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jeudi 2 septembre 2021

Arthuriana dans FATE/Apocrypha

Les fictions japonaises ne sont pas fondées sur un principe de continuité suivie mais souvent plutôt sur un jeu de variation : on reprend les mêmes "personnages" comme des "rôles" ou des silhouettes schématiques et on redéfinit le contexte. 


Après les premiers FATE, qui avaient posé les règles générales (7 couples Maîtres-Serviteurs, Guerre du Graal, érotisation et inversion sexuelle des Héros), Fate/apocrypha (2012) est dans une version "parallèle" où la Troisième Guerre du Graal s'est passée différemment : un Clan de sorciers de Transylvanie avait pu prendre le Graal (qui est uniquement une source d'énergie magique sans lien christique) avant la Seconde Guerre mondiale (même si je ne comprends pas bien pourquoi ils n'avaient pas pu accomplir leurs voeux dès cette époque) et cette fois, au lieu d'opposer 7 Maîtres-Mages entre eux, la Guerre du Graal va opposer deux camps, les 7 Mages de cette famille roumaine (ici appelé les 7 "Noirs") contre les 7 sorciers envoyés par l'Association des autres Mages (les 7 "Rouges"). Aucune des deux factions n'est clairement "bonne" ou "mauvaise", il y a des Mages ambigus des deux côtés même si certains des Esprits héroïques comme Astolfo et Siegfried sont plus clairement positifs. 

A ces 14 Héros (les 7 classes de Héros : Saber, Archer, Lancer, Rider, Caster, Berserker, Assassin) s'ajoutent deux Héros particuliers. 
Jeanne d'Arc (qui était déjà évoquée par Gilles de Rais dans Fate/Zero) a été convoquée directement par le Graal comme arbitre du combat ("Ruler") et est incarnée en un corps d'une Humaine comme elle n'a aucun Mage pour l'alimenter en mana
Le Prêtre catholique Kotomine Shiro (propre à la mythologie interne de la série, arbitre survivant de la Guerre du Graal précédente) est un mélange dans cette dimension entre l'Inquisiteur Kotomine de FATE/Zero et l'héroïque Shiro de FATE/stay night et il a pris le contrôle de presque toute la faction Rouge (sauf le Nécromancien qui a invoqué Mordred) Son secret est qu'il n'est plus un simple Mage humain mais un Héros qui n'a pas besoin de Maître, tout comme Jeanne d'Arc. 




Du côté Noir, les 7 Héros sont : 
Avicebron le Cabbaliste du XIe siècle (dont une légende du XVIIe raconte qu'il aurait créé un golem ou une automate pandora comme servante, ici il est un Nihiliste créateur d'homoncules, qui rêve de recréer l'Eden et l'Adam Kadmon en faisant tabula rasa de l'humanité), 
le Paladin Astolfo avec son hippogriffe, la lance magique d'Argalia et le grimoire des contre-sorts de la fée Logistille (du Orlando Furioso, ici un androgyne très queer et plein d'abnégation mais qui n'a pas toute sa raison sauf pendant la Nouvelle Lune), 
Chiron le Sagittaire (Archer), 
Vlad Dracula l'Empaleur (qui a ici le pouvoir de faire pousser d'innombrables Pals), 
la Créature de Frankenstein (ou plutôt L'épouse de Frankenstein des films d'horreur puisque la série féminise toujours les Héros), 
Jack l'Eventreur (incarné en une petite fille qui représente l'inversion du Gilles de Rais de FATE/Zero, un avatar de vengeance de tous les enfants persécutés de l'époque victorienne), 
Siegfried (qui se sacrifie en donnant son sang draconique à un Homoncule pour le sauver, "Sieg", qui deviendra le vrai héros de l'histoire et le Maître d'Astolfo). 

Du côté Rouge, les 7 Héros sont : 
Achille
Atalante (qui rêve de venger tous les enfants abandonnés)
Karna (du Mahabharata - le fait qu'Achille soit aussi l'élève de Chiron dans l'autre faction fait penser à la relation entre Arjuna et son gourou Drona), 
Mordred (qui s'identifie strictement comme "garçon" bien que son corps implique le contraire),
Semiramis (avec ses Jardins Suspendus, une Tour de Babel volante), 
Shakespeare (à la fois narrateur de l'histoire épique et sorcier)
Spartacus (génie furieux de la Rébellion contre tout Maître). 

Comme on le voit, en dehors de ce terme de "Graal", on ne retrouve plus que Mordred en Chevalier de la Trahison comme élément arthurien et il y a plus de mythologie grecque (Chiron, Achille, Atalante) ou de Gothic victorien britannique (Dracula, Frankenstein, Jack the Ripper - même Avicébron incarne un savant fou assez frankensteinien même s'il est plus nihiliste que prométhéen). 

