Dans l'univers de l'Imperium de Traveller, il y a de nombreux "humains" qui ne descendent pas directement de terriens et parmi eux le groupe ethnique le plus important à part les Solomani (de Sol III) est les Vilani de la planète Vland (même si des milliers d'années de mélanges ont rendu les deux branches physiquement indiscernables).
On a appris depuis le développement de la langue bilani (le "Bilandin") qu'ils n'ont en fait même pas dans leur système phonétique la labiodentale fricative /v/ mais seulement la bilabiale /b/ qui doit donc aussi occuper ce rôle : ils s'appellent eux-mêmes "Bilani" (même si "Bland" sonne un peu trop fade...). Vilani est un "exonyme" et je vais donc désormais utiliser Bilani. Un avantage de changer l'initiale est aussi d'amoindrir un risque d'association préjudiciable entre "vilani" et "vilains" (et éviter les gags sur le nom de famille d'un mathématicien français qui a gagné la médaille Fields récemment).
[Un défaut en revanche est qu'il y a déjà une planète de ce nom dans l'univers de W40k.]
J'aime bien les Bilani pour une raison qui n'a rien à voir avec le "Canon" de l'Official Traveller Universe. Dans White Dwarf n°62 (février 1985), Jae Campbell (qui développa plus tard une énorme encyclopédie sur le secteur Dagudashaag avec la fanzine Signal GK) avait écrit un scénario de voyage dans le temps, "An Alien Werewolf in London" et dans une note intéressante sur sa propre expérience de son aventure (les auteurs de scénarios devraient faire cela plus souvent), il raconte qu'un des personnages-joueurs avait du mal à se cacher à Londres car il était "un Vilani descendant de la race Rmoahal à la peau bleue de la Lemuria engloutie" (p. 29) A l'époque, j'ignorais tout du Canon travellerien et je pensais que Jae Campbell faisait référence à un fait bien connu sur les Vilani (j'admirais même l'idée qu'ils aient plusieurs "sous-races" exotiques pour mieux les distinguer des humains) alors qu'il voulait dire qu'il ne renvoyait qu'à sa propre campagne. Campbell semble avoir décidé que les mythes de la Théosophie du XIXe siècle (qui ont tant influencé les pulps et l'heroic fantasy) désignaient des réalités sur les Anciens : les Humains disparus des races d'Atlantis ou Lemurie parleraient en fait des divers homo sapiens répandus dans l'univers (ce nom de "Rmoahal", qui sonne sorti d'un générateur aléatoire, doit venir du théosophe William Scott-Elliot si ce n'est que dans son délire mythologique ceux de "Rmoahal" seraient les ancêtres des mélanodermes). Mais en tout cas, cela a durablement implanté In My Traveller l'idée qu'au moins une des "races" de Bilani devait être des cyanodermes comme Vishnou, comme les Vinéens de Yoko Tsuno, les Gardiens de Green Lantern, les Andoriens de Star Trek, les Géants de La planète sauvage ou les Zotriens d'Ulysse 31 (voir cette liste d'espèces à la peau bleue) :
Après tout, même si les homo sapiens vladensis sont complètement inter-fertiles avec les Terriens, ils ont quand même des types sanguins un peu différents et on peut imaginer des différences de pigmentation.
Que dit le "Canon" ?
Un reproche qu'on peut faire aux prémisses inconscients de Traveller est que les Solomani sont des individualistes (autrement dit la manière dont les Américains se voient eux-mêmes) alors que les Vilani étaient des traditionalistes collectivistes (autrement dit la manière dont les Américains voient de nombreuses autres cultures différentes de la leur, mais surtout les cultures asiatiques). Le jeu a été créé par des vétérans de la Guerre du Vietnam et la SF américaine a parfois des réflexes de projeter ces stéréotypes dans l'espace (de même que dans Babylon 5, les Terriens sont les Américains, les Centauri décadents sont les Européens et les Narns belliqueux et religieux sont le Moyen-Orient). Certains se plaignent sur Internet que cela ne rend pas les Vilani très intéressants à jouer : juste des humains mais en plus conservateurs, un peu comme une vision de Chinois impériaux dans l'espace (GURPS Interstellar Wars parle explicitement de modèle "confucéen"). Une autre influence sous-jacente dans la langue est discrètement "mésopotamienne" (le secteur "Dingir" est un terme sumérien pour désigner les dieux).
