vendredi 10 août 2012

Gâcheur ?


Mitt Romney voudrait qu'on se souvienne qu'il peut encore très bien gagner et c'est d'autant plus vrai avec un chômage aussi élevé. Romney est très peu populaire mais les électeurs "indépendants" peuvent s'y résigner en novembre. Cet article tente donc une comparaison avec l'élection de Ronald Reagan en 1980. Contrairement à 1984, Reagan, ex-Gouverneur de Californie, n'était pas encore très populaire pendant la campagne et semblait trop âgé (70 ans) mais il remporta finalement 44 Etats sur 50 avec le score de 50,7% contre seulement 41% pour Jimmy Carter (qui n'eut que six Etats : Hawaii, Georgie, Maryland, Minnesota, Rhode Island, Virginie Occidentale, plus le District de Columbia). Jimmy Carter était vraiment rejeté à cause de la Récession (et ce qui était perçu à l'époque comme de la faiblesse pendant la Révolution iranienne ou de l'Invasion de l'Afghanistan) et sa défaite fut lourde (même si celle de Mondale en 84 fut encore pire).

 Mais l'article prétend qu'on aurait trop négligé le rôle qu'aurait joué John Anderson, le troisième candidat, "Républicain modéré" de l'Illinois, qui se présentait comme Indépendant à la fois contre Carter et contre Reagan. Les sondages d'Anderson étaient bons en Nouvelle-Angleterre, ancien siège de cette espèce disparue des Républicains "Rockefeller".

L'argument est donc que l'électorat de gauche qui s'était reporté sur Anderson (son slogan était ABC : Anyone But Carter) aurait pu apporter les éléments nécessaires en Nouvelle-Angleterre pour limiter la victoire de Reagan. Et Anderson aurait plus été vu comme un Modéré que comme un Républicain. Malgré toute la Stratégie Sudiste de messages racistes de Nixon et Reagan (Reagan faisait campagne avec Strom Thurmond, le Sénateur ségrégationniste de Caroline du Sud) et même si Reagan gagna quasiment tous les Etats de l'ancienne Confédération (sauf la Géorgie, Etat d'origine de Carter), le Parti démocrate resta encore relativement solide dans les cantons du Sud (sauf la Louisiane, qui avait déjà opéré une conversion profonde vers le Parti républicain).

Mais la plupart des sources vont contre l'hypothèse qu'Anderson aurait vraiment aidé Reagan. Anderson a pris de nombreuses voix de "modérés" à Carter. Gore Vidal, qui vient de décéder, a appelé à voter Anderson et le candidat indépendant était le chouchou des médias, comme McCain pendant les Primaires républicaines de 2000. Mais il a pu aussi en prendre à peu près la même quantité à Reagan. Ceux qui se tournaient vers Anderson ne considéraient plus Carter comme "un moindre mal" et auraient été même prêts à rejoindre Reagan. La preuve est d'ailleurs que le déclin final d'Anderson dans les sondages à l'automne a finalement profité à Reagan. Les premiers chiffres donnaient une quasi-équalité autour de 43-44% à Carter et Reagan et 8-10% à Anderson. Ce dernier eut finalement 6,6%, avec une très nette avance de neuf points de Reagan dans le suffrage populaire.

Un cas particulier fut le Massachusetts, où Anderson fit son meilleur score national (il n'eut que 7% dans son propre Etat de l'Illinois). Reagan emporta ce Massachusetts très modéré avec une très courte tête : 41,9% contre 41,75% pour Carter et 15% pour Anderson. Il est probable que Jimmy Carter aurait pu avoir ces 14 Grands electeurs du Massachusetts sans l'Effet Anderson. Il n'eut que 49 Grands Electeurs sur 538 et en aurait donc eu 63, ce qui reste assez ridicule pour atteindre le seuil de 270.

Il y a quelques Etats du Sud que Jimmy Carter a raté aussi de peu (Alabama 9, Arkansas 6, Caroline du Sud 8, Kentucky 9, Mississippi 7, Tennessee 10), soit un total de 49 Grands Electeurs, mais le rôle d'Anderson doit y être assez limité. On pourrait à la rigueur voir un rôle dans le New York (41 Grands Electeurs, Reagan 46,6%, Carter 44%, Anderson 7,5%). Ces 2,5% du New York auraient suffi à rendre la défaite de Carter plus respectable car on serait arrivé à 153 Grands Electeurs contre 385 pour Reagan...

Ralph Nader, le candidat écologiste, a sans doute vraiment fait gagner George W. Bush en 2000 en Floride (et encore, cela faillit ne pas être suffisant). Une majorité de Naderites n'auraient pas voté pour Bush. Mais on peut douter que John Anderson ait vraiment été le Nader de 1980, même si son score fut bien supérieur au niveau national (6,6% contre seulement 2,75%).

2 commentaires:

  1. Ironie de ton dernier paragraphe: Ralph Nader le candidat écologiste a donc fait perdre Al Gore, le candidat dont on connaît maintenant la prise de conscience écologique? :(

    Il y a une leçon à tirer pour les petits candidats...

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  2. Oui, c'est le reproche que lui avait fait Daniel Cohn-Bendit à l'époque : aurait-il pu se désister en Floride en échange de garanties écologiques d'Al Gore ?

    Mais Ralph Nader avait pour slogan que Gore et Bush étaient interchangeables et il n'aurait donc pas vraiment cru aux discours de Gore sur Kyoto ou le réchauffement climatique.

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