vendredi 23 juillet 2021

Autres arthuriana

 * Cursed était une série Netflix (et un projet de romans illustrés) par Frank Miller et Tom Wheeler (scénariste et producteurs de films plutôt pour enfants). Il n'y aura pas de seconde saison alors que la série s'arrête en plein suspense et je vais donc annoncer plusieurs SPOILERS. Dans cette version, à une époque médiévale peu déterminée (on mentionne la chute de l'Empire romain mais aussi de manière confuse Charlemagne dans un épisode), les Humains persécutent les divers Faes qui vivent avec eux. Certains sont plus proches d'hommes-bêtes mais d'autres peuvent paraître presque indiscernables des Humains en dehors de certains liens parfois avec des forces élémentaires de la nature. Merlin est un Fae qui joue un rôle ambigu puisqu'il a perdu ses pouvoirs et veut manipuler les pouvoirs terrestres humains. L'héroïne de l'histoire est une fae Nimue, qui a hérité de l'ancienne Epée de puissance des anciens Rois Faes (et dont on apprendra ensuite qu'elle est une fille illégitime de Merlin). Le roi Uther, un peu dépassé et en conflit avec une mère castratrice, laisse un Ordre de chevaliers nommés les Paladins Rouges de l'Eglise catholique massacrer les Faes et faire régner la terreur. Nimue, dont la famille a été massacrée par les Paladins Rouges et le Moine Pleureur (Lancelot, qui a le don de détecter les Faes), va s'allier avec deux humains, le soldat Arthur et sa soeur la sorcière Morgane, pour apporter l'Epée de puissance à Merlin et tenter de sauver le plus de Faes possible. Mais certains des Faes, comme Gauvain le Chevalier Vert, se méfient de la duplicité de Merlin et Merlin croit qu'il vaudrait mieux détruire l'Epée maudite que de la laisser tomber dans les mains d'Uther ou pire encore, de l'Eglise. Le début est très lent mais le rythme commence à prendre à la fin notamment grâce à des intrigues politiques qui deviennent plus compliquées quand Nimue est prise en tenaille entre divers choix stratégique possible et où elle décide de se proclamer Reine des Faes. On sent une influence de Game of Thrones quand on découvre qu'Uther n'est pas non plus l'héritier légitime mais que le cousin Cumber (mélange de Lot d'Orcanie et de Leodagan de Carmélide) serait en fait potentiellement encore pire qu'Uther bien que plus "légitime" comme Pendragon. Le discours païen anti-chrétien est presque encore plus lourd que dans Mists of Avalon, ce qui a dû contribuer à l'échec de la série et on y reconnaît des touches de Frank Miller. Certains des vilains de l'Eglise sont trop caricaturaux mais la petite fille humaine rendue folle d'intolérance par la haine et l'Inquisition est une adversaire inquiétante. Je présume que la sauvage raider viking Lance Rouge, la fille rebelle de Cumber (et une inversion de Cordelia face à Lear / Cymbeline ?), serait en fait devenue Guenièvre et c'est une des versions les plus réussies de ce personnage. Le Lancelot ne commence à devenir intéressant que dans les tout derniers épisodes. 

* Grimm Fairy Tale : Age of Camelot. A éviter, c'est très ennuyeux et sans intérêt, une des séries arthuriennes les plus médiocres en ce moment. A notre époque, le sorcier malfaisant Merlin, frère mais aussi ennemi du démoniaque Mordred Empereur du Tarot, veut retrouver le Graal pour recréer l'ordre oppressant de son Camelot avec ses agents, Morgane, Baba Yaga et plusieurs chevaliers morts-vivants (dont Arthur). Une flopée de jeunes filles très peu vêtues avec des épées (dont une sorte de valkyrie à demi-nue nommée Black Knight, des versions féminines de Robin Hood et de D'Artagnan) tentent d'arrêter les deux frères ennemis en même temps. Cet éditeur de comics, Zenescope, ne vaut guère que pour ses "cheesecakes" de guerrières en bikini mais le thème arthurien en reste à un Seigneur maléfique assez générique en dehors de l'inversion. Mais l'idée de laisser tomber le triangle habituel Arthur-Guenièvre-Lancelot pour un triangle Merlin-Morgane-Mordred est un rare élément de décalage dans cette arthuriade inversée (l'arthuriade inversée est devenue un nouveau cliché). Il y a aussi un "Obéron" allié à Merlin mais c'est un Humain, une version maléfique de Tam Lin en Nain commandant des Trolls, alors que Puck est au contraire un Fae héroïque qui lutte contre cet Obéron. 

* Kaamelot : Je vais quand même sans doute aller voir le Premier Volet d'Alexandre Astier bien que je n'aie pas complètement accroché au mélange des genres original de cette série (ni d'un point de vue humoristique ni du point de vue dramatique). Je reconnais ne pas être du tout compétent pour en parler (à chaque fois que je suis tombé sur un épisode, c'était juste Arthur qui roulait des yeux devant la stupidité de Perceval). D'après le peu que j'ai compris de quelques saisons de cette série (et j'ai dû rater beaucoup d'éléments), Arthur n'a jamais aimé Guenièvre et il l'a trompée avec d'autres, dont l'épouse de Caradoc (choix qui doit plus renvoyer à Caradoc Père qu'à Caradoc Fils dans la légende traditionnelle où le Roi Caradoc Père a été cocufié par un Enchanteur). Arthur est complètement dépressif dans la conscience de ses échecs, dans son refus de sa Destinée et d'Excalibur et dans son obsession sur le fait de ne pas pouvoir (croit-il) engendrer une vraie lignée. Lancelot (est-il lié à la Dame du Lac dans cette version ?) est bien plus directement opposé à Arthur (mystique et amoureux de Guenièvre, il a même détruit la Table Ronde et créé son propre Ordre) et le personnage de Méléagant a l'air d'être un être surnaturel ambigu qui manipule Lancelot contre Arthur pour des raisons que je crois encore inconnues. Cet Arthur, choisi par Merlin, est censé servir des "Anciens Dieux" mais il est plus un personnage moderne existentialiste et mélancolique, un individu condamné à l'isolement, qu'un Roi épique (même si on peut s'attendre à une retombée dans une structure où le Refus de l'Aventure est suivi de l'Acceptation ?). Il y a un mélange de la version traditionnelle où Arthur est en fait vraiment le fils d'Uther Pendragon et d'une version plus pseudo-historique où il est en fait Artorius, un agent élevé dans l'Empire romain en train de s'écrouler. 

jeudi 22 juillet 2021

Les Sept Péchés capitaux

Seven Deadly Sins est un manga et un animé pour ados (Shōnen) de Suzuki Nakaba (1977-) publié pendant 8 ans de 2012 à l'an dernier. Il s'agit d'une version très décalée du mythe arthurien dans un monde parallèle où chaque chevalier est plus un superhéros aux pouvoirs individuels distincts qu'un personnage classique (ce qui ressemble donc aussi à la série Demon Knights chez DC, 2011-2013, même s'il doit plus s'agir d'une coïncidence). 


Je n'ai vu que la première saison sur Netflix et je n'ai pas du tout lu la série de manga qui suit celle-ci (Les Quatre Cavaliers de l'Apocalypse, qui se passe à la génération suivante, avec Perceval) donc je ne peux pas juger toute l'évolution mais il y a des éléments d'inversions du mythe arthurien qui sont intéressants. Les Médiévaux adoraient faire des prequels ("Les Enfances de...") et c'est un des prequels les plus inventifs sur une génération avant les Chevaliers de la Table ronde. 

Les Sept Péchés en question sont sept chevaliers du Royaume de Lyonesse (non, je ne reprends pas l'orthographe choisie par les traductions) qui sont poursuivis depuis des années et se sont dispersés et la quête de la première saison consiste surtout à les réunir. La série Demon Knights aussi avait 7 "Chevaliers" dont Nimue et le demi-frère démoniaque de Merlin. 




Leur chef est Meliodas (La Colère - le père du futur Tristan), qui est en fait un démon enfermé dans un corps de jeune adolescent et son personnage cache sous une apparente naïveté optimiste une violence contenue. Les autres chevaliers comprennent Ban (L'Avidité - le père du futur Lancelot, un voleur qui a bu la Fontaine d'Immortalité mais est inconsolable de la mort de la fée Elaine qui devait la garder), King Harlequin (La Paresse, l'immortel Roi des Faes et frère d'Elaine, qui a une apparence d'enfant, comme Aubéron, et porte la Lance Chastiefol, dont le nom était celui de l'épée d'Arthur dans Le Chevalier au Papegau), Diane (l'Envie - une Géante féérique assez naïve et dont le Roi des Fées est amoureux), Gauthier (la Luxure - un.e intellectuel.le androgyne et sans émotion qui cache de nombreux secrets magiques sur la perte de son identité personnelle et un télépathe qui peut explorer les souvenirs des autres), Merlin (La Gourmandise - une ancienne sorcière polymorphe et manipulatrice) et Escanor (l'Orgueil - un chevalier à la force difficile à contrôler - dans les légendes arthuriennes, c'est le nom du Chevalier noir que remplace Yvain comme gardien de la Fontaine). 

Les personnages sont parfois aussi complexes que les intrigues à tiroir chez des décennies de Chris Claremont. Un des choix de Suzuki Nakaba est de ne pas toujours suivre vraiment le Péché dans la caractérisation. Colère, Paresse, Avidité sont assez cohérents (encore que Meliodas est plus marqué par la luxure) mais Gauthier ou Merlin n'ont pas de connexion claire avec leur Péché. 

