lundi 4 juillet 2011

Quelques étapes sur le Space Opera


  • Priorités

    Comme beaucoup de fans "occasionnels" et paresseux, je suis plus amateur de fantasy que de science-fiction, mais j'essaye en ce moment de me remettre un peu plus sérieusement à l'histoire de la "fiction scientifique" parce que les clones de Tolkien commencent à me lasser. J'avais commencé à réunir une ébauche de chronologie de mondes de Fantasy comme Lord Dunsany, H.P. Lovecraft, Eric Rücker Eddison, Abraham Merritt, Robert E. Howard, et je commence à regarder un peu les équivalents pour la science-fiction.

    La science-fiction est une (sous-)littérature d'idées. Les amateurs sont plus attachés à l'originalité des idées et de leur traitement narratif qu'à d'autres questions formelles. C'est pourquoi les personnages sont si souvent unidimensionnels. C'est pourquoi un écrivain comme Heinlein qui a inventé tant de concepts devenus des clichés n'a même pas besoin d'être léger, ou qu'Asimov, si ingénieux, n'a pas besoin d'écrire bien.

    Il y a déjà par exemple cette grande chronologie de la science-fiction. Cet
    autre site sur la technologie donne la liste des "premières inventions techniques" dans l'histoire de la SF.

    Je vais seulement me concentrer sur un seul sous-genre de la science-fiction, le Space Opera des origines victoriennes aux années 30.

    Le terme d'Opéra Spatial avait été formé de manière péjorative par Wilson Tucker, qui voulait se moquer en 1941 de western mélodramatique hors de notre planète. L'astronomie ne servait que de prétexte pour de l'aventure échevelée avec des fusées, des lasers et des monstres. Mais le terme s'est ensuite élargi à tout récit (généralement moyennement "scientifique") fondé sur l'exploration spatiale, avec les conventions et tropes fondées dans l'Âge d'Or des années 1930-1940. Le terme a perdu une partie de ses connotations négatives depuis le "Nouveau Space Opera" de la fin du XXe siècle (Stephen Baxter, Gregory Benford, David Brin, Greg Egan, Peter F. Hamilton, Alastair Reynolds, Dan Simmons, etc.) qui joue sur ces conventions anciennes des grands Empires interplanétaires mais en prétendant y injecter une science ou des préoccupations plus "contemporaines".

  • L'Invention de l'épopée martiale spatiale : Garrett Serviss (1898)

    Le vrai premier Space Opera n'est pas vraiment La Guerre des Mondes de Herbert George Wells (1866-1946) en 1898. Certes, c'est le livre qui crée le cliché de l'Invasion extra-terrestre et du premier "rayon thermique", en anticipation des Lasers (inventés en réalité seulement en 1958). H.G. Wells a eu l'idée géniale d'inverser l'exploration coloniale (ce sont les Marsiens qui sont plus développés que nous et ils viennent triompher de nous comme nous avons triomphé des peuples moins technologiques sur notre monde). Les romans verniens sont d'habitude l'exploration de l'espace et là c'est l'Angleterre qui est assaillie et colonisée mais les Britanniques n'ont que peu de moyens pour résister (à part quelques scènes de batailles) ou pour contre-attaquer puisque les Marsiens sont finalement vaincus par l'infiniment petit, par le choc immunitaire de nos bactéries. Les Marsiens, au cerveau si développé, étaient de toute évidence en retard sur Robert Koch et Louis Pasteur dans ce domaine. La parabole darwinienne est que leur évolution intellectuelle et scientifique a trop négligé leur propre corps dans la compétition des deux espèces (thème qu'on trouvait déjà dans The Time Machine en 1895 avec la dégénérescence de l'Humanité en une spéciation sociale).

    La même année 1898, aux Etats-Unis, un astronome et célèbre vulgarisateur scientifique Garrett Serviss (1851–1929) va franchir un pas supplémentaire en écrivant une suite non-autorisée à la Guerre des Mondes : Edison's Conquest of Mars (en feuilleton dans le Boston Post). Serviss semble avoir été déçu par la conclusion si ironique de Wells, où les Humains n'avaient gagné que par un accident biologique.

