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samedi 31 mai 2025

[Récit de cauchemar] Le présent absent

Nous nous levons à 5 heures du matin parce que mon fils adolescent doit partir en car pour un stage de judo avec toute son équipe en Belgique, pour ce long week-end avec le Pont de l'Ascension. 

***


Le car opaque part à 6 h avec ses 50 élèves. Je vois que mon fils est resté là sur le bord, en uniforme de judo. 

Nous allons prendre un petit déjeuner dehors comme il est tôt et nous ne pensons même pas à rentrer ou aller nous recoucher. Nous procrastinons longuement dans un café où les sièges sont des sortes de sphères des années 1970 remplies de coussins (un peu comme dans The Prisoner).

Il me dit qu'il est très préoccupé par l'absence d'un ami pour le stage, et se demande pourquoi cet ami a raté le car. 

Puis soudain, après un temps qui semble immense, je prends conscience que c'est anormal. 

"Mais pourquoi n'as-tu pas pris le car toi-même alors que nous étions à l'heure et que tu as même déposé ta valise à l'intérieur du car ? 

- J'étais descendu pour jeter un trognon de pomme. 

- Mais on laissé repartir le car ! Tu as raté tout ton stage de judo, Mellon ! Il est trop tard maintenant, ils sont déjà arrivés en Belgique !

- oh non. 

Il fond en larmes. Je me demande comment j'ai pu ne pas en prendre conscience sur le coup et suis submergé par un sentiment de culpabilité.

Je me réveille en sursaut. 

Je m'étais rendormi après l'avoir accompagné et toute l'histoire était un mélange entre le début réel (en gros le premier paragraphe de ce récit) et le fait que mon rêve avait réussi à éliminer le fait que je l'avais bien vu partir. 

Comme d'habitude, toutes mes angoisses sont toujours représentées par des transports et des retards, ce décrochage effrayant entre le mouvement inexorable du monde qui continue sans le sujet et sa propre acceptation subjective de la durée. Le voyage est toujours pour moi, un peu comme le travail, un moment où on fait l'expérience de ne plus être à soi, d'être balloté en se voyant ne plus être qu'un sujet prisonnier dans un processus et où chaque étape peut rappeler qu'elle aurait pu ne pas être. L'effrayante contingence du fait d'être là à temps est comme un refus d'être "embarqué" dans ce temps. 

Ce décalage où nous continuons d'agir sans remarquer l'anomalie est lié à ma peur de la démence sénile.

mardi 4 février 2025

Celui qui dans son ciel riait au bruit des clous

(Récit de cauchemar)

J'ai un long clou (ou une longue vis ?) qui est enfoncé profondément dans l'arrière du crâne au niveau de l'occiput, avec la tête du clou qui dépasse encore hors de ma tête.

Ce n'est pas douloureux et je m'y suis déjà habitué, même si c'est gênant comme le sentiment d'une écharde. Je me dis que j'ai eu de la chance que cette percée dans ma tête n'ait pas affecté ma pensée et qu'il faut que je fasse attention de ne pas le toucher ou le bouger ou bien les mouvements du clou à l'intérieur du cerveau vont commencer à l'endommager de manière irréversible. 

Mais je ne résiste pas à triturer machinalement la tête du clou et le bouge un peu. Paniqué, je me demande si cela a dû détruire des millions de neurones déjà. 

Je décide de l'enlever d'un coup sec (je ne ressens aucune douleur) mais je crains alors que le retirer déclenche une hémorragie. Un sang de cartoon jaillit avec un bruit humoristique. 

*

Je me dis alors (toujours dans le rêve) qu'heureusement ce n'était qu'un rêve ou bien mon geste aurait été dangereux, mais que comme dans la réalité, j'ai en fait toujours ce clou depuis longtemps dans le cerveau, le rêve n'a pas pu le retirer. Je vais donc me retrouver toujours avec le même clou, comme avant.

Je me réveille (réellement cette fois) avec quelques instants d'hésitation sur la réalité de cette dernière phase et presque l'envie de vérifier avec ma main s'il y a quelque chose qui sortirait de mon crâne. 


