Affichage des articles dont le libellé est science works. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est science works. Afficher tous les articles

dimanche 17 décembre 2023

Ailerons

Nous interrompons l'interruption de nos programmes pour un documentaire sur les raies manta géantes. J'ignorais qu'elles pouvaient changer de couleur mais on ne semble pas savoir quel avantage cela peut leur donner comme ce n'est pas du camouflage. Peut-être une sorte d'interaction sociale.  

Avec leur cerveau de 200 g, elles semblent capables de passer le test du miroir et de la conscience de soi, comme les pieuvres. 

Elles ne peuvent pas s'arrêter de bouger pour continuer à respirer et à avaler du plancton, et elles sont des ailerons efficaces. Elles reviennent à la surface pour se réchauffer mais plongent jusqu'à 1400 m pour se nourrir. 

samedi 11 novembre 2023

Le point de vue d'un LLM et le point de vue d'un photon

Pendant les Utopiales, lors d'une conférence sur la vitesse de la lumière, un des membres du public avait demandé (en se servant de notions qu'on retrouve en effet souvent dans la vulgarisation) si on pouvait encore dire que le temps s'écoule si on était du point de vue d'un photon. Roland Lehoucq lui a répondu que la question était mal posée dans la vulgarisation et qu'un photon allant à la vitesse de la causalité ou la vitesse d'Einstein ne pouvait pas être lui-même un référentiel. 



Je vous demande pardon de contribuer à nouveau à la publicité pour ces outils étranges mais j'ai demandé à un Large Language Model bien connu la même question pour voir si la vulgarisation massive qui l'a formé allait décider statistiquement de sa réponse ou s'il tomberait plus près de la réponse plus rigoureuse donnée par R. Lehoucq. 

Mais en effet une réponse plus précise corrige cette expérience de pensée dès le 3e paragraphe à la fin de cette réponse, il est capable de remettre en cause la formulation même de la question, ce qui est une simulation assez vertigineuse d'une "intelligence" : 

In the framework of special relativity, time dilation occurs as an object approaches the speed of light. As the speed of an object with mass approaches the speed of light, time appears to slow down for that object relative to a stationary observer. However, the situation is a bit different when considering photons. 

Photons, particles of light, travel at the speed of light, c, according to special relativity. According to the theory, time dilation becomes infinite as an object with mass approaches the speed of light. This is because the Lorentz factor, which governs time dilation, contains the term 1−v2 /c2 , and when v is equal to c, this term becomes zero, resulting in an undefined (infinite) Lorentz factor. 

From the perspective of a photon, if one were hypothetically able to "ride" along with it, the concept of time as experienced by slower-moving observers becomes somewhat undefined. Time dilation suggests that time would appear to stand still for the photon, and its journey from emission to absorption might be instantaneous from its point of view. 

However, it's important to note that the notion of "standing on a photon" is a bit problematic, as photons are massless and do not have a rest frame. They always move at the speed of light and, according to our current understanding, are not subject to the effects of time dilation as experienced by massive objects. 

In essence, the question of what you could measure from the perspective of a photon is somewhat moot, as photons don't have a rest frame or a reference frame in the way that massive particles do in relativity. Special relativity and its time dilation effects are more directly applicable to objects with mass. 

It's also worth noting that the complete behavior of massless particles, like photons, is more accurately described by the framework of quantum field theory, rather than the classical mechanics of relativity. In quantum field theory, the notion of "riding along with a photon" is not well-defined in the same way it might be in classical mechanics.

mardi 26 janvier 2016

Vachers & Violence

(article rédigé le 20 octobre 2004 - le contexte était donc l'élection présidentielle)

Cela m'agace souvent quand les Français parlent de la mentalité de cowboy et qu'ils expliquent ainsi toutes les attitudes de W (qui est un faux Texan qui ne possède son ranch que depuis 1999, il faut le rappeler). Cela paraît d'autant plus réducteur que l'Ouest sauvage a été en fait plus policé (plus de "contrôle des armes") et plus urbain que ce que les représentations tardives de la Belle Epoque ont pu laisser penser. 

Mais cela dit.... 