La première série raconte comment le Royaume de Lyonesse est tombé sous la domination des Chevaliers Sacrés, qui ont été corrompus par une sorte de Graal Inversé, ou une Eucharistie Inversée par le Sang du Démon. Certains des Chevaliers sacrés sont encore sincères et dévoués mais d'autres ont accepté de boire le Sang démoniaque pour augmenter leur pouvoir. Les Sept Péchés ont été accusés à tort d'avoir assassiné l'ancien Grand Maître de leur Ordre, Zarathras. 

Le Roi de Lyonesse, Bartra (Bertram ?) n'est plus qu'une marionnette emprisonnée par cet Ordre et la Princesse Elizabeth est l'une des seules qui va suivre Meliodas et reformer une partie des Sept Péchés (sa soeur la Princesse Véronique est devenue une Chevalière sacrée et son autre soeur Margaret est une otage au Château). Merlin, elle, est devenue la conseillère d'un autre jeune Roi voisin, Arthur de Britannia, et il apparaît si tard dans la série qu'on en est heureusement surpris. 

Viviane (qui porte un masque inquiétant et semble insensée tout comme la Nyneve dans Camelot 3000) est encore débutante dans les adversaires mais je vois sur Internet que la suite de l'histoire verra apparaître La Dame du Lac (distincte de Viviane) dans un autre rôle ambigu comme une Déesse du Chaos. 

Il y a d'autres éléments moins arthuriens mais qui viennent peut-être de la Prydain de Lloyd Alexander comme une Truie Géante (qui serait une déesse maternelle et qui abrite l'Auberge Itinérante des Sept Péchés). Je soupçonne quand même dans les clins d'oeil de Suzuki une érudition assez vaste et éclectique. 

C'est un shonen, ce qui implique donc des combats interminables et des discours répétitifs sur les niveaux respectifs comme des commentaires sportifs faits pour créer un faux suspense ("il est d'une puissance incroyable, encore plus que X, je n'y arriverai jamais... blablabla"). Il y a aussi les signes culturels d'une sexualité japonaise adolescente aux codes si différents des nôtres où le héros et personnage globalement "positif" Meliodas ne cesse de palper, d'objectiver et harceler la Princesse Elizabeth en bas résille, avec une perversité sadique sans supposer son consentement, ou alors de nombreux personnages féminins qui demeurent bloqués à un stade de lolitas comme Elaine ou en un sens la Géante Diane. Je ne veux pas porter de jugement trop rapide, l'érotisation ecchi des mangas (et le fan service) n'est peut-être pas toujours plus malsaine pour les adolescents que le refoulement extrême de la Ligne claire belge catholique ou l'érotisation légèrement plus allusive des anciens comics avant leur évolution vers un medium de nostalgie. Mais il est clair que cela m'empêcherait pour le moment de le montrer à mes jeunes enfants. 

Malgré cela, les nombreuses histoires d'amour sont parfois intéressantes. Pas tellement celle entre Elizabeth et Meliodas (où Elizabeth est trop passive) mais celle entre Ban et Elaine ou entre Diane et le Roi des Fées. 

mardi 20 juillet 2021

Cité réticulaire

Une très jolie carte d'une Cité féérique de campagne de jeu de rôle, Gossamer, par l'illustrateur (et professeur de littérature fantastique à UBC à Vancouver) Jonathan Newell, l'équivalent de 80 pages dessinées qui ont été assemblées (vue d'ensemble). Il est aussi l'auteur de Genial Jack, un cadre de campagne fantastique à la Gulliver qui se déroule dans le ventre d'un Léviathan. 

Il a mis en ligne d'autres cartes de Hex, sa cité magique créée sur les anciennes Ruines des Archives des Bibliothécaires, la cité des sorciers d'Erubescence ou la Côte des Plumes. C'est incroyablement impressionnant si on aime ce genre de fantasy à la Gormenghast, plus proche de versions romantiques sombres de contes de fées que de fantaisie héroïque. 

samedi 10 juillet 2021

mercredi 7 juillet 2021

Le prétendu TSR

 Axelle Bouet (l'autrice et illustratrice des Chants de Loss) a un article sur la controverse de la nouvelle compagnie qui se fait appeler "TSR" mais aussi sur les trolls réactionnaires francophones dans notre hobby du jeu de rôle (qui commence à être contaminé aussi par des dérives de "guerre culturelle" qu'on trouvait plus dans le discours "masculiniste" du jeu vidéo). On peut compléter aussi par ce thread sur twitter qui résume la situation juridique. Il y a 3 TSR : Wizards of the Coast est toujours propriétaire des droits de la TSR Hobbies originel et de D&D, mais en 2011 une seconde compagnie TSR Games qui a publié le jeu Top Secret et vient depuis le 3 juillet de changer de nom pour se faire appeler Solarian Games, mais depuis 2020 Ernest Gygax et LaNasa possèdent à nouveau le trademark de TSR sans leurs jeux (même s'ils prétendent pouvoir développer à nouveau Star Frontiers, ce qui paraît confus légalement). 

mercredi 30 juin 2021

Jeux mésopotamiens (suite)

J'avais parlé cette année de Babylon On Which Fame and Jubilation Are Bestowed et le jeu dérivé de Runequest, Mythras a sorti son supplément sur Babylone vers 1750, donc à peu près vers la même période.  

La Loutre Roliste fait un foulancement sur Ulule d'une traduction et adaptation française de La Porte d'Ishtar. C'est un jeu espagnol sur une version fantastique (sword & sorcery) et uchronique de la Mésopotamie post-sumérienne. Dans ce monde de Kishar, Sargon d'Akkad (qui normalement régnait vers -2300) est devenu un Empereur immortel, il y a quelques influences du Mythe Lovecraftien et des espèces non-humaines comme les Wardu (minotaures) ou les Uridimmu (hommes-chacal). Cela a l'air très joli, mais sans doute plus une atmosphère babylonienne qu'un jeu pseudo-historique. 


dimanche 13 juin 2021

Calidar : Alfdain Ascendant

 Il y a 6 ans, j'avais parlé de l'univers de Calidar, créé par Bruce Heard. Après un supplément sur les dieux et un supplément décrivant la magiocratie de Caldwen, l'étape suivante est un supplément sur Alfdain, la pays des Elfes qui est en préparation sur Kickstarter. 

Je réexplique quelques grands principes de Calidar et ensuite je voudrais juste revoir ce qu'on peut déjà savoir des Elfes d'Alfdain d'après les premiers suppléments publiés avant l'arrivée d'Alfdain Ascendant

Un survol

Calidar est un univers de vaisseaux volants, qui passeraient plus pour du XVIIIe siècle-fantastique, voire du steampunk pour les Nains, que du médiéval. Il y a des conflits interplanétaires avec marine à voile. Mais le carburant principal extrait du fond des planètes, le Seitha ("sang du monde"), serait du pétrole "hanté" qui retient des spectres, ce qui permet de voyager dans les Limbes de l'éther mais libère donc des esprits dans la combustion. 

La planète Calidar a une "Âme du monde" (dans laquelle replongent les âmes individuelles, ce qui crée ce seitha) qui lutte activement contre tout processus de domestication de la nature. Les Terres de Terreur sont les zones où ces résistances sont assez fortes pour gêner la colonisation (mais elles sont aussi plus riches en seitha). Les Déchus de Calidar (halflings) sont une culture chamanique indigène qui vit en osmose avec ce cycle naturel mais les autres civilisations doivent partir en lutte contre les Terres de Terreur et leurs dangers. 

Le système autour du soleil Soltan comprend Draconia (équivalent de Mercure, planète des Dragons), Calidar avec ses trois lunes, la lune verte des Elfes, la lune d'or des Nains et la lune blanche des Humains, Lao-Kwei (planète morte, peuplée d'un peuple humain d'apparence asiatique et de mystérieux êtres extraplanétaires disparus), Canis (canidés), Felis (félins) et Ghüle l'enfer errant des Orcs plus les Varègues (vikings nomades des astéroïdes). 

Chronologie

An 1 Les Elfes utilisent leurs Nefs vivantes pour atteindre les autres Lunes où les Humains et les Nains leur volent la technologie de navigation. En raison des Terres de Terreur, ils échouent à coloniser durablement Calidar. 

IVe siècle Fuyant les persécutions, des peuplades humaines adorant La Grande Tortue fuient leur lune vers la planète rouge désertique qu'ils renomment Lao-Kwei (ses indigènes ont disparu). Une grande épidémie de Peste et des raids orcs font s'enfoncer tout le système dans un Âge sombre

VIIIe siècle : après 400 ans, on redécouvre les secrets du seitha et en même temps que la zone du Grand Chaudron de Calidar est relativement pauvre en Terres de Terreur. Les Empires des trois lunes commencent à coloniser cette grande caldeira (4000 km de diamètre) : les Elfes au nord-ouest (Alfdain, et plus tard en Phrydias), les Nains au centre (Araldûr) et les Humains surtout au sud mais aussi dans le reste du cercle. Le nord sauvage reste aux Déchus et aux réfugiés gnomes (qui furent jadis opprimés par les Elfes et les Nains). 

XIIIe siècle : Fin des 400 ans de période coloniale. Les colonies des trois lunes obtiennent leur indépendance et après de longues guerres (contre leur métropole mais aussi entre elles), la situation moderne se stabilise avec les 10 Etats du Grand Chaudron de Calidar : Meryath, Ellyrion, Alfdain (Elfes), Belledor (Gnomes et Halflings), Nordheim, Caldwen, Osriel, Narwan, Araldûr (Nains), Phrydias (Demi-Elfes). 

