mardi 20 octobre 2026

Star Sapphire, Thorn & Harlequin

 

Star Sapphire est surtout connue comme un personnage important dans Green Lantern de l'Âge d'Argent mais ses origines commencent bien avant, dès l'Âge d'Or. Je voulais raconter l'histoire de cette "Saphir étoilé" et j'avais commencé à écrire ce message de blog mais en cherchant des illustrations, je viens de découvrir que l'érudit connaisseur des comics Xavier Fournier avait déjà fait plus en détails (dans Comic-Box il y a 13 ans) une partie de l'analyse : un article sur la Star Sapphire de l'Âge d'Or (créée dans Flash) et un autre sur la Harlequin de l'Âge d'Or (créée dans Green Lantern).  

Mon message est donc redondant mais je le publie quand même parce qu'à ma connaissance X. Fournier n'avait pas relié aussi ces deux figures avec une troisième : Rose/Thorn (mais je peux avoir raté un message !). Je vais seulement rendre plus explicites certains liens entre les trois femmes, toutes les trois créées par le scénariste Robert Kanigher (et développées ensuite par John Broome). 

La Star Sapphire de l'Âge d'Argent par John Broome apparaît en fait comme une fusion ou superposition de ces trois personnages de Kanigher. 

Tout commence en 1947. La guerre est finie et on est à la fin de cet Âge d'Or des superhéros. Comme l'explique Xavier Fournier, la fin de la guerre a produit un effet direct sur les adversaires des superhéros. Comme les Américains ne disposaient plus d'un ennemi obligatoire comme les Allemands ou les Japonais mais qu'il fallait éviter trop de bandits "réalistes" de films noirs comme avant-guerre (pour ne pas être accusés d'excès de représentations de violence trop "crue" alors que commence le backlash anti-comics des années 1950), on inventa donc de nouveaux adversaires plus "fantastiques", plus imaginaires, dotés de super-pouvoirs comme les héros. 

L'évolution des superhéros américains est ce passage entre les débuts asymétriques (le héros seul a des pouvoirs dans un monde à peu près "normal") et le développement d'une nouvelle écologie plus équilibrée de "super-criminels" (en anglais "supervillains"). La fin de l'Âge d'Or annonce donc déjà une transition vers ce qui va devenir la multiplication des super-criminels à l'Âge d'Argent et donc des univers plus éloignés des apparences du nôtre. Il y a des arguments pour dire que s'il n'y avait pas eu l'interruption brève (dite "Dark Age"), cette transition Âge d'Or/Âge d'Argent entre la fin des années 40 et le début des années 60 aurait été plus continue qu'on ne le dit. 

Un deuxième effet de l'après-guerre est plus de femmes criminelles mais aussi des héroïnes plus sexy (Black Cat gagne son propre titre en 46 chez Harvey puis on voit apparaître Moon Girl chez EC et Sun Girl chez Timely). Cela semble indiquer non pas un lectorat plus mixte mais plutôt un lectorat plus adolescent avec plus de good girl art et de pin-up ?  X. Fournier dit qu'il y eut aussi à cette période une inflation du rôle de Catwoman dans Batman. 

Le très prolifique Robert Kanigher (1915-2002) vient d'arriver chez DC en 1945 et il touchera à tous les genres, de la SF à la guerre. Il sera surtout le scénariste principal de la plus célèbre des superhéroïnes, Wonder Woman (d'abord sur Sensation Comics #41-116 et il ira ensuite sur le titre Wonder Woman pendant des décennies, du n°29 au n°176). mais il écrit notamment, entre des épisodes de John Broome, des histoires de Green Lantern #29-38, All-American Comics #89-102, Hawkman, Flash (Flash Comics #81-104, All-Flash #24-32) et même quelques numéros de la Société de Justice (All-Star Comics #36-38). 

En août 1947, Robert Kanigher invente une blonde cambrioleuse masquée en bas résille nommée Black Canary (probablement en imitation de la sexy Black Cat) dans les aventures de Johnny Thunder (Flash Comics #86). Elle séduit le naïf Johnny Thunder et le manipule (et on a déjà du post-modernisme quand le génie de Johnny Thunder a l'air captivé à lire Flash Comics, de même que Wildcat était devenu un superhéros après avoir lu Green Lantern Comics). Rien n'indique alors qu'elle ne soit pas bien qu'une criminelle mais dès le numéro suivant (#87, septembre 1947) Black Canary change complètement de statut. On apprend que Black Canary feignait d'être une voleuse (ce qui semble très loin d'être évident dans le numéro précédent). Non seulement elle devient une héroïne mais cela va encore plus loin : elle va même finir par évincer le personnage humoristique de Johnny Thunder dans ce magazine Flash et rejoindre la Société de Justice dans All-Star Comics #39 (écrit par John Broome en février 1948 - Black Canary n'est formellement recrutée que dans All-Star Comics #41, juillet 1948 et prend aussi la place de l'infortuné Johnny Thunder). Après Wonder Woman et Hawkwoman, elle est donc la 3e superhéroïne de l'équipe. 

I Rose & Thorn

En novembre 1947,  Kanigher va aller plus directement dans le concept de dualité avec une personnalité multiple, qui n'était pas encore un tel cliché que ce qu'il est devenu depuis. Two-Face est certes créé dès Detective Comics #66 en 1942 et la Cheetah créée dans Wonder Woman #6 (1943) a aussi une forme de dissociation de l'identité (même si c'est moins net que dans la version moderne). 

Dans Flash Comics #89, Flash apprend de la botaniste Rose (dont on apprendra plus tard le nom, "Rose Canton") qu'après une piqure d'une plante mystérieuse sur l'île de Tashmi, sa soeur est devenue maléfique, la supervilaine Thorn, qui aurait tué le Professeur Hollis et qui dirige un gang de bandits à Keystone City. On apprend ensuite que tout ce flashback était un effet Rashomon car Thorn n'est en réalité que l'alter de Rose (Rose est blonde et Thorn est rousse, on remarque que dans le cas de Black Canary, elle est une brune qui prend une perruque blonde pour cacher son identité). La piqure a donné des pouvoirs de jeter des épines ou de créer des tourbillons. Plus tard, ses pouvoirs augmenteront et elle peut contrôler les plantes (comme Poison Ivy par la suite, qui elle aussi aura un lien avec une autre "Harlequin (Harley Quinn)") mais les versions ultérieures diront que Rose avait toujours eu cet alter avant cette épine tropicale. 


 

Comme le fait remarquer la vidéo de Sasha Wood dans Casually Comics, on a l'impression que Rose n'est sincèrement pas au courant qu'elle a menti quand elle dit que Thorn est sa soeur alors que Thorn, elle, serait au courant de leur identité dissociée mais par la suite on a plutôt l'impression que Rose semble tout à fait au courant. Flash croit que Thorn est morte et il le dit à Rose, qui flirte avec lui. Kanigher avait déjà mis des indices mais Flash n'apprend la vérité que dans la seconde apparition de l'Âge d'Or quelques mois après dans Flash Comics #96 (juin 1948). Thorn a changé de costume (son second costume ressemble plus à une aventurière vampire). 

Une 3e apparition avait été dessinée (sans doute une histoire de 8-9 pages prévue pour Flash #107) mais jamais publiée car le titre Flash Comics de l'Âge d'Or s'arrêta au n°104 de février 1949. Cette 3e apparition fut tronquée et les deux dernières pages n'apparurent que 22 ans plus tard dans Superman's Girlfriend, Lois Lane #113 (1971). Cette liste qui indique dans quelles fanzines on a pu lire les autres pages manquantes mais il faut y ajouter un reprint en N&B dans l'album Flash: 80 Years of the Fastest Man Alive, 2019). Robert Kanigher venait de recréer une nouvelle Rose & Thorn de l'Âge d'Argent, entièrement héroïque (dans Superman's Girlfriend, Lois Lane #105, octobre 1970) et c'est ce qui a dû suggérer l'idée de ressortir cette histoire oubliée. 

Rose confirme enfin explicitement que sa soeur n'a jamais existé et qu'elle n'est qu'une partie d'elle-même depuis son enfance. Elle supplie Flash de l'aider à vaincre sa personnalité de Thorn, Flash confie Rose à la Société de Justice et leur demande de la guérir. 