Il y a un petit livre de "psychologie culturelle", Culture of Honor. The Psychology of Violence in the South de Richard E. Nisbett et Dov Cohen (Westview Press, 1996), qui finalement peut donner un sens plus précis à ces vagues intuitions, mais pour les Etats du Sud plus que pour l'Ouest. 

Les régions rurales des Etats du Sud ont bien plus de violence que celles du Nord (la violence urbaine des grandes villes est plus homogène à travers les Etats-Unis). 

Le livre analyse de manière plus fine les actes de violence des Blancs du Sud et montre que
1) ce sont plus des actes de conflits et ressentiment entre personnes qui se connaissent (crimes passionnels, triangles amoureux, disputes...), bien plus que des actes de légitime défense ou de délinquance ; 
2) ces actes sont plus courants dans les régions de collines que dans les régions agricoles de plaines ; 
3) ces actes dépendent peu du niveau économique (les collines plus riches sont plus violentes que les champs plus pauvres) ; 
4) ces actes dépendent peu de l'esclavage (les collines avaient peu de population d'esclaves, contrairement aux champs de coton et au régions de marécages). 
5) ces actes ne dépendent pas non plus de la présence des armes à feu (les Sudistes ont plus d'armes à feu que les Nordistes mais le taux supérieur d'actes violents ne peut pas s'y réduire - cette partie du bouquin plaira à la NRA mais est convaincante quand même). 

L'hypothèse "anthropologique" et psychologique de Nisbett et Cohen repose sur une Culture de l'Honneur liée aux sociétés d'éleveurs. La Culture de l'Honneur, telle qu'on en voit souvent dans le pourtour méditerranéen, où cela conduit de Sicile au Moyen-Orient aux crimes d'honneur (tuer sa fille, sa sœur ou son épouse pour "rétablir" l'honneur familial et ne pas "perdre la face" face aux pairs). 

Les éleveurs et pâtres, qui dépendent de la possession de bétails et qui sont en intéraction constante avec des concurrents qui peuvent leur retirer tout leur "capital", sont généralement bien plus violents que les cultures de cultivateurs. 

Cela conduit à une culture de razzias, de rapts, de représailles (des Celtes, des Dinkas, des Grecs...) et cela s'applique aussi aux relations familiales et ce qu'on résume comme violence patriarcale. Les sondages montrent que ces sociétés considèrent la violence comme plus légitime pour laver les affronts. 
[En passant, ce modèle explique assez bien la culture d'éleveurs et bergers en Corse qui paraît si énigmatique sur le Continent (toutes mes données très scientifiques sur ce sujet venant d'Asterix et Pétillon). ]

Mais là où le livre est un essai de psychologie sociale et non pas seulement de sociologie, c'est le passage à "l'ethnographie expérimentale" en laboratoire et une méthode inter-disciplinaire. On ne mesure pas seulement les discours avoués mais les attitudes implicites. 

Certaines expériences sont vraiment fascinantes. 

Les auteurs ont fait venir des étudiants nordistes et sudistes (en leur cachant bien sûr le vrai sujet de l'expérience, comme dans la célèbre expérience de Milgram). Chaque étudiant (qui croit qu'on veut tester autre chose, l'apprentissage ou quelque chose de ce genre) est heurté dans le labo par un expérimentateur agressif qui murmure "asshole". Le résultat est très net : l'étudiant Nordiste moyen est interloqué voire amusé, l'étudiant Sudiste est indigné et agressif (on a même mesuré leurs réactions physiologiques et ils étaient bien plus stressés que les Nordistes, même si ça n'altérait pas leurs fonctions cognitives). 

De même, on fait une expérience de jeu de chicken. Un expérimentateur marche tout droit dans un couloir étroit sans ralentir dans une collision avec le sujet. On mesure la distance à laquelle le sujet accepte de reculer pour laisser passer. Le Nordiste cède le passage bien plus tôt que le Sudiste et l'écart est même assez important. Le Sudiste ne voulait pas "perdre la face". 

Mais cette Culture de l'Honneur n'est pas seulement une réaction épidermique inconsciente. C'est un ensemble de normes qui vont valoriser la violence "pour préserver son honneur". 