Une des sources fut le supplément de Megatraveller Alien volume 1, The Coreward Races: Vilani & Vargr (1990) p. 2-39 + p. 98-104 par le Digest Group Publications (Gary Thomas & Joe Fugate). Sur les forums de Citizens of the Imperium, on voit un surnom génial donné à ce supplément : Cogs & Dogs (des Rouages et des Chiens). Voir aussi en français l'entrée "Vilani" sur la Base de Données Impériale d'Imaginos.
1 Les Bilani ont une plus grande longévité que les Solomani et on a des longévités qui peuvent dépasser les 150 ans (voire 200 avec des drogues anagathiques). On représente parfois les Darriens comme des Elfes de Traveller mais les Bilani auraient ce côté "hobbits" ou "nains". Cela a contribué au traditionalisme : les Bilani ont toujours été dominés par des élites gérontocratiques de centenaires prudents et ils se donnent souvent le temps.
Une autre différence biologique est que le rythme circadien des Bilani s'est adapté à une journée de 32 heures (avec un rythme de travail plus long que le Solomani moyen) au lieu de la norme terrienne de 24h.
2 En raison de cette longévité, un personnage Bilani peut être plus expérimenté mais leur culture valorise une hyperspécialisation : ils sont compétents mais très peu polyvalents, plus dépendants de la coopération entre spécialistes, avec un travail plus "divisé". En termes de jeu, le PJ bilani peut avoir des scores de compétences impressionnants mais avec moins de variété.
3 Ils sont très traditionalistes, très respectueux des "normes" et assez collectivistes (même s'il est difficile de classer leur économie des anciens "Bureaux" gouvernementaux qui sont des hybrides entre des administrations politiques et des Mégacorporations rivales). La tendance de toute politique bilani est une forme de bureaucratie tatillonne et prudente, un Conseil (l'Igsiirdi) pour faire se discuter "les Trois Bureaux" mais aussi un calcul utilitariste qui met l'harmonie commune au-dessus des intérêts égoïstes. Ils sont à la fois assez "tolérants" des cultures aliens après des milliers d'années d'habitude (les Bilani maximisent la diversité pour favoriser l'utilité collective) et pourtant très ethnocentriques et impérialistes (du temps de leur Empire si long, ils ne doutaient pas qu'ils apportaient la meilleure et la plus antique civilisation aux mondes qu'ils absorbaient). Le "nationalisme" bilani ne fut pas sans causer du ressentiment : les Syléens et d'autres continuent de se méfier des Bilani et cela explique la facilité qu'ont eu ensuite les Solomani à faire se soulever les peuples sujets de leur Empire. Une illustration de la diversité bilani est que du temps de leur Imperium, leurs armées utilisaient des troupes de choc des humains answerins du sous-secteur Parsi parce qu'ils jugeaient la mentalité et la culture answerin plus efficace, plus martiale.
4 Sur Vland, les humains (transposés d'un autre monde) ne pouvaient pas assimiler facilement la nourriture. La cueillette de végétaux frais était impossible et il fallait donc nécessairement cuire, fermenter, transformer. Cela donne un rapport différent à la nature : ce qui est naturel et dangereux et doit toujours être transformés par d'autres humains, d'où la prudence et l'interdépendance. A l'inverse, les bactéries locales étaient peu adaptées aux Bilani et il y a eu moins d'épidémies. La classe sociale des "shugilii" (littéralement "meuniers") était celle qui fabriquait la nourriture consommable et elle jouait un rôle vital qui occupait la place fonctionnelle des médecins / druides / shamans. L'agroalimentaire fut toujours associé à une forme de technique industrielle et de modification génétique. Il n'y a aucun rêve de Robinsonnade ou de retour à la nature pour les Bilani : survivre, c'est dépendre de la coopération sociale.
