Gilles de Rais est fou et persuadé qu'Artoria est en fait la Résurrection par le Graal de Jeanne d'Arc la Pucelle d'Orléans, qu'il souhaite à la fois idolâtrer et pervertir ("Le blasphème ne fait qu'un avec la dévotion", le scénariste Urobushi Gen connaît bien les antinomies des gnostiques caïnites). 
Les scènes avec Gilles de Rais sont plus dans l'Horreur gore et je déconseille la série à ceux qui ont du mal avec la mise en scène spectaculaire du sadisme envers les enfants (mais c'est un problème récurrent dans la fiction japonaise où les otaku satisfont des fantasmes assez obscurs). Jeanne d'Arc sera l'héroïne de la série FATE/apocrypha et on y verra d'autres versions contradictoires de Gilles et de Jeanne. 



La suite...

FATE/stay night était le roman originel sur la 5e Guerre du Saint Graal de 2004 (la 6e Guerre est bien plus particulière car elle fut déstabilisée par des paradoxes temporels sur plusieurs périodes). En 2004, les couples Mages / Héros avaient bien plus de mythologie grecque (avec Héraclès, Médée et Médusa). 
Les couples des Mages et Héros étaient : 
1 Emiya Shiro (le disciple de Kiritsugu et protagoniste de la série) et le "Roi" Artoria. Le triangle amoureux est que Shiro aime Rin mais est aimé de Sakura. 
2 Tosaka Rin (la fille de Tosaka Tokiomi, adoptée par le Père Kotomine Kirei) et un Serviteur qui serait en réalité une version future d'Emiya Shiro (mais qui désire détruire sa version passée pour changer son Destin). 
3 Ilyasviel von Einzbern (la fille de Kiritsugu et rivale de Shiro) et Héraclès Furieux
4 Mato Shinji (fils des Mato, qui n'a aucun pouvoir, ami de Shiro mais bourreau de Sakura) et Mato Sakura (en fait soeur adoptive, vraie soeur de Tosaka Rin et amoureuse de Shiro) et leur Servante, Medusa
Sakura, puissante magicienne car elle serait un des Vaisseaux du Graal, pourra trouver ensuite dans certaines réalités alternatives d'autres Serviteurs (dont le dieu zoroastrien Ahriman) et même reprendre Artoria à Shiro ou Héraclès à Rin. En secret, les Mato ont aussi pu ré-invoquer le Vieux de la Montagne, qui servait auparavant le Père Kotomine Kirei. 
5 Médée, une "Servante" assez habile pour avoir tué le "Maître" qui l'avait invoquée et pris ainsi sa liberté (même si elle a en apparence un nouveau "Maître"). Elle a son propre serviteur, l'épéiste du XVI-XVIIe siècle Sasaki Kojiro. Les Mages de la série sont plus souvent japonais que les Héros. 
6 Le Père Kotomine Kirei, l'Inquisiteur, père adoptif de Tosaka Rin, qui a hérité de plusieurs serviteurs comme Cuchulainn et Gilgamesh, l'ancien serviteur de Tosaka Tokiomi (qu'il a fait assassiner). 

jeudi 5 août 2021

Le chevalier au papegau


Les romans arthuriens ont vite enfermé le Roi Arthur dans son rôle de "modérateur de quêtes" pour les autres chevaliers de la Table ronde mais ce roman tardif en prose (Conte de papegaulx, du XVe siècle) a l'originalité de revenir aux origines. C'est même le seul roman qui se concentre ainsi uniquement sur le personnage d'Arthur en l'isolant. 

Arthur est un jeune homme peu connu, il vient d'être couronné le jour même et il porte une épée baptisée une fois "Chastiefol" mais on peut supposer que c'est une déformation en langue romane de son nom celtique de CaledfwlchKaledvoulc'h / Calibur(n). Il a le désir de partir vers l'Aventure comme Chevalier Errant et il laisse donc le royaume à la régence du Roi Lot. son beau-frère, le père de Gauvain, donc après que Lot d'Orcanie a fini par lui rendre allégeance et avant tout mariage avec Guenièvre (d'ailleurs Guenièvre n'est jamais mentionnée). Presque tous les personnages demeurent nommés par des descriptions qui sont généralement données rétroactivement après les scènes où on les rencontre.  

"Le Chevalier au papegau", traduction française Danielle Régnier-Bohler, dans La Légende arthurienne. Le Graal et la Table ronde, éditions Robert Laffont, coll. « Bouquins », Paris, 1989, pp. 1085-1162.  

I La quête de la Dame aux Blonds Cheveux

1 A la Pentecôte (mai-juin), une demoiselle, Belle Sans Vilenie vient sur une mule demander l'aide du nouveau Roi pour sa maîtresse, la Dame aux Blonds Cheveux qui est attaquée au Castel d'Amour par un chevalier qui reste près de la Mer. Arthur décide d'y aller seul et anonymement, en laissant Camaalot à Lot

2 Dans la forêt de Camaalot, le jeune Roi-Chevalier bat le Chevalier de la Gaste Lande, jaloux qui opprimait la Dame sans Orgueil, soeur de la fée Morgane de Montgibel (le texte ne semble pas faire une soeur d'Arthur). Arthur lui dit de se rendre à Camaalot. 