Une autre expérience consiste à envoyer à des employeurs une lettre demandant un emploi où un soi-disant candidat (qui a un bon CV) avoue soit 
a) avoir commis un vol quand il était jeune ; 
soit b) avoir tué accidentellement quelqu'un qui s'en était pris à sa petite amie. 

Les Nordistes et Sudistes ont la même réaction dans le cas a) (les Sudistes ont même des réactions légèrement plus défavorables). Mais dans le cas b) les Sudistes sont en revanche bien plus enclins à accepter la proposition que les Nordistes (et les réponses sont bien plus chaleureuses et compréhensives à l'égard de l'homicide du candidat, témoignant d'une vraie indulgence). 

Le livre montre aussi comment cette Culture de l'Honneur subsiste malgré la disparition des structures sociales des éleveurs (sauf dans les grandes villes, plus homogénéisées). Les jeunes mâles blancs (non-hispaniques) du Sud sont plus battus que les autres pendant l'enfance (les châtiments corporels y sont plus valorisés), ils battent plus leur épouse et leurs Etats sont nettement moins enclins à poursuivre les violences domestiques. 40% des Etats du nord ont des lois qui considèrent les violences domestiques comme un délit grave, 0% des Etats du Sud. 

Par ailleurs, cette violence masculine est aussi transmise et renforcée par un discours continuel chez les femmes du Sud, qui disent qu'un homme qui ne défendrait pas son honneur ne serait pas un vrai homme. La violence des femmes du Sud est d'ailleurs aussi disproportionnée par rapport à celles du Nord. 

Et là où l'analyse de cette Culture à haut taux de testostérone devient politique, c'est que les élus du Sud sont bien plus enclins que ceux du Nord à voter pour des interventions militaires et pour des augmentations du budget de l'armement. 

[L'hypothèse selon laquelle W a vraiment voulu "venger Papa" reprend un sens nouveau à la lumière de cette théorie. Cela explique aussi certaines lettres qu'a reçu le Lone Star Iconoclast (journal de Crawford, Texas, qui soutient Kerry) et qui les accusaient de trahir et bafouer le sens de l'honneur texan en faveur d'un "Yankee". ]

mardi 14 octobre 2014

Entrées scientifiques et histoire des sciences


J'aime bien lire des entrées Wikipedia sur toutes ces sciences que je ne comprendrai jamais mais je me rends compte aujourd'hui d'une sorte de lacune ou de point aveugle : certaines entrées sont complètement dénuées d'histoire des sciences.

Par exemple, pour suivre les articles récents sur la découverte apparente d'un phénomène qui semblerait se comporter comme une quasiparticule de Majorana (on n'en est pas encore à avoir observé directement un fermion de Majorana mais ce fermion est classé parmi des "quasiparticules" aussi alors que si jamais le neutrino était un fermion de Majorana et non un fermion classique de Dirac, il ne serait pas une quasiparticule), j'ai lu l'entrée sur la Liste des quasiparticules - je n'imaginais pas qu'il y en avait tant - et elle n'a aucun historique et aucune indication du début de chaque notion. Certaines des quasiparticules comme le soliton ont certes déjà un long passé depuis 1834 (sur Scholarpedia, l'entrée soliton est plus développée), mais l'entrée phonon ou celle sur les trous d'électron n'a pas une seule date indiquée par exemple.

mercredi 8 février 2012

Hubris post-Nobel



Faisons un peu de Wikipedia Comparative. En confrontant la page du Dr Montagnier en français et en anglais, la première est beaucoup plus laudative. La seconde insiste bien plus clairement sur les controverses récentes sur les recherches actuelles de Luc Montagnier. Il affirme travailler sur des propriétés de l'ADN contraires aux conceptions admises dans la communauté scientifique, et avec un lien avec des principes de l'homéopathie.