Green Lantern vient dire qu'il va emmener Rose à Transformation Island (ou Reform Island), l'île des Amazones qui a déjà réussi à réhabiliter l'ennemie de Wonder Woman Paula von Gunther (dès Wonder Woman #3-4). Une histoire ultérieure dira aussi que ces années sur l'île des Amazones explique pourquoi Rose / Thorn n'a quasiment pas vieilli pendant ces années sur Terre-2. 


On remarque qu'avant ces deux dernières cases, Thorn n'avait été qu'une ennemie de Flash et n'était jamais apparue dans le titre de Green Lantern. Or, le GL de l'Âge d'Or a une vulnérabilité à tout ce qui est végétal et l'idée de l'opposer à une super-vilaine qui contrôle les plantes était certes assez évidente, rétroactivement. Mais je ne me souviens pas les avoir vus se battre directement. 

Cette histoire ne semble pas avoir été remarquée par Paul Levitz quand il fait réapparaître Thorn dans All-Star Comics #72-73 (juin-août 1978), ce qui m'étonne un peu de la part de ce scénariste, tout aussi fan méticuleux que Roy Thomas. Thorn est redevenue maléfique et elle empoisonne Wildcat d'une de ses épines mais The Huntress (la fille de Batman) et les autres membres de la JSA doivent trouver l'antidote. Dans cet épisode, non seulement le traitement des Amazones a échoué mais Rose (devenue infirmière à Keystone City) semble être une complice volontaire sous la coupe de son "alter". 

Je crois que c'est Roy Thomas qui va ensuite décider que pendant cette petite case non-publiée avant 1971 quand GL emmène la patiente chez les Amazones est née une relation amoureuse entre GL et "Rose". Cette case escamotée va donc annoncer un développement important, les deux enfants de GL. 

On n'apprendra la vérité que dans Infinity Inc Annual 1 en 1985. Roy Thomas invente des rebondissements rocambolesques. GL a eu une relation avec Rose sans savoir qui elle était (elle avait pris une 3e identité, "Alyx Florin"). Alan a aussi cru qu'Alyx était décédée (elle avait fait exploser leur maison avec l'Anneau) alors qu'elle était partie, enceinte de jumeaux qu'elle abandonna et qui furent adoptés sans savoir qu'ils étaient les enfants de Green Lantern et de Rose/Thorn. Todd Rice (Obsidian) hérita de sa mère des problèmes mentaux et des hallucinations. 

Finalement "Rose" va se sacrifier pour sauver ses deux enfants aux noms si minéraux, Jade et Obsidian contre son alter "Thorn" et GL va se remarier avec une autre "vilaine ambigüe", Harlequin. 

Il faut rappeler que pendant toutes ces décennies, il n'y a aucun indice que GL serait bisexuel ou homosexuel comme cela serait ajouté ensuite au XXIe siècle quand Geoff Johns jugea qu'il n'y avait pas assez de représentation gay pendant l'Âge d'Or (et aussi sans doute depuis qu'on avait décidé que le fils de GL, Todd, était gay lui aussi). 


II Star Sapphire 


 

En décembre 1947 dans ce qui allait être l'ultime numéro d'All-Flash Comics, le n°32, Kanigher invente une nouvelle supervilaine, Star Sapphire. Le saphir étoilé doit être plus connu dans les pays anglo-saxons que chez nous car c'est un symbole sri lankais. Flash et une scientifique nommée Flura ont été dédoublées : leurs corps sont restés sur Terre où ils sont évanouis et risquent de mourir d'asphyxie mais une copie arrive par une space-time machine sur l'astre saphir de la nouvelle ennemie. 


 

Star Sapphire leur explique que son astre de saphir va détruire la Terre mais grâce à la relativité du temps, entre les deux univers et malgré les lois physiques divergentes, Flash arrive à la vaincre avant que son corps resté sur Terre ait été détruit. 


 

Un an plus tard, Kanigher réutilise Star Sapphire une seconde fois dans Comic Cavalcade #29 (oct. 1948) et cela annonce encore plus nettement les thèmes qui vont apparaître par la suite dans Green Lantern. On apprend que Star Sapphire, reine et seule habitante "de la 7e dimension", est une misandre qui veut détruire tous les hommes pour régner sur une Terre uniquement féminine. Flash devient le Dernier Homme et doit sauver tout son sexe. Ce thème de lutte des deux sexes va devenir encore plus important dans la version de l'Âge d'Argent mais la Star Sapphire n'a rien d'ambigu, elle est entièrement une tyran psychotique. 

Ce qui précède vient de l'histoire de Xavier Fournier mais on peut ajouter un autre élément important dans la généalogie du Saphir étoilé : c'est aussi à la même période que Kanigher va inventer un personnage bien plus ambivalent, peut-être même l'une des plus ambiguë de tous les comics, Harlequin. 

III Harlequin 

Le premier Green Lantern (Alan Scott) avait d'abord eu une petite amie nommée Irene Miller, créée dans All-American Comics n°18, septembre 1940 (GL était apparu seulement deux numéros avant). Irene devint (après avoir vengé son frère assassiné) la secrétaire d'Alan Scott (qui est directeur des programmes à la Radio WXYZ) et elle le suit jusqu'à Green Lantern #5 (sept. 1942) et All-American Comics n°48 (mars 1943) avant de disparaître pendant 4 ans et d'être remplacée complètement par le faire-valoir et comic relief d'Alan Scott, le chauffeur de taxi Doiby Dickles.  


 

Mais en septembre 1947, dans All-American Comics n°89, donc à peu près au même moment où il avait introduit Black Canary (séductrice de Johnny Thunder) et Star Sapphire (misandre luttant contre Flash), Robert Kanigher va inventer une nouvelle assistante pour Alan Scott (qui ne semble pas au début avoir autant d'affection pour elle). Molly Maynne (plus tard orthographié Mayne) aurait pu être assez proche du modèle de Lois Lane (elle est plus attirée par Green Lantern que par Alan Scott même si elle semble pressentir qu'ils ne font qu'un), si ce n'est une différence importante : elle s'est créé cette seconde identité d'Harlequin pour devenir l'adversaire parfaite pour GL et pour attirer son attention. 

Les traits de Molly me semblent dessinés de manière un peu "durs" ou "froids" par Irwin Hasen (notamment son menton parfois curieusement rectangulaire) et je ne sais pas si c'est en partie volontaire pour évoquer une femme fatale à la Garbo ou si c'est plutôt simplement son style graphique de l'époque (mais je ne vois pas cette apparence dans la plupart des autres femmes de l'Âge d'Or). Je la trouve curieusement peu attirante (à moins que ce soit son étrange costume avec fraise et tutu) et je me demande si ce fut un facteur pour expliquer l'oubli partiel dont la malheureuse Harlequin fut l'objet ensuite. 

Et cette Harlequin ne fait pas que se battre avec sa mandoline (de bois, la faiblesse du GL de l'Âge d'Or) ou d'autres gadgets. Son arme principale est ses grandes lunettes comme des lunettes "papillon" élargies. Elles peuvent émettre des éclairs éblouissants, des chocs électriques et surtout elle lui donnent des capacités d'hypnotisme. Il y a dans Green Lantern #29 (dec. 1947) une très belle scène où elle crée une illusion alors que tourne la caméra de la télévision et l'image N&B montre la réalité (Harlequin sauve GL de ses propres hommes) alors que la case en couleurs montre la scène hallucinatoire que peuvent voir les témoins hypnotisés (où les bandits tuent GL). 


 

Il n'y avait aucune explication sur l'origine de ces lunettes à l'époque mais Roy Thomas révèle plus tard pendant le cross-over Millenium, dans Infinity Inc. n°46 & Secret Origins n°22, 1988 que c'est une technologie inventée par les androïdes Manhunters quand Terre-2 aura fusionné avec Terre-1. Les Manhunters voudraient faire chanter Molly mais elle ne les rejoindra pas. 

Harlequin a aussi un vrai budget comme elle possède une Harlequin-Car où le parebrise imite la forme allongée en papillon de ses lunettes. Le twist final dans Green Lantern #34 (Molly travaillerait pour le FBI) pourrait fournir une explication de son équipement. 

On a à nouveau une mise en abyme des comics dans les comics : Molly Maynne crée d'abord son identité d'Harlequin en se fondant sur un personnage de bandes dessinées préexistante, pour apparaître dans le programme radiophonique sur Green Lantern (programme qui va devenir d'ailleurs un programme télévisé, ce qui montre qu'on est en train de changer d'époque). La chaîne radio d'Alan Scott engage même une actrice pour jouer Harlequin dans le feuilleton radio (et Alan Scott croit que l'actrice serait la vraie Harlequin criminelle avant d'être détrompé en direct dans son émission). Cela fait qu'il y a plusieurs Harlequin en concurrence, ce qu'on va retrouver par la suite dans la multiplicité des Star Sapphire rivales dans l'Âge d'Argent, la Terrienne Carol Ferris vs l'extra-terrestre Dela Pharon de Xanador. 


