samedi 17 septembre 2022

Saul Kripke (1940-2022)

Kripke, mort à 81 ans, fut un génie singulier dans l'histoire de la logique et de la philosophie, notamment pour son incroyable précocité (il publia ses premières découvertes de logique dès 17 ans et dialoguait d'égal à égal avec un titan comme Quine dès 22 ans à Harvard) et par sa manière de transformer radicalement (avec David Lewis) toute la philosophie analytique de la fin du XXe siècle ou le retour de la métaphysique. Le livre de Kripke, Naming and Necessity, (en français La Logique des noms propres) issu d'une série de conférences en 1971, est l'un des plus grands livres de la philosophie du XXe siècle. 

Kripke à la fin des années 50 quand il prouva la complétude de la logique modale


Je voudrais rester très introductif ici. Je me contenterais d'esquisser l'arrière-fond de quelques arguments tirés de Naming and Necessity sans parler du reste de son oeuvre (et par exemple pas de sa théorie de la Vérité et sa propre résolution du Paradoxe du Menteur). 

I Qu'est-ce que la logique modale ?

La logique moderne, recréée par Gottlob Frege et Bertrand Russell, a une puissance incroyable mais a été conçue avant tout comme un instrument mathématique pour représenter clairement des relations entre des termes, entre des "individus" (que ce soit des points ou des nombres quelconques) qui existent de manière éternelle et nécessaire. Cela n'a pas de sens de se demander si 3 va cesser d'être après 2 ou si 3 aurait pu ne pas être impair. 

La logique modale consiste pour simplifier à considérer des modèles plus complexes où on peut faire varier non seulement différentes relations entre des individus mais aussi des domaines d'individus. Au lieu de parler de 2 et de 1729, on peut parler de termes comme "le nombre de planètes" et se demander si ce nombre est 8 ou 9 ou ce qui se passe si ce nombre avait été différent. On dit qu'un nombre (ou un ensemble ou une propriété) est contingent quand il aurait pu être autre que ce qu'il est. 9 est nécessairement impair mais 9 n'est pas nécessairement le nombre de planètes. 

La logique modale a une puissance nouvelle puisqu'elle peut représenter ce que font notre langage et notre pensée dès que nous réfléchissons au changement ou à des possibilités alternatives. On peut se demander à quelle condition on peut dire que "L'actuel souverain du Royaume-Uni n'est plus le même souverain qu'il y a un an" car les propriétés d'un individu peuvent changer à travers le temps, ou bien se demander ce qu'aurait pu signifier "Le chef d'Etat de la Grande-Bretagne si cela avait été une République". 

II Les axiomes de Lewis

La logique modale avait été développée au départ uniquement comme plusieurs possibilités d'axiomes sans se demander ce que ces différents axiomes signifiaient en réalité. Le philosophe américain Clarence Irving Lewis (1883-1964, à ne pas confondre avec David K. Lewis, 1941-2001 qui a aussi travaillé en logique modale) avait classé différents axiomes possibles qui permettaient des enchaînements différents. Philosophiquement, CI Lewis était un pragmatiste particulier car il considérait que nous avions des cadres conceptuels "a priori" (indépendants de nos expériences) mais que nous avions en fait des choix pragmatiques à faire dans nos expériences) entre ces divers cadres "a priori". Contrairement à Kant où les catégories des concepts purs sont uniques, nécessaires et universelles comme conditions de penser pour tout être humain, pour CI Lewis, nos sciences étaient le développement de plusieurs catégories possibles parmi lesquelles nous devions et pouvions ensuite sélectionner selon différents intérêts et applications pragmatiques. 

III Le rejet de la logique modale par Quine

CI Lewis avait rendu la notion d' a priori "plurielle" avant qu'un de ses élèves à Harvard, Willard Van Orman Quine (1908-2000), n'aille jusqu'à récuser complètement les concepts de Kant en considérant qu'il n'y avait aucune différence absolue et nécessaire entre un jugement qui ne relèverait que de la logique et un jugement qui ne relèverait que d'un fait d'expérience. Quine admettait bien comme CI Lewis plusieurs logiques possibles mais il voyait qu'on pouvait très bien changer en énoncé "analytique" (dérivant uniquement des axiomes) ce qui paraît d'habitude "synthétique" à condition de changer des axiomes d'un système formel. 

Mais Quine rejeta la logique modale presque entièrement car il considérait qu'elle avait un vice philosophique : elle présupposait qu'il y avait un sens à parler d'individu en les séparant de telle ou telle propriété. Dès qu'on considère qu'il y a un sens à parler ainsi en séparant des propriétés possibles, des propriétés nécessaires et des individus possibles ou des mondes possibles, on glisse selon lui vers une position "métaphysique" sans même s'en rendre compte, qu'il appelait l'essentialisme. L'essentialisme au sens logique, c'est croire qu'on peut désigner directement un individu comme vide de toute propriété et qu'il y aurait aussi des individus qui ont des propriétés qu'ils peuvent ne pas avoir tout en restant le même individu ou bien au contraire des propriétés qu'ils ne peuvent pas ne pas avoir. Pour Quine, c'est obscur puisque nous décrivons dans nos pratiques effectives des individus via des propriétés qu'ils ont en réalité dans ce seul monde et pas en saisissant des propriétés essentielles indépendantes à travers d'autres "mondes possibles". Pour lui, je tomberais prisonnier de jeux de mots sans aucune condition claire de vérité si je me demande si tel individu est "nécessairement" ou pas tel qu'il est. La logique modale serait une mauvaise logique car elle nous ferait revenir vers des spectres métaphysiques que deux siècles d'empirisme et de sciences de la nature auraient tenté d'éradiquer. 

Il y a un monde et cela suffit, même si les sciences ont besoin d'autres structures mathématiques en plus pour analyser ce monde unique.  Quine affirmait que c'était l'expérience devait déterminer quelle logique nous devions appliquer mais il préconisait de nous astreindre à éviter toute logique modale un peu développée pour éviter de penser en de tels termes métaphysiques. On peut appeler cet interdit de Quine contre la logique modale son "extensionnalisme" : "Pas d'entité sans identité" (on ne doit pas supposer qu'il existe quelque chose si on ne peut pas donner de conditions claires de son identité). Pour Quine, se demander combien d'individus sont possibles a aussi peu de sens que de se demander combien d'anges peuvent entrer dans une aiguille. 

Toute la philosophie analytique de la seconde moitié du XXe siècle va réagir en se positionnant par rapport à cette austérité puritaine positiviste de Quine. 

IV La Nécessite de l'identité et notre rapport aux "Individus"

La logicienne Ruth Barcan-Marcus (1921-2012) démontra en logique modale un résultat assez paradoxal dès 1946, la formule de Barcan ou "Nécessité de l'Identité". En logique modale, on peut dire que si  x est identique à y, alors x est nécessairement identique à y et donc n'aurait pas pu ne pas être identique à y. L'identité au sens strict ne peut pas varier. Il n'y a pas d'identité contingente. Ou pour le dire de manière plus choquante en imitant la formulation de la Loi de Murphy : si x et y peuvent coïncider alors ils ne peuvent pas ne pas coïncider. 

Mais cela pose alors un problème sur ce qu'on appelle identité et même sur ce que signifie dans notre pensée le fait de désigner quelque individu que ce soit. La logique modale a été élaborée au contraire pour représenter le fait qu'un individu peut avoir des propriétés différentes et Quine ironisait contre ce résultat de Barcan comme une nouvelle pierre contre la clarté des concepts de la logique modale. (Par la suite, Barcan tenta de défendre qu'elle avait déjà anticipé les arguments de Kripke qui voulaient défendre l'interprétation de sa formule, ce qui créa une querelle amère de priorité entre elle et Kripke, mais l'avis général est que Barcan, quelle que soit sa priorité en logique, sous-estima rétrospectivement les apports originaux de Kripke dans sa défense philosophique). 

V Descriptions définies et noms propres au sens logique

On distingue donc depuis Bertrand Russell deux manières bien distinctes d'atteindre ou de viser quelque chose ou de faire référence à une entité : soit par connaissance directe d'un individu soit par la description indirecte d'une propriété. La connaissance directe d'un individu est ce que  Russell appelait (de manière un peu équivoque) un "Nom Propre Logique", un terme qui ne pourrait par stipulation désigner qu'un seul individu réel. 

Et Russell défendait l'idée qu'au sens rigoureux, un Nom Propre Logique quand on l'utilise dans la réalité ne désigne en réalité qu'une instance particulière d'une expérience singulière (telle nuance de couleur que je ressens ou tel événement avec telle onde electro-magnétique dans telles coordonnées spatio-temporelles). Mais dans notre langage, nous parlons souvent d'individus en ne connaissant d'eux que des descriptions. "Le Président de la République en 1958" désigne certes un seul individu réel mais je n'ai eu aucune connaissance directe de cet individu, c'est pour moi une description de certaines propriétés que j'associe ensemble pour former mon concept individuel de "De Gaulle", pas un nom propre "logique". Cela permet de dire que "Le Président de 1958 est De Gaulle" mais que la description aurait pu ne pas désigner l'individu réel De Gaulle. 

Et une description peut être trompeuse en ne renvoyant à rien : "L'actuel Roi de France" est une description non-dénotante et on peut donc dire que "L'actuel Roi de France est chauve" ou "L'actuel Roi de France a des cheveux" sont tous les deux faux sans contradiction puisque la référence est vide. 

VI Les mondes possibles de Kripke

Dès son jeune âge, Kripke devint célèbre en découvrant un moyen élégant en logique modale pour représenter les différents modèles qui peuvent rendre vrais des raisonnements et déductions entre des possibilités ou entre des temps différents. On parlait déjà des "mondes possibles" depuis au moins Leibniz, Russell, Carnap et CI Lewis mais Kripke ajouta une relation qu'on appelle "relation d'accessibilité" entre les mondes possibles et démontra que varier cette propriété de la relation d'accessibilité revenait à obtenir les différents axiomes qu'avait étudiés CI Lewis. Ce n'était pas qu'une différence de présentation, cela fournissait tout un nouveau domaine d'étude en clarifiant la compréhension des mondes possibles. Kripke avait démontré la complétude de la logique modale en prouvant que tout énoncé qui peut être démontré en logique modale admet des modèles où cet énoncé est vrai. 

Kripke avait bien des défauts comme son orgueil, son attitude vis-à-vis des femmes ou sa susceptibilité paranoïaque mais il avait une intelligence incroyable pour clarifier des questions. Dans de nombreux cas en philosophie du langage, de la théorie de la vérité jusqu'à l'essentialisme, sa manière d'étudier un problème paraît si simple qu'ensuite on a du mal à voir comment cela a pu ne pas paraître évident avant lui. C'est d'ailleurs la marque de grandes découvertes philosophiques que de débloquer des problèmes d'une telle manière qu'on se demande ensuite naïvement comment on pouvait faire ces confusions qui ont été démantelées. 