Via la très distrayante Encyclopédie américaine des Charlatans et des Dingues, je vois que Luc Montagnier est rangé dans les dingues étrangers qui seraient victimes d'une forme de Maladie du Nobel (basculant dans le charlatanisme après une carrière brillante de chercheur). Tom Roud avait déjà mentionné ce syndrome il y a deux ans quand Montagnier était parti continuer sa carrière en Chine.

jeudi 26 janvier 2012

L'arrêt du Mur



D'après une décision du tribunal de Lille, le documentaire Le Mur de Sophie Robert (dont je parlais la semaine dernière) ne pourra plus être montré tant qu'elle n'aura pas retiré de son film les entretiens de trois Lacaniens qui s'étaient plaints, Esthela Solano Suarez, Eric Laurent et Alexandre Stevens. Cela va peut-être inciter les autres psychanalystes à porter plainte aussi.

Par ailleurs, je ne sais s'il y a un lien avec l'actualité de ce documentaire mais le député UMP Danielle Fasquelle du Pas-de-Calais (Professeur de Droit communautaire et président du Groupe d'études parlementaires sur l'autisme) vient de proposer d'interdire les pratiques psychanalytiques dans le traitement de l'autisme.

Article unique
Les pratiques psychanalytiques, sous toutes leurs formes, doivent être abandonnées dans l’accompagnement des personnes autistes, au profit de traitements opérants, les méthodes éducatives et comportementales en particulier.
Une réaffectation de l’ensemble des moyens à ces modes de prise en charge doit être exigée.
Cela peut paraître une réaction disproportionnée ou qui devrait plutôt dépendre d'autorités sanitaires.

Le CIPPA (Coordination Internationale entre Psychothérapeutes Psychanalystes s'occupant de personnes avec Autisme) a répondu à la proposition en prenant ses distances avec toute pratique psychanalytique qui culpabiliserait les parents.

jeudi 19 janvier 2012

Murs et "Mères Réfrigérateurs"



Via Jean-Daniel Flaysakier, un article sur le documentaire Le Mur.

Le film, par Sophie Robert, reprend la critique de la psychanalyse sur l'autisme en France et ridiculise certains psychanalystes interrogés dans le film.

Mais même Roudinesco, qui occupe un peu la position d'avocate de la tradition freudienne en France, ne tente pas vraiment de les défendre vraiment :

“The film is unfair,” Élisabeth Roudinesco, a French historian of psychoanalysis at the University of Paris VII, said. “It is fanatically anti-psychoanalysis. But I don’t think she’s manipulated the film to make them look ridiculous; rather, I think she chose to talk with very dogmatic psychoanalysts who come across as ridiculous.

Ce sont pourtant des psychanalystes connus qui sont interrogés, comme Daniel Widlöcher (peu Lacanien), ou le pénible Naouri. Mais les Lacaniens sont les plus drôles dans le documentaire dans leur dogmatisme.

Le documentaire montre qu'au moins certains psychanalystes continueraient encore aujourd'hui, comme au temps de Bruno Bettelheim, à culpabiliser les mères des enfants autistes (théorie dite des "Mères réfrigérateurs de Leo Kanner). Les partisans de la causalité non-génétique prétendent même que ce serait un lobby politique des parents qui voudraient imposer l'origine "naturaliste" génétique, largement acceptée aux USA.

Mais une des faiblesses du film est de se fonder sur une sorte de "morale" ou d'anecdote, avec la comparaison de deux enfants et le succès des PECS sur l'un d'eux, ce qui donne une impression de simplification.

dimanche 15 janvier 2012

Hives & Hornets



"Lorsqu'il voulait se relâcher l'esprit un peu plus longtemps,
il cherchait des araignées qu’il faisait battre ensemble,
ou des mouches qu’il jetait dans la toile d’araignée,
et regardait ensuite cette bataille avec tant de plaisir
qu’il éclatait quelquefois de rire."
Colerus, Vie de Spinoza, 1706

Cette phrase me glace un peu comme illustration de la théorie de "l'effort pour persévérer dans son être" chez Spinoza, chaque être quel qu'il soit n'étant défini que par sa "puissance".

La BBC sait dramatiser l'entomologie (via) : un combat épique entre une horde de 30 Frelons géants asiatiques (Vespa mandarinia, 5 cm de long, 7,5 cm d'envergure), très venimeuses, et une ruche de 30000 abeilles européennes, qui se font massacrer par les prédateurs en trois heures de bataille. Maintenant on peut enfin visualiser dans la réalité ce que ferait un assaut de dragons.