Cela fait très longtemps que je n'ai plus fait cours sur Phineas Gage

On devine aussi l'interprétation freudienne directe sur la castration symbolique.

mercredi 29 janvier 2025

Cauchemar : Der Euler der Minerva

Je suis dans le RER et je dois aller enseigner en cours. 

Je passe alors devant la station "Euler" (cette station n'existe pas). Je me dis que j'ai justement dans mon sac le tome des Leibnizens mathematische Schriften: Briefwechsel avec sa correspondance avec Euler (cette correspondance n'existe pas non plus, Euler avait 8 ans quand Leibniz est mort). Je me dis que ce serait dommage de ne pas laisser le volume de correspondance à la station qui porte le nom d'Euler. Je descends du RER et cherche un endroit où exposer bien en évidence la correspondance puis je repars, très heureux de ce que j'ai fait. 

Puis, j'arrive dans mon lieu de travail (qui n'a rien à voir avec le lieu réel) et je me dis que mon acte était absurde et que je ne le comprends plus du tout. Je culpabilise beaucoup et me demande si je suis devenu fou. Je me dis qu'il faut que j'aille récupérer le volume et que je ne vais pas le retrouver car personne ne laisserait ainsi un volume des Leibnizens mathematische Schriften: Briefwechsel sans vouloir le prendre. Je me dis que je risque de ne jamais le retrouver, même d'occasion car il est très rare. Mais je ne peux pas revenir en arrière tout de suite car je dois faire cours. [Je n'ai pas le temps de faire l'Euler-retour.]

La journée passe en une ellipse et je repars à la station "Euler". Il n'y a plus aucune trace du livre et je suis si horrifié que je me réveille avec un sentiment de honte ou de culpabilité.

vendredi 3 janvier 2025

Deux cauchemars

Je suis dans un restaurant d'un hôtel loin de chez moi. Ce restaurant est construit à l'extérieur en plein air, sur une butte avec deux niveaux autour d'un écran géant qui est allumé. Le tenancier de l'auberge m'a demandé comme service de surveiller pendant peu de temps son restaurant qui est plein de clients déjà tous attablés. Je n'aurais pas à servir, juste à veiller debout à ce que tout se passe bien. Je passe à travers le restaurant. Il y a un chat dans un coin, dans un panier, et je me demande si c'est bien hygiénique. Le chat me paraît curieusement irréaliste, ressemblant davantage à un chat d'anime japonais qu'à un chat réel, notamment des yeux ronds et une absence de détails sur son pelage. Il s'enfuit et je crains d'avoir complètement failli à ma tâche qui semblait pourtant assez simple. 

Je suis le jour de la rentrée (le lundi 6 janvier prochain, qui m'angoisse beaucoup, je ne sais pourquoi). Je me dis que je ne dois pas oublier de reprendre le travail mais je me le redis à chaque heure en continuant d'oublier que l'heure est déjà en train d'être dépassée. Je n'habite pas du tout chez moi à Paris mais dans un appartement en face du Centre Pompidou à Beaubourg (où j'avais accompagné des élèves d'une classe de terminale littéraire il y a quelques années). Je croise alors dans la place devant Beaubourg une file d'anciens élèves (qui ne sont pas du tout de vrais anciens élèves mais des enfants de mes anciens voisins - nous venions de parler la veille de mon ancien logement). "L'élève", qui a son âge de l'époque où j'habitais là-bas alors que je l'ai déjà croisée depuis, me reconnaît et me fait un compliment mais je prends alors conscience que je viens de rater ma rentrée et qu'il est trop tard. Je ne culpabilise pas tellement d'avoir manqué les cours mais plutôt de n'avoir aucun motif valable en dehors de cet oubli insensé. 

samedi 27 avril 2024

[Récit de rêve] Drang nach Osten

Je suis un peu plus jeune que dans la réalité et sans famille. Le gouvernement annonce sa décision de supprimer la philosophie remplacée par un cours d'alphabétisation, de remplacer tous les enseignants par uniquement des contractuels et je suis renvoyé. 

Je me dis que c'est peut-être un mal pour un bien comme je ne sais décidément rien faire et que ma seule solution est de me faire embaucher comme mercenaire chez le Tsar Pierre le Grand. Mais il n'embauche que des Hessiens et je ne parle aucune langue. 