L'aspect philosophique de son travail consista à répondre (du moins en partie) aux objections de Quine contre la métaphysique des mondes possibles. Il considérait que la logique modale pouvait être plus neutre ou "innocente". Il semblait défendre une thèse de "déflation ontologique" où un monde possible (contrairement à la thèse réaliste de David Lewis) n'est vu tout au plus que comme un modèle mental ou linguistique d'une combinaison d'événements ou de propriétés. 

En un sens, l'attitude de Lewis et Kripke furent opposées dans leur rapport à leur maître Quine. Lewis prit au sérieux qu'on doit avoir des conditions plus claires d'identité mais qu'au sens propre aucun individu n'appartient à deux mondes différents si on prend le terme au sérieux. Kripke minimisa la réalité de cette notion de monde possible mais en admettant une zone crépusculaire où un même individu pouvait être dit le même avec des propriétés possibles différentes. 

VII Identité et propriétés essentielles

Mais Kripke devait concéder qu'il fallait bien introduire ce que Quine craignait comme une certaine forme minimale d'essentialisme au sens logique, c'est-à-dire qu'on devait bien distinguer une référence à des individus (ce que Kripke appela un "désignateur rigide") et des propriétés qu'on pouvait fixer comme "propriétés nécessaires" (ou essentielles, y compris pour des individus contingents) ou "propriétés contingentes" (ou accidentelles, propriétés qu'on a mais qu'on pourrait avoir sans cesser d'être identiques à soi). 

Par stipulation, un terme comme "Macron" est un désignateur rigide et je peux pourtant comprendre un énoncé comme "Macron aurait pu ne pas être Président". Macron est identique à Macron dans tout monde possible où on pourrait de manière intelligible réidentifier ce même individu mais il n'est pas nécessairement identique au Président. Si Macron signifiait nécessairement "Le Président actuel", je ne pourrais pas dire "Le Président aurait pu ne pas être Président". En revanche, je peux choisir de rendre rigide ou pas une description comme Président : le Président réel élu en 2017 (rigidement, notre Macron) aurait pu ne pas être Président dans un autre monde possible (ou François Fillon l'est, par exemple). 

(En passant, Kripke démontre que ce qu'il appelle "désignateur rigide" ne se réduit pas simplement à ce que Russell avait déjà étudié comme scope d'une description)

Kripke a contribué à clarifier la question en séparant deux choses, le point de vue épistémologique (ce que je peux connaître) et un point de vue métaphysique (ce que les faits sont). Si j'ignore des informations, je peux croire que Macron n'est pas Président. Je ne sais que de manière a posteriori qu'il l'est et rien dans ce désignateur Macron n'implique nécessairement ou métaphysiquement qu'il soit le Président. Mais même si tout ce que je savais a posteriori de lui était qu'il était Président dans la réalité cette description par laquelle j'ai accès à la connaissance de cet individu réel ne prouverait pas non plus qu'il est métaphysiquement nécessaire qu'il fût Président. 

VIII Essences d'espèces naturelles

Un des arguments qu'on associe le plus à cette distinction de l'épistémologie et de la métaphysique est plus associé à des arguments développés par Hilary Putnam à peu près à la même période (même si Putnam voulut ensuite encore moins que Kripke en défendre les conséquences métaphysiques). 

De même qu'on utilise le désignateur rigide pour suivre un même individu en des scénarios alternatifs très différents, on peut faire de même pour des essences d'espèces. 

Je peux dire que je ne sais pas a priori que l'eau est du H2O (je pourrais concevoir que ce que je décris comme de l'eau aurait pu être une description plus vague) mais pourtant qu'il est nécessaire que ce que nous décrivons en réalité comme de l'eau soit vraiment du H2O. L'eau = H2O est une identité nécessaire, comme Macron = Macron et pourtant nous avons bien appris quelque chose en le découvrant. Une identité peut être métaphysiquement nécessaire dans tous les mondes possibles où il y a vraiment de l'eau sans être "épistémologiquement inévitable", triviale ou connaissable uniquement par un concept a priori de l'eau. 

Si j'imagine une autre monde où coule de "l'eau" qui n'est pas du H2O, la conclusion de Kripke serait simplement que ce n'est pas de l'eau mais quelque chose qu'on désignerait en fait improprement comme de "l'eau" (du moins relativement à notre identification de ce terme où la science nous a révélé que c'était du H2O). Du point de vue linguistique, on peut certes modifier l'extension d'un mot et décréter que le jade ne désigne pas une seule vraie espèce naturelle mais une description plus vague qui peut s'appliquer aussi bien à la structure de la la jadéite qu'à celle de la néphrite. 

IX L'argument néo-cartésien de Kripke

Kripke s'est amusé ainsi à défendre un argument de distinction d'une représentation consciente et d'un événement physique. 

Son argument part de cette Nécessité de l'Identité. 

(1) Si A = B, alors A est nécessairement identique à B

(2) Il y a des identifications théoriques (comme "attraction magnétique = un effet d'une force électro-magnétique") qui sont bien nécessaires. 

(3) Mais si on découvre que tel phénomène conscient est réalisé dans tel événement physique, je ne peux pas en déduire qu'il est métaphysiquement nécessaire que les deux soient identiques. 

(4) Mais s'ils peuvent être distingués dans certaines possibilités alors ils sont distincts. 

Toute la difficulté du néo-dualisme (chez David Chalmers par exemple) consista à développer et défendre ce (3) en tentant de montrer qu'on peut vraiment savoir que les deux pourraient ne pas coïncider si un zombie sans aucune conscience réelle ou sans aucun vécu subjectif pouvait être un double physique parfait avec un traitement de l'information qui puisse semble de l'extérieur exactement similaire. 

Je ne pense pas personnellement que ce débat prouve le dualisme mais les outils formés pour le discuter ont ensuite raffiné des éléments de sémantique et toute une partie des discussions en philosophie de l'esprit sur le fonctionnalisme ont été renforcées par cette nouvelle manière de retrouver une distinction réelle entre la conscience et le corps. 

Une des différences entre Kripke et Lewis est que Kripke resta plus attaché aux questions de philosophie de la logique ou du langage alors que Lewis élargit ses interprétations de la logique modale au-delà, à des analyses de la Causalité par exemple, de manière bien plus paradoxale. Lewis pouvait être considéré comme un métaphysicien général alors que Kripke demeurait plus méfiant et se confinait davantage aux mêmes questions originelles sur la vérité ou sur la référence. 

Les deux sont assez techniques en réalité et les deux arrivaient à le cacher avec un langage assez familier qui dissimulait parfois la complexité formelle de ce qui était sous-jacent. Mais je pense que l'audace métaphysique a fini par l'emporter pendant un temps au début de ce siècle (même si on peut supposer un retour de balancier plus positiviste à nouveau après une exaltation métaphysique). 

Autres posts sur l'histoire récente de la philosophie analytique : Le retour de la métaphysique, Michael DummettRuth Barcan, Jaakko Hintikka, et mon cher Hilary Putnam

Maintenant que Putnam et Kripke sont morts, qui est le plus grand philosophe analytique vivant ? Le néo-Hégélien atypique Robert Brandom ? Le gnoséologue Timothy Williamson ? Le néo-Quinien atypique Stephen Yablo ? Ou ce bon vieux David Kaplan

Le retour de Dragonlance

A la fin de l'année 2022, Wizards of the Coast va ressortir son monde de DragonLance avec la campagne Shadow of the Dragon Queen, qui semble se dérouler dans le territoire de Nightlund régi par Lord Soth mais à l'époque de la première campagne de la Guerre de la Lance. Comment vont-ils éviter une impression de jouer des seconds rôles par rapport aux Héros de la première campagne ? 

Mais le plus original est qu'ils accompagnent la campagne d'un jeu de plateau, Warriors of Krynn, qui semble être un jeu tactique coopératif, avec un élément de role-play (chaque scénario correspondant à un chapitre de la campagne). Le fait que ce soit co-écrit par Rob Daviau peut rendre curieux. 

J'aurais préféré un jeu plus grand-stratégique mais j'espère surtout que le nombre des Dragons restera raisonnable. 

Ce que Game of Thrones avait bien compris est une sorte d'équivalent de la Loi du Rapport Inverse du Ninjutsu : s'il n'y a qu'une poignée de Dragons, ils sont très impressionnants, s'il y en a des Armées entières, cela devient juste des sortes de chevaux. La Guerre des Lances n'a pas réussi à donner une impression aussi nette que la Guerre de l'Anneau que le sort dépendait plus de l'héroïsme que de la quantité des troupes. 

Le nouveau roman de Weis et Hickman, Dragons of Deceit, est encore une histoire qui va brouiller l'histoire trop complexe de cet univers en y ajoutant des paradoxes temporels avec une Chevalière Solamnique, Destina Rosethorn, voyageant dans le Temps pour revenir agir dans la Guerre de la Lance et sauver son père, ce qui permet un étrange remake (ou reboot) où les deux auteurs peuvent repasser dans la même période 40 ans après. 

Both Rings were round and there the resemblance ceases

A ma grande surprise, je suis plutôt, après 4 épisodes, dans les fans de Rings of Power

Je ne voyais pas du tout l'intérêt de refaire si tôt une autre version du LotR en reprenant les mêmes choix que la version de Jackson (et je continue à croire que les saisons suivantes seront redondantes) mais je ne savais pas à quel point je serais satisfait de voir des choses comme (1) l'île de Numenor dans sa gloire, (2) Khazad-dum avant la Moria et avant le Fléau de Durin, (3) Celebrimbor forgeant les Anneaux (et les Portes de Durin) en Ost-in-Edhil, (4) la fondation du Mordor à l'époque où c'était encore habité et avant que la terre n'y soit empoisonnée ou (5) Les Deux Arbres de Valinor. 

La partie Prequel a de nombreux défauts des analepses (une bonne analepse devrait faire changer de perspective sur le présent par un contraste et non pas répéter ou simuler le présent) mais j'ai quand même envie de voir cette première saison. 



Ce que Tolkien aime par dessus tout est de créer un cadre uniquement pour produire de la nostalgie, un arrière-fond qui ne vaut que comme une Terre Perdue, comme Royaume Déchu, que ce soit Valinor, Doriath, Nargothrond, Gondolin, etc. L'intérêt de cette Première Saison n'est pas que comme une préfiguration redondante (Halbrand en Aragorn raté, Arondil en Legolas, l'amitié Durin-Elrond pour Legolas & Gimli etc.) mais pour avoir un sentiment de Perte quand tout cela sera détruit... On ne verra pas seulement la première défaite de Sauron ou la victoire en demi-teinte d'Isildur mais des chutes à répétition de tant de Royaumes (surtout s'ils condensent toute la chronologie de la fin du Second Âge en y mettant aussi celle de Khazad-dum qui remonte au Troisième Âge). 

Oui, c'est en très grande partie de la fanfic très libre et il y a parfois des fautes de goût. Je n'aime pas tellement voir Galadriel sauter comme Black Widow et prendre la pose dramatique quand elle abat un Troll des Glaces de son sabre (et elle n'aurait pas pu revenir en Valinor, les Valar ne lui ont pas encore pardonné le soutien de cette fille de Finarfin à Feanor). Les Nains demeurent comme chez Jackson des personnages de faire-valoir comiques (c'était déjà un peu vrai chez Tolkien mais pas au point de vous faire sortir de l'immersion). Les Harfoots ne sont pour l'instant toujours pas très intéressants. L'amour entre Elfe et Humaine risque d'enlever un peu du caractère exceptionnel de l'union d'Aragorn et Arwen (de même pour l'amour incongru entre Tauriel et le Nain ajoutée dans l'adaptation du Hobbit). Theo, Halbrand ou Adar feront tous probablement des Spectres de l'Anneau acceptables mais on a du mal à s'attacher à eux. 