    Dans Edison's Conquest of Mars, les Terriens se disent que les Martiens vont finir par revenir (E.E. Barnard observe leurs activités depuis son téléscope de Yerkes) et cela conduit à une unité mondiale de toute l'Humanité autour de Washington, DC. Ils décident une contre-invasion "préventive", menée par des scientifiques réels, dont surtout l'inventeur américain Thomas Edison (1847-1931), les physiciens Wilhelm Röntgen (qui venait de découvrir les Rayons X trois ans avant) et Lord Kelvin (ce qui est ironique comme le physicien britannique avait déclaré en 1896 qu'il n'y aurait jamais de vol d'aéronefs plus lourds que l'air...).

    Garrett Serviss dit aussi être membre de l'équipage et décrire les événements comme un article de journalisme. L'expédition punitive viendra sur une flotte de Vaisseaux. Edison invente les premiers scaphandres et la flotte terrienne passe par la Lune et part massacrer les Martiens, qui ressemblent à des Géants macrocéphales (mais leurs femelles sont, comme par hasard, plus proches de nos proportions).


    Le Vaisseau ("flying Ship of Space") inventé par Edison n'est pas une fusée envoyée par un tir de canon comme chez Verne ou Wells. Les Navires de l'Espace fonctionnent avec des "particules électrisées qui repoussent la gravité" (Percy Greg l'avait déjà utilisée dans son Across the Zodiac en 1880 et H.G. Wells en 1901 utilisera aussi l'anti-gravité). Edison invente aussi la première arme appelé un "Désintégrateur" (qui brouille la vibration des objets matériels), qui va devenir omniprésent dans la SF ensuite.

    Une des scènes du roman voit Thomas Edison se demander (ce que TVTropes appelle "suspendre l'abat-jour" pourquoi les Martiens, qui semblaient plus développés technologiquement, n'ont pas pu découvrir son anti-gravité et son Désintégrateur, plus puissants que leurs missiles et leur Rayons Thermiques.

    Les Terriens réussissent à apprendre la langue martienne grâce à des prisonniers et trouvent une esclave humaine d'origine d'Inde du Nord, car les Martiens ont déjà visité la Terre dans le passé (ce qui contredirait le roman de Wells où les Martiens ne connaissaient la Terre que par leur télescope). Les Terriens font fondre les Canaux de Mars et noient la civilisation martienne dans un Génocide de masse. Ils sont fous de joie en trouvant aussi de riches minerais, dont un astéroïde en or et un des membres de l'expédition épouse la belle captive des Martiens.

    Le roman de Garrett Serviss (en dehors de son didactisme vernien) a une idéologie très distincte de celle de Wells. Wells peut être un socialiste utopique mais il n'a pas de rapport si naïf à la technique. Serviss idéalise complètement le super-ingénieur Edison en symbole de l'Inventivité yankee. Alors que le roman de Wells ironisait sur le fait que l'Empire britannique pourrait être traité comme il avait dominé ses sujets coloniaux, le roman américain met le savoir-faire américain comme une justification de la supériorité de l'Humanité. Le racisme sous-jacent précise même que l'esclave humaine est de "la race aryenne" (la SF de l'époque est marquée par The Coming Race de 1871). Mais certaines scènes échappent au thème à la mode du Péril Jaune de l'ignoble Matthew Shiel la même année 1898. Chez Serviss, la Chine, le Japon ou le Siam soutiennent l'expédition, même si l'Amérique est le vrai centre.

  • L'Impérialisme et le Frisson devant la Technique avant la Grande Guerre

    Il y a de nombreux romans qui anticipent la Grande Guerre avec des armes technologiques avancées (comme l'apocalyptique War in the Air de H.G. Wells en 1907 où la Guerre aérienne destructrice entre les Anglo-Américains et les Germano-Japonais a ravagé la planète). Mais ces récits de Guerre Future restent le plus souvent sur Terre.