Je pars vers Saint-Petersburg (je ne me souviens pourtant d'aucun moyen de transport, il y a une ellipse). Je crois que je suis un mélange de Barry Lyndon et du Baron de Munchausen. Je prends bien soin de me raser la barbe comme je pense que je remplirai au moins ce critère pour le Tsar. 

Je parviens dans la ville mais ne suis pas recruté, comme je ne parle pas allemand ou russe et que personne ne parle français. Je me dis que mes études ont été décidément bien vaines. 

Je continue donc plus à l'est et me perds dans une demeure de glace avec la musique de Docteur Jivago

jeudi 16 novembre 2023

Car la vie est un songe un peu moins inconstant (Le Guern 662)

Dans le rêve, je dois faire une conférence (sur Hegel) dans une sorte d'association de chercheurs qui possède un hôtel particulier (sans doute en souvenir de certaines maisons possédées par le CNRS). Mais ce n'est pas du tout comme une salle de conférence, c'est plutôt comme une salle d'examen où je parlerais face à un jury derrière une table. Ils sont tous plus jeunes que moi, des étudiants d'une vingtaine d'années. Aucun n'a de visage, mais je n'ai pas une imagination très visuelle. 

J'arrive sans avoir rien préparé et ma conférence est d'une grande médiocrité, un tissus de banalités et de remplissages qu'on pourrait trouver sur Wikipedia. 

Pourtant, je crois au début avoir réussi à faire illusion avant qu'ils m'interrompent au milieu de mon exposé sans trop d'explication comme s'ils s'étaient lassés. Ils ont clairement décidé de ne pas perdre plus de temps à écouter un texte aussi peu original qui ne leur apporte rien. Ils me laissent à ma place d'orateur mais commencent à parler longuement entre eux des affaires internes de leur association comme si je n'étais pas au centre de la pièce devant eux. Je rougis de honte et je me tais, toujours assis devant eux alors qu'ils continuent l'ordre du jour de leur réunion. 

A ce moment, je me suis réveillé pendant quelques minutes, me suis souvenu clairement de mon rêve et me suis rendormi. 

Je ne me souviens pas qu'un rêve se soit ainsi continué en deux phases avec une continuité aussi claire qui créait une étrange irréalité. 

Je rêve à nouveau. Je suis toujours dans le même hôtel particulier aux murs blancs où j'avais eu mon fiasco de conférence. Je crois que c'est à Paris mais le contexte semble impliquer que moi je ne dois pas habiter Paris car les organisateurs me disent que je resterai dormir ici dans la chambre prévue pour les invités. C'est une sorte de salon qui ressemblerait à un salon privé mais qui est utilisé par l'association pour leurs réunions. Je défais ma valise, je vais me coucher dans une sorte de canapé-lit ouvrable, et quand je me réveille, toute l'association est présente depuis déjà longtemps dans le salon devant mon lit défait. Les gens y sont habillés de manière formelle comme pour un colloque alors que je ne suis pas du tout en condition d'être vu en public. Pourtant mon irritation envers leur impolitesse commence à l'emporter sur mon embarras. 

Et je me réveille à nouveau avec des sentiments tourmentés. 

jeudi 27 avril 2023

Cauchemars récents

Dans le premier cauchemar, je suis en vacances dans un hôtel-restaurant et je perds mon téléphone portable. Je le prends avec un certain détachement. Le patron du restaurant revient de la cuisine et dit que je dois appeler mon téléphone en utilisant le quart de melon que j'ai mangé et qui a été rapporté en cuisine après le repas. Il faut que je mâche le reste de mon melon et pas un autre et cela devrait me connecter à mon téléphone - mais les melons de la pension complète ont tous été jetés ensemble dans le même plat. Je dis que je ne veux pas mettre ma bouche sur divers reliefs à demi mangés sans être certain de pouvoir retrouver "le mien" et je commence à devenir plus anxieux de cette solution que de la perte initiale du téléphone. 

