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mercredi 9 juillet 2025

Mythes Algonquins & Abenakis

Il ne faut pas confondre le groupe linguistique "algonquian" au sens large qui comprend de très nombreuses cultures d'Amériques du nord (et dans la région qui nous occupe ici au Canada aussi les Abenaki) et le sous-groupe plus limité des Anishinaabe (ou Nishnaabe) qui comprend à son tour (1) à l'ouest les Chipewa-Ojibwe, Chipewa-Salteaux & Oji-Cree,  (2)  lau centre des Grands Lacs les Odawa, (3) au sud les Potawatomi, (4) à l'est les Mississaugas et (5) au nord-est les "Algonquins" au sens restreint. Le mot "Québec" vient d'un mot algonquin ("détroit, là où la rivière se rétrécit") alors que Canada vient d'un mot wendat/iroquois (kanata : village).  


 

Les Algonquins étaient au XVIIe des nomades chasseurs construisant leurs wigwams (miigiwams) en bois d'hêtre. Leur famille est patrilinéaire, contrairement aux Wendats et Iroquois. Les Clans comprennent notamment l'Aigle, le Cerf, l'Esturgeon, la Grue, la Martre, l'Ours et le Plongeur. La tribu des Weskarini (Cerfs) fut en partie détruite par les Iroquois et s'est mélangée avec les Hurons des Rochers et avec les colons français. 

La spiritualité Algonquin s'appelle "Midewiwin" (la Voie Spirituelle des Hommes-Médecine, des "Mida") et c'est le trickster Nanabozho (ou "Chipiapoos" ou "Mateguas") qui aurait créé cette tradition. Une société d'initiés plus secrète encore s'appelait la Wabanowin (Société de l'Aurore) et une autre les Jongleurs de la Tente Tremblante

Ils croient en plusieurs "manitok" (esprits) dont le Gitche Manitou ("Grand Esprit").  

Nokomis (la Grand-Mère) tomba de la Lune et eut une fille qui mourut en accouchant de Nanabozho (dans certaines versions elle mourut avec un autre frère jumeau du trickster/culture hero). 

C'est Nokomis qui éleva Nanabozho et il peut prendre plusieurs formes et notamment celle de Lièvre. Il apprit aux humains à utiliser des herbes et des "sacoches" de médecine faites de diverses peaux d'animaux.  

Comparaison avec les Abenaki 

Sur Wikipedia, l'entrée sur la mythologie abenaki est très développée (notamment les listes de petits monstres et génies) et on peut comparer avec les Algonquins car le héros culturel Nanabozho ressemble à leur Gluskap.  La confédération des Abenaki (avec les Micmacs et les Malécites) étaient alliés des Acadiens contre les Britanniques jusqu'à la défaite des Français en 1710. 

Chez les Abénakis, Tabaldak l'androgyne créa tous les êtres sauf le Géant Odziozio qui n'avait qu'une Main et se créa lui-même. Il mit longtemps à former des jambes et rampait donc sur la terre en modelant ainsi la forme des milieux comme le Lac Champlain.  

Une version dit que c'est Tabaldak qui a créé le héros divin Gluskap et son frère jumeau trickster Malsumis. Une autre dit qu'il est le fils de la Grande Tortue Agaskw l'Esprit-Marmotte ressemble beaucoup à Nokomis la Grand-Mère. 

Gluskap força l'Aigle du Vent Pamola à réduire ses hivers et ses tempêtes. 

Il réduisit la taille des Blaireaux pour qu'ils ne menacent plus les humains. 

Il apprit à sortir le sirop d'érable mais le limita pour que les humains ne passent pas leur temps à le boire. 

Mythes Hurons / Wendat

(pour continuer dans le cycle Bûcherons & Loups-garous)

Les Hurons s'appellent eux-même Wendat (aux USA les "Wyandot"), ce qui semble avoir signifié "habitants des îles" car ils vivaient dans des baies. 


 

Le pays de Wendake était la rive de l'Ontario (entre le Lac Simcoe et le Lac Huron). Les Français les avaient appelés "Huron" parce qu'ils trouvaient que leur chevelure évoquait la "hure" d'un sanglier. Ils étaient matrilinéaires et matrilocaux (les Matrones dirigeaient la "longue-maison", une cabane commune de plusieurs douzaines de mètres). Ils sont plus des pêcheurs et cultivateurs de maïs, courges et haricots que des chasseurs. Ils étaient divisés en huit Clans : Blaireau, Cerf, Faucon, Loup, Ours, Porc-épic (ou Plongeur ou Esturgeon), Serpent (ou Renard) et Tortue. Ils formèrent une Confédération de quatre nations : les Attignawantan (Ours, de loin la plus puissante), Tahontaenrat (Cerfs), Attigneenongnahac (Fabricants de Cordages) et Ahrendaronon (Rochers), plus par la suite les Ataronchronon (Marais ?). Certains de ces clans se dispersèrent et furent absorbés dans d'autres tribus dès le XVIIe siècle. 

Les tribus appelées par les Français les "Petuns" (Tabac) et les "Neutres" étaient connues pour leurs tatouages rituels. 

La fête la plus importante de toute la religion wendat était la Fête des Morts (qui suivait un cycle variable de 8-12 ans) où les nations se réunissaient à Ossossané, capitale du Wendake et où on déterrait des cadavres pour les mettre dans un grand trou. Suite aux épidémies, la Fête disparut dès la fin du XVIIe. 

Ils appellent leurs hommes-médecine des arendiwane. Certains arendiwane wendat attachent beaucoup d'importance au rêve et disent qu'ils peuvent se détacher de leur corps pendant leur transe et rejoindre le Dieu des Rêves. Ils appellent les oki (les esprits) pour savoir comment guérir les malades. Ils distinguaient 4 types de shamans : ceux qui contrôlent la météo, ceux qui guérissent, ceux qui retrouvent les objets perdus et ceux qui lisent le futur. 

La Chute et la Terre 

Atahensic la Femme du Ciel était enceinte (du Vent) et vivait dans les cieux avec le Dieu Dirigeant du Ciel (Hamendiju ou Hawenniyu ou Rawenniyu) mais elle s'approcha d'un trou dans le ciel. Elle tomba dans le Monde d'en-bas où tout n'était encore qu'eau et où il n'y avait pas de terre. 

Elle fut sauvée par des Oiseaux (Canards, Hérons et Plongeons) qui la portèrent. La Loutre l'empêcha de couler et surtout une Grande Tortue fit son sol. Ainsi naquit la Terre. 

Heh'noh (ou Héh-nijh ou Heng ou Henq) le Dieu du Tonnerre descendit du Ciel avec elle. 

