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mercredi 24 mai 2023

Comme Xénophon

[J'ai dû corriger le titre, censuré par Blogger qui doit être contrôlé par des fans de Xénophon]

J'avais un prof de grec qui quand on faisait des sottises et confusions nous disait "Vous êtes c... comme Xénophon !" - ou "comme du Xénophon", je ne me souviens plus très bien. 

Et c'est une rime raisonnable, comme en atteste le résumé décalé de l'Anabase que fait Histoires Mythiques sur Mastodon. Dans la littérature ancienne, Xénophon est un refoulé un peu honteux des études grecques, celui qui a écrit sur les mêmes sujets que Platon (BanquetApologie de Socrate, Mémorables), qu'Aristote (Economiques), que Thucydide (Hellenika) pour à chaque fois sembler être une version moins intéressante de l'autre. Il sert un peu de faire-valoir pour nous rappeler à quel point Platon devait être un bien meilleur élève de Socrate que lui pour atteindre un tel génie. On sent bien quand on lit Xénophon qu'il aurait eu plus de sympathie pour la timocratie spartiate et on peut se demander pourquoi il n'a pas fini par trahir comme Alcibiade, ou bien trahi comme cette andouille antipathique de Ménon. 

Il est douteux qu'il existe un invariant transhistorique du réac ethnocentriste, imbu de sa supériorité sociale, fasciné par le brutalité et la violence mais en gros c'est Xénophon (et d'ailleurs ce facho de Leo Strauss adore Xénophon, ce qui est le dernier clou dans le cercueil). On exagère le relativisme historiciste quand on croit que Xénophon aurait quand même un mérite en ayant été à l'origine de certaines formes de bêtise viriliste de l'opinion commune. Il y a des auteurs dont on peut se demander si leur place dans le canon n'est pas en grande partie un hasard dans la succession des temps. Les Humanités devraient rappeler cette contingence pour éviter toute déférence. 

Oui, oui, je suis juste de mauvaise foi, j'écris ce genre de xénophoneries juste pour voir comment cela sonne. Et on avait même évoqué un jeu de rôle sur Xénophon il y a 10 ans. 

Il a dû être très populaire si on en croit le filtre du temps qui a été si indulgent envers ses oeuvres. Le sort a voulu qu'on perde quasiment tout Epicure mais on n'a, je crois, rien perdu de Xénophon, comme pour Platon. 

Il était peut-être vraiment aussi bon tacticien qu'il le prétend si Alexandre l'a pris au sérieux. Et quand "la Muse de l'Attique" recompose ses propres discours, il a l'air d'être un bon orateur, un peu narcissique et manipulateur, mais un bon élève des sophistes - même s'il insiste à la fin de son traité sur la chasse sur le fait qu'il a bien compris la différence entre philosophes et sophistes et qu'il est fier de n'avoir rien à faire avec ces derniers. 

Socrate a dû lui trouver quelque chose s'il ne l'a pas chassé (et si, selon un récit mal daté et apocryphe, il lui aurait même sauvé la vie lors d'une bataille contre les Béotiens). Cicéron dit que la Muse de l'Attique écrit bien, je le crois sur parole. Il est moins bon philosophe que Platon, moins bon historien que Thucydide, moins bon orateur qu'Isocrate, mais il est un peu tout cela à la fois, un éclectique dilettante avant l'encyclopédisme d'Aristote, un essayiste peu profond mais capable d'une certaine astuce rusée. C'est certain que Platon ne pourrait pas écrire un traité d'équitation (Aristote pourrait, lui, mais il a une autre sorte de génie). Xénophon aime dangereusement l'oligarchie et la hiérarchie mais il exprime parfois plus de doutes que nos plus grands penseurs Platon et Aristote sur la viabilité d'un despotisme éclairé (quand il laisse entendre que les monarques réels sont rarement aussi bons que Cyrus le Grand). Il a peut-être ce petit côté d'aventurier raté devenu écrivain ou d'écrivain qui s'invente une vie de baroudeur, à la Malraux ou Debray. C'est pourquoi les écrivains de droite l'aimeront toujours comme ils fantasment sur un intellectuel prêt à partir en expédition militaire. 

Mais il y a une chose qui est quand même touchante chez Xénophon, c'est que quelle que soit sa vanité et sa volonté de toujours se faire "mousser" dans ses textes, je suis perplexe sur le fait qu'il n'a pas l'air de trop vouloir dissimuler que son grand maître Socrate se moquait aussi de lui. 

Sauras-tu retrouver Xénophon dans ces interlocuteurs de Socrate ?


Au début du IIIe livre de l'Anabase (histoire reprise aussi chez Diogène Laërce II, 6), Xénophon raconte qu'il veut aller rejoindre le prince perse Cyrus (le jeune) et son maître Socrate craint qu'aller collaborer chez un satrape perse avec son copain béotien ne nuise à la carrière du jeune Athénien (on suppose que Xénophon a une trentaine d'années). On est en -401 et la démocratie vient d'y être restaurée en -403 (et Socrate va se faire condamner à mort en -399 alors que Xénophon ne sera pas encore revenu). Le philosophe lui conseille de demander à l'Oracle de Delphes s'il doit y aller ou non

Xénophon (qui a déjà dû faire son choix ou qui est incapable de bien écouter Socrate) demanda seulement de manière biaisée à Apollon quels sacrifices il devait faire avant de s'embarquer (Xénophon parle ici de lui à la 3e personne). 

καὶ ἀνεῖλεν αὐτῷ ὁ Ἀπόλλων θεοῖς οἷς ἔδει θύειν. ἐπεὶ δὲ πάλιν ἦλθε, λέγει τὴν μαντείαν τῷ Σωκράτει. ὁ δ᾽ἀκούσας ᾐτιᾶτο αὐτὸν ὅτι οὐ τοῦτο πρῶτον ἠρώτα πότερον λῷον εἴη αὐτῷ πορεύεσθαι ἢ μένειν, ἀλλ᾽αὐτὸς κρίνας ἰτέον εἶναι τοῦτ᾽ἐπυνθάνετο ὅπως ἂν κάλλιστα πορευθείη. ἐπεὶ μέντοι οὕτως ἤρου, ταῦτ᾽, ἔφη, χρὴ ποιεῖν ὅσα ὁ θεὸς ἐκέλευσεν.

La réponse d'Apollon lui désigna à quels dieux il convenait de faire des sacrifices. Quand Xénophon est de retour à Athènes, il relate l'oracle à Socrate. Ce dernier l'ayant entendu, lui reproche de n'avoir pas demandé d'abord lequel valait mieux pour lui de partir ou de rester ; mais de s'être déterminé lui‑même à partir, et de n'avoir consulté l'oracle que sur les moyens les plus propres à rendre son voyage heureux. "Cependant, puisque vous vous êtes borné à cette question, ajouta Socrate, il faut faire ce que le Dieu a prescrit."

Soit Socrate est vraiment plus superstitieux qu'on pourrait le croire (ce qui est possible, le rapport de nos fondateurs du Logos à Apollon n'est pas si clair), soit (ce qui est tout aussi plausible) Xénophon n'a pas bien compris que l'Ironique lassé et visiblement un peu passif-agressif veut se débarrasser de lui. 

vendredi 8 mai 2020

Old school & extrémisme


Zut, après les héritiers de Judges Guild qui basculent dans l'antisémitisme (voir aussi le commentaire de Jennell Jaquays), voici le créateur de Divine Right et du monde de Minaria qui annonce qu'il préfère éditer sa nouvelle version du jeu chez "Vox Day", un éditeur connu notamment pour son racisme néo-nazi (et qui n'a jamais publié de jeu de plateau, d'ailleurs).

La poignée de ceux qui le suivaient depuis vingt ans pour rééditer le jeu annonce aussitôt leur démission.

Certes, vu le rythme de glacier depuis vingt ans, on peut penser que de toute manière, le jeu ne réapparaîtra jamais et que cet extrémisme n'est que le dernier clou dans le cercueil.