Je pars de la ville avec ma famille vers la gare. Nous attendons sur le quai mais je dis que je dois vite aller chercher quelque chose mais que je vais revenir tout de suite. J'ai un peu peur de ne pas avoir le temps de revenir avant que le train n'arrive et je ne me souviens pas pourquoi je dois aller dans un bâtiment à ce moment-là. Je me perds alors dans une sorte de château touristique et je vois tout un groupe scolaire d'élèves qui m'empêchent de sortir. 

Je croise alors dans un magasin de presse de la gare toute une famille. Le père de la famille ressemble à une taupe. Il veut à tout prix se faire psychanalyser par tous les gens qu'il rencontre et raconte des détails intimes insignifiants sans aucun égard pour le fait que personne ne veut l'écouter et toute sa famille réagit comme si nous devions tous être passionnés par ce qu'il nous raconte (peut-être un peu comme une culpabilité face à ce rêve que je suis en train de raconter). 

J'attrape une maladie (qui me semble être une sorte de mononucléose) et vais voir le docteur qui me dit qu'il a un traitement révolutionnaire. Il l'a découvert par accident alors qu'il cherchait un remède contre une maladie qui déformait le corps en une sorte de cendrier bleu étrange, qui ressemblerait plutôt à une statue d'art moderne ou un bec de canard. Le seul défaut de ce traitement est qu'il a un très infime risque au contraire de me donner la maladie qu'étudiait le médecin initialement. J'accepte de reprendre rendez-vous pour le traitement sous la pression du médecin mais le jour du traitement, devenu plus circonspect, je change d'avis. Irrité, il me dit alors que cela me coûtera 950 euros, même si je refuse de le prendre et j'hésite alors soudain devant la perte d'argent. 

Je suis encore élève au lycée et je suis délégué de mon établissement à une réunion de district dans un autre lycée. La réunion n'a aucun intérêt et je me reproche d'y être allé. Je sors de la salle en oubliant mon cartable et lorsque je reviens sur mes pas, on m'interdit d'aller le reprendre en disant que je ne peux pas assister à cette autre réunion dans la salle. 

dimanche 1 janvier 2023

Récit de rêve : La baignoire du refoulement

(Rêve fait la nuit du 30 au 31 décembre)
Dans ce rêve, je n'aime pas tellement ma personnalité, assez désagréable et sarcastique. 

Une personne qui ressemble à la chanteuse A. Asknes me fait visiter son appartement mais nous n'avons que des rapports froids et distants. L'appartement n'a aucune porte intérieure. C'est un espace avec d'un côté un salon-salle de bain sans aucune séparation (une "salle de bain à l'américaine"...) et de l'autre deux couloirs de buanderie autour d'un mur central orthogonal à la première pièce. La baignoire est particulièrement étrange, avec deux bains reliés par deux rampes qui descendent vers les étages inférieurs comme une rampe de bobsleigh ou bien comme un tapis roulant de valises dans un aéroport mais inversé en inclinaison vers le bas. Comme dans tant de rêves, cette architecture absurde ne semble presque pas m'étonner. 

Elle a l'air très préoccupée de moisissures brunes sur les murs mais je fais remarquer avec peu d'empathie qu'il y en a tellement que cela ressemble presque à des veinures sur du marbre. 

Elle me dit qu'elle va utiliser une mousse anti-moisissures conseillée par une de ses collègues et je tente de l'en dissuader. Elle met la mousse qui commence à se multiplier le long de l'appartement en un éclair et finit par descendre le long de la rampe de la salle de bain vers les étages du bas, à la vitesse d'un cheval au galop, comme une réaction chimique explosive. 

Cela emporte le pommeau de douche vers le bas en devenant un torrent d'eau. Je prends conscience que l'eau va faire des dégâts et je commence à saisir le pommeau mais en le rattrapant de la rampe, il se met à déclencher une sorte de ressac, un nouveau torrent qui remonte la rampe et envahit tout l'appartement.

Le niveau des eaux monte autour de nous et on voit tous les objets et meubles de l'appartement emportés dans une sorte de circuit, descendant la rampe vers le bas et remontant ensuite par l'autre rampe en un tourbillon très rapide, et le personnage qui me représente a l'air plus amusé qu'effrayé ou surpris. 

mercredi 16 février 2022

Déchaînés

 (Récit de "cauchemar" de cette nuit)

Je suis sur un bateau qui semble être une sorte de bateau à aube ou une péniche, sur un lac comme les lacs de Vincennes. 