XVe Raids varègues qui dévastent les Lunes elfes et naines, qui doivent réparer leurs navires et préparer leurs défenses. 

XVIe siècle : Âge actuel de tensions interplanétaires entre les Chevaliers draconiques de la Reine Sable et les autres planètes. La Lune verte des Elfes serait prête à s'allier aussi aux Dragons contre les autres mondes. L'astre errant des Orcs revient reprendre ses raids. 

Les Elfes d'Alfdain

La Lune sylvestre d'Alorea est une dictature universitaire dirigée par les Hauts-Elfes. La Grande Université de Torr Garraidh (littéralement : La Colline Fertile ou bien Le Tumulus de Gary) dirige la Lune comme une bureaucratie autoritaire et raciste, au nom d'Ellorien, dieu des Âmes mortes. Les Haut-Elfes d'Alorea ont la particularité de pouvoir communiquer télépathiquement avec les végétaux de leur Lune sylvestre et aussi entre eux et les Elfes de Calidar n'ont pas tous ce pouvoir au même degré, peut-être parce que la végétation et l'Âme du monde sont différentes. 

Sur la planète Calidar, la Confédération d'Alfdain, plus dominée par les Elfes des bois, les Elfes ailés et les Elfes marins (plus des Elfes des ombres), a fait sécession de l'empire elfique il y a 300 ans quand l'Université de Torr Garraidh a voulu les contraindre à plus s'impliquer dans la guerre interplanétaire contre l'empire nain (au moment même où Araldûr prit aussi son indépendance contre leur lune).  Les Demi-elfes de la République de Phrydias sont encore plus hostiles aux Aloreans et ont des relations tendues avec la Confédération d'Alfdain. 



La Confédération d'Alfdain est composée de trois parties : la Matriarchie d'Andolien (à l'est), le Royaume de Lathraël (au sud-ouest) et la République de Fëoros (au nord-ouest). 

La Matriarchie d'Andolien domine la Confédération. Elle est surtout composée d'Elfes des Chênes, à la peau sombre mélangés avec les Elfes des Mers (autour du Port de Mythuin, sur la côte orientale, vers la Mer de Phobos, vers les Gnomes et les Nains). Ils adorent notamment Delathien le Chasseur mais aussi Durandil (dieu de la mer) et sa fille Melrenwë (la Paladine Pélagique). La Matriarchie est connue pour sa modération diplomatique même si les Elfes ont une tendance isolationniste. 

Les Elfes des Bouleaux du royaume de Lathraël (plus patriarcal et plus belliqueux qu'Andolien) suivent leurs Druides dans leur guerre contre l'Université de Torr Garraidh. 

Les Elfes ailés vivent au nord-ouest et adorent Sphiel (dieu de l'air). Ils ont formé une république (monarchie élective) et ont gardé plus d'affinités avec les Hauts-Elfes d'Alorea (leur dieu aérien Sphiel gardant plus de liens avec Ellorien le Psychopompe des Hauts-Elfes). 

Enfin, les Elfes de la Nuit sont infiltrés notamment au sud de la Confédération, où ils adorent leur Grande Déesse Faëriad la Tisseuse. 

La mythologie elfe (tirée de Beyond the Skies)

Les dieux majeurs sont Delathien le Chasseur (Elfes des Bois), Faëriad la Tisseuse, Mère de la Magie (Elfes de la Nuit), Ellorien le Maître de la Mort (Hauts-Elfes) et on peut y ajouter Sphiel l'Air lumineux (Elfes ailés) et Durandil au Trident (Elfes des Mers). Faëriad épousa Durandil mais ils se séparèrent et cela scella la guerre entre les Elfes de la Nuit et les Elfes des Mers. Delathien et Sphiel s'unirent tous les deux à des Déesses des eaux douces. 

Le dieu elfe Delathien le Grand Veneur Aveugle, le Seigneur des Fourrés, est la divinité préférée des Elfes sylvestres (mais un dieu important aussi des Elfes ailés), protecteur des chasseurs et des ermites. Ses flèches sont faites des cornes de taureaux de fer qu'il a vaincus. Il a à ses côtés un Chien ailé et sa cécité ne l'empêche pas de continuer sa Grande Chasse Sauvage. Il rêve d'unifier tous les Elfes, ce que refusent certains dieux des Hauts-Elfes comme Ellorien et bien sûr des Elfes de la Nuit comme la Déesse Faëriad

Delathien tomba amoureux de Lorialar, blanche comme lys, la Sirène aux doux chant de Calidar et engendra Belianda la Barde, maîtresse du Temps, du Destin, de l'Oubli et de la Mémoire. 

Quand Lorialar fut tuée par le Dieu Requin, Delathien commença la grande chasse sous la mer où il fit alliance avec Durandil au Trident (le dieu des Elfes de la mer) et la fille de ce dernier Melrenwë (la Chevalière-Pécheuse, qui avait déjà lutté contre bien des monstres des profondeurs). Mais Belianda la Barde avait vengé sa mère elle-même en tuant le Dieu-Requin, ce qui créa la Première Ballade. 

On raconte qu'ensuite Delathien tenta de gagner la main de Melrenwë mais que la Vierge Combattante refusa (du moins selon les Elfes de la mer). D'autres racontent que Delathien est maintenant l'amant d'Adamar la Brodeuse, déesse de l'amour. 

Pendant les Grandes Pestes des Âges sombres, Delanthien engendra une seconde fille, Eilonna, qui devint l'Herboriste et la Guérisseuse des Elfes sylvestres et ce fut elle qui trouva le remède contre la Peste. Ainsi le Chasseur aveugle qui fait naître la vie par la mort est aussi le père de la Musique et de la Médecine

Un allié de Delathien est Sphiel, seigneur des airs et de la lumière, divinité principale des Elfes ailés. A l'époque historique, il engendra avec la déesse des eaux Alana (déesse du panthéon de Meryath) sa fille Arëatha à la Coquecigrue, déesse des Nuées et de l'Orage. Areätha fut une combattante des Elfes ailés pour l'indépendance d'Alfdain contre les Hauts-Elfes d'Alorea. La théogamie d'Areatha est une question très débattue des Elfes car le choix de mari qu'elle fera aurait aussi des conséquences politiques. Sphiel est aussi un allié de Thaëldar le Grand Aigle, le dieu principal des Demi-elfes de Phrydias (mais Arëatha ne veut pas l'épouser). D'autres cherchent à lui faire épouser Ellorien, le Dieu de la mort et principal rival de Delathien. 

Ellorien, le Maître de la Mort, le Gardien des Fourrés d'Epines des Âmes, est le Dieu majeur des Hauts-Elfes. Il lutte contre les Morts-vivants mais une légende raconte qu'il fut lui-même mordu par la Déesse des Goules et qu'il se décompose pour l'éternité. Cet Immortel austère est en lutte contre Delathien et inspire les principes de l'université de Torr Garraidh qui dirige la Lune d'Alorea depuis la sujétion des Elfes sylvestres et des autres cultures elfiques (Elfes de la mer et Elfes de la nuit). 

Maëlrond, l'orgueilleux Forgeron des Cinq Grandes Epées elfiques, est le dieu des artisans hauts-elfes et il est même adoré par certains Elfes des Ombres. Il est amoureux d'Adamar la Brodeuse, la déesse elfe de l'amour qui est pourtant une alliée de Delathien. Maëlrond a forgé une alliance, une bague magique pour se lier avec Adamar mais on ignore si cela forcera Adamar à préférer son amant à la cause des Elfes sylvestres ou au contraire si l'amour du Forgeron éloignera ce dernier d'Ellorien. Mais on dit qu'Adamar est enceinte et que le père serait Delathien et non le jaloux Maëlrond. [On reconnaît en Maëlrond un mélange de Feänor et de Hephaistos.] Un Démon satyre tenta de violer Adamar mais il fut détruit par son amour. 

Les Elfes de la Nuit adorent Faëriad, la Tisseuse, la Mère de la Magie (qui fut aussi l'épouse de Durandil au Trident et la mère de Melrenwe la Chevalière). Faeriad, en tant que Reine de la nuit, a protégé Mythriel, Dieu des Voleurs, et Ashebai, Déesse des Assassins (et c'est Maëlrond qui forgea les armes d'Ashebai). Depuis le divorce avec Durandil, Faëriad a dérivé vers le ressentiment envers les autres peuples elfes et son culte est devenu centré sur les Elfes des ombres. Faëriad est représentée comme une Araignée sombre. [On reconnaît une version de Lolth, de même que Delathien ressemble à Corellon Larethian.] Son culte s'allie à ceux des Hauts-Elfes contre les Elfes rebelles de Calidar. 

