dimanche 13 février 2011

[JDR] Mindjammer


  • « I La lumière se ralentit et je rejoignis la dimension ordinaire. Je sortais de ma torpeur. Je me souvenais seulement que j'étais en mission. Je devais détruire les Derros et tous les Thétans qui infectaient cette planète nommée Simondon. C'était malheureux pour les organiques, mais ils étaient déjà perdus de toute manière. Je rallumais mes propulseurs et commençais déjà à sentir le fourmillement de la Noosphère, ces millions d'idées en circulation dans mes connexions. C'était rassurant de retrouver ainsi ce toucher de toutes les autres âmes au sein des ondes du Temple du Premier Moteur. Mais je ne devais pas oublier ma mission. Qui sait si les Thétans ne risquaient pas de corrompre aussi la Noosphère si d'autres Vaisseaux venaient transmettre leur infestation ! Je m'adressai au module avant du Disrupteur, Elronhub-Reconnaîtra-les-Siens. Ce n'était qu'un module-serf semi-intelligent, contrairement à moi. Il m'indiqua quelques détails ballistiques et commença à planifier l'extermination de la planète infectée. »

    Un des succès actuels du jeu de rôle indépendant est Fate, jeu gratuit assez simple et souple (adaptation de FUDGE), qui a eu des extensions pour plusieurs contextes (Spirit of the Century pour les Pulps, Dresden Files pour le fantastique contemporain). Comme dans Heroquest, on n'a pas une liste finie de caractéristiques et on peut donc créer son personnage en lui donnant divers "Aspects" qui sont divers descriptifs choisis par le joueur. Le système aléatoire est fondé sur une courbe de Gauss avec très peu d'extrêmes. On jette 4 (d3-2), ce qui donne un écart entre -4 et +4 avec une forte probabilité d'obtenir 0 ou -1/+1. On ajoute cela au score des personnages pour évaluer la réussite, mais ce score de départ, plus des réserves de "Points de Destin", est donc ce qui fait le plus la différence. On est presque à la lisière du jeu de rôle "sans dé".

    Depuis 2008, Chris Birch, avec la compagnie britannique Cubicle 7 crée le jeu de rôle de science-fiction Starblazer Adventures qui est censé utiliser la license d'une série de bandes-dessinées de l'éditeur écossais de Dundee, DC Thompson. Le livre est énorme et permet d'étendre FATE vers toutes les possibilités du Space Opera, avec des systèmes pour les vaisseaux mais aussi pour gérer des civilisations entières. Une des différences avec le FATE de base est qu'au lieu de 4(d3-2), on utilise (1d6 - 1d6), ce qui donne un score entre -5 et +5, avec une courbe plus aplatie, légèrement moins de -1/+1 que dans FATE standard (cela ressemble à Traveller où on doit faire 8+ avec 2d6).

    Mais en 2010, Starblazer reçoit un nouvel univers de SF un peu plus "moderne" que ce contexte des bandes-dessinées, avec Mindjammer, une création de Sarah Newton, auteur anglaise qui vit en Normandie.

    Les bd Starblazer n'avaient pas un univers très cohérent, un assemblage de divers auteurs des années 1980 (avec des dessinateurs argentins, qui gardaient un classicisme des années 70). Mindjammer: Stablazer Adventures in the Second Age of Space prend plus en compte la SF transhumaniste actuelle, mais avec des allusions très directes notamment à l'univers de La Culture d'Iain M. Banks, ainsi sans doute qu'au vieux cycle des Seigneurs de l'Instrumentalité de Cordwainer Smith (Chronicles of Future Earth de la même Sarah Newton semble assez directement inspiré du cycle d'Urth de Gene Wolfe).

    Ce jeu a repris les illustrations des bandes-dessinées du livre de base alors que l'ambiance est censée être assez différente. La deuxième édition en préparation me semble avoir revu cet aspect de présentation.

  • II « C'est alors que je reçus, à une distance de moins d'une minute-lumière un dialogue instantané. Je lançais mon parefeu pour ne pas être infecté par les Thétans mais j'avais soif de me replonger dans la Noosphère. Le message venait d'un Eidolon virtuel dans le réseau, qui avait pris pour pseudo Mais-lis-donc-ce-putain-de-Manuel".

    "Forêt de Félicité Incandescente ?"

    "Oui, êtes-vous ou avez-vous été avec les Derros, Mais-Lis-donc-ce-putain-de-Manuel ?"

    "Oh, Forêt, tu n'as plus de sens de l'humour. Je ne sais pas trop ce que l'Eglise de Venu a fait avec toi dans l'Espace Profond. Tu ne me reconnais pas ?"

    "Je reconnais une familiarité, oui.

    "C'est une manière de présenter les choses. Je suis un de tes Toi passés."