3-6 Arthur, différant sa quête, accompagne cette Dame sans Orgueil vers Casuel où le perfide chevalier Lion sans Merci défie en duel les chevaliers pour leur prendre leurs biens. Le vainqueur aura un Papegau (un perroquet) porté par un Nain dans une riche cage décorée. Le Chevalier (qui a mis un portrait de la Dame sur son écu) bat Lion sans Merci et devient donc le Chevalier au papegau. Le perroquet est intelligent, sait improviser des Lais comme un troubadour et connaît les prophéties de Merlin qui lui annonçaient qu'il serait l'oiseau de ce Chevalier, l'Agneau qui triomphera du Lion. 

7-9 Arthur bat le Chevalier Poisson, sur une sombre monture gigantesque et il s'avère être une créature marine à écailles où tout son équipement, y compris sa lance, sa monture ou son haubert, fait en fait partie de manière organique de sa carapace noire de monstre aquatique, ce qui n'est révélé qu'après son trépas. Le Chevalier arrive à l'Amoureuse Cité de la Dame aux Cheveux Blonds et s'éprend de cette fée. 
(Note : Alexandre Astier s'est-il souvenu de cet étrange Chevalier Poisson avec son "Chevalier-Seiche" dans son film Kaamelot ou était-ce juste un gag cthulhuoïde ?)

10 Une demoiselle vient demander l'aide du Chevalier pour la dame Flor du Mont, fille du Roi Belnain de l'Île Forte, au Royaume des Pucelles, qui est assiégée en sa dernière place forte par son Maréchal qui veut la forcer à l'épouser. Il diffère cette seconde quête.  

11-20 Le Chevalier au papegau participe à un tournoi pour la Dame aux Blonds Cheveux

Celle-ci, pour éprouver son amour, lui demande de se comporter alors comme le plus mauvais chevalier du monde (peut-être en une parodie du Chevalier à la Charrette ?). Il se laisse battre et humilier par le Comte Doldois, qui se vante d'être plus vaillant que lui, mais il continue à jouer le mauvais chevalier en frappant la Dame quand celle-ci s'offre à lui. 

Elle lui demande pardon et il se venge ensuite en terrassant l'arrogant Comte. Le Chevalier vit ensuite amoureusement avec la Dame aux Cheveux Blonds avant de partir vers la quête pour Flor du Mont. 

II La quête pour Flor du Mont contre le Maréchal félon

21 La Duchesse d'Estregales désespère d'attirer le Chevalier au papegau chez elle dans son tournoi et elle dit à un Chevalier Géant qu'elle n'aura pas d'estime pour lui s'il ne rapporte pas la Main tranchée du Chevalier au papegau. 

22 Après un long combat (le heaume du Géant est éclairé par une pierre qui permet de continuer le combat même dans la pénombre jusqu'à ce qu'Arthur casse le nasal), le Chevalier au papegau tue le Chevalier Géant. Celui-ci se confesse avant de mourir, offre son haubert enchanté (léger et résistant) à Arthur et raconte l'avoir défié par amour pour la Duchesse. 



23 Le Chevalier au papegau, qui avait failli périr de ses blessures face au Géant, est soigné par la Franche Pucelle

24 Le Redouté de la Roche Ségure, frère du Chevalier Géant, vient défier Arthur à son tour mais après avoir été battu, il finit par reconnaître que la vraie coupable n'est pas Arthur mais plutôt la Dame qui avait poussé son frère vers son trépas. 

25 Le Redouté vient le venger en allant trancher la main de la Comtesse Bliandois qui servait la Duchesse d'Estregales et le texte (comme dans le passage plus haut avec la Dame aux Blonds Cheveux) semble soutenir cette conclusion misogyne. 

26 Le Chevalier convainc le Chevalier Andois, ancien vassal mal récompensé par le Roi défunt Belnain quand celui-ci avait été attaqué par le Roi du Maroc et le Roi de la Cité Forte, de ne pas abandonner sa suzeraine, la Dame Flor du Mont face au Maréchal félon. Le texte ne fera hélas rien de ce passage diplomatique. 

27-28 Le Chevalier, arrivé devant la cité des Pucelles, bat des hommes du Maréchal et son Gonfanonier, qui se rend à Flor et sa mère, la veuve du Roi Belnain à La Roche sans Peur

29 Flor demande au Chevalier au papegau s'il était proche d'Arthur de Bretagne et il répond qu'il en est plus proche que nul autre. 

