samedi 19 avril 2008

D&D© vs OGL



Nous vivons dans une époque à la fois d'appropriation des idées et brevets et en réaction à de nombreux mouvements de Open Source - notamment depuis le logiciel libre, le GNU project, Linux, le Copyleft et Mozilla (1998).

En 1999-2000, au moment de sortir la 3e édition de Dungeons and Dragons, Wizards of the Coast développa un nouveau système. Au lieu de négocier des licenses et de faire des procès, WotC introduisit le système dit de Open Gaming License (OGL).

[Avertissement : ce qui suit contient du Droit. Ce qui signifie que je vais forcément dire des âneries et des contre-vérités comme c'est un mode de discours très précis où les amateurs disent toujours des approximations et des stupidités.]

On peut distinguer trois niveaux de la license :


  • WotC publie les règles de D&D© et des univers qui restent leurs propriétés intellectuelles (d20 "System Products"). Ils sont les seuls à pouvoir utiliser le Logo de D&D (sauf dans des cas de sous-traitants comme pour le monde de Ravenloft, développé par un studio de White Wolf mais avec un monde appartenant toujours à WotC).

  • En plus, WotC a autorisé une d20 System Trademark License (STL) qui permet aux compagnies tiers ("third party publishers", 3PP) de publier des extensions, aventures et mondes compatibles avec D&D. Le STL interdit de donner des règles de création de personnage, pour contraindre à renvoyer aux règles de base (en revanche, ils ont le droit de renvoyer au résumé complet des règles appelé d20 System Reference Document), qui est gratuit. Le produit peut porter le Logo d20(pas D&D). La d20 STL dure jusqu'en juin 2008.

  • Il y avait un troisième niveau, l'Open Gaming License (OGL), le plus large. Il permet de développer ses propres modifications des règles du SRD et donc de créer de nouveaux jeux à partir du SRD. Il n'autorise pas le logo d20. Certains jeux de rôles récents comme le jeu de superhéros Mutants & Masterminds de Green Ronin sont en fait des jeux OGL qui se sont peu à peu écartés de leur origine et sont devenus des jeux à part entière, indépendants de D&D 3e édition.



WotC fut déçu de la license OGL et de la d20 STL. Le gros avantage était que plus de compagnies développaient des extensions pour leur système, ce qui accroissait leur importance sur le marché - le début des années 2000 fut une sorte de déluge du d20. Mais les désavantages étaient nombreux. Le marché était saturé de produits d20 de qualité inégale, ce qui finissait par nuire au leader. Le succès des variantes OGL se retournait contre le vrai D&D puisque certaines devenaient de vrais concurrents (un des cas est le système dit True20, qui abandonne des aspects importants de D&D et du SRD comme les points de vie et les points d'expérience et qui a ensuite engendré son propre OGL distinct).

Pour la 4e édition de D&D qui va paraître en juin 2008, WotC va donc modifier les règles (et qui ne sera pas autant rétro-compatible avec D&D3 qu'AD&D2 l'était avec AD&D1) avec une nouvelle license appelée D&D 4th Edition Game
System License (GSL).

La STL va disaparaître en juin 2008, l'ancienne OGL n'est pas révocable, mais la nouvelle GSL est distincte et n'est plus "ouverte".

La license GSL reste gratuite (et non pas à 5000$ comme l'avait dit la première rumeur). En revanche, elle interdit tout produit avant le 1er octobre 2008. WotC ne veut pas refaire l'erreur où des concurrents avaient été présents dès la publication de leurs livres de base.

Mais surtout, il semblerait que la license GSL soit exclusive (voir la discussion sur Eric Noah's World, le blog de Pramas, directeur de Green Ronin, et sur RPG.net). Toute compagnie qui veut avoir accès à la license s'engage ipso facto à abandonner l'OGL.

On comprend le raisonnement de WotC. Ils ne veulent pas que les Tiers puissent à la fois vendre des extensions "compatibles" avec leur système 4e édition et continuer à développer les concurrents OGL issus de la 3e édition.