 

Harlequin va devenir l'ennemie récurrente de GL. Elle apparaît dans All-American Comics n°91 (nov. 1947, avec une couverture trompeuse qui prophétise le vrai mariage futur entre Harlequin et GL), n°93 (janvier 1948) ou surtout Green Lantern n°29 (dec. 1947, toutes les trois histoires sont toutes autour de Harlequin) et n°31 (avril 1948). 


 

Elle est donc devenue l'ennemie principale de GL, bien plus que Catwoman ne l'est pour Batman. Elles sont assez différentes. Catwoman est vraiment une voleuse mahonnête, qui a quelques sentiments pour Batman. Harlequin joue à la voleuse à cause de ses sentiments pour GL. Elle le provoque en déclarant publiquement aux journaux que GL ne l'arrête pas parce qu'il l'aime en secret. Elle parvient même à faire croire à la police qu'il serait son complice et il est même brièvement arrêté pour cela. Elle dirige aussi un gang de bandits mais doit souvent intervenir pour protéger GL de ses propres agents mutinés qui agissent contre ses ordres et sont au courant de son affection pour le héros. 

Les bulles de pensée de Harlequin semblent dire que le scénariste a vraiment failli faire du personnage une criminelle sincère, notamment dans une des histoires de Green Lantern #29 où elle devient jalouse et semble vouloir vraiment le tuer.  

Dans All-Star Comics n°41 (juillet 1948, l'épisode où Black Canary rejoint officiellement la JSA), Harlequin entre d'abord dans l'Injustice Gang of the World avant de se retourner contre les criminels pour aider Black Canary et le Green Lantern dont elle est amoureuse. L'équipe de supervilains a aussi une autre femme, Huntress, créée par Kanigher également, dans les aventures de Wildcat. 

Finalement, dans Green Lantern n°34 (sept. 1948, un an après sa première apparition), on apprend que Molly Mayne menait un double jeu depuis le début (comme Black Canary) et qu'elle était en réalité une agente secrète du FBI sous le nom "Operative H-9", ce qui contredit certes toutes les apparitions précédentes.  

 

GL dit qu'il va continuer d'agir publiquement comme si Harlequin H-9 était toujours une criminelle mais le FBI ne lui révèle pas qu'elle est son assistante Molly Mayne. 

Comme le dit X. Fournier, tout semblait indiquer que Harlequin aurait pu devenir la nouvelle partenaire de GL aussi bien comme collègue que romantiquement, mais Green Lantern a sa dernière apparition dans All-American Comics n°103 (octobre 1948), un mois après, et perd même son propre titre un an après avec Green Lantern au n°38 (octobre 1949). Molly Mayne continuait d'apparaître comme secrétaire d'Alan Scott dans ce dernier numéro mais laisse son costume de côté. 

[Dans l'univers DC actuel, il semble que "l'équivalent" le plus proche de l'ancienne Harlequin soit depuis The New Golden Age le nouveau Red Lantern, rival russe et amant d'Alan Scott.] 

L'histoire dans All-Star Comics n°72 (1978) semblait ignorer la rédemption de Rose/Thorn (qui s'alliait à Sportsmaster et à la première Huntress), mais Harlequin réapparut une fois avant la Crise des Terres infinies dans Superman Family n°206 (avril 1981) dans une histoire d'E. Nelson Bridwell avec des dessins de Schaffenberg. Harlequin continue de mener un double jeu pour enquêter sur un gang de Sportsmaster et elle feint d'enlever Lois Lane (l'épouse du Clark Kent de Terre-2). 


 

Sportsmaster veut toujours venger la trahison de Harlequin dans All-Star Comics n°41. Le Green Lantern de Terre-2 aide le Superman originel mais il n'y a aucune interaction avec elle et ils semblent seulement être de vieux collègues. 

Dans les années 70, il y eut une autre "Harlequin", la mystérieuse "Duela Dent" alias "Joker's Daughter" (Batman Family #6, août 1976), qui fut membre des Teen Titans (vol. 1, #46-53, 1977-1978). Il a été révélé qu'elle venait en réalité de Terre-3 et DC a hésité très souvent entre l'idée qu'elle était mythomane et insensée ou une héroïne sincère. Il y a eu une autre criminelle, Harlequin II, qui apparut dans Infinity Inc (et disparut au moins provisoirement dans Infinity Inc #53, 1988). 

Enfin, on a récemment appris (dans The New Golden Age, 2023 qui avait créé le Red Lantern russe) que Molly Mayne avait eu un fils, Michael, mais il semble qu'elle l'ait eu avant son mariage avec Alan Scott (en supposant que ce mariage existe toujours dans la nouvelle continuité) et qu'il n'ait aucune connexion avec Alan Scott (on ignore toujours qui est son père). Michael porte le nom de famille de sa mère et a pris comme identité "Harlequin's Son" (donc en référence à "Joker's Daughter"). Ce Michael Mayne porte les lunettes de sa mère et il est dit qu'Infinity Inc avait failli le recruter (Roy Thomas avait voulu un Harlequin dans l'équipe mais avait préféré mettre les deux jumeaux, fils du Green Lantern). Ce Michael Mayne semble complètement déséquilibré. 

CONCLUSION

 


Quand la Star Saphire de l'Âge d'Argent surgit dans Green Lantern #16 (octobre 1962) par John Broome, elle a des aspects qui viennent des trois personnages à la fois : la Star Sapphire originelle, Rose/Thorn et Harlequin. 

(1) Elle tient son nom de la Star Sapphire de l'Âge d'or, ses pouvoirs et l'origine d'une "Reine" extra-terrestre aussi. Certaines histoires qui insistent sur une "misandrie" des Zamarons viennent aussi de cette version. Mais c'était une adversaire du Flash, qui n'eut aucune interaction avec Green Lantern (avant son apparition moderne dans The Flash & Green Lantern: The Brave and the Bold n°6, avril 2000, qui relia rétroactivement la première Star Sapphire de la 7e dimension avec celle des Zamarons). 

(2) La personnalité multiple vient plutôt de Rose & Thorn, qui sont ensuite devenues rétroactivement la première épouse du Green Lantern de l'Âge d'Or et la mère de ses deux enfants Jade et Obsidian.  

(3) Enfin, Star Sapphire est la patronne de Hal Jordan (elle aime GL plus que Hal) comme Molly Mayne était l'employée d'Alan Scott (et aimait GL plus qu'Alan). Harlequin est un personnage ambigu entre une ennemie et une partenaire, là encore exactement comme l'est Star Sapphire de l'Âge d'Argent.  

jeudi 15 octobre 2026

Legion of Super-Heroes (Vol. 9) #2

Voir le n°1. 

Ce n°2 confirme que c'est un très bon reboot de la Légion. Oui, je sais, le scénariste Joshuah Williamson a tenu à affirmer dans une interview que ce n'était pas un reboot car toutes les anciennes histoires "comptent toujours", mais je crois qu'il joue sur les mots. C'est un reboot qui me semble plus radical que le 2e reboot de Mark Waid (2004-2009) ou que le 3e par Brian Bendis (2020-2021). 

Certes, le côté sombre de cette version de la Fédération Unie des Planètes rappelle aussi le Five-Year Gap (1989-1994), les épisodes de Dan Abnett & Lanning vers 2000 (où la Fédération était devenue dystopique et manipulait les gènes de ses habitants) mais aussi certains aspects du threeboot de Waid (où la Légion luttait contre le conservatisme de l'UFP). On écrit souvent que les versions récentes ont de plus en plus refoulé l'utopie optimiste du Futur mais c'est en partie simplificateur. La Légion a toujours connu ce genre d'histoires, dès celle où les Légionnaires étaient poursuivis par l'Etat (contrôlé par Universo) dans Adventure Comics #349 (1966 !). 