30-31 Arthur repart lutter contre le Maréchal vers son Château Périlleux. Il rencontre une bête étrange, mi-cerf, mi-dragon, rouge et aux cornes d'or, qui le guide et se transforme ensuite. C'est le fantôme du Roi Belnain (qui fut assassiné par un vassal qu'il n'a pas le droit de nommer) qui lui dit de s'abriter sous un Arbre merveilleux face aux fantômes qui tenteront de l'entraîner dans un tournoi de spectres. Le Chevalier au papegau résiste à l'appel et le tournoi se dissipe quand sonnent les cloches du matin. 

32 Il voit une inscription lui indiquant le chemin de l'aventure. Il le suit vers une demoiselle qui lui dit qu'un Dragon a emporté son ami; le Chevalier amoureux du Château sauvage. Le Chevalier au papegau tue le Dragon et sauve le Chevalier ami de la demoiselle mais il est mordu et empoisonné par le venin. Il tombe dans la rivière et est récupéré par un pêcheur, grâce à une feuille de l'Arbre merveilleux qui soigne ses blessures. 

33 Le Chevalier amoureux du Château sauvage, qui avait été sauvé du Dragon et accueille Arthur, lui indique alors, comment passer la Roue de fer enchantée qui garde le Château Périlleux. Il faut frapper le pilier à côté de la Roue pour arrêter ce mécanisme qui ne laisse passer que le Maréchal. 

34 Il est assailli par une Femme sauvage qui manque de le tuer. On remarque la gradation : Géant, Dragon, Virago. 

35-38 Il tranche le fil qui faisait fonctionner (d'une manière curieusement techno-magique) la Roue de fer tranchante comme rasoir et passe le Pont périlleux vers une tour de marbre multicolore, à la porte d'argent. Impressionnés, les deux gardes préfèrent le laisser passer plutôt que d'accomplir une mauvaise action (une contradiction au passage : nul n'a pu passer la roue mais ils disent avoir déjà tué bien des chevaliers). Arthur tue le Maréchal (et la dame de ce dernier meurt aussitôt de chagrin). Les vassaux du Maréchal se rendent à la Reine veuve de l'Île Forte, dans la Roche sans Peur

III Le retour d'aventures : Le Nain, le Géant et la Licorne

39 Arthur repart en navire avec le Perroquet et son Nain qui porte sa cage mais une tempête les jette sur une île inconnue. 

40 Sur l'île, ils rencontrent un (autre) Nain qui leur raconte son histoire. Venu de Northumbrie [Yr Hen Ogledd], il servait le Chevalier des Estranges Îles qui voulait rejoindre la Table ronde et il a été naufragé aussi sur cette île avec son épouse enceinte. Elle mourut en couches et le Nain trouva alors une mère Licorne, qui avait plusieurs petits et dont le lait put nourrir son enfant. L'enfant, qui ne fut jamais baptisé, se mit à grandir à cause du Lait de Licorne et devint Le Géant Sans Nom. Ce Géant obéit à son père nain mais est fort sot et affamé, il tue avec son gourdin grand comme un arbre tous les rescapés qu'il trouve sur l'île parce qu'ils sont tous terrifiés par sa taille. La Licorne chasse de sa corne de la venaison pour nourrir le Nain et le Géant. Lorsque le Nain présente le Chevalier au papegau à son fils, celui-ci aide Arthur à remettre son navire en mer et sa mère adoptive la Licorne part avec eux. 



41-42 Revenus en terre connue, ils repassent par l'Amoureuse Cité avec la Dame aux Cheveux Blonds et repartent avec le chevalier Lion sans Merci de Casuel vers Windsor où le Roi Arthur doit organiser un an après la nouvelle Fête de la Pentecôte. Le Nain retrouve son ancien suzerain, le Chevalier des Estranges Isles et le Roi fit baptiser le Géant sans Nom et le Papegau chanta le Lai de ses aventures. 

Les Dragons de Bretagne

 Les Dragons de Bretagne n°1 est la traduction française du magazine gratuit (qui a déjà au moins 4 numéros en V.O.) consacré surtout à Pendragon mais aussi à tout autre jeu arthurien (Age of Arthur, la version FATE de Paul Mitchener) et traduit notamment en 2015 par Jérôme "Loludian" Barthas (des XII Singes). Age of Arthur a l'air assez proche de notre jeu Keltia avec son Arthur gallois, avec peut-être (?) un peu plus vers l'Aurelius Ambrosianus britanno-romain. Un scénario pour Mythic Britain (la version RuneQuest/Mythras) apparaît à partir du n°4. 

En 64 pages, on y trouve deux scénarios et plusieurs pistes : 

La Chasse anniversaire, scénario de chasse pour Pendragon au Pays de Galles et chez les Fées (p. 5-16)

Pendragon à travers les âges, portrait de la gamme qui me fait penser que je préfère la 3e-4e édition de Pendragon (la plus "ouverte") au retour aux origines de la 5e. 

La Chute du Marteau, scénario complet pour Age of Arthur par Paul Mitchener avec des PJ pré-tirés sur un conflit à Lindum (actuelle Lincoln) entre Bretons et Angles (p. 22-39). 

