samedi 22 août 2026

Politique bulgare

Avant le Communisme, le Royaume de Bulgarie avait rêvé d'une "Grande Bulgarie" qui comprendrait aussi la Macédoine grecque ou une partie de la Yougoslavie, ce qui explique son alliance avec l'Autriche-Hongrie contre la Russie et d'autres pays balkaniques et ensuite avec l'Allemagne nazie sous le Tsar Boris III (1894-1943). Son jeune fils Simeon II (né en 1937) lui succéda brièvement à l'âge de 6 ans (1943-46), avant l'abolition officielle de la monarchie à la Libération. Puis ce furent les 45 ans de dictature communiste avec notamment le règne interminable de Todor Jivkov (1911-1998), qui gouverna de 1956 à 1989 (et qui fut poursuivi en vain dans de nombreux procès dans les années 1990, comme raconté dans le roman The Porcupine de Julian Barnes).

Une des grandes différences entre la Bulgarie et la plupart des autres pays du Bloc de l'est est que la gauche ex-communiste y est restée bien plus puissante même après la fin de la "République populaire" et les élections démocratiques. L'expression "gauche" est parfois à prendre avec des pincettes : ils veulent l'intervention de l'Etat mais peuvent avoir été corrompus dans les privatisations et certains jouent avec le nationalisme souverainiste ou le soutien à la Russie oligarchique. Je me plaignais que la politique japonaise était trop monotone mais dans le cas de la Bulgarie, c'est un peu l'inverse : c'est l'alternance à chaque élection et les gouvernements ne réussissent quasiment jamais à être réélus (à l'exception notable du conservateur Boïko Borissov entre 2009 et 2021). 

Les alternances des années 1990 

En 1990, le nouveau Parti socialiste bulgare (БСП), qui se réclamait des anciens sociaux-démocrates mais recyclait de fait aussi des ex-communistes, avait eu 47% à l'Assemblée constituante (l'ex-communiste Andrei Lukanov devint donc le premier Premier ministre avant de laisser la place à un Juge constitutionnel, Dimitar Popov, chargé d'écrire la nouvelle Constitution) et 33% aux élections législatives suivantes de 1991. Le parti de droite de l'Union des forces démocratiques (СДС) l'avait emporté en 1991 de peu à 34% (4 sièges de plus, ils durent s'allier au petit parti de la minorité turque d'Ahmed Dogan pour gouverner). Ces années de transition font élire le premier Président, l'ancien dissident et un des leaders de la révolution Jeliou Jelev (élu d'abord par l'assemblée 1990-1992 puis au suffrage universel 1992-1997). Le SDS et des gouvernements techniques organise les privatisations et déçoit très vite face aux difficultés économiques et la corruption (qui touche d'ailleurs tous les partis). 

Dès la fin 1994, le BSP revient brièvement au pouvoir avec 43% après un effondrement du SDS. Le jeune Jan Videnov (35 ans) devient PM mais la récession et l'hyperinflation le rendent vite très impopulaire. 

La crise est telle qu'il y a dès les élections de 1997 une grande coalition SDS qui intègre le BSP, avec le PM Ivan Kostov (SDS), qui avait été Ministre des Finances en 1990-1992 (Petar Stoyanov, SDS, devient Président de la République). Cette grande coalition de 1997 fut la dernière fois qu'il y eut une majorité absolue à l'Assemblée pendant 4 ans. Mais la situation économique continue de décevoir les Bulgares. 

Le Retour du Tsar 

Les élections de 2001 sont une surprise avec le retour de l'ancien Tsar exilé en Espagne depuis 1946, Simeon II (maintenant âgé de 67 ans) qui fonde le Mouvement national, de centre-droit contre la coalition au pouvoir BSP-SDS. Le Mouvement Siméon atteint 43% contre seulement 18% pour la coalition d'Ivan Kostov (Georges Parvanov, BSP, devient Président de 2001 à 2012). Simeon devient Premier Ministre sous le nom "Simeon Saxe-Cobourg". C'est sous le mandat de Simeon Saxe-Cobourg que la Bulgarie rejoint l'OTAN en 2005

Aux élections de 2005, la gauche revient au pouvoir avec la victoire du BSP avec 30% contre 20% pour le Mouvement Siméon (l'ancien SDS tombe à 8%). C'est aussi le début de l'apparition d'Ataka, le parti d'extrême droite ultra-nationaliste et ultra-orthodoxe de Volen Siderov qui atteint selon les élections 7-9% au début du XXI siècle. Sergeï Stanishev du BSP devint PM mais dut faire une coalition avec le Mouvement Simeon et le parti de la minorité turque.  