Dans cette version, Mordred, la fille-clone d'Artoria (qui a des attributs encore plus féminins qu'Astolfo et parle de "lui" au masculin) n'est pas motivée par une soif de conquête mais bien par une forme d'amour contrarié où Mordred aurait voulu être un meilleur Chevalier que Lancelot. Arthur est montré comme un Roi parfait tellement idéal qu'il refuse Mordred parce qu'il sait qu'il ne pourrait pas être un monarque adéquat. Mais c'est ce refus qui fera de Mordred son ennemi et causera finalement la chute de Camelot que désirait Morgane. Un des procès qui revient tout le temps dans la série est qu'Arthur échoue par sa pureté même et qu'il représentait un idéal héroïque trop irréalisable et inaccessible. Mais je ne trouve pas qu'on arrive à entrer dans la relation de respect mutuel entre le Nécromancien (qui cherche une fille de substitution) et Mordred (qui veut compenser l'échec de son identification avec Arthur). 

Comme il y a 16 Héros au lieu de 7, c'est moins approfondi que dans FATE/Zero. La métaphore continue de cette série est surtout sur le Parasitisme, l'instrumentalisation et la consommation d'autrui. Le Cabbaliste fait les Homoncules pour leur prendre leur énergie et Jack the Ripper mange l'énergie magique des Mages qu'il assassine. Le Maître de Vlad Dracula a l'intention de vampiriser le Vampire pour atteindre l'immortalité. 

La série tourne souvent autour du thème du Mal et de la Théodicée, symbolisée par le sacrifice des Innocents. Les Homoncules sont brisés comme des poupées, comme des instruments et s'amoncellent en des tas de cadavres. Jack L'éventreur, qui incarne en lui tous les innocents violés et dévorés par la haine, pousse Sieg et Jeanne d'Arc à s'interroger sur le Mal radical. Il est dommage que le scénariste n'ait pas aussi fait le lien avec l'histoire où Arthur aurait tué tous les enfants nés à la même date que Mordred

Une des choses qui est terrible en vieillissant est que je constate mon déclin intellectuel. Je ne comprends pas la fin du Shangri-la de Matthieu Bablet et je ne comprends pas bien les fins des FATE où le voeu demandé au Graal n'est jamais réalisé comme il a toujours un élément de Monkey's Paw, un piège où la réalisation du voeu se retournerait contre le désir initial. 

lundi 9 août 2021

Arthuriana dans FATE/Zero

Genres

Le scénariste Kinoku Nasu (né en 1973) a créé depuis 20 ans un ensemble complexe de romans pour la jeunesse, de fictions interactives, mangas & anime dans le même multivers (le "Nasu-Vers" ou univers Type-Moon) et notamment la série FATE qui développe de manière très étendue les références arthuriennes (avec certes pas mal d'autres mythologies, comme la Matière de France). Certains personnages mythiques ou des fictions littéraires y sont décrits avec des superpositions de contradictions où les versions différentes seront également possibles comme ils sont bien faits de croyances imaginaires et non de faits réels. 

L'idée de départ de FATE quand Kinoku Nasu était encore au lycée, était une Lycéenne de notre époque qui invoque l'esprit du Roi Arthur mais ensuite les deux sexes furent échangés en des histoires de travestissements ou de transsexualité comme Arthur/Artoria. William Blanc parle un peu de cette féminisation dans son livre sur Le Roi Arthur : Un Mythe contemporain p. 482-483. 

L'énorme succès de cette série japonaise fait qu'on ne peut plus chercher un héros mythologique sans tomber sur une version féminisée en tenue de lycéenne dans Google Images. La franchise FATE paraît être devenu un prétexte pour faire des jeux de cartes ou des jeux vidéo avec des personnages mythologiques sous formes de soubrettes déshabillées. 

Le comic book Camelot 3000 en avait fait un thème majeur avec son Tristan réincarné en femme et toujours amoureux/se d'Isolde (qui était manipulée par Morgane) et on trouvait déjà une idée proche dans la Matière de France, la Chanson de geste d'Yde et Olive, une des continuations de la Chanson de Huon de Bordeaux

Guerres du Graal

L'univers est celui de l'Occulte contemporain, à la Harry Potter. La Magie est en partie héréditaire et les Grandes Familles magiques se disputent l'accès au pouvoir magique tout en devant se cacher des mortels. 