Une personne âgée donne à manger à un canard qui est monté sur le pont. Je lui dis de ne pas le nourrir et il me semble manifeste que je ne le fais pas par souci de ne pas perturber le régime alimentaire des palmipèdes (comme il est marqué dans tous les parcs) mais par égoïsme parce que je ne veux pas voir arriver d'autres canards sur le pont. Il ne lui donne pas des miettes de pain mais une feuille d'arbre très verte (n'en trouverait-il pas facilement si c'était ce qui l'intéressait ?). 

Quand je chasse le canard et dissuade la personne âgée, une seconde personne âgée jette, par mimétisme et rivalité avec la première, un tas de feuilles et une nuée de canards se jettent sur le pont dans une scène que je crois avoir ressentie comme angoissante, voire hitchcockienne alors que je la trouve juste marx-brotheresque maintenant en l'écrivant. 

Ces jours-ci, on m'a fait remarquer que mon masque FFP2 me donnait un air de bec de canard mais le sens du songe demeure opaque. 

dimanche 9 mai 2021

Le rêve de Kino-pravda

Dans ce rêve-là, il est présupposé que je suis un réalisateur même s'il n'est pas précisé si c'est une aspiration ou une profession. 

J'ai décidé de faire un "documentaire" sur une grande Cité Universitaire dans un campus américain qui n'est pas précisé (mais qui évoque plus la Cité Universitaire parisienne par la mosaïque des styles qu'un de ces Campus pseudo-néo-gothiques). En fait, cela évoque plus le côté artificiel des Expositions Universelles du siècle dernier avec des Pavillons exagérément baroques. Bizarrement, je n'ai ni équipement, ni caméra ni entourage avec moi comme si je croyais que mon regard en repérage suffisait à faire du vrai "cinéma-vérité" sans aucun instrument. D'ailleurs, comme souvent dans mes rêves, je me vois de l'extérieur comme s'il y avait une autre caméra "objective". 

Je suis dans un "quartier africain" de cette Cité U (le plan sépare des continents mais n'a pas ensuite d'exactitude dans les zones par nation) et il n'y a que diverses délégations de pays subsahariens, anglophones ou francophones. Les gens me font le reproche que mon documentaire n'aura aucune utilité ou originalité comme il y en a déjà eu un, déjà connu, du réalisateur Chris Marker (ou était-ce William Klein, je ne me souviens même pas s'il était explicitement nommé, c'était plus un air de famille avec ce genre de nom ?). Je n'ai pas l'air de craindre cette concurrence mais j'erre sans aucun plan dans des architectures hétéroclites qui évoque un imaginaire pas du tout post-colonial. 

C'est un labyrinthe où tout serait en un plan séquence un peu tourbillonnant ou vertigineux, puisque à chaque pas dans la Cité du Campus je franchissais des portes à travers des époques et des pays qui ne se jouxtent pas dans la géographie réelle. Je crains de faire irruption ainsi chez eux et d'être un voyeur plus qu'un documentariste. Les divers habitants agissent en effet comme si j'étais un spectre invisible. Je me prends un peu pour un Jean Rouch ivre, complètement désorienté ou désemparé. 

J'assiste à une conférence de X, un auteur que j'aimerais écouter (car je souhaite pouvoir m'adresser à lui) mais je rate une partie de l'intervention en allant aux toilettes. Je culpabilise et cours pour revenir et m'aperçois que j'ai oublié mon masque (alors que le contexte de la pandémie ne semblait pas du tout visible auparavant). Je me cache la bouche avec la main et m'enfuis, craignant d'être considéré comme un goujat, de plus en plus perdu entre diverses maisons. 


Commentaire

Pas mal de ressemblances avec le précédent, notamment le fait que je ne me souvienne du rêve que lorsque je le "code" comme un film (il y a même eu un rêve où je me souviens d'une "didascalie" ou d'un générique du songe où il était dit que je serais joué par Martin Landau, mais celui de 1959 dans La mort aux trousses -. Pourquoi Landau alors que d'habitude, je me disais plutôt que mon père serait joué par Michel Constantin ?). 