Mais peu importe. Cela n'enlève pas le plaisir de voir les statues d'Ulmo et d'Eärendil dans la Baie du Port de Rómenna, ou l'Arbre blanc Nimloth encore en fleurs. Au-delà de la simple "franchise" sans âme ou aseptisée, il reste quand même une petite branche de la puissance mythopoïetique de Tolkien. 

lundi 25 juillet 2022

Campagne Momie (5) Les Mages d'Alexandrie

 En plus de la Maison Shaea, il y a plusieurs sociétés de mages qui ont pu avoir de l'influence à Alexandrie. 

  • Ahl-i-Batin (les Subtils, "Bāṭin", les cachés, les occultes) : Les Batini sont un très ancien ordre d'origine pré-islamique mais qui a accompli un syncrétisme soufi avec l'Islam (notamment chiite) mais aussi avec des courants juifs kabbalistes. Ils ont été très influents dans l'Empire perse et ensuite dans le monde arabo-musulman. Ils luttent contre la Technocratie (dont les Kabbalistes de Gabriel et les Mokteshaf al Nour) au nom d'une doctrine mystique de l'Unité transcendante mais aussi contre les "Iblisis" démoniaques du Labyrinthe Noir (même si certains Batini ont été corrompus et sont eux-mêmes devenus des diabolistes). Ils n'ont que mépris pour l'autre société secrète d'Orient, les Tisserands (les Taftânis plus présents dans la sphère persane et afghane) restés plus proches de mouvements zoroastriens "infidèles" qui utilisent la magie d'invocation des Djinns sans aucune "subtilité".  Depuis la création d'Israël et les expulsions de nombreux juifs d'Egypte, la communauté des Kabbalistes d'Alexandrie a presque entièrement disparu (il ne restait plus qu'une poignée de juifs, moins de vingt personnes), même si les Kabbalistes avaient encore un correspondant à la dernière Synagogue Eliyahu Hanavi (rue du Nabi Daniel). Les Kabbalistes avaient mis au point un réseau de communication et même de téléportation; le Kefitzat haderech. Un des buts des Batini est de rejoindre le "Djebel Qaf" avec lequel ils ont perdu leur connexion. Ils ont contribué à construire une des projections de la Bibliothèque alexandrine dans l'Umbra avec les Seshata. Voir Lost Paths, chapitre I p. 8-55. 
  • Al-Borak (Marauds de Libye)
  • Communauté de Pan-Min (Culte de l'Ekstasis avec le soutien d'Aegipans féériques et de petits "Bès", des eshus tricksters)
  • Dème de la Grenade (Euthanatos & Cercle Orphique) : Ils adorent la Triple Déesse Déméter-Koré (Perséphone)-Hécate. Ils étaient liés aux "Kabiroi", les Mages grecs immortels qui avaient créé leur propre version du Sortilège de Vie d'Isis des Momies mais tout en refusant toutes les croyances sur la Maat et le cycle des Amenti. Les Cabires sont poursuivis par la société de la Main de Thot. 
  • Hem-Ka Sobk, "Mangeurs des Péchés" : une secte de mages-assassins adorateurs de Sobek (au lac d'el-Fayyūm) et qui seraient aussi liés aux hommes sauriens (les "Mokolés"). Certains pensent servir la "Maat" (la Justice) et la Déesse Isis comme les Momies mais depuis que leurs principaux mages ont été tués, certains ont basculé dans des rituels plus sombres et cruels. Ils détestent les médiums du Dème de Perséphone. Voir Book of Crafts p. 47-62. 
  • Iblisis (les Infernaux)
  • Ikhwān Al-Ṣafā (Les Frères de Pureté) : l'ancienne société secrète ismaélienne du Xe siècle a évolué et est devenue une société consacrée à la lutte contre les Monstres, Morts-vivants et vampires. Les Chasseurs "kiswah" (voir Hunter: The Reckoning) rejoignent souvent cet ordre (sauf quelques Coptes qui rejoignent les Akritai orthodoxes, cf. Hunters Hunted II). 
  • Mokteshaf al Nour (les Collecteurs de Lumières) : membres musulmans de la Technocratie. Ils sont centrés en Turquie et leur mouvement a des tendances plus sécularisées ou au contraire d'autres qui veulent quitter la Technocratie et sont prêts à s'allier à nouveau avec les Batini
  • Nebuu Afef, l'Ordre de la Mouche d'Or : sorciers assassins (aux pouvoirs magiques relativement limités) qui prétendent descendre des Egyptiens tués par l'Ange de la Mort Azrael / Malak al Mawt et dont la doctrine est une guerre perpétuelle contre "Moïse". Chassés d'Egypte par la Société alexandrine, ils devinrent obsédés par leur judéophobie et ne sont revenus que récemment. Ils haïssent les Batini et la Société alexandrine. Voir Sorcerer (Revised) p. 37-38. 
  • La Société Alexandrine (Chœur Céleste) a gardé une branche dans la Cité qui lui donne son nom. C'est une tradition religieuse mais en même temps "technognostique" qui croit que la Technologie doit en fait servir la religion. Ils s'opposent donc à la fois à de nombreuses traditions technophobes dans les Mages et à la Technocratie sécularisée (même si certains ont eu des contacts aussi avec les Mokteshaf al Nour). 

jeudi 21 juillet 2022

Campagne Momie (4) Les Scribes de Seshat

A Alexandrie, une des nombreuses sociétés secrètes de magiciens est la Maison de Shaea (Per-Seshat), qui a rejoint l'Ordre de Hermès. 




Les Shaea sont des Archivistes, en majorité féminine, la magie des scribes et de l'écriture.

Mais bien que cette organisation ne se soit développée dans l'Ordre Hermétique que depuis quelques années seulement, c'est une tradition très ancienne, précédant même l'Ordre d'Hermès de plusieurs siècles.

  • Ab Initio

    Le lointain passé se perd dans les archives des Seshetu et, comme ils le disent, "le Passé n'est pas, il n'est que dans nos roseaux et quiconque maîtrise les registres de Clio nomme le Passé, forme le Présent et contrôle le Futur".


    Selon la Tradition historique, le Pharaon Âa-kheper-ka-Rê Thoutmôsis Ier (Dhwtj-ms, XVIIIe dynastie, vers -1493 à -1481?), "Né de Thot", conçut avec la reine Ahmès une fille, la fameuse Hatshepsout (Hatshepsut, "Première des Nobles Dames"), et plus tard il avec la reine Moutnéfert un garçon, Thoutmosis II. La Reine Maât-ka-Rê Hatshepsout fut nommée Epouse et Co-Régente de son jeune demi-frère Aakheperenrê Thoutmosis II, avec qui elle n'eut qu'une fille. Hatschepsout se déclara Fille d'Amon-Ré, disant que sa mère Ahmès avait été visité dans la mammisi (sanctuaire d'accouchement). Thoutmosis II conçut un fils avec une concubine nommée "Eset", comme la Déesse, et ce garçon devint Thoutmosis III. A la mort de son père, Thoutmosis III le Conquérant partagea le pouvoir pendant vingt années avec sa tante et régente, la Reine Hatshepsout. Ce sont ces deux Rois Divins qui organisèrent il y a 3500 ans, malgré leur rivalité grandissante, la Grande Convocation des Mages et créèrent les deux Ordres rivaux, le Roseau de Djehuti et la Coupe d'Eset, qui devait être les ancêtres de toutes les Sociétés occultes.

    • Avec la mort d'Hatshepsout (entre 1458 et 1445 selon les chronologies), les premières guerres hermétiques commençaient et Thoutmosis le Conquérant fit détruire des traces du règne de sa Régente et tenta de faire oublier ses réalisations en effaçant son Nom sur les monuments. C'est à cette époque que se développent les activités occultes de la Per-SeshetaMaison de Seshat, Netjer des Bibliothèques, Parèdre de Thehuti et Fondatrice des Hiéroglyphes.

      A l'origine, les Prêtresses ne s'occupent que des fonds des registres de la "Maison de Vie", les temples d'Aset et d'autres déesses comme Nit (Neith), Nebt-Het (Nephtys), Serket (Selqat).

      Elles pratiquent notamment la magie à Khemenou (la "Cité des Huit", site sacré de Djehuti, Hermopolis Magna, actuelle al-Achmounein) et commencent à répertorier les Vrais Noms (REN).

      Les sociétés occultes devaient se multiplier par la suite et on dit même que le Roi hérétique Akhénaton organisa vingt-deux sociétés d'arcane (les "22 Lames") à partir du Roseau et de la Coupe.

      Sous son règne, vers 1350 avant notre ère, l'Hymnode (le Chantre, "wrt-hnr") d'Aton Mentu-hotep découvrit une nouvelle forme de magie. Elle était inspirée des mystères d'un étranger nommé "R'pet", "Orpaïs" ou "Orphée" qui accomplit la Quête de Wsir et eut une Ascension en finissant démembré comme lui dans la Rivière de la Renaissance.
      Ce Mystère était fondé non sur le langage comme chez les Sesheta mais sur la Musique, sur l'Harmonie Céleste des Sphères, sur l'Unisson des voix de l'Un. La société monothéiste devint la "Congrégation Consacrée d'Aton", qui existe encore sous la forme Copte et Soufie des "Choeurs Célestes" (notamment à Sainte-Catherine, dans le Sinaï).

      Puis, avec la fondation de la Grande Bibliothèque d'Alexandrie par le Roi Ptolémée, de nombreuses Seshetou vinrent travailler dans le nouveau port méditerranéen. Auprès des Juifs, des Hellènes et des Barbares,astrologues chaldéens, Mages perses, sorciers nubiens, elles mêlèrent les secrets de Thot à la Kabbale des Baal-shem, aux théurgies et invocations du Roi Salomon ("Suleiman ben Daoud, lieur des Djinns").

      Mais ce n'est que beaucoup plus tard, après la Destruction du Temple et la Galut (Diaspora), qu'elles commencèrent à systématiser avec la tradition du Zohar le Notaricon (grammatologie des Anagrammes et Acrostiches), le Temura (science des permutations alphabétiques et de la cryptographie) et la Gematria (arithmologie des valeurs numériques des Lettres).
      Elles découvrent les luttes hermétiques entre les Acousmatiques et les Mathématiciens, les Héritiers de la sorcière Médée et ceux de l'ingénieur Daïdalos, le Verbe et la Raison, deux faces du Logos. C'est le Grand Accord des Vingt (cénacle dont font partie les Seshetou) qui va organiser la synthèse alexandrine pendant quelques siècles.

