mercredi 5 août 2026

Politique japonaise

Le système parlementaire japonais est mortellement ennuyeux comme l'opposition ne gagne que très rarement (deux fois, en 1993-1996 et 2009-212) et que l'enjeu des victoires au niveau national est donc seulement de savoir quelle faction de la Droite oligarchique va l'emporter temporairement sur les autres clans. Mais il faut peut-être s'habituer à ce que ce soit ainsi dans la plupart des pays avec l'effondrement de la sociale-démocratie. (Dans les noms qui suivent, je garde l'ordre occidental des noms et prénoms) 

Je reprends la chronologie où j'en étais restée en 2015 :  

* 1948-1993 16 Premiers Ministres du Parti libéral ou Parti libéral-démocrate (Jiyū-Minshutō, abrégé en Jimintō, qui n'est, comme dans la blague, ni libéral ni démocrate, mais protectionniste et oligarchique)

* 1993-1996 Crise parlementaire qui amène au pouvoir enfin une coalition d'opposition, avec d'abord l'éphémère "Nouveau Parti" (en gros, des ex-Libéraux démocrates en alliance avec la gauche, 2 Premiers Ministres) et ensuite la gauche avec un Premier ministre socialiste, Tomiichi Murayama. Le Parti socialiste devenu ensuite Parti social-démocrate a fini par disparaître et se faire absorber dans les autres partis de centre-gauche au XXIe siècle. 

* 1996-2009 Retour des Libéraux-démocrates (Jimintō) avec 7 Premiers ministresen 15 ans, dont notamment les 5 ans du charismatique Junichiro Koizumi (2001-2006) et déjà une première année de Shinzō Abe (2006-2007). C'est aussi le début de l'alliance avec le petit parti Komeito lié à la secte bouddhiste Soka-Gakkai (1999-2009). 

* 2009-2012 Intermède après la grande crise économique de 2008. Le Parti démocrate (Minshutō) plus "centriste" bat les Libéraux-démocrates. 3 Premiers ministres : Yukio Hatoyama (bien que centriste, peut-être l'homme le plus à gauche qui ait marqué la politique japonaise durablement par ses réformes), Naoto Kan et Yoshihiko Noda. La catastrophe de Fukushima a lieu pendant leur gouvernement, en mars 2011 et contribua à discréditer le gouvernement de Kan et Noda.

* 2012-2024 : Le Parti Libéral-Démocrate (Jimintō) a une forte majorité mais reprend son alliance avec le Komeito jusqu'aux élections de 2024 (défaite des modérés) et 2026 (à nouveau victoire de l'aile droite). 

Shinzō Abe (1954-2022) a le plus long mandat de l'histoire parlementaire japonaise de 2012 à 2020 (il démissionne et se fait assassiner par un extrémiste en 2022 à cause de ses liens avec la secte sud-coréenne Moon). Nationaliste, héritier d'une dynastie politique, il représente une aile très à droite du Jiyū-Minshutō. (ses deux grands-oncles Nobusuke Kishi et Eisaku Sato avaient gouverné respectivement de 1957 à 1960 et de 1964 à 1972...). Mais sa politique économique "Abenomics", qui eut quelques succès en tout cas à court terme après les échecs de stagnation déflationniste, est difficile à classer dans sa synthèse de stimulus fiscal libéral, d'assouplissement quantitatif (qui fut classé comme "néo-keynésien" mais permettait aussi au gouvernement de stimuler la spéculation financière). Yoshihide Suga lui succède brièvement pendant un an (2020-2021). 

On a alors 4 ans de l'aile modérée avec Fumio Kishida et Shigaru Ishiba.  

Fumio Kishida (né en 1957), qui gouverne de 2021 à 2024  incarne une faction favorable à une politique légèrement plus "sociale" de hausse des salaires après des années d'austérité. Mais il devient très impopulaire en raison des scandales qui touchent son Parti. Shigeru Ishiba (né en 1957) qui lui succède en 2024-2025 est aussi classé comme "modéré" (et notamment un peu plus "progresiste" sur les questions sociétales) mais dès son arrivée, les élections d'octobre 2024 sont un échec pour le PLD : 191 sièges sur 465 (41% des sièges, pire résultat depuis la défaite de 2009). Le Parti Constitutionnel Démocrate (Rikken-minshutō, héritier des anciens sociaux-démocrates, en alliance avec la gauche japonaise) obtient 29% des voix et 31% des sièges, son sommet historique. Son gouvernement avec le Komeito était minoritaire et ne dure qu'un an. 

Sanae Takaichi (née en 1961) bat son rival Shigeru Ishiba pour la tête du Parti en octobre 2025. Première femme première ministre du Japon, elle incarne le retour de la faction ultra-conservatrice du défunt Shinzō Abe (qui était son mentor) après l'intermède de l'aile modérée de 2021-2025. Elle perd l'alliance du Komeito (qui s'allie avec le Parti Constitutionnel Démocrate) et s'allie avec le Parti de l'Innovation, Ishin, populiste de droite (38 sièges en 2024 et 36 en 2026). Elle organise de nouvelles élections en février 2026 et c'est une victoire écrasante de sa politique conservatrice avec 49% des voix et 68% (!) des sièges, sans même compter le petit Parti Ishin (stable). 

Le nouveau parti Réforme Centriste (Chūdō Kaikaku Rengō, fusion du Komeito et du Parti Constitutionnel Démocrate) s'effondre à 22% des voix et 11% (!!) des sièges. Et encore, sans la petite dose de proportionnelle, le système uninominal à un tour pur aurait fait un score encore plus monolithique (les Libéraux-Démocrates auraient eu 86% des sièges, Ishin 7% et les Centristes n'auraient eu que... 2% des sièges). Le principal Parti d'opposition si on ne comptait que les circonscriptions serait un autre parti de centre-droit, le Parti Démocrate pour tout le Peuple (ou "National-Démocrate") qui a eu un siège de plus dans ces circonscriptions mais seulement 8-9% des voix au total. 

Aucun commentaire: