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mardi 12 septembre 2023

La Pirogue et le Tamis

 L'historien des sciences George Dyson (par ailleurs fils du célèbre physicien Freeman Dyson, celui de la "Sphère de Dyson") est un spécialiste des canoës ou "baidarkas" des Aléoutes d'Alaskas Colombie Britannique. Il soutient aussi des théories plus discutables sur l'Internet comme réseau conscient mais il tirait aussi il y a 13 ans de sa connaissance des kayaks une analogie sur notre situation cognitive (lien via c.c. o'hanlon, je traduis) : 

"Dans le Nord de l'Océan Pacifique, il existait deux approches en matière de construction navale. Les Aléoutes (et leurs autres cousins constructeurs de kayaks) vivaient sur des îles arides et sans arbres et construisaient leurs bateaux en assemblant des structures squelettiques à partir de fragments de bois ratissés sur la plage. 
Les Tlingit (et leurs autres cousins constructeurs de pirogues) construisaient leurs bateaux en sélectionnant des arbres entiers dans la forêt humide et en creusant le bois jusqu'à ce qu'il ne reste plus qu'un canoë.
Les Aléoutes et les Tlingits ont obtenu des résultats similaires – maximum de bateau / minimum de matériel – par des moyens opposés. Le flot d’informations libéré par Internet a produit une fracture culturelle similaire. Nous étions autrefois des constructeurs de kayaks, collectant tous les fragments d'informations disponibles pour assembler le cadre qui nous maintenait à flot. Maintenant, nous devons apprendre à devenir des constructeurs de canoës, en rejetant les informations inutiles pour révéler la forme des connaissances qui s’y cachent.
J'étais un constructeur de kayaks endurci, formé pour collecter tous les bâtons disponibles. Je n'aime pas devoir acquérir de nouvelles compétences. Mais ceux qui ne le feront pas se retrouveront à pagayer sur des rondins et non sur des canoës."

***

L'image du "crible" est ici changée par le fait que cela devienne quelque chose qui accomplit sa fonction de barque. La philosophie pragmatiste américaine peut souvent être résumée par ce passage entre les Pyramides fondationalistes de la philosophie traditionnelle et la rhapsodie du Radeau de Neurath qui est sans cesse en train de se reconstruire tout en flottant, Navire de Thésée encore à l'eau. L'épistémologie fondationaliste cherchait une base stable dans des données immédiates ou dans des concepts purs alors que le pragmatisme prétend ne plus faire cette distinction en voyant un bricolage des concepts et des données.  

Il y a 45 ans, l'écrivain Kenneth Brower avait déjà consacré un livre The Starship And The Canoe (1978), une vie parallèle entre le Vaisseau spatial de Freeman Dyson, qui sondait la cosmologie, et la baidarka de son fils George Dyson, qui avait fui son père et la civilisation en ramant dans les eaux de l'Océan pacifique dans son Kayak. 

vendredi 4 novembre 2022

Sécurité informatique

Mon ami Goodtime me signale que son antivirus classerait ce blog comme "site malveillant". J'ai déjà effacé les spams mais je ne sais pas si c'est suffisant si un logiciel est installé à mon insu ? 

dimanche 12 avril 2020

8 ans sur Twitter


Cela fait maintenant 8 ans que j'ai créé mon compte Twitter et je dois reconnaître que ce petit outil a joué un rôle un peu envahissant et donc pas toujours très positif. Je lisais bien plus la presse directement avant de suivre les chambres d'écho de Twitter par exemple. C'est devenu une mauvaise habitude que de prendre un réseau social comme principal "filtre" d'information et je le regrette. Twitter fonctionne par un effet d'amplification où on est tous poussés à parler des mêmes choses. Au lieu d'indiquer les tendances (trending topics) des sujets des autres, on aimerait presque un push sur des types de sujets moins abordés ou au moins en évitant les répétitions.

Alors que je croyais mon ton relativement diplomatique et peu trollesque, j'ai été "bloqué" par de nombreuses personnes, dont un ancien Ministre de l'éducation nationale et ex-spécialiste de Fichte devenu escroc médiatique (oui, le "philosophe" qui dit que les maths ne servent à rien), et une personne trans parce que je disais que j'aimais bien Father Ted, Black Books et IT Crowd (certes, l'auteur irlandais de ces comédies est devenu un TERF un peu obsessionnel il est vrai).

