lundi 13 octobre 2008

Exultation de Schadenfreude



National Review (d'après Bloomberg, en réagissant sur le Prix Nobel d'économie de Paul Krugman :


``Paul Krugman the economist died a long time ago; the man named Paul Krugman is a public intellectual,'' Luskin, a contributing editor for National Review Online, said in an interview. ``He is not in the same category as John Maynard Keynes, he is in the same category as Oprah Winfrey. To give it to him is to dishonor the Nobel Prize.''


Il répète la même idée sur une remise "posthume" sur son sinistre blog obsessionnel (alors qu'il prétendait auparavant que les travaux de Krugman étaient de "second ordre").

Voir cet abruti de Donald Luskin, le "Stalker en Chef" anti-Krugman, écumer de rage, est la meilleure nouvelle de la semaine (oh, Luskin est connu pour faire des procès à ceux qui utilisent le terme "stalker", comme il le tenta avec Atrios).

En 2003, le New Yorker avait un texte hilarant sur la haine délirante de Luskin.

Quand Luskin avait rencontré Krugman à une signature, voilà ce qu'il avait écrit sur son blog avec un sens de l'hyperbole qui échappe à celui du ridicule :

I have looked evil in the face.
I’ve been in the same room with it.
I don’t know how else to describe my feelings now except to say that I feel unclean, and I’m having to fight being afraid.


Personnellement, j'aurais plus peur d'une personne capable de confondre un prof d'économie assez centriste avec Satan ou Staline...

Mais imaginez ce que ça doit faire d'être Luskin : consacrer toute sa vie à poursuivre cet éditorialiste et à détruire la réputation d'un professeur d'économie et découvrir que son Nemesis obtient la récompense la plus célèbre de toute la planète.

Un peu comme si le Capitaine Ahab découvrait que Moby Dick lui avait non seulement échappé mais était devenu l'armateur possédant son navire le Pequod et avait épousé sa femme. Je suis sûr qu'on pourrait alimenter toute l'Islande avec l'énergie fournie par l'explosion de sa tête.


  • Add.

    Bien sûr, Krugman reçoit le prix pour son travail universitaire accompli bien avant son engagement anti-Bush des années 2000. Mais en considérant les Prix Nobel récents de la Paix (Carter en 2002, El Baradei en 2005, Gore en 2007) qui semblaient tous se résumer à un "flipping the bird" à l'Administration, on ne peut pas exclure un sous-titre politique (même si la Banque de Suède et l'Académie suédoise des sciences ne sont peut-être pas exactement la même chose que ces gauchistes norvégiens, on ne peut s'empêcher en pleine Crise annoncée par Cassandre Krugman de voir un message).

    Tim F. résume bien le courage isolé de Krugman vers 2001, quand il était presque la seule partie lisible dans le New York Times avec Bob Herbert.

    I remember the ridicule that Krugman dealt with when he remained skeptical through 9/11 and the Iraq war hysteria. He stuck to his guns when colleagues like Tom Friedman chased around the Sunday shows with their nose up the President’s ass, a point that only underlines the difference between Krugman’s intellectual temperament and the more ordinary minds with whom he shares a printed page.

    Although the award recognizes work in a field completely separate from American politics, I doubt that the committee missed Krugman’s tendency to stake bold and, ultimately, accurate positions there as well.


  • Add.

    Une explication des travaux de Krugman sur le Commerce International, en comparaison avec l'Avantage comparatif de Ricardo.

    Consider the simplest model (based on Krugman 1979). In this model there are two countries. In each country, consumers have a preference for variety but there is a tradeoff between variety and cost, consumers want variety but since there are economies of scale - a firm's unit costs fall as it produces more - more variety means higher prices. Preferences for variety push in the direction of more variety, economies of scale push in the direction of less. So suppose that without trade country 1 produces varieties A,B,C and country two produces varieties X,Y,Z. In every other respect the countries are identical so there are no traditional comparative advantage reasons for trade.

    Nevertheless, if trade is possible it is welfare enhancing. With trade the scale of production can increase which reduces costs and prices. Notice, however, that something interesting happens. The number of world varieties will decrease even as the number of varieties available to each consumer increases. That is, with trade production will concentrate in say A,B,X,Y so each consumer has increased choice even as world variety declines.


  • Memeorandum, l'agrégateur de blogs qui penche plutôt à droite a des liens mais rien de très amusant (en gros, les Républicains se hâtent de dire que "certes, Krugman fut naguère un grand économiste dans un lointain passé mais...", ce qui est un peu décevant).

    Ah, il y a quand même cette réaction d'un prof d'économie à Frostburg dans Forbes.

    This is not as tragic a moment in western civilization as the sacking of Constantinople in 1453 or the Bolshevik Revolution of 1917, but it suffices as one of those sad moments we will regret over time.


    Oui, presque la chute de Byzance, mais pas tout à fait. C'est cet esprit de mesure qui le fait critiquer un ton trop virulent de Krugman.