Le Saint Graal est une source de puissance magique infinie et depuis l'époque contemporaine, le Graal choisit périodiquement 7 Mages (mais qui ne viennent pas toujours des grandes dynasties) et leur donne la capacité d'invoquer 7 Héros du passé qui sont censés les servir. Le Héros individuel varie mais il y a des "positions" qui se répètent à chaque fois et qui sont des sortes de "classes de personnage" (le Sabre, le Lancier, le Cavalier, l'Archer, le Lanceur de Sorts, L'Assassin, le Furieux - à l'inverse, un Héros individuel peut aussi occuper une nouvelle position dans la compétition). Les Héros sont liés par des Sceaux qui apparaissent comme des tatouages (transférables si le Mage refuse le Sceau ou s'il meurt). Le Héros ne peut se matérialiser que par l'énergie magique du Mage mais est ensuite généralement  plus puissant en combat que le Mage, ce qui peut déclencher un conflit entre Maître et Serviteur où le Maître doit user d'un de ses Sceaux pour garder le contrôle. Chaque Héros a un objet magique qui est une représentation d'un Symbole intemporel. C'est l'Eglise catholique qui garde les Sceaux de certains Héros qui n'ont plus de Maître. Un ancien Mage mort peut ensuite réapparaître comme Héros. On apprendra plus tard que le Graal a été contaminé avant la Deuxième guerre mondiale par Ahriman, ce qui a provoqué l'apparition de "Héros" incarnant des "Idéaux" de plus en plus destructeurs ou maléfiques. 

Les Sept Mages sont censés alors participer à la Guerre du Graal. dans la ville japonaise imaginaire de Fuyuki ("Arbre d'Hiver"), siège des dynasties de Mages (les Tosaka, les Mato...). Le dernier gagnant du combat obtient alors un Voeu quel qu'il soit auprès du Saint Graal, comme de transcender ce Monde Matériel vers l'Akasha et la Racine de tout être (but ultime de la Magie), de changer la Destinée ou la Résurrection, jusqu'à la prochaine Guerre du Graal. 

Les Sept couples Mages / Héros

Dans la série FATE/Zero (prequel écrit par Urobuchi, sorti en 2006 mais la chronologie interne implique que cela doit se dérouler en 1994), nous en sommes à la Quatrième Guerre du Graal. Il va y avoir 7 "Héros" dans cet épisode de FATE/Zero (créé pour donner des origines aux participants de la Cinquième Guerre du Graal) : Artoria le Roi Juste, Alexandre le Roi Conquérant, Diarmuid Uia Duibhne, Gilgamesh le Roi Originel, Gilles de Rais, Lancelot du Lac et le Maître des Assassins. 

1 
Le Mage principal est Kiritsugu Emiya Le Tueur de Mages, qui est aussi héritier des Mages du Temps. Il paraît être un assassin cynique qui tue ses adversaires avec des moyens technologiques modernes, mais il croit devoir suivre un plan utilitariste pour sauver le monde de la Fin du Monde qu'il a prévu. Il s'est allié à la famille des Alchimistes allemands les Einzberns et est tombé amoureux de leur "fille" Irisviel von Einzbern (en fait une Homuncula créée artificiellement), avec qui il a eu une fille qui sera une des Mages de la Cinquième Guerre du Graal. C'est Kiritsugu qui a les Sceaux qui lui ont permis d'invoquer Arthoria Pendragon et Excalibur, son épée invisible, mais c'est la Magicienne Irisviel von Einzbern qui est "officiellement" sa Maîtresse (et aussi son amie, car Kiritsugu ne voit en Artoria qu'une arme). 

Artoria, créée par Merlin à partir du Dragon Rouge de Grande Bretagne, était en réalité femme dès l'époque de Camelot (contrairement à Galahad, par exemple qui aura plus tard une version hybride réincarnée en un corps féminin) mais a dû le cacher pour hériter d'Uther (Kinoku Nasu connaît-il L'Oeil Noir et le secret de Hal ?). Elle a entièrement sacrifié sa féminité et son identité pour le bien du Royaume, mais elle cache aussi qu'elle est l'incarnation du Dragon Rouge, comme Oberon Vortigern est l'incarnation du Dragon Blanc. 

Morgane, soeur aînée (et non demi-soeur) d'Artoria (identifiée aussi à Morgause et qui est une des personnalités multiples de la Triple Déesse, à la fois de la bonne Viviane du Lac qui protège Artoria et de l'inquiétante Reine des Fées qui veut causer sa chute). Morgane est d'origine féérique par Ygraine comme Artoria, et elle aurait dû hériter du Trône si Artoria n'avait usé d'une sorte de loi (salique ?) contre elle (et l'histoire laisse ouverte la possibilité que c'était bien Morgane la Fée et non la Dragonesse Rouge qui aurait été la "bonne" souveraine "légitime" quoi que dise Caliburn). 
C'est ce secret sur le sexe d'Artoria qui explique à la fois son absence d'héritier (son mariage avec Guenièvre n'était qu'une couverture politique, Mordred est ici une clone d'Artoria par Morgane) et aussi la trahison finale de Lancelot et Guenièvre qui partageaient au début ce lourd secret avant de tomber amoureux l'un de l'autre. 
Si Mordred, la Fille aux Deux Mères, trahit sa mère-soeur Artoria pour sa mère-porteuse Morgane, c'est plus par amour oedipien et narcissique que par simple jalousie. Gareth (ici soeur de Gauvain) est une femme également (ce qui peut ainsi justifier une partie de son histoire en tant que "Beaumains"). 
Artoria Pendragon (incarnation de l'Idéal de la Royauté parfaite qui se sacrifierait pour son Royaume) veut le Graal pour faire le souhait de changer son Destin en sauvant Camelot de sa Chute et en changeant la Bataille de Camlann mais elle se sent coupable de l'échec de sa chevalerie quand Tristan lui reprocha le caractère abstrait et déshumanisé de ses idéaux et quand Lancelot fut entraîné par cet échec. 
Bédivère (un des rares chevaliers dans ce groupe qui ne soit pas une fée descendant d'Ygraine) est amoureux d'Artoria mais sans aucun espoir de réciprocité, elle est une Reine Vierge d'une chasteté absolue comme si elle croyait qu'aimer un individu l'écartait de sa mission de souveraine. 