 

Une des grandes révélations sur l'interdiction des super-pouvoirs dans la Fédération est que les Persuaders ne sont pas qu'une "police" totalitaire avec des Haches atomiques. Ils sont en fait composé de méta-humains sans doute conditionnés et encadrés dont les capacités sont contrôlées par l'Etat. On voit déjà parmi leurs membres des individus bien connus (comme Polar Boy, Dawnstar ou Porcupine Pete ). Leur Leader semble être Mano mais il reste à voir si "Tharok" sera la même personne que Cyborg Superman (Hank Henshaw, qui a hélas été trop utilisé depuis quelques années). Il semble donc que ceux qu'on appelle d'habitude les Fatal Five soient déjà au pouvoir derrière l'UFP et j'espère que ce n'est pas vraiment Dawnstar qui a été manipulée car il serait difficile d'imaginer une rédemption après les crimes épouvantables des Persuaders. 

Un des premiers scénaristes de la Légion, Ed Hamilton, disait détester Matter-Eater Lad car il ne voyait pas bien comment utiliser ses pouvoirs (le premier reboot avait d'ailleurs réduit Matter-Eater entièrement à un poste de cuisinier de la Légion) et une des réussites de ce numéro est que c'est la première fois qu'on peut être convaincu par ses capacités : non seulement il secrète un acide universel mais son système digestif est invulnérable. Les Persuaders craignent tant les Bismolliens qu'ils ont même reçu l'ordre de les détruire à vue. 

On en apprend plus sur Mekt Ranzz et Garth commence sa carrière comme un simple sidekick de ce Lightning Lord sans se rendre compte de la corruption de son grand-frère. J'aime beaucoup le fait que le vieux concept désuet d'une "Légion des super-vilains" (LoSV) ait été transformé dans cette idée que Mekt est un des "fondateurs originels" et qu'il va appartenir à Garth, Rokk, Imra ou Brainiac 5 de re-fonder les idéaux d'une Légion qui ne soit pas qu'un mouvement de surhommes pleins d'hubris. 


 

Enfin, on retrouve l'Impératrice d'Emeraude (dans un costume divin presque kirbyesque) et dans cette version elle contrôle ce qui reste de l'ancien "Corps des Green Lanterns" (devenue "Green Lantern Corporation"). Ce n'est pas la première fois qu'on imagine un lien entre l'Oeil d'Ekron et la Lanterne des Gardiens mais je suis assez content que le mythe des Lanternes soit lié dès le début aux origines de la Légion (Bendis aussi avait voulu garder ce lien avec Gold Lantern). Le seul défaut est qu'on n'aura donc peut-être pas Universo et Rond Vidar. 

 Là où on voit que Williamson doit adorer les détails de continuité du Multivers DC est quand on voit Rokk fréquenter Grimbor. On a des éléments du passé qui reviennent ainsi à l'improviste. 

Comme je n'avais pas aimé la version récente de Bendis (à part quelques personnages comme le nouveau Dr Fate), je commençais à craindre que j'étais devenu un de ces fans pénibles qui ont peur du changement. Cette version de Williamson me rassure car elle est bien plus réussie que celle de Bendis, ce qui devrait démontrer que les critiques contre cette dernière n'était pas que du conservatisme. 

Il serait alors intéressant pourquoi elle fonctionne mieux. A première vue, j'ai l'impression que l'intrigue semble montrer un plan plus cohérent, avec plus de suspense, alors que le reboot de 2020 semblait être une succession trop arbitraire où on n'attendait rien. 

vendredi 9 octobre 2026

Erratum : la table sur les origines dans le sous-secteur Regina

Imaginos a corrigé ma table de mon message précédent : certaines sources comme le Traveller Book ou Adventure 12 donnent une population de 60,1 milliards d'habitants pour tout le sous-secteur au lieu de 160. 

160 était trop mais 60 est trop peu pour le chiffre des habitants par système de GURPS Behind the Claw (on obtient 60 rien qu'en additionnant les 5 mondes les plus peuplés). 

Je prends donc le chiffre intermédiaire entre 60 et 160 de 90 milliards proposé dans Adventure 1 : The Kinunir, même si pour être franc, 90 ne cadre pas non plus, on serait plutôt sur 75 milliards, mais l'écart est moindre. 

Le calcul marche bien pour les 12 mondes les plus peuplés (on pourrait retirer Ruie qui est en Zone Rouge de quarantaine en raison d'une pandémie, et hors de l'Imperium) :  

Rethe 31 milliards [26 selon Traveller Book], 34% 1-33
Efate 8,4 milliards 9% 34-42
Ruie 7,8 milliards 9% 43-51
Algine 7,4 milliards 8% 52-59
Enope 6,4 milliards 7% 60-66
Menorb 3,7 milliards 4% 67-70
Roup 3,5 milliards 4% 71-73
Yres 1,8 milliards 2% 74-75 [Voir commentaires, Yres n'a que 30 millions]
Keng 820 millions 1% 76 
Regina 740 millions 1% 77
Wochiers 740 millions 1% 78
Feri 600 millions 1% 79

Les 20% restants (18 milliards) sont à répartir entre les 20 autres mondes (où je n'obtiens certes qu'environ 1 milliard, mais tant pis)   : 
Alell 400 millions
Knorbes 82 millions
Inthe 70 millions
Yori 70 millions
Shinothy  Shionty 70 millions
Heya 70 millions

Moins de 10 millions : 
Yurst 8 millions
Kinorb 6 millions
Jenghe 3 millions 
Forboldn 3 millions
Dentus 1 million
Moughas 1 million 

Moins d'un million : Boughene (630k), Uakye (300k), Yorbund (200k), Beck's World (70k), Pscias (50k), Hefry (32k), Pixie (90), Whanga (20). 

Bien sûr, si les joueurs veulent choisir leur monde d'origine, ils peuvent le déterminer selon leur préférence qui n'a rien à voir avec la population (et notamment le Niveau Technologique). Dans la campagne de Seth Skorkowsky, un des PJ vient de Pscias (Zone "Rouge", seulement 50 000 habitants) et a donc inventé lui-même les détails de son monde barbare.  

La surpopulation de Rethe est un problème pour un monde aussi développé (ils sont au Niveau Technologique 8, à peu près celui de notre monde). Efate pourrait être la "vraie" capitale du sous-secteur par sa population et sa très haute technologie (TL D).  

Add. 

Les 20 systèmes les plus développés rangés par NT décroissant. 
D (Saut 4) : Efate, Ukaye, Pixie, Boughene, Yori

B (Saut 2) : Feri, Moughas

A : Alell, Regina, Dentus

9 (Saut 1) : Jenghe, Wochiers, Inthe

8 :  Shionty, Rethe

7 : Yres, Menorb, Ruie, Hefry, Yorbund,  

Les 12 autres sont donc à un niveau "pré-spatial" en dehors de l'astroport. Pscias est même à un niveau primitif.  

jeudi 8 octobre 2026

[Traveller] Les Secrets des Anciens (la vidéo)

Je n'arrive hélas pas du tout à suivre les parties de jeu de rôle filmées, mon Trouble d'Attention se déclenche presque tout de suite. 

Mais je trouve que Seth Skorkowsky (qui a fait beaucoup de vidéos sur Traveller) a réussi à créer un format bien plus agréable avec sa vidéo sur Secrets of the Ancients : au lieu de filmer sa partie (même en la montant), il la raconte après coup en la dramatisant (il se déguise même pour jouer tous les rôles) et en expliquant ce qu'il modifie dans le scénario ou bien les problèmes qu'il a eus à maîtriser tel ou tel aspect avec son groupe de joueurs. C'est donc à la fois un compte-rendu de partie et une sorte de recension critique. 

The Secret of the Ancients (sans S final à secret) était d'abord l'Aventure 12, un scénario de 48 pages par Marc Miller (créateur de Traveller) en 1984. Elle demande clairement beaucoup de travail pour en faire une campagne, c'est plus un cadre, avec un dénouement programmé. Gareth Hanrahan en a refait une nouvelle version au XXIe siècle, qui a été rééditée pour la 2e édition de Mongoose Traveller en 2021 en 256 pages sous le titre Secrets of the Ancients. C'est cette fois une série de plusieurs épisodes. 

De plus, Martin Dougherty a réécrit la vieille aventure Twilight's Peak (1980) comme une sorte de prequel à Secrets, sous le nouveau titre Mysteries of the Ancients (2023, mais en changeant aussi la localisation du sous-secteur Rhylanor vers le sous-secteur Glisten sans que je comprenne bien pourquoi). Malgré la qualité de Twilight's Peak (qui est un excellent bac à sable, quel que soit son aspect donjonnesque), Skorkowsky déconseille de les enchaîner ainsi comme il trouve que cela retire certaines surprises dans Secrets of the Ancients. Il y a aussi un 3e volet par le même Dougherty, Wrath of the Ancients (2023) qui continue l'exploration vers le sous-secteur Five Sisters. 