Je faisais environ 30 notes par mois sur ce Blog avant Twitter et plutôt 4 par mois depuis, en partie parce que ce "micro-blogging" a rendu inutiles beaucoup de liens. En gros, la politique (ou l'actualité en général) a migré sur Twitter et le blog s'est encore plus concentré qu'avant sur les rares sujets où je pense avoir un peu de compétence, Comics & jeu de rôle (ou parfois un peu de mythologie).

Add. Le philosophe et informaticien Enrico Panai fait remarquer dans cette interview sur notre saturation d'information que la forme lapidaire de Gazouillis contraint à un contenu soit ironique soit insultant.

Media theorist and cultural critic Neil Postman argues in his prophetic book Amusing Ourselves to Death (1985), that TV had habituated us to visual entertainment “measured out in spoonfuls of time". Has information twisted itself to accommodate spectacle? 
Twitter is the most visible example of how Postman's prophecy was correct. At the beginning, with only 140 characters in his Tweets it was not possible to develop a speech, but only to use irony. Unfortunately, not everyone knew how to use humour, so the other side of the coin was insult and hatred.
One could think of updating the title in Amusing (and offending) Ourselves to Death.

Un des effets pervers est en effet non pas seulement le circuit de la récompense par le Like mais l'habitude à l'Indignation immédiate où souvent on ne prend plus la peine de vérifier si le tweet est un faux ou s'il peut y avoir une explication ou justification raisonnable. Et oui, je n'ai pas pris assez de précaution et j'ai déjà re-tweeté sans lire tout l'article et en me contentant du titre. Les médias sont déformés par le "hameçon à clic" (aussi appelé plus vulgairement "putaclic").


jeudi 17 octobre 2019

Spasmes de spam


Le blog était recouvert de douzaines de spam qui me proposait de bien vouloir me faire sucer le sang pour devenir un vampire (ou une goule, je ne sais pas). Cela devait être une métaphore sur l'instrumentalisation sur Internet mais je ne saisis pas bien ce qu'il espérait en tirer à part un clic de curiosité... 

La plupart des spams sont des compliments tellement exagérés qu'ils sont faciles à identifier (c'est même insultant qu'ils comptent tant que notre narcissisme l'emporte) mais j'ai trouvé parfois des spams de blog plus originaux qui faisaient semblant de critiquer le post, ce qui crée immédiatement une réticence : est-on en train de censurer une critique légitime ? 

Heureusement, les IA des bots sont des combinaisons faciles à repérer et les critiques sont trop génériques mais il se pourrait un jour que par hasard, je perde le test de Turing et me mette à dialoguer avec un de ces messages de bot en croyant avoir une réelle interaction avec un sujet. Ou (plus vraisemblable) il se peut que je supprime des reproches sincères s'ils n'ont pas été développés.  

mercredi 10 juin 2015

Vindicosuite retiré


Les liens sur le blog sont tous redirigés vers un site Vindicosuite avant d'arriver à leur destination. Une recherche en ligne semble montrer que c'est un malware qui pourrait venir de SiteMeter, le site qui me donnait les références des liens vers le blog depuis près d'une douzaine d'années sans problème. Je vais retirer SiteMeter, tant pis.

Add. C'est retiré, c'était bien cela. Désolé, je ne sais pas depuis combien de temps cela durait, mais d'après un examen, la redirection n'était pas "virale" et pas vraiment un malware peut-être. Mais c'était assez irritant pour que je le retire.

dimanche 26 octobre 2014

Les récurrences oubliées


Je tombe par hasard sur cela (rendu incompréhensible parce qu'ImageShack a détruit les illustrations) mais j'avais complètement oublié qu'en 2005, Patrick Modiano était le scénariste de mon vieux webcomic (qui doit lui aussi être détruit avec Imageshack) avec des manchots. Je ne comprends d'ailleurs plus aucun des gags à répétition, ce qui prouve la qualité de notre Nobel commun.

mercredi 28 mai 2014

Calculer les rapports et sonder les mystères


Puisque ce mois de mai se termine et bien que je sois censé écrire une communication sur la science-fiction pour dans deux semaines, dans un grand élan civique pour relancer le désir d'écrire, je vais m'amuser à tester le gadget "Sondages" de Blogger.