L'ennemi principal de Kiritsugu est Kotomine Kirei, le Grand Inquisiteur de l'Eglise. Son "Héros" est Le Vieux de la Montagne, l'insaisissable Chef des Assassins qui peut se diviser en plusieurs Serviteurs. Membre dévot de l'Eglise catholique, Kirei est torturé par un Idéal ascétique et des pulsions sadiques mal refoulées sous une apparence rigoureuse. La violence qu'il utilise au début comme un moyen en vue d'une fin qu'il croit élevée devient de plus en plus sa propre fin. La série réussit à nous faire hésiter assez longtemps sur la valeur respective d'Emiya Kiritsugu le Tueur de Mage pragmatique et utilitariste et Kotomine Kirei l'Inquisiteur qui devient de plus en plus nihiliste. Je ne crois pas trop projeter cette interprétation nietzschéenne sur le nihilisme car les dialogues y font assez explicitement référence (même si le sataniste Gilles de Rais est bien sûr plus visiblement nihiliste que Kirei dans son ressentiment réactif contre tout Idéal). 

3 
L'Eglise catholique, qui est censée arbitrer la Guerre du Graal mais est assez corrompue par son désir de puissance, a demandé à Kotomine Kirei de devenir le disciple du Mage Tosaka Tokiomi et de faire avec lui une alliance secrète pour obtenir le Graal. Tokiomi a invoqué l'arrogant Gilgamesh, le Roi des Héros, le Prototype, le Premier Héros Originel, le Premier Demi-Dieu, le Surhomme, incarnation de la Démesure. Gilgamesh fut le premier à avoir le Graal et le premier à échouer dans la quête aux origines de l'Humanité. 

Kirei veut croire qu'il va servir son Maître Tokiomi, qui a confiance dans leur alliance mais ses discussions avec Gilgamesh, le "Serviteur" de Tokiomi qui n'a aucune intention de continuer à le servir, vont rendre ses motivations plus troubles. (Tokiomi est le père de deux des principales Mages de la 5e Guerre, Rin et Sakura)

4 
Matō Kariya est le personnage le plus tragique dans sa poursuite de certains idéaux. Sa famille de Mages, les Mato, ont perdu leur énergie magique et ils doivent détruire leur corps par d'horribles vers parasites pour s'alimenter en "mana". Kariya avait voulu quitter sa famille déshonorée et renoncer à son héritage mais la famille a la jeune fille des Tosaka Sakura en otage et c'est pour la sauver qu'il accepte de devenir leur Mage, de se faire injecter les Vers et de détruire sa santé et sa vie. Son serviteur n'est autre que Lancelot Furioso, le Chevalier des Ténèbres, le Berserker, le Chevalier du Lac qui a perdu la raison en trahissant Artoria à cause du secret de son sexe et de son amour pour Guenièvre. Oui, Kaamelott n'est pas la seule fiction arthurienne récente à faire de Lancelot un des Méchants corrompus. C'est moi qui l'appelle "Furioso" mais on sait que la folie d'Orlando est une reprise de celle de Lancelot (et à l'origine de Merlin le Sauvage) dans les romans arthuriens où il part aussi dans la Forêt (et d'autres épisodes de la série FATE reprendront Orlando, Astolfo, Rinaldo et Bradamante...). 

Archibald est un Mage Noble et un chef de l'Université anglaise de Magie et donc une sorte de Draco Malfoy qui serait devenu le dirigeant de Hogwarts. Il s'est fait voler son Héros, Alexandre le Roi Conquérant (et son Chariot Gordien) par un jeune Mage "roturier" moins expérimenté que lui, Velvet. Cet Alexandre représente le désir de vie, de chair et donc en quelque sorte l'inverse de l'Idéal désincarné et puritain d'Arthur Pendragon et plus épicurien que la démesure de Gilgamesh (mon épisode favori est la Cène où Arthur, Alexandre et Gilgamesh dialoguent sur leur conception du sens de la Souveraineté, même si j'aurais tendance à trouver que les caractérisations des deux ont été un peu inversées : j'aurais plutôt vu Gilgamesh comme l'exaltation de la vie ici-bas et Alexandre comme l'hubris). Le jeune Velvet est immature, manipulateur et arriviste mais il est destiné à devenir un jour un Mage important, comme Alexandre finit par le reconnaître. 

