samedi 16 février 2008

Mood is a Fickle Mistress

Je devrais peut-être limiter plus les entrées du libellé Nombril ce mois-ci (surtout que je délaisse trop Bharatavarsa en ce moment) mais j'use assez souvent de mensonges de méthode Coué pour vouloir déposer une pierre blanche quand j'ai l'un de mes jours fastes. J'étais assez morose hier parce que j'avais une impression écrasante de fatalité face à la situation politique mondiale (sans même parler de la vanité de toute lutte contre la ploutocratie locale) et je ne voyais qu'un avenir d'ultra-libéralisme, de cynisme misologue, de philistinisme généralisé, d'exploitation technique et d'aliénation, de retour des replis identitaires avec une échelle qui fera passer le XXe siècle pour raisonnable. Une sorte de cauchemar conjugué écologique, heideggerien, arendtien, terroriste (au sens kantien du "déclinisme") et même althusserien (une des originalités de cette hérésie herméneutique était, je crois, une possibilité d'une victoire de systèmes d'exploitation sans aucune garantie de la surmonter).
Mais j'ai vraiment l'impression d'une erreur de perspective. L'occident traverse une phase qui profite aux plus riches et fait décliner les plus pauvres mais, à une autre échelle, l'image est différente, jamais les syndicats et la prospérité ne sont autant répandu dans le Tiers-Monde et sans avoir une foi optimiste dans la dialectique on peut considérer que nous devenons plus conscients des limites actuelles de la globalisation. Certes, nous mangeons une nourriture qui va devenir un monopole de Monsanto, l'eau buvable va manquer, nos cancers vont continuer d'exploser, la Chine et l'Inde vont projeter notre propre irresponsabilité à des proportions sans précédents, mais en même temps les conflits baissent, l'échec de l'hégémonie américaine peut conduire à renforcer enfin une Sécurité collective qui un jour ne se limitera plus à un multilatéralisme relativiste.

Je suis assez lucide sur le caractère complètement relatif et variable de mes rares accès de bonne humeur mais cette fois j'arrive à en tirer quand même une satisfaction. J'ai en fait l'impression d'un léger progrès dans ma vie privée grâce au fait que j'arrive enfin à une certaine "routinisation", ce qui ne m'était jamais arrivé. Je regrettais toujours de ne pas avoir de rituels qui me permettent de me rassurer. J'avais l'impression d'un vertige de contingence et d'impossibilité quasi-hamletienne à chaque action ou pour toute résolution (janvier avait été particulièrement désastreux de ce point de vue avec des crises aiguës d'inaction). Mais il suffit en fait que la charge de responsabilités soit très faible, comme c'est le cas en ce moment (strictement rien à écrire), pour que j'arrive finalement un peu à la gérer et même à l'ordonner. J'ai corrigé 6 copies aujourd'hui en 4 heures et j'avais rarement savouré autant mon contentement à l'idée de faire mon devoir à peu près dans les temps. Il suffit donc de très peu de choses.

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