mardi 2 novembre 2010

Hémimandat



  • Comme le rappelle le second graphique, le parti du Président a presque toujours perdu un nombre important de sièges au premier mi-mandat.

    Les deux seules exceptions pour un premier mandat sont :
    - Roosevelt en 1934 (une époque où un quasi-keynesianisme était populaire) et
    - George W. Bush en 2002, mais ce dernier (1) disposait du 11 Septembre un an avant et l'ambiance parano des deux guerres ; (2) n'avait pas vraiment gagné en 2000 de toute manière.

  • Mais l'ampleur du retournement républicain sera large. Nate Silver annonce +50 à +60 sièges républicains à la Chambre.

    Actuellement, le rapport du 111e Congrès de 2008 était environ 255 Démocrates à 178 Républicains (avec deux sièges qui restaient à pourvoir) à la Chambre et 59 Démocrates (et Indépendants assimilés) à 41 au Sénat.

    Demain, le 112e Congrès (2011-2012) serait donc sans doute autour de 235-240 Républicains à 195-200 Démocrates à la Chambre et 51 démocrates à 49 au Sénat, ce qui reviendrait donc à peu près au rapport de force d'il y a 4 ans, au 109e Congrès (2005-2006), avec même un léger mieux pour les Démocrates s'ils peuvent conserver le Sénat (les Républicains avaient 55 Sénateurs à cette période et ils étaient quand même gênés par le filibustering eux aussi).

    C'est certes une remontée surprenante deux ans seulement après le départ de Bush (et ce serait peut-être historique dans le "swing" relatif en si peu de temps) mais en quantité absolue, ce ne serait pas une catastrophe aussi dramatique qu'on peut le croire si les Républicains obtiennent une majorité moindre que celle dont disposaient les Démocrates il y a deux ans.

    Mais comme le prophétise M. Yglesias, les médias prétendront quand même que c'est une victoire de la droite sans précédent alors que ce ne sera guère qu'un retour à une situation d'il y a 4 ans.

  • Obama risque quand même d'être paralysé en Canard Boiteux.

    "L'Agent Orange" Boehner, dirigeant de la majorité, essayera de faire passer plus de baisses d'impôt (ce qui augmentera le déficit et enlèvera encore de la marge de manoeuvre pour lutter contre les effets de la crise actuelle) mais il n'osera peut-être pas vider complètement de son contenu la Réforme de la santé. Il ne fera guère qu'ajouter encore plus de cadeaux pour les compagnies d'assurances que ce que les lobbies avaient déjà obtenu.

    Oh, et bien sûr, on peut déjà parier qu'il y aura bien quelques dingues dans les nouveaux élus pour proposer une mise en destitution du Président Obama, même s'il ne couche avec aucune stagiaire.

    Paul Waldman résumait les deux ans de politique de 2010-2012 :
    OBAMA: I'd like to do something to help the economy.

    GOP: Tax cuts? Because we were hoping to pass some tax cuts.

    OBAMA: Well actually, I was thinking about a program to...

    GOP: Hell no!

  • En revanche, on ne peut pas être complètement optimiste pour les présidentielles de 2012 en extrapolant simplement à partir du précédent de Bill Clinton en 1994-1996. L'histoire peut bégayer mais il serait simpliste de se rassurer de pseudo-lois à ce sujet.

    Comme le disent Brendan Nyhan ou John Sides, Clinton n'a pas vraiment gagné en 1996 grâce aux excès de Newt Gingrich mais surtout grâce à un retour spectaculaire de la croissance lors de la Grande Bulle Internet de 1996-2000. Sa popularité a monté surtout grâce aux bons résultats économiques et la campagne de destitution n'a donc eu que peu d'effets dans l'opinion.

    Barack Obama, au contraire, risque de continuer de subir les effets de la récession si l'opinion ne considère pas que les Républicains au Congrès peuvent en endosser la responsabilité.

  • Paul Krugman est effondré par la politique économique qui sera menée pendant ces deux ans, qui pourrait réenfoncer le monde dans une nouvelle crise :

    In fact, if the Republicans get their way, we’ll get the worst of both worlds: They’ll refuse to do anything to boost the economy now, claiming to be worried about the deficit, while simultaneously increasing long-run deficits with irresponsible tax cuts — cuts they have already announced won’t have to be offset with spending cuts.

    So if the elections go as expected next week, here’s my advice: Be afraid. Be very afraid.

    L'ironie serait alors qu'ils sèment une nouvelle dépression et que ce soit ensuite le candidat républicain (ou la candidate) qui puisse quand même récolter le mécontentement qui s'ensuivrait.

  • 2 commentaires:

    1. Bernard Polarski8 novembre 2010 à 14:55

      Les élections sont passées et je dois dire que c'est pas mal du tout, les prédictions. Vous avez pensé a entamer une Carrière de Mme Irma, voyante extra-lucide?

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    2. C'est plutôt Nate Silver qui avait toute la précognition ! Mais il a parfois été un peu trop optimiste pour les démocrates. Il a eu un bon score de réussite en 2008. L'institut le plus médicore a été Rasmussen qui avantage toujours de manière disproportionnée les Républicains.

      On se rappelle souvent des sondages électoraux qui échouent (ce sondage Zogby de sorties des urnes qui donnait Kerry largement gagnant en 2004) mais globalement, je suis surpris de leurs relatifs succès (en revanche, les sondages sur des questions sont souvent très manipulables).

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