Le Mage Sir Archibald a donc dû substituer un autre Héros irlandais, Diarmuid Ua Duibhne (du roman gaélique La Poursuite de Diarmuid et Grainne) et il fait fournir l'énergie magique par son épouse Sola-Ui Nuada-Re Sophia-Ri Archibald (qui va tomber amoureuse de Diarmuid comme jadis Grainne). 
Ce Diamuid, à la Marque Amoureuse et aux deux Lances est un choix intéressant dans tous les triangles amoureux et la dynamique d'Arthoria. Diarmuid est une sorte de "Tristan" mais il est représenté ici comme l'inverse de Lancelot, qui fut détruit par sa trahison. Diamuid voudrait tout faire pour racheter sa trahison de son suzerain et sa honte de sa vie précédente (au point qu'il décide de servir avec une fidélité totale Archibald alors qu'il n'a pas aucun respect pour lui et que Sola-Ui veut se débarrasser de son mari). Il a de l'estime pour le Roi-Chevalier Artoria (sur qui son charme n'a aucun effet). 

Enfin, le dernier Mage choisi par le Graal (ce qui montre d'ailleurs sa corruption) est un jeune tueur en série, un psychopathe assassin d'enfants qui a pu invoquer comme Serviteur Gilles de Rais, Barbebleue, le Tueur d'Innocence et le Destructeur du Bien. Loin de tout moralisme où le Mal s'autodétruit dans certaines histoires, les deux s'apprécient beaucoup comme des "esthètes" du meurtre et de la dépravation. Gilles de Rais est fou et persuadé qu'Artoria est en fait la Résurrection par le Graal de Jeanne d'Arc la Pucelle d'Orléans, qu'il souhaite à la fois idolâtrer et pervertir ("Le blasphème ne fait qu'un avec la dévotion", le scénariste Urobushi Gen connaît bien les antinomies des gnostiques caïnites). 
Les scènes avec Gilles de Rais sont plus dans l'Horreur gore et je déconseille la série à ceux qui ont du mal avec la mise en scène spectaculaire du sadisme envers les enfants (mais c'est un problème récurrent dans la fiction japonaise où les otaku satisfont des fantasmes assez obscurs). Jeanne d'Arc sera l'héroïne de la série FATE/apocrypha et on y verra d'autres versions contradictoires de Gilles et de Jeanne. 



La suite...

FATE/stay night était le roman originel sur la 5e Guerre du Saint Graal de 2004 (la 6e Guerre est bien plus particulière car elle fut déstabilisée par des paradoxes temporels sur plusieurs périodes). En 2004, les couples Mages / Héros avaient bien plus de mythologie grecque (avec Héraclès, Médée et Médusa). 
Les couples des Mages et Héros étaient : 
1 Emiya Shiro (le disciple de Kiritsugu et protagoniste de la série) et le "Roi" Artoria. Le triangle amoureux est que Shiro aime Rin mais est aimé de Sakura. 
2 Tosaka Rin (la fille de Tosaka Tokiomi, adoptée par le Père Kotomine Kirei) et un Serviteur qui serait en réalité une version future d'Emiya Shiro (mais qui désire détruire sa version passée pour changer son Destin). 
3 Ilyasviel von Einzbern (la fille de Kiritsugu et rivale de Shiro) et Héraclès Furieux
4 Mato Shinji (fils des Mato, qui n'a aucun pouvoir, ami de Shiro mais bourreau de Sakura) et Mato Sakura (en fait soeur adoptive, vraie soeur de Tosaka Rin et amoureuse de Shiro) et leur Servante, Medusa
Sakura, puissante magicienne car elle serait un des Vaisseaux du Graal, pourra trouver ensuite dans certaines réalités alternatives d'autres Serviteurs (dont le dieu zoroastrien Ahriman) et même reprendre Artoria à Shiro ou Héraclès à Rin. En secret, les Mato ont aussi pu ré-invoquer le Vieux de la Montagne, qui servait auparavant le Père Kotomine Kirei. 
5 Médée, une "Servante" assez habile pour avoir tué le "Maître" qui l'avait invoquée et pris ainsi sa liberté (même si elle a en apparence un nouveau "Maître"). Elle a son propre serviteur, l'épéiste du XVI-XVIIe siècle Sasaki Kojiro. Les Mages de la série sont plus souvent japonais que les Héros. 
6 Le Père Kotomine Kirei, l'Inquisiteur, père adoptif de Tosaka Rin, qui a hérité de plusieurs serviteurs comme Cuchulainn et Gilgamesh, l'ancien serviteur de Tosaka Tokiomi (qu'il a fait assassiner). 

jeudi 22 juillet 2021

Les Sept Péchés capitaux

Seven Deadly Sins est un manga et un animé pour ados (Shōnen) de Suzuki Nakaba (1977-) publié pendant 8 ans de 2012 à l'an dernier. Il s'agit d'une version très décalée du mythe arthurien dans un monde parallèle où chaque chevalier est plus un superhéros aux pouvoirs individuels distincts qu'un personnage classique (ce qui ressemble donc aussi à la série Demon Knights chez DC, 2011-2013, même s'il doit plus s'agir d'une coïncidence). 