Cette autre ruche d'abeilles japonaises est mieux adaptée par l'évolution : elles réussissent à tendre un piège à un éclaireur frelon qui venait les repérer, et elles l'étouffent pour l'empêcher d'aller chercher ses congénères.

La fin du documentaire n'échappe pas à l'anthropomorphisme mais c'est assez satisfaisant comme récit. On voit donc la fin de la "ruche" des frelons : leur Reine produit des phéromones tant qu'elle est fertile et dès que cela cesse et qu'elle n'arrive plus à enfanter, les guerriers mâles viennent la dévorer, le Nid s'écroule, les ouvrières se mangent entre elles et mangent leurs larves. C'est un "état de nature" qui paraîtrait relativement peu optimal si chaque Nid finit ainsi dans l'auto-extermination anarchique (même si cela a dû produire quelques autres Reines et colonies pendant la durée de vie de la collectivité pour que cela fonctionne).

samedi 31 décembre 2011

Le Cru et le Kanzi



Les élèves de Terminale ont une obsession qui est de nier toute différence entre les bêtes et le Genre humain. Cela ne me choque pas vraiment (à vrai dire, ce serait plutôt les anti-Darwiniens qui m'ennuient plus) mais ce thème revient tout le temps, quel que soit le sujet. La question du langage ou de propositions universelles ne les convainc pas souvent.

Mais j'arrivais quand même toujours à leur faire admettre une seule propriété spécifique, admise depuis le Mythe de Prométhée, qui est la technique du Feu.

Bon, cela ne va plus marcher non plus : Kanzi (31 ans) le Bonobo (c'est toujours avec des Bonobos, non ?) aurait réussi à apprendre dans l'Iowa à faire du feu (avec l'aide d'allumettes) et à cuire de la nourriture à force de regarder un documentaire des centaines de fois.


Kanzi, le "Prométhée des Primates", est déjà une star de la primatologie. Il arrive à combiner beaucoup de signes et aurait déjà réussi à gagner au jeu vidéo de Pac-Man.

lundi 5 décembre 2011

La soutenable absence de la Lune




Apparemment la Terre pourrait être stable et propice à la vie sans la Lune, contrairement à des calculs répétés depuis 25 ans.

Tout d’abord, il semblerait que les variations restent comprises entre 10° et 50° ce qui, tout en n’étant pas négligeable, implique des changements de climat moins violents. Surtout, les chercheurs ont constaté que pendant des périodes aussi longues que 500 millions d’années, l'inclinaison de l’axe de la Terre sans Lune restait comprise entre 17° et 32° et même entre 20° et 25° pendant des centaines de millions d’années. Ils ont découvert aussi que l’amplitude de ces variations n’était pas la même selon que la Terre tournait sur elle-même dans le sens contraire, ou non, à celui de sa révolution autour du Soleil. Une rotation rétrograde est ainsi plus stable et il en serait fortement de même si la période de rotation de la Terre était inférieure à 12 h.

Je ne comprends pas la fin :

Si donc l’Homme aurait peut-être pu apparaître sur Terre en l’absence de la Lune, on peut tout de même se demander comment sa science et sa technologie auraient pu se développer tant est vraie cette affirmation d’Henri Poincaré dans son ouvrage La valeur de la Science (chapitre VI ) lorsqu’il dit que ce qu’il veut montrer avant tout à son lecteur, « c’est à quel point l’astronomie a facilité l’œuvre des autres sciences, plus directement utiles, parce que c’est elle qui nous a fait une âme capable de comprendre la nature ».

Veut-il dire que sans la Lune, les instabilités auraient été quand même trop grandes pour qu'on puisse arriver à des inductions sur le système solaire ? Ou bien qu'on aurait eu plus de mal à passer du cycle court du "mois" lunaire à l'année solaire ? Ou bien veut-il dire que le Soleil et les planètes n'auraient pas été suffisants pour deviner l'idée même de grands cycles ?