    Puis il dit que c'est un "commissaire socialiste" (ce qui fera rire tous ceux qui lisaient ses articles très libre-échangistes dans Business Week) et que le problème de l'Administration Bush était qu'elle était trop socialiste aussi. En gros, tout être qui ne vit pas sur une île déserte ou dans une dystopie Randite doit être trop socialiste.

  • Add.

    Une application facile de ses théories sur le commerce : l'explication de la nourriture dégoutante des Britanniques

  • samedi 11 octobre 2008

    Who Knew?



    Add. MoDo paene vim comicam habet, cum alius paginam ejus scribit.

    Cum Primus Dudus, spousus Palinanus, culpari attemptaret “Centurionem-Gate,” judices Terrae Santae Elvorumque castigat gubernatricem Palinam de abusu auctoritatis per familiam revengendum.
    (...)

    Gubernatrix (prope Russia) Palina, spectans candidaciam MMXII, post multam educationem cum Kissingro et post multam parodiam de Sabbatis Nocte Vivo atque de Tina Feia, ferociter vituperat Obamam, ut supralupocidit (aerial shooting of wolves) in Hyperborea.

    vendredi 10 octobre 2008

    Scared Rabbits



    Je fais partie des citoyens de 3 ans d'âge mental dont parlait Jon Stewart qui ont besoin qu'on leur explique la Crise en termes simples. Comme Robert Reich, qui évoque un lapin de Duracell pour clarifier les choses :


    For years, regardless of the business cycle, American consumers were the Energizer Bunnies of the world economy. Their spending kept it going. But now the Energizer Bunnies have turned into scared rabbits, and they're going back into their holes.



    Je ne comprends toujours pas, mais au moins il y avait des lapins.

    Mais de toute façon, qui aurait pu prévoir que la société des "Propriétaires" (ownership society) de Bush allait conduire à une telle prolétarisation ?

    Ce qui me fait d'ailleurs penser qu'avec mes 120 nouvelles copies, je suis... en retard (tiens, ça faisait longtemps).

    Adieus, comme on dit chez moi.

    Ne fréquentez pas un ancien activiste des années 70 et n'incitez pas non plus à faire lyncher votre adversaire démocratique par le KKK pendant que je ne suis pas là.

    Typolitique B/S


    Dans l'Etat de New York, dans le comté de Rennselaer (dominé au niveau local par les Républicains, les bulletins de vote par correspondance ("absentee") portaient le nom "Barack Osama".

    Le Commissaire démocrate pour l'élection prétend n'avoir rien remarqué, mais l'incompétence est sans doute une meilleure explication que le complot (même si le S est quand même un peu loin du B sur le clavier QWERTY, on s'attendrait plutôt à Ohama ou Ovama).

    Parfois, mon inconscient paranaoïaque refoulé comprendrait presque la folie furieuse des Républicains à ce sujet : pourquoi le hasard a-t-il fait que le candidat qui doit mettre fin à 8 ans d'administration désastreuse ait le nom le plus infortuné qui soit possible en ce moment dans la politique américaine ?

    jeudi 9 octobre 2008

    La condition POW



    McCain :

    "Mers chers compagnons de cellule...".


    Voltaire, Remarques sur les Pensées de Pascal 1728.

    Pourquoi nous faire horreur de notre être ? Notre existence n’est point si malheureuse qu’on veut nous le faire accroire. Regarder l’univers comme un cachot, et tous les hommes comme des criminels qu’on va exécuter, est l’idée d’un fanatique.

    mardi 7 octobre 2008

    Heroes 3x4: I Am Become Death



    Pour éviter les répétitions, je ne vais même plus évoquer l'idée même de qualité ou de cohérence.

    Donc, la série décide d'inverser dans la saison 3 le thème précédent. Le nouveau "Futur sombre" qu'il s'agit d'éviter n'est plus la surveillance des mutants (Saison 1) ou bien une épidémie qui touche les mutants (Saison 2) mais le fait que presque tout le monde est devenu un mutant (ce qui donne une scission entre mutants naturels et mutants artificiels, et il semble bien que Nikki/Tracy soit en fait de la seconde sorte).

    Cela donne un dystopie un peu différente : ce n'est plus une métaphore de plus sur le fascisme du gouvernement (le pouvoir qui enferme les gens "différents") mais sur notre irresponsabilité individuelle (le fait que si chacun peut faire ce qu'il désirait, alors les conséquences deviennent vite dramatiques), ce qui est légèrement plus original.

    Pour les fans de comic-books, cela rappelle donc plus House of M (la saison 1 imitait Days of Future Past et la saison 2 reprenait le Legacy Virus).

    Le pouvoir empathique de Peter Petrelli n'est pas très clair dans cet épisode. On ne comprend pas pourquoi il a besoin de l'aide de Sylar pour acquérir son pouvoir de "comprendre comment les choses fonctionnent". Admettons que les lignes de Continuum puissent vraiment être analysées grâce à son pouvoir pour éviter les désagréables Effets Papillon qui se multiplient (alors qu'on pourrait douter que ce modèle