Les Jumeaux 

Atahensic (ou bien, sa fille "la Terre") enfanta deux Jumeaux, Iosheka (Iouskeha/Tijuska'a/Tse'sta) le Bon Esprit et son jumeau Tawiscaraon/Taweskare le Mauvais Jumeau, qui tua sa mère à sa naissance en sortant de son flanc. Les autres Iroquois appellent le bon frère Hahgwehdiyu ou Teharonhiakwako (l'Arbuste) et le mauvais Hahgwehdaetgah ou Sawiskera (Silex). 

Avec la tête de sa mère, le Bon Jumeau (ou dans certaines versions la Petite Tortue) créa le Soleil et la Lune mais le Mauvais Jumeau créa les Ténèbres. 

C'est la mort de la Femme-Terre qui créa les différents végétaux et notamment les trois plantes associées de l'alimentation wendat (le Maïs, le Haricot et la Courge) et c'est Iosheka qui créa les Humains et leur donna la culture et notamment le Tabac sacré si central dans leurs rituels. 

Après la Fête des Morts, on peut rejoindre Atahensic et Iosheka dans la Voie Lactée (même si certaines sources disent qu'ils croyaient à la réincarnation). 

La Foudre 

C'est Hé-no le Foudroyant, descendu des cieux avec Atahensic, qui apporte la Pluie fertile par se flèches de tonnerre et protège la tribu. L'Arc-en-ciel est son épouse. Il chevauche un Aigle d'Or qui apporte la Rosée. Il tua le Grand Serpent et son corps forme les îles des Grands Lacs. Il tua les Géants de Pierre et certaines formations minérales sont leurs restes. 

Lelawela la Femme des Brumes, une femme qui refusait d'épouser un vieil homme se jeta dans les chutes du Niagara dans son canoë et un assistant de He-no vint la sauver et l'épouser. 

Bûcherons & Loups-garous

Alexandre Poitras, Bûcherons et Loups-garous 376 pages, Posidonia, avril 2023

L'auteur dit qu'à l'origine, le jeu avait commencé comme un cadre nouveau (le folklore de la Nouvelle-France du XVIIe-XVIIIe) pour un jeu médiéval fantastique bien connu avant de devenir son propre jeu assez différent (même si on reconnaît quelques traces lointaines de cette origine D&D dans ses Curés qui ressemblent à des Clercs). 

Une originalité de la présentation est d'avoir une sorte de chapitre 0 (p. 13-35) de conseils au maître de jeu au lieu de le mettre à la fin. L'histoire de la Nouvelle France mentionne en plus de compagnies commerciales comme Les Cent-Associés (dissoute en 1663 et remplacée ensuite par le Conseil souverain) une fictive Compagnie Secrète qui serait faite de sorciers et/ou de fées. 

Les divers ordres religieux catholiques de moines ou de bonnes soeurs (p. 21) ont des pouvoirs réels de miracles pour lutter contre le "Yâbe" (une des prononciations québecoises du Diable). Par exemple, les Ursulines de Marie de l'Incarnation (1599-1672) puis Mère Anne de Sainte-Agnès (1644-1711), actives à Québec dès les années 1640, y sont des guerrières (pourtant cloîtrées) en lutte contre les démons. Les Soeurs "grises" de la Charité s'occupent de l'Hôpital de Montréal mais seulement à partir des années 1740. 

Les Contes québecois sont surtout catholiques et liés au Diable. On devient un "loup-garou" par malédiction du Yâbe quand on a péché (par exemple, en n'allant pas à la messe ou en ne fêtant pas Pâque) ou quand on a directement vendu son âme au Malin. Le Yâbe envoie alors ses Chiens Noirs enlever l'âme du pécheur. Le célèbre conte de la Chasse-Galerie (p. 167) a plusieurs variantes avec des fins différentes mais ce sont des chasseurs qui voyagent sur un canoë d'écorce volant du Yâbe pour rentrer chez eux plus vite et qui vont y perdre leur âme ou rejoindre une Chasse Infernale. 

Mais il y a aussi une influence des Amérindiens ou "Autochtones", qui croient aussi à divers êtres-animaux (p. 28-30). Ils sont divisés en trois groupes : les Inuits au nord, les Algonquins (Anishinaabeg, qui forment la majorité des tribus alliées des Français autour des Grands Lacs) et les tribus de langue iroquoise (les Hurons/Wendat alliés des Français et plus au sud la Confédération Iroquoise en guerre contre les Hurons jusqu'à la Paix de 1701 et donc plutôt alliés des Anglais au début). Les Algonquins (Abénaquis, Cris / Christenaux, Malécites & Passamoquodys, Micmacs, Montagnais-Innus, Ojibwés, Outaouais, sont plutôt des Nomades (sauf les Abenaquis et Passamoquodys) et les Iroquois tous des Sédentaires. Certains peuples ont complètement disparu, sans doute à cause des épidémies, comme les nations iroquois du Saint-Laurent (disparues dès le XVIe) ou certaines tribus des Outaouais. 


 

Le shaman métis iroquois Jean-Pierre Lavalée (p. 31) est un des plus grands magiciens. Il protège la Nouvelle-France contre les Britanniques et c'est lui qui invoqua une tempête qui détruisit la flotte anglaise sur le Saint-Laurent en 1711. Du coup, le début des années 1700 est un bon cadre si on veut pouvoir rencontrer le Merlin des Iroquois après la Grande Paix de Montréal. Une légende dit que Lavalée aurait prophétisé la sécurité de la colonie pour quatre décennies jusqu'à la fin des années 1750... 

Gouverneurs généraux (appelés par les Algonquins l'Onontio, la "Grande Montagne") : Louis de Frontenac (1672-1682 puis 1688-1698), Louis-Hector de Callière (1698-1703) et ensuite Philippe de Vaudreuil (1703-1725).  

Chapitre I Règles de jeu (p. 36-60)

7 caractéristiques sur 10 : Adresse, Esprit, Force, Influence, Instinct (comprend la Perception), Magie, Pureté (la force de la Volonté pour résister aux Tentations du "Yâbe"). On commence avec 05 dans toutes les caractéristiques, modifiées à la création. Le PJ a en plus Points de vie, Points d'énergie et Points de bravoure. On tire 1d10 et on doit faire moins que sa caractéristique + bonus (un 01 est une réussite critique, un 10 est un échec critique). Il y a 13 grandes compétences générales. 

Le système a précisé plusieurs "conditions" et notamment des règles sur la folie (voir aussi les divers effets possibles de la peur et des traumatismes p. 199-202).  

Chapitre II Les personnages (p. 61-177)

Il y a 17 "classes" qui donnent des compétences et un +1 à une caractéristique (le joueur peut choisir un autre +1 à condition de baisser une autre caractéristique de -1) : Bonne sœur, Bûcheron, Chamane, ChasseurConteurCoureur des bois (trappeur qui cherche des peaux)CuréGuerrier, Habitant (= Colon), Magicien (pas nécessairement diabolique)NobleNomadePatenteux (= Inventeur)Ramancheur (= Guérisseur), SoldatSorcier (diabolique), Violoneux (peut enchanter et accélérer les autres par son violon). On tire sur 1d10 divers traits particuliers à cette classe. Les classes des autochtones sont notamment les Chamanes, les Guerriers et les Nomades. 