Dans sa campagne, il a ajouté Search & Rescue (de The Marches Adventures 1-5) mais en mettant l'intrigue dans le système Pscias (Regina) au lieu de Gorram (Lunion). Il conseille d'ailleurs de faire en sorte que tous les PJ aient une connexion avec le sous-secteur Regina (la famille de l'un des PJ doit venir d'Alell). 

Skorkowsky fournit sur sa chaîne YouTube beaucoup de pistes et modifications de Secrets, avec des indices supplémentaires et des textes d'accompagnement (il a aussi publié pour Mongoose Mysteries on Arcturus Station, une extension de l'ancienne Adventure 11 Murder in Arcturus Station). Je ne comprends pas très bien pourquoi il veut mettre tant de PNJ importants comme contacts ou ennemis des PJ dès le début. Cela risque de faire un peu trop de coïncidences ("ah, comme par hasard, l'universitaire contacté par le membre de ma famille qui vient de disparaître est justement le directeur de thèse d'un de mes co-équipiers et le militaire chargé d'enquêter sur sa disparition est aussi un des vieux nemesis d'un autre de mes co-équipiers, comme l'espace interstellaire est petit...") 

J'ai un peu l'impression qu'on veut changer le vieux dirigisme ("il arrive cela et vous n'avez donc pas le choix") par un background étoffé ("il est déjà arrivé cela dans votre passé qui conditionne vos choix, que faites-vous alors ?"). Mais j'approuve souvent l'idée de transformer en jeu de rôle ce qui relève d'un "fait" brut (on ne peut pas "négocier" avec un fait) en un PNJ avec lequel ont peut au moins croire qu'on peut discuter. 

Cela donne en tout cas envie de se replonger dans les deux scénarios de Miller et Hanrahan. J'ai beaucoup de respect pour Miller, qui est un des plus grands créateurs dans l'histoire de jeu de rôle avec Greg Stafford ou Steve Perrin mais Secret Sans S a une mauvaise réputation d'être bien trop dirigiste (et c'est sans doute aussi un défaut du début de sa géniale Traveller Adventure). La version de Hanrahan a des changements très profonds et je ne parle même de ceux qui sont introduits si on prend en plus la version de Dougherty. 


Tonton Vlen
oncle d'un des PJ

 Par exemple, dans la version Miller, on commence par un héritage mais le mort ne compte pas en tant que tel, ce n'est qu'un prétexte pour lancer l'héritage. Il est en revanche un PNJ central dans la version Hanrahan et dénouer ses intentions est un des premiers buts de la campagne. Il devient même un PNJ que les PJ vont accompagner longtemps avant le début dans la version "Prequel" de Dougherty. Voir aussi ce thread sur RPG.net qui propose des modifications. 

 

Petit Appendice : 

Comme on conseille de créer tous les PJ dans le sous-secteur Regina, voici (dans le même ordre d'idée que la table sur toutes les Marches directes) une petite table très à la louche pour donner des idées dans le sous-secteur.  


 

Le sous-secteur est noté comme ayant un total de 165 milliards d'habitants selon Supplement 3 The Spinward Marches mais si on prend les chiffres plus précis par système dans Behind the Claw on lance un d100 : 

Rethe 31 milliards (!!!), planète désertique, TL 8 18,7% 1-19
Efate 8 milliards, TL D 5% 20-24
Algine 7 milliards, TL 4 4% 25-28
Ruie 7 milliards, TL 7 4% 29-32
Enope 6 milliards, TL 6 4% 33-36
Menorb 4 milliards, TL 7 2,5 37-38,5
Roup 3,5 milliards, TL 6 2% 38,6-39,6
Yres 2 milliards, TL 7 1% 39,7-40,7
Keng 800 millions, TL 3 0,5% 40,8-41,2 
Regina 800 millions, TL A 0,5 41,2-41,6
Wochiers 750 millions, TL 9 0,5 41,7-42,1
Feri 600 millions, TL B 0,4 42,2-42,5
Alell 400 millions, Riche, TL A 0,3 42,6-42,8
Knorbes 100 millions, Riche, TL 2 0,1 42,9
Inthe 70 millions, TL 9 43

Les 57% restants sont entre :

Yori 70 millions
Shinothy 70 millions
Heya 70 millions
Yurst 8 millions
Kinorb 6 millions, Riche
Jenghe 3 millions 
Forboldn 3 millions
Dentus 1 million, TL A
Moughas 1 million, TL B 

Moins d'un million : Boughene, Hefry, Pscias, Yorbund, Beck's World, Uakye, Whanga, Pixie. 

Je doute qu'on puisse atteindre le total de 165 milliards avec ces statistiques... Le fait que Rethe ait eu un tel Baby Boom alors qu'ils dépendent entièrement des importations est bizarre.  

mercredi 7 octobre 2026

Vidura le sage

Vidura (le Perspicace, en sanscrit) est peut-être le personnage qui se fait le plus souvent retirer des adaptations du Mahābhārata. C'est compréhensible comme il faut bien faire des choix sévères (il n'est ni dans la très belle pièce de Pauline Bayle ni dans l'excellente BD de Jean-Marie Michaud) et que Vidura ne semble pas avoir une grande importance "dramatique" : il ne fait pas grand-chose à part donner des conseils ou des blâmes (et à ce titre, il ne ferait que double emploi avec les autres ministres sages et vieux oncles de la famille royale comme Bhīṣma). 

Mais là où c'est dommage est son importance "sociale". Vidura est le Premier ministre du Royaume des Kuru et il est l'un des rares personnages de toute l'épopée à être "de basse extraction", c'est un śūdra (serviteur), ou pour être précis il est un des "castes mixtes" ou inter-mariage ce que le Code de Manu (qui a prévu toutes les combinaisons "anuloma" avec père de caste supérieure ou "pratiloma" avec père de caste inférieure) appelle un Pāraśava, fils d'un père brāhmaṇa et d'une mère Śūdra, Arthaśāstra 3.7.21, Mahābhārata, I, chapitre 101. Karṇa croit à tort être fils d'un Sūta ("conducteur de char", fils d'une brahmane et d'un kshatriya), Adhiratha Nandana, mais dans le cas de Vidura, il est vraiment "parashava", fils de Vyasa et d'une servante. 

 

Père (Homme) ↓ \ Mère (Femme) → Brahmane Kshatriya Vaishya Shudra
Brahmane Même caste Savarṇa Murdhavasita
(Anuloma - Toléré)
Ambastha
(Anuloma - Toléré)
Nishada / Parashava
(Anuloma - Toléré)
Kshatriya Sūta
(Pratiloma - Réprouvé)
Même caste Savarṇa Ugra
(Anuloma - Toléré)
Karana / Rathakara
(Anuloma - Toléré)
Vaishya Vaideha
(Pratiloma - Réprouvé)
Magadha
(Pratiloma - Réprouvé)
Même caste Savarṇa Ayogava
(Anuloma - Toléré)
Shudra Chandala
(Pratiloma - Réprouvé)
Kshattr
(Pratiloma - Réprouvé)
Vaidehaka
(Pratiloma - Réprouvé)
Même caste
Savarṇa

On rappelle la conception des Deux Princes et de leur Vizir Vidura : 

le brahmane Vyāsa est le Compilateur du texte et c'est aussi le père des deux branches de la famille royale avec deux princesses : parce que Ambikā avait fermé les yeux pendant leur relation, elle eut un fils aveugle, le roi Dhṛtarāṣṭra, et parce que sa soeur Ambālikā avait pâli d'effroi, elle eut un fils albinos Pānḍu (qui ne devait jamais avoir d'enfants directs) - quant à leur aînée Amba, elle demanda à épouser Bhishma mais fut rejetée.  

[En passant, le texte ne me semble jamais remarquer que techniquement les deux Princes devraient être des "mūrdhāvasikta" puisqu'ils ne sont pas de caste kshatriya pure, mais il y a une sorte de fiction qui considère ici le brahmane Vyāsa comme un simple "substitut" du Roi kshatriya défunt, et les enfants ne sont considérés que comme "Kṣetraja", enfants matrilinéaires selon la coutume du niyoga, union sans mariage en cas de mort du père. Les Lois de caste sont plus "malléables" qu'elles n'en ont l'air...]

