jeudi 7 avril 2011

[Alphabet d'Avril] G comme Global Guardians



Les comics de superhéros commencèrent tous avec des personnages isolés qui n'avaient pas de contact les uns avec les autres. Puis les éditeurs américains adoptèrent à partir de la première équipe, Justice Society of America, le Principe de Continuité selon lequel toutes les histoires du même éditeur se déroulaient dans le même univers fictif (choix que ne firent jamais les éditeurs franco-belges ou japonais). Dès lors, les comics américains virent se multiplier les héros et il fallait expliquer ce qui arrivait au reste du monde. Chez Marvel, les New X-Men ont résolu cela en formant en 1975 une équipe internationale de mutants nés aux quatre coins de la planète, et leur univers devint légèrement moins américanocentrique (même si les USA demeuraient le centre de l'action).

DC se posa donc aussi la question en octobre 1977 dans la série adaptée du dessin animé sur la JLA, Superfriends #7-9 (avec des dessins de Ramona Fradon assez rudimentaires). Le scénariste E. Nelson Bridwell (1931–1987) révéla que pendant que les Etats-Unis d'Amérique avait eu la "Ligue de Justice", d'autres organisations internationales comme la Communauté Economique Européenne et l'OTAN avaient développé leur propre force de superhéros : les Global Guardians.

Les premiers membres des Gardiens Globaux sont tous de pays alliés des USA mais il est aussi présumé qu'ils ont le soutien officiel de l'ONU au bout d'un moment et qu'ils intègrent même progressivement quelques pays de l'Est (l'équipe récente a ajouté la Russie et la Chine populaire).

Alors que dans l'univers Marvel, pourtant d'habitude plus "réaliste" que le multivers DC, les Vengeurs, tous Américains, sont censés être l'équipe avec soutien de l'ONU, la JLA a été relativisée étrangement comme une simple équipe régionale par rapport aux Gardiens (même si les Gardiens Globaux paraissent simplement anecdotiques dans leurs aventures ou leur puissance en comparaison de la Ligue). Les Gardiens sont donc plus "cosmopolites" et en même temps parfois plus "provinciaux" ou "folkloriques" que les superhéros standards américains.

La série Superfriends n'était pas dans l'univers DC "officiel" (on parle de "Terre 1A") puisqu'il s'agissait d'une adaptation pour les plus jeunes, mais la frontière est très vague et perméable. Bridwell les réintroduisit dans DC Comics Present #46 comme l'equipe internationale.

Les Gardiens Globaux n'ont jamais eu leur propre titre, même s'ils ont eu parfois des aventures en histoires secondaires (par exemple dans Justice League Quarterly). Ils ont beaucoup varié selon les scénaristes. Ils ont été souvent ridiculisés comme manifestement inférieurs à la Ligue de Justice et pourtant d'autres épisodes retournaient la plaisanterie en une expérience du décentrement pour la JLA : les héros américains découvraient dès qu'ils quittaient les USA que les Gardiens Globaux étaient beaucoup plus populaires qu'eux (dans Justice League of Europe, les Français notamment adulent les Gardiens Globaux par anti-américanisme et parce que l'équipe était historiquement centrée à Paris).

Lorsque après la Crise, la JLA change de nom et devient pour un temps la Justice League International (JLI), les Gardiens perdirent leur statut auprès de l'ONU. Certains membres (notamment la brésilienne Fire, la norvégienne Ice, ou l'australien Tasmanian Devil) rejoignirent la JLI. Il y eut même une histoire un peu ridicule où les Gardiens furent récupérés pour un temps comme équipe défendant un Etat dictatorial du Moyen-Orient, la "Bialya".

Le chef des Gardiens est d'habitude le Docteur Brume. Dr. Mist ou "Nommo" est un puissant sorcier immortel africain venu du pays mythique de Kôr (son passé est un mélange de mythologie dogon du Mali et de références à H. Rider Haggard). Il a la particularité d'avoir été aussi un tyran il y a plusieurs siècles mais d'avoir depuis cherché une rédemption.
Récemment, c'est Jet (une Jamaïcaine qui a reçu ses pouvoirs des Gardiens de Oa) qui a dirigé le groupe.

Dans des histoires assez confuses de Grant Morrison, les Gardiens sont devenus les protecteurs de la cité-Etat de Superbia, une cité volante construite au-dessus des ruines de Montevideo quand cette ville fut atomisée par Vandal Savage. Mais cette Laputa fut elle-même abattue ensuite au-dessus de Kinshasa par un autre supervilain, Grodd.


L'équipe a compris à travers le temps Impala et Freedom Beast (Afrique du Sud), le Chasseur de la Meute Sauvage (Allemagne), Godiva (Angleterre, contrôle sa chevelure), Diable de Tasmanie (Australie), Flamme (Brésil), Fleur-de-Lys (Canada - mais il y a une hésitation pour savoir si elle est québecoise ou française), Gloss (Chine), La Lille Havfrue (Danemark), successivement le Mousquetaire, le Templier, Belphégor & la Renarde Rousse (France), Manticore & L'Olympien (Grèce, ce dernier a les pouvoirs de tous les Argonautes), Cascade (Indonésie), Jack O'Lantern (Irlande), Seraph (Israel), Jet (Jamaïque), Soleil-Levant (Japon), Tuatara (Nouvelle-Zélande), Glace (Norvège), l'Etoile Rouge et Tundra (Russie), Tempête de Sable (Syrie), Thunderlord (Taiwan), La Femme-Hibou (USA, Cherokee), Bushmaster (Venezuela).