Le rang dans une caractéristique permet d'obtenir des Traits (des talents ou superpouvoirs, comme les "feats"). On remarque par exemple que le trait "Sang de Sasquatch" (p. 99) permet de jouer un Wolverine avec pouvoir de régénération. Comme fan d'Alpha Flight, je soupçonne même qu'on pourrait facilement y jouer plusieurs membres de l'équipe au XVIIe-XVIIIe. 


 

C'est ce chapitre qui a aussi l'équipement et les objets magiques ou les saintes reliques.  

Chapitre III Histoires en Nouvelle-France (p. 178-226)

Après des règles diverses sur la nature et le surnaturel, le livre donne de nombreux conseils pour mener des scénarios, avec des éléments de légendes que les Québecois doivent bien connaître. Je ne connaissais pas du tout cette légende du Royaume de Saguenay (ou Sagnay), un pays de cocagne utopique pleins de Cité d'Or que les premiers colons cherchaient en vain en suivant des récits de Hurons. 

Les règles ont des tableaux aléatoires pour créer des scénarios, ce qui devrait permettre un jeu en bac-à-sable assez facilement.  

Chapitre IV Bestiaire du Nouveau Monde (p. 227-332)

Le guide comprend des animaux réels comme le carcajou, des créatures surnaturelles des légendes autochtones (le Wendigo algonquin), du folklore français (lutins), du christianisme (démons) et du folklore québecois (comme le Bonhomme Sept Heures, la Dame aux Glaïeuls). La lycanthropie qui donne son nom au jeu est aussi appelée "courir la galipote". 

Scénarios : "Les Castors blancs" (p. 333-356 - aussi disponible gratuitement sur le site) 

Le jeu est très riche en atmosphère, notamment dans les règles de magie qui n'ont rien de générique. Dans quel autre jeu un rituel peut invoquer des Castors pour vous construire une hutte ? C'est assez curieux à quel point c'est dépaysant pour un Français, à la fois familier et d'une inquiétante étrangeté. Mais l'ambiance recherchée est plus celle des Contes du folklore qu'une simulation "historique" (ce qui explique peut-être pourquoi les cartes sont peu détaillées). 


Chevalier Hubert de la Pâte Feuiletée, Noble typique

Aide de jeu pour Bûcherons & Loups-garous : Liste de Noms québecois du XVIIIe

Si vous voulez jouer quelques trappeurs et coureurs des bois en Nouvelle-France dans le jeu de rôle Bûcherons & Loups-Garous, voici une petite liste des noms de famille québecois (souvent d'origine poitevine) les plus courants. Ce pdf donne les statistiques avant 1800. On a aussi une liste des prénoms (Jean-Baptiste, Joseph, Pierre, François... en gros, pour les filles, c'est Marie). Au début, je voulais utiliser un d1000 mais je n'ai que les premiers, ce qui fait presque un tiers des noms des baptisés de Nouvelle France. 

Roy 001-008
Gauthier 009-014
Gagnon 015-020
Lefebvre 021-026
Morin 027-031
Boucher 032- 036
Côté 037-041
Bélanger 042-046
Pelletier 047-051
Paquette 052-055
Gagné 056-059
Martin 060-063
Parent 064-067
Leclerc 068-071
Langlois 072-075
Renaud 076-079
Fournier 080-083
Caron 084-087
Tremblay 088-091
Perreault 092-094
Thibault 095-097
Demers 098-100
Girard 101-103
Giroux 104-106
Ménard 107-109
Ouellet 110-112
Pépin 113-115
Richard 116-118
Hébert 119-121
Dubois 120-124
Fortin 125-127
Lévesque 128-130
Cloutier 131-133
Gosselin 134-136
Martel 137-139
Vallée 140-142
Charbonneau 143-145
Archambault 146-148
Allard 149-151
Bouchard 152-154
Tessier 155-157
Robert 158-160
Beaudoin 161-163
Petit 164-166
Proulx 167-169
Houde 170-172
Dupuis 173-175
Fortier 176-177
Leduc 178-179
Bédard 180-181
Bergeron 182-183
Bernier 184-185
Poirier 186-187
Dubé 188-189
Leblanc 190-191
Lavoie 192-193
Blais 194-195
Desjardins 196-197
Charbonneau 198-199
Couture 200-201
Audet 202-203
Benoit 202-203
Gervais 204-205
Beaulieu 206-207
Beaudoin 208-209 
Landry 210-211
Plante 212-213
Raymond 214-215
Lapointe 216-217
Dubois 218-219
Mercier 220-221
Simard 222-223
Lemieux 224-225
Rousseau 226-227
Hamel 228-229
Lemay 230-231
Tessier 232-233
Therrien 234-235 
Labelle 236-237
Fontaine 238-239
Michaud 240-241
Saint-Pierre 242-243
Nadeau 244-245 
Bertrand 246-247 
Lambert 248-249
Gravel 250-251 
Goulet 252-253 
Beauchamp 254-255 
Poulin 256-257
Dion 258-259
Trudel 260-261
Provost  262-263 
Lacroix  264-265
Tetreau  266-267
Legault  268-269
Lussier 270-271
Brunet 272-273 
Boisvert 274-275
Picard 276-277
Houlé 278-279
Blanchet 280-281

 Add. Elle est vraiment chouette cette carte de la Nouvelle-France et de l'Acadie de 1744

vendredi 15 novembre 2019

La Malédiction de la Couverture Santé aux USA


Alors que presque toutes les démocraties occidentales mettaient en place un Etat-Providence et des formes d'Assurance-Maladie ou Sécurité sociale après la Seconde Guerre mondiale (loi sur la NHS passée par les Travaillistes en 1946 à partir du rapport du Libéral Beveridge de 1942), Roosevelt (New Deal) puis Truman (Fair Deal) échouaient à passer leurs projets équivalents aux USA comme le Congrès estimait que c'était du Communisme.

Le terme Social Security fut limité aux retraites et seuls les retraités obtinrent une forme de Medicare en 1966 sous Johnson avec un Medicaid limité uniquement aux plus démunis. Pendant toutes les années 1970 et malgré la majorité démocrate, la gauche du Parti (Ted Kennedy) échoua toujours à faire passer les réformes par un système fédéral "universel".

C'est comme si l'après-guerre avait été un passage critique à ne pas manquer. La Guerre froide avait empêché en 1948 aux USA ce qui avait été possible ailleurs.