    Il me fallut plus d'une minute pour répondre. Elronhub-Reconnaîtra-les-Siens me dit qu'il était prêt à distordre l'espace autour de la capitale. Je lui demandai de suspendre l'assaut le temps que je dialogue. Il me sembla qu'il protestait avec véhémence, ce qui aurait pu m'agacer si j'avais encore eu mes affects de ma vie humaine. »


    Mindjammer se situe à des milliers d'années dans le futur. L'Humanité s'est déjà répandue à travers l'univers et les vieilles colonies ont eu le temps de perdre contact avec la métropole. Depuis deux siècles la "Commonalité" de la Vieille Terre a atteint le voyage supraluminique (le "2D" et même des portails "3D"). La Commonalité essaye désormais de reprendre contact avec les myriades de ses anciens descendants. Les Humains ont obtenu une grande longévité biologique (certains ont été manipulés génétiquement au point de devenir de nouveaux génotypes) mais ils peuvent aussi se "télécharger" dans un ordinateur en un "Eidolon" virtuel. On pense que certains des "Gardiens" (Custodians, p. 60) de la "Commonalité" sont en fait des IA (comme la Culture simili-anarchiste de Banks) et des êtres synthétiques. On a aussi fait évoluer ("uplift") diverses espèces animales terriennes, les Xénomorphes (Singes, Chiens, Chats, Cétacés, un peu comme les underpersons chez Smith). Il existe aussi quelques espèces intelligentes sans filiation terrienne, comme les "Hooyow" de Valhalla (des insectoïdes guerriers, en gros Vrusks/Klingons) ou les "Hauts-Bas" (des nomades interstellaires sans bouche ou traits faciaux qui communiquent par des fréquences d'infra-rouges, ils feraient plus penser aux Shantas de Jorune).

    Les Humains décédés peuvent aussi survivre comme Eidolons virtuels dans la Noosphère (Mindscape), le Réseau informatique interplanétaire et on y trouve même des fantômes d'êtres fictifs. Des Vaisseaux intelligents, les Noonautes (les Mindjammers du titre), voyagent plus vite que la lumière pour garder connectées et réactualisées les diverses parties de ce "Cerveau" virtuel de la Noosphère qui, sans cela serait vite désynchronisées puisque le Réseau ne peut pas dépasser la vélocité de la lumière.

    Les Humains de la Commonalité peuvent être connectés en permanence à la Noosphère comme un Wi-Fi universel. Cette connexion à distance continuelle permet de donner une sorte de technologie qui joue le rôle des pouvoirs "Psi" (le "Technopsi" est donc presque Hard SF, comme l'affinité édeniste chez Hamilton). Mais il existe aussi d'autres formes de pouvoirs psioniques "réels" non-technologiques (comme par exemple une symbiose avec une forme géante de champignon intelligent télépathe, les zybotes de la planète Drefnia).

    Pour faire accepter la pénétration de la Noosphère à travers les divers mondes reculés et parfois hostiles, la Commonalité (pourtant complètement sécularisée et même assez anti-religieuse) a installé une couverture, des "Temples de l'Esprit Universel" qui servent de noeuds de ce système interstellaire.

  • III « Je repris le message vers la Noosphère.

    "Je reconnais en effet qu'il y a eu fission. Tu es une personnalité-miroir laissée dans les bases de données de la Noosphère, un écho. Je compte qu'il y a eu pas mal de mises à jour. Tu un Eidolon de ce que j'étais il y a longtemps. As-tu été contaminé par les Thétans ?

    - Forêt de la Félicité Incandescente, tu es en train de rescanner la Wikipedia Galactica. Lis donc ce lien. Il n'y a jamais eu de "Thétans" ou de "Derros", ni de méchants Aliens qui pondent dans le ventre. Ce sont des Mèmes de mauvaise SF de la secte de Venu. Ils t'ont reprogrammé et t'ont renvoyé avec ces fadaises dans la mémoire pour faire de toi une sorte de Berserker envoyé contre la Commonalité. Mais franchement, Forêt de Félicité Incandescente, si tu devais croire à des fictions, tu pourrais choisir de la bonne fiction, je trouve.

    - Mais quelle preuve avez-vous que mes croyances ont été affectées ? Et si c'était l'Encyclopedia Galactica qui avait été "mise à jour" et vandalisée par les Derros ? Je vois que c'est censé être une théorie paranoïaque de Venu mais c'est justement ce que les Derros diraient.

    - Pas complètement absurde, je le reconnais, dit mon ancien Moi, si tu veux en rester à ton doute méthodique. Mais envisage les conséquences si tu pratiques vraiment un acte de génocide fait pour discréditer tous les Vaisseaux intelligents. Tu as remis à jour tes bases de données sur la secte de Venu. Tu sais ce dont ils sont capables. Nous ne sommes plus le même mais je serais très déçu qu'ils aient pu à ce point affecter ta rationalité. Tu dois au minimum suspendre ton jugement.