Vous devez trouver ci-contre, à votre gauche, le choix d'une semaine plus consacrée au jeu de rôle au début du mois de juin.

J'ai mis quatre choix qui correspondent à quatre jeux dont j'ai déjà parlé au moins une fois, avec une assez vague tentative de catégoriser leur genre :

  (1) Arduin (Gonzo Fantasy années 70)
  (2) Jorune (Planetary Romance - Science Fantasy années 80)
  (3) Mindjammer (Transhumanist Space Opera années '10)
  (4) Mummy (Gothic/Superhero années 90)

Votez (et si possible si vous n'êtes que 4, ne dispersez pas vos voix de manière égale, hein ?). Avant le 30 mai à 23h59.

Add. Il semblerait que je n'ai même pas le droit de voter à mon propre sondage dans cette application. Votre voix sera donc vraiment souveraine (sauf si je me délogue de mon compte ?, ah, non, cela doit dépendre de l'ip ?).

Add.2 AAAARgh. Le widget de Blogger ne marche pas, on dirait. Il garde pourtant en mémoire mon vote (il me demande si je veux le changer et a bien mémorisé ma solution) mais continue de dire qu'il y a eu 0 voix... D'après ce forum, ce bug a l'air assez général.

Je soupçonne les Illuminati de vouloir empêcher l'essor de la démocratie participative 2.0, sans aucun doute (il faut informer DémocratieRéelle et leur rêve de κληρωτήριον athénien virtuel).

Add. 3 Mon espoir que les votes réapparaissent après la clôture était infondé. Je me demande pourquoi le gadget gratuit de Blogger a pu fonctionner à une époque. Aucun suffrage n'a été pris en compte et je vous conseille donc, pour ceux qui ne l'auraient pas fait, de les reprendre dans les commentaires avec extension jusqu'à la fin de ce long week-end du Pont, jusqu'au lundi 2 juin. 

Pour l'instant (Dimanche 1er juin, 15h), nous en sommes en effet à égalité entre Jorune et Mindjammer avec 40% chacun des cinq votes, plus 20% pour Arduin.

Add. 4 : Jorune en tête, avec 7 votants (18h).  Suspense intolérable.

mercredi 19 septembre 2012

Case sans fin

Si par hasard vous aviez trop de temps libre, XKCD a aujourd'hui une dernière case qu'il faudra sans doute plusieurs jours à explorer (image à "cliquer & tirer").

jeudi 3 mai 2012

Sarkozyficateur

Vous pouvez faire attaquer votre compte Twitter par un Président sorti.

vendredi 27 avril 2012

Miroirs & Idolâtrie


Zak a un joli message sur la culture de l'amateur et son basculement dans le Narcissisme contemporain du "Fan(atique)" égotiste :


"[T]o enthusiastically like something someone made--a book, a movie, a record, a game--means you are appreciating something that isn't you. It isn't even your family. It isn't anything that will contribute directly to the success of your genetic material on the planet.

Per se, a person who is wholeheartedly aesthetically appreciating a phenomenon of the outside world is getting out of their own everyday concerns (essential to being able to imagine the suffering of other people) and appreciating that a human unlike them did something worth doing (ditto essential).

(...)

In any fan, it can go:

The art is good.
I appreciate the art.
I appreciate the art because it is like me, it is the product of people like me, for people like me.
The art is therefore good because it is like me.
And I am good because I like it.
The art is good because it appeals to me or is related to me.
Therefore: if you are good, you will like this. If you are bad, you won't.
Therefore: if it is not aimed at me, it is not good.

Now every single great piece of art ever has probably benefitted from this dangerous but emotionally undeniable reaction. Sometimes you hear a song and it is you." 

Cette forme d'idolâtrie narcissique est un risque de tout art et de toute critique depuis qu'on y mêle des considérations d'expressivité du sujet.