On remarque que comme d'habitude dans la culture populaire américaine, l'Inde est simplement oubliée (la Doom Patrol a eu brièvement pour chef Celsius et la Justice League International aura seulement Maya, aux pouvoirs qui évooquent un peu ceux de Celsius).

Les Gardiens Globaux n'ont pas vraiment de bonnes histoires à leur actif, à ma connaissance puisqu'ils n'ont toujours été que des seconds couteaux de la Ligue de Justice, mais ils représentent mieux le genre d'équipe de jeu de rôle de superhéros un peu "générique", comme les UN International Teams dans GURPS par exemple (et Alpha Flight, l'équipe canadienne de l'univers Marvel pourrait aussi en partie évoquer cela).

6 commentaires:

  1. « toutes les histoires du même éditeur se déroulent dans le même univers fictif (choix que ne firent jamais les éditeurs franco-belges ou japonais). »

    À la rigueur, on peut dire que Lucky Luke, Gaston Lagaffe et les Schtroumpfs se passent dans le même univers. Juste pas à la même période ou sur le même continent.

    Par contre chez les japonais -- qui ont au moins une catastrophe planétaire par série (souvent deux) -- il s'agit bien d'univers différents.

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  2. Dans le cas franco-belge, il y a eu quelques rares tentatives, comme un cross-over explicite entre les Petits Hommes et le Scrameustache.

    Dans le cas japonais de la plupart des mangas, le Principe de Continuité est tellement refusé qu'on a même parfois l'impression que si possible une nouvelle "saison" doit créer une nouvelle continuité.

    Le dessin animé Gundam par exemple a plusieurs chronologies qui ne se situent pas dans le même univers comme si cela ennuyait les scénaristes japonais de poursuivre une seule continuité.

    Marvel et DC sont en train d'abandonner (un peu malgré eux) le Principe de continuité. Marvel a l'univers Ultimate et plusieurs réalités qui permettent de relancer périodiquement la continuité. DC a un désordre continu (ils détruisent le Multivers, le réintroduisent, etc.).

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  3. Un petit coup de pouce pour l'alphabet ?
    http://www.comicsalliance.com/2011/04/07/fabian-gonzalez-abc-superheroes-poster/

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  4. Il y a eu aussi Johan et Pirlouit et les Schtroumpfs (mais c'est le même créateur).

    Ça se pratique de plus en plus avec des héros contemporains dans un même univers : Carmen Mc Callum et Travis (même scénariste).

    Ou une histoire à des époques différentes : Arcanes, Arcanes majeurs et histoire secrète (même scénariste). Ou bien le chant des Stryges et consort (sept séries différentes par le même scénariste).

    Et ma préférée : la série Donjon qui mélange trois époques, plein de dessinateurs, des genres différents (et accessoirement plein de références rolistes).

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  5. > VfV
    Zut, ça gâche l'effet de surprise, je voulais le mettre en lien à Z !

    > Nicolas
    oui, tous ces exemples sont des séries dérivées avec des personnages (par exemple Rork et Capricorne d'Andreas) ou un ou plusieurs scénaristes qui décline(nt) un univers commun. Donjon est peut-être bien le meilleur exemple d'un univers fictif qui n'appartient pas à un seul auteur, ni à Sfar ni à Trondheim (ils ont utilisé beaucoup de dessinateurs mais ils écrivent quand même toujours). On peut ajouter aussi d'autres cycles, Cothias (avec les différentes séries dans le Cycle de l'épervier chez Glénat puis Dargaud), Marcela-Froideval (plusieurs séries dans son univers comme les Chroniques de la Lune noire, les Arcanes de la Lune noire, Methraton, Succubus). Morvan & Buchet ont laissé d'autres illustrer les Chroniques de Sillage mais c'est toujours bien leur univers.

    Mais l'idée de l'univers fictif (DC et Marvel principalement, Dark Horse ou Image n'ayant jamais pu ou voulu les imiter vraiment loin sur ce point) vient sans doute de la forme des contrats des années 30 à 80 : les personnages appartenaient aux éditeurs et pas aux auteurs.

    Depuis que les auteurs ont gagné plus de droits, la notion même d'un continuum fictif commence à baisser d'importance (l'univers Image, créé en 1994, a moins de cohésion en partie parce que de nombreux studios comme Wildstorm ou Liefeld sont déjà repartis en emportant une part de l'univers présumé de départ).

    Il est drôle que le principal aspect de ce Genre superhéroïque de bande-dessinée ne vienne que d'une curiosité de droit intellectuel de l'industrie du diverstissement.

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  6. Jean-Michel Charlier a fait quelques crossovers entre Buck Danny et Tanguy et Laverdure, voire Dan Cooper. Mais c'était plus un clin d’œil qu'autre chose. Il y en a un autre (un peu consternant à mon sens) ici.

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