Je n'ai vu que la première saison sur Netflix et je n'ai pas du tout lu la série de manga qui suit celle-ci (Les Quatre Cavaliers de l'Apocalypse, qui se passe à la génération suivante, avec Perceval) donc je ne peux pas juger toute l'évolution mais il y a des éléments d'inversions du mythe arthurien qui sont intéressants. Les Médiévaux adoraient faire des prequels ("Les Enfances de...") et c'est un des prequels les plus inventifs sur une génération avant les Chevaliers de la Table ronde. 

Les Sept Péchés en question sont sept chevaliers du Royaume de Lyonesse (non, je ne reprends pas l'orthographe choisie par les traductions) qui sont poursuivis depuis des années et se sont dispersés et la quête de la première saison consiste surtout à les réunir. La série Demon Knights aussi avait 7 "Chevaliers" dont Nimue et le demi-frère démoniaque de Merlin. 




Leur chef est Meliodas (La Colère - le père du futur Tristan), qui est en fait un démon enfermé dans un corps de jeune adolescent et son personnage cache sous une apparente naïveté optimiste une violence contenue. Les autres chevaliers comprennent Ban (L'Avidité - le père du futur Lancelot, un voleur qui a bu la Fontaine d'Immortalité mais est inconsolable de la mort de la fée Elaine qui devait la garder), King Harlequin (La Paresse, l'immortel Roi des Faes et frère d'Elaine, qui a une apparence d'enfant, comme Aubéron, et porte la Lance Chastiefol, dont le nom était celui de l'épée d'Arthur dans Le Chevalier au Papegau du fin XIVe), Diane (l'Envie - une Géante féérique assez naïve et dont le Roi des Fées est amoureux), Gauthier (la Luxure - un.e intellectuel.le androgyne et sans émotion qui cache de nombreux secrets magiques sur la perte de son identité personnelle et un télépathe qui peut explorer les souvenirs des autres - son nom Gowther vient d'un récit du XVe siècle sur un demi-frère de Merlin), Merlin (La Gourmandise - une ancienne sorcière polymorphe et manipulatrice) et Escanor (l'Orgueil - un chevalier à la force difficile à contrôler - dans les légendes arthuriennes, c'est le nom du Chevalier noir que remplace Yvain comme gardien de la Fontaine dans Le Chevalier au Lion). 

Les personnages sont parfois aussi complexes que les intrigues à tiroir chez des décennies de Chris Claremont. Un des choix de Suzuki Nakaba est de ne pas toujours suivre vraiment le Péché dans la caractérisation. Colère, Paresse, Avidité sont assez cohérents (encore que Meliodas est plus marqué par la luxure) mais Gauthier ou Merlin n'ont pas de connexion claire avec leur Péché. On apprendra en fait que le nom des péchés est presque à chaque fois lié à un quiproquo où ils ont été injustement accusés. 

La première série raconte comment le Royaume de Lyonesse est tombé sous la domination des Chevaliers Sacrés, qui ont été corrompus par une sorte de Graal Inversé, ou une Eucharistie Inversée par le Sang du Démon. Certains des Chevaliers sacrés sont encore sincères et dévoués mais d'autres ont accepté de boire le Sang démoniaque pour augmenter leur pouvoir. Les Sept Péchés ont été accusés à tort d'avoir assassiné l'ancien Grand Maître de leur Ordre, Zarathras. 

Le Roi de Lyonesse, Bartra (Bertram ?) n'est plus qu'une marionnette emprisonnée par cet Ordre et la Princesse Elizabeth est l'une des seules qui va suivre Meliodas et reformer une partie des Sept Péchés (sa soeur la Princesse Véronique est devenue une Chevalière sacrée et son autre soeur Margaret est une otage au Château). Merlin, elle, est devenue la conseillère d'un autre jeune Roi voisin, Arthur de Britannia, et il apparaît si tard dans la série qu'on en est heureusement surpris. 

Viviane (qui porte un masque inquiétant et semble insensée tout comme la Nyneve dans Camelot 3000) est encore débutante dans les adversaires mais je vois sur Internet que la suite de l'histoire verra apparaître La Dame du Lac (distincte de Viviane) dans un autre rôle ambigu comme une Déesse du Chaos. Le monde de Britannia est composé de 5 peuples : les Humains, les Faes, les Géants (qui ne vivent plus que comme mercenaires des Humains), les Démons & les Déesses (adorées par les Druides, la Dame du Lac et Elizabeth sont en fait issues d'une des Déesses). 