(Ce n'est pas tout à fait exact. En Amérique du Nord, le Canada, qui avait raté le passage au niveau fédéral juste après la Guerre, eut une seconde chance dans les années 1960 grâce au pasteur NDP du Saskatchewan Tommy Douglas et ensuite le Premier Ministre libéral Lester Pearson.)

Les plans d'assurances de santé privés américains Blue Shield (créé par des associations de médecins privés) et Blue Cross (créées par des hopitaux, dès les années 1930 contre les projets du New Deal) sont toujours globalement le modèle dominant, même après les révisions importantes d'Obama de l'Affordable Care Act. La couverture dépend essentiellement des employeurs qui obtiennent en échange des déductions fiscales. Obama obtint en 2010 à peu près ce que le Républicain Nixon avait tenté en 1971, conserver le système privé mais avec une obligation de prendre une assurance (dans les années 1970, avant le grand réalignement du Parti démocrate, ce sont les Démocrates conservateurs qui avaient bloqué toute tentative de système national par Ted Kennedy et même la version privée de Nixon).

Obama avait certes ajouté un élément essentiel qui était de lutter contre les "conditions pré-existantes" (les clauses qui permettaient aux assurances privées de ne pas rembourser des malades à cause de problèmes chroniques ou jugés sérieux). Mais quelques Sénateurs démocrates conservateurs ou stipendiés par les lobbies d'assurances comme Joe Lieberman (Connecticut) suffirent à faire échouer l'idée d'une Option Publique en plus de l'obligation d'assurance (ironiquement, le Connecticut fut ensuite un des rares Etats à réussir à faire passer une forme d'Option Publique, le Vermont réussit même à faire passer un système quasi-universel). (Voir de vieux messages de 2009 comme ces insultes contre Lieberman ou sur les stratégies pour faire passer une Option).

La violence des réactions au début des années 2010 montrait qu'un projet modeste (qui avait simplement étendu des projets défendus par des Républicains modérés comme Mitt Romney et les vieux projets des Républicains des années 1970) pouvait susciter un lobbying intense des assurances privées. Obama avait d'abord parlé d'un système universel puis seulement d'une "Option" publique et ensuite même cet aspect avait dû être abandonné, à cause d'un seul Sénateur traître du Connecticut.

Depuis 2016, l'ObamaCare est à nouveau attaqué et dégradé par le pouvoir républicain qui nomme des Juges pour tenter de détruire les avancées du système.

Warren et Sanders sont d'accord tous les deux sur une demande maximaliste, un système universel. Le plan de Warren est plus précis mais cristallise aussi plus d'opposition. C'est un système qui affirme que les entreprises n'auront pas plus à payer puisque la somme sera calculée à partir de ce qu'elles payent actuellement au privé. Le système de Sanders ressemble plus au système européen avec une contribution calculée à partir des salaires, ce qui est plus progressif que la proposition de Warren.

Ce qui rend complètement fataliste sur l'état de la démocratie-ploutocratique américaine est que :

(1) les sondages montrent clairement qu'une majorité écrasante des Américains souhaiteraient un système universel.

(2) et pourtant, le système est tellement bloqué que même si Warren ou Sanders gagnent, il paraît impossible qu'ils puissent faire passer un de leurs projets ambitieux alors que le Congrès semble être encore plus conservateur qu'en 2008-2010 quand Obama a dû se contenter d'un NixonCare 2.0.

Certes, les élections législatives de 2020 pourraient être un peu plus surprenantes mais comme les Millenials votent peu, il y a peu de chance que ce soit une révolution, quel que soit le ressentiment de la base démocrate contre Trump ou l'enthousiasme des Sandersiens.

Au mieux, on peut espérer qu'un(e) Président(e) démocrate pourra protéger ou sanctuariser un peu l'ObamaCare face à tous les Juges d'extrême droite nommés par Trump.

I(e)l pourrait peut-être même ajouter à nouveau une Option Publique mais le contexte d'une Crise économique qui se profile dans les années 2020 rend cela hélas très peu probable. Les lobbies bloquent l'Option car ils redoutent que cela suffise à faire entrer le système étatique universel à moyen terme (au moment où les Etats-Providence sont aussi en train de les démanteler).

Et si Trump gagne, on reviendra sans aucun doute au statu quo ante, y compris sur les conditions pré-existantes qui commencent à réapparaître.

mardi 20 octobre 2015

Cartogramme des élections fédérales canadiennes


Les Libéraux, le parti dominant de la vie politique canadienne au siècle dernier, sont donc revenus au pouvoir après 9 ans dans l'opposition depuis 2006. The Toronto Star est un journal un peu sensationnaliste (plutôt proche des Libéraux, le plus souvent) mais je trouve que leur cartogramme des résultats d'hier est le meilleur que j'aie trouvé pour visualiser les données comme les circonscriptions ont des tailles particulièrement inégales (The Economist a au contraire une carte qui exagère complètement les tendances en donnant toute la Province au gagnant).


Le Parti libéral ("centriste") avait été écrasé complètement aux élections de 2011 (certains politologues avaient même écrit des articles pour les enterrer complètement) et il avait même été remplacé par le NDP (gauche) comme principal parti d'opposition. Ils passent ici de 36 à 184 sièges (+148 sièges ! la majorité absolue est à 170), au moment où les Conservateurs passent de 159 à 99 (-60 sièges) et le NDP de 95 à 44 (-51 sièges). Le Bloc québequois, (équivalent du Parti québecois, mais au niveau fédéral), qu'on annonçait comme grand perdant à venir (il baissait sérieusement quand il était dirigé par Mario Beaulieu, considéré comme trop ultra-séparatiste), a réussi à gagner des sièges au Parlement et est à nouveau dirigé par Duceppe.

Les Libéraux ont repris une majorité en Ontario mais aussi au Québec. Le nouveau leader, Justin Trudeau, 43 ans, fils du charismatique Pierre Elliott Trudeau (1919-2000, Premier ministre de 1968 à 1979 et de 1980 à 1984), est élu du Québec et ils ont été particulièrement efficaces pour reprendre les sièges du NDP. Les Libéraux ont même repris (de peu) une majorité en Colombie britannique (la Province la plus également partagée entre les 3 partis) et au Manitoba (sur les Conservateurs). L'Alberta et le Saskatchewan restent des fiefs conservateurs. Toutes les Provinces atlantiques (Nouveau Brunswick, Nouvelle Ecosse, Île du Prince Edouard et Terre-Neuve-et-Labrador).

Les Libéraux de Trudeau avaient un programme considéré comme plus à gauche que du temps de Jean Chrétien ou Paul Martin, notamment sur les sujets de société comme la légalisation de la marijuana. Cela a pu jouer dans la marginalisation du NDP (qui croyait tellement à sa victoire qu'ils avaient choisi au contraire de se recentrer), mais ils ont aussi été aidés par la polarisation choisie par Stephen Harper, qui avait tenté une stratégie plus radicalement à droite.