Et comme les deux princesses avaient mis une servante shudra (nommée Pariśramī, "La Diligente") à leur place (qui, elle, ne ferma pas les yeux et ne blêmit pas, et fut donc la seule à avoir eu des rapports sexuels rituels), elle eut le 3e fils, Vidura le Perspicace, le seul fils à être entièrement "valide" physiquement mais aussi le seul à ne pas pouvoir régner en raison du statut social de sa mère. 

Vidura est l'un des plus sages mortels et on apprend qu'il est en fait une incarnation de Yama (Dieu de la Mort) ou "Dharmaraja" (Le Roi de la Loi), tout comme son (pseudo-)neveu le Roi Yudhisthira (un mythe dit même qu'ils fusionnèrent ensuite, la Royauté et la Sagesse).  

Cela montre la subtilité des renversements de castes dans une épopées qui reste fidèle à une idéologie castiste. Vidura mériterait le pouvoir par sa droiture bien plus que ses neveux, les Kaurava, mais il acceptera son statut inférieur de "Bâtard" royal, même s'il est le seule Ministre de la capitale à finalement changer de camp face à l'injustice de Duryodhana et l'excessive indulgence du Roi aveugle.  

Bhīṣma Gangāputra est certes un modèle éthique mais il considère que son devoir est de continuer à servir l'occupant "légitime" du trône issu de son "neveu" le Roi aveugle Dhṛtarāṣṭra alors que Vidura considère que son devoir moral dépasse toute loyauté formelle envers le Roi légal, son demi-frère (qui fait toujours l'erreur de préférer son fils à la justice).  


Vidura expulsé par Duryodhana
part méditer et dialoguer avec les sages
(Śrīmad Bhāgavatam Purāṇa)

dimanche 4 octobre 2026

Un autre résumé plus "boardgame" du Mahabharata

 C'est l'histoire d'un Prince qui au début perd tout dans un jeu avec trop de hasard (et avec un tricheur). 


 Alors il décide de se consacrer à des wargames beaucoup plus simulationnistes. 

Peintures à l'huile par l'artiste italien contemporain Giampaolo Tomassetti (né en 1955). 

 

 

Add. J'avais oublié que j'avais déjà fait une petite liste de jeux sur le thème. Hélas, je n'ai jamais réussi à trouver le jeu de cartes indonésien Legend of Vyas, que j'aurais bien aimé essayer (même si des cartes de combat à deux, Arjuna vs Karna, doivent devenir vite répétitives). Mahabharat: War of Thrones a l'air assez générique. Ce jeu en kickstarter Bharat a l'air pas mal mais je crains, vu le matériel, qu'il soit trop cher pour moi. 

samedi 3 octobre 2026

Mahabharata, Une histoire de la violence

Pièce au Théâtre Public de Montreuil jusqu'au 24 octobre 2026


Arjuna, Bhima, Yudhishthira, Draupadi, Vyasa, Duryodhana, Bhishma, Karna

 

La metteuse en scène Pauline Bayle est familière avec l'épopée et a déjà adapté l'Iliade et l'Odyssée. Ici, sa troupe entièrement féminine représente un rapport nouveau à la violence. Elle explique que la Guerre (et son discours) entre les hommes est toujours aussi construite en élidant les femmes. Ces guerrières s'approprient ici des formes de la rivalité physique traditionnelle dans leurs défis mais dans une pièce qui insiste sur l'échec désastreux de cette violence, dans le néant final qui va ruiner tous les moyens utilisés pour préserver le Dharma. 

Le poète Vyāsa (joué par Nirupama Nityanandan, à la fois en français et en tamoul) dit qu'attention, il n'y aura pas de catharsis et c'est un des propres de l'épopée authentique que de laisser cette amertume et non la plate satisfaction de la vengeance. Même si Draupadī (Hélène Chevallier, qui joue aussi Kuntī) vient tremper ses cheveux dans le sang de Duḥśāsana (qui est représenté par une absence comme la figure du Violeur), il n'y a aucune joie malveillante. 

Je me demandais si le fait de représenter la violence par la danse du "KRUMP" par le personnage d'Arjuna (l'artiste Nach/Anne-Marie Van) risquait d'esthétiser la violence mais je crois que la pièce arrive à éviter ce danger. Le KRUMP vise notamment à faire circuler de manière presque rituelle une énergie mais ce n'est pas une chorégraphie martiale qui aurait idéalisé les gestes qui tuent dans les pas de danse. Il s'agit d'imposer une force contre la terre et le corps mais ce déchaînement n'est pas censé enjoliver la force. A mes yeux d'ignare, cela peut même sembler un peu convulsif comme des spasmes inquiétants. 

La pièce a beaucoup d'humour et de décalages. Je soupçonne que ce n'est pas qu'une projection de ma part si les Pandava de cette version faisaient penser dans les costumes à trois des Spice Girls (Scary Spice en Arjuna, clairement Sporty Spice en Bhīma, mais l'allusion fonctionnerait certes moins pour Posh Spice et Yudhiṣṭhira).  

Je suis très impressionné par la densité de la pièce qui conserve de nombreux éléments et qui m'a même fait réapprécier des aspects que je n'avais pas vraiment remarqué (notamment l'étrange farce en jeux vidéo qui adapte le Livre IV Virata Parva).  

Vyasa est montré comme un personnage post-moderne comique, à la fois poète et personnage dans sa poésie, qui couche avec ses propres personnages. Il ne conte pas à Ganesh mais au public (sans doute car nous avons du mal à représenter les dieux) et ce sera aussi lui qui sera l'avatar de Viṣṇu dans la très belle scène de la Bhagavad-Gītā (Kṛṣṇa étant joué par un enfant qui garde un silence mystérieux, et qui joue aussi deux autres enfants tués dans l'épopée, Abhimanyu, le fils d'Arjuna et Ghaṭotkaca, le fils de Bhīma et de la rākṣasī Hiḍimbī). Comme l'a dit Pauline Bayle, la mort des deux figures paternelles (Bhīṣma, Droṇa) répond au sacrifice des deux fils envoyés à la mort. 

Le personnage le plus attachant et sublime de l'épopée est à mes yeux le vieux Bhīṣma (interprété par Agnès Belkadi, qui joue aussi un autre Père spirituel, le vieux Maître d'armes Droṇa). Je ne suis pas sûr que les spectateurs qui ne le connaissent pas déjà ne comprennent toujours bien l'ampleur de son sacrifice et pourquoi Duryodhana lui dit qu'en un sens tout ce qui va arriver est de sa faute par son renoncement : Bhīṣma  le fils du Gange est celui qui veut toujours faire au mieux, encore plus moral que Yudhiṣṭhira et pourtant, c'est lui qui a rompu le Dharma par son voeu généreux de refuser à la fois la Couronne et une Descendance. 

P. Bayle a retiré 2 des 5 Pandava, les 2 Jumeaux Nakula & Sahadeva, ce qui rend sans doute la lecture de l'épopée plus lisible pour nous en ne gardant que les 3 fils de Kuntī, Yudhiṣṭhira (Julie Grelet), Bhīma (Viktoria Kozlova qui joue parfois les scènes de la jungle dans sa langue en Letton) et bien sûr Arjuna (Nach). 

De l'autre côté, Duryodhana (Clémence Pillaud, qui joue aussi le personnage double d'Amba/Shikandi) est un peu un fils capricieux mais cela ne fait que donner plus d'importance encore au rôle de sa mère Gāndhārī. La pièce tente d'approfondir quelques nuances de Duryodhana : il demande si toute l'histoire n'est que biaisée par le narrateur Vyasa et prétend avoir toujours été du côté des basses castes méprisées par les Pandava (mais on peut supposer pas mal de cynisme opportuniste dans cette stratégie). Le drame du resplendissant Karṇa (Jenna Thiam) est très bien rendu. C'est un des personnages qui animent le plus la pièce dans son ambivalence d'enfant traumatisé - si ce n'est que je ne me souvenais pas que Karṇa avait aussi de ceux qui avait participé à l'humiliation de Draupadi dans le Livre II Sabha Parva (le célèbre Vastrapaharanam où elle est entourée de voiles infinies quand les mortels tentent de la dévoiler). Il est peut-être dommage qu'on n'ait pas vu du tout les Pandava se rendre compte que Karṇa avait été leur frère. 


le combat final entre les deux frères Arjuna et Karṇa

 

Je suis très heureux car une de mes scènes favorites dans l'épopée a été préservée dans l'adaptation. C'est une scène d'éthique et de sémantique car le Roi Juste Yudhiṣṭhira a promis de ne faire aucune ruse déloyale pendant la bataille.  Or il s'autorise à prononcer non pas un "mensonge" proprement parler mais un sophisme qui cache un mensonge. Kṛṣṇa a expliqué que nul ne pourra vaincre Droṇa sauf si on peut lui faire croire que son fils bien aimé le tout-puissant Aśvatthāmā a été tué. On tue alors un petit éléphanteau qu'on nomme aussitôt "Aśvatthāmā" aussi, pour permettre (formellement) à Yudhiṣṭhira de ne pas commettre exactement un "mensonge" quand Droṇa (qui a entière confiance en la loyauté du fils de Dharma) lui posera la question et quand il répondra qu'Aśvatthāmā est mort. L'épopée ne dit pas clairement que Yudhiṣṭhira a commis un péché (quel que soit le soutien qu'il recevait de Kṛṣṇa) mais il y a clairement un malaise où le Roi du Dharma a joué sur l'équivocité du langage et commis "un mensonge par omission du contexte pragmatique implicite" (certes "un" Aśvatthāmā est vraiment mort mais il était clair dans la communication que Droṇa ne posait pas la question sur un éléphant). 