5 Sur Vland, les Bilani vivaient entourés de reliques d'anciens extraterrestres, de vastes machines de guerre qui fonctionnèrent pendant des milliers d'années en continuant une Guerre des Anciens alors que leurs maîtres avaient disparu depuis longtemps. Cela cause la deuxième différence psychoculturelle. Pour les Bilani, la technique a toujours été déjà là, elle préexiste à leur évolution et elle était déjà potentiellement dangereuse. Le technicien ne doit pas "inventer" (sauf au sens étymologique) quelque chose de nouveau mais essayer de retrouver ce qui préexiste en tentant de le contrôler avec prudence, de l'encadrer, de le réguler pour se protéger de ses effets destructeurs. Les Bilani ne sont pas une espèce "paranoïaque" comme les Marionnettistes de Pierson. La prudence a été bien plus valorisée comme un avantage adaptatif face à une nature plus hostile (pas de nourriture brute sans transformation) et une technologie déjà présente et périlleuse. Les techniciens solomani se voient comme des rebelles prométhéens qui créent de l'innovation disruptive dans l'univers pour augmenter leur puissance. Les techniciens bilani se voient plus comme des historiens rigoureux qui doivent apprendre déchiffrer le passé, à mieux se protéger des effets secondaires d'une technologie qu'ils ne font que redécouvrir. Ce ne sont pas des Luddites passéistes, réactionnaires et technophobes (contrairement à ce que certains résumés laissent parfois penser, et notamment dans GURPS Interstellar Wars qui présentent les Vilani comme statiques, figés, stagnants), ce sont des ingénieurs obsédés par la crainte de perte de contrôle. Dans le présent de Traveller (au XIe siècle du Troisième Empire), cela fait plus de 10 000 ans que les Bilani ont développé de l'Informatique. Les Bilani aiment beaucoup les robots - mais à condition d'être certains de les maintenir à l'état de robots. Quand ils ont voyagé dans l'espace, ils craignaient sans cesse de re-rencontrer les Anciens et leurs anciens Dieux-Machines et furent heureusement surpris de ne trouver quasiment que des peuples technologiquement moins avancés qu'eux.
On dit tout le temps que les Bilani sont ennuyeux mais ce sont des êtres ayant évolué dans les ruines de Dieux de l'espace...
VLAND A967A9A-F
Lire les données sur Vland sur l'Imperial Encyclopedia.
6 Vland est une planète à plus forte gravité que la Terre et les vrais Bilani originels ont donc évolué ainsi (sans doute de forme un peu plus "endomorphe", trappu et massif), mais ils sont adaptables et c'est un fait qu'on ne doit pas retrouver à travers les différents mondes qu'ils ont colonisés. De même, ils sont décrits comme en moyenne plus "basanés" ou "sombres" que la moyenne mais cela admet beaucoup de variabilité selon les mondes.
Vland a 3 lunes dont une, Gashema, est même habitable (avec une Fondation de psycho-historiens !). Il y a actuellement 37 milliards d'habitants. Les Bilani vivent surtout depuis l'Antiquité sur le continent nord de Lugikad et sur la côte au nord-ouest se trouvent la mégalopole d'Enlugal, l'ancienne capitale impériale, et la cité-bibliothèque d'Ishimaga, siège de l'AAB (Argushiigi Admegulasha Bilanidin, "l'Encyclopédie Bilani de Toutes les Connaissances", la plus grande archive connue de l'Univers, qui est aussi le Bureau des Brevets de l'Imperium, très important pour régler les litiges économiques et technologiques entre les Bureaux). On peut y visiter des sites archéologiques dont le Pic des Fondateurs, un immense bas relief d'un kilomètres représentant le Premier Triumvirat qui fonda l'Empire bilani. Le vaste continent sud de Khii Eshkhima ("Terre de la Guerre des Dieux") était le lieu où se battaient les Machines des Anciens.
[Non-canon : si on veut ajouter un phénotype d'Atlantis ou de "Rmoahal" (ou selon une phonétique bilandin plus moderne "Rimuaar") à la peau bleue, on pourrait le mettre soit du côté du pôle nord en Alashad ou bien plutôt sur les chaînes de très hautes montagnes d'Admegun Lasha à l'orient.]