Les années Borissov 2009-2021 

Tout va changer aux élections de 2009. Le système proportionnel est modifié pour introduire une part de majoritaire à un tour, en théorie pour éviter l'instabilité chronique. Le Mouvement Siméon disparaît totalement, n'ayant même pas atteint le seuil de 4%, et l'ex-Tsar se retire définitivement de la vie politique à 72 ans. 

Le maire de Sofia, Boïko Borissov, fonde son propre mouvement populiste de droite, Les Citoyens Pour le Développement Européen de la Bulgarie (ГЕРБ), qui atteint 40% contre 18% pour le BSP de Stanishev. Borissov va devenir l'homme le plus puissant de cette démocratie instable de 2009 jusqu'à 2021 en étant le seul à revenir à la tête du gouvernement plusieurs fois, avec quelques interruptions. Le GERB est toujours premier aux élections de 2013, 2014 et 2017 mais doit négocier sans majorité absolue. 

En 2017, l'ex-Général Rumen Radev (né en 1963), soutenu par le BSP, devient Président de la République et c'est sous sa Présidence que l'instabilité parlementaire va devenir sans précédent, avec des conflits entre ce Président soutenu par la gauche et les majorités parlementaires plus conservatrices.   

Les 5 ans de crise parlementaire 2021-2026 

Les Parlements depuis les élections de 2021 sont tous sans majorité. Les partis n'arrivent plus à former un gouvernement, ce qui conduit à trois élections législatives de suite la même année (avril, juillet, novembre). 

Aux élections de juin, le chanteur populaire Slavi Trifonov (né en 1966) fonde un nouveau mouvement populiste de droite nommé d'après une de ses chansons Има такъв народ, ИТН. C'est un mélange de critique populiste du confinement en plein Covid avec une part d'isolationnisme ou de xénophobie. Le mouvement populiste de Trifonov, soutenu par les jeunes, crée la surprise en étant (de peu) le premier avec 24% contre 23,5% pour le centre-droit de GERB-SDS. Mais ce mouvement de Trifonov s'écroule à 9% dès les élections de novembre et c'est un nouveau mouvement anti-corruption de Kiril Petkov qui va brièvement arriver au pouvoir (avec le soutien à la fois du BSP et d'ITN). 

Les élections d'octobre 2022, d'avril 2023, de juin 2024, d'octobre 2024 ont toujours le GERB-SDS de Boïko Borissov en tête mais l'instabilité continue. 

Radev et les élections d'avril 2026 


Le Président RADEV et le Premier Ministre BORISSOV

L'ex-Général Rumen Radev finit son mandat de Président de la République et fonde un nouveau parti de "centre-gauche", Bulgarie Progressiste. Radev est soutenu par la Russie et critique souvent l'Union européenne et surtout l'engagement auprès de l'Ukraine, ainsi que les sanctions contre le régime de Poutine. 

Radev gagne très largement les élections d'avril 2026 (une semaine après la défaite d'Orbán aux élections hongroises) avec 44% des voix (mais 54% des sièges) contre seulement 13% pour GERB-SDS de Borissov et 12% pour l'alliance anti-corruption (l'ancien BSP a même perdu tous ses sièges, pour la première fois depuis sa refondation en 1990, dépassé par Bulgarie Progressiste). Il devient donc Premier ministre après avoir été Président (la nouvelle Présidente Iliana Iotova du BSP avait été sa Vice-Présidente). Cette majorité absolue met fin aux 5 ans d'instabilité.

Certains à l'ouest craignent que Rumen Radev devienne le nouvel allié intérieur de Poutine dans l'UE. D'autres affirment que son discours pro-russe reste plus modéré et plus "pragmatique" que ne l'était celui d'Orbán et je serais incompétent pour juger qui a raison. 

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