C'est un problème aggravé dans les carnets personnels, où on n'a pas d'éditeur et où on se dit qu'on n'a contraint personne à perdre son temps à venir vous lire. Le biais est alors "l'épanchement de l'expression". Il est inévitable de penser qu'on aime X ou Y par simple nostalgie ou association personnelle mais il devient plus gênant qu'on se contente de constater ces préférences personnelles en exposant son histoire individuelle, ses réactions de "contrarianisme" ou parler de sa Génération au lieu de chercher d'autres critères plus "universalisables". On cartographie alors des réseaux d'idiosyncrasies et des effets générationnels des industries des loisirs au lieu de cultiver des raisons à discuter ou à critiquer. (Et d'ailleurs le blog que vous êtes en train de lire est très souvent coupable de ce vice, que ce soit sur les comics ou les jeux de rôle.)

samedi 21 avril 2012

Bruit de Jérémiade geignante prévisible


Veuillez me pardonner pour ce message inutile et ennuyeux, mais tant pis, il faut que je répète la même chose que des millions de personnes ont déjà dû mettre sur leur blog :

Je déteste la nouvelle présentation de Blogger qui a changé l'implémentation du HTML et qui m'oblige à ajouter des sauts de paragraphes. Je déteste la nouvelle présentation de GMail, qui me donne la nausée. Je déteste la nouvelle présentation de Google+, qui me fait penser à un hopital. 

Voilà, désolé, ce ne doit être que de la néophobie ridicule, on s'habitue et on criera de même au prochain changement, et personnellement, je suis navré quand je lis le même genre de messages de quelqu'un. Mais tant pis.

vendredi 20 janvier 2012

La fin de "4% de l'Internet"


Megaupload, le célèbre site de téléchargement, avait son siège à Hong Kong et en Nouvelle-Zélande mais leurs serveurs étaient distribué à travers le monde, dont 525 serveurs rien qu'en Virginie (voir aussi l'article d'OWNI). Il a quand même été bloqué par le FBI dans une investigation internationale (avec les polices de Hong Kong, des Pays-Bas, du Royaume-Uni, d'Allemagne, du Canada et des Philippines).

Le fondateur, le pirate allemand millionnaire Kim "Dotcom" Schmitz a été arrêté avec plusieurs autres employés en Nouvelle-Zélande pour fraude au copyright. 50 millions de dollars ont été saisis. A l'annonce de l'arrestation de Julius Bencko, le "designer graphique" slovaque du site, l'Internet a été surpris d'apprendre qu'ils avaient un designer graphique.

L'Inde avait déjà interdit l'an dernier sur son territoire Megaupload, RapidShare, MediaFire et d'autres sites suite à des plaintes de producteurs de Bollywood. Les MegaUploaders auraient peut-être dû se convertir au "kopimisme" pour plaider la liberté de culte.

En décembre dernier, Megaupload avait mis une vidéo musicale publicitaire avec plusieurs chanteurs volontaires et Universal avait protesté contre cette promotion de leur pire ennemi par certains de ses propres artistes. Le PDG de la compagnie était supposé être le DJ Kasseem Dean dit "Swizz Beatz", époux de la chanteuse Alicia Keys. La publicité a-t-elle contribué à hâter cette inculpation ?

Avant de faire de Kim "Dotcom" une sorte de "héros" de la "liberté de pirater", il faut rappeler que cet entrepreneur avait dénoncé auprès de PayPal certains de ses concurrents, Fileserve.com, Videobb.com, Filesonic.com, Wupload.com, Uploadstation.com, en disant qu'ils cultivaient beaucoup plus de violations du copyright que Megaupload.

Add. Numerama dit qu'Universal Music avait envisagé un rapprochement avec MegaUpload.

J'ai du mal à comprendre que certains "Anonymous" veuillent ainsi se méprendre sur le site, qui n'a strictement rien d'un WikiLeaks :

Ils montrent aussi qu'en 2006 et 2007, MegaVideo s'était monté en repompant le contenu de YouTube, Kim Dotcom souhaitant dupliquer toutes les vidéos pour ensuite les exploiter commercialement.

vendredi 6 janvier 2012

Prosé1337isme



Après le Piratpartiet (qui a eu 7% au élections européennes de 2009 et 2 sièges au Parlement européen), la Suède a reconnu hier L'Eglise Missionnaire du Kopimisme qui considère parmi les vertus cardinales la diffusion des copies numériques...