      Les Seshetou apprennent autour du Mousaïon et du Serapeum les secrets du Logos, les langues, les codes, les déchiffrements, le Ha-Shem (Tetragrammaton, "Le NOM").
      Pour la première fois, elles se rapprochent de cultes allogènes d'Isis (nom grec qu'Eset) et de ce qui va devenir l'Hermétisme, les Révélations d'Hermès Trois-Fois-Grand, le syncrétique "Thot-Hermès-Mercure".

      Cette ère de gloire va durer jusqu'à l'arrivée des Romains puis des diverses sectes chrétiennes puis musulmanes qui vont persécuter les Prêtresses de Seshat et les anciennes croyances païennes.

    • Ages sombres

      Aussi bien les "auto-da-fe" de l'Empereur Théodose que la Crémation de la Bibliothèque par les Musulmans en 642 ont laissé des traces profondes sur la Maison de Seshat.

      Elles rient des sorcières Verbena qui pleurent encore les bûchers de l'Inquisition, car elles ont vu des Holocaustes de livres irremplaçables. Elles ont dû se cacher et les hommes membres de la Société avaient un peu plus de latitude que les femmes pour continuer la Tradition.

      C'est aussi l'époque des Djinni et la Connaissance des Vrais Noms aida beaucoup les Shairs Ahl-i-Batin et Taftani à vaincre les Tyrans Invisibles et autres génies.

      Quand les Rois Mamelouks régnèrent sur al-Misr (l'Egypte), ils prirent connaissance des travaux de mages alchimistes hermétiques. A la mort du Roi Farag Ibn Barqouq (1398-1412), le nouveau monarque el-Mouayed (1412-1421) fit poursuivre les Mages en Egypte pour avoir la Pierre Philosophale et le secret de la Transmutation. Plus tard, le célèbre roi Qaït Bey (1468-1498) fit même tuer les alchimistes qui échouaient à lui fabriquer de l'Or !

      C'est à cette époque, en 1412 AD (814 Hijra), que les Sesheta décidèrent de postuler à l'Ordre d'Hermès pour obtenir protection et information.

      L'Ordre était une nouvelle résurgence de l'ancien culte syncrétique, (re)fondée sous l'Empereur Charlemagne. Les membres étaient surtout centrés chez les Franjs d'Occident, notamment dans le Saint Empire Romain Germanique mais ils commençaient à avoir des contacts plus étroits avec les Turcs et le Levant.

      La petite société secrète dirigée par la Grande prétresse Fatima Baijani ne se rallia que comme un ordre mineur dans l'hétéroclite Maison dite Ex Miscellaneis, qui réunissait des rebouteux et sorciers sans lignage hermétique clair.

      On dit que Fatima Baijani et les Seshetou furent insultées de ne pas obtenir le statut de Maison au Conseil du Tribunal de l'Ordre. Elles étaient encore peu nombreuses et devaient rester "in caligine" (dans l'ombre, une devise de l'Ordre) pendant encore quelques cinq siècles.

      Mais dès cette époque, alors que les Turcs prenaient Constantinople, les Sesheta participèrent à l'un des plus grands projets de l'Ordre, la construction en un autre monde du Sanctuaire de l'Horizon.

      Plusieurs Traditions s'y liguèrent pour y protéger la Magie qui quittait Malkut (le monde matériel). Les Hermétiques réunirent ce qu'ils avaient pu sauver de l'ancienne Bibliothèque d'Alexandrie en un Node sur le port (sous l'actuel parc Midan Saad Zaghloul), qui devait être l'un des Piliers de l'Horizon. Ainsi, on créa la Bibliothèque d'Enochia ba Pymander, mais elle ne fut pas confiée à une Sesheta mais à un homme, Nichodemus de Mulhouse, scribe mineur de la Maison déclinante de Criamon. Là encore, les Sesheta devaient prendre leur mal en patience car Nichodemus resta seul Archiviste de la Bibliothèque pendant encore 550 ans, jusqu'à sa mort.


    • Epoque moderne

      Les Seshetou reçurent du sang neuf d'Européens au XIXe siècle, des Français et Anglais se battant sur les décombres de l'Empire ottoman, mais aussi des nombreux immigrés italiens.

      Mais elles étaient à couteaux tendus avec la nouvelle Maison turque, les Janissaires, qui servaient de bras armé des Quaesitores Ordinis depuis le Siècle des Lumières.

      Par la suite, l'éphémère mais opulente société secrète américaine, "Light of Luxor" ou "Luxor Club" (de Max Theon) vint tenter de glaner des ressources hermétiques auprès des Seshetou. Ces charlatans imaginatifs et ces mystiques parfois doués apportèrent l'argent et les informations dont les Seshetou avaient besoin pour s'internationaliser pendant l'Entre-Deux-Guerres et la fin du règne des Khédives.

      Pour la première fois, l'Ordre d'Hermès remarqua les Seshetou bani Miscellaneae. Elles ne furent pas à El-Alamein mais luttèrent en Europe et en Palestine contre des organisations comme Alceister Crowley ("la Bête"), la Heilige Vehme, la Loge Lumineuse du Vril et la sinistre Thule-Gesellschaft. En 1945, des Egyptiens moururent à Berlin et Jerusalem contre le Grand Mufti et les Nephandis qui voulaient ouvrir les Hordes des Qlippoths (cf. Order of Hermes, 2003, p.32).

      Après l'assassinat du Président Anouar El-Sadate et la montée de l'intégrisme islamique, la société montra à quel point elle était devenue, avec les mystérieux Ahl-i-Batin, le premier appui des Mages en Egypte.

      La Grande Prêtresse Maraksha Kashaf (d'origine yéménite) menaça de quitter l'Ordre, avec toutes ses archives, ses documents, ses Histoires, ses anciens secrets et ses rites. En quelques siècles, les Bibliothécaires étaient devenues indispensables à l'Ordre et prouvaient leur adage que la maîtrise du Passé est le contrôle du Présent.

      Les Sesheta obtinrent officiellement d'entrer en 1982 AD (1402 Hijra) au Tribunal de l'Ordre comme une Maison à part entière, du Nom de "SHAEA" ("Bonne Augure").

      Les Seshetou aiment les jeux de mots, ce qui est normal pour des Maîtresses du Notarikon.

      "Shauâ" veut aussi dire "livre" en Egyptien.

      Le dieu "Shaï" est un Génie de Bonne Fortune, de la Chance et du Destin, chargé aussi des Renaissances pendant le Jugement de Ma'at.

      Il est aussi appelé l' Agathodaimon, le Bon Démon, souvent représenté comme un Cobra, comme la Déesse Renenutet.

      Son culte était très populaire chez les Grecs d'Alexandrie qui cherchaient à détourner le mauvais oeil.

      Le nom "shaï vient peut-être d'une racine qui veut dire "commander, nommer quelqu'un".

      Les Egyptiens se saluaient parfois en disant "Shay est avec toi !" ou "Que Shai et Renenutet soient avec toi !" car un Shai est supposé accompagner chaque individu pour répertorier ses actes pour le Jugement.

      Shai peut aussi être une Déesse du destin, Shaït, que les Turcs appellent "Kismet".

      Shaït est alors associée à Renenutet (déesse cobra de la naissance qui donne à l'enfant son Vrai Nom) et Shepet (ou Shepset, déesse hippopotame ou crocodile de l'accouchement, un aspect de Reret ou Taweret), comme Trois Fées de la Naissance.

      Shay peut aussi être associé à Sutekh, car "shai" écrit signifie aussi "porc", l'animal de Set !

      (Sur Shay, voir le site de Carolyn Seawright).

      Le symbole actuel de la Maison Shaea dans les Tribunaux de l'Ordre est un écusson avec une lionne de Sekhmet couchée, un rouleau de papyri et une Lune (Order of Hermes, p.57).

      Mais les Mystes & Initiés savent bien que le vrai symbole ésotérique est la Fleur à Sept Pétales et Deux Cornes, le symbole de "Sefekhet-âbouy", couronne de Seshat la Scribe. La Maison est aussi dite parfois dans d'autres sections Maison de Serket (ou Selqat, Déesse Scorpion des talismans contre le Mal) et Maison du Croissant de lune, ce qui n'est pas une allusion au "Hilãl" de l'Islam mais à la Corne lunaire de Sefekhetâboui.

      L'organisation de la Maison ne suit pas exactement la hiérarchie hermétique traditionnelle. Il y a en bas les "hnr", musiciennes, dirigées par la "wrt-hnr" (Grande Musicienne) ou "dwt-ntr", l'adoratrice. Puis il y a les sesh (scribes), dirigées par les Hem-Netjer (Servantes de la Déesse) et les Kheri-heb (Celles qui portent les parchemins, les Récitatrices), les Kheri-heb kheri-tep (Grande lectrice). Tout en haut se trouve la Hem-netjer-tepey (Grande Prêtresse) ou Jmj-R Hmw-ntr (Surveillante générale). Le Grand Prêtre de Dhjowtey à Khemenou (le Wr djw, le "Grand Parmi les Cinq"), est aussi considéré comme lié à la Hem-netjer-tepey.

      La Prima Domus actuelle est la Grande Prêtresse Daira Kashaf, Septième Fille de l'Archimage Dame Maraksha Kashaf (Kashaf signifie "Révélation"). Elle est une grande érudite, diplomée de diverses universités dont Harvard. Elle s'est installée non à Alexandrie, mais au Caire, là où sont les plus grands centres de recherches. C'est elle qui garde la Khesef-hra-khemiu, la Maison des Livres. 

  • Magie

    La spécialité des Seshatou est la Magie des Noms, très proche de ce que les Momies appellent Ren et la "Nomenclature". Leur Sphère de Magie privilégiée est le Temps.

    Les Seshatou commencent donc par des études de linguistique, philologie, grammaire comparée et apprennent de nombreuses langues (Egyptien, Arabe, Syriaque, Araméen, Hébreu, Babylonien, Sumérien, Farsi, Grec, Latin, Sanscrit, Mandarin, Enochéen).

    Les Seshatou sont des magiciennes mais aussi des prêtresses. Elles pratiquent des formes de Théurgie et invoquent les Nedjerou qu'elles adorent, comme Seshat Sefekhetâbouy la Scribe.

    D'autres Déesses invoquées sont Shaït la Destinée, Eset la Reine et la Mère, Nebt-Het la Psychopompe, Nit la Mage-guerrière, Het-Hert la Mage-donneuse de vie, Heka la Magie, Hat-Mehit la Poisson, Heket la Grenouille, Bast la Chatte, Sekhmet la Lionne, Renenutet le Cobra, Shepet l'Hippopotame, Serket la Scorpion, Maat la Vérité, Meretseger le Silence, Wadjet le Cobra du Delta & Nekhbet le Vautour de Haute-Egypte.

    Les Nedjerou masculins les plus adorés sont Sesha le Scribe, Thwt (Djwthey), Ptah l'Ouvreur du Verbe Initial, Inoup le Psychopompe et bien sûr, les grands Imn-Ra, Heru ou Wsir. Certaines adorent même Sutekh.

