῎Ατοπον, ἔφη, λέγεις εἰκόνα καὶ δεσμώτας ἀτόπους.
῾Ομοίους ἡμῖν, ἦν δ’ ἐγώ·
On a écrit des thèses entières sur ce terme "ἄτοπος" récurrent chez Socrate (étrange, littéralement "sans lieu", extravagant, extraordinaire, déplacé, absurde, paradoxal, bizarre, contradictoire). Par exemple, Socrate dit (dans le Phèdre 229c-230a) qu'il ne peut étudier les étrangetés monstrueuses des mythes alors qu'il veut comprendre sa propre étrangeté et Phèdre répond que c'est lui qui est ἄτοπώτατος (Phèdre 230c), le plus étrange(r) de tous. Socrate reprend le même superlatif pour se désigner dans Théétète 149a. Alcibiade compare l'atopie de Socrate à Silène (Banquet 221d). Dans le Criton 44b, Criton dit que son songe est bien atopon et Socrate répond que c'est pourtant un songe clair, exactement comme dans ce passage de République 514b.
Glaucon : Étrange, dit-il, cette image dont tu parles, et étranges prisonniers !
Socrate : Semblables à nous, repris-je ;
En passant, "desmotes" (prisonnier) signifie littéralement "lié, enchaîné" et il est drôle que l'allégorie contre le Spectacle ressemble tant à une inversion de la tragédie Prométhée enchaîné : le Titan rebelle est lié parce qu'il a fait descendre le Feu céleste vers ce monde d'ici-bas et le Philosophe sera dé-lié parce qu'il dépasse le Feu chtonien pour remonter vers le Feu céleste. Le Titan sera le bouc-émissaire (pharmakos) pour les humains (dévoré par l'aigle-feu du dieu jaloux) et le Silène-Socrate aussi (mais par l'envie ingrate des humains, par le pharmakon de la κώνειον, de la ciguë).

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