Il y a d'autres éléments moins arthuriens mais qui viennent peut-être de la Prydain de Lloyd Alexander comme une Truie Géante (qui serait une déesse maternelle et qui abrite l'Auberge Itinérante des Sept Péchés, peut-être aussi une allusion à Henwen, la Truie mythique dont l'enfant félin tua Arthur dans certaines versions apocryphes). Je soupçonne quand même dans les clins d'oeil de Suzuki une érudition assez vaste et éclectique. 

C'est un shonen, ce qui implique donc des combats interminables et des discours répétitifs sur les niveaux respectifs comme des commentaires sportifs faits pour créer un faux suspense ("il est d'une puissance incroyable, encore plus que X, je n'y arriverai jamais... blablabla"). Il y a aussi les signes culturels d'une sexualité japonaise adolescente aux codes si différents des nôtres où le héros et personnage globalement "positif" Meliodas ne cesse de palper, d'objectiver et harceler la Princesse Elizabeth en bas résille, avec une perversité sadique sans supposer son consentement, ou alors de nombreux personnages féminins qui demeurent bloqués à un stade de lolitas comme Elaine ou en un sens la Géante Diane. Je ne veux pas porter de jugement trop rapide, l'érotisation ecchi des mangas (et le fan service) n'est peut-être pas toujours plus malsaine pour les adolescents que le refoulement extrême de la Ligne claire belge catholique ou l'érotisation légèrement plus allusive des anciens comics avant leur évolution vers un medium de nostalgie. Mais il est clair que cela m'empêcherait pour le moment de le montrer à mes jeunes enfants. 

Malgré cela, les nombreuses histoires d'amour sont parfois intéressantes. Pas tellement celle entre Elizabeth et Meliodas (où Elizabeth est trop passive) mais celle entre Ban et Elaine, celle entre Gowther et Nadja (la soeur défunte du Roi de Lyonesse) ou entre Diane et le Roi des Fées (qui s'est enfermé dans une relation impossible en voulant la préserver et qui a créé sans le vouloir le triangle amoureux avec Meliodas). 

lundi 9 octobre 2017

Magi: The Labyrinth of Magic


Magi est un manga fantastique créé en 2009-2016 par l'autrice japonaise Shinobu Ohtaka (Ōtaka Shinobu, née en 1983). Il s'agit simplement à première vue de créer une histoire qui réunirait les personnages les plus célèbres des Mille et Une Nuits, même si l'univers qui est créé par cette réunion est en réalité très différent non seulement du nôtre mais même des récits originaires des contes. Le mélange d'érudition sur le Moyen Orient est parfois très créatif.

Superficiellement, il s'agit de l'amitié entre Sinbad le Marin, Aladin, Ali Baba et Morgiane (un personnage secondaire d'esclave rusée dans le conte d'Ali Baba). Mais on découvre en même temps le contexte et des versions assez différentes qui jouent sur les clins d'oeil et les références.

Djinns & Donjons

Dans cet univers d'allure médiéval, des douzaines de grandes tours effilées et portails sont apparues à travers le monde en sortant en apparence des profondeurs du sol, les "Donjons" ou "Labyrinthes". Chacun de ces Donjons est la prison ou le sanctuaire non seulement de trésors mais surtout d'un Djinn.

Toutes les factions du monde se disputent pour conquérir les Donjons pour pouvoir prendre le contrôle d'un des Djinns, qui fournissent une Arme de Destruction Massive, et des armées entières échouent parfois à sortir du Donjon, là où des héros isolés semblent plus chanceux. L'équivalent de l'Empire byzantin et de l'Empire perse par exemple sont en guerre depuis des années autour d'un de ces Donjons (qui sera finalement pillé par Sinbad).



Le secret théologique est plus "gnostique" que musulman ou zoroastrien, voire plus "lovecraftien".

L'univers archétypal antérieur (3ālam Ṭurran) avait un sage et archimage nommé Salomon qui se révolta contre l'ordre théocratique de son père le Roi-Patriarche David-Abraham car la Divinité "monothéiste" (et source de magie) Ill ʾIlāh avait été corrompu, était "déchu" et transformé en une sorte de Grand Ancien oppressant et azathothoïde (j'ai vraiment l'impression que Shinobu Ohtaka a absorbé beaucoup de clichés de jeux de rôle).

La morale est donc l'inverse des Mille et Une Nuits (voir l'analyse de la Cité d'Airain): le sage Salomon lutte ici contre le créateur de l'univers devenu tyrannique et ses Djinns sont donc bien des rebelles contre la Divinité devenue monstrueuse. [Je simplifie la mythologie qui comprend aussi des Dragons Cosmogoniques et l'Oeuf qui a donné naissance au "rocs", l'essence magique.]

Or tout Roi légitime doit être choisi par un Mage, c'est une sorte de Loi de distribution des fonctions (peut-être plus à cause des clichés sur les Vizirs que pour reprendre la relation Arthur-Merlin).