jeudi 3 novembre 2011

Une Présidentielle sur un Gazouillis



Seán Gallagher, 49 ans, homme d'affaires et proche du Parti centriste Fianna Fáil (je résiste à tout jeu de mot débile sur le génitif de "Fál") était le candidat favori pour les Présidentielles en Irlande de la semaine dernière, le jeudi 27 octobre 2011, mais une simple intimidation sur un faux compte twitter, lue en direct et disant que des preuves allaient sortir sur une affaire de financement occulte, a poussé Gallagher à s'embrouiller et à quasiment avouer pendant l'émission débat des candidats ("Je ne me rappelle pas avoir reçu cette enveloppe et ce chèque de 5000 euros de ce trafiquant, mais si jamais je l'ai effectivement reçue en mains propres ce soir-là, je demande s'il y a un enregistrement"). Il s'effondra dans les sondages dès le lendemain. Les journalistes irlandais ont l'air assez agressifs à l'égard du favori, même si la fonction présidentielle est purement cérémonielle.



Et c'est le candidat travailliste Michael Higgins qui l'a emporté avec 40% contre 30% (l'Irlande utilise un scrutin préférentiel à un seul tour pour les Présidentielles). Higgins, poète et ancien Ministre de la culture, remplace la centriste Mary McAleese qui avait fait deux mandats depuis 1997.

jeudi 6 octobre 2011

"A mind forever voyaging through strange seas of Thought --- alone"



Ce fut le premier logo de la compagnie (avec deux vers de Wordsworth sur Newton). C'était avant la Pomme, symbole de connaissance, de désir et de chaos d'Eris (surtout avec les couleurs du spectre dans le désordre : de haut en bas, vert, jaune, orange, rouge, violet, bleu au lieu de rouge, orange, jaune, vert, bleu, indigo, violet).

Une légende urbaine réfutée prétendait que la morsure dans la pomme était une allusion à la mort d'Alan Turing, père de l'Ordinateur. Turing s'était suicidé en 1954 en laissant une pomme à demi mangée qu'il aurait emplie de cyanure.

*

Comment convertir son iPad en un Macintosh


⌘Q

jeudi 29 septembre 2011

Twitter - not pointless anymore



Fafnir et le plus obsessionnel Giblets (deux personnalités de Fafblog) gazouillent.

On est toujours sans nouvelles de la 3e, Medium Lobster.

mardi 6 septembre 2011

En série



  • Fantasy Web Series regroupe plusieurs mini-séries pour l'Internet (peut-être inspirées par le succès de The Guild de Felicia Day, qui se passe dans le monde réel avec des joueurs de MMORPG).

    Standard Action se situe directement dans un univers de D&D, où les individus semblent savoir qu'ils sont des personnages (chacun mentionne sa feuille de personnage). Les personnages sont Edda l'Elfe Barbare illettrée (jouée par la créatrice, Joanna Gaskell), Fernando le Barde demi-halfling brésilien, Guinevere la Sorcière égocentrique et Martin le Druide pyromane. Les moyens et effets spéciaux sont impressionnants pour une série auto-produite sans budget (les décors naturels ne m'inspirent pas vraiment - malgré les costumes, cela fait vite penser aux scènes d'extérieur de HeroCorp). Cela commence comme une simple série à sketchs mais semble aller un peu vers une histoire plus dramatique comme le webcomic Order of the Stick.

    Walking in Circles, qui ressemble beaucoup à la précédente, se veut plus nettement parodique, je crois, avec Krag le Barbare (curieusement placide, à l'inverse d'Edda dans Standard Action), Markus le Magicien raté, Garand le Barde enthousiaste (comme Elan dans OotS), Angie la Druide et Alex l'Assasin (dont le gag est qu'elle est en fait ultra-compétente, contrairement aux autres).

    Border Guardians of Ackernon semble suivre le parcours inverse avec un épisode d'introduction sérieux sur une Université de magiciens et une série qui a l'air de tourner ensuite à la comédie sur les Camps de vacances.

  • Regardé les trois premiers épisodes de la série française Platane qui est un peu à Curb the Enthusiasm ce que le nouveau sitcom de La Chanson du Dimanche était à Flight of the Conchords. De nombreux moments grinçants très George Costanza où Eric Judor essaye d'être plus odieux encore dans la mauvaise foi que le personnage de Larry David. Mais malgré ces similitudes et les inventions délirantes, cela n'a pas encore vraiment pris.

