jeudi 23 juillet 2026

La Caverne (σπήλαιον) phrase par phrase (18)

 (suite de 516c)

Τί οὖν; ἀναμιμνῃσκόμενον αὐτὸν τῆς πρώτης οἰκήσεως καὶ τῆς ἐκεῖ σοφίας καὶ τῶν τότε συνδεσμωτῶν οὐκ ἂν οἴει αὑτὸν μὲν εὐδαιμονίζειν τῆς μεταβολῆς, τοὺς δὲ ἐλεεῖν;

Καὶ μάλα.

ἀναμιμνήσκω passif + génitif : se remémorer. Comme je l'ai déjà dit, le prétendu mythe de la Réminiscence (Anamnèse) du Ménon ne vaut que comme métaphore pour évoquer non pas une "origine" (une sorte d'expérience mais expérience remontant à un plus lointain passé, comme l'inné moderne renvoie en fait à l'expérience du passé évolutionnaire) mais un "fondement" qui échapperait à tout temps dans l'éternité (ce qui différencie le fait potentiel de l'inné et la rationalité de l'a priori). 

σοφία est ici ironique mais peut signifier une "compétence" générale avant la vraie sagesse qui est le but ultime du philosophe socratique, bien vivre sa vie.  

συνδεσμώτης : compagnon de chaînes. Bailly & Liddell-Scott tous deux rappellent cette autre occurrence : Thucydide raconte dans l'Histoire de la Guerre du Péloponnèse (VI, 60), pendant l'Affaire des Hermès, comment un des suspects arrêtés se laisse convaincre par l'un de ses compagnons de geôle de s'accuser et de livrer d'autres complices en espérant l'amnistie sans qu'on ait jamais su s'il l'avait vraiment fait : ἀναπείθεται εἷς τῶν δεδεμένων, ὅσπερ ἐδόκει αἰτιώτατος εἶναι, ὑπὸ τῶν συνδεσμωτῶν τινὸς εἴτε ἄρα καὶ τὰ ὄντα μηνῦσαι εἴτε καὶ οὔ·

ἐλεέω + accusatif τινα : prendre en pitié. 

εὐδαιμονίζειν : juger heureux, proclamer heureux. Pour Socrate, il est clair qu'on ne s'épanouit que par la connaissance de ce qui peut nous épanouir vraiment. Le "retour" dans la caverne n'est pas une sorte de choix (surérogatoire) de "repli" comme celui d'un bodhisattva mais fait bien partie de cette connaissance heureuse et de sa vertu : saurait-il bien vivre sa vie s'il ne voulait diffuser le bien et libérer aussi les autres âmes d'un malheur évitable ? Certes, la "compassion" (éléos) en tant que pathos ne fait pas partie des vertus morales de Platon. Mais sa pitié n'est pas une interruption de l'eudaimonia ou une passion désirante imparfaite cachant la pureté de l'Un (comme dans l'ascétisme néo-platonicien) mais une émanation morale de ce δαίμων ou ce signe δαιμόνιον qui lui dit de ne pas rester à tenter de contempler le Soleil sans agir. (Certes, il n'y a qu'un pas de cette katabasis vers la praxis vers la "faute de Syracuse" (la collaboration de Platon avec Denys) et la passion tyrannique de dominer qui corrompt le philosophe en créant de nouvelles tyrannies, mais restons-en là). Il le dira dans la phrase suivante en expliquant que le prisonnier ne redescend pas en suivant ses émotions et sa faculté de désirer. 


 

Et quoi encore ? Se remémorant sa première habitation et la sagesse de là-bas et ses compagnons de prison d'alors, ne penses-tu pas que lui, d'une part, se déclarerait heureux du changement et qu'eux par contre, il les prendrait en pitié ? 

Tout à fait !  

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