L'univers de 3ālam Ṭurran fut remplacé et le nouvel univers recréé abrite maintenant les 72 anciens serviteurs de Salomon, les "Djinns" (chaque Djinn a le nom d'un des Démons dans le "Sceau de Salomon"). Un peu comme dans le jeu Nephilim, les Djinns sont en réalité des esprits d'êtres inhumains de cet autre univers.

Les "Magi" ne sont pas n'importe quels magiciens. Ce sont ceux qui peuvent faire "pousser" les Donjons qui sont en fait des structures multidimensionnelles traversant ce nouveau monde depuis l'univers originel.  Ce sont ces quelques Mages qui créent les portes des Donjons mais ce ne sont pas eux qui les conquièrent. Les Labyrinthe doivent servir à sélectionner de nouveaux Rois dignes de régner, comme Sinbad le Marin et Alibaba le Chercheur de Trésors.

Les Héros et les factions

Sinbad au début de la série est déjà un héros légendaire et presque retraité (il a d'ailleurs eu droit à sa propre série dérivée racontant ses aventures avant ce début). Même sans être un Mage, il possède certains pouvoirs étranges en tant que "Le Navigateur sur la Mer du Destin". Il a été le premier mortel à conquérir des Donjons et donc à ouvrir la voie vers leur exploration. Il a donc le nombre impressionnant de Sept Djinns (Baal, Crocell, Focalor, Furfur, Valefor, Vepar, Zepar) qui le servent (ce qui semble être un record en dehors de la Dynastie impériale chinoise qui doit en avoir plus au total). Il a fondé son propre Royaume, le Sindoria (même s'il a trop la bougeotte pour régner régulièrement dans sa capitale) et une confédération nommée l'Alliance des Sept Mers. Il a aussi avec lui plusieurs assistants comme Masrur l'Assassin (qui a le même nom que ce personnage des Mille et Une Nuits).

Aladin n'est pas ici un enfant trouvant par hasard une lampe mais (à son insu) un de ces Mages qui a été élevé dans un Donjon par un Djinn nommé Ugo (oui, à cause du poème de Hugo Les Djinns dans la Légende des Siècles... Mme Ohtaka m'impressionne souvent par l'exotisme de ses références). Il a mis Ugo dans sa flute et possède en plus un Turban-Tapis volant. Sa vraie identité et ses origines sont un mystère mais il semble avoir grandi dans un Donjon, élevé par Ugo.

Ali Baba est en fait l'héritier de Bagdad (fils reconnu tardivement de l'ancien Calife défunt Rachid) mais abandonné à lui-même, il survit comme chasseur de trésors avant de se trouver aussi un Djinn nommé Ammon, avec l'aide du jeune Aladin. Son ancien ami des taudis Qassim est un brigand chef du Gang magique des Brumes qui incite à la révolution contre les dirigeants de Bagdad.

Morgiane est une ancienne esclave (libérée par Aladin) qui vient d'un peuple de Mages-Assassins de l'antique Carthage (comme Masrur, l'Assassin de Sinbad, plus haut). Elle a des superpouvoirs physiques mais reste traumatisée par son enfance de servitude. (Dommage, il n'y a pas Zumurrud l'Emeraude de Samarcande, qui est pourtant un personnage encore plus actif et malin que Morgiane).

Sheherazade est peut-être la plus changée par rapport à la Conteuse persane.  Elle est ici la Grande Prêtresse immortelle de l'Empire romain et c'est elle qui choisit les Césars. Elle est en lutte non seulement contre l'Empire perse mais surtout contre la Cité des Mages.

La Cité des Mages (Magnostadt / Mustasim) est un despotisme de Mages autour de l'ancien chef de leur école, Mogamet. La Cité persécutait les Mages avant un coup d'Etat et à présent ils se sont vengés en fondant une magiocratie qui oppresse les non-Mages et ne veulent pas passer par un intermédiaire de la Fonction Royale. Le fait que la Cité ait un nom germanique et qu'ils appellent les non-Mages "goys" rappelle qu'Ohtaka a tendance à déplacer beaucoup d'éléments sur l'Islam vers le judaïsme et on peut se demander si ce n'est pas une forme d'allégorie bizarre sur le Proche-Orient (et non pas seulement une réminiscence du conte anti-zoroastrien).

L'équivalent de la Chine joue un rôle central en dehors de Rome, la Perse et l'Alliance des Sept Mers (Ohtaka semble avoir ignoré qu'Aladin était censé être chinois dans certaines versions). L'Empire de Kou a déjà conquis plusieurs Djinns (chaque Prince et Princesse de la Dynastie a le sien) mais l'Impératrice dirige une société secrète de Mages qui suivent le Grand Ancien Ill ʾIlāh de l'Univers originel du Mage Salomon (même si les choses sont loin d'être aussi manichéennes que cela).