    L'Américain Edgar Rice Burroughs (1875 – 1950) a inventé le genre de la "Romance Planétaire" (ou "Epée & Planète") avec son Cycle de Mars (Barsoom, en Martien) en 1912, la même année où il crée Tarzan. Juste après la Guerre de Sécession, un vétéran de l'armée esclavagiste, John Carter, se retrouve sur Mars dans un monde antique où il est un surhomme à cause de la différence de gravité (cette différence était déjà signalée par Serviss dans Edison's Conquest of Mars mais ne servait qu'à donner des scènes de sauts gigantesques de Lord Kelvin). Mars est une sorte de Terra Incognita rêvée, une autre Frontière avec des hommes verts ou rouges, mais où le héros sudiste en 1866 est un conquérant aristocratique (tout comme le Lord anglais Tarzan est un Lord naturel, malgré tout le retour à la nature de la thériotrophie). La conquête de la Frontière extra-planétaire va vivre plus longtemps que celle sur les Indiens d'Amérique.

    Mais si Mars est à la mode à cette époque, il y a déjà des récits qui vont bien plus loin, et même au-delà du Système solaire.

    Le Britannique Robert William Cole publie en 1900 The Struggle for Empire: A Story of the Year 2236. Au XXe siècle, l'Empire britannique, allié aux USA et à l'Empire allemand, ont finalement vaincu leurs ennemis (tous les autres Empires, français, turcs, russes) et ont fondé l'Empire anglo-saxon (le thème "raciste" de l'unité nordique germano-britannique). Ils ont colonisé le système solaire et vont se retrouver au XXIIIe siècle face à un autre Empire extra-terrestre de Kairet venant de Sirius (8,6 années-lumière, ce sont des Humanoïdes indiscernables des Terriens). Après une bataille spatiale qui a lieu de Neptune à la Terre (où Londres est bombardée), l'Empire anglo-saxon finit par l'emporter. La fable impérialiste porte vraisemblablement sur la Guerre des Boers qui est en cours cette année-là et sur la Crise de Fachoda qui avait eu lieu en 1898.

    Quelques années après, le dépassement de notre système solaire est acquis, comme l'indique un roman allemand. Dans Wunderwelten (1911) de Friedrich Wilhelm Mader (1866-1945), les aventuriers menés par Lord Flitmore sont emportés par une comèt (comme Hector Servadac sur son astéroïde "Gallia") jusqu'à Alpha du Centaure (Proxima n'est découverte qu'en 1915). Cela doit aussi être un des premiers vols plus rapides que la lumière car Mader ignore les distances. Mais on est loin du Space Opera martial, comme l'expédition de Lord Flitmore réussit toujours à négocier avec les extra-terrestres intelligents qu'elle rencontre. Cela en fait une mission scientifique plutôt pacifique, à l'opposé de l'Impérialisme vengeur de Garrett Serviss ou de Robert Cole (bien que les Allemands de cette période aient eu aussi du ressentiment sur les conquêtes coloniales).

    En dehors de l'Empire, un autre fondement de Garrett Serviss avait été la technophilie et rien ne représente mieux cela que le luxembourgeois devenu Américain Hugo Gernsback. Gernsback développe à cette époque des revues sur l'électricité et la télégraphie sans fil et il va justement inventer le mot "scientific fiction" pour décrire son enthousiasme. Ses propres textes comme Ralph 124C 41+ (1911) ne sont presque que des catalogues d'inventions futures possibles (télévision, radar, etc.) avec une vague intrigue pour relier ces descriptions de découvertes. La science-fiction partage alors l'ennui des utopies baconiennes. Ironiquement, ce manifeste si rébarbatif de la nouvelle "scientifiction" parle encore de l'Ether à l'époque même où Einstein en 1905 vient de discréditer la notion. Les revues de Gernsback sur l'électricité vont ensuite le conduire à créer après la Guerre mondiale les premières revues consacrées à la science-fiction.

    En passant, et pour sortir un peu du Space Opera, on dit souvent que Nous (1920) de Zamyatine ou Brave New World (1932) de Huxley sont les premières dystopies construites contre un supposé utopisme scientiste de H.G. Wells (c'est un peu plus complexe comme Wells est aussi l'un des créateurs du cliché du Savant Fou, avec le Docteur Moreau). Mais dès avant l'effondrement de la Grande Guerre ou l'expérience totalitaire, le célèbre E.M. Forster écrit la première grande dystopie technophobe, la nouvelle "The Machine Stops" (1909). L'Humanité vit désormais dans des cellules isolées sous la Terre, depuis que la surface est devenue inhabitable. Les Humains, en contact virtuel, sont sous le contrôle de la Machine qui les nourrit mais les asservit au point qu'ils ont même oublié qu'ils l'ont créée et ont fini par l'adorer comme une divinité. Mais les Humains aliénés à la Machine ne la comprennent plus et n'arrivent donc plus à l'entretenir ou à la réparer. Elle commence à cesser de fonctionner et les Humains vont devoir réapprendre à se passer d'elle et à explorer le monde de la Surface. La SF réutilisera souvent ensuite ce thème post-apocalyptique et luddite de l'Ordinateur-Dieu en Moloch que ce soit l'épisode La Pomme (1967) de Star Trek ou Logan's Run (1967).