La vie politique canadienne est souvent difficile à traduire en termes français. Le BQ est plus social-démocrate sur les questions économiques (comme le NDP, même si dans la Province le PQ a eu un rival souverainiste de droite, l'ADQ de Mario Dumont et le CAQ) mais une des grandes oppositions avec le Parti libéral était la question de la laïcité, les Libéraux défendant le modèle multiculturel alors que le BQ était sur une position qui ressemblait plus à notre consensus "républicain" français (ce qui, au Canada, passe simplement pour de la xénophobie, de la discrimination de l'Islam ou du nationalisme). Quand Harper a choisi une tactique de guerre culturelle contre le Voile, cela a encore affaibli le NDP au Québec mais cela a dû aussi nuire aux Conservateurs en Ontario.

Rappel des élections passées :
1896-1911 Libéraux
1911-1921 Conservateurs
1921-1930 Libéraux (début de McKenzie King)
1930-1935 Conservateurs
1935-1957 Libéraux (retour de McKenzie King, Louis Saint-Laurent)
1957-1963 Conservateurs
1963-1979 Libéraux (Lester Pearson, puis Pierre Trudeau)
1979-1980 Conservateurs (bref intermède)
1980-1984 Libéraux (retour de Pierre Trudeau)
1984-1993 Conservateurs (Brian Mulroney puis Kim Campbell)
1993-2006 Libéraux (Jean Chrétien, puis Paul Martin)
2006-2015 Conservateurs (Stephen Harper)

Donc, sur les 104 dernières années, les Libéraux ont dominé pendant 65 ans et les Conservateurs environ 39 ans (les Libéraux ont quasiment eu une hégémonie de 1935 à 1984). Le NDP (socialiste) n'a jamais eu le pouvoir au niveau fédéral (en dehors d'une brève coalition avec les Libéraux de Trudeau en 1972-1974 avant que Trudeau ne fasse en sorte de se passer d'eux).

lundi 25 mai 2015

Year 1 A.F. (After Ford)


Les auteurs de la nouvelle édition de RuneQuest (dite "RQVI") sont britanniques et canadiens et ils sortent un nouveau supplément pour jouer dans l'univers de Luther Arkwright (la bd de Bryan Talbot où on joue des agents à travers le Multivers dans une ambiance à la Jerry Cornelius, Gideon Stargrave ou Casanova Quinn - ou comme le jeu français MeGa, peut-être). La bd de 1987 (qui eut des ébauches dès 1978) avait des allusions à la politique britannique des années 1980 et il est inévitable qu'il y ait une adaptation 30 ans après. Une des Terres parallèles a une version dystopique de l'ancien Maire de Toronto, Rob Ford, qui vient dans notre continuum d'être remplacé par un nouveau maire tory (qui s'appelle John Tory - je conseille à Nicolas S. de se faire appeler "Nicolas Républicain", cela marchera peut-être).

mardi 3 mai 2011

L'effondrement des Grits



En Orange le NDP de Layton et en Bleu les Conservateurs de Harper

Il y a quelques jours, sur le blog CrookedTimber, un Canadien disait que les élections législatives du 2 mai 2011 étaient prévues pour être ennuyeuses (le retour des Conservateurs au pouvoir) et qu'elles étaient devenues juste bizarres avec la possibilité inouïe que le petit parti de gauche, le NDP, prenne la tête d'une coalition gouvernementale devant les Libéraux.

On a eu finalement les deux, l'ennuyeux et le bizarre : les Conservateurs ont bien gagné une majorité absolue mais le petit NDP a détruit à la fois le Bloc québecois et le principal parti de gouvernement du Canada, les "Grits" (les Libéraux).

Pour imaginer le séisme, c'est comme si l'UMP regagnait les élections mais avec un Front de gauche remplaçant le PS devenu groupusculaire (ce n'est qu'une analogie ratée : on pourrait dire plutôt que le NDP n'est pas loin idéologiquement du PS, s'il était resté aussi petit qu'au début des années 70, et les Libéraux ressemblerait plutôt à une sorte d'UDF de Bayrou qui aurait été le parti de gouvernement).

En théorie, la Chambre des Communes peut rester 5 ans mais en pratique les Premiers ministres ont souvent anticipé les élections ou ont dû le faire quand ils perdaient lors d'une motion de défiance. Si on compte depuis les élections de 1984, les Conservateurs (qui s'appelaient alors les PC, les "Progressive Conservative") ont gagné deux fois de 1984 à 1993, les Libéraux ont gagné pendant 13 ans, en 1993, 1997, 2000 et 2004, puis a commencé un nouveau cycle conservateur avec une victoire en 2006, à nouveau aux élections anticipées de 2008 et à présent en 2011 (avec pour la première fois depuis les années 80 une majorité absolue pour les Conservateurs, ce qui doit donc laisser plus de stabilité potentiellement jusqu'en 2016). Sur 32 ans (1984-2016), cela donnerait donc 19 ans de Conservateurs et 13 ans de Libéraux.



  • Les Conservateurs n'avaient pas la majorité et venaient d'être renversés. Ils ressortent avec près de 40% des voix (très légère hausse +2) mais plus de 54% des sièges (gain de 24 sièges, soit +17%). Les Conservateurs semblent notamment avoir repris en plus de leur fief des Prairies la Province centrale de l'Ontario. Le pénible Stephen Harper, le sous-Bush du Nord, va donc rester Premier ministre assez longtemps. 

  • Pourtant, le Parlement glisse vers la gauche et pour la première fois, c'est le NDP de Jack Layton qui devient l'Opposition de Sa Majesté. Ils ont eu 30% des voix (énorme hausse +12!) et 33% des sièges (102 sièges, soit une hausse relative de +175% !). Ils ont notamment séduit le Québec (sur les 102 sièges gagnés, 58 sont au Québec, 22 en Ontario, 12 en Colombie britannique). 


  • Les Libéraux s'effondrent : 19% des voix (-7), 11% des sièges (34 sièges, environ divisé par deux). C'est une défaite personnelle pour le nouveau Leader (depuis le début 2009) Michael Ignatieff, lui-même battu dans sa propre circonscription par un Conservateur (elle était acquise aux Libéraux depuis 18 ans). Il y a sans doute plusieurs facteurs qui expliquent cet échec personnel : Ignatieff pouvait faire trop intellectuel, trop hésitant et calculateur mais surtout il a paru trop états-unien ou pas assez canadien (ce qui pourrait plus plaire chez les Conservateurs). Il reste à voir si c'est l'autre universitaire Bob Rae de Toronto ou Dalton McGuinty, Premier ministre de la Province de l'Ontario, qui reprendra le parti (Justin Trudeau, le fils de l'ancien Premier ministre, n'est toujours pas évoqué). L'épisode Iggy aura donc hélas été un désastre très rapide malgré tous les espoirs que les Libéraux mettaient en lui.