C'est dommage, Divine Right était un des wargames fantastiques avec Dragon Pass qui avait le plus d'atmosphère grâce à la prolifération de petites règles baroques (même si cela le rendait peu jouable et même si Minaria n'est bien sûr pas du tout aussi approfondi que Glorantha). 

Au moins, dans le premier cas, avec la famille Bledsaw, c'était les héritiers du créateur qui affichaient le Côté Obscur de la Droite-"Alternative" et pas le créateur lui-même. Le néo-nazi Vox Day a déjà voulu empoisonner la science-fiction en tentant de manipuler les Prix Hugo mais il vient maintenant corrompre aussi les jeux de plateau. 

lundi 7 octobre 2019

Ubu Troll


C'est l'ancienne stagiaire de la Maison blanche Monica Lewinsky qui a le mieux résumé toute la Présidence de Trump en disant dès son élection que c'était la victoire des Trolls.

Trump n'a pas de cohérence idéologique ou politique, il n'est pas fondamentalement fasciste même si depuis quelques années c'est bien du fascisme et du racisme qu'il répète sans cesse. Bien avant sa croisade ridicule pour démontrer qu'Obama n'était pas né sur le territoire américain, il avait payé cette page dans les journaux pour faire accuser des Noirs innocents. Mais ce qu'il est, en plus d'un Pervers narcissique est avant tout un Troll.

Cela conduit certes souvent vers le fascisme parce que le Troll tire une satisfaction sadique et que son manque d'empathie le rend plus compatible avec l'Ur-fascisme. Il n'a pas de théorie sur l'utilité de la discrimination ou de l'injustice mais sa motivation est seulement que l'injustice le fait jubiler parce qu'il sait qu'elle nuira à ceux qu'il perçoit comme ses cibles à humilier. On pourrait même imaginer des contextes où il pourrait ne pas être fascisant par esprit de contradiction si cela lui permettait de troller davantage (comme à l'époque où il prétendait être un Démocrate new yorkais atypique il y a une trentaine d'années).

Par exemple, Trump n'est pas anti-sémite contre son gendre (il a tout au plus une rivalité avec son double plus jeune) mais il est capable de basculer dans l'anti-sémitisme le plus virulent (contre les Juifs qui votent "mal" contre "les intérêts d'Israel" si jamais ils osaient le critiquer) si cela lui semble procurer le maximum de "lulz". Le fascisme n'est pas son but caché, ce n'est qu'un exutoire à sa personnalité de sociopathe. Il n'a pas une personnalité autoritaire parce qu'il saurait ce qu'il veut imposer, il se sert de l'autoritarisme pour mieux se défouler dans ses caprices infantiles.

Même son racisme récurrent contre les Noirs ou les Hispaniques exprime sans doute plus d'égocentrisme mégalomane ("I have good genes") qu'une vision du monde générale sur la biologie. Il n'y a d'ailleurs aucune vision du monde quelle qu'elle soit au-delà de son nombril. Le fait même qu'il soit devenu si obsédé par Twitter est que cela s'adapte bien à sa forme de narcissisme lapidaire, réactif, hostile et plein de ressentiment.

Quand on lit la liste des 9 critères du DSM sur le pervers narcissique, on a l'impression que la liste n'est pas générale et n'a été écrite après coup que pour décrire Trump lui-même.

1. Has a grandiose sense of self-importance (e.g., exaggerates achievements and talents, expects to be recognized as superior without commensurate achievements).
2. Is preoccupied with fantasies of unlimited success, power, brilliance, beauty, or ideal love.
3. Believes that he or she is “special” and unique and can only be understood by, or should associate with, other special or high-status people (or institutions).
4. Requires excessive admiration.
5. Has a sense of entitlement (i.e., unreasonable expectations of especially favorable treatment or automatic compliance with his or her expectations).
6. Is interpersonally exploitative (i.e., takes advantage of others to achieve his or her own ends)
7. Lacks empathy: is unwilling to recognize or identify with the feelings or needs of others.
8. Is often envious of others or believes that others are envious of him or her.
9. Shows arrogant, haughty behaviors or attitudes.

mercredi 4 janvier 2017

We have no gift to set a statesman right


Certaines de mes prédictions la dernière fois que j'ai écrit ont été réfutées. Nous n'aurons plus à subir notre ancien Président de la République (du moins à court terme en tout cas). Mais le prochain ne vaudra pas mieux et à tout prendre il aurait été moins risqué pour le monde que notre pays ait un retour de notre intempérant Badinguet mais que (ce qui était) la première puissance mondiale soit préservée d'un troll nihiliste comme Donald J. Trvmp.

Mon long silence tenait en partie de l'effarement et d'un désarroi profond.

Comment commenter quand le monde semble basculer à ce point dans l'irrationnel ?

Le monde entier est aussi effrayé par cette surprise qu'il avait été (peut-être en partie excessivement) admiratif en 2008. Les espoirs suscités en 2008 avaient fait surévaluer les institutions et l'évolution de la société américaine. La politique intérieure est arrivée à un pouvoir absolu des soi-disant "Républicains" au moment où ils continuaient d'évoluer vers plus d'abus théocratiques et ploutocratiques. La politique étrangère de BHO a été un échec et je ne suis pas compétent pour dire s'il s'agit d'une malchance qui ne pouvait que lui échapper après les désastres de 2002-2008 ou s'il a vraiment été trop naïf vis-à-vis des Républicains et trop pusillanime vis-à-vis de la Realpolitik des dictateurs. Mais après 8 ans de diplomatie d'une nation affaiblie, nous allons avoir une catastrophe qui va entraîner bien plus que la République américaine.

Le cas de Trvmp peut être exagéré car toute sa monstruosité médiatique arrive en même temps à faire monter une sorte d'hystérie irrationnelle et pourtant à nous désensibiliser au caractère aberrant de ce désastre. Comme il sait animer un cirque nouveau chaque jour, nous nous énervons quotidiennement en oubliant à chaque fois le scandale de la veille.

Mais le "normal" se dissipe comme une brume. Sa victoire ne devrait même pas être une question de gauche ou de droite ou seulement de la démocratie vs oligarchie mais d'échec total du rôle de la Raison le plus élémentaire dans la vie politique. Trvmp est certes un ploutocrate comme d'autres "Républicains" mais il est aussi un symptôme d'un n'importe quoi vertigineux. Ce n'est pas un escroc classique, c'est un hâbleur qui proclame publiquement qu'il dit n'importe quoi. Cela a de quoi faire perdre toute confiance dans la cohérence même de la réalité, comme si nous vivions dans un cauchemar où nos semblables ivres de ressentiment hurlaient tous qu'ils veulent se jeter dans un précipice et que des siècles de "civilisation", cela suffit.

Ce n'est même plus le "spectacle" qui absorbe la société, c'est la dissolution des reflets du spectacle dans le nonsense. Même le Père Ubu a trop de gravitas pour lui être comparé. Nos divers Caligula comme le Turkmenbashi jouaient encore un peu le jeu sérieux du souverain. Le Show irréel ne cherche même plus une apparence de plausibilité, il est dans la galéjade farcesque digne de Munchausen, dans ce que les Russes appellent le "враньё" (où on savoure le plaisir du bluff ou de l'esbroufe) et qu'on vient de traduire en "post-vérité" (en passant, le livre récent du philosophe Harry Frankfurt sur "le Bobard ou les Conneries" (bullshit) des sophistes risque d'être relativisé par un autre ouvrage plus moralisant qu'il a écrit contre les discours sur la valeur de "l'égalité").

La Droite ne cesse de dénoncer le relativisme post-moderne mais les Trvmpiens du Trumpistan sont passés dans un univers parallèle où on ne voit même plus comment communiquer avec eux, plus radicalement dans leur bulle que tout extra-terrestre de fiction. Dans leur monde boschien, Hillary fait des sacrifices d'enfants au Baphomet, toute critique du Leader est un blasphème hérétique et la CIA est sous le contrôle d'une cabale de la dynastie Clinton.