De nombreuses figures paternelles sont devenues très abstraites en dehors de Vyasa. Pandu & Dhṛtarāṣṭra sont réduits (littéralement) à des marionnettes dans le résumé très efficace des origines de la famille. Cela ne donne que plus d'importance à Gāndhārī, en revanche je m'attendais à voir bien plus Kuntī. 

J'avais déjà vu la version longue de Peter Brooks sur ARTE mais je crois que cette pièce est importante parce qu'elle apporte encore une autre voix et montre un enthousiasme rare sur les complexités et les résonances de cette épopée-monde.  

Le premier héros de Glorantha : le Prince Snodal

Brian Duguid a créé un nouveau blog consacré à l'étude du monde de Greg Stafford, "Gloranthology.org" et il commence par ce qu'on peut savoir sur les origines du monde avec la première fiction gloranthienne, la saga de Snodal vers l'automne 1966, il y a 60 ans, bien des années avant d'y mettre son premier jeu, le wargame White Bear & Red Moon. 

Avant de développer Glorantha, le cadre se réduisait à ce qui allait devenir la côte occidentale et le nord-ouest (Seshnela, Loskalm et Fronela). C'est assez curieux que Stafford ait commencé par ce morceau qui paraît plus scandinave qu'arthurien, et qui fut ensuite si négligé par rapport à la partie centrale du continent. 

A l'origine, Snodal semble fuir Seshnela qui serait une Lyonesse semi-engloutie mais par la suite il est clairement de Fronela ("Frontem" dans la première version) et non de Seshnela ("Seshneg").  

Snodal est devenu un personnage assez mineur de la mythologie en dehors du fait si mystérieux qu'il aurait tué le Dieu aux Pieds d'Argent (là, le nom sonne plus celtique) pour tenter d'empêcher un avenir préparé par le Sorcier Zzabur, et qu'il aurait déclenché ainsi (volontairement ou pas) le "Ban des Syndics" qui bloqua la communication terrestre comme la Clôture des Mers de Zzabur avait déjà bloqué la communication maritime. Encore aujourd'hui, on ne connaît toujours pas l'interprétation correcte de cet événement mais Snodal semble avoir réussi son plan de sauver l'Ouest en permettant à son fils le Roi Siglat de protéger et d'isoler le Royaume "méritocratique" (hrestoli) de Loskalm contre la tradition des castes fermées du malkionisme orthodoxe (où Stafford semble régler ses comptes avec toutes les hypocrisies sacerdotales à la fois, des brahmanes aux jésuites). 

Ce qui manque à la légende de Snodal est sans doute un "arc narratif" clair. La succession des événements ne résonne pas vraiment de thèmes très clairs : il va jusqu'à une terre de demi-dieux hyperboréens (il n'est pas encore clair que Snodal vienne d'un pays monothéiste), il fédère des alliés contre le Chaos et finit par se faire tuer en laissant sa place à son fils le fondateur politique Siglat. Mais cette structure mystérieuse est sans doute voulue par Stafford. Sa mythologie a des "refrains" reconnaissables comme les quêtes des porteurs de lumière, l'hubris de ceux qui veulent piller et contrôler le divin, mais elle est faite pour être pleine de mystères "numineux" comme ces scènes obscures dans les Quêtes du Graal. 

Vu l'importance de Snodal, j'espère que le Ban des Syndics était en fait justifié. Certes, un des effets secondaires fut sans doute de favoriser le Royaume de la Guerre comme une sorte d'inversion ou refoulement de l'idéal de pureté de la République Platonicienne de Loskalm. Mais il serait difficile de savoir ce que le Ban d'un siècle, 1499-1580 (c'est quand Dormal a brisé la Clôture que le Ban a commencé son déclin) a pu apporter de si important ou pourquoi le Ban aurait contrecarré le plan de Zzabur le Bleu. Le Ban a duré sous les règnes de Siglat le Sage (fils de Snodal, demi-dieu mort en 1559) puis Ampral (fils adoptif de Snodal, mort en 1573) et enfin le roi actuel Gundreken, ancien écuyer de Snodal (et fondateur de l'Ordre chevaleresque de l'Hirondelle avec le chevalier Meriatan). Jamie Revell avait mentionné dans Book of Joy p. 52  un règne de l'Evêque Svalanigos (1569-1615) entre Siglat et Gundreken à la place d'Ampral mais cela ne semble plus "canonique" (c'est le cas de le dire) car Svalanigos serait un roi seshnelien (1574-1590). 

Un détail que je n'avais pas remarqué avant aujourd'hui est l'amitié de Snodal avec un Minotaure Bleu nommé Faulani et qui est resté un Gardien magique de Loskalm (et dont on ignore s'il a aussi un lien avec Taureau Tempête comme les Minotaures de la Passe des Dragons). Mais dans le résumé de sa première version, "Faulani" est un terme collectif, un territoire en "Seshneg" : "He journeys south to the land of the Faulani. (...) He begins to train the Faulani to fight the Krjalki." A-t-il changé d'avis ou bien Faulani est-il en réalité un titre (le dernier des Faulani ?). Ont-ils un rapport avec les Tawari ("hsunchen" taureaux ?) et les Enjoreli (monteurs de taureaux en Akem) ? Un texte évoque la tribu des Losk-Alim qui auraient été à l'origine de Loskalm. 

vendredi 2 octobre 2026

Autres illustrations pour cours de philosophie

Suite du précédent (pour retrouver les images que je télécharge parfois mais que j'oublie sur un coin de mon disque dur)

Libre arbitre 

Les métamorphoses du moi.

 L'identité

 

Histoire de la philosophie selon les Argentins



Causalité et corrélation

La vérité

La conscience (honnêtement, ça ne marcherait pas car les élèves ne connaissent plus Popeye et son slogan "I yam what I yam")


mercredi 30 septembre 2026

La dualité dans la Deuxième Fonction

Comme je vais voir samedi prochain l'adaptation (avec une troupe entièrement féminine) du Mahabharata au Théâtre Public de Montreuil, je me replonge un peu dans l'épopée. 

 

Dans le petit village de Deogarh, sur la rivière Betwa entre l'Uttar Pradesh et le Madhya Pradesh, se trouve ce temple en ruines Dashavatara de Vishnu avec la plus ancienne sculpture connue des Cinq Pandava ci-dessus (cliquez pour les voir tous les Cinq avec leur épouse commune Draupadi). Elle daterait des années 400-500 vers la fin de l'Empire Gupta. 

La théorie trifonctionnelle de Dumézil est très convaincante à mes yeux mais un des détails du Mahabharata est de relier ces 3 fonctions aux 5 frères. 

Le premier frère entre très clairement, c'est Yudhisthira, Fonction royale, pas de doute, fils de Dharma la Loi. Les deux derniers sont les Jumeaux (Nakula & Sahadeva) et Dumézil les classe dans la 3e fonction, mais je trouve cela moins net que pour l'aîné et sa Première fonction. 

Les deux intermédiaires sont ceux qui m'intéressent ici. Ils sont une division à l'intérieur de la Deuxième  Fonction (martiale) entre Arjuna (fils d'Indra le Dieu du Tonnerre et anciennement Roi des dieux dans le védisme) et Bhīma (fils de Vayu le Dieu du Vent). Arjuna est le héros chevaleresque, les vertus morales du guerrier (associé à l'arc et à la concentration) et Bhīma serait la force physique, les dispositions à la violence du guerrier (associé à la masse). Arjuna se retient, Bhīma se déchaîne. 