Il est prématuré de comparer Alfdain et l'ancien supplément mystarien Elves of Alfheim (1988) de Steve Perrin et Anders Swenson. Alfheim était une grande forêt enclavée dans un royaume humain, Darokin, et en guerre contre les Elfes des Ombres sous ses racines. Bruce Heard en avait créé les bases dans l'aventure Tree of Life (1986), qui était une quête pour le grand arbre magique qui fonde les clans elfiques. Au lieu de la lutte entre la métropole et les anciens colons, on avait une tension intérieure entre les différentes tribus elfiques (et les infiltrés elfes des ombres, qui étaient moins manichéens que les Drows d'AD&D). Steve Perrin avait beaucoup utilisé le comic book Elfquest (c'est lui qui avait écrit l'adaptation en jeu de rôle chez Chaosium en 1985). Les Elfes d'Alfdain, même les Elfes sylvestres, sont beaucoup plus civilisés et urbanisés que les tribus d'Alfheim (où la seule grande cité est une exception construite sur une zone où la forêt avait été dévastée par une invasion). 

lundi 24 mai 2021

Des fins annoncées

 Un article mélancolique (par le philosophe néo-carnapien Liam Bright) sur la philosophie analytique comme "programme de recherche en dégénérescence", expression polémique intéressante sur l'arène scolastique post-Kripkéenne. Depuis les années 1960, le tournant linguistique a décliné et le courant analytique s'est tourné vers la philosophie de l'esprit, vers des formes de métaphysique plus ou moins "réaliste" et vers des champs appliqués (comme l'éthique). Le tournant linguistique avait donné les déceptions du "langage ordinaire" (Austin, auquel persiste à croire Sandra Laugier) et il ne s'en est jamais remis, alors que la remontée sémantique construisait des outils formels d'analyse qui s'opposait à cette "métaphysique descriptive implicite". 

Quine voulait "naturaliser" la philosophie (la forcer à partir des résultats des sciences, et notamment des sciences de la nature au lieu de vouloir être une "philosophie première" qui chercherait une fondation absolue), radicaliser le conventionalisme à un point tel qu'il devenait assez arbitraire de démarquer ce qui relèverait de convention formelle et de contenu empirique, tout en défendant un lit de Procuste d'un calcul purement extensionnel par souci de rigueur et comme censure absolue contre un retour de certaines métaphysiques. 

L'évolution actuelle depuis David Lewis consiste à partir de logiques non-extensionnelles pour fournir soit un cadre a priori (l'analyse conceptuelle de Jackson, le "rationalisme modal" de Chalmers) soit à chercher plusieurs cadres les plus adaptés aux pratiques scientifiques (réalisme scientifique - c'était le sens que prenait déjà le terme "a priori" chez CI Lewis, avant même le conventionalisme quinien, avec une pluralité de schèmes possibles). La métaphysique de Lewis, malgré son ontologie riche, n'appréciait pas tellement le rationalisme modal puisqu'elle cherchait à définir une ontologie qui puisse être la plus compatible avec la possibilité d'un empirisme radical (survenance humienne : tout devrait être compatible avec la possibilité d'une contingence de toute existence distincte : si deux entités peuvent être distinguées, elles n'ont pas de connexion nécessaire dans tous les mondes possibles), mais sans pour autant renoncer à des notions comme la causalité. 

jeudi 20 mai 2021

Divagations

ἐγὼ περὶ ταῦτα ἄνω καὶ κάτω πλανῶμαι καὶ οὐδέποτε ταὐτά μοι δοκεῖ·
καὶ ἐμὲ μὲν οὐδὲν θαυμαστὸν πλανᾶσθαι οὐδὲ ἄλλον ἰδιώτην·
εἰ δὲ καὶ ὑμεῖς πλανήσεσθε οἱ σοφοί, τοῦτο ἤδη καὶ ἡμῖν δεινόν, εἰ μηδὲ παρ᾿ ὑμᾶς ἀφικόμενοι παυσόμεθα τῆς πλάνης

"SOCRATE : 
J'erre de ci de là sur ces sujets et ils ne m'apparaissent jamais les mêmes. 
Et en effet il ne me semble pas du tout étonnant d'errer pour moi ou pour un autre particulier quelconque. 
Mais si vous, ceux qui vous y connaissez, vous errez aussi, alors cela nous semble effrayant si nous ne cessons notre errance après être allés vous voir." 
(Platon, Hippias Mineur 376c - conclusion du dialogue)

La jalousie aux yeux incessamment ouverts, // Monstre toujours fécond en fantômes divers

 La philosophe Agnes Callard, qui a une utilisation originale de Socrate, est assez inclassable dans son style analytique appliqué à des objets d'études plus continentaux, un peu comme si elle voulait refaire les jeux lacaniens de Zizek mais avec un peu moins de sophismes. Dans ce long entretien avec Ezra Klein, ,Callard, qui aime réanalyser nos émotions ordinaires et avait déjà tenté une défense paradoxale de la colère, parle de la jalousie en des termes qui changent un peu de la phénoménologie habituelle, du drame proustien (ou sartrien) de sado-masochisme dans la possession de l'autre. Ici (à la suite de son autre article dans The Point, "The Other Woman"), elle tente de la réévaluer presque à la manière de Diotime, elle n'est pas que crainte et angoisse face à l'absence et au vide, mais aussi essentiellement une autre sorte de désir, désir non pas seulement de contrôle de l'être désiré mais désir érotique du désir par définition impossible de l'autre envers ce qui ne peut pas être moi. Le désir est donc un problème à trois corps parce que ce "spectre" (le désir de l'autre envers le tiers) jouerait un rôle nécessaire dans l'impossibilité de se satisfaire d'une simple réciprocité exclusive. Non pas le désir d'avoir l'autre, mais d'être autre que soi et d'avoir réussi à assez changer sa propre identité pour ne plus être limité à ces seules qualités qui sont les seules que l'autre pouvait trouver en soi. 

So we could classify emotions into whether the emotion is pulling you towards something or whether it’s pulling you away from something. And I think jealousy is pulling you towards something. What it’s pulling you towards, though, is the love that someone could never have for you, the love that they have for someone else, right? So I think that many people — me, certainly, but I think maybe most people — are, in some way, erotically attracted to that very love — the very love they can never have, the love that is, in some way, defined as being the love for somebody else. And I think that part of why we find that so attractive is that if you love someone, and you — it’s like, who you are for them is so limiting, in some way. Like, this is who I am, and I’m loved as this. And what if I want to be loved as someone else, too? If you see the relationship as a very central, metaphysically defining thing for who you are, then it can feel frustrating and limited to only be loved as yourself.

Ezra Klein

Do you think there’s a version of that, too, where you want not the love, exactly, the person has for someone else, but the version of them they are with someone else? If you love someone, you want to know them. And the sense that there is a part of them you cannot know because it is a part of them that emerges in a different dynamic with a different person, and so you can never have it — that’s always struck me as a very deep part of jealousy.

Agnes Callard

That’s a great point, and I don’t touch on it at all in the piece that I wrote. But I think you’re right. When I think about times I’ve been jealous, I have wanted to know about the character of the conversations that my beloved was having with his other beloved, right? Where it’s like, I want access to the you that you are for them. And what that speaks to is a kind of bottomless desire to own them. I want to own everything about you, even the parts of you that don’t exist for me.

Ezra Klein

Yeah, I think there’s something very real there, or there always has been for me, at least. And you get a small taste of it when you go out in public with your partner. You go to a dinner party, and you see a version of them. You’re like, wait. Yesterday, we were just hanging out. And where was this version of you? And then you realize, wherever it was, it wasn’t there in part because of me. And that’s a terrible feeling. [KLEIN LAUGHS]

Agnes Callard

That is a big part of why people like going to dinner parties with their partners. I think jealousy is integrated, at a low level, into most romantic relationships. And it brings people pleasure. To see their partner being desired by others, kept at a certain simmer or something — even though they feel jealousy, and even though there’s some kind of painful emotion, they want that pain. They want some of that pain.


Il y a un épisode curieux dans la vie d'Agatha Miller (devenue Agatha Christie) en 1926 où elle apprit (alors qu'elle faisait déjà une dépression suite à la mort de sa mère) que son (premier) mari la trompait et demandait le divorce. Elle disparut pendant dix jours, en ayant prétendu avoir "perdu la mémoire" sous le choc et en ayant alors pris le nom de la femme pour qui son mari la quittait. Elle ne désirait pas se venger de l'Autre Femme, elle ne comprenait pas pourquoi elle ne pourrait pas se substituer à elle et être assez écrivaine pour adopter n'importe quel autre personnage qui pourrait plus attirer Archibald Christie. 

dimanche 16 mai 2021

Elis Regina & Tom Jobim - "Aguas de Março" - 1974


É o pau, é a pedra, é o fim do caminho É um resto de toco, é um pouco sozinho É um caco de vidro, é a vida, é o sol É a noite, é a morte, é um laço, é o anzol É peroba no campo, é o nó da madeira Caingá candeia, é o matita-pereira É madeira de vento, tombo da ribanceira É o mistério profundo, é o queira ou não queira É o vento vetando, é o fim da ladeira É a viga, é o vão, festa da ciumeira É a chuva chovendo, é conversa ribeira Das águas de março, é o fim da canseira É o pé, é o chão, é a marcha estradeira Passarinho na mão, pedra de a tiradeira É uma ave no céu, é uma ave no chão É um regato, é uma fonte, é um pedaço de pão É o fundo do poço, é o fim do caminho No rosto um desgosto, é um pouco sozinho É um estepe, é um prego, é uma conta, é um conto É um pingo pingando, é uma conta, é um ponto É um peixe, é um gesto, é uma prata brilhando É a luz da manha, é o tijolo chegando É a lenha, é o dia, é o fim da picada É a garrafa de cana, o estilhaço na estrada É o projeto da casa, é o corpo na cama É o carro enguiçado, é a lama, é a lama É um passo, é uma ponte, é um sapo, é uma rã É um resto de mato na luz da manhã São as águas de março fechando o verão É a promessa de vida no teu coração É uma cobra, é um pau, é João, é José É um espinho na mão, é um corte no pé São as águas de março fechando o verão É a promessa de vida no teu coração É pau, é pedra, é o fim do caminho É um resto de toco, é um pouco sozinho É um passo, é uma ponte, é um sapo, é uma rã É um belo horizonte, é uma febre terça São as águas de março fechando o verão É a promessa de vida no teu coração Pau, erda Im, inho Esto, oco Oco, inho Aco, idro Ida, ol Oite, orte Aço, zol São as águas de março fechando o verão É a promessa de vida no teu coração

vendredi 14 mai 2021

Le vague du concept de liberté (ou de responsabilité ultime)