Et dans les deux cauchemars, ce qui m'angoisse est cette suspension où je choisis de sortir et me sens soudain paniqué à l'idée de rater quelque chose

Le contexte néo-colonial vient bêtement de lectures de bd remontant à l'après-guerre où je me faisais remarquer qu'il a fallu du temps pour que l'Afrique cesse d'être dans l'imaginaire ce grand autre à fantasmer. 

Sans rapport direct, et pour une fois, je me souviens aussi d'un rêve agréable et plus seulement d'un cauchemar (et de wish-fulfillment au premier degré tellement transparent que ce ne serait pas très drôle à raconter, en gros un autre auteur D.K.L. me faisait des compliments complètement absurdes).


lundi 8 janvier 2018

Récit de cauchemar


Pour continuer dans la série des cauchemars dont j'arrive à me souvenir.

Je suis dans un cinéma et c'est un multiplex mais le film n'est pas précisé. Je me dis qu'il est dommage que je n'aie pas entendu la musique qui était dans un film antérieur (je suppose qu'il s'agit d'une série de blockbusters) et qui me permettrait de mieux apprécier ce film-ci.

Je décide alors (et cela me semble être un pari raisonnable dans la "logique" du rêve) que je dois quitter la salle, au risque de rater une partie du film pour aller illégalement dans une autre salle écouter cette musique (car le multiplex doit sans doute diffuser en parallèle le premier épisode). Je perds une chaussure noire dans la salle obscure et je la laisse au sol sous ma chaise en me disant qu'elle me permettra de prouver que j'étais bien là quand je reviendrai.

Je sors de la salle, un peu angoissé, non pas seulement parce que je resquille mais parce que je ne suis pas sûr de bien estimer les temps et si je vais rater une part trop importante du film en faisant le pari d'écouter la musique en resquillant et en m'insinuant dans l'autre salle.

Je clopine très lentement avec une seule chaussure et le changement de salle demande de marcher sur le toit gris d'un complexe industriel. L'autre salle semble être assez éloignée, dans une autre aile du multiplex et je marche comme un voleur honteux en me disant que mon choix est complètement irrationnel, surtout si je ne récupère jamais ma chaussure. J'ai l'impression que l'itinéraire est interminable comme si le rêve se ralentissait soudain sur chaque centimètre parcouru.

Et là, je me réveille, assez anxieux juste avant que le réveil ne sonne.

Auto-analyse :

Comme dans le précédent, c'est une inhibition morale sur des choix irrationnels ou un complexe de l'imposture, mais il y a quelque chose de plus précis : mes cauchemars font souvent référence à des objets perdus (et j'imagine que si je croyais à de la mythologie freudienne, cela se réduirait à de la castration).

Dans un autre cauchemar très analogue, je suis dans un train où j'ai mis des valises et je vois d'autres articles laissés au quai et lorsque je redescends pour les chercher le train part sans moi et je me reproche de n'être pas redescendu en gardant toutes les valises avec moi. J'ai l'impression qu'il s'agit de la même anxiété déplacée sur l'encombrement et l'aliénation, y compris dans la vie quotidienne où je ne cesse d'avoir peur de perdre clefs, papiers ou copies. Ces valises et la chaussures semblent être la peur d'être fragmenté et de dépendre de cette fragmentation, comme si l'idée même d'une pluralité d'objets dont je suis dépendant était quelque chose de fondamentalement anormale. Et depuis l'enfance, j'ai un rapport assez névrotique à l'oubli comme si je redoutais plus de tout cette dispersion où je perdrais mes pensées et où il faudrait que je les revisite sans cesse pour vérifier si elles sont bien là (ce qui explique sans doute le fait d'écrire des blogs même si plusieurs sont quand même effacés par le temps). L'objet perdu n'est pas "tranché" comme dans la castration mais plutôt angoissant par son caractère extérieur, facultatif ou amovible.