Ganieda, soeur de Merlin (par Georges Quail) : Ganieda est le nom dans la Vita Merlini de Gwenddyd, la soeur de Myrddin / Merlin, épouse d'un roi du Vieux Nord. Il en fait une enchanteresse plus païenne que Merlin. Une des idées intéressantes proposées par la description de cette PNJ est de la relier à la Fausse Guenièvre et elle-même à l'étrange Guinevac (ou "Gwenhwyfach"), la soeur oubliée de Guenièvre dont le rôle devait être bien plus important à l'origine puisque la bataille de Camlann aurait été non pas entre Arthur et Mordred mais à cause du conflit entre les deux soeurs !

Un portrait de Saint Gildas (le moine breton de la seconde moitié du VIe siècle, ex-prince, qui fut le premier à raconter les conflits entre Bretons et Saxons) : intéressant historiquement mais moins exploitable (sauf si cela donne des idées de PNJ là aussi).  Certains pensent que c'est son Aurelius Ambrosianus qui aurait été une des nombreuses sources du mythe d'Arthur. 

Une interview de Greg Stafford de 2013 par Steff Worthington (où il dit qu'un de ses grands regrets est de ne pas avoir pu finir un jeu qu'il voulait préparer sur l'univers de Fritz Leiber avant d'avoir perdu les droits). 

Des rumeurs sur le Royaume de Logres en 531 avec des tas d'idées de scénarios. 

Add. Jérôme Darmont avait déjà fait une recension à l'époque. 

vendredi 30 juillet 2021

Jeux de rôle arthuriens contemporains

 

Le livre de William Blanc sur les adaptations de la Matière de Bretagne s'arrête en 2018 (et cite déjà par exemple le nouveau jeu de rôle français Knight où on joue des chevaliers en armure magique dans un futur pas si lointain) mais le même chercheur avait aussi rédigé un article de synthèse dans JDR Magazine n°45 (mars 2019 "Le roi Arthur - le mythe aux mille visages"). Je ne voudrais parler ici que de quelques adaptations arthuriennes au monde contemporain sans donc parler des jeux classiques dans le passé (Pendragon, Keltia) ou dans le futur (The Once & Future KingWasteland, Knight). Je ne parlerai pas non plus ici des jeux de superhéros, qui mériteraient un traitement à part (Champions avait eu son supplément Kingdom of Champîons, 1990, qui donnait une large place à des héros arthuriens réincarnés au XXe siècle dont un groupe qui s'appelait The New Round Table). Les trois jeux de rôle sur l'occulte contemporain, Nephilim, Trinités et Les Héritiers ont tous un élément arthurien assez important. 

Nephilim

En 1993, à la sortie de Nephilim (jeu de rôle français où on joue des esprits immortels élémentaires qui se réincarnent depuis des milliers d'années), Stéphane Adamiak avait sorti la première campagne Le souffle du Dragon où on apprenait l'intégration du mythe arthurien dans la mythologie de ce jeu. 

Un Nephilim, créature faite de magie, peut dégénérer sous une forme bestiale pure, le Khaiba et l'Arcane VIII La Force lutte contre ces Nephilim monstrueux, dont une des formes les plus puissantes s'appelle le Dragon. Morgane appartient à un ordre de femmes (comme Dahud, Melusine et Viviane) qui tentent de canaliser ces forces du "Dragon" et Uther Pendragon était leur instrument. Merlin est un Nephilim de l'Arcane de la Force qui manipula Arthur pour le soulever contre cet Ordre. Galahad fut aussi en réalité un plan des Nephilim pour trouver le Graal (qui a, lui aussi, une explication qui n'a plus rien de chrétien). Mais Mordred, le fils de Morgane, fut ensuite retourné par la société du Bâton (les Templiers) et tout cela finit par une victoire des Templiers contre les croyances païennes celtiques, au Mont Saint-Michel. La campagne contemporaine traverse la Bretagne et voit plusieurs manoeuvres liées à cet Ordre du Dragon et d'autres sociétés, dont le retour de la cité d'Ys et le réenchantement de la Bretagne. 

En 1996, Stéphane Adamiak rajouta une campagne de flashback (pardon, d'Effet Mnemos), les Arthuriades, où les Nephilim contemporain pouvaient aussi jouer leurs incarnations passées pendant le cycle de Merlin. J'imagine que cela doit être une expérience assez géniale d'alterner ces flashbacks au VIe siècle avec la campagne en Bretagne contemporaine. 

Curieusement, quand Nephilim fut traduit en anglais, la version de Chaosium revue par Greg Stafford retira presque toute allusion arthurienne. Stafford jugeait-il qu'il fallait le réserver à Pendragon ? Ou que c'était déjà trop utilisé ? En tout cas, le jeu américain propose à la place une incarnation à l'époque de Charlemagne où les Douze Paladins étaient des humains chasseurs de Nephilim armés d'épées d'orichalque (comme Durandal) et où c'est Ganelon qui fut un agent infiltré des Nephilim et où Ogier de Danemark fut séduit par une Nephilim elfe. Le Nephilim contemporain peut commencer sa vie actuelle avec le traumatisme d'avoir été tué au VIIIe siècle par Roland

Cette version US a donc préféré la Matière de France à la place de la geste de Camelot (alors que Chaosium voulait que leur version soit MOINS francocentrique...). 