 


Si je comprends bien la nouvelle vidéo de Mr Phi, il essaye de défendre (par son sondage de 11 000+ abonnés) l'idée que nos intuitions pré-théoriques sur la liberté (au sens du "libre arbitre", ou du moins à peu près) sont en fait compatibilistes et donc que les théories philosophiques qui insistent sur l'incompatibilité entre déterminisme et libre-arbitre sont donc celles qui modifient le sens du mot "liberté". Les paradoxes des uns sont les platitudes des autres (et vice versa), comme disait Quine, mais cela me semble revenir à dire que les philosophes ont donc un concept normatif ou "révisionniste" de libre-arbitre (par rapport à l'usage simple de "volontairement") et je vois mal en quoi cela prouve que le concept incompatibiliste est donc erroné en prétendant réfuter notre intuition pré-théorique. Je ne sais même pas si nous avons un concept pré-théorique de déterminisme tant la définition laplacienne devient technique. 

C'est drôle que les déterministes "durs" prennent parfois un ton de paradoxe pour défendre leur théorie encore aujourd'hui alors qu'elle est standard depuis au moins Spinoza et Laplace et à l'inverse que Mr Phi présente sa défense du retour au compatibilisme comme une lutte contre les courants traditionnels majoritaires de la philosophie alors que cela semble assez standard aussi depuis au moins John Locke. 

Je pense ici à la solution que David Lewis avait donné à l'épistémologie, le contextualisme. Lewis disait que le verbe savoir avait un certain vague et dépendance à un contexte des alternatives pertinentes et qu'il n'y avait rien de contradictoire à dire (1) oui, je sais qu'il fait beau (selon un certain degré de précision du terme "savoir") et (2) mais oui, en changeant la précision, je peux aussi admettre la possibilité théorique que cette pluie ne soit qu'une illusion et que le monde ne soit que produit par un mauvais génie et donc que je ne sache rien d'extérieur à mon Cerveau dans une Cuve. De même, pour la métaphysique ou la sémantique du concept de "libre", je pourrais dire que j'étais libre et responsable en faisant cette action (je n'étais pas "forcé" par quelqu'un, mon action exprime une volonté soutenue et habituelle, sens ordinaire du compatibilisme des Stoïciens à Hobbes, Locke ou Hume) mais qu'en un autre sens, je ne respectais pas les principes plus précis d'auto-détermination avec contingence de ma volition, même si une société va continuer l'illusion de me tenir comme responsable. 

Les cas à la Frankfurt prennent un individu qui a le choix entre A et B et qui a décidé sans y être "contraint" par une cause isolable à court terme (mais c'est une pétitition de principe, selon le déterminisme, il est déjà conditionné) de faire A mais à mon insu, j'ignore que si j'avais décidé de faire A, une autre cause se se serait déclenché pour me contraindre à choisir A. Dans ce cas, l'opinion admet alors (si du moins elle admet déjà comme présupposé qu'il peut y avoir une action libre) que l'action était libre et que pourtant il n'y avait pas de possibilité alternative et de vraie contingence du point de vue extensionnel. Mais cela montre (1) que si le sujet a choisi A, nous ne pouvons pas savoir de l'extérieur facilement s'il s'est auto-déterminé ou non (2) s'il a choisi A sans que le dispositif contre-factuel se déclenche, il reste vrai qu'il l'a choisi que je le sache ou pas. Mais ce que dit le déterminisme est que même en ce cas, il a "choisi" en étant déterminé. 

Et de même, dans le déterminisme rigide, on dira donc dans les autres exemples (le Jumeau conditionné à choisir A et le Jumeau conditionné à choisir B, ou le choix qui est toujours déterminé à être identique dans un univers déterministe avec éternel retour du même) qu'ils ne prouvent pas non plus que l'intuition pré-théorique est donc plus valide. Oui, nous faisons tous comme si la chaîne causale devait s'arrêter assez vite et comme si le Big Bang n'était pas pertinent pour mes choix mais le déterminisme pur et dur rappellent que cela paraît assez arbitraire. 

Pourtant, une forme de compatibilisme risque quand même d'être une solution commode. 

On a besoin pour la liberté que je me représente des alternatives et que ma représentation soit une cause plus pertinente que les forces et émotions qui agissent sur ma capacité rationnelle à me représenter cette alternative. 

Mais on a aussi besoin que le déterminisme soit assez fort ensuite pour que l'issue de cette représentation rationnelle ne soit pas trop facilement court-circuitée par d'autres événements physico-psychologiques non-pertinents (sans quoi je saurais ce qui est bien mais ce seraient quand même ces événements qui auraient le dernier mot). 

Il faut que j'aie assez de rétroaction pour avoir du contrôle entre ma croyance et mon action. C'est pourquoi la vieille théorie classique qui dit qu'il doit y avoir un lien entre Raison et liberté peut ensuite donner un sens relatif à une forme de libre-arbitre : je suis assez "libre" pour que ce soient bien mes croyances raisonnables qui puissent s'isoler pour devenir pertinentes. Ou pour parler comme Dennett, les êtres raisonnables ont évolué pour avoir plus de liberté dans ce cadre déterministe que les êtres moins raisonnables. 

Mais je ne crois pas que le sondage sur nos usages pré-théoriques compatibilistes suffise à éliminer l'idée que la définition incompatibiliste rigide (la liberté comme auto-détermination en dernière instance) soit plus claire ou cohérente (même si elle stipule une définition si forte qu'elle conduit à nier la liberté). La définition compatibiliste est peut-être vraie, efficace, mais elle est nécessairement plus vague puisqu'elle suppose de délimiter des conditions pertinentes d'une manière pratique selon nos intérêts macroscopiques. 

Le Cabinet des Murmures : Do Not Split the Party

 


Le Cabinet des Murmures, le jeu de rôle de Matthias Haddad a reçu le Grog d'Or 2021 du meilleur jeu de rôle et c'est en effet un bijou qui suggère en moi des émotions contradictoires tant je regrette de ne pas avoir assez de temps pour jouer à tant de nouveaux jeux de rôle si originaux. Voir la review sur le GROG et le thread sur CASUSNO

Au lieu de jouer un seul personnage, on joue des fantômes qui hantent tous le même Medium, comme dans un trouble de personnalité multiple. Ce serait donc comme dans Nephilim mais en un seul et même corps.

Ce concept du jeu de rôle collectif avec "possession" d'un seul corps avait déjà été vu dans quelques jeux indépendants comme Khaotic, Schizotronic RPG, (1994, où les PJ projettent tous leur psyché dans le même monstre pour lutter contre d'autres monstres cauchemardesques) ou Everybody is John (2002, où on joue tous des voix concurrentes dans la tête de John). Mais ici les Esprits doivent gérer leur cohabitation sur une architecture occulte, l'Arbre de Vie tirée de la Kabbale et chaque Esprit va donc à la fois représenter des points forts mais aussi des désavantages de leur "corps hôte". A tour de rôle, un des Esprits peut donc prendre possession de cette enveloppe et se déplacer sur l'Arbre pour agir.  De plus, chaque Esprit a ses propres pouvoirs (comme par exemple "Poltergeist") et peut coopérer en donnant un peu de son énergie psychique pour soutenir les autres. 

Le corps est-lui-même en partie amnésique au début du jeu et les Esprits aussi. Un des mystères possibles du jeu est justement d'étudier ensuite le lien entre ces Esprits ou les raisons pour lesquelles ils ont pu se retrouver ainsi "réincarnés" ensemble. Il est d'ailleurs plus suggéré qu'ailleurs d'adapter les PJ et le "corps" pour un seul scénario ou une seule campagne et de changer dès qu'on change d'intrigue. 

Nous sommes en 1880 dans une terre uchronique (en partie inspirée par la première des Uchronies) et l'Empereur Napoléon II arrive à la fin de son long règne, commencé quand son père fut tué en luttant contre l'Empire ottoman après avoir vaincu la Russie et le Royaume-Uni. Des branches de la dynastie Bonaparte et Murat occupent différents trônes et conspirent contre l'Aigle. D'étranges secrets hermétiques ont été retrouvés en Egypte et le Spiritisme est devenu un fait tangible. Napoléon II a financé des recherches sur l'Ether, avec une conquête des airs (mais pas encore de l'Espace, on n'est pas dans Space 1889 ou dans Le château des étoiles). Il a aussi soutenu discrètement des utilisations de chistianisme utopique saint-simonien et la science a dû tenir compte de la découverte des énergies spirituelles. L'Empire occupe l'Angleterre (l'Ecosse est indépendante) et a de nombreux Etats sous protectorat, dont La Nouvelle Helvétie (la Californie). Les diverses sociétés secrètes comme la Théosophie ou la Charbonnerie enquêtent sur les Mediums et les Esprits et cela fourmille d'idées de scénarios parfois géniaux (lire par exemple les idées p. 210 sur Victor Hugo qui seraient un jeu original à elles-seules). 