Ce qui illustre bien ce basculement est le rôle de la Russie. Quelle étrange manière de perdre soudain la Guerre froide 25 ans après. C'est la victoire ultime du complotisme que tout devienne soudain un soupçon de complot possible. La gauche modérée américaine tient maintenant des discours qui à une autre époque aurait paru être du McCarthysme ou de la paranoia digne de Philip K. Dick.

Si quelqu'un vous avait dit il y a deux ans que le candidat du GOP serait soutenu non pas seulement par les frères Koch, par un lobby militaro-industriel ou une frange du FBI mais par le FSB de Vladimir Vladimirovitch Poutine, les pirates "anarchistes" Wikileaks d'Assange et Snowden, le Monde Diplomatique (au nom d'une espérance envers l'isolationnisme et par réflexe contre les néo-cons autour de l'appareil clintonien), Emmanuel Todd (au nom de sa défense du protectionnisme et contre l'idéologie de globalisation des échanges), et  Žižek (au nom de l'absurdité totale du personnage), comment auriez-vous pu le croire ? D'ailleurs, on peut comprendre que vous soyez encore incrédule. L'élection comme guerre entre le FBI-FSB et la CIA, cela semble être les délires d'un insensé et on n'attend plus que les Illuminés de Bavière et Cthulhu.

On en vient à exagérer peut-être l'omnipotence de Poutine quand il semble défendu à la fois par Trump, Mélenchon (pour qui je compte probablement voter, hélas), Fillon et les Le Pen (la conversion brutale de toute l'extrême droite à cette nouvelle slavophilie au nom du machisme martial s'est faite à une vitesse surprenante). Il est bizarre de voir des gens "raisonnables" parmi les démocrates reprendre des sources qui viennent de LaRouchistes (secte d'extrême droite qui a une vision conspirationniste où les Britanniques sont un mot de code qui rappelle le Protocole traditionnel antisémite), ce qu'ils n'auraient jamais fait avant.

Mais on ne comprend pas que Glenn Greenwald, par exemple se serve d'une confusion faite par certains commentateurs (les Russes ont probablement vraiment hacké les emails de Clinton ou du DNC mais sans doute pas les machines à voter, leur piratage n'a donc pas affecté "directement" les élections) pour jeter un doute sur toute mise en cause du rôle russe.

Depuis la fondation de cette République, le discours nativiste d'une partie des Conservateurs (par exemple Huntington) craignait que les Sud-Américains hispanophones ne finissent par affaiblir les normes démocratiques ("anglo-saxonnes") à cause d'une culture historique de pronunciamentos et coup d'Etats de Généraux et caudillos. Et c'est au nom de la discrimination contre les Latinos que la démocratie américaine fait arriver au pouvoir suprême ce qui ressemble le plus à un Catilina qui ne cache même pas son admiration pour les "Hommes Forts" autoritaires et son mépris pour les valeurs démocratiques. L'histoire n'a peut-être pas de "dialectique" mais elle recèle de l'ironie.

vendredi 20 mai 2016

Racisme et classisme


On dit parfois que le raciste en démocratie tente de se rassurer en niant ses problèmes sociaux au nom de questions communautaires : je suis pauvre (ou bien minoritaire) mais au moins je suis de telle communauté. Le Pen accrédite cela par sa formule (qu'il prétendait voler à Jaurès) "la patrie est le bien de ceux qui n'ont rien".

J'avais un peu parlé du racisme de Gobineau il y a 7 ans mais j'avais manqué un aspect sur lequel insiste Ernst Cassirer quand il l'étudie dans sa dernière oeuvre inachevée, le Mythe de l'Etat (1945 - où le nazisme est étudié et dénoncé comme une résurgence inquiétante de "mythocratie" - mais ce terme, si Cassirer l'utilisait, y serait très préjoratif chez lui, comme un échec des Lumières, contrairement au titre récent d'Yves Citton sur le storytelling politique).

Cassirer lit de près Gobineau (avec un effroi et une lassitude où on sent la dépression en pleine Seconde Guerre mondiale du dernier héritier de Marburg exilé à Chicago) et il rappelle que la névrose raciste chez Gobineau est aussi liée à celle du classisme . Il s'agit de se distinguer non seulement d'autres peuples mais aussi du roturier. Ecrit après la Révolution de 1848, le thème de l'inégalité des races était un substitut face à la perte de l'inégalité des privilèges dans les conditions sociales. Bien avant que Sauvy n'invente l'expression de Tiers-Monde, Gobineau transférait au reste du monde son rapport au Tiers-Etat.

Le comte de Gobineau est un petit noble déclassé (légitimiste mais peu religieux, qui doit se compromettre pour travailler avec les orléanistes, grâce à Tocqueville, et ensuite pour la diplomatie de Napoléon III) et il a besoin de s'approprier une sorte de richesse symbolique en disant qu'il n'est pas seulement Blanc ou Européen mais Aryan en tant que noble (même si sa famille est de noblesse de robe - Augustin Thierry avait cru expliquer en 1825 toute la vieille noblesse d'épée comme une implantation germanique sur un peuple gallo-romain).

Le racisme qu'invente Gobineau est donc une synthèse de ce ressentiment social, de sa germanophilie, du modèle des philosophies de l'Histoire (dont il est une sorte de parodie) et une tentative de simulation de scientificité en se fondant sur la philologie (il connaît un peu l'Iran) pour en tirer une pseudo-biologie morale ou une anthropologie physique. Les autres origines de cette monstruosité sont les voyages en Orient et en Perse et toute la colonisation américaine : Gobineau a aussi une famille de colons antillais et il sera aussi diplomate au Brésil, le racisme contre la prétendue "race de Cham" est un des thèmes les plus récurrents. Son anti-sémitisme est encore en un sens étymologique car il semble en avoir plus contre les prétendus fils de Sem en général que contre les juifs en particulier. A la fin de sa vie (et bien qu'avec son ami Wagner, il ait dû augmenter sa judéophobie), il craignait plus l'Asie et le "Péril Jaune" (il refusa même une mission diplomatique en Chine). Il attaquera la IIIe République comme un règne de la pensée asiatique des Mandarins méritocratiques.

Un des derniers textes de Gobineau est un poème épique, Amadis. Il tente d'y mettre en roman sa théorie de la décadence par le métissage. Amadis y est le type pur du Chevalier (l'Aryan), protecteur d'Oriane, et il devra lutter contre Ahriman (la divinité avestique du Mal), divers sorciers, Garamant (Proust s'en souvient-il inconsciemment ?) puis Merlin contrôlé par Viviane avant de tomber finalement face au flot inexorable du déclin sous le règne crépusculaire de Barabbas. On y voit directement son fantasme sur une aristocratie qui ne peut rien face à cette histoire pessimiste où l'origine ethnique ne sert qu'à regretter l'écoulement du temps et la perte de l'origine.

samedi 7 mai 2016

Essentialisme et racismes





  • Je suis un peu interloqué que Philosophie Magazine ait titré son dernier numéro "Nomades contre Sédentaires, la Nouvelle Lutte des Classes". Cette expression se trouve en effet souvent dans l'extrême droite néo-nazie de Soral et ce nazillon narcissique doit jubiler qu'on reprenneainsi une de ses thèses pseudo-marxistes (où je vous laisse deviner qui sont ces "Nomades mondialistes capitalistes spéculateurs sans racines" face aux "Sédentaires producteurs gaulois"). Mais je n'ai pas ouvert le magazine et j'ignore s'ils l'attaquent ensuite.