    Pour une raison inconnue, un des sous-cultes principaux, bien qu'on ne voit pas le rapport avec Seshat, est celui d'une sorte de "Dionysos", Shesemu, Dieu des Pressoirs. Shezmou donne les Huiles, Parfums, Vins et Folie et il broie dans l'Am-Douat ceux qui sont jugés coupables.

    Par ailleurs, les Seshati ont aussi des contacts avec d'autres Puissances d'autres mondes et d'autres mythologies. Elles appellent souvent les divinités liées à la même force numineuse que Seshat et Thot comme Hermès-Mercure, Nabu (voir Dr Fate), Nissaba (ou Nidaba, Scribe mésopotamienne), Pallas Athéné Minerva (qu'elles appellent "Nit"), Mimir Père-des-Runes, Oghmios (ou Oghma), Ganesha Ganapati, Saraswati (déesse de l'éloquence), Ta'ang Chien le Calligraphe.

    Elles ont récemment rencontré un certain "Prince Ivo". Il serait un mortel devenu un nouveau "Dieu", une Incarnation du langage et de l'écriture. Il semble avoir des buts incompréhensibles, comme lutter contre les interfaces graphiques en informatique (voir Nobilis).

    On accuse aussi les Shaea d'avoir invoqué des êtres plus sinistres, d'avoir lié des Invisibles, Djinni, Elémentaires et même des Shaïtans, diables et démons. Elles continueraient ainsi une tradition dangereuse de démonologie, celle des Sha'irs, les Invocateurs, comme les Taftani zoroastriens.

    Elles ont aussi des Totems animaux comme les Garous, notamment des felins et des associés de Bast.


  • Liens

    Hatchepsout "Tabitha" Kashaf est la "Doyenne et Principale" (Deacon & Headmistress) de l'Académie Straussen, université privée implantée à New York, Londres et Reims qui est la principale académie moderne de l'Ordre d'Hermès. Née en 1969 et initiée de Seshat, Tabitha Kashaf est une des petites soeurs de la Grande Prêtresse de Shaea, Daira Kashaf. De nombreuses autres soeurs sont mortes pendant les Guerres de l'Ascension. Elle enseigne à Straussen Academy depuis 1993 et vient à trente ans de devenir Doyenne. Etant donné son nom, on ignore si elle est en relation avec la célèbre Amenti Renaissante, la Reine Maât-ka-Rê Hatshepsout, qui vit à présent au Caire comme Daira Kashaf.

    [Order of Hermes, p.81 dit qu'elle est de lignée "pharaonique nubienne" mais le nom de "Maraksha" est une montagne du Yémen et je doute que les Kashaf soient ou soudanaises. Quant au mot "kashaf", il signifie "Révélation directe" chez les mystiques soufis et le nom "Al-Kashaf" semble courant dans les pays musulmans.]

    Ishaq Balsara, dit "Ibn-Thoth", Primus Guernici, Grand Quaesitor de l'Ordre d'Hermès (Order of Hermes, p.73) est un Egyptien d'origine anglo-persane né dans l'Empire ottoman au début du XVIIIe siècle. Il étudia avec le flamboyant Archimage Flambeau de Doissetep, Porthos Fitz-Empress. Depuis quelques années et les dernières Guerres de l'Ascension, il incarne les réformistes raisonnables de l'Ordre. Il est très attaché aux Principes de Maat et Geburah (Sephiroth du Jugement).


    • Seshat (ou Seshet, Sesheta) est la Déesse des Bibliothèques, Nedjer (nitjer) de l'écriture, des livres.

      Elle est parfois la Parèdre de Djehuti ("Djhowtey" chez certains Mages, tWth, Teuth, Toth, Hermès), sa Soeur-Consort.

      Le Ren, Nom de Seshat signifie simplement "la Scribe" (féminin de sesh).

      Un "shât" ou "shauâ" est un livre. "Sesheta" signifie aussi secrets, choses cachées, mystères, vrais noms. Le Shetat (ou shetait) est l'Endroit Caché, un autre nom de l'Am-Douat. Les "Seshetj" sont des bandes ou bandelettes.

      Son autre nom le plus courant est Sefkhet-Abwy. Ce nom signifie la "Dame aux Sept Cornes" ou bien "la Dame qui étend Deux Cornes".

      Cela décrit la fameuse coiffure avec la "Rosace" - ou "rosette" comme la pierre de décodage selon un jeu de mots qu'aiment les cryptographes - tige à sept "pétales" et deux "cornes".


      Cette "rosace" (prononcée s'sh't) est le Hiéroglyphe et le symbole principal de la Déesse.

      On pense que c'est une fleur plutôt qu'une étoile. Il y a d'habitude sept pétales, mais parfois cinq ou neuf.

      Ses deux cornes inversées (ou deux plumes) qui lui donnent ce titre de Sefkhet-Abwy et qui sont l'aura de la fleur sont le symbole calendaire des mois de l'année.

      Ses autres épithètes sont "la Première de Per-Medjat (la Maison des Livres)", "la Première de Per-Ankh (la Maison de la Vie, bibliothèque du Temple)", "la Dame de Khmwn" (Khemenou, la "Cité des Huit", ville de Djehuti et de l'Ogdoade), "Première de Heseret (Nécropole de Khmwn)", l'Origine de l'Ecriture, la Dame des Années, la Dame des Bâtisseurs, la Vraie Fleur dans la Main de Ra, Weret-Hekau (la Grande de Magie, titre aussi d'Aset, de Nit, de Sekhmet, de Bast, de Djehuty).

      On distingue parfois deux Hypostases : Seshat-Weret (la Grande) et Seshat-Nedjset (la Petite) qui sont représentées ensemble comme la Déesse et la Scribe inscrivant la Déesse, le Lekton et le Soma, l'Esprit et la Lettre, le Signifié et le Signifiant.

    • SIGNES ET ICONES

      Seshat porte sur la tête sa rosette et comme vêtement une peau de léopard avec des pattes. C'est la tenue des Prêtres Setem (funéraires) et les taches de léopard peuvent aussi représenter le ciel constellé des Akhu (les Morts Bénis) et l'astronomie.

      On dit que les Morts quand ils sont jugés sont "nés" de Seshat et de ses registres, ce qui en fait une déesse du Voyage vers l'Au-delà et du Jugement de Ma'at. Un texte dit aussi qu'elle est vêtue de l'enveloppe du dieu Sutekh vaincu par Ra-Heruakhety.

      Elle porte une branche de palme (hiéroglype "renpet", signe de l'Année et du dieu Renpet).

      La base de la branche porte le hiéroglyphe du tétard ("million") et le shen, symbole de l'éternité et du dieu Heh.

      Seshat inscrit ainsi l'éternité de ses fondations, que ce soit les registres, les archives, les chroniques officielles des règnes, les décomptes des années. Elle fonde et immortalise pour des Millions d'Années et elle est invoquée pour faire durer les choses mortelles et la splendeur des réalités.

      Avec Djehuti, elle inscrit ses registres sur l'arbre Ished, signe de vie et d'éternité.

    • HISTOIRE ET MEMOIRE

      C'est un culte très ancien. On en a des traces dès une inscription sous le Roi Khasekhemoui de la 2e Dynastie.

      Elle avait très peu de prêtres et les scribes semblaient moins l'adorer que Djehuti.

      Seshat est aussi la Dame des Bâtisseurs, déesse des architectes et des Maçons, invoqué à la fondation des constructions (cérémonie de Pedjeshes, de "pedj", étendre, "shes", la corde).

      Elle restait importante comme symbole de l'éternité pour le Roi mais pas pour la plupart des fonctionnaires. On la représente donc plus dans la cérémonie de Pedjeshes qu'en train d'écrire. Djehuti écrit pour transmettre et administrer, Seshat grave sur les monuments pour fixer et conserver pour l'éternité. On dit qu'elle construit notamment les demeures dans l'Au-delà.

      Sa fonction de Mémoire est donc plus abstraite que celle de Djehuti. Certes, elle note aussi les registres de prisonniers et de butin, mais c'est encore pour immortaliser les victoires royales. Même les constructions sont donc avant tout des Bibliothèques de Pierre, des monuments documents.

      Elle est aussi celle qui transmet les enseignements pour les Pharaons. Le Roi grec Ptolémée IV est décrit comme "Né de Seshat, élevé par Sefkhet-Abui dans la Bibliothèque". Aux Couronnements, au Festival du Sed (le "Jubilé" des 25 ans) et autres cérémonies royales, elle prolonge la durée des monarques.

      "ar(=i) m nHH ryt m Dt
      Mon roseau inscrit pour Toujours et peint pour l'Eternité
      Je rends ton Nom grand, en le gravant dans ces murs.
      Je rends tes Noms permanents et aussi durables que les Cieux.
      Je t'ai donné des Millions d'années de mes doigts pour aussi longtemps qu'Eternité existe.
      Je te donne les Eons et la résistance des Deux Seigneurs (Heru et Sut).
      Ma main inscrit les Durées & les Temps conformément aux dictées de Ra.
      Ma plume est Eternité, mon encre est Toujours et la palette est des millions de Sed."

      Ainsi, elle est liée à la mémoire et la survie des morts, et parfois identifiée à Nit ou Nebt-Het. Seshat est aussi un Aspect de Nebt-Het. Elles forment une Triade de la Triple-Déesse où Nit est la Créatrice (Clotho), Seshat la Durée des temps (Lachésis la Tisserande) et Nebt-Het les limites de l'existence (Atropos l'Inflexible).

      Elle a des amis parmi les Apa-Maat, les 42 Assesseurs d'Osiris, notamment Shet-Kheru (l'Ordonnateur des Paroles, voir Mummy, p.149) et d'autres Juges plus particulièrement concentrés sur le langage comme Tenemiu, Neb-abiu Seigneur des Cornes (chargé de la calomnie), Ahi (insultes et jurons), Uatch-Rekhit ou Utu-Nesert.

      Il existe aussi un autre aspect nommée Aset-Seshat, Protectrice de Wsir et Gardienne des Noms comme Aset Weret-hekau avait la Connaissance des Vrais Noms. Seshat est aussi par ses registres et ses calculs une des déesses de la Magie.

      On lui connaît aussi une version masculine, Sesha ou Seshu, qui peut être un autre nom de Tehuti.

    • CULTES ACTUELS

      Seshet est toujours adorée par une tradition continue nommée la Per-sesheta ou Maison de Shaea.

      Le siège actuel de la Maison Shaea n'est plus à l'ancienne Khmwn de Djehuti (el-Ashmunein) mais dans la cité hellenistique d'Alexandrie où s'est d'ailleurs bâtie une nouvelle Bibliothèque.

      Il y a aussi quelques traces dans les mouvements polythéistes "néo-païens", plus ou moins New Age, Wiccans ou parfois très sérieux comme les sectes dites "kémetiques".

      Des Mages prétendent avoir réussi à l'invoquer mais sans accéder à sa Bibliothèque infinie, dite Bibliothèque de Babel dont la Bibliothèque des Morts d'Hypatia sur le Styx ou la Bibliothèque des Rêves de Lucien pour le Seigneur Morphée ne sont que de pâles succédanés.

      On a récemment découvert une nouvelle Hypostase, Avatar virtuel de Seshat dans la Toile Digitale (voir Mage : Digital Web).