  • 1928 et la Fin des années Folles

    A l'après-guerre se multiplient des invasions terriennes de Mars au cinéma, dans des films comme Himmelskibet (1918) ou Aelita (1924).

    Au début de l'année 1926, Hugo Gernsback commence Amazing Stories, la première revue de fiction entièrement consacrée à la science-fiction (Weird Tales, créée 3 ans avant, était plutôt sur le fantastique). On peut voir les Couvertures d'Amazing Stories et les premiers numéros ne mentionnent presque que Jules Verne et H.G. Wells en couverture, avec quelques alibis scientifiques de vulgarisation et des docteurs en science ou en médecine. Mais la revue avait surtout un courrier des lecteurs qui forma le premier forum des Fans et ouvrit la voie de l'organisation de la Communauté. Le propre de la SF est cette émulation productive où les fans tentent de devenir auteurs. Ce n'est que 4 ans après, en 1930, que va naître la seconde grande revue de science-fiction et le concurrent le plus prestigieux de Amazing Stories, Astounding Stories (qui existe encore aujourd'hui sous le nom d'Analog).


    Les illustrations d'Amazing Stories ont beaucoup fait, avant les comic books, pour créer les clichés de la science-fiction. Ces Aliens en forme de puces géantes sont effrayants mais pourtant amicaux (vol. 1, n°7, octobre 1926) et ce planétoïde artificiel est déjà l'Etoile de la Mort (vol. 2, n°11, février 1928). J'ai moins de respect pour l'Hergé d'Objectif Lune en regardant l'illustration du scaphandre sur la couverture de mai 1929.

    Si on prend cette année 1928, juste avant la Grande Dépression, on trouve concentrée toute la naissance du Space Opera, avec Skylark et Buck Rogers.

    Le chimiste E.E. "Doc" Smith (1890 – 1965), publie Skylark en feuilleton à partir du numéro Vol. 3, n°5, août 1928 (mais Doc Smith l'avait écrite dès 1916-1920). Le héros Dick Seaton invente un moyen d'explorer l'espace (qui repose sur une formule secrète X qui a besoin de cuivre), mais le riche Marc DuQuesne tente de lui voler son invention. En poursuivant DuQuesne à bord de son vaisseau Skylark (l'Alouette), Seaton arrive sur une autre planète, Osnome dans le Système Vert, et l'équipage sera pris dans une guerre civile contre les Intelligences Désincarnées et les Mardonaliens. Seaton sauve ses alliés les Kondaliens et est nommé "Suzerain" d'Osnome. Doc Smith dit en passant que l'astronef peut aller plus vite que la lumière et que la théorie d'Einstein doit donc être fausse, un des premiers cas de vol FTL conscient. La contrainte narrative doit l'emporter sur la crédibilité scientifique.

    Dans le même numéro d'août 1928, Philip Francis Nowlan (1888-1940) publie Armageddon 2419 A.D. où son héros, Anthony "Buck" Rogers s'endort au XXe siècle (comme le héros de Wells) pour se réveiller au XXVe siècle, où le Terrien venu du passé délivrera la Terre d'invasions d'un peuple appelé les "Hans"... On le voit sur la couverture du numéro avec sa ceinture anti-gravité. Le feuilleton est surtout important parce que dès janvier 1929, il est adapté en comic-strip et qu'on considère Buck Rogers comme la première bd de science-fiction, 5 ans avant Flash Gordon (qui évoque d'ailleurs plus Dick Seaton de Skylark que Buck Rogers).