  • Un des prétendus candidats aux Présidentielles (qui n'aura pas les 500 signatures) est un élu local versaillais et dirigeant de radio Courtoisie, De Lesquen du Plessis-Casso (polytechnicien et énarque, ce crypto-négationniste* appartient ironiquement à la Promotion qui avait pris le nom de la philosophe gnostico-trotskiste Simone Weil). De Lesquen frappe dans son discours raciste car il ne le crypte que très peu, contrairement à toutes les habitudes depuis des décennies, même au FN. Je n'avais jamais entendu en France quelqu'un parler de "fierté blanche" dans un discours public et je croyais que c'était confiné à quelques skinheads un peu américanisés et pas à des milieux de pouvoir politiques versaillais nourris à Alain de Benoist et au GRECE (De Lesquen était aussi au Club de l'Horloge).

    [* Le négationnisme, lui, est codé uniquement pour des raisons juridiques. Il ne dit pas qu'il n'y croit pas, il dit de manière détournée qu'il n'aurait pas le droit de dire qu'il n'y croit pas - un peu comme OJ Simpson se faisant payer pour dire qu'il n'a pas tué sa femme mais qu'il peut raconter sans conditionnel comment il s'y [était] pris s'il l'avait fait.]

  • Je commence à être déprimé par toute cette tératologie raciste. Si vous doutiez encore que Renaud Camus (et son "Parti de l'In-nocence" pour qui la "nocence" est avant tout les incivilités et la présence d'allogène) était de tendance KKK / White Pride, voici un tweet de lui du 29 avril  :
    Hitler a commis deux génocides : 1/ des juifs, de son vivant 2/ des blancs en rendant impossible, par le premier, toute référence à la race.
    Le principal reproche qu'il fait donc à Hitler est donc d'avoir trop contribué à "discréditer" le racisme, tout comme Maurras regrettait qu'il ait nui à la cause de l'antisémitisme.

  • Et pour passer de l'extrême droite raciste traditionnelle à leur double prétendument de "gauche" théocratique du Parti des Indigènes de la République, je ne comprends pas l'angle d'attaque choisi par cet article contre le PIR. Ils disent que le problème du PIR est que c'est un renouveau du racisme vers un "essentialisme", qui enferme les individus dans une essence (de l'Arabe, du Noir, du Colonisé).

    Bien sûr, tout dépend de ce qu'on appelle l'essentialisme et c'est ambigu. Mais prenons par exemple l'analyse critique du terme tel qu'on l'entend dans l'ontologie analytique depuis Quine : l'essentialisme consiste à croire qu'il existe des propriétés nécessaires d'un individu, indépendantes d'une classification générique arbitraire ou quelle que soit la description. Autrement dit, cela veut dire que Monsieur X a telles propriétés nécessairement et d'autres non, indépendamment d'autres propriétés accidentelles. Ces propriétés qu'il possède nécessairement ne dépendent pas d'une description contingente qu'il aurait pu ne pas satisfaire.

    Si j'ai bien compris le discours du PIR (et en feignant de croire que ce soit plus qu'une idéologie rhétorique pour unir plusieurs combats hétérogènes), ils se veulent complètement "constructionnistes", ce qui en fait un mouvement assez "moderniste". Ils disent partir de la thèse que les concepts de race sont construits socialement. C'est donc un renouveau original du racisme : ce sont des racialistes mais justement des racistes non-essentialistes ou des racialistes "relationnels" ! Le "Blanc" est fixé comme le terme non-marqué par la classification raciste blanche, comme le dominateur qui ne se nomme pas lui-même et le "non-Blanc" par exemple (ou l'Indigène) est constitué de manière relationnelle par domination : ce sont les Blancs qui ont constitué les non-Blancs par leur hégémonie.

    Donc le PIR en déduit que tout discours universaliste disant que tout homme peut accéder à une identité et des droits indépendants de telle ou telle communauté est un discours homogénéisateur artificiel, une ruse (des Blancs) pour empêcher les communautés non-blanches de s'allier contre le vrai pouvoir dominateur des Blancs. L'universalisme (et donc l'anti-racisme) est le complot des Blancs pour faire oublier qu'il y a des "Blancs". D'où ensuite les conclusions ségrégationnistes du type qu'un(e) non-Blanc(he) qui se marie avec un(e) Blanc(he) trahit la cause des non-Blancs (ce qui rejoint le racisme traditionnel et l'apartheid "blanc" en lui donnant un habillage de lutte anti-coloniale).

    Comme le PIR a une obsession judéophobe (ce que même Ivan Segré semble un peu contraint d'admettre malgré lui alors qu'il mettait en garde contre toute paranoïa à ce sujet), ils font des contortions pour dire que les Juifs furent persécutés par les "Blancs" mais sont ainsi devenus la quintessence de l'oppression "blanche" puisque les "Blancs" américains soutiennent Israel contre les non-Blancs "palestiniens". Bouteldja attaque par exemple dans son dernier livre (à la suite d'Edward Saïd) Sartre comme un "Blanc" (malgré tous ses textes pro-Fanon) parce qu'il parle encore d'un droit à l'existence d'Israel et elle accorde à Jean Genet un certificat de non-Blanc "honorifique" pour la raison symétrique de son soutien plus direct à l'OLP.

    Donc pour résumer le chaudron du PIR : (1) Il n'y a pas de race en soi. (2) Mais ces sales Blancs sont ceux qui ont construit les races pour opprimer les non-Blancs. (3) Et il faut que toutes les "races" non-Blanches s'unissent contre ces sales Blancs oppresseurs et tous ceux qui nient qu'il y aient des races ne peuvent être que des Blancs ou des traîtres vendus aux Blancs puisque la négation du racialisme ne ferait que soutenir la domination de facto des Blancs. Cela leur permet de dire qu'ils ne peuvent même pas être "racistes inversés" puisque seuls les dominants pourraient l'être en disposant d'institutions de domination.


  • Il y a donc bien un essentialisme qui reste caché (l'Occident essentiellement défini par la colonisation, comme si l'Islam qu'on oppose comme un Grand Autre ne s'était pas diffusé aussi en grande partie avec un impérialisme colonial assez similaire et avec un autre projet "universaliste")

    La théoricienne du PIR a fait des études d'anglais et un de ses principaux modèles est un discours qui vient d'Edward Saïd (qui avait lancé des analogies entre l'oppression des Autochtones amérindiens par les Américains et celle des Palestiniens par les Israéliens). En un sens, le néo-racisme différentialiste (et d'autres versions plus modérées de différentialismes) est une peste qui vient plus des USA que de théories théocratiques (plus universalistes malgré tout le fétichisme pour la particularité originelle du passé qu'il faut copier dans le salafisme). En France, la sociologue différentialiste Christine Delphy aurait certaines convergences "objectives" mais j'imagine que Bouteldja serait trop homophobe et trop théocrate pour chercher cette alliance (Delphy, par ses textes sur l'intersectionnalité contre la laïcité à la française, est plus proche d'autres mouvements communautariens certes très "islamophiles", du genre de LMSI).
  • lundi 16 novembre 2015

    Les degrés insensibles du mal radical


    Je n'ai rien à dire sur le terrible attentat de ce vendredi 13 novembre mais j'ai quelques scrupules à revenir sur mes sujets frivoles d'escapisme tout de suite (Comme dit méchamment Alan Moore, ceux qui renoncent à comprendre le monde compensent en classifiant des mondes imaginaires minuscules).

    Mais là, tout débat m'irrite par avance. On pouvait toujours (à la limite) débattre sur les limites ou pas de la liberté d'expression, sur le respect ou pas des communautés minoritaires, de leurs croyances ou sur le droit de blasphème lors des assassinats du 7 janvier mais (comme pour les autres assassinats du 8-9 janvier) ceux du 13 novembre ne peuvent susciter de débats intéressants et même les plus occidentalophobes seront d'accord et n'iront pas dire que ceux qui sont (dans un commerce communautaire ou) à des terrasses de café l'ont bien cherché. On peut ensuite discuter en tant que citoyen ne voulant pas tout abandonner aux prétendus experts des après-coups, du bien fondé ou de l'efficacité de telles ou telles représailles militaires.