      La Déesse numérique bâtit ses nouveaux monuments par de purs chiffres et des équations. Elle grave des mémoires de silicium et dans les ondes et les fils de la Toile mondiale.

      Dans cette Icone ci-dessous, elle a ajouté comme symbole l'Aleph borgésien, le Point infini, à la place de sa rosace de Dame Sefkhet-Abouy.

    Cette description est inspirée des notes de Seshat.org et cet autre lien (ainsi que de Richard Wilkinson, The Complete Gods and Goddesses of Ancient Egypt pp.166-167). 

    Cette notule ne prétend pas à la vérité archéologique et historique mais doit être simplement utile pour les joueurs.
    J'ai ainsi négligé le fait que le lien avec Djehuti est peut-être finalement moindre qu'on ne l'a cru dans le passé. Elle ne serait appelée sa "collègue" que dans un seul texte ! Cela dit, l'iconographie les associe et elle est Dame de Khemenou.

    Mais dans les jeux Momie et Mage, les Dieux-Mages "Djhowtey" et "Sesheta" (voir Tradition Book : Order of Hermes (2003), p. 17, 56) sont mariés comme les deux Ordres de la Coupe et du Roseau et j'ai conservé cela.
    En revanche, je ne suis pas vraiment convaincu comme le prétend le jeu que Djhowtey et Sesheta doivent venir de Phénicie (??) sous le prétexte que l'Alphabet y a été inventé ni même à la rigueur de Mésopotamie parce que l'écriture à Sumer précède les hiéroglyphes, à la naissance de l'Histoire.
    Comme pour les autres Netjerou, je pense qu'il faut distinguer une Déesse de ses avatars humains. Autrement dit, je ne crois pas très amusant qu'Aset-Seshet qui Connaît les Noms ne soit qu'une magicienne qui a réussi à se faire passer pour une Déesse. Dans ma version, la "vraie" Seshet est un aspect numineux de l'Absolu et il y a en plus des mortels et diverses Hypostases de cette Seshet qui ont pu s'identifier à elle.

    Mais c'est une question de goût. Je préfère que les jeux soient "anti-évhémeristes". 

dimanche 17 juillet 2022

Campagne Momie (3) Les Change-formes d'Alexandrie : Louves d'Artémis & Chattes de Bastet

Parmi les créatures d'Alexandrie, on compte de nombreux change-formes animaux comme des Lycanthropes (notamment Furies Noires et Arpenteurs silencieux), les Bastets (félins), les Hefau (Nagas), les Penou (pnw, Rats) ou les Sebeknou (aussi appelés "Mokolés" champsa). 

Je n'avais commencé à décrire à l'époque en 2003 qu'un clan de Furies Noires, le Sept de la Marche Sanglante, et les Bastets. Mais les illustrations et cartes sont perdues. 

LE SEPT de la MARCHE SANGLANTE


Le Sept de la Marche Ensanglantée est un Caern qui se terre dans les Catacombesromaines de Kom ash-Shuqqafa dans le quartier central de Carmous, juste à cinq minutes de la Colonne dite "de Pompée" au Serapeum. C'est un Sept entièrement composé de Furies Noires, les louves d'Artémis.

  • Les Catacombes romaines 
  • Ces Catacombes sont la plus grande nécropole de l'époque romaine en Egypte. Les Patriciens d'Alexandrie s'y faisaient enterrer à partir du Second Siècle de notre ère et les Chrétiens s'y réfugièrent pendant les persécutions.

    La nécropole a été découverte par hasard en 1900 quand un âne y tomba. Elle est ouverte aux visiteurs de 9h à 16h.

    Il y a trois niveaux de chambres funéraires sur une profondeur sous-terraine de 35 mètres.

    Le dernier niveau n'est pas ouvert au public (officiellement parce qu'il est inondé).

    Il faut d'abord descendre un escalier en colimaçon , en spirale autour d'un Puits. On accède alors à une Rotonde.


    droite se trouve une trouée vers une autre nécropole, dite Chambre de Caracalla d'environ 30 mètres de long (le trou a été fait par des pillards). Les peintures murales y sont à demi-effacées et on y trouve un Autel à sacrifice.

    gauche se trouve le Triclinium, salle du festin à peu près carrée de 10 mètres de long pour les Banquets funéraires.

    En allant droit devant, on arrive à un second escalier et à tout un Labyrinthe sur environ 30x30m avec des galleries pour diverses tombes appelées loculi, petits caveaux scellés où l'on voit encore des squelettes.

    Les Furies ont leur Naos (Caern) en bas de ce dernier Labyrinthe. Elles sont cachées hors des Catacombes la journée ou bien sous le Troisième étage.

  • Le Naos

    Le Caern appartient entièrement aux Melanai Kêrés (Mélanai Erinués, Euménides, les "Furies noires" comme on les appelle à l'extérieur de la Tribu), tribu des Louves amazones d'Artémis.

    Le Caern est de Niveau 2 et le seuil du Gantelet est de niveau 4. C'est un Caern du type Enigmes et Rage (Rétribution).

  • le Zoon Daimon (Totem)

    Le Totem est Muia Melanè, la noire Mouche Tsé-Tsé (ou Glossine).
    Cf. Silent Striders Tribebook p. 52.

    Muia, la Mouche, d'après la légende grecque était une rivale de Séléné, amoureuse d'Endymion, le Bel Endormi. Pour la punir, Séléné la transforma en petit être noir et c'est pourquoi les Mouches empêchent le sommeil des dormeurs. On dit aussi qu'une des filles du philosophe Pythagore était une incarnation de Myia (voir Lucien de Samosate, Muiai Enc.).

    C'est un totem cruel et impur, comme les rats qui portent les Fléaux de la Peste d'Artémis et les châtiments des dieux contre la corruption (voir Sartre, Les Mouches).

    Melanè Muia est un esprit implacable de la vengeance et sa morsure est crainte. Elle enseigne Médecine et le Mauvais OEil. Pour lancer le Mauvais OEil, il faut haïr son ennemi (dépenser 5 points de Rage), avoir un bien appartenant à l'ennemi, réussir un jet Manipulation+Intimidation (avec Difficulté égale à la Volonté de la cible). En cas de succès, le nombre de Dés de la cible est divisé par 2 pour une nuit par succès. En cas de catastrophe (Botch), le Mauvais OEil frappe le lanceur. Le rituel ne peut être fait qu'une fois par an sur la même cible. La Mouche peut aussi envoyer des cauchemars.

    Loi de la Némésis :
    A cause ce Totem Mouche, les Melanai Kèrés doivent toujours chercher à se venger en cas de tort. En raison de l'impureté du totem, elles perdent aussi un point d'Honneur.

  • La Déesse

    En plus du Totem, les Furies adorent aussi Artémis Séléné, qu'elles appellent aussi "Hè Potnia Thèriôn" (la Dame des Fauves), " Agrotéra " (la Chasseresse), "Elaphobolos" (Qui tire sur les Cerfs) ou Elaphiaia (aux Cerfs), Iochéaira (la Lanceuse de Traits, la Sagittaire), Hékatébolos (qui lance ses traits au loin), Artamos (la Dépeceuse).

    Elles l'identifient aussi à la sombre Louve magicienne Hékatè Mounichia, Déesse de la Pleine Lune et protectrice des Ports (Limenoskopos), Phosphoros (Porteuse de Torches), Amphipuros (Aux deux feux).

    Artémis est aussi identifiée à Sekhmet ou Bastet par les Bubastis (voir infra, les Hamaal) .

    La Graia Cassia a aussi des relations avec Wepawet, l'Esprit de Lycopolis, protecteur des Arpenteurs Silencieux.

  • Les Kères Noires

    Les membres du Sept de la Marche Ensanglantée sont toutes des Furies hominidés.

    • La Chef du Sept est la Mégalè Mètèr Oppis (Philodoxe) Theophano.

    • La Phulakousia, Gardienne du Caern est la Dèmiourgos (Gaillarde) Fatima Charme-Serpent.

    • La Maîtresse du Rite est la Dèmiourgos (Gaillarde) Ioannis Brise-Tombe.

    • La Gardienne des Portes est la Graia (Théurge) Cassia Nova.

    • La Gardienne du Pays est la Korè (Ragabash) Ballah Liberté.

    • La Maîtresse du Défi est la Guerrière (Ahroun) Ruth Face-aux-Cieux.

  • Relations

    A Alexandrie, les Furies ont des relations assez bonnes avec les Bubastis et des relations neutres avec les Ratkins (grâce à Smintheus, un aspect "Rat" du Frère d'Artémis, l'Archer de la Peste).

    Bien que membres de l'Alliance Ahadi, les Furies noires sont restées plutôt indifférentes aux "Sangsues" désorganisées d'Alexandrie et Ionna, le principal Vrykolakas. On les accuse même d'avoir fait un accord de non-agression avec ces Vampires, qui sont là depuis l'Empire romain.

    La priorité des Kères de l'Escalier de Sang est en effet la lutte contre les Danseurs de la Spirale Noire qui les ont déjà attaquées dans le passé et ont souillé le Naos. Elles mènent donc des expéditions à Dumyat (Damiette) auprès du petit Sept de la Dernière Pierre contre le Nid souillé des Sables Bouillants (Port-Saïd) et les manoeuvres d'Apophis le Ver à Tanta, où se trouve le petit Sept des Vents Etésiens et la Tour magique qui conduit à l'Am-douat (l'Umbra).

    Les Furies ont de bonnes relations avec d'autres Septs loups.

    Le Sept de l'Aurore Guérisseuse, est un groupe des Enfants de Mout et Geb (Gaia) à Qéna (l'ancienne cité Denderah d'Heth-Hert) en Haute-Egypte. Ce groupe comprend d'ailleurs une Furie noire, la Mère (Philodoxe) Jesal Voix des Sables, qui porte le hidjab (Rage across Egypt p.88).

    Les Furies étaient aussi alliées des Rongeurs d'os de Shagarat al-Durr au Caire mais elles restent neutre face à leurs luttes cruelles contre les Rongeurs des Ombres Murmurantes de Dar al-Salam, qu'on dit infectés par les Chacals. Elles ignorent aussi les Marcheurs sur Verre de la Barque Solaire au Caire et les Griffes Rouges des Sables Hurlants.

    Les Furies ont du respect pour les Arpenteurs silencieux et les aident quand ils passent dans la région. L'Egypte était leur patrie avant que la Malédiction de Seth ne les en chasse et qu'ils perdent le moyen d'y regagner la Gnose.

  • LES HAMAAL


    • Sources

      Supplément Changing Breed Book 1: Bastet, notamment les "Bubastis" (que nous appelons ici "Hamaal", la famille), pp.51-53.

    • Noms

      Hamaal est le nom que ces felins se donnent à eux-mêmes et qui signifient "ceux de la famille", descendants de Kümaa (Cymaa). En égyptien ancien, on les appelle Mau (chats). En grec ancien, on les appelle Ailuroi (Gata en grec moderne et Gatti en italien). En arabe, on les appelle Hirrah.