Trinités

Chez les XII Singes, Trinités (2006) est (pour simplifier) un autre jeu de rôle occulte contemporain créé pendant une éclipse du jeu Nephilim et par des anciens fans comme Franck Plasse et Claude Guéant. On ne joue plus des esprits "élémentaires" ou féériques mais dans un cadre plus "manichéen" ou plutôt plus "gnostique" où chaque Héros (qui, lui aussi, se réincarne depuis des siècles) a une sorte de lame magique et deux esprits liés, un Deva de Lumière et un Archonte de Ténèbres et chacune de ses actions peut renforcer un des deux camps (en sachant que dans ses incarnations passées, il a pu succomber à chaque fois de l'un des deux côtés). Dans Nephilim, on joue deux parties, le corps humain ou son parasite immortel qui le possède alors que dans Trinités, il y a 3 parties, l'Adam, le Deva et l'Archonte.   

Dès le livre de base, on propose que les Trinités de chaque joueur sont tous des réincarnations de divers Chevaliers de la Table ronde à la fin du XXe siècle (dont surtout "Lancelot") et on apprenait que le roi Arthur était un Trinité qui avait mal tourné et il sera même (en tout cas au moins pour un temps) un adversaire de ses anciens Chevaliers bien que purement tourné vers la Lumière (ce qui peut illustrer que Lumière n'est pas toujours une condition suffisante pour être "bon"). La "vérité" révélée est donc plus ironique que dans la version de Nephilim. Il y eut une suite dans plusieurs volumes, le livre III Les Décans + livre V Le Serpent, et finalement livre VIII Arthur (2012). Les scénarios se passent plus en Angleterre et pas en Petite-Bretagne. 

Je ne voudrais pas trop divulgâcher les secrets d'un jeu à secrets d'il y a moins de 20 ans et je vais donc passer en Rot13vy l n nh zbvaf qrhk snpgvbaf : yr Qentba (Yhzvèer) rg yr Frecrag (Géaèoerf). Zreyva, dhv vapnear yr Qentba (nybef dhr qnaf Arcuvyvz vy f'bccbfnvg nh phygr qh "Qentba"), yhggr pbager Zbetnar yr Frecrag. Vy n ibhyh pbafgvghre ha beqer qr purinyvref nezéf qr ynzrf zntvdhrf cbhe dh'vyf fr pbhcrag qr yrhe Nepubagr qrf Géaèoerf. Zbeqerq f'nièer êger y'Nepubagr qvffbpvé q'Neguhe rg yn pnzcntar bssvpvryyr qr yn cerzvèer éqvgvba qr Gevavgéf n qbap gbheaé nhgbhe qr prf abhirnhk purinyvref qr yn Gnoyr ebaqr rg ba l ergebhir yn zêzr fgengétvr qr purepure har rkcyvpngvba bpphygr ra nwbhgnag qrf fbpvégéf frpeègrf rg cyhfvrhef yvrhk pbzzhaf (pbzzr prggr îyr qh Zbag Fnvag-Zvpury znvf qh pôgé natynvf).

Un élément que j'ai beaucoup aimé est le Bréviaire I Les chevaliers sans tête (supplément gratuit au premier scénario). Les personnages doivent se documenter et au lieu de juste dire "ils font un jet de recherche en bibliothèque", le scénario détaille des références imaginaires mais assez vraisemblables dans plusieurs livres réels (dont une fille de Merlin qu'ils doivent retrouver dans un vieux lai breton). Chaque indice conduit à continuer dans un livre suivant. 

Les Héritiers

Les Héritiers, édité par Les Sombres Projets (qui font aussi le post-apocalyptique sur la Terre Gaste, Wasteland) est un jeu de rôle qu'on pourrait considérer comme une fusion entre Changeling (jouer des fées dissimulées dans le monde contemporain) et Maléfices (jouer dans l'occultisme de la Belle Epoque dans l'Europe de 1900-1914). Fondé par une équipe de la regrettée Isabelle Perrier, cela peut évoquer aussi le cycle Paris des Merveilles de Pierre Pevel (si ce n'est que les Dragons y sont peut-être plus importants dans ces romans). 

Les fées, gnomes, elfes, vampires vivent parmi nous, plus ou moins bien cachés (ils doivent tout faire pour dissimuler leur existence, on n'est pas dans une uchronie explicite à la Castle Falkenstein). Leur société parallèle est plus traditionaliste que celle de l'Europe depuis les Lumières et est encore dominée par l'aristocratie et des croyances païennes celtiques en conflit avec la christianisation de l'Europe ou l'essor du positivisme. Quoi qu'il arrive, on va vers la fin d'un monde pour 1914. 