    Le débat sémantique sur la guerre est assez peu intéressant : une organisation non reconnue comme un Etat a envoyé des assassins faire un crime de masse, mais à quoi sert de se demander s'il s'agit plutôt d'un crime civil fomenté par une organisation étrangère ou d'un crime de guerre mais venant d'une organisation non-étatique, alors qu'on n'a personne à qui déclarer une supposée guerre ou un vrai armistice par la suite. Et la confusion règnera encore longtemps dans nos choix stratégiques où nous (ni les Français ni les Américains) n'arrivons pas à choisir entre le régime d'Assad, les mouvements de Daech et le rôle des Russes aux côtés d'Assad ou des organisations salafistes des pétromonarchies aux côtés de Daech. [L'argument que nous avons tous pour dire Daech et non plus E.I. ou ISIS est du simple esprit de contradiction, que c'est le terme que Daech aime le moins pour les qualifier.]

    Mais autant le Mal de Daech est une figure trop évidente pour qu'on puisse en débattre, ce qui est frappant est les petits degrés d'autres Maux. Je ne parle pas des maux prévisibles comme le ressentiment, la sottise insondable du démagogue qui exerça la fonction de Président ("toute personne qui consulte un site islamiste doit être considéré comme un islamiste", "tout personne fichée administrativement à quelque degré que ce soit doit être arrêtée alors qu'il n'y a pas eu de mise en accusation contradictoire"), les amalgames avec les réfugiés (alors que tout le monde sait que c'était un des buts de Daech que de pousser à ces amalgames) ou les récupérations politiques.

    Je parle de la croissance de nuisances minuscules dont je n'avais pas vu autant de précédents en janvier dernier. Je parle de ces multitudes purulentes de canulars et photomontages que les journaux passent leur temps à rectifier. Ces trolls font certes nettement moins de dégâts mais en un sens leur volonté de nuisance de petits Erostrate a quelque chose d'encore plus haineux que les illuminés de Daech, qui ont au moins une idéologie millénariste pour justifier leurs crimes à leurs yeux. Par exemple, des trolls (qui semblent liés à certaines sphères racistes des GamerGate) ont pris une image d'un Sikh qu'ils n'aimaient pas et ont voulu faire croire qu'il était un des suspects. L'effort nécessaire pour tenter de nuire ainsi (même si c'est pendant peu de temps) a quelque chose du Mal pour le Mal plus irrationnel que des militants terroristes qui croient au moins avoir quelques raisons ou prétextes pour fonder leur ressentiment.

    Les sites de "Désintox" semblent avoir beaucoup plus d'utilité encore à réfuter tous ces petits trollages. En s'accumulant, cette nuée d'inexactitudes donnent l'impression que le rapport signal sur bruit tend à décroîte très vite et va tous nous rendre "complotistes" en annulant la fiabilité des réseaux non-officiels. La multiplication des sources tendra alors à tellement faire douter de chaque information même la plus anodine qu'elle la rendra inaudible. C'est peut-être le but inconscient de ce "Mal pour le Mal", tendre à augmenter les incertitudes de l'information pour qu'elle se réduise à une sorte de chaos saturé ou de songe contradictoire.

     Add. En y réfléchissant, les médias officiels ne sont bien entendu pas tellement mieux. Même sur des sujets nettement moins brulants d'actualité, ils peuvent s'emporter. La BBC a repris trop vite un mathématicien nigérian qui disait qu'il avait résolu l'Hypothèse de Riemann et il semble bien qu'ils n'aient pas assez attendu de vérification de la prétendue preuve (sachant que des charlatans ou même des mathématiciens sincères prétendent l'avoir prouvée sans arrêt - il y avait déjà eu un même emballement en 2008 sur une preuve qui fut réfutée).

    lundi 6 octobre 2014

    Cela résume bien le débat français en ce moment


    Add. On pense bien sûr à tous ces abrutis comme le nazi soralien ou d'autres provocateurs sans importance.

    Mais dans le sens inverse, il y a aussi des professionnels de la rebellion qui veulent exiger des certificats de "rebellitude" dès qu'un conférencier ne partage pas tous leurs valeurs "sociétales". En l'occurrence, je ne suis pas d'accord avec certaines prises de position de Gauchet récentes mais c'est accorder une curieuse univocité à ce terme vide de "rebelle" que de prétendre lui interdire la parole parce qu'il ne serait pas assez "rebelle" tel qu'ils veulent le normer.

    lundi 13 mai 2013

    Dr Who sur le prétendu "scandale" de Benghazi


    D'habitude dans un scandale, on découvre une anomalie qui dévoile peu à peu une malversation qu'on voulait cacher. Ici, l'Industrie de l'Indignation du Parti republicain (les groupes de FOX ou du TEA Party) tente de fabriquer des suppositions sur des erreurs mineures (ooooh, le Département d'Etat a révisé une déclaration en désaccord avec celle de la CIA ! Destitution !) qui ne cachent aucune intention criminelle imaginable (sauf si on part déjà de l'hypothèse absurde qu'Obama a laissé volontairement se faire tuer un ambassadeur américain).

    Le fait que le pseudo-scandale semble commencer à "prendre" rend très relativiste. Finalement, l'importance d'un fait dépend parfois vraiment du nombre de cris hystériques qu'il suscite indépendamment de son importance objective.

    Note : Le phrase, très russellienne dans son esprit, est extraite de l'épisode The Face of Evil (Saison 14, 4e feuilleton, janvier 1977, écrit par Chris Boucher).

    lundi 17 septembre 2012

    Pères mythiques


    Ce n'est peut-être pas la peine d'énumérer toutes les attaques insensées contre le Président Obama car on trouvera toujours pire et la tératologie sur Internet est inépuisable. Il y avait les Birthers qui prétendaient qu'Obama serait né à l'étranger  et non à Hawaï (généralement au Kénya ?). Il y avait tous ceux qui refusaient de croire qu'il ne soit pas crypto-musulman et ces obsessions de certains sites sur le fait qu'il aurait fait écrire son livre par un gauchiste. Puis la folle raciste Pamela Geller, au blog excessivement populaire, prétendait révéler que son vrai père devait être Malcolm X, probablement parce qu'il était le seul Noir dont elle avait entendu parler. Hier, un quotidien publiait une publicité en pleine page d'une association présentant encore un nouveau père parce qu'il était un "compagnon de route" dans les années 1930 et vivait à Hawaï depuis les années 1940 (au moins, ces dingues devaient donc ne pas être Birthers mais trouvaient crédible qu'Obama se soit inventé un faux père kényan plutôt qu'un père américain de Hawaï pour sa carrière politique).

    Obama fait l'objet comme toute personnalité aussi importante de préjugés qui permettent de voir la naissance spontanée de mythes. Quand Obama fait quelque chose d'innocent, comme rendre aux Britanniques un buste de Churchill qu'ils avaient prêté, le simple fait de le rendre est nécessairement motivé par une haine contre l'Occident. Certains Américains veulent tellement profondément le rejeter comme l'Autre Non-Américain qu'ils vont projeter tout à la fois : il est communiste, musulman, étranger, mais en plus il faut que ses vraies origines soient voilées, secrètes et mystérieuses comme celles d'un Anti-Héros mythique, comme s'il fallait qu'il soit quelque avatar démoniaque pour qu'ils puissent mieux le haïr.