  • Le pire est le parti souverainiste Bloc Québecois, qui est presque complètement effacé de la représentation fédérale du Québec, remplacé surtout par le parti de gauche NDP qui s'est solidement implanté dans la Province francophone. Sur les 49 sièges de 2008, il n'en reste plus que 4, son plus mauvais score fédéral depuis ses origines en 1993 (il avait toujours oscillé entre 38 et 54). Même en se limitant au score dans la Province du Québec, ils n'ont que 23%, loin des 43% du NDP ! Gilles Duceppe, dirigeant du BQ depuis 1997, a été battu dans sa circonscription de Laurier-Sainte-Marie par la candidate NDP Hélène Laverdière. Il a déjà annoncé qu'il donnait sa démission.


  • C'est une bonne nouvelle pour le NDP mais je crains que cela n'en soit surtout une pour les Conservateurs pour les prochaines élections des années 2010. La hausse historique du NDP ne les met quand même pas au niveau de rivaliser sérieusement avec les Conservateurs et il leur faudrait continuer leur croissance tout en réussissant une coalition dangereuse avec les Libéraux (ce qui pourrait décevoir leur base de gauche). Les Libéraux restaient au pouvoir en prenant à la fois aux Conservateurs et aux NDP. Le NDP a pris surtout aux Libéraux et au BQ.

    Add. : Christopher Bird (qui appelait à voter NDP) fait remarquer que le déclin des Grits sera durable (surtout comme ils vont perdre une énorme partie de leur financement) mais que le NDP+Libéraux auraient bien sûr plus de votes que les Conservateurs en cas de système de vote "alternatif". Il appelle donc à une fusion des deux Partis d'opposition pour aller vers un système parlementaire à deux partis.

    samedi 26 mars 2011

    La fin de la période Ignatieff ?




    On s'attendait à ce que l'intellectuel Michael Ignatieff, le chef du Parti libéral depuis la fin 2008, n'arrive pas à profiter de la chute du Gouvernement Harper pour fédérer l'Opposition (Ignatieff n'ose même pas répondre à la question de savoir s'il serait prêt à faire une coalition avec le NPD (gauche) et le Bloc Québecois). C'est la seconde tentative d'abréger le gouvernement Harper et il va revenir renforcé.

    Mais les sondages pour ces nouvelles élections sont encore pires que prévus, avec un raz de marée conservateur : jusqu'à 46% (!!) en Ontario contre 30% pour les Libéraux dans un sondage. Cette fois, Harper (au pouvoir depuis 2006) obtiendrait une Majorité absolue. L'Opposition a raté une nouvelle fois sa stratégie. Elle est au plus bas, morcelée et affaiblie (même si le Bloc est toujours aussi puissant à l'intérieur de sa Province).

    On peut donc penser que cette défaite pourrait coûter le poste d'Ignatieff. En ce cas, c'est peut-être Dalton McGuinty, le Premier Ministre de l'Ontario (reptilien extraterrestre maléfique mangeur de chaton) qui pourrait le remplacer (on dit qu'il n'ose pas faire campagne aux côtés d'Ignatieff). Mais les équilibres semblent devenus très favorables aux Conservateurs et McGuinty peut avoir du souci même en Ontario.

    mardi 26 octobre 2010

    Le nouveau maire de Toronto

    et rushlimbaughesque Rob Ford disait en public qu'il préférerait un bon "lynchage" à une réunion pour aider les sans-abris quand il était conseiller municipal du quartier ouest d'Etobicoke.

    Ca me rassure un peu. Il n'y a pas que nous qui élisons des Berlusconi.

  • Par ailleurs, je crois que Mme Penchard devrait chercher un autre mandat.

  • mercredi 1 juillet 2009

    Happy Canada Day / Bonne Fête Nationale du Canada





    (Cela reprend des images de cette pub pour la Bière Molson. Juste une erreur d'illustration dans la vidéo : à 1'20, il dit "they get Cheaper Meds", pas "Superman" - même s'il est vrai que Joe Shuster était ontarien)

    vendredi 15 mai 2009

    Freedom Poutine



    Cette campagne de publicité des Conservateurs canadiens contre Michael Ignatieff (le nouveau dirigeant des Libéraux) essaye de tourner les Québecois contre lui en disant qu'il est plus Français qu'eux, mais aussi qu'il est trop Américain.

    Oui, trop Français et trop Américain à la fois, c'est un angle d'attaque... heu... original (surtout de la part des Conservateurs, qui semblent avoir pour projet secret depuis des années de faire entrer les Provinces des Prairies dans les USA).



    J'aime bien aussi la publicité négative où le principal reproche contre Ignatieff est qu'il utilise de la publicité négative.

    Bien joué, ils ont dû reprendre les publicitaires de John McCain.

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    samedi 18 avril 2009

    Se réveiller Canadien / Waking Up Canadian



    A la fin, la boite de "poutine" ne donne pas vraiment envie et la petite fleur de lys sur champ d'azur a l'air d'être là comme simple excuse au milieu de tout cet Unifolié d'érable (j'ai vérifié, les images sont exactement les mêmes dans la version anglaise).



    Mais - et c'est peut-être juste parce que j'avais appris les paroles en anglais et en français pendant mon séjour à Toronto - l'hymne canadien qui retentit continue à me plaire (même si les paroles françaises sur l'épée et la Croix font vraiment Croisade).

    dimanche 15 février 2009

    Joyeux anniversaire à l'Unifolié



    Le 15 février 1965, il y a 44 ans, le Canada adopta officiellement son drapeau unifolié "De gueules sur un pal canadien d'argent, une feuille d'érable de la première couleur". Il remplaçait ce drapeau avec l'Union Jack.

    Un des premiers projets était tricolore avec des bandes azur et trois feuilles d'érable rouge (triple feuille qu'on voit encore dans les armoiries de l'Ontario).



    Ca aurait eu presque un côté scandinave qui aurait bien convenu à la Suède de l'Amérique du Nord.

    On retrouve la feuille d'érable notamment sur le costume du superhéros canadien Northguard (un Québecois anglophone qui vit avec la superhéroïne Fleur-de-Lys, une francophone) et son costume inspira celui de Weapon Alpha :



    Weapon Alpha, alias Vindicator, alias Guardian :

    lundi 2 février 2009

    Une autre défense d'Iggy



    Par un de mes hémisphères, Usrehp :

    Tes critiques contre Ignatieff sont ineptes.

    1) Le Canada est frappé par une crise difficile. Mieux vaut laisser les Tories se dépatouiller avec que de les renverser d'une manière assez ambiguë juste après leur victoire relative aux élections et un échec cinglant pour les Libéraux.