Comme dans les deux jeux précédents, on retrouve Merlin et Morgane. Allez, je repasse en Rot13Zreyva rfg ha Qehvqr vzzbegry rg Zbetnar qvevtr ha Pyna qr sbeprf cyhf bofpherf. Vy l n rapber q'nhgerf sbeprf pbzzr Tjlqvba yr Znepurhe rg q'nhgerf. Neguhe ninvg gragé qr snver eétare ha édhvyvoer rager yn Sbv abhiryyr qrf Uhznvaf rg yrf sérf cnïraarf ninag qr qéevire iref cyhf q'vagbyéenapr pueégvraar. Zbeqerq, nh pbagenver, égnvg ha ntrag qr sérf cyhf genqvgvbanyvfgrf. Qnaf y'npghnyvgé cyhf eépragr, har ervar sér n gragé ha pbhc q'Rgng cbhe erfgnhere ha abhirnh Pnzrybg pbager yrf snzvyyrf napvraarf qr yn Zbanepuvr q'Ninyba.


L'univers des Héritiers vient à peine de commencer à paraître et ces références vont nécessairement aller en se complexifiant dans les suppléments. 

vendredi 23 juillet 2021

Autres arthuriana

 * Cursed était une série Netflix (et un projet de romans illustrés) par Frank Miller et Tom Wheeler (scénariste et producteurs de films plutôt pour enfants). Il n'y aura pas de seconde saison alors que la série s'arrête en plein suspense et je vais donc annoncer plusieurs SPOILERS. Dans cette version, à une époque médiévale peu déterminée (on mentionne la chute de l'Empire romain mais aussi de manière confuse Charlemagne dans un épisode), les Humains persécutent les divers Faes qui vivent avec eux. Certains sont plus proches d'hommes-bêtes mais d'autres peuvent paraître presque indiscernables des Humains en dehors de certains liens parfois avec des forces élémentaires de la nature. Merlin est un Fae qui joue un rôle ambigu puisqu'il a perdu ses pouvoirs et veut manipuler les pouvoirs terrestres humains. L'héroïne de l'histoire est une fae Nimue, qui a hérité de l'ancienne Epée de puissance des anciens Rois Faes (et dont on apprendra ensuite qu'elle est une fille illégitime de Merlin). Le roi Uther, un peu dépassé et en conflit avec une mère castratrice, laisse un Ordre de chevaliers nommés les Paladins Rouges de l'Eglise catholique massacrer les Faes et faire régner la terreur. Nimue, dont la famille a été massacrée par les Paladins Rouges et le Moine Pleureur (Lancelot, qui a le don de détecter les Faes), va s'allier avec deux humains, le soldat Arthur et sa soeur la sorcière Morgane, pour apporter l'Epée de puissance à Merlin et tenter de sauver le plus de Faes possible. Mais certains des Faes, comme Gauvain le Chevalier Vert, se méfient de la duplicité de Merlin et Merlin croit qu'il vaudrait mieux détruire l'Epée maudite que de la laisser tomber dans les mains d'Uther ou pire encore, de l'Eglise. Le début est très lent mais le rythme commence à prendre à la fin notamment grâce à des intrigues politiques qui deviennent plus compliquées quand Nimue est prise en tenaille entre divers choix stratégique possible et où elle décide de se proclamer Reine des Faes. On sent une influence de Game of Thrones quand on découvre qu'Uther n'est pas non plus l'héritier légitime mais que le cousin Cumber (mélange de Lot d'Orcanie et de Leodagan de Carmélide) serait en fait potentiellement encore pire qu'Uther bien que plus "légitime" comme Pendragon. Le discours païen anti-chrétien est presque encore plus lourd que dans Mists of Avalon, ce qui a dû contribuer à l'échec de la série et on y reconnaît des touches de Frank Miller. Certains des vilains de l'Eglise sont trop caricaturaux mais la petite fille humaine rendue folle d'intolérance par la haine et l'Inquisition est une adversaire inquiétante. Je présume que la sauvage raider viking Lance Rouge, la fille rebelle de Cumber (et une inversion de Cordelia face à Lear / Cymbeline ?), serait en fait devenue Guenièvre et c'est une des versions les plus réussies de ce personnage. Le Lancelot ne commence à devenir intéressant que dans les tout derniers épisodes. 

