mercredi 10 décembre 2008

Ignatieff If Necessary



Le nouveau Leader du Parti Libéral canadien, Michael Ignatieff (né en 1947, député seulement depuis 2006 !) a l'air très hésitant. Il a déclaré qu'il fallait aller jusqu'à la Coalition "si nécessaire", mais en ajoutant de manière confuse que cela ne l'est pas : "coalition if necessary but not necessarily coalition" faisait une allusion savante à des propos d'un ancien Premier Ministre libéral du début du siècle Mackenzie King, qui après avoir été farouchement contre la Conscription en 14-18, avait finalement dit en 1942 qu'il était "pour la conscription si nécessaire, mais pas nécessairement pour la conscription"). Cela peut bien sûr se lire comme un soutien modéré à la Coalition mais cela peut aussi se lire comme un manque d'enthousiasme caractérisé.

Je ne veux pas être misologue mais, de loin, cela semble un peu le geste tragique d'un intellectuel légèrement hamletien (un peu comme Royal annonçant qu'elle ne savait pas si elle se présenterait elle-même ou pas, sans vouloir être désobligeant envers Ignatieff). Et en un sens, on avait de même reproché à Dion d'avoir lui-même trop tardé dans son offensive contre Harper.

Je croyais d'abord que c'était simplement pour critiquer la ligne pro-Coalition de Dion qu'Ignatieff hésitait, mais Ignatieff va maintenant arriver au pouvoir, couronné par son aura de "Grand Intellectuel", spécialiste des questions de droits de l'homme, Star à Oxford et Harvard, romancier (de ce côté, le Canada est vraiment l'anti-USA : ils ont l'habitude de choisir des universitaires bien avant Obama, et je ne vois pas quel historien français pourrait avoir cette image chez nous).

Mais le Comte Ignatieff, descendant d'un des ministres du Tsar Nicolas II, a perdu un peu de son prestige en défendant la Guerre d'Irak en 2003 (même s'il reconnaît à présent comme Hillary Clinton s'être trompé dans un mea culpa hypocrite), et en analysant de manière assez ambiguë les "interrogations coercitives" comme un "moindre mal" avec lequel une démocratie doit faire certains compromis bien encadrés. Là encore, il a pu dire que c'était en fait une façon de les critiquer comme mauvaises.

[Ne pas confondre avec Michael Walzer, le théoricien de la Guerre Juste, qui n'avait soutenu que la Guerre en Afghanistan et pas celle en Irak.]

Je ne vois pas ce qu'Ignatieff a à gagner à affaiblir la possibilité de la Coalition. Cela pouvait se discuter avant de lancer le vote de défiance mais lancer la menace et la retirer ensuite enlève tout crédit à la critique contre les Tories et semble capituler entièrement sur leurs arguments. En refusant de renverser Harper et de s'allier avec les Nouveaux Démocrates de Layton, Ignatieff semble donc dire que la révolte était illégitime ou bien que la Coalition négociée par Dion était en effet aussi intenable que ce que disaient les Tories.

Il y a encore un autre scénario possible, qu'Ignatieff espère gouverner seul, sans même le NPD (en les tenant seulement par le chantage) mais cela semble ridicule. Pour le coup, passer des Tories qui ont 145 sièges à un parti tout seul qui n'en a que 80 semble peu démocratique.

Christopher Bird (un autre de mes bloggers canadiens favoris avec Robin Laws) soutenait Stéphane Dion et il a la dent dure contre l'effondrement de la Coalition et l'évolution des "Grits" :


It’s a party full of Liebermans, a collection of spineless twats with beliefs so vaguely defined that they can mean anything and be anything except something.

People have blamed Stephane Dion’s image for being the reason why the Conservatives came out ahead in the last election, but that’s not it at all - when people saw Dion in the debates, they liked him more. The problem with the Liberal Party is that people think they’re weasels, and they know that the Tories stand for something. They might not agree with the Tories on most things, but at least, they figure, the Tories are neutered by Canada’s general political beliefs. (Whether or not this would be the case in the instance of a Tory majority government is up for debate.)

In the choice between “fuck you” and “eh,” people will choose “fuck you” more often than “eh.” That the Liberals still don’t get this is one of the reasons their party is gradually dying.


Pendant ce temps, du côté des Conservateurs, certains propos sont inquiétants, les Tories sont tellement indignés de pouvoir perdre le pouvoir alors qu'ils avaient presque atteint la Majorité absolue qu'ils parlent déjà de remettre en cause la Gouverneure-Générale Jean si elle accepte la Coalition.

1 commentaire:

Tom Roud a dit…

Effectivement, s'ils ne vont pas au bout de la coalition, c'est vraiment n'importe quoi. Surtout quand on voit comment les Tories perdent toute mesure comme vous le soulignez ...