    • Le Kheuar

      Le Kheuar est la langue des Hamaal.
      Voilà juste quelques mots utiles :

      • Buree Pa : Un Secret appris à la fin d'un Rituel d'Initiation.

      • Caliah : la Tradition.

      • Chaya : Esprits de l'Umbra.

      • Dakat : les Corrompus (serviteurs d'Apep)

      • Djamaa : les Cousins, les Grands esprits.

      • Djamak : les Esprits mineurs.

      • Hansh : Duel.

      • Kuasha : Brume. Par métaphore, le Mentor d'un jeune Tekhmet.

      • Padaa : le sens de l'odorat et du goût dans les vibrisses.

      • Takhairn : Réunion de Clans (souvent à la Pleine Lune).

      • Taklah : Regroupement de Hamaal (éventuellement d'autres Tribus)

      • Tahla : un Secret caché dans une histoire ou une énigme. Le centre de la Caliah .

      • Yava : un Secret fondamental d'un Clan qui ne doit jamais être révélé à un profane sous peine de destruction du Clan.

      La société féline a aussi des strates sociales assez rigides :

      0 Naa (extérieurs)
      1 Tekhmet (jeunes)
      2 Akaa
      3 Tilau
      4 Ilani
      5 Bon-bhat
      Au dessus des Bon-bhats du clan se trouve l'un des "Kheper".

      Le Kheper (Scarabée/Devenir en égyptien) fait partie d'une demi-douzaine de chefs hamaal Immortels à la tête de ce peuple depuis les débuts de la Guerre contre Sutekh. Les Kheper ont une conception différente de la Maât et du Jugement que les Amenti. Ils disent qu'ils ont droit à "Neuf Vies" avant d'en tirer un "solde" total. Cela les rend moralement plus ambigus que les Amentis, car ils pensent qu'il y a 8 autres vies qui peuvent contrebalancer leurs actions. [Non-officiel, je trouve juste ça drôle]

    • Religion

      Les Hamaal en général adorent surtout la Lune (Seline, Aâh, Khonsw, Seléné) et la Triade des Jamaa (Cousins) : Nala (la Mère), Rah-djah (le Faiseur), Cah-lash (le Défaiseur).

      Rah -djah et Cah-lash sont appelés les deux facettes du Chat Cosmique, le "Roi-Chat". Contrairement aux Garous qui oppose la Nature à la Corruption de la Wyrm, les Hamaal voient dans le Père de la Nuit une séduction qu'ils gardent aussi en eux-mêmes, d'où leur dédoublement constant. La Corruption n'est pas seulement un Autre, elle commence dès le Soi.

      Les Hamaal descendent de leur grande Netjert (Déesse) Kümaa, fille de Nala, la "Chatte de l'Ombre".

      Ils identifient Kü-maa à la déesse égyptienne Ubastet (Bast), 

      Ils adorent aussi les Esprits astraux et les Planètes (y compris certaines qui ne furent révélées astronomiquement que bien des millénaires par la suite) : Gé (Terre), Akhnet (Horus, Mars), Djurina (Sebek, Mercure), Sabaal (Isis, Vénus), Pah (Némésis, Saturne), Siku (Osiris, Jupiter), Liau (Uranus), Kwa (Pluton).

      De nombreuses divinités égyptiennes sont aussi adorées par les Hamaal comme compagnons de Cymaa. Il y a Aker (sphinx de la terre), Apedamek (lion de guerre tricéphale), Bast(et), Bes, Mahes le lion (fils de Sekhmet), Mekhit (la Lionne), Menhyt, Mestjet, Pakhet la Déchireuse, Ré-Mau (le Chat de Ré qui coupe la tête du serpent Apep), les Routy (les Deux lions) adorés à Naytahut (Tell el-Yahudiya), Sekhmet (à Kom el Hisn), Seret, Seshmetet, Tefnut (à Tell el Muqdam), Tutu.

      La Grande Déesse Heth-hert (Hathor, épouse d'Heru) est aussi un aspect bienveillant d'Ubastet, d'Eset ou de la Déesse dangereuse (Tefnout, Sekhmet). On fait aussi un jeu de mots en adorant Bastet sous le nom "Ba-Aset" ("l'Ame d'Eset"), un aspect de la grande Aset Hekau-Werau.

    • Brève histoire

      Les Hamaal de Khem (Egypte) ne parlent pas de leurs origines. Ils disent qu'ils sont plus anciens en Khem que les humains. Ils vivaient avant l'ère dynastique avec leurs cousins, les mythiques Grands Chats de Kyphur, les mystérieux Chats d'Ulthar, les Mau sombres, tachetés et émaciés (felis catus), les felins des sables et des jungles (felis silvestris libyca), les grands chats sauvages (felis chaus), les Abyssiniens.

      Ils luttent contre les Penou (Rats) et surtout contre les Sethites, s'alliant aux Singes brillants (les humains de Khem), aux Osiriens, aux Chacals d'Anpu et aux Loups de Wepwawet (Arpenteurs silencieux). Ils ont même régné sur l'ancienne cité de Per-Bast (Bubastis) à la fin de l'époque pharaonique (22e-23e dynastie).

      Depuis des milliers d'années, les Chats de l'Ombre déclinent. Les Fidèles de Seth ont enlevé tous les chats de Kyphur et le sang des Hamaal devient incestueux et mourants. La culture des Hamaal est fondée sur la recherche d'un salut pour ce peuple agonisant et sur les Secrets qui les lient à la terre de Khem depuis des millénaires, les Talah et les Yava. On dit que les Sethites auraient gardé certains specimens de Kyphuriens pour faire chanter les Hamaal.

      Le culte du Yava est si important que les Hamaal ne parlent jamais directement. Ils utilisent toujours des métaphores, des périphrases, des énigmes. Le fait de révéler directement une vérité est considéré comme indécent.

    • Brève géographie

      En Egypte, les Mau étaient particulièrement puissants dans quelques villes du Delta dans le Bas-Pays.

      A l'est, à 10 kilomètres de Mit Ghamr, sur la rive orientale de la branche de Damiette du Nil se trouve Tell el-Muqdam (ancienne Ta-remou, "cité aux poissons", capitale du 11ème nome du nord, que les Grecs appelaient "Leontopolis", Cité des Lions), On y adorait Shou, Tefnout et Mahes le lion (Mihos en grec).

      A 80 km au nord-est du Caire, à la périphérie de la ville moderne de Zagazig se trouve Tell Basta (ancienne Pwr-Bast ou Per-Bast que les Grecs appelaient Bubastis.

      Bubastis (avec Tanis) fut la capitale de Basse-Egypte sous la 22e dynastie (vers 1000 avant JC, à la fin du Nouvel Empire). C'était une dynastie libyenne de Seshonq-Sichak, Osorkon,). Il y eut même sous la 23e dynastie un Pharaon Usermare-setepenamun Petubastis (vers 900 avant JC ?) qui porte le nom de Bast dans son titre.

      Per-Bast est la Maison de Bast, centre historique du peuple de Cymaa. C'est pourquoi les Garous comme les Arpenteurs Silencieux les appellent "les Bubastis" (même si nous avons préféré ici utiliser le nom en Kheuar d'Hamaal). La Cité fut détruite lors des invasions perses de l'Egypte (un coup des Ahl-i-Batin et Tâftani pour s'emparer de ses secrets ?), avant même la construction d'Alexandrie. Cependant les ruines de Tell-Basta demeure le plus grand centre de Tanières de Bast ("Den-realms"), les Nexus et Plans subtils des Mages hamaal.

    • Taklah et Tanières d'Alexandrie

      A détailler

lundi 11 juillet 2022

Campagne Momie : La Résurrection (2) Al-ʾIskandarīyah by Night


Al-ʾIskandarīyah (الإسكندرية) contient quelques esprits surnaturels, et des "Ghûls" (Vampires) dont voici quelques-uns : 
  • Ionna

    Sources : Voir World of Darkness, p.112, Rage across Egypt, p.50.

    Ionna est née à Alexandrie au début du VIIe siècle, avant la Conquête musulmane (et donc 300 ans après Hypatia). Elle fut vampirisée par Marcellus, un Artifex (Toreador, ce clan est aussi appelé plus tard les Mamelouks, non pas en hommage aux souverains turcs mais pour symboliser leur servitude vis-à-vis de leurs passions). Quand les derniers restes de la Bibliothèque furent détruits, elle rivalisa avec les Seshatu pour "préserver" le plus de livres. Elle possède encore à présent un fonds important qui a échappé à l'Ordre d'Hermès et à la Bibliothèque Posthume d'Hypatia. Depuis la fin de Marcellus, elle aurait pu devenir la Princesse d'Alexandrie mais n'est pas très intéressée par la domination politique.

    Elle vit sous terre, cachée avec ses livres. Elle est grande, élégante, belle, très calme et réservée mais garde encore un peu de curiosité pour la connaissance.

  • Seneca et les Lilim

    Sources: Cairo By Night, p.78-79 (voir aussi Angelique, p.153).

    L'ancien Clan Cappadocien (Qabilat al-Mawt, "clan de la mort" en arabe) a laissé quelques agents comme l'ancien Lazare (à Sainte-Catherine ?) ou Angelique, Reine de Saqqara. Seneca, protégée de Lilith, dirige les Lilim d'Alexandrie (Lilith elle-même étant au Caire). Leur but principal est de lutter contre le Clan Giovanni.

Avant de continuer ce cycle sur les Momies, j'ai décidé de faire un petit détour par Set/Sutekh, qui dans le Monde des Ténèbres était à l'origine un Vampire et non pas une vraie "divinité". Mais comme "Set" est aussi un dieu serpent dans Conan de Howard, ce "Set" est aussi associé à Apep/Apophis le Serpent (le Wyrm), qui est l'équivalent du Mal Corrupteur absolu dans cet univers pessimiste.

Set a fait l'objet de deux suppléments pour Vampire: The Masquerade ; Clanbook: Setites (1995) par Richard Watts, qui fut réadapté et remis à jour pour l'Année du Scarabée à thème égyptien en Clanbook: Followers of Set (2001) par Dean Shomshak. Entre temps, il y avait aussi eu un roman, Clan Novel: Setite (1999) par Kathleen Ryan, avec un protagoniste sétite nubien, Hesha Ruhadze (qu'on voit aussi sur la couverture du supplément de 2001). Kathleen Ryan doit aimer ce Clan car c'est aussi elle qui écrivit ensuite l'autre roman sur les Sétites à Constantinople au Moyen-Âge Dark Ages: Setites (2003).

Les Sétites ou Mesu Bedshet (Enfants de la Rébellion) sont un clan de Vampires "plus maléfiques que la moyenne" qui ont refusé de faire partie de la Camarilla de la Mascarade (l'organisation qui regroupe en gros les sept clans habituels des PJ, rebelles Brujah, bestiaux Gangrel, déments Malkavian, monstrueux Nosferatu, esthètes Toreador, mages Tremere et politiciens Ventrue) mais sans rejoindre non plus la faction opposée du Sabbat (encore plus organisé dans sa structure religieuse caïnite et dominé par les Lasombra et les Tzimisce). 