La société bilani est organisée autour de la Triade des trois shangarim (qu'on traduit par les Bureaux). Les Bureaux sont à la fois des "entreprises" concurrentielles de l'Imperium et des administrations politiques gérant la vie des milliards de leurs employés, dans une forme de "techno-féodalisme" centralisée dans l'Igsiirdi (le Conseil central). Mais l'appartenance à un Bureau n'est pas héréditaire, ce qui modère l'impression de "castes" au profit d'une méritocratie traditionaliste. Les Brevets sont si rigides que seuls les membres d'un Bureau possédant la patente d'un objet technologique a le droit de le perfectionner.
Les Trois Bureaux sont :
(1) Naasirka (qui descend de la puissance caste des anciens shugilii, les "Nourrisseurs", ils sont chargés aujourd'hui de l'industrie - y compris agroindustrie -, de l'énergie, des transports logistiques, de la robotique, des communications et de l'informatique),
(2) Sharurshid (qui descend de la classe des marchands, ils sont chargés du commerce, de la finance et de l'astronautique),
(3) Makhidkarun (qui descend de l'aristocratie politique, ils sont bien plus diversifiés, s'occupant à la fois de médias et loisirs mais aussi d'industries robotiques, d'IA ou d'alimentation de luxe).
A une époque plus récente, les Trois Bureaux ont été rejoints par une mégacorporation financière (fondée après la Longue Nuit), la Banque Zirunkariish (qui a des participations croisées avec Sharurshid et est détenue par une famille noble, la Maison Shiishuginsa, proche du pouvoir du Troisième Imperium).
Du temps du Premier Imperium, les Trois Bureaux se divisèrent aussi l'espace.
- Naasirka s'était concentré sur les secteurs centrifuges/directes (les quatre secteurs de Gushemege, Dagudashaag, Verge et Ilelish)
- Sharurshid explorait des secteurs centrifuges (rimward, et ce furent eux qui rencontrèrent les premiers la Bordure des Solomani qu'ils appellent secteur DINGIR et leurs réflexes furent donc de commencer à ouvrir des négociations commerciales sans saisir le danger qu'allait représenter le "Règne de l'Homme" aussi appelé "Empire de Bric et de Broc", The Ramshackle Empire)
- Makhidkarun gérait les secteurs centripètes (coreward, Meshan, Mendan, Amdukan - ces territoires furent plus tard rattachés au Protectorat Julien) - ici, il y a une petite nuance entre ces fiefs qui viennent de Vilani & Vargr p. 18 et GURPS Interstellar Wars p. 78 qui dit que Makhidkarun était resté plus près du centre de Vland.
Religions ?
Les Bilani, malgré leur traditionalisme, sont trop pragmatiques pour avoir gardé leurs antiques religions et les peuples modernes plus homogènes ont des philosophies différentes. Mais ils peuvent garder de nombreux rituels et traditions même sans croire en des entités surnaturelles (un de ces rituels superstitieux est celle de tout éteindre quand on saute dans l'Hyperespace).
Par exemple, le Sazamshigzanaazi est un mouvement d'entraide ou de développement personnel (fondé à l'origine par la fonction d'alimentation caritative, des soupes populaires créées par les Shugilii). Leur forme de charité est liée à une interprétation symbolique de l'importance de l'artisanat, du travail manuel et notamment de la cuisine, considérée comme sacrée. "La vraie prière est le travail". Leurs anciens livres consistent en de la poésie bilani très ancienne et hermétique.
Ce n'est qu'au début du Premier Imperium (il y a quand même plusieurs milliers d'années) que se développa une religion bilani dite "récente", la Divinité stellaire, qui considérait que les Etoiles étaient des émanations du Divin à adorer, et que les Anciens servaient eux-mêmes les Astres divins. La religion n'attira pas les Bilani les plus traditionalistes mais eut quelques succès sur d'autres Humains en convertissant certains Solomani qui se demandaient ce qu'était le "Plan des Anciens". Elle est encore assez influente par exemple sur certaines planètes des Marches directes.