Cela paraît assez douteux. Si les astronomes antiques ont réussi à trouver des inductions sur des cycles parfois très longs comme les 1460 ans de Sirius (à condition de ne pas trop partir uniquement d'un calendrier lunaire justement), j'imagine que même pour la science, la Lune n'aurait pas été si indispensable.

Certains cycles auraient peut-être même été plus réguliers (par exemple d'après ce site, la précession des équinoxes aurait eu lieu quand même mais aurait été bien plus lente).

Le philosophe "contingentiste" Quentin Meillassoux avait évoqué dans une conférence récente l'idée d'écrire des romans qui ne soient pas de fiction scientifique, sur des lois de la nature différente, mais de fiction "hors science" sur la possibilité d'un monde sans aucune régularité ou loi de la nature. Même dans un monde avec de plus fortes oscillations et changements climatiques plus violents, nous aurions dû inventer des "biais" heuristiques pour ne pas trop être des Sceptiques ultra-humiens. Il nous faudrait vivre dans un véritable chaos pour arriver à croire dans le chaos.

jeudi 27 octobre 2011

Temporaliser l'espace


Le Foundational Question Institute (FQXi) a organisé en août dernier une série de conférence sur la nature du temps et le philosophe et physicien Tim Maudlin (NYU) y présente une explication très claire de sa propre réinterprétation mathématique des bases de la relativité. Dans ce que j'ai pu comprendre, il propose une nouvelle fondation basée sur la théorie des "Structures linéaires". Il construit ensuite les structures spatiales à partir des Structures linéaires au lieu de les construire à partir de la notion topologique d'(Espace) Ouvert. Il construit alors tout l'espace-temps relativiste à partir de cette primitive des Structures linéaires entre des évenements, ce qui lui permet son expression bergsonienne inversée si frappante : la relativité ne "spatialise pas le temps" en le réduisant à une ligne, elle "temporalise l'espace" (au sens où tout va être construit par cette notion de ligne qui servait pour l'ordre temporel et que la structure géométrique va émerger de cet ordre physique). Et il dit qu'en un sens nouveau, cela peut justifier certaines expressions newtoniennes sur la nature du Temps.



La salle de conférence de FQXi sur ce bateau (le National Geographic Explorer qui naviguait entre Bergen et le centre Tycho Brahé de Copenhague) est vraiment très chouette.

Une version papier est dans Tim Maudlin, "Time, Topology and Physical Geometry", Aristotelian Society Supplementary Volume, Volume 84, Issue 1, pages 63–78, juin 2010.

Pour voir quelque chose de moins sérieux : pendant cette croisière scandinave de la conférence FXQi, Tim Maudlin s'est amusé à organiser une parodie de Débat avec le physicien Julian Barbour où chacun défend (avec des arguments intentionnellement inégaux) la théorie inverse de celle qu'il soutient (Barbour niant d'habitude la réalité ontologique du temps et Maudlin disant que tout émerge à partir du temps).



Un de mes regrets à Paris est que je n'ai jamais vu de bons cours accessible (à la fois historique et technique) sur l'Espace et le Temps alors que c'est souvent un cours de base en philosophie des sciences aux USA. Quand les mathématiciens le font, c'est d'habitude vite incompréhensible. Si je faisais encore de la philosophie (ce qui n'est plus le cas), ce serait sans doute un séminaire qui m'intéresserait.

dimanche 2 octobre 2011

Prix IgNobel 2011



Jeudi dernier ont été remis les Prix IgNobel. Je suis un peu choqué du Prix IgNobel pour le philosophe John Perry pour son célèbre article sur la "Procrastination structurée", comme il était évident que c'était un essai humoristique et une sorte de parodie des recommandations éthiques.

Mais le prix de Médecine est fascinant : plusieurs expériences pour démontrer qu'une personne qui a une forte envie d'uriner sera aussi prédisposée à plus contrôler ses pulsions dans d'autres domaines. Cela pourrait avoir des effets insoupçonnés. Il faut forcer les traders boursiers et les Présidents de la république à boire du jus de canneberge à la théobromine toute la journée.