Ajoutons en plus que graphiquement c'est un jeu magnifique et que le mécanisme de l'Arbre de Vie où doivent se positionner les Esprits réussit à donner une impression de session de "table tournante" au jeu. Je pense que tout joueur de jeu de rôle a dû se dire en regardant un tel schéma des Sefirot qu'il devait bien y avoir un mécanisme de jeu à en tirer mais je ne me souviens pas d'en avoir jamais vu un aussi élégant que celui-ci. 

Le seul petit défaut à mes yeux me semble être qu'en période de déconfinement, ce n'est peut-être pas un jeu très adapté au jeu en distanciel comme il est intéressant de jouer sur la matérialité de l'Arbre disposé comme un plateau de jeu (à moins de construire une sorte d'application ?). Cela peut paraître paradoxal qu'un jeu sur des Esprits désincarnés ait plus besoin de la matérialité (des joueurs de CASUS Non-Off disaient aussi utiliser une relique comme symbole de la prise de parole de l'Esprit en contrôle, comme par exemple une montre à gousset). Un autre léger souci est qu'il faut vraiment avoir assez de joueurs (4-5) pour que l'équipe puisse avoir assez de conflits intérieurs et qu'ils se gênent un peu mutuellement sur la carte de l'Arbre. 

Une chanson chez les Cannibales

 

(Sur l'air de La Complainte de Mandrin, ou à peu près, mais je répète le refrain contrairement à la chanson originale. Cela marche très bien aussi comme berceuse)

Ils étaient trois Indiens, par-delà l'Océan
Au corps ornementé, vous m'entendez, vous m'entendez, 
Au corps ornementé, dénudéz comme Adam. 

Ils franchirent l'Océan, pour venir à Rouan,
Pour rencontrer le Roy (prononcez roè), vous m'entendez, vous m'entendez, 
Pour rencontrer le Roy, qui était un enfant. 

Ils sont peu policéz, n'ont pas de vêtements,
Mais ils ont l'équité, vous m'entendez, vous m'entendez,
Mais ils ont l'équité et n'ont pas de Tyran. 

Ils ont très peu de biens, mais ne manquent de rien.
N'ont pas de pauvreté, vous m'entendez, vous m'entendez,
N'ont pas de pauvreté, ni d'Roy ni de mendians

Heureux Tupinambas, ignorans nos croyans
Qui versent tant de sang, vous m'entendez, vous m'entendez
Qui versent tant de sang, de tous les innocents. 

mercredi 12 mai 2021

Les solutions prématurées

 

Joli texte lucide de Bouveresse sur l'enseignement de la philosophie en Terminale : 

Autant cet enseignement dispensé à tous les élèves en terminale me paraît nécessaire, autant je me dis qu’il y aurait un sérieux travail d’adaptation à faire. Si je devais enseigner la philo à ce niveau, je ne sais pas comment je m’y prendrais. Le problème est que les attentes des jeunes gens à cet âge-là, et les solutions que l’on est en mesure de leur apporter ne correspondent pas forcément les unes aux autres. Je cite assez souvent la formule d’un logicien d’origine autrichienne, Georges Kreisel: « La philosophie, c’est l’art de venir à bout des questions à un moment où les questionneurs ne sont pas mûrs pour les réponses ».

 

J’ai, en effet, souvent eu l’impression que des réponses que je considère comme parfaitement raisonnables aujourd’hui seraient vraisemblablement tout à fait inacceptables et même probablement scandaleuses pour des élèves de terminale, parce qu’ils attendent autre chose. Ils veulent des réponses directes aux grandes questions concernant le sens de la vie. Si on leur dit : « Non, non, on ne peut pas s’attaquer à la question ainsi. Il faut d’abord faire un travail préalable de déblaiement, ce que Paul Valéry appelait le grand nettoyage de la situation verbale », ils risquent de ne pas comprendre. Commencer par s’interroger sur le sens même de la question, sur ce que l’on est en train de dire, et qui en fin de compte n’a peut-être pas de sens est une ascèse très difficile à faire accepter par des jeunes de cet âge.

 

Est-ce que la formation des professeurs de philosophie leur permet de faire face à ces difficultés ? Je n’en suis pas sûr. Mais je n’ai pas de solution réelle à proposer. Je souhaiterais seulement que l’on réfléchisse de manière sérieuse à la formation des enseignants, à ce qu’elle devrait être pour que l’enseignement de la philosophie réponde à ce qu’on est en droit d’attendre de lui aujourd’hui. Je suis allé une fois dans un collège de Besançon où l’on m’avait demandé de faire un exposé et de répondre à des questions sur « Qu’est-ce que le bonheur ? ». J’ai trouvé cela horriblement difficile. Je dis toujours que j’ai trouvé cette expérience plus difficile que de faire un cours au Collège de France. Ce n’est pas forcément l’agrégation de philosophie qui prépare le mieux à ce genre de choses, Ce sont peut-être davantage des qualités comme la sensibilité, l’imagination, le goût du concret et des détails, etc..

Lou & Phyllis

Via temptoetiam, je découvre que cette célèbre photo de Nietzsche, Rée et Lou-Andreas Salomé (1882) était probablement une allusion à cette image (1878) d'Aristote, Alexandre et Phyllis (qui reprend elle-même le thème d'Hercule et Omphale). Avec peut-être aussi en arrière-fond la vieille analogie de l'Aurige

lundi 10 mai 2021

Jacques Bouveresse (1940-2021)

 


Le philosophe Jacques Bouveresse était une des personnes que j'ai le plus aimées au monde parce qu'il était un des rares exemples de vertu. Il était à la fois rigoureux sans être sarcastique et hautain, intègre sans être donneur de leçons, l'oeil espiègle et plein d'humanité et sans méchanceté. Il avait gardé malgré tout son poste au Collège de France une humilité que je ne vois que très rarement chez les Universitaires ou même chez les intellectuels en général. Il avait pu ainsi avoir une magnifique carrière académique jusqu'au poste le plus envié sans se compromettre dans la brigue et l'ambition. Peut-être est-il une personne qui pourrait prouver que le pouvoir ou le prestige symbolique peuvent ne pas corrompre. Et c'est sans doute pourquoi les enseignants du Collège de France avaient pu l'élire sans trop de contestation tant il incarnait un sérieux et une sobriété sans aucune flatterie, même si d'autres auteurs étaient bien plus renommés que lui. 

Il a toujours été généreux et un modèle de ce qu'un professeur devrait être : libre et détaché, ironique avec les puissants et modeste avec les élèves. Il pouvait être impatient avec certains sophistes mais pas avec les questions sincères des ignorants. Il ne comptait pas son temps pour nous malgré tout son travail de recherches. Il avait une fraternité qui est absente du champ académique. 

Sans vouloir faire trop de réduction sociologique, on pourrait défendre que cette simplicité venait de ses origines rurales d'enfant d'agriculteurs dans le Jura en Franche-Comté, remarqué dans une école de campagne, devenu ensuite (un peu comme Bachelard ou Bourdieu) le symbole de la réussite républicaine (alors qu'un frère reprenait la ferme), Normalien et cacique de l'agrégation de philosophie. Mais certes, cela aurait pu avoir l'effet inverse en le rendant cassant comme cela arrive à certains "transfuges de classe" et exceptions aux déterminismes sociaux. 

Il se faisait une idée si exigeante de la philosophie qu'il pouvait paraître être un Alceste amer, déçu des philosophes de profession et de leurs hypocrisies ou de leur volonté de parvenir. Cette mélancolie était prise pour du ressentiment alors que c'était plutôt un idéal qu'il insistait à rappeler comme s'il était surpris d'avoir à le faire. 

Même quand il se moquait des fantasmes que les philosophes se font de leur propre activité, c'était au fond de l'étonnement que les philosophes ne soient pas capables de prendre plus de distances vis-à-vis d'une mystification ou d'une idéologie d'auto-valorisation. Il était triste que les scientifiques se montrassent souvent plus ouverts d'esprit et moins dogmatiques que tous ceux qui prétendent expliquer aux scientifiques comment ils devraient penser. Et c'est en effet un paradoxe que certains scientifiques puissent mieux préserver l'esprit de la philosophie que ceux qui sont censés l'étudier exclusivement. Peut-être que ce qu'il enviait aux mathématiciens n'était pas seulement la rigueur de la démonstration mais de moins risquer de vouloir se payer de mots. 

Lui qui était si sage et modéré décidait souvent d'entrer dans la polémique quand il avait l'impression que ses collègues demeuraient dans une ambiguïté suspecte. Après la mort de son ami Pierre Bourdieu, il étonna en sortant de sa modération social-démocrate contre les gouvernements récents. La société était devenue si conservatrice que sa modération paraissait soudain très radicale dans ses refus, comme lorsqu'il refusa la Légion d'honneur du ministère de la recherche sous Nicolas Sarkozy. 