  • vendredi 13 mai 2011

    Problèmes Blogger et hypomnemata

    Blogger a eu des difficultés ces derniers jours et semble avoir détruit plusieurs commentaires (et pendant quelques temps affiché mon nom sur Gmail à la place du pseudo habituel...). Désolé pour ces disparitions, cela rappelle à quel point ce genre de traces est fragile. Mais j'étais venu ici il y a 4 ans après que 20six avait effacé 4 mois de posts.

    De mémoire, je me rappelle (1) d'un lien très amusant de MB sur la théorie du déséquilibre sur le chômage et (2) d'un commentaire d'Elias (sur ce post) sur un passage raciste de Nietzsche dans la Généalogie de la Morale II,7 (on est face à un racisme fin de siècle pseudo-évolutionniste de style haeckelien).

    Il y a maintenant une compétition sur la mailing-list d'histoire des sciences HOPOS pour citer des passages racistes de philosophes des Lumières (je dois avouer que j'ai été déçu par David Hume, décidément très conforme à certains préjugés pour un sceptique - mais d'un autre côté, comme dit Marx dans une jolie note du Capital, si un géant comme Aristote a pu écrire les idioties qu'il a défendues sur l'esclavage, quelle chance ont les autres mortels d'y échapper).

    Mais pour aller vers une période plus récente sans trop chercher la police de la rectitude politique, un autre exemple serait le célèbre logicien américain Willard Van Orman Quine. Peu de philosophes ont pu être aussi rigoureux et rigides. On le sait très conservateur (contrairement à son maître Rudolf Carnap, qui était socialiste) et quelques entrées de son petit livre Quiddities laissent passer ses penchants assez réacs, mais il y a une petite plaisanterie cachée dans un de ses célèbres articles, qui n'est pas du meilleur goût (même si on ne pourrait pas non plus parler de préjugés discriminatoires directs, comme dans les textes de Hume ou Kant).

    Dans son célèbre article "Three Grades of Modal Involvement" (1953, repris dans Ways of Paradox), Quine critique tout usage du concept modal de Nécessité car dire que x est "nécessairement" F reviendrait à considérer qu'on peut distinguer une essence de ce x et des accidents contingents dans la description. Il n'admettrait à la rigueur qu'une version nominaliste (confinée au calcul des propositions) qui ne considérerait les opérateurs modaux comme NECessaire que comme des modifications portant sur des phrases et non pas sur des individus. Il parle alors de ces concepts modaux avec des métaphores "sociales" comme des "taudis ontologiques désordonnés" (mais aussi des "jungles luxuriantes" et manquant de la sobriété des déserts du rasoir d'Occam). Il précise vers la fin de l'article contre l'essentialisme (p. 173 dans Ways of Paradox) :

    "Such instantiation is allowable, certainly, in extensional logic, but it is a question of good behavior of constant singular terms, and we have lately observed that such behavior is not to be counted on when there is a 'NEC' in the woodpile."

    Or ce jeu de mot un peu vaseux "there is a "NEC" in the woodpile" (je me demande bien comment on pourrait le traduire : "anguille modale sous roche" ? "couille modale dans le potage" ?) est une allusion à une expression raciste qui venait du Sud des Etats-Unis (l'entrée Wikipedia révèle cela dit que Quine n'était pas le seul logicien, le mathématicien britannique Alan Turing aurait parlé de l'Axiome d'extensionnalité avec la même expression). L'expression était peut-être devenue une sorte de phrase figée mais Quine était trop attentif aux détails du langage pour ne pas jouer à la provocation, surtout que dans cette période, il va critiquer l'extension des Droits civiques.

    On sait que Gottlob Frege, le fondateur si exigeant de la Logique contemporaine, était un antisémite nationaliste (Michael Dummett dit quelque part que cela l'a fait désespérer de la Raison et même de l'Humanité) et on peut donc se demander si la Logique est une discipline qui purifie tant que cela ses petites contaminations de l'opinion dans les désordres de sa vie.