    Je réorganisais mes croyances rapidement et effaçai quelques préjugés parasites mal fondés. Elronhub-reconnaîtra-les-siens comprit ce qui se passait. Il coupa le lien et voulut ouvrir le feu. Je dus lancer des contre-mesures. Le module offensif avait été de toute évidence greffé sur moi pour me contraindre à l'extermination. Je ne pourrais pas le contraindre ni lui envoyer un virus car il s'était isolé de moi. La seule solution était l'extraction manuelle. Je réveillai vite un de mes corps synthétiques. Dans mon corps, tout était encore plus lent mais le module n'avait pas prévu cela. Je courrus vers le module et vins déconnecter les fils, à l'ancienne, avec une certaine brutalité dans le redémarrage. Qui sait ce que peut encore un corps ?

    - Bon, maintenant, si je voulais faire une chute dramatique de nouvelle de science-fiction, je te ferais croire que je suis vraiment un Derro. Tin-tin-tin-taaaa !

    - Je ne crois pas vouloir vraiment reprendre ton sens de l'humour, Mais-lis-donc-ce-putain-de-Manuel.

    - Tout le monde ne peut pas avoir un nom aussi poétique que le tien, Moi potentiel chéri. »


    L'une des meilleures idées est qu'on peut jouer des Vaisseaux intelligents (parfois l'esprit d'un ancien Humain téléchargé en IA). Le Vaisseau pourra quand même jouer avec un groupe normal puisqu'il peut envoyer un Avatar matériel de sa conscience dans un corps synthétique. Une des races humaines modifiées (ils vivent en milieu aquatique), les Chembus, a même fabriqué des "Bionefs", des vaisseaux spatiaux organiques. L'équipage d'un Vaisseau intelligent sert parfois plus d'assistants et amis du Vaisseau que de pilotes. Certains personnels ont plus besoin de compétences en psychothérapie pour soigner les chocs psychologiques du Vaisseau pensant que d'ingénieurie. Même une Arme peut être une IA avec sa propre personnalité.

    Les personnages peuvent appartenir à la SCI, Security and Cultural Integrity Instrumentality (p. 58), des services secrets qui protègent aussi les "Mèmes" de la culture de la Communauté et qui servent d'agents d'infiltration (un peu comme les Special Circumstances dans Consider Phlebas, les Seigneurs de l'Instrumentalité de Smith ou bien les "Progresseurs" des frères Strougatski).

    Les règles permettent en effet de simuler aussi des "conflits mémétiques" de propagande et influences entre des civilisations, ce qui donne un nouvel aspect aux échanges interplanétaires : on peut changer graduellement le score d'une civilisation par une action commerciale bien choisie. La Commonalité et ses ennemis sont justement dans une longue guerre froide où ce genre d'influences

    Parmi les adversaires principaux de la Commonalité se trouve l'Empire de Venu, une théocratie humaine mutante dirigée par une secte totalitaire. Je ne sais pas si c'est voulu par l'auteure mais j'ai décidé qu'il s'agissait d'une version future de la secte de Scientologie (à cause de Venu/Xenu). Venu joue donc un peu le rôle du Jihad Idirien par rapport à la Culture, l'ennemi intolérant face à la culture plus "éclairée".


    Le livre ne décrit pas toute la Communalité mais plus en détails environ 20 systèmes (avec un plan de chaque planète) dans la Bordure Darradine entre la Commonalité et la zone interdite de l'Empire de Venu. C'est bien plus détaillé que la plupart des mondes qu'on a d'habitude dans un supplément. Le seul défaut de ce contexte, un peu comme de nombreux mondes de Traveller, est que je n'aime pas toujours les noms qui ne veulent rien dire de certaines planètes, mais ce n'est qu'une question d'habitude. La capitale du secteur, Ajeux (capitale : Montparle), d'origine française, est décrite comme snob et affectée dans ses goûts culturels, ce qui ne peut que nous faire rire.

    Le livre de 200 pages a en plus une longue campagne, "La Zone Noire" (p. 128-191). Les personnages, agent de l'Instrumentalité de l'Intégrité Culturelle, devront percer des complots de Venu autour du monde d'Amida. Il s'agit d'un monde néo-bouddhiste avec une population d'humains et de xénomorphes singes dans la Frange Frontalière. Les personnages pré-générés sont un peu à la Mission Impossible, des escrocs brillants devenus agents de la Commonalité pour se racheter une conduite.

    Dans les jeux de SF actuels, Mindjammer est donc plus "transhumaniste" et modernisé qu'un Traveller et plus nettement Space Opera qu'Eclipse Phase (qui reste plus lié à la Terre, malgré son nouveau supplément sur le Gatecrashing) ou que Diaspora (l'autre jeu de SF fondé sur le système FATE, un peu plus "Hard SF"). Dans les jeux du Futur Lointain, il reste néanmoins plus directement intuitif que le très audacieux Suffisamment Avancée (qui est traduit en français grâce à Soner Du).

    La deuxième édition, Mindjammer: The Expansionary Era, est prévue pour mai 2011. La nouvelle couverture par Paul Bourne va rompre avec le style de Starblazer. Il est prévu une nouvelle suite de scénarios, Mindjammer Adventures.

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