Ou alors il y a aussi la crainte que je ne puisse jamais faire de la recherche sérieuse en remontant sans cesse à des détails inessentiels via des chaînes d'associations et sans arriver à me concentrer sur le présent et sur le travail à faire (et de manière générale, une anxiété sur une culture réduite à des renvois où je perdrais le fil). Non, là, je surinterprète.

Je venais de lire juste avant de dormir un chapitre de Walter Burkert sur la toison d'or (Homo Necans, chap. 2 : il y rappelle que Thyeste - dont le nom ressemble au mot "θυσία", sacrifice, vole un agneau d'or à Atrée avant que celui-ci ne le force à dévorer ses enfants) mais je ne crois pas que la chaussure perdue soit une allusion à Jason et sa sandale perdue mais je me suis souvent interrogé sur la signification de cette inégalité ou claudication. Mais ce sujet m'entraînerait vers des associations hors sujet (comme les parallèles entre Atrée/Thyeste et Pélias).

dimanche 20 septembre 2015

Un cauchemar d'incompétence


Je me souviens très peu de mes rêves mais mes cauchemars sont d'une platitude décevante et d'un prosaïsme consternant : il s'agit presque toujours d'anxiété réaliste vis-à-vis de ma vie professionnelle, où je souffre d'être d'une incompétence totale, notamment vis-à-vis de mes élèves. J'imagine que la particularité de la philosophie par rapport à d'autres disciplines est qu'on peut toujours se demander légitimement si l'exercice même de sa fonction a vraiment un sens.

Mais dans le cauchemar de cette nuit, les déplacements étaient plus importants. Je n'enseignais pas la philosophie car on m'avait demandé d'enseigner la littérature hispanophone contemporaine dans une université (anonyme et générique). On m'avait signifié qu'on me renverrait si je n'acceptais pas et je n'osais pas dire que je ne parlais pas le castillan.

Je décidai avec une malhonnêteté totale de préparer les oeuvres en traduction anglaise et tombai sur un article d'un grand critique sud-américain (appelons-le X) faisant l'éloge d'un roman fantastique d'un auteur (appelons-le Y).

J'arrivai dans le premier cours et j'avais décidé de commencer en passant en cours la vidéo d'une adaptation de ce roman de Y [alors que dans la réalité, je refuse obstinément de passer des vidéos, je le précise. Et je ne vois pas qui Y est censé être, à part peut-être une version fictive de Borges qui écrirait des romans et pas seulement des nouvelles.].

Mais soudain, un trou de mémoire me fait perdre tous mes moyens et il semblerait que je n'avais même pas écrit de Syllabus du cours. Je ne me souvenais plus du nom de Y dont je devais parler. Je cherche à gagner du temps pendant que la vidéo commence et je tente de retrouver l'article de X sur Y.

A ce moment, un problème technique arrête le film et le site de vidéo en ligne passe à une vidéo sans aucun rapport, un dessin animé sans aucun intérêt et en français.

C'est bien entendu le moment que choisit le critique X, en visite dans la fac, pour arriver dans l'amphithéâtre. Il me demande en espagnol avec perplexité pourquoi je passe cette vidéo dans un cours de littérature. J'oublie aussi le nom de X, comme de Y, et n'arrive pas à lui dire que c'était son propre article sur Y qui  m'avait motivé à choisir cet auteur. Il se rend alors compte que je ne parle pas espagnol (je ne sais d'ailleurs pas en quelle langue nous parlons alors dans le rêve).

C'est toujours à ce sommet d'embarras social que je me réveille, et je ne sais pas si, comme le croit Freud, c'est parce que mon inconscient veut me rassurer en me montrant que ma situation pédagogique pourrait être pire qu'elle ne l'est, ou bien si c'est une simulation d'un scénario du pire quand je veux faire une expérience de pensée.

Mais je ne vais pas aller trop loin dans l'exhibition psychanalytique car l'interprétation "oedipienne" est crédible (au point que je me demande si je n'ai pas organisé sciemment le rêve par avance pour que cela soit le cas) : mon père (qui était portugais) avait perdu les cordes vocales avant de mourir et m'avait appelé au téléphone. Il communiquait par le truchement de sa compagne espagnole que je ne comprenais pas. Et mon père me reprocherait sans doute aujourd'hui de ne pas avoir eu son propre talent linguistique.

samedi 3 novembre 2007

Cauchemars et constats

Allez, un peu de nombrilisme sans intérêt. yeah !