    [Un autre jeu de mot de Quine qui passe inaperçu est que le titre de son livre From a Logical Point of View est en fait, de son propre aveu dans son autobiographie, une allusion à une chanson parodique de Robert Mitchum.]

    dimanche 1 mai 2011

    Prétérition


    Via twitter, un chroniqueur média cancanier dit qu'il ne mentionnera pas une rumeur sur une personnalité "dont le tout Paris de la politique connaît depuis plusieurs jours les déboires". C'est une manière peu subtile de flirter avec la violation de la protection de la vie privée et le vague va vite se dégonfler. Cela concernerait je crois la béatification de Kate Evita Bruni après son mariage avec un fils Kadhafi.

    Add. En parlant de rumeurs auto-alimentées, Wikipedia a dû mettre une protection sur la page de Michele Amble-Bachmann après qu'Obama eut dit qu'il avait "entendu dire" qu'elle était née au Canada. C'est une allégation absurde, puisqu'on sait de source sûre qu'elle est née en Suisse.

    vendredi 8 avril 2011

    [Alphabet d'Avril] H comme Hacker



    Le paradoxe du Genre des Superhéros est que c'est un sous-Genre du Genre "Science Fiction" mais que la Science-Fiction y devient souvent assez peu possible, dans le sens où l'outrance épique et fantastique du Superhéros interdit certaines histoires de Science-Fiction plus "rigoureuses" ou "réalistes". Comment parler de problèmes spéculatifs sur la société et la technologie dans un univers fictif où la Terre se fait envahir par des démons, des monstres ou des extra-terrestres divers chaque semaine ?

    Hacker Files est une série de 1992 où DC Comics avait essayé de surfer sur la vague du Cyberpunk. Le Cyberpunk était le mouvement de SF à la mode en littérature dans les dernières décennies du siècle dernier et me semble avoir été supplanté depuis par son antithèse dans le Transhumanisme. Le Cyberpunk avait des histoires sombres sur un futur proche où on se lamentait sur la déshumanisation (même s'il pouvait y avoir aussi une certaine jubilation technophile, comme ici), le Transhumanisme reprend des thèmes plus utopiques sur un futur lointain où on se réjouit d'avoir dépassé l'humain.

    Le Hacker du titre, créé par Lewis Shiner est le handle de Jack Marshall, un humain qui serait "normal" dans l'univers DC s'il n'était le meilleur super-pirate informatique dans le Cyberespace. On échappe au cliché du "petit génie" ado puisqu'il commence à être plutôt mûr, mais il est l'un des pères secrets du code utilisé par le gouvernement américain dans l'univers DC, même s'il a été depuis chassé des corporations et est devenu le classique cyberanarchiste désabusé et paranoïaque qu'on retrouve toujours dans ce genre d'histoire (cela sort en même temps que le très bon film Sneakers, qui a dû être une influence).

    La série essayait à la fois d'être solidement implantée dans cet univers fictif (on voit passer "Oracle", ex-Batgirl, qui passe sa vie sur son réseau informatique, et Green Lantern) et de représenter d'une manière relativement réaliste (à l'époque) la subculture des Hackers du début des années 1990 juste avant l'explosion populaire de la World-Wide Web. Les premiers épisodes voient même un piratage de l'ARPAnet et une investigation sur un Virus. Contrairement à William Gibson (qui s'est toujours vanté d'avoir été plus créatif dans le cyberpunk en ne connaissant rien à l'informatique réelle), Lewis Shiner se documentait et il avait mis au point un forum sur un BBS pour que les Hackers corrigent ses erreurs techniques. On est donc entre la métaphore de pure fantasy à la Tron et la vraie Hard SF.

    La série (au dessin de Sutton assez moche, je trouve) a des connexions et mises en abyme intéressants puisque dans la réalité les vrais hackers Legion of Doom avait le nom d'une équipe de criminels de l'univers DC - et leur leader avait d'ailleurs pris le surnom de "Lex Luthor". Lewis Shiner fonde une de ses premières histoires sur l'affaire réelle Operation Sundevil où les Services secrets américains mirent en place un coup de filet contre un groupe de hackers sur certains BBS. Il y a d'autres allusions à la réalité comme par exemple ce jeune pirate fils d'un chef de la NSA et créateur du premier "Ver" informatique (voir l'archive dans Phrack 40). La fin de la série (après seulement 12 numéros hélas) est en revanche une parodie (un peu décevante) de WarGames.