Mais surtout ce Prix de médecine apprend qu'il existe une revue entière appelée "Medicine & Urodynamics".

mercredi 28 septembre 2011

In a world where rhinoceroses are domesticated pets, who wins the Second World War?


  • Via Zak, que se passerait-il si la Terre était un cube ?

  • Le célèbre auteur de science-fiction Greg Egan avait déjà joué avec des formes étranges de mondes et de gravité dans Incandescence.

    La question de départ était de se demander à quelles conditions physiques une société pré-industrielle pourrait découvrir les principes de la Théorie de la Relativité générale (ou bien comment avoir notre science contemporaine sans avoir pour autant les ressources d'une technique moderne).

    La structure du monde était d'ailleurs si étrange que de nombreux lecteurs et critiques ne l'ont en réalité pas comprise à partir de la description dans le livre.

    Mais si l'effort spéculatif est étonnant, je ne suis pas encore persuadé (n'ayant pas achevé le livre) qu'il soit aussi satisfaisant du point de vue narratif que ses livres précédents.

  • Le nouveau cycle Orthogonal de Greg Egan doit être l'un des Conditionnels contre-factuels les plus développés de toute l'histoire de la fiction spéculative, avec l'étude approfondie d'un univers ("l'univers riemannien") où la vitesse de la lumière n'aurait pas de valeur maximale fixe mais serait proportionnelle à la longueur d'onde.

  • samedi 14 mai 2011

    Infinie confusion sans aperception


    On peut souvent comprendre une épistémologie un peu idéaliste en se disant qu'après tout nos perceptions humaines pourraient être très limitées et partielles par rapport à la réalité (et, dès lors, que même nos extensions techniques par des microscopes seraient entachées d'une borne similaire). Il pourrait y avoir bien d'autres attributs infinis de la Nature, bien des longueurs d'ondes, bien des dimensions au-delà de nos sens. Cette idée d'un filtre par les sens est plus ancienne que les idéalismes de la philosophie moderne, elle est devenue triviale depuis au moins les premiers sceptiques et relativistes dénonçant nos illusions.


    Mais comme le fait remarquer ce neurobiologiste, on peut renverser cette perspective du point de vue des sciences.
    On peut imaginer un modèle contraire où notre système de perception est d'une perfection tellement ridiculement aiguisée que nous avons eu besoin de degré d'inattention et de discontinuités de conscience pour en limiter la saturation (et en un sens, en y pensant, ce Réalisme direct de la perception pourrait ressembler à certaines théories plus leibniziennes). Ce ne serait pas que nos sens nous font défaut comme inadéquats mais qu'ils sont au contraire bien plus adéquats que nous l'imaginons, si inutilement exacts que nous avons besoin d'une fonction d'attention qui est sélective (ou que l'évolution devait rendre plus sélective). La conscience focaliserait nos sens par quelque voile de négligence sur le reste et nous aurions déjà ces superyeux à la vision microscopique qu'il faudrait protéger par des œillères.

    We are all inattentive superheroes

    It turns out that humans can, in fact, detect as few as 2 photons entering the retina. Two. As in, one-plus-one.

    It is often said that, under ideal conditions, a young, healthy person can see a candle flame from 30 miles away. That's like being able to see a candle in Times Square from Stamford, Connecticut. Or seeing a candle in Candlestick Park from Napa Valley.

    Similarly, it appears that the limits to our threshold of hearing may actually be Brownian motion. That means that we can almost hear the random movements of atoms.

    We can also smell as few as 30 molecules of certain substances. (...)

    These facts suggest that we all have some level of what we'd normally think of as "super human" sensory abilities already.

    vendredi 14 janvier 2011

    Comme l'oeil du passé, flottant sur des ruines



    CNN a, pour une fois, quelque chose d'informatif (même s'il y a déjà eu de nombreux documentaires sur ce sujet) : un court reportage photo sur les environs de Tchernobyl, autour du célèbre Sarcophage nucléaire. On y voit la ville fantôme abandonnée de Pripyat (qui avait 50 000 habitants avant la catastrophe du 26 avril 1986), et une nature tourmutante perce les ossements de béton. On y voit aussi une faune diverse (parce qu'il n'y a plus de grands prédateurs depuis 25 ans - l'homme est loup pire que le cesium et strontium) mais qui souffre d'un nombre élevé d'anomalie et de monstruosité (le poisson-chat de 2 mètres n'est pas vraiment un Blinky, sa croissance a été facilitée par l'absence d'humains). Certains végétaux se sont adaptés vite au sol contaminé. La "Forêt Rouge" dans la "Zone interdite d'Aliénation" est composée d'arbres morts qui ont absorbé des poussières radioactives.