    Ils ne croient pas à tout ce qu'ils s'envoient par email en chaîne mais ils aimeraient qu'il soit une superposition de toutes leurs craintes à la fois. Selon un sondage, près d'un sixième des Républicains de l'Ohio disent que c'est Mitt Romney qui a tué Ossama ben Laden, ce qui montre la fluidité des illusions volontaires. Ils ne peuvent pas le croire bien entendu, même s'ils ne regardent que Fox News, mais ils sont prêts à répondre ainsi et à faire comme s'ils pouvaient feindre d'oublier tout ce qui pourrait embarrasser leurs dissonances cognitives.

    dimanche 19 août 2012

    Yet Another Ran(d/t)



    J'ai toujours été étonné de rencontrer aux Etats-Unis tant de jeunes hommes (c'étaient toujours des hommes) apparemment relativement "intelligents" ou disons aspirant à l'être qui me disaient que leur éveil intellectuel avait été la lecture d'Ayn Rand et qu'ils la prenaient encore au sérieux. Elle semblait jouer le rôle dans leur révolte adolescente un peu autiste qu'un auteur véritablement intéressant aurait dû jouer. L'esprit de contradiction se retourne alors dans l'exaltation des plus puissants, comme si c'était là la véritable audace. Elle doit sans doute son succès à cette capacité à populariser chez certains un nietzschéisme simplifié de Calliclès, la théorie narcissique selon laquelle les égoïstes sont des héros supérieurs opprimés par les masses d'envieux.

    Vous pouvez penser que tout cela n'est que relatif et que sa doctrine pourrait être tout aussi profonde que les auteurs admis du Canon. Et oui, si tout Platon, tout Aristote ou tout Descartes étaient détruits et qu'il ne restait plus que du Rand à lire, j'imagine que sa propagande en faveur de l'égoïsme pourrait être légèrement au dessus d'un L. Ron Hubbard ou du Joseph Smith. Enfin, il faudrait que tout Nietzsche ou tout Nozick ou tout Hayek et même Max Stirner soient déjà tous perdus aussi. Il faudrait un monde très Fahrenheit 451 en fait pour que ses livres trouvent quelque valeur par défaut.

    On peut se disputer pour savoir si ce n'est pas de la philosophie du tout ou seulement de la "mauvaise" philosophie ou de la philosophie "de bas étage". J'hésite car je ne suis pas certain d'avoir un critère clair pour bien distinguer les deux ou quantifier un degré zéro, même si la démarcation du philosophe et du sophiste est l'une des questions de départ de la philosophie.

    Rand a des thèses "provocantes" et "paradoxales", si on veut être charitable. Mais ce sont des crédos, des articles de foi, de simples assertions. Elle affirme des opinions. Une philosophie n'est pas qu'un ramassis d'opinions, contrairement à ce que croient des manuels doxographiques. Confondre Rand avec une "philosophie" est donc une erreur de catégorie qu'on commet avant d'en avoir lu.

    On ne voit pas chez elle des arguments et une connaissance suffisante des arguments des autres. Elle n'entre aucunement en dialogue avec la tradition qu'elle prétend critiquer en la rejetant. Il suffit de lire les âneries qu'elle écrit sur Kant pour deviner qu'elle ne l'a pas lu. Même quand elle fait l'éloge de certains auteurs (Aristote, par exemple, qui n'est qu'un slogan très vague chez elle), on constate une ignorance troublante qui prouve qu'elle a dû s'arrêter à des résumés extrêmement succincts. Certes, on peut être philosophe dans une certaine ignorance de l'histoire, et Wittgenstein, par exemple, a cultivé cet aspect du marginal qui n'avait rien lu (à part au minimum du Schopenhauer et du Saint Augustin). Mais il faut alors accepter une éthique minimale de la discussion. Ce qu'elle appelle bien pompeusement l'Objectivisme ressemble donc à un refus de la philosophie et non une position dans l'espace des débats. Même quand on pourrait être d'accord avec telle ou telle thèse isolée (par exemple, son athéisme ou son "réalisme" du sens commun, qui paraît si naïf), l'idée n'est pas soutenue par des arguments.

    Quant à sa thèse fondamentale, la défense de l'égoïsme comme seule éthique rationnelle, elle vaut la peine d'être discutée car ses effets sont sans doute plus visibles et importants que de nombreuses thèses théoriques mais le débat aurait alors lieu, par exemple, chez Derek Parfit, Robert Nozick ou Bernard Williams.

    Et pourtant, on peut vraiment être relativiste en méta-philosophie, sur ce qu'on croit définir la philosophie. J'ai l'impression que malgré toute la médiocrité de cette auteure, elle deviendra de plus en plus "importante" seulement parce qu'on croira qu'elle l'est. Sur ce point, être, c'est bien pour un temps être considéré. Des philosophes prétendent échapper au Zeitgeist et si la philosophie avait de la valeur, ce serait de pouvoir en effet accoucher d'une nouvelle perspective sur la mode de son époque. Mais à force de financer des Chaires bidon sur cette ignorante arnaqueuse - curieux comme on trouve tant de milliardaires qui apprécient son éloge de la Cupidité et sa critique de toute solidarité sociale -, on finira par la prendre au sérieux, hélas (Les Belles Lettres ont décidé de la traduire en français suite à des subventions de millionnaires dans les mêmes circonstances).

    Et on entrera alors dans la spirale du Complot. Plus on refusera d'en parler, plus on lui attribuera l'aura d'une héroïne subversive censurée par l'élite académique. J'aimerais croire assez au progrès pour espérer qu'on l'oublie mais le succès du Mormonisme montre bien que même les idées les plus idiotes peuvent prospérer.

    Parfois on se moque des Républicains qui mélangent Randisme éthique et Christianisme pour leur contradiction. Mais même s'ils étaient des Libertariens plus cohérents, leur Randisme n'en serait pas moins idiot et répugnant.

    C'est pourquoi on peut être un peu déçu quand on lit (dans le Hors-Série de Philosophie Magazine Spécial Bande dessinée), le passage suivant dans l'article de Tristan Garcia sur Steve Ditko, le dessinateur de Spider-Man converti au randisme (p. 31) :

    Peu connue ou méprisée en Europe, Ayn Rand est une figure majeure de la vie intellectuelle américaine. Anticommuniste, irréligieuse et individualiste, Ayn Rand défend une épistémologie réaliste et un capitalisme ultralibéral. Héroïsant artistes, entrepreneurs et scientifiques, elle loue les vertus de l'égoïsme, exècre le kantisme, la morale du devoir et voue aux gémonies la dialectique.


    La simple énumération hétéroclite devrait suffire à la ridiculiser. Tristan Garcia, qui se montre si prudent et relativiste ici, aurait pu tenter de hiérarchiser. Rand n'a jamais été une "figure majeure" de quoi que ce soit et si elle est "méprisée en Europe", elle l'est tout autant dans la totalité des départements américains de philosophie (sauf des chaires déjà citées financées par la secte).

    Brian Leiter faisait justement remarquer qu'on ne trouvait justement pas assez de critiques sérieuses à présenter aux victimes de la fascination pour la gourou de la cupidité (même si le libertarien Nozick a quand même jugé utile de critiquer un de ses pseudo-arguments dans un article). Et ce n'est pas l'entrée de l'encyclopédie Stanford, complètement biaisée et unilatérale en faveur de la secte randienne, qui va changer cette situation.

    Hélas, Rand vient décidément tout gâcher dans les BD. Elle avait déjà fait tache dans la série Action Philosophers (même si le numéro se terminait avec une note ironique). Même un bon Webcomic comme Dresden Codak semble avoir une vue positive de cette cinglée. J'ose encore espérer que mon ironi-mètre était cassé et que l'auteur ne la voit pas vraiment comme la "Alisa Caspar" érotisée de sa série. 

    lundi 7 mai 2012

    Dévisager la vacuité



    Il était une fois une Normalienne qui avait proposé (autant que je me souvienne, cela remonte à loin) une Thèse de philosophie sur Lévinas et la figure de l'Altérité et de l'Accueil de l'Autre ou de l'Hospitalité ou un machin de ce genre. Je crois qu'elle ne l'a jamais soutenue (et je ne saurais lui jeter la pierre), parce qu'elle a connu le succès par des romans encore plus débiles que son projet.