* Grimm Fairy Tale : Age of Camelot. A éviter, c'est très ennuyeux et sans intérêt, une des séries arthuriennes les plus médiocres en ce moment. A notre époque, le sorcier malfaisant Merlin, frère mais aussi ennemi du démoniaque Mordred Empereur du Tarot, veut retrouver le Graal pour recréer l'ordre oppressant de son Camelot avec ses agents, Morgane, Baba Yaga et plusieurs chevaliers morts-vivants (dont Arthur). Une flopée de jeunes filles très peu vêtues avec des épées (dont une sorte de valkyrie à demi-nue nommée Black Knight, des versions féminines de Robin Hood et de D'Artagnan) tentent d'arrêter les deux frères ennemis en même temps. Cet éditeur de comics, Zenescope, ne vaut guère que pour ses "cheesecakes" de guerrières en bikini mais le thème arthurien en reste à un Seigneur maléfique assez générique en dehors de l'inversion. Mais l'idée de laisser tomber le triangle habituel Arthur-Guenièvre-Lancelot pour un triangle Merlin-Morgane-Mordred est un rare élément de décalage dans cette arthuriade inversée (l'arthuriade inversée est devenue un nouveau cliché). Il y a aussi un "Obéron" allié à Merlin mais c'est un Humain, une version maléfique de Tam Lin en Nain commandant des Trolls, alors que Puck est au contraire un Fae héroïque qui lutte contre cet Obéron. 

* Kaamelot : Je vais quand même sans doute aller voir le Premier Volet d'Alexandre Astier bien que je n'aie pas complètement accroché au mélange des genres original de cette série (ni d'un point de vue humoristique ni du point de vue dramatique). Je reconnais ne pas être du tout compétent pour en parler (à chaque fois que je suis tombé sur un épisode, c'était juste Arthur qui roulait des yeux devant la stupidité de Perceval). D'après le peu que j'ai compris de quelques saisons de cette série (et j'ai dû rater beaucoup d'éléments), Arthur n'a jamais aimé Guenièvre et il l'a trompée avec d'autres, dont l'épouse de Caradoc (choix qui doit plus renvoyer à Caradoc Père qu'à Caradoc Fils dans la légende traditionnelle où le Roi Caradoc Père a été cocufié par un Enchanteur). Arthur est complètement dépressif dans la conscience de ses échecs, dans son refus de sa Destinée et d'Excalibur et dans son obsession sur le fait de ne pas pouvoir (croit-il) engendrer une vraie lignée. Lancelot (est-il lié à la Dame du Lac dans cette version ?) est bien plus directement opposé à Arthur (mystique et amoureux de Guenièvre, il a même détruit la Table Ronde et créé son propre Ordre) et le personnage de Méléagant a l'air d'être un être surnaturel ambigu qui manipule Lancelot contre Arthur pour des raisons que je crois encore inconnues. Cet Arthur, choisi par Merlin, est censé servir des "Anciens Dieux" mais il est plus un personnage moderne existentialiste et mélancolique, un individu condamné à l'isolement, qu'un Roi épique (même si on peut s'attendre à une retombée dans une structure où le Refus de l'Aventure est suivi de l'Acceptation ?). Il y a un mélange de la version traditionnelle où Arthur est en fait vraiment le fils d'Uther Pendragon et d'une version plus pseudo-historique où il est en fait Artorius, un agent élevé dans l'Empire romain en train de s'écrouler. 

jeudi 22 juillet 2021

Les Sept Péchés capitaux

Seven Deadly Sins est un manga et un animé pour ados (Shōnen) de Suzuki Nakaba (1977-) publié pendant 8 ans de 2012 à l'an dernier. Il s'agit d'une version très décalée du mythe arthurien dans un monde parallèle où chaque chevalier est plus un superhéros aux pouvoirs individuels distincts qu'un personnage classique (ce qui ressemble donc aussi à la série Demon Knights chez DC, 2011-2013, même s'il doit plus s'agir d'une coïncidence). 


Je n'ai vu que la première saison sur Netflix et je n'ai pas du tout lu la série de manga qui suit celle-ci (Les Quatre Cavaliers de l'Apocalypse, qui se passe à la génération suivante, avec Perceval) donc je ne peux pas juger toute l'évolution mais il y a des éléments d'inversions du mythe arthurien qui sont intéressants. Les Médiévaux adoraient faire des prequels ("Les Enfances de...") et c'est un des prequels les plus inventifs sur une génération avant les Chevaliers de la Table ronde. 

Les Sept Péchés en question sont sept chevaliers du Royaume de Lyonesse (non, je ne reprends pas l'orthographe choisie par les traductions) qui sont poursuivis depuis des années et se sont dispersés et la quête de la première saison consiste surtout à les réunir. La série Demon Knights aussi avait 7 "Chevaliers" dont Nimue et le demi-frère démoniaque de Merlin. 




