jeudi 9 août 2012

Idiologie et idiotorial



Il vaut mieux éviter les recueils de posts idiots car la tératologie agacée est trop facile sur Internet, mais ce post d'un éditorialiste républicain est involontairement amusant. Roger Simon est très étonné. Non, il est même scandalisé qu'Obama soit encore un peu populaire (alors qu'à ses yeux, il est évident que c'est un méchant élitiste arrogant marxiste islamiste athée puisqu'il ne l'aime pas) et que le si sympa Mitt Romney soit encore impopulaire.

Cela ne peut venir que d'un sinistre Complot de Lavage de Cerveau ! Les médias sont vraiment tout puissants et sont bien entendu des traîtres comme MSNBC semble préférer l'aile modérée/hypocrite de l'Oligarchie financière à l'aile plus fanatique évangélisto-kleptocrate de la même Oligarchie.

Like a nation of ostriches, huge portions of the American public have swallowed the media/Axelrod line that Mitt Romney is a rich self-interested capitalist out of touch with the masses, whoever they are and whatever that means(it doesn’t matter as long as they vote for Obama), hell-bent on robbing from the poor to give to the rich like a reverse Robin Hood.

In other words, a large portion of the American public has effectively been brainwashed.

And the brainwashers are the Democratic Party and the mainstream media. The former is quite understandable since political parties cling to power by virtually any means when threatened.

But for the media it’s another matter. Why do these people persist in their views in a situation where, objectively, almost any corporation or business would have been looking for new leadership long ago? Why are they so destructive to our society and ultimately to themselves?


Je passe sur le passage débile où il s'indigne que le Parti démocrate soit assez peu patriote en soutenant un Président démocrate contre le salut républicain (l'explication ne peut être que la TRAHISON !). Mais le raisonnement du dernier paragraphe est plus fascinant encore :

  • (1) une part du public croit naïvement que Romney sert le Grand Capital (oh, comment peuvent-ils croire cela ??, serait-ce son plan fiscal qui baisse les impôts des riches et augmente les impôts des classes moyennes ?),
  • (2) cette croyance ne peut venir que d'une manipulation du Grand Capital des entreprises de Méchants Médias alors que ces grandes corporations de milliardaires auraient dû comprendre qu'il fallait changer la Direction du Conseil d'Administration.


  • Oui, un Président doit être uniquement un Manager ou PDG, or Romney est un Manager et un PDG qui s'est beaucoup enrichi, donc on se demande même pourquoi on fait une élection. Donc, si je résume, la preuve que Romney ne sert pas l'oligarchie ploutocratique, c'est que l'oligarchie ploutocratique devrait mieux comprendre que ce devrait être dans son intérêt de voter pour lui. Ils ne peuvent qu'être idéologues, malhonnêtes et irrationnels s'ils ne le comprennent pas et égare la masse ignorante.

    Il y a un vieil argument stalinien qui dit que si deux groupes ont des intérêts communs, ils sont nécessairement "alliés objectifs" mais là, l'argument semble être que Romney et les Corporations ont des intérêts communs et qu'il ne peut donc s'agir que d'un complot maléfique de Corporations si elles ne suivent pas leurs vrais intérêts objectifs. Pourquoi haïssent-ils leurs enfants !! Ouinnn.

    Donc tout groupe qui ne partage pas son point de vue est nécessairement conscient qu'ils ont tort. Ils doivent donc être en train de se voiler la face par pure pression sociale des autres Médias.

    Comme le dit Edroso qui cite tout ce passage, dans ces éditos fermés sur eux-mêmes, la politique n'a plus grand rapport avec des questions d'actions politiques, elle devient avant tout une catharsis pour geindre contre une prétendue domination "symbolique". Ce symbolique perfide est la seule explication plausible que tout le monde ne partage pas le point de vue de l'auteur. Il y aurait nécessairement une unanimité de tous les Vrais Patriotes si on ne leur dissimulait pas la Vérité.

    Je me rends alors compte que je tombe parfois exactement dans le même travers en miroir de celui de ce Simon, dès que j'essaye de comprendre le succès si mystérieux du Berlusconisme en Italie. Comment même un conservateur ne peut-il reconnaître que Berlusconi ne semble au minimum pas très honnête ? La vague causalité d'une "domination médiatique" est alors aussi utilisée comme seule pseudo-justification pour voiler mon incompréhension totale du phénomène.

    4 commentaires:

    1. C'est un discours que l'on entendait également en France pendant la campagne présidentielle, il me semble.

      RépondreSupprimer
    2. Mais il y a sans doute, également, et par inertie, un soutien d'une bonne partie des médias au leader sortant quel que soit son alignement.

      RépondreSupprimer
    3. Une phrase a également attiré mon attention dans l'article en question : "Obama was anointed, not elected", ce qui est une manière de critiquer le choix démocratique comme relevant d'une frénésie irrationnelle (lorsqu'il est contre son propre camp), mais peut-être aussi, plus insidieusement, un appel implicite à l'inconstitutionnalité de son élection selon les birthers...

      RépondreSupprimer
    4. Rien n'est démontrable dans l'édito, à commencer par le supposé soutien des médias. Et si cela n'est pas prouvé, le "raisonnement" s'écroule

      Ce qui est amusant, c'est qu'il suffit de parcourir des hebdos aussi pro-capitalistes que le Wall Street Journal, Fortune, the Economist, what-have-you, ... pour reconnaître que les Conseils d'Administration gardent trèèèès longtemps des managers qui les mènent au gouffre (tiens j'ai JM Meissier qui me vient à l'esprit) :D

      RépondreSupprimer