    Et après avoir voulu méditer sur l'Autre avec un grand A, l'Etranger avec un E majuscule et sur l'HOSPITALITE en CAPITALES, elle a signé un appel à voter pour Badinguet (l'alphabet fait qu'elle est première de la liste), après tout son décalage vers la xénophobie caractérisée.

    Cela confirme la vacuité de tout ce genre de discours prétendument éthique sur le Visage du Radicalement Autre et l'Infini de l'Intersubjectivité.

    lundi 2 avril 2012

    Et ça sait s'exprimer



    Le Président de la République nie tout risque possible pour le nucléaire civil français puisque évidemment toute critique d'une telle énergie doit ignorer qu'il n'y a pas de tsunami à l'intérieur de notre territoire. Il conclut avec un air goguenard qui rendrait même Biguard mal à l'aise :

    Et ça veut diriger la France ?

    Il a un vrai talent pour la contradiction performative en démentant aussitôt ce qu'il feint de réclamer d'autrui.

    Si gouverner consistait à créer des hommes de pailles et des sophismes vulgaires, ce Président aurait réellement la dignité de la fonction.

    Jacques Chirac avait eu raison au moins une fois, en disant vers 1996 que NS, il fallait lui marcher dessus parce que c'était la seule chose qu'il comprenait et parce que cela porte chance.

    lundi 12 mars 2012

    Le Calife Iznogoud et son petit Prince



    J'aurais tort de "personnaliser" trop cette histoire, comme ce genre de complexe oedipien pourrait arriver à n'importe quel parent, mais qui a lu cette anecdote du fils d'Iznogoud en "délinquant juvénile" sans penser aussitôt à cet autre personnage, dans Tintin ?


    Il se peut cela dit que l'adolescent ne fasse que se venger comme son père a dit dans son émission qu'il avait enfin une "vraie famille" en 2012.

    mardi 7 février 2012

    Négativité



    Y aura-t-il un point où la publicité négative deviendra tellement absurde qu'elle finira par reculer en causant du tort à ceux qui l'utilisent ? Pour l'instant, on continue à faire comme si même une pub excessive est utile en faisant parler du candidat.

    Ici, Peter Hoekstra, un des plus débiles dans le Parti républicain (il avait déclaré que les Républicains étaient aussi maltraités aux USA que l'opposition en Iran, et il a heureusement été battu en 2010), met une actrice d'origine chinoise "appelant" à voter pour son adversaire démocrate pour les Sénatoriales dans le Michigan, Debbie Stabenow (avec une plaisanterie sur son nom de famille qui donne une impression de dispute en classe maternelle ou de jeu de mots d'un de nos dirigeants du FN).



    On avait déjà vu de la publicité politique aussi directement sinophobe auparavant ? J'imagine que non, si les commentateurs sont aussi étonnés de la vulgarité de l'argument. On peut s'attendre à ce que cela augmente quand les USA déclineront réellement face à la Chine

    Add. Tiens, un Représentant de Louisiane cite un article de The Onion comme s'il était réel.

    Heureusement que le Sénat filtre (un peu) ces crétins.

    Galimafrée



  • Je vais encore faire une prétérition de plus.

    Je n'ai plus envie de commenter toutes les saillies de notre Ministre de l'Intérieur. C'est un piège grossier, dans tous les sens du terme.

    Si on le commente, on prend au sérieux un prétendu débat, on commence à distinguer plusieurs sens à culture ou à civilisation ou à lui expliquer la contradiction performative de son propre énoncé qui rabaisse ce qu'il prétend réhausser. Ce serait faire trop d'honneur à ce personnage qu'on espère vite oublier.

    Si on s'indigne, de même, il aurait beau jeu de dire "Ah, vous voyez, j'avais raison de dire que ce n'était que des nihilistes / relativistes et autres mots en -istes qu'il ne faut pas être d'après mon ami Zemmour, de Mauvais Français Dhimmis Vendus de l'Anti-Valeur Civilisatrice".

    La seule réaction républicaine ou même saine d'esprit serait de rougir ou de se taire.

    On a honte collectivement de cet individu car il reflète peut-être un peu plus que son propre cynisme, mais cela ne changera rien. On a honte de ce piège grossier, honte de cette équipe, si on aime justement bien plus ce pays que ces individus qui se prétendent patriotes alors qu'ils ne sont que des défaitistes qui vendent la peur du déclin pour en faucher quelques bénéfices.

    Pour une fois, les pragmatistes ont raison : le sens de l'énoncé n'a rien à voir ici avec une signification intemporelle d'une proposition qu'il faudrait discuter ou analyser. On analyse des problèmes réels, on n'ergote pas sur de petits jeux tactiques à court terme. Le sens, ici, c'est seulement ce dont il se sert. C'est un instrument dans un contexte bien situé, pour lancer un petit signal et pouvoir jouir de la polémique prévisible, de quelques ondelettes de reprises pour titiller le complexe amygdalien jusqu'à la semaine prochaine. C'est tellement vain que cela ne mérite même plus de juste indignation.

    Y aura-t-il vraiment quelques pourcentages de fachistes qui lâcheront Le Pen pour Srkozy rien que pour ces petites libations à l'auto-glorification de notre ethnocentrisme ? On peut en douter. Donc cela n'est qu'un peu d'agitation, un petit sursaut de honte et de vanité dans la lassitude d'une démocratie avancée.

  • Guillermo avait déjà écrit ce qu'il fallait à ce sujet il y a 7 ans (et il le redit hier) : le relativisme peut lasser mais on sait bien ce qu'habille ici en l'occurrence l'anti-relativisme facile de la tribune. La rectitude politique existe mais on sent tout de suite ce qu'ont de nauséabond la plupart de ceux qui se disent avec naïveté aller "contre le politiquement correct" ou "contre la pensée unique", sans même se rendre compte du cliché.

    Toutes les moeurs ne se valent pas. L'esclavagisme a moins de valeur que l'abolitionnisme et le sacrifice humain a moins de valeur que la tarte aux pommes. Mais tout le monde sait (à part quelques trolls) qu'il ne s'agit absolument pas de cela. On ne va pas croire sur parole la défense de ceux qui disent que le Ministre pouvait soutenir cela devant l'UNI et les ultra-conservateurs du MIL sans une "intention", dans tout un réseau où il serait le défenseur de notre civilisation.

    Donc oui, on lui fait un "procès d'intention", et oui, l'intention est tellement criante qu'on n'a pas à surinterpréter, il l'affiche avec cette "maladresse calculée" qui fait tout l'esprit du sarkozysme en décomposition. Ce n'est pas une intention, cela relève du réflexe.

  • Oui, Alain Juppé a peut-être trouvé un moyen ingénieux de "pas de côté" en disant qu'on pouvait se demander quelle était l'échelle légitime d'une "civilisation" dans ce genre de propos. Au moins, le Musée Jacques Chirac des Arts Pas Récents aura peut-être servi à cette petite "prise de distance".

    Le sacrifice des veuves ou le castisme dans l'Hindouisme, ce n'est pas bien, mais j'aurais du mal à dire que tous les Upanishad sont contaminés comme un tout organique, ou que tout l'Art hindou devrait être hiérarchisé en-deçà de notre Art sans Castisme. Je ne sais si la géométrie grecque fait pardonner l'esclavage ou la misogynie. Et franchement, ce n'est pas une question à se poser.

    Dans la bouche de l'orateur devant l'UNI, la civilisation dont il parle, c'est, prétend-il, la civilisation française des Droits de l'homme, de la République, de la Laïcité (que le sarkozysme n'a cessé d'attaquer avant de l'instrumentaliser comme un nouveau fard de xénophobie). Mais cela ne vaut pas la peine de faire des distinguos entre "toutes les cultures / toutes les valeurs / toutes les pratiques". A quoi bon, alors que son seul but est de dire qu'on est un Ennemi de la Nation si on a le malheur de ne pas voir l'opportunité d'une loi de plus sur des vêtements.