Leur chef est Meliodas (La Colère - le père du futur Tristan), qui est en fait un démon enfermé dans un corps de jeune adolescent et son personnage cache sous une apparente naïveté optimiste une violence contenue. Les autres chevaliers comprennent Ban (L'Avidité - le père du futur Lancelot, un voleur qui a bu la Fontaine d'Immortalité mais est inconsolable de la mort de la fée Elaine qui devait la garder), King Harlequin (La Paresse, l'immortel Roi des Faes et frère d'Elaine, qui a une apparence d'enfant, comme Aubéron, et porte la Lance Chastiefol, dont le nom était celui de l'épée d'Arthur dans Le Chevalier au Papegau du fin XIVe), Diane (l'Envie - une Géante féérique assez naïve et dont le Roi des Fées est amoureux), Gauthier (la Luxure - un.e intellectuel.le androgyne et sans émotion qui cache de nombreux secrets magiques sur la perte de son identité personnelle et un télépathe qui peut explorer les souvenirs des autres - son nom Gowther vient d'un récit du XVe siècle sur un demi-frère de Merlin), Merlin (La Gourmandise - une ancienne sorcière polymorphe et manipulatrice) et Escanor (l'Orgueil - un chevalier à la force difficile à contrôler - dans les légendes arthuriennes, c'est le nom du Chevalier noir que remplace Yvain comme gardien de la Fontaine dans Le Chevalier au Lion). 

Les personnages sont parfois aussi complexes que les intrigues à tiroir chez des décennies de Chris Claremont. Un des choix de Suzuki Nakaba est de ne pas toujours suivre vraiment le Péché dans la caractérisation. Colère, Paresse, Avidité sont assez cohérents (encore que Meliodas est plus marqué par la luxure) mais Gauthier ou Merlin n'ont pas de connexion claire avec leur Péché. On apprendra en fait que le nom des péchés est presque à chaque fois lié à un quiproquo où ils ont été injustement accusés. 

La première série raconte comment le Royaume de Lyonesse est tombé sous la domination des Chevaliers Sacrés, qui ont été corrompus par une sorte de Graal Inversé, ou une Eucharistie Inversée par le Sang du Démon. Certains des Chevaliers sacrés sont encore sincères et dévoués mais d'autres ont accepté de boire le Sang démoniaque pour augmenter leur pouvoir. Les Sept Péchés ont été accusés à tort d'avoir assassiné l'ancien Grand Maître de leur Ordre, Zarathras. 

Le Roi de Lyonesse, Bartra (Bertram ?) n'est plus qu'une marionnette emprisonnée par cet Ordre et la Princesse Elizabeth est l'une des seules qui va suivre Meliodas et reformer une partie des Sept Péchés (sa soeur la Princesse Véronique est devenue une Chevalière sacrée et son autre soeur Margaret est une otage au Château). Merlin, elle, est devenue la conseillère d'un autre jeune Roi voisin, Arthur de Britannia, et il apparaît si tard dans la série qu'on en est heureusement surpris. 

Viviane (qui porte un masque inquiétant et semble insensée tout comme la Nyneve dans Camelot 3000) est encore débutante dans les adversaires mais je vois sur Internet que la suite de l'histoire verra apparaître La Dame du Lac (distincte de Viviane) dans un autre rôle ambigu comme une Déesse du Chaos. Le monde de Britannia est composé de 5 peuples : les Humains, les Faes, les Géants (qui ne vivent plus que comme mercenaires des Humains), les Démons & les Déesses (adorées par les Druides, la Dame du Lac et Elizabeth sont en fait issues d'une des Déesses). 

Il y a d'autres éléments moins arthuriens mais qui viennent peut-être de la Prydain de Lloyd Alexander comme une Truie Géante (qui serait une déesse maternelle et qui abrite l'Auberge Itinérante des Sept Péchés, peut-être aussi une allusion à Henwen, la Truie mythique dont l'enfant félin tua Arthur dans certaines versions apocryphes). Je soupçonne quand même dans les clins d'oeil de Suzuki une érudition assez vaste et éclectique. 

C'est un shonen, ce qui implique donc des combats interminables et des discours répétitifs sur les niveaux respectifs comme des commentaires sportifs faits pour créer un faux suspense ("il est d'une puissance incroyable, encore plus que X, je n'y arriverai jamais... blablabla"). Il y a aussi les signes culturels d'une sexualité japonaise adolescente aux codes si différents des nôtres où le héros et personnage globalement "positif" Meliodas ne cesse de palper, d'objectiver et harceler la Princesse Elizabeth en bas résille, avec une perversité sadique sans supposer son consentement, ou alors de nombreux personnages féminins qui demeurent bloqués à un stade de lolitas comme Elaine ou en un sens la Géante Diane. Je ne veux pas porter de jugement trop rapide, l'érotisation ecchi des mangas (et le fan service) n'est peut-être pas toujours plus malsaine pour les adolescents que le refoulement extrême de la Ligne claire belge catholique ou l'érotisation légèrement plus allusive des anciens comics avant leur évolution vers un medium de nostalgie. Mais il est clair que cela m'empêcherait pour le moment de le montrer à mes jeunes enfants. 

Malgré cela, les nombreuses histoires d'amour sont parfois intéressantes. Pas tellement celle entre Elizabeth et Meliodas (où Elizabeth est trop passive) mais celle entre Ban et Elaine, celle entre Gowther et Nadja (la soeur défunte du Roi de Lyonesse) ou entre Diane et le Roi des Fées (qui s'est enfermé dans une relation impossible en voulant la préserver et qui a créé sans le vouloir le triangle amoureux avec Meliodas).