Ils sont donc indépendants, comme le clan des Ravnos d'Inde (clan qui a d'ailleurs aussi une section égyptienne dite "alexandrite" et qui se prétend descendre d'adorateurs d'Aton, qui aurait été adversaire à la fois de Set et d'Amon-Ré).

L'identité des Sétites est fondée sur la corruption. Leur but essentiel est de corrompre les individus ou les institutions, et ils se sont spécialisés dans les stupéfiants. Leur discipline appelée "Serpentis" consiste essentiellement à prendre certains pouvoirs des serpents comme un regard hypnotique, une peau écailleuse ou des crocs. Les plus puissants peuvent se transformer en cobra géant.

Vampire: The Masquerade avait une explication évhémériste (ou ici, "vampirocentrique") où tous les dieux égyptiens ne sont que des mortels divinisés (cela sera en partie atténué dans d'autres suppléments). Ra était donc un prince pré-dynastique et il aurait fait enterrer vivant Geb (qui fut donc associé à la Terre) et exposé Nout aux vautours (qui devint donc déesse du Ciel). Osiris fut vampirisé par "Typhon", un "Antédiluvien" qui serait le fondateur des Lasombra (mais le nom de "Typhon" fut ensuite repris par Set et devint simplement un titre dans l'organisation sétite). Tous les récits sur l'immortalité n'auraient donc été à l'origine qu'une mauvaise interprétation (ce qui est contredit directement ensuite par l'existence des "Momies" comme catégorie d'immortels séparés). Set, lui, aurait été vampirisé directement par Zillah, une épouse de Caïn (Zillah vampirisa aussi l'Antédiluvien des Nosferatu et des Assamites). Il aurait participé aux guerres des premières générations antédiluviennes et les Sétites sont allés jusqu'à prétendre qu'il aurait créé son propre lignage indépendamment de Caïn - ce qui expliquerait la croisade que le Sabbat, qui se réclame d'une forme de "caïnisme" orthodoxe, contre les Sétites.

Quand la Ligue Osirienne, Horus et ses Momies réussirent à vaincre le règne des Sétites, les "Sept Fléaux" (voir Mummy 1e édition), qui ont la même immortalité que les Momies, ne furent pas assez pour renverser le recul - et même Set semble redouter leur pouvoir. 

Une légende (dans la seconde édition) fait d'Alexandre un fils secret du dieu lui-même pour justifier sa conquête de l'Egypte. Le fils d'Olympias serait en tout cas adoré par le Typhoeum d'Alexandrie comme une sorte de Messie sétite. Les Enfants de Set prétendent avoir eu encore sous leur tutelle la dernière des Reines Lagides, Cléopatre VII (à ne pas confondre avec le terme des cleopatra, les Nosferatu nostalgiques de leur beauté perdue). Mais la seconde édition, corrigeant le vampirocentrisme, dit que c'est sans doute du wishful thinking, même si le suicide par serpent renverrait bien à un rituel ophidien.

L'invasion romaine fut la fin de leur hégémonie dans la région mais ils restent plus puissants en Afrique du Nord. Le Moyen-Orien est plutôt sous le contrôle de la Secte des Assamites (Banu Haqim). Ils gardent une grande influence en Egypte moderne et manipulaient la junte militaire. Le culte Abd-al Sobek adore une version de Sobek, le dieu crocodile (qui n'est pas le même aspect que celui adoré par les Mokolé) dans la région du Faiyoum (l'ancienne Crocodilopolis). Le culte hédoniste de Taweret est caché dans l'Oasis de Kharga, au sud-ouest dans le désert libyen. Le culte de Typhon Trismégiste est une organisation occulte. Le Culte des Soeurs de Sekhmet, regroupe des Sétites plus "féministes" qui essayent aussi d'infiltrer les autres Clans (et là encore, cela n'a rien à voir avec les Bubasti félins-garous).

Dans d'autres zones, on trouve aussi les Enfants de Damballah. Ils ont aussi infiltré les sectes vaudous en Haïti - et Raspoutine aurait aussi été une goule Sétite en Russie, même si la Russie est plutôt sous le contrôle des Brujah. Un groupe d'ex-Setites, les Serpents de la Lumière ont rejoint le Sabbat.

dimanche 10 juillet 2022

Campagne Momie : La Résurrection (1)

L'univers de jeu de rôle World of Darkness, centré sur les Vampires, a tenté plusieurs versions de jeu sur les Momies : une première édition par Stephan Wieck en 1992, une deuxième édition par Graeme Davis en 1997 et l'édition "La résurrection" en 2001 dont je vais parler. Puis après la chute du Monde des Ténèbres, il y eut une seconde version, "La Malédiction", Mummy: The Curse (1e édition 2013, 2e édition 2021), que je n'ai pas vraiment étudié (mais où les momies sont censées se rattacher à une civilisation magique antédiluvienne, pré-dynastique, "Irem"). 

Mummy n'a jamais été un grand succès dans ces gammes, sans doute en partie parce qu'elle détonne, elle n'entre pas bien dans les catégories de l'Horreur personnelle et du "Monstre Intérieur" de VampireWerewolf, Risen, ou Wraith. C'est bien plus clairement un jeu de rôle de superhéros puisque l'Immortalité y a moins de pathos et est plus liée à un combat plus "manichéen" contre Set et Apophis. Cela me paraissait plus jouable et plus simple que Wraith, où le fait de jouer aussi ses angoisses et refoulements me semblait assez difficile. 

Les Parties du Soi et l'Immortalité

La 3e édition partait de l'idée qu'on joue un être double : un humain contemporain qui partage son identité avec des portions de l'âme d'un mage ou d'un guerrier d'Horus et d'Isis de l'Antiquité. On n'est donc pas exactement un Egyptien immortel invincible comme dans les deux premières éditions mais pas non plus un Nephilim parasitant un corps, on est plutôt une symbiose entre deux êtres : la partie égyptienne antique est venue compléter et ressusciter la partie contemporaine et cela crée une fusion entre les deux parties distinctes de sa personnalité. Un avantage à cette dualité est qu'on peut choisir de jouer un Egyptien de l'Antiquité tout en donnant des explications sur le fait qu'on ignore ce qu'il devait savoir ou qu'on ne partage pas toutes ses valeurs si on le désire. 

Tout le jeu repose sur 5 parties de l'âme (en plus du Nom et du Corps) : le Ka (l'âme qui cherche à préserver le Corps), le Ba (qui préserve l'identité psychologique), le Sah(u) (l'esprit comme conscience morale), le Khu (selon le jeu, la créativité) et Khaibit (l'Ombre des pulsions). Chaque partie humaine a dû manquer d'une de ses parties pour être complétée par celle de la Momie. On peut aussi jouer des "incomplets". 

Un trait particulier des Momies du jeu est qu'elles ne peuvent (pour la plupart, sauf les Incomplets) régénérer toute leur énergie (leur "Equilibre") que si elles sont dans le Croissant Fertile, ce qui a dû nuire au jeu : on ne peut jouer en campagne qu'en demeurant dans le cadre du Moyen-Orient entre l'Egypte et l'Irak à peu près (même s'il existe des extensions pour jouer des momies de sociétés précolombiennes ou chinoises). 

Alexandria (al-ʾIskandarīyah) By Night

J'avais pris en 2003 des notes pour préparer une campagne à Alexandrie (Voir Mummy p. 162-163) mais hélas, la plus grande partie des notes conduit maintenant à des pages qui n'ont pas été archivées (ce qui est une jolie mise en abyme de la sublime perte d'informations à travers les sédimentations des sables d'Egypte et la destruction de la Bibliothèque). 

Un des thèmes de la campagne d'Alexandrie est que Hypatia, la mathématicienne rendue célèbre par Promethea et Agoraest une Fantôme qui règne sur un autre Plan sur la Bibliothèque de l'Hadès (ou le Musée des Cendres). 

Dans le Monde des Ténèbres, les objets qui sont très désirés, convoités, adorés, valorisés peuvent aussi laisser une empreinte psychique et donc une sorte d'Ombre ou de Fantôme. C'est assez rare car le Plan des Ombres est fait d'esprits quasiment uniquement, sans aucun objet en dehors d'une poignée de reliques légendaires. Mais la Bibliothèque d'Alexandrie est l'un de ces rares "objets" fantasmatiques qui subsiste sur un autre plan après sa crémation dans le monde matériel. 


Hypatia était fille du géomètre Théon, dernier dirigeant du Mouseion d'Alexandrie dans les dernières années de l'Empire romain. Elle était païenne, néo-platonicienne, mathématicienne et astronome. On dit qu'elle était mariée au philosophe Isidore mais aussi qu'elle était vierge. Les Chrétiens d'Alexandrie lui reprochaient surtout d'avoir trop d'influence sur le Préfet Oreste (et de l'avoir ensorcelé). Pendant Carême de l'An 415 de notre ère, une foule de Chrétiens menés par le nouvel évêque Saint Cyrille (XXIVe Patriarche) vinrent chercher Hypatia, après une émeute contre les Juifs de la ville. Ils l'accusèrent d'idolâtrie et de sorcellerie. Elle fut lacérée et déchiquetée avec des tessons (ou selon certains, avec des coquillages) dans l'Eglise du Caesarium et ensuite brûlée.

C'est alors que commence une nouvelle période dans l'existence d'Hypatia [Ce qui suit est librement inspiré du supplément Wraith: Hierarchy, p. 22, p. 99].

Hypatia reprit conscience, encore pleine de plaies et de haine, dans une zone morne des Ombres, qu'elle appela "la Prairie des Asphodèles" (Asphodelos Leimôn) en reprenant le nom que lui donnait Homère. Elle reconnut là la triste pénombre qui n'est ni le Tartare ni les Champs Elyséens, mais la grise langueur de l'Hadès.

Elle descendit la Tempête des Âmes avec les Faucheurs et les Psychopompes, vers la Cité StygienneCharon en personne, le Psychopompe et le Caesar de cette cité infernale, l'accueillit.

La culture d'En-Bas reflète celle d'En-haut. Charon fut un despote oriental, un Premier consul puis un Empereur. Par la suite, il divisa même son autorité entre ses vassaux quand les mortels développaient la féodalité. La modernité n'arrive que lentement dans les Ombres. 

Comme Hypatia d'Alexandrie était morte de manière particulièrement violente, elle aurait dû rejoindre la Légion Terrible, les cohortes du Sénateur Souriant sur son Trône des Eaux Brûlantes. Mais c'était la prérogative de la Dame du destin ou de l'Imperator Charon de choisir certaines Âmes en Peine et de les retirer du sort commun des trépassés.

Tous les morts n'arrivent pas jusqu'à la Cité stygienne. Certains se perdent pour toujours. D'autres, si on croit des Hérésiarques, atteignent d'autres domaines ou la Transcendance. Charon n'avait pas d'Aristote ou d'Appolonios de Rhodes dans son Sombre Royaume pour la relique ptolémaïque.

Il avait donc une mission à confier à Hypatia : la Bibliothèque stygienne, registre des ouvrages disparus et des fantômes écrits. Hypatia accepta avec plaisir et s'enferma dans l'énorme Bibliothèque et elle est devenue la gardienne des plus grands secrets détruits par les vivants.