  • Un ancien Premier ministre très justement oublié, Raffarin, dit que Guéant ferait un "mauvais ethnologue".

    Cher Raffarin,

    Va prendre ton argent auprès de la dictature chinoise mais ne prétend pas que c'est par humanisme montaignien ou parce que tu aurais lu Lévi-Strauss.

    Pour le coup, le "relativisme" si on veut lui faire son éternel procès, on le voit bien à droite, chez ce Président qui nous dit qu'il y a Plusieurs Vérités mais que lui ne croit qu'en son Authenticité. Il n'y a rien de plus toxique que ces relativistes qui se font passer pour le seul remède contre l'universelle relativisation.

  • Oui, tout ne se vaut pas : par exemple, une société où l'accès aux soins dépend de l'argent est barbare.

    Même si le marché aiguillonnait l'innovation comme ils nous le répètent, cela ne pourrait justifier qu'un individu doive être privé de soins nécessaires seulement en raison de ses revenus ou de ceux de ses parents. Dans un siècle ou dans deux, chacun en conviendra comme d'une évidence et même notre "Etat-Providence en Crise" paraîtra bien trop pingre et malthusien.

    Donc un Président de la République qui met en place une franchise médicale et saccage l'hôpital, a contribué à faire régresser le "Niveau de Civilisation" de notre pays, s'il veut parler en ces termes.

    Mais il se permettait un jour aux USA de donner des leçons à Obama à ce sujet.

    Mais oui, je suis stupide, je tombe dans le piège et je commence à en parler. On ne m'y reprendra plus.

  • La politique des allusions et des clins d'oeil est une spécialité du Parti républicain. Newt Gingrich a déclaré qu'Obama, c'était le "Président des Tickets d'aide alimentaire" (Food Stamp President). Gingrich peut prétendre qu'il voulait seulement dire que l'aide alimentaire avait augmenté.

    Mais toute personne qui connaît le racisme dans certains Etats n'a pas besoin de "procès d'intention" pour savoir ce avec quoi il jouait. Le but était de rappeler (au cas où l'électorat âgé des Primaires l'oubliait) qu'Obama représenterait certaines classes (des assistés, bien entendu, des "Reines de l'Etat-Providence" dont parlait Reagan) et plus précisément certains groupes à l'intérieur de certaines classes.

  • vendredi 27 janvier 2012

    Une Loi contre la recrudescence du cannibalisme



    L'Oklahoma a près de 4 millions d'habitants. Il est aussi très, très solidement Républicain avec des marges énormes (la dernière fois qu'ils ont voté à une majorité pour les Démocrates remonte à 1964, avec LBJ contre Goldwater). Leurs chambres sont aux deux-tiers républicains, presque tous leurs Représentants au Congrès (sauf une circonscription urbanisée à la frontière), leurs deux Sénateurs (les deux dingues Jim Inhofe et Thomas Coburn) sont tous Républicains.

    En 2010, un référendum fit passer un Amendement à la Constitution de l'Etat interdisant l'application de la Charia en Oklahoma, enjeu qui paraissait, pour utiliser un euphémisme, peu imminent dans l'Etat. Il fut voté à 70% et la Cour d'appel vient de faire remarquer qu'un tel amendement était absurde et que sa formulation était d'ailleurs discriminatoire.

    Et cette semaine, un élu local ("Sénateur dans le parlement de l'Etat") propose une nouvelle Loi pour "interdire l'usage de foetus avorté dans l'alimentation".

    Le Sénateur a ensuite admis qu'il ne connaît aucun cas réel où cela serait arrivé, "du moins dans son Etat", mais on ne sait jamais.

    J'imagine qu'une partie de la presse pro-life doit considérer comme évident que la "Culture de Mort" conduit au cannibalisme. Et c'est un thème constant d'une hystérie contre la Technique (voir Soylent Green) qu'une société désacralisée irait basculer dans la transgression de tous les tabous fondamentaux en ne réduisant plus toute chose qu'à des ressources et outils disponibles.

    Certes, c'est un élu local, comme ces gens du New Hampshire qui voulaient mettre la Magna Carta comme préambule de leurs libertés féodales. Le même élu de l'Oklahoma a déposé aussi (en vain) une loi pour abolir le droit d'appel dans les affaires criminelles et une autre loi pour autoriser aux élus le port d'armes à feu à l'intérieur du Congrès pendant les délibérations. On ne sait jamais. Mentionner ces élus locaux est un peu comme commenter les libres associations d'un cercle de schizophrènes. J'espère un peu que même les élus locaux, disons, de notre département du Var, au hasard, n'auraient pas des idées pareilles, du moins tant que quelques années de destruction de l'éducation nationale, de couvertures du Point et de paranoia Internet n'auront pas fait leur boulot.

    Je comprends mieux comment des gens aussi dérangés ont pu croire aussi que le plan de santé d'Obama prévoyait d'exterminer les vieillards récalcitrants.

    Il devrait aussi préventivement voter une loi disant qu'Obama n'aura pas le droit de sacrifier des vierges à Cthulhu, du moins à l'intérieur des frontières de l'Oklahoma. On ne sait jamais.

    mardi 3 janvier 2012

    Rick Perry nous manquera



    L'actuel Gouverneur du Texas n'a sans doute plus aucune chance d'être le candidat républicain après toutes ses gaffes, et ce malgré les signes avancés de débilité mentale qui sont pourtant un avantage dans les Primaires.

    Il doit encore plus se laisser aller car lorsque quelqu'un lui demande comment il peut à la fois être pour un "Gouvernement Limité" et contre l'arrêt de la Cour Suprême Lawrence v. Texas, il avoue presque franchement qu'il ne se souvient plus de ce qu'est cet arrêt de 2003, qu'il a critiqué.



    L'arrêt avait mis fin à toutes les lois régulant des normes sexuelles privées et inoffensives entre adultes consentants. Le Gouverneur du Texas en 2003 était déjà un certain Rick Perry.

    Cela fait penser à Bush qui avait reconnu après son élection de 2000 ne pas savoir ce qu'était la Mexico City Policy (alors que la restauration de cette politique avait été sa première "décision"), Palin qui avait été contrainte d'admettre en 2008 qu'elle ignorait ce que signifiait la "Bush Doctrine et bien entendu Notre Badinguet National qui ignorait complètement si Al Qaeda était sunnite ou chiite.

    dimanche 11 décembre 2011

    Fétichisme de la marchandise



    L'auteur de l'article a beau être une femme, peut-on imaginer pire comme introduction à un article sur une femme qui est censée diriger un organisme financier international qu'une loooongue description de ses chaussures ?

    Lagarde’s footwear was revealing. As she sat on a vast white sofa in the high-ceilinged managing director’s office in Washington, DC, she was not wearing the clumpy footwear of a woman trying to break into a man’s world; nor the sky-high power stilettos seen in New York. Instead, her navy low-heeled court shoes reeked of a self-confident, je-ne-sais-quoi French elegance. They were exceedingly feminine, but practical and brimming with power.

    Certes, la "captatio benevolentiae" d'un article est le plus souvent nulle avec ce genre d'anecdote vide censée être significative mais il devrait y avoir des limites.

    mardi 15 novembre 2011

    Références



    Luc Chatel, Ministre de l'éducation, dit que le candidat principal de l'opposition lui fait penser au Roi Babar alors qu'il préfère voir en son propre champion, le Président actuel, Asterix (ce qui paraît un peu de la discrimination "tailliste").

    Je n'ai pas vérifié mais j'imagine que tout le monde a déjà eu la même idée. Si on aime Asterix, le Président actuel fait plutôt penser à d'autres personnages de Goscinny. Non seulement Iznogoud ou Joe Dalton, mais aussi dans Asterix même.


    (A la décharge de Chatel, quand Malraux avait affirmé dans Les Chênes qu'on abat que De Gaulle se comparait dans ses conversations à Tintin, on trouvait cela plus charmant.)