Nous passons maintenant à la 2e partie de l'Allégorie, la Libération d'un prisonnier, et nous sommes près de la moitié des phrases en cette fin de 515c.
Σκόπει δή, ἦν δ’ ἐγώ, αὐτῶν λύσιν τε καὶ ἴασιν τῶν τε δεσμῶν καὶ τῆς ἀφροσύνης, οἵα τις ἂν εἴη, εἰ φύσει τοιάδε συμβαίνοι αὐτοῖς·
λύσις : action de délier, délivrance des chaînes
ἴᾱσις, εως, ἡ, : guérison
ἀφροσύνη, ἡ, (ἄφρων): folie, absence de bon sens, de la vertu de σωφροσύνη (la tempérance comme première étape de la σοφῐ́ᾱ, cf. aussi la φρόνησῐς, la prudence pratique).
Le φύσει ne me paraît pas très clair ici mais les traduction mettent simplement "naturellement, en vertu de la nature des choses". L'allégorie porte sur la "nature" de l'absence de l'éducation (φύσιν παιδείας τε πέρι καὶ ἀπαιδευσίας en 514a) et on demande maintenant ce qui se passerait "par nature" si on laissait sortir hors de cette ignorance originelle (même si l'idée de contrainte apparaît bien ensuite dans cette libération en 515c ἀναγκάζοι ἐρωτῶν ἀποκρίνεσθαι ὅτι ἔστιν et même par "force" en 515e τὸ φῶς ἀναγκάζοι αὐτὸν βλέπειν ... τις αὐτὸν βίᾳ διὰ τραχείας...).
Une fois de plus, je reprends les précieuses Synoptiques des versions par Bernard Suzanne qui insiste sur le fait que le texte ne dit pas littéralement que quelqu'un délivre le prisonnier mais simplement qu'il se retrouve délivré de son "manque de jugement" et qu'on doit donc s'interroger non sur la cause mais sur les conséquences. Voir notamment sa note 22.
Chambry (Budé) : « Examine maintenant comment ils réagiraient, si on les délivrait de leurs chaînes et qu'on les guérit de leur ignorance, et si les choses se passaient naturellement comme il suit. » ;
- Robin (Pléiade) : « Envisage donc, repris-je, ce que serait le fait, pour eux, d'être délivrés de leurs chaînes, d'être guéris de leur déraison, au cas où en vertu de leur nature ces choses leur arriveraient de la façon que voici. » ;
- Baccou (GF90) : « Considère maintenant ce qui leur arrivera naturellement si on les délivre de leurs chaînes et qu'on les guérisse de leur ignorance. » ;
- Dixsaut (Bordas) : « Examine alors ce qui arriverait s'ils étaient délivrés de leurs chaînes et guéris de leur égarement.» ;
- Piettre (Nathan) : « Envisage maintenant ce qu'ils ressentiraient à être délivrés de leurs chaînes et à être guéris de leur ignorance, si cela leur arrivait, tout naturellement, comme suit » ;
- Pachet (Folio essais 228) : « Examine alors, dis-je, ce qui se passerait si on les détachait de leurs liens et si on les guérissait de leur égarement, au cas où de façon naturelle les choses se passeraient à peu près comme suit. » ;
- Cazeaux (Poche Philo 4639) : « Penche-toi maintenant sur l'opération qui consisterait à les détacher et à les délivrer de leur hébétude : comment se déroulerait-elle, si, par définition, leur aventure évoluait comme suit ? » ;
- Karsenti / Prélorentzos (Hatier, Classiques de la philosophie 15) : « Examine alors ce qui leur arrivera naturellement s'ils sont libérés de leurs chaînes et guéris de leur ignorance : ... » ;
- Leroux (GF653) : « Examine dès lors, dis-je, la situation qui résulterait de la libération de leurs liens et de la guérison de leur égarement, dans l'éventualité où, dans le cours des choses, il leur arriverait ce qui suit.
Bernard Suzanne : Examine maintenant, repris-je, leur libération et leur guérison des liens et de l'absence de bon sens : que serait-elle si, de manière naturelle, il leur arrivait les [avatars, péripéties,...] que voici ?

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