 Introducteur de la philosophie analytique en France, il avait l'originalité d'être resté marqué par une culture germanique (il avait fait son premier mémoire sur la pensée politique de Fichte) et connaissait donc particulièrement les oeuvres de la pensée viennoise, du romancier Robert Musil à l'essayiste Karl Kraus, d'Ernst Mach à Moritz Schlick, voire Sloterdjik à ses débuts, alors que les autres Analytiques se sont de plus en plus restreints uniquement à la philosophie anglo-américaine. Cela a pu parfois l'isoler auprès de ceux qui se considéraient comme ses disciples infidèles. Le succès de la métaphysique analytique et de la philosophie de l'esprit n'était sans doute pas exactement sa tasse de thé tant elles allaient contre ce qui avait pu l'attirer au début vers les révolutions anti-métaphysiques du Cercle de Vienne

Sa vie fut notamment consacrée au génie de Ludwig Wittgenstein (Le Mythe de l'Intériorité, où il essayait de jouer de cette philosophie du langage comme philosophie première contre la phénoménologie qui dominait - et influence toujours - le paysage français), mais il avait travaillé des sujets bien plus techniques, y compris de la syntaxe de Carnap, les modalités ou l'épistémologie de Boltzmann. Je me souviens d'un physicien qui avait tenté de le prendre en défaut sur Boltzmann en le soupçonnant de quelque erreur digne de sokalisme et Bouveresse lui avait montré tout le sérieux de son travail sur le grand physicien. 

Je me suis disputé une fois avec lui parce que je préférais le côté démocratique et accessible du Comte Russell à l'hermétisme aristocratique de Wittgenstein mais l'enjeu était que je trouvais que Bouveresse manifestait plus ces vertus russelliennes que l'arrogance de Ludwig qu'il voulait nous traduire en langage plus accessible. Et il était assez bon et doux pour me pardonner mon simplisme, même s'il jugeait Bertrand Russell trop naïf et sans profondeur. 

Et même sur ce désaccord, je lui étais reconnaissant de ne pas trop ressembler à un Olympien ou à un Héraclite et à servir avec le plus d'honnêteté la cause d'une philosophie démocratique et sincère. 

dimanche 9 mai 2021

Le rêve de Kino-pravda

Dans ce rêve-là, il est présupposé que je suis un réalisateur même s'il n'est pas précisé si c'est une aspiration ou une profession. 

J'ai décidé de faire un "documentaire" sur une grande Cité Universitaire dans un campus américain qui n'est pas précisé (mais qui évoque plus la Cité Universitaire parisienne par la mosaïque des styles qu'un de ces Campus pseudo-néo-gothiques). En fait, cela évoque plus le côté artificiel des Expositions Universelles du siècle dernier avec des Pavillons exagérément baroques. Bizarrement, je n'ai ni équipement, ni caméra ni entourage avec moi comme si je croyais que mon regard en repérage suffisait à faire du vrai "cinéma-vérité" sans aucun instrument. D'ailleurs, comme souvent dans mes rêves, je me vois de l'extérieur comme s'il y avait une autre caméra "objective". 

Je suis dans un "quartier africain" de cette Cité U (le plan sépare des continents mais n'a pas ensuite d'exactitude dans les zones par nation) et il n'y a que diverses délégations de pays subsahariens, anglophones ou francophones. Les gens me font le reproche que mon documentaire n'aura aucune utilité ou originalité comme il y en a déjà eu un, déjà connu, du réalisateur Chris Marker (ou était-ce William Klein, je ne me souviens même pas s'il était explicitement nommé, c'était plus un air de famille avec ce genre de nom ?). Je n'ai pas l'air de craindre cette concurrence mais j'erre sans aucun plan dans des architectures hétéroclites qui évoque un imaginaire pas du tout post-colonial. 

C'est un labyrinthe où tout serait en un plan séquence un peu tourbillonnant ou vertigineux, puisque à chaque pas dans la Cité du Campus je franchissais des portes à travers des époques et des pays qui ne se jouxtent pas dans la géographie réelle. Je crains de faire irruption ainsi chez eux et d'être un voyeur plus qu'un documentariste. Les divers habitants agissent en effet comme si j'étais un spectre invisible. Je me prends un peu pour un Jean Rouch ivre, complètement désorienté ou désemparé. 

J'assiste à une conférence de X, un auteur que j'aimerais écouter (car je souhaite pouvoir m'adresser à lui) mais je rate une partie de l'intervention en allant aux toilettes. Je culpabilise et cours pour revenir et m'aperçois que j'ai oublié mon masque (alors que le contexte de la pandémie ne semblait pas du tout visible auparavant). Je me cache la bouche avec la main et m'enfuis, craignant d'être considéré comme un goujat, de plus en plus perdu entre diverses maisons. 


Commentaire

Pas mal de ressemblances avec le précédent, notamment le fait que je ne me souvienne du rêve que lorsque je le "code" comme un film (il y a même eu un rêve où je me souviens d'une "didascalie" ou d'un générique du songe où il était dit que je serais joué par Martin Landau, mais celui de 1959 dans La mort aux trousses -. Pourquoi Landau alors que d'habitude, je me disais plutôt que mon père serait joué par Michel Constantin ?). 

Et dans les deux cauchemars, ce qui m'angoisse est cette suspension où je choisis de sortir et me sens soudain paniqué à l'idée de rater quelque chose

Le contexte néo-colonial vient bêtement de lectures de bd remontant à l'après-guerre où je me faisais remarquer qu'il a fallu du temps pour que l'Afrique cesse d'être dans l'imaginaire ce grand autre à fantasmer. 

Sans rapport direct, et pour une fois, je me souviens aussi d'un rêve agréable et plus seulement d'un cauchemar (et de wish-fulfillment au premier degré tellement transparent que ce ne serait pas très drôle à raconter, en gros un autre auteur D.K.L. me faisait des compliments complètement absurdes).


samedi 1 mai 2021

[CR de Partie] Haruspices & Aigrefins

 [ Partie du jeu de rôle W.A.L.E., créé par Goodtime, toujours dans le même archipel de Shanizad où nous avons joué plusieurs fois depuis notre première découverte de l'île. L'Île des Félyshas et des Pirates, hâvre anarchiste, est vouée au Chaos et il n'y a pas de police. Les dirigeants symboliques y sont choisis aléatoirement par des tirages de la Roue du Chaos. 

Les quatre PJ sont ici : Dame Shaan, mage-voleuse félyshas (C.), Maître Ghorim, assassin nain (H.), Sire Palathas (R.), "honnête commerçant" elfe et le narrateur, Sire Kalbelior Krazz, preux chevalier rat

Lors de l'aventure précédente, les héros ont pu découvrir un sombre complot qui avait répandu une Pestilence surnaturelle dans l'île et qui avait fait partir la plupart des Félyshas en pèlerinage loin de la cité. On accusait les Rats d'avoir diffusé ce fléau et une guerre civile entre le Roi des Rats et le Prince s'est finalement terminé avec certains des Rats non-corrompus qui se sont alliés aux Félyshas, comme le paladin Kalbelior. Ils ont pu arrêter le réseau des empoisonneurs qui semaient la Peste mais n'ont pas retrouvé le Maître de leur organisation. Dame Shaan a rapporté de l'aventure plusieurs ouvrages dont un grimoire mystérieux de nécromancie, Le Xe Livre de Saracolan, qu'elle a commencé à étudier au risque de sa santé mentale. Ils ont aussi ramené de leur périple temporel une réfugiée d'une autre époque, la belle Dame Deora de Blainville, qui semble très désorientée. ]



Lendemains de fête

Je sais que Palathas, qui ne nous avait pas accompagnés dans cette nuit de beuverie, trouve que nous avons été on ne peut plus imprudents. A notre décharge, après la danse macabre de la Peste, tous nos combats dans les ténèbres et ce long confinement de la cité, il est compréhensible que nous ayons eu un désir si vif de réjouissances et de débordements. 

De plus, les maîtres de l'île (dont la soeur de Shaan, Shirine, qui était première concubine du Roi Susfordal), n'étaient pas fort empressés de nous revoir à la Cour et notamment pas moi, Rat qui pouvait passer pour un agent ennemi pour chacun des deux camps des Rats et des Félyshas. Ghorim, d'habitude si méfiant et si regardant sur la dépense, et Shaan, qui connaît toute cette cité par coeur, m'ont donc introduit aux Mille Lanternes, un célèbre tripot pour y faire des parties de triplettes

Il y avait eu des concert de plusieurs ménestrels et trouvères que nous avons écoutés de loin, dont Dame Salina, qui semblait proche du barde Edgar. Ce grand maître Edgar semblait talentueux et jouait notamment d'échos étranges par magie dans son récital musical. 

Dame Salina (image par Bob Kehl)

Je ne sais comment nous avons pu commencer à nous retrouver finalement à une table de jeu de dés avec cet Edgar. 

Il semblait plus sérieux que pendant son récital. Il avait une odeur de peaux et de cuir qui ne venait pas de ses vêtements. Je ne me souviens plus bien de ce qui s'est passé ensuite mais nous avons commencé à perdre énormément d'argent envers le barde Edgar et envers la maison de jeu des Mille Lanternes. 

Le réveil fut donc doublement douloureux. 

Non pas seulement à cause de la débauche et de l'ivresse mais aussi à cause de la reconnaissance de dettes. Comme il n'y a pas de forces de l'ordre sur l'île du Chaos, les forces magiques du Djinn signent les pactes et contrats par des tatouages qui agissent comme des Geas : si on n'a pas remboursé à temps, le tatouage devient douloureux et il peut être inscrit en divers endroits de l'anatomie que la pudeur m'interdit de rendre plus explicites. 

La même nuit avait eu lieu un meurtre épouvantable dans l'auberge. Une prostituée avait été retrouvée disséquée et éventrée mais sans aucune partie manquante. Maugrim, le maître-assassin de la Cour, enquêtait sur une succession de ces étranges rituels. 