    Le Parti libéral est actuellement ruiné (des *millions* de dollars de dettes) et tombé au plus bas électoralement. Il a besoin d'une petite cure d'opposition, pas d'improviser une Coalition hétéroclite qui aurait vite avorté et permis aux Tories de revenir encore plus forts au bout de quelques mois.

    2) Certes, Ignatieff avait fini par dire qu'il soutiendrait le projet de Coalition, mais l'idée venait de Dion, pas de lui. Pourquoi lier le Parti libéral, parti de gouvernement fédéral avec un groupuscule socialiste et un parti séparatiste/souverainiste qui souhaite quitter le Canada ?? Ce serait comme reprocher à l'UDF de ne pas faire d'accords avec Mélenchon et le FLNC.


    Je laisse passer l'argument idiot à la fin, qui montre bien l'intempérance des analogies de ce commentateur. Il faudrait imaginer les Nationalistes corses avec une forte majorité en Corse des 2/3, et une Corse bien plus grande qui aurait 25% de la population totale du pays au lieu de 0,0045%, ce serait donc plutôt démographiquement PACA + Languedoc + Rhône-Alpes + Midi Pyrénées). Et si les Libéraux sont l'UDF (mais une UDF en principal parti d'opposition au lieu d'un petit FDP), ils pouvaient faire un accord avec un PS qui le souhaiterait (même si je reconnais que le NDP canadien semble plus à gauche que le PS français, plus proche du Old Labour).

    En revanche, j'admets que le premier argument sur le contexte de crise me rend aussi hamletien qu'Ignatieff finalement.

    Le tort serait donc d'avoir lancé la Coalition, pas de l'avoir fait avorter. Mais les partisans de la Coalition pourront faire remarquer que c'était à l'époque une question de vie ou de mort pour l'Opposition au moment où Harper essayait d'augmenter les chances de la majorité de garder le pouvoir.

    Add. : Un portrait destructeur contre le pauvre Ignatieff :

    He was a sort of Anglophone version of Bernard-Henri Lévy, but with a pedigree and without the money or aversion to shirt-buttoning.

    vendredi 30 janvier 2009

    Une apologie pour Iggy



    Glen Pearson, député libéral de l'Ontario, et qui avait soutenu Stéphane Dion, défend clairement la décision d'Iggy de ne pas voter la censure du gouvernement Harper au nom de l'unité canadienne, ce qui rappelle à quelle point les angoisses sécessionnistes continuent d'influencer les décisions :


    [Michael Ignatieff] argued that if he brought down the government by voting down the budget, certain short-term goals would be achieved. We would be government. He would be Prime Minister. We would be able to more correctly invest those kind of monies. All of this is true.

    Then he challenged us to think of a larger dynamic, one that eventually won the day. A coalition, he offered, would be the final nail in the coffin for any hopes of national unity. The West would want out. Quebec would be an unknown factor. And Canadians as a whole, excepting those constituency groups that would have been served by the coalition, would be ushered into an era of great national uncertainty again. The markets, so requiring of stability right now, would respond with alarm and alacrity.


    En un sens, c'est plutôt Harper qui met en danger cette unité fédérale par ses attaques anti-québecoises.

    Mais si les Libéraux doivent laisser le pouvoir de crainte d'alimenter la sécession de l'Alberta ou bien de paraître trop indulgent avec le Québec, pourquoi avoir évoqué la Coalition ? Tous ces arguments, y compris la récession, étaient connus avant. La Coalition avait de réels désavantages mais moins que cette indécision d'Ignatieff (qui exige comme seule condition que la majorité conservatrice fasse des "rapports périodiques sur la situation économique"...).

    Mais les Libéraux n'étaient pas vraiment sincères dans leur soutien à la Coalition, à part peut-être Dion. Ils ne s'en servaient que comme un bluff contre Harper et ils sont ensuite vite cédé dès qu'il a lancé l'attaque contre le Bloc. A l'inverse, il était étonnant que le NDP de Layton et le Bloc québecois de Duceppe ait ainsi été prêts à une telle alliance alors qu'il n'y a pas si longtemps ils jugeaient presque que les Libéraux et les Tories étaient bonnets blancs/ blancs bonnets.

    Le bon côté de toute cette affaire est que Harper a pour l'instant dû faire des compromis. En revanche, on peut craindre que l'opposition soit durablement affaiblie et fragmentée.

    mercredi 28 janvier 2009

    C'est officiel



    Ignatieff est une carpette.

    Harper pourra donc continuer d'écraser l'opposition. Je ne sais s'il était opportun de renverser Harper mais menacer de le faire et reculer au dernier moment par crainte des conséquences (en faisant semblant d'ajouter des conditions) est ridicule et coûtera cher aux Libéraux. A force de vouloir paraître responsables, ils paraissent risibles. Ce n'est même pas du François Hollande, c'est du Jack Lang.

    Un paradoxe est que lorsque Ignatieff a remplacé Dion, il aurait pu mieux que Dion appliquer la nouvelle stratégie d'alliance avec le NDP comme il était plus populaire que lui. Mais l'ennui est qu'Ignatieff est tout ce qu'on peut craindre d'un intellectuel en politique et il a gâché cette occasion parce qu'il savait qu'il n'était pas prêt (et que si Harper allait jusqu'à la dissolution, on reviendrait à la case départ avec des Tories devant les Libéraux).

    Pour être plus charitable, on pourrait aussi dire que les réticences de Ignatieff peuvent s'expliquer parce qu'il défend vraiment la droite du Parti libéral et qu'il ne pouvait donc pas soutenir le glissement vers la gauche que représentait la Coalition avec le NDP de Jack Layton.

    Par ailleurs, comme attendu, Ignatieff a marginalisé des députés libéraux de Colombie Britannique trop proches de Bob Rae et de Stéphane Dion. Bob Rae (principal rival d'Ignatieff, mais qui s'était finalement rallié) reste chargé dans le Cabinet Fantôme des Affaires étrangères.

    mercredi 10 décembre 2008

    Ignatieff If Necessary



    Le nouveau Leader du Parti Libéral canadien, Michael Ignatieff (né en 1947, député seulement depuis 2006 !) a l'air très hésitant. Il a déclaré qu'il fallait aller jusqu'à la Coalition "si nécessaire", mais en ajoutant de manière confuse que cela ne l'est pas : "coalition if necessary but not necessarily coalition" faisait une allusion savante à des propos d'un ancien Premier Ministre libéral du début du siècle Mackenzie King, qui après avoir été farouchement contre la Conscription en 14-18, avait finalement dit en 1942 qu'il était "pour la conscription si nécessaire, mais pas nécessairement pour la conscription"). Cela peut bien sûr se lire comme un soutien modéré à la Coalition mais cela peut aussi se lire comme un manque d'enthousiasme caractérisé.