    Pour les amateurs de jeu de rôle, Pripyat pourrait faire penser à Gamma World et il y a même eu un jeu vidéo Stalker: L'Appel de Pripyat, mais cela devient d'un mauvais goût pénible quant on voit les tumeurs réelles des enfants de la région même après l'abandon de la cité.

    Il y a maintenant un tourisme morbide de pélerinage atomique autour de ce premier site post-apocalyptique avec des douzaines de milliers de personnes chaque année. Je crains que les guides ukrainiens ne se rendent pas tous bien compte des risques auxquels ils s'exposent en y retournant souvent avec des touristes en mal d'impressions fortes.

    lundi 15 novembre 2010

    Sum ergo...

    therefore the carbon-12 nucleus must possess an energy level at 7.65 megaelectronvolts (MeV).

    Cela paraît moins frappant que d'autres conclusions existentielles. L'auteur, le cosmologue Fred Hoyle a aussi créé l'expression Big Bang (mais pour ridiculiser l'idée à l'origine).

    mardi 22 juin 2010

    Lire dans ses propres lèvres


    Augustin d'Hippone laisse penser dans un passage curieux des Confessions (VI, 3) que son maître Ambroise de Milan aurait été le premier à "lire dans sa tête" sans murmurer ou psalmodier publiquement les mots qu'il lisait. Nietzsche y voit une forme d'instauration de la conscience chrétienne (Par delà le Bien et le Mal, §247 L'Allemand n'écrit plus que pour les yeux alors que les Anciens écrivaient pour l'oreille).
    Si cette origine était vraie (ce qui est très douteux, comme l'ont fait remarquer les classicistes Gavrilov et Burnyeat, contrairement à Alberto Manguel qui perpétue cette légende dans son Histoire de la lecture), il faudrait imaginer dans ce dialogue silencieux de l'âme avec elle-même une sorte d'invention "technique" du IVe siècle de notre ère, au moment même où Augustin allait jeter les bases de l'histoire de la "Subjectivité" occidentale (si du moins il ne faut pas relativiser aussi sa place dans cette histoire, selon Alain de Libéra dans son Archéologie du sujet).

    Le neurologue Oliver Sacks raconte l'histoire d'un homme qui a réappris à lire par ses gestes.

    L'écrivain Howard Engel avait eu un matin une crise épileptique partielle et il n'arrivait plus à reconnaître les mots écrits (une forme de syndrome de Dejerine). Il était devenu une sorte d'aveugle aux mots sans être encore (comme certains dyslexiques) aveugle aux significations. Mais lorsqu'il écrivait, il pouvait à nouveau interpréter les signes que sa propre main produisait ("alexie sans agraphie").

    Howard Engel a donc appris à recopier les signes vus en les traçant avec sa langue sur son palais. Il doit donc faire un travail de retraduction silencieuse de ce que son cerveau ne comprend plus, en incorporant les lettres sur la tablette dans sa propre bouche. Cette annotation "orale" lui permet de lire à nouveau à une vitesse proche de celle que lui donnaient ses yeux. L'écrivain a profité de la plasticité et de l'adaptabilité du cerveau humain qui peut reconstituer la même fonction par d'autres voies que celles qui ont été blessées.

    samedi 14 novembre 2009

    jeudi 29 octobre 2009

    Natura abhorret a Bosono Higgis



    Stephen Colbert découvre que le Futur en veut au CERN.

    The Colbert ReportMon - Thurs 11:30pm / 10:30c
    Big Bang Theory
    www.colbertnation.com
    Colbert Report Full EpisodesPolitical HumorReligion