Dans l'Iliade, l'équivalent d'Arjuna serait Achille et Diomède (mais les doutes d'Arjuna contre le combat n'ont rien à voir avec la sombre colère d'Achille, pleine d'intempérance), alors que ceux de Bhīma seraient plus Ajax le Grand (ou Héraclès si on reprend la Première Guerre de Troie). On peut aussi reprendre la dualité entre Ulysse et Diomède mais dans le cas grec, la "Mètis" d'Ulysse est un thème très différent de la vertu d'Arjuna. Ce serait aussi une opposition entre le roi-magicien lié à la mort Óðinn & le guerrier Þórr (voir cet article sur les évolutions du trifonctionnalisme). 

Arjuna apparaît donc comme une transition entre Yudhisthira le Roi Juste et Bhīma la Force, il sert fidèlement son frère aîné (comme le Roi Indra a décliné par rapport aux divinités "éthiques" comme Dharma et Vishnu) mais se pose plus de problèmes de conscience que ce balourd un peu comique de Bhīma (qui n'hésite pas à coucher aussi avec des ogresses). Pourtant, s'il n'égale pas Bhīma en force brute ou en lutte, c'est bien Arjuna qui est le plus grand guerrier. C'est Arjuna qui vaincra les plus grand héros du camp Kaurava mais c'est Bhīma qui se chargera finalement de leur chef Dhuryodhana. 

Et il est amusant de constater que cette division n'est pas qu'entre deux guerriers mais entre deux divinités atmosphériques : la Foudre et la Tempête. 

Cela pourrait donner des idées pour une adaptation gloranthienne de l'épopée comme Arjuna & Bhīma sont très orlanthis : Arjuna serait Argrath mais Bhīma n'est pas aussi brutal et destructeur que Harrek. 

mercredi 23 septembre 2026

Lanterns Episode 06 "Bad Optics"

Je n'étais pas vraiment le public visé par la série Lanterns. Ce que j'aime dans le mythe Green Lantern est cette idée d'universalité et de décentrement où toutes les planètes ont un GL et où le GL de la Terre n'est qu'un GL parmi d'autres. C'est pour moi avant tout une Cantine de Mos Eisley pleine d'Aliens. 


La série de Damon Lindelof (déjà auteur de la série Watchmen de 2019) se fonde sur une structure de "Buddy Cop Movie" qui mélange des références comme Lethal Weapon (un flic blanc rebelle et autodestructeur et son co-équipier noir plus formaliste), True Detective ou Fargo (l'effet surréel des sheriffs dans une zone rurale d'un Etat de la Zone qu'on Survole sans s'y arrêter, North Dakota dans Fargo et Rushville, Nebraska ici). Et comme dans sa série Watchmen, un des thèmes importants est aussi le spectre du racisme et des relations raciales aux USA. La SF (les Aliens et les Gardiens de l'Univers) est présente mais comme un arrière-fond dans une structure de film avant tout "policier" qui tourne autour de deux énigmes : pourquoi des extraterrestres commettent-ils des crimes en plein  Nebraska en 2016 ? Et qui a tué Hal Jordan en 2026 ? 

Pour ceux qui ont raté les premiers épisodes : on a une structure non-linéaire. Le pilote d'essai intrépide Hal Jordan (Kyle Chandler, 61 ans) a été choisi comme Green Lantern de ce secteur après le crash d'Abin Sur dans le Nebraska il y a une trentaine d'années, dans les années 1990 (et Hal sera formé par le GL nommé Sinestro). On apprendra plus tard qu'Abin Sur a en fait été assassiné par un Manhunter, un androïde change-forme qu'il avait pourtant sauvé car il semblait ne pas être aussi maléfique que les autres Manhunters. Mais on apprend que le père de John Stewart avait été sélectionné d'abord avant d'être refusé par l'Anneau parce qu'en tant que Noir assailli en pleine nuit par un rayon vert, il n'avait pu éviter une réaction d'appréhension. La famille Stewart a décidé de tout investir  pour faire de John Jr le prochain remplaçant de Hal Jordan. John Stewart est joué par Aaron Pierre, 32 ans, qui avait déjà joué Dev-Em dans la série Krypton. Le fait qu'il soit de nationalité britannique a déjà suscité des réactions amusantes de chauvinisme chez une partie des Américains (y compris d'Africains Américains qui le jugent trop "pâle" pour le rôle...). 


Couverture de Green Lantern (vol. 3) #1 (juin 1990)

 

En 2016, les Gardiens de l'Univers (qui viennent de subir une attaque de Sinestro qui a tué l'un d'entre eux et qui a été emprisonné sur Oa) annoncent à Jordan qu'ils ont choisi Stewart comme son "remplaçant".  Les deux GL reviennent dans le Nebraska et y trouvent un groupe d'Aliens qui ont pris forme humaine et qui sont venus pour exécuter le dernier des Manhunters qui se cache dans cette communauté. Hal deviendra l'ami de la sheriff locale Kerry Kane. 

Sans trop spoiler, une des péripéties consistera à découvrir que la milice locale de survivaliste est plus complexe et cherche au contraire à protéger son Immigré clandestin contre l'escadron des Aliens kamikazes. Hal tente de dresser les Aliens contre le Manhunter mais cela se termine en désastre quand le Manhunter détruit la moitié de la ville. John obtient alors l'Anneau mais le refuse, peut-être parce qu'il comprend qu'il a été manipulé par la Gardienne Lianna depuis son enfance. Les Gardiens décident de le donner à un 3e membre, la caricature de connard qu'est Guy Gardner (excellent Nathan Fillon). On comprend donc pourquoi c'est Guy qui était le GL dans Superman. 

En 2026, Hal a fini de purger sa peine de prison pour les dégâts de 2016. Il est retrouvé assassiné d'une balle dans le front et John Stewart (qui venait de lui casser la figure) enquête sur le meurtre. Dans l'Anneau de Hal, il y a encore une copie sauvegardée d'un double virtuel plus jeune de Hal (un "Halogramme"). 

Cet épisode 6 est surtout l'enterrement. On revoit même l'ex de Hal dans les comics, Carol Ferris (jouée par Amie MacKenzie et qui ne semble pas être une membre des Lanternes Roses...). En dehors d'elle, il n'y a presque personne pour y assister en dehors de Guy, John et la sheriff Kerry Kane (jouée par l'actrice écossaise Kelly MacDonald, qui, après Trainspotting, avait joué le fantôme Ravenclaw dans Harry Potter, ce qui explique peut-être les blagues récurrentes sur cet autre univers). L'un des seuls à pleurer Hal est un Alien, sa plante carnivore nommée Earl. 

On voit John devenu architecte (après son premier métier de Marine et de sniper), avec son frère Marcus. Il est à Midway City, la ville des Hawkmen et (ensuite rétroactivement) de la Doom Patrol. Ironiquement dans le dessin animé Justice League Universal, John sortait avec Hawkgirl. Il mentionne des destructions par l'alien Starro, dont on a parlé dans Suicide Squad ou dans Peacemaker. Peut-être parce que Marvel se concentre sur les Mutants, DC a l'air de se consacrer aux Aliens mais c'est une métaphore politiquement plus dangereuse.  

Noah Macon, le fils de la sheriff Kerry Kane, a grandi et il semble particulièrement maître de lui-même. Une des théories dominantes est que Noah n'est pas ce qu'il paraît être et pourrait être encore un Manhunter. Il est le suspect principal pour le meurtre de Hal en dehors de la jeune serveuse (la petite fille qu'on voyait pleurer dans les ruines à la fin de l'épisode précédent en 2016). 

Certains fans de Hal Jordan trouvent que la série le ridiculise et je ne suis pas d'accord. Il est abrasif, désinvolte et apparemment désorganisé mais aussi un policier remarquablement doué et intelligent (même si John paraît effectivement encore plus "cérébral" et réfléchi que lui). La dynamique Hal-John me paraît bien plus intéressante dans son inversion par rapport à celle qu'on voyait par exemple dans leurs premières rencontres des années 60 (où Hal était le "Square" du côté du Système et John le rebelle plein de colère). 

Si on accepte des contraintes de budget où on ne pourra pas voir tout un Corps de Green Lanterns qui demanderait trop de CGI, c'est une excellente série et on comprend son succès qui a l'air de dépasser de loin les fans ordinaires de superhéros.