    Je ne veux pas être misologue mais, de loin, cela semble un peu le geste tragique d'un intellectuel légèrement hamletien (un peu comme Royal annonçant qu'elle ne savait pas si elle se présenterait elle-même ou pas, sans vouloir être désobligeant envers Ignatieff). Et en un sens, on avait de même reproché à Dion d'avoir lui-même trop tardé dans son offensive contre Harper.

    Je croyais d'abord que c'était simplement pour critiquer la ligne pro-Coalition de Dion qu'Ignatieff hésitait, mais Ignatieff va maintenant arriver au pouvoir, couronné par son aura de "Grand Intellectuel", spécialiste des questions de droits de l'homme, Star à Oxford et Harvard, romancier (de ce côté, le Canada est vraiment l'anti-USA : ils ont l'habitude de choisir des universitaires bien avant Obama, et je ne vois pas quel historien français pourrait avoir cette image chez nous).

    Mais le Comte Ignatieff, descendant d'un des ministres du Tsar Nicolas II, a perdu un peu de son prestige en défendant la Guerre d'Irak en 2003 (même s'il reconnaît à présent comme Hillary Clinton s'être trompé dans un mea culpa hypocrite), et en analysant de manière assez ambiguë les "interrogations coercitives" comme un "moindre mal" avec lequel une démocratie doit faire certains compromis bien encadrés. Là encore, il a pu dire que c'était en fait une façon de les critiquer comme mauvaises.

    [Ne pas confondre avec Michael Walzer, le théoricien de la Guerre Juste, qui n'avait soutenu que la Guerre en Afghanistan et pas celle en Irak.]

    Je ne vois pas ce qu'Ignatieff a à gagner à affaiblir la possibilité de la Coalition. Cela pouvait se discuter avant de lancer le vote de défiance mais lancer la menace et la retirer ensuite enlève tout crédit à la critique contre les Tories et semble capituler entièrement sur leurs arguments. En refusant de renverser Harper et de s'allier avec les Nouveaux Démocrates de Layton, Ignatieff semble donc dire que la révolte était illégitime ou bien que la Coalition négociée par Dion était en effet aussi intenable que ce que disaient les Tories.

    Il y a encore un autre scénario possible, qu'Ignatieff espère gouverner seul, sans même le NPD (en les tenant seulement par le chantage) mais cela semble ridicule. Pour le coup, passer des Tories qui ont 145 sièges à un parti tout seul qui n'en a que 80 semble peu démocratique.

    Christopher Bird (un autre de mes bloggers canadiens favoris avec Robin Laws) soutenait Stéphane Dion et il a la dent dure contre l'effondrement de la Coalition et l'évolution des "Grits" :


    It’s a party full of Liebermans, a collection of spineless twats with beliefs so vaguely defined that they can mean anything and be anything except something.

    People have blamed Stephane Dion’s image for being the reason why the Conservatives came out ahead in the last election, but that’s not it at all - when people saw Dion in the debates, they liked him more. The problem with the Liberal Party is that people think they’re weasels, and they know that the Tories stand for something. They might not agree with the Tories on most things, but at least, they figure, the Tories are neutered by Canada’s general political beliefs. (Whether or not this would be the case in the instance of a Tory majority government is up for debate.)

    In the choice between “fuck you” and “eh,” people will choose “fuck you” more often than “eh.” That the Liberals still don’t get this is one of the reasons their party is gradually dying.


    Pendant ce temps, du côté des Conservateurs, certains propos sont inquiétants, les Tories sont tellement indignés de pouvoir perdre le pouvoir alors qu'ils avaient presque atteint la Majorité absolue qu'ils parlent déjà de remettre en cause la Gouverneure-Générale Jean si elle accepte la Coalition.

    lundi 8 décembre 2008

    Popularité relative



    Robin donne un récit distrayant de la politique canadienne récente et s'étonne :


    Early polling suggests that a majority of Canadians want Harper to remain in office.

    This surprises me, but then again I live in downtown Toronto, where the Conservative Party is routinely outpolled by toxic mold.

    jeudi 4 décembre 2008

    Harper passera Noël



    Le gouvernement de Stephen Harper et des Conservateurs devrait donc tenir au moins jusqu'en janvier 2009. La Gouverneure-Générale du Canada, Michaëlle Jean a accepté de suspendre les votes du Parlement qui devait passer une motion de défiance contre le Gouvernement la semaine prochaine. Ce vote aurait pu conduire à une Coalition Libéraux-Nouveaux Démocrates avec le soutien sans participation du Bloc Québecois (sauf si les élections étaient appelées à nouveau, mais il semble que Mme Jean était réticente à le faire seulement deux mois après des élections déjà anticipées).

    D'un point de vue démocratique, la Chute de Harper pourrait paraître prématurée. Les Conservateurs étaient nettement en tête le 14 octobre 2008. Le système de type britannique (majoritaire à un seul tour) devrait contraindre assez mécaniquement à un bipartisme clair. Mais il y a la question du séparatisme québecois et le pouvoir souvent hégémonique des Libéraux a fait que la gauche NPD les considérait comme des bourgeois de la même farine que les Conservateurs.

    La Chambre des Communes compte 308 sièges dont

  • 143 Conservateurs (46% des sièges, 38% des voix).
  • 77 Libéraux (25% des sièges, 26% des voix)
  • 49 BQ (16% des sièges, 10% des voix)
  • 37 NPD (12% des sièges, 18% des voix)


  • Autrement dit, la Coalition aurait en théorie 114 sièges au gouvernement (+ soutien des 49 BQ) mais le total représente 54% des voix et environ 54% des sièges, donc il n'y a pas vraiment de scandale démocratique (les Libéraux ont déclaré qu'après tout ceux qui n'avaient pas voté pour les Conservateurs représentaient environ 62% des voix).

    Le problème, en revanche, est que Stéphane Dion, le leader libéral, est toujours très impopulaire. Or il deviendrait le Premier ministre avec un cabinet formé de 18 Libéraux et 6 NPD. Le Bloc s'engagerait à ne pas voter la défiance jusqu'en 2010 contre la Coalition.

    La crise politique a éclaté parce que les Conservateurs préparaient une série de lois qui prévoyaient de couper le financement public aux Partis (ce qui aurait complètement ruiné les petits partis comme le BQ et le NPD) et d'interdire le droit de grêve des fonctionnaires.

    La denrière fois qu'il y avait eu une Coalition était en 1917-1920, à cause de la Grande Guerre où le Premier ministre tory Robert Borden s'était allié avec certains Libéraux "unionistes" (mais sans les Libéraux partisans de l'ancien Premier ministre Henri-Charles Wilfried Laurier (le premier Francophone à la tête du gouvernement au tournant du XXe siècle).

    Pour se familiariser avec la politique canadienne, je tombe d'ailleurs sur cette bande-dessinée de Kate Beaton (mais je n'ai pas compris la blague sur le billet de 5$).