Cauchemars

Je devrais être assez reposé comme je suis en vacances mais je ne cesse d'avoir des cauchemars ou plutôt de m'en souvenir, peut-être parce que je me réveille quand je le veux et non à heure fixe. Ce matin, j'ai rêvé que j'avais une tumeur noire et inquiétante, grande comme tout un cartable (oui, j'ai lu assez de Freud pour imaginer une interprétation immédiate). Dans un autre cauchemar, j'étais enfant dans un hôtel avec ma famille, on voulait nous expulser et je me suis éveillé très angoissé mais je ne sais pas pourquoi.

Cela me fait penser à un cauchemar de Russell que raconte le mathématicien GH Hardy dans son joli A Mathematician's Apology (qui m'emplit de nostalgie pour une époque où un matheux pouvait ainsi citer du Housman ou du Bradley) :

I can remember Bertrand Russell telling me of a
horrible dream. He was in the top floor of the University Library,
about A.D. 2100 . A library assistant was going round the shelves
carrying an enormous bucket, taking down books, glancing at
them, restoring them to the shelves or dumping them into the
bucket. At last he came to three large volumes which Russell
could recognize as the last surviving copy of Principia Mathematica.
He took down one of the volumes, turned over a few
pages, seemed puzzled for a moment by the curious symbolism,
closed the volume, balanced it in his hand and hesitated.…


Le plus frappant est que la prédiction du rêve (qui fait aussi penser aux dernières pages des Mots de Sartre) s'est presque produite - et c'est quelque chose de propre aux ouvrages scientifiques contrairement aux ouvrages philosophiques ou littéraires. Les Principia Mathematica de Russell et Whitehead sont l'un des rares cas d'ouvrages qui a pu changer la science (plus précisément la logique) sans qu'on ait besoin de le lire. Il n'y a sans doute qu'une poignée de mathématiciens et logiciens qui l'ont vraiment lu ligne à ligne cette suite de formules quasi-illisibles, mais l'important était que les résultats, traduits et simplifiés ensuite dans des manuels, existent.

Bugs

Je continue à être déprimé sans aucune raison et manifeste parfois des réactions nerveuses ou lacrymales disproportionnées sans pouvoir comprendre pourquoi. J'ai perdu une quantité idiote d'heures hier à tripatouiller dans le modèle de ce Blog pour tenter en vain d'obtenir des "posts expansibles". J'avais réussi à mettre une expansion mais elle s'ajoutait à toutes les Notes. Mais je ne connais rien au CSS.

Mon portable à 500 euros acheté en août dernier me donne déjà quelques soucis. Le clavier est parfois bloqué sur certains caractères et le click droit notamment ne marche pas bien, alors que le click gauche est au contraire trop sensible.

Je connais des personnes qui s'achètent des chaussures pour se remonter le moral et je fais la même chose avec les jeux de rôle avec un succès très variable. J'ai acheté d20Future, Dark Ages et deux suppléments pour Warhammer, Realms of Sorcery et le très dispensable Apocrypha Now.

d20 Future (acheté en solde à -50%) est décevant après les bonnes critiques que j'avais lues. Le seul bon côté est d'inclure les anciennes races extraterrestres d'Alternity (l'univers de Star*Drive est résumé en une page de manière particulièrement dénuée d'intérêt) et de Star Frontiers (notamment l'une de mes races favorites, les protéiformes Dralasites), et même d'autres idées proposées dans des suppléments édités par TSR comme Bughunter. C'est comme si nous passions depuis quelques années vers une phase nostalgique dans les jeux de rôle (et le charme que je trouve au monde de Greyhawk par exemple doit s'expliquer en partie ainsi).

J'ai cessé de passer mon temps sur le forum Casus Belli. Je me rends compte que cela me coûte trop cher de n'y converser qu'avec d'autres collectionneurs maniaques et complétistes de jeux de rôle qui me ressemblent et qu'inconsciemment j'en viens à émuler.