Shaan et moi avons assez d'odorat pour trouver une trace de safran dans ce sacrifice. Shaan déduisit que c'était un rituel de lecture dans les entrailles et qu'il fallait donc interroger un Haruspice, ces mages spécialisés dans la magie du Futur. Pouvait-il y avoir un lien avec notre propre situation ? Justement, la Maison des Lanternes pouvait nous fournir l'adresse de Maître Oximar, un Haruspice qui travaillait avec l'établissement. 

Nous étions un peu bouleversés. Certes, nos dettes n'étaient pas si énormes, environ une centaine de Roues d'Or chacun. Mais ce riche Elfe Palathas, qui n'avait pas partagé notre nuit d'excès et qui avait fait plusieurs investissements, ne pouvait pour l'instant pas nous avancer l'argent pour nous aider. Je suppose surtout que Palathas en voulait encore à mes compagnons rats qui avait fait exploser des entrepôts lui appartenant et je me demandais aussi comment faire pour ne pas m'endetter encore davantage avec l'Elfe. 

Dame Yphréa, la tenancière du casino des Mille Lanternes, qui sentait le patchouli, nous convoqua. Elle nous assura qu'elle surveillait assez par magie sa maison pour savoir qu'il ne pouvait pas y avoir de tricherie directe et en tout cas pas d'intervention sur les dés, pas de télékinésie, d'illusions ou de tours de passe-passe. Les tripots de Shanizad utilisent généralement des Dyscalculateurs Gnomes pour empêcher toute magie altérant les probabilités. Mais elle admettait que cet Edgar était suspect et qu'elle craignait une escroquerie. Dans une île sans juge et sans police, elle devait donc engager d'autres services privés.

C'était elle qui devait prélever nos dettes à l'échéance pour le faire livrer à cet Edgar et elle avait elle-même aussi ses propres dettes envers lui. Elle nous proposa donc de chercher des preuves de sa tricherie en échange d'une récompense qui nous délivrerait d'une part de notre créance, celle envers les Mille Lanternes. Même s'il y avait tricherie, elle ne pourrait en revanche pas nous délivrer de nos tatouages puisqu'il faudrait avoir accès au Livre de comptes de notre créancier. Il y avait un glyphe par débiteur et celui-ci devait être effacé dans le Livre pour dissiper le tatouage. 

Echos & Escrocs

Nous sommes partis à la recherche d'Edgar. D'autres auberges l'avaient déjà interdit pour des raisons similaires mais ne retrouvions pas de traces de lui. Finalement, nous sommes retombés sur son amie, la troubadour Salina. Elle dégageait un parfum de bergamote ou de limonette. Nous ne l'avons pas interrogée et avons préféré la filer. Elle nous a conduit à une demeure où je me faufilai sans bruit par les gouttières. 

C'était bien le barde Edgar qui vivait avec elle, mais il y avait quelque chose qui clochait. Son odeur tendait plus vers d'autres agrumes, sans traces de cuir. 

Quand Shaan, Ghorim et moi sommes donc venus accoster Edgar, nous avons fini par comprendre que nous n'avions pas joué aux dés avec lui

Ce n'était pas la première fois qu'il était poursuivi ainsi dans une méprise sur son identité. Il souffrait souvent des conséquences des actes de son double. Il nous expliqua qu'il avait un frère jumeau, Evrard, qui avait comme lui le pouvoir d'anticiper sur le futur. Il n'avait donc pas agi sur les dés mais prévoyait les résultats à brève échéance. Il utilisait ce don depuis longtemps pour diverses opérations criminelles. 

Mais il n'y avait vraisemblablement aucun lien avec la lecture des entrailles dans l'auberge puisque son don de prédiction ne venait immédiatement par instinct que de son propre esprit. 

Evrard vivait dans le quartier des Tanneurs, ce qui expliquait son odeur si distincte que j'avais repérée pendant la partie de dés. [D'après le témoignage des autres membres de l'équipe, Kalbelior était bien trop ivre mort pendant la partie pour avoir repéré quoi que ce soit et il affabule complètement.]

Salina, qui détestait Evrard, accepta même de témoigner devant Dame Yphréa pour expliquer ses tricheries. Dame Yphréa effaça nos glyphes dans son propre livre de comptes et y ajouta même la récompense promise. 

Salina expliqua que le seul moyen d'échapper à la précognition d'Evrard était d'utiliser une Potion d'Imprévisibilité, qui n'agissait que pour un quart d'heure pendant laquelle nous ne serions pas prédits par les dons d'Evrard. 

Quand Palathas (le seul d'entre nous que n'avait pas vu Evrard) a tenté d'explorer le quartier des Tanneurs, il a découvert qu'ils étaient sous les chantages d'Evrard qui vivait d'extorsions de fonds. Personne dans le quartier n'osait plus le dénoncer. 

Tous ceux qui tentaient de s'organiser contre lui étaient vite assassinés comme il pouvait prévoir tous leurs préparatifs et leurs manoeuvres. Et Evrard était un sadique qui torturait aussi les autres membres de la famille de ses cibles pour mieux intimider et faire régner la terreur dans la quartier des Tanneurs. Shaan proposa d'aller embrasser Evrard mais nous craignions qu'il ait le temps de la tuer (et la mort du créancier ne lève pas la malédiction des tatouages). [Suite à une autre malédiction acquise dans la Cité du Carnaval, Shaan donne la mort à toute personne qu'elle embrasse.]

Nous avons d'ailleurs failli tomber sous un de ses agents, un petit Félysha misérable nommé Rhakim mais nous avons pu l'arrêter (par un carreau d'arbalète de Ghorim). 

Il nous fallait vite une ration de Potion d'imprévisibilité si nous ne voulions pas nous faire remarquer par Evrard et nous décidâmes de nous rendre chez l'Haruspice, Oxymar

Dès que je sentis l'odeur de safran et que nous inspectâmes sa maison, nous comprîmes que c'était cet Haruspice le responsable des rituels abjects qui avaient éventré plusieurs victimes et cela (à ma grande surprise) sans aucun lien avec cet escroc d'Evrard. 

Oxymar était un sectateur de la Lune mauve, une organisation religieuse que nous avions démantelée pendant la Peste, et il avait perdu la raison avec la chute de son temple. Il croyait lire dans les chairs la fin proche du monde avec "la levée de plusieurs sceaux" et "le retour des Démons" qui avaient régné sur le monde il y a des siècles. Sans doute aussi que l'épidémie avait rendu fous tous ces prétendus experts en prédictions ? 

Nous reconnaissons que nous avons attendu qu'il nous vende d'abord quatre potions d'imprévisibilité avant de le dénoncer à Maugrim, le maître-assassin de la Cour. Avec nos tatouages et la menace d'Evrard, nous avons décidé que nous n'avions pas vraiment le temps de nous occuper aussi de rendre justice contre l'Haruspice insensé. Heureusement pour nous, il ignorait que nous avions été à l'origine de la destruction de son culte. 

Nous avons donc laissé s'enfuir Rhakim, le bandit félysha, pour le laisser filer jusqu'au repaire d'Evrard et avalé nos potions d'imprévisibilité. Mais Rhakim a commencé par cacher une partie du magot dans les égouts et j'ai donc choisi de m'occuper de suivre ce coffre dans les eaux sous le sol. 

Pendant ce temps, mes trois amis arrêtaient Evrard. Il tenta de bluffer et nous dit qu'il voyait dans l'avenir que nous ne pourrions jamais le tuer. Palathas l'exécuta aussitôt mais j'avais rapporté le coffre d'Evrard qui nous donna le livre de comptes. J'acceptai de le donner à Palathas en échange d'une annulation des dédommagements des Rats envers les entrepôts qui avaient explosé. Palathas accepta, effaça nos glyphes de reconnaissance de dettes et nous délivra de notre malédiction. En revanche, il n'effaça pas tous les autres glyphes et choisit de devenir un nouveau... hum hum...  "Protecteur" de certaines des victimes de l'escroc-oracle. 

Le deuxième sceau

Mais nous ne pouvions pas en rester à un dénouement aussi favorable. Je commence à croire que Palathas et ses amis doivent expier quelques fautes tant ils sont poursuivis par le destin. 

Quand nous sommes revenus à la Cour, Dame Shaan devait avoir rendez-vous avec Dame Deora de Blainville, celle que nous avions ramenée d'une autre époque dans les abysses du temps, quand nous poursuivions le Maître de la Pestilence. Nous l'avions laissée dans l'entretien et quand elle cria, nous l'avons trouvée à demi-morte. 

"Dame Deora" était en réalité le Maître de l'organisation qui avait semé la Peste et il s'était enfui en volant à Shaan son livre de nécromancie, l'ouvrage interdit du Premier Sorcier, Saracolan. Un de ses rituels lui avait déjà permis de prendre l'apparence de cette femme morte en utilisant un de ses ossements. Le Maître avait arraché le coeur de Shaan et celle-ci n'avait eu aucun autre recours que de prier les anciens dieux oubliés qui semblaient ressortir depuis les récentes aventures de mes compagnons. Une Déesse-démone félysha, une sombre chatte nommée Baïkal, gardienne du passage vers la mort, était apparue pour sauver Shaan mais cela avait un prix. La Déesse aux Neuf Vies dit à Shaan que celle-ci lui appartenait désormais. 

Elle lui avait aissi dit qu'un second sceau avait été ouvert et qu'elle n'était pas la dernière des anciens dieux-démons qui revenaient. 

Par les Grands Rongeurs des Racines du monde, je commençais à frissonner que ce dément d'haruspice n'avait peut-être pas entièrement tort dans certaines de ses visions de fins du monde...