    Enfin, toujours le même mois d'août 1928, le prolifique auteur de pulps Edmon Hamilton (1904 – 1977) publie à 24 ans en feuilleton dans le magazine rival Weird Tales le début de son roman Crashing Suns, le comble du Space Opera épique puisque des civilisations peuvent y mouvoir des soleils entiers à travers l'Ether. La Patrouille Interstellaire, menée par Jan Tor, qui protège le Système solaire va devoir sauver notre Soleil contre une collision provoquée par des extra-terrestres. Ce genre influencera directement par la suite son ami, l'érudit Jack Williamson (1908-2006), qui publie sa première nouvelle dans Amazing Stories en 1928 et commencera son cycle de la Légion de l'Espace à partir de 1934). Flash Gordon reprendra aussi la même histoire avec la planète Mongo en mouvement à travers l'espace.

    Par coïncidence, André Maurois a aussi publié en 1928 une sorte de Space Opera dans une nouvelle, "La Guerre contre la Lune". Les héros veulent faire croire à un danger d'invasion sélenite pour mieux unifier et pacifier l'Humanité, mais ils découvrent que les Sélénites existent réellement.

  • Les Cycles et les Histoires du Futur


    Un Vélantien, un Rigellien et un "Tellurien" dans la Patrouille galactique

    Les auteurs de science-fiction des années 20 ne semblaient pas vraiment chercher la cohérence. Pr exemple, à partir de 1934, E.E. "Doc" Smith commence une autre série dans Amazing Stories, les Lensmen (où la Patrouille Galactique de plusieurs espèces non-humaines alliées lutte contre les ignobles Eddoriens), et il ne cherche pas à la réconcilier avec sa série précédente Skylark. Par la suite, la série des Lensmen constituera toute l'histoire d'une civilisation galactique.

    Mais à partir de juillet 1931 dans Amazing Stories, Neil Jones (1909 - 1988) imagine un autre cycle où, dans un très lointain futur, le dernier humain, le Professeur Jameson, est retrouvé cryogénisé par une race de cyborgs extra-terrestres, les Zoromes. Ils sauvent son cerveau et le transfèrent dans un corps mécanique, comme le leur. Désormais, le Professeur Jameson le Dernier Humain, va aider ses amis aliens les Zoromes dans toute une série d'aventures à travers les planètes (réunis ensuite dans plusieurs romans). Il est devenu potentiellement immortel dans cette enveloppe mécanique (ce n'est pas encore un téléchargement d'esprit mais simplement une transplantation cérébrale). La profanation du Dr Frankenstein est devenue une promesse d'éternité où l'homme dépasse l'opposition de la nature et de la technique.

    Edmond Hamilton l'imitera ensuite avec le Cerveau du Professeur Simon Wright dans sa série Captain Future, qui commence en 1940.


    Comme le héros de Neil Jones à l'enveloppe électronique traverse les siècles, encore plus que Buck Rogers, et pas seulement l'espace, ce serait une des premières séries à proposer en arrière-fond toute une chronologie pseudo-historique, ce qu'on appelle une Histoire Future.

    Ce terme d'Histoire de l'Avenir va devenir associé aux textes de Robert Heinlein (qui peuvent souvent se relier dans un univers cohérent) mais le concept se retrouve chez de nombreux autres auteurs de l'Âge d'Or.

    Michel Butor écrit dans "La crise de croissance de la Science-Fiction" (repris dans Repertoire, 1960) que "l'erreur" des auteurs de SF fut de ne pas avoir fait plus d'effort pour tenter de concilier depuis le départ leurs diverses Histoires futures et leurs univers si divergents. On sait bien qu'en réalité ce souci mythologique aurait été plutôt stérilisant, mais ce réflexe de continuité est assez typique de la volonté d'organisation fictive chez certains de ces auteurs : chacun veut donner une impression de totalité qui embrasserait l'univers mais chacun multiplie ensuite des univers incompatibles.

  • 2 commentaires:

    1. Passionnante rétrospective : encore un article de très grande qualité !

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    2. Merci, Arasmo.

      En lisant Edison's Conquest of Mars (1898) de Garrett Serviss, je me rends compte que c'est l'oeuvre qui a directement inspiré le jeu de rôle steampunk de GDW Space 1889, malgré l'écart des dates.

      La différence principale est que dans Space 1889, les Français et les Britanniques se disputent des colonies sur Mars et que les Allemands se sont concentrés sur Vénus.

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