La GSL (qui donne bien plus de contrôle) serait alors un Cheval de Troie pour assurer le crépuscule de l'OGL.

Paizo avait déjà annoncé (comme je le disais) qu'ils ne passeraient pas à la GSL 4e édition et créeront leur propre jeu OGL, Pathfinder RPG.

Certaines compagnies (comme Necromancer Games) ont aussi insinué qu'elles pourraient contourner l'exclusivité et créer des sociétés écrans, distinguant un aspect pour l'OGL et un autre pour être conforme à la GSL. C'est notamment un problème pour Green Ronin qui voulait à la fois continuer leur jeu M&M (OGL) et adapter leur monde Freeport pour la GSL 4e édition.

Les jeux de rôle, contrairement à des jeux plus technologiques, sont des activités libres et complexes où le progrès n'est pas toujours clair. En cela, ils tiennent plus d'arts que de techniques. Ce sont des oeuvres où de nouvelles éditions peuvent demeurer en compétition avec les éditions antérieures (par exemple, il y a certains éléments de Runequest 2 que je préfère à Runequest III et certains éléments de Runequest que je préfère à Heroquest ; je préfère Traveller 1 à Traveller 4).

D&D 3.5 ne craignait rien des "Grognards" peu nombreux qui voulaient demeurer à OD&D, Basic D&D, AD&D1, AD&D2 ou D&D 3.0. Mais D&D 4 semble se rendre compte qu'il y a un danger représenté par le Spectre de sa propre License Ouverte.

D&D, jeu qui repose sur la métaphore d'éradiquer des "monstres" refoulés dans des "oubliettes souterraines", doit chercher à faire table rase des ruines de son propre passé.

4 commentaires:

Christophe a dit…

Je pense que ce qu'ils vont finalement faire avec cette licence, ça va être d'avoir plusieurs éditeurs qui vont maintenir l'existence de jeux OGL (avec le SRD et el SRDM). Certains vont peut être même éditer des versions du Player et du Master presque identique à ceux de Wizards of the Coast.

Et, comme tu le dis, si ça se trouve, des sociétés vont se diviser en deux (tout en faisant parti du même groupe) pour exploiter les deux licences.

Enfin, qui vivra, verra.

Phersv a dit…

Des versions du SRD ont déjà été publiées par exemple par Mongoose (mais eux ont l'air de se détourner du OGL à part pour Conan et Babylon5 et vont se concentrer sur leurs licenses Runequest et Traveller).

Je me demande si le nouveau Pathfinder RPG (qu'on surnomme "D&D 3.75") pourra vraiment concurrencer longtemps la force du marketing de D&D4.

Ce qui m'inquiète est le cas particulier des PDF plus anciens. WotC va-t-il aller jusqu'à exiger que les compagnies qui travaillent pour leur GSL abandonnent les PDF pour leurs anciens produits OGL ? L'un des avantages de l'industrie digitale actuelle est que les textes épuisés sont devenus plus faciles d'accès et ce serait dommage de revenir dessus.

Arasmo a dit…

Pour Paizo, tout dépend de l'ampleur de leurs modifications au système 3.5. Si la compatibilité avec les anciens suppléments n'est pas assurée, je pense qu'ils perdront une bonne part de leur clientèle.

Christophe a dit…

Je pense que tout va dépendre de la "qualité" de D&D 4.

Maintenant, je ne suis pas sûr que tous les joueurs vont facilement passé à cette version qui a, d'après ce que j'ai lu, un fort goût de JDR vidéo.

Du coup, si un éditeur comme Paizo, avec la connaissance qu'ils ont du système décide de continuer dans la direction du système actuel, ils auront sûrement de bonnes ventes. Et, s'ils arrivent à trouver des traducteur (comme Black Book en France), il pourront certainement tenir la distance.

D'ailleurs, quand on y pense, Mangoose s'en est bien sorti alors que personne ne donnait chère à leur création.
Et je suis d'accord,il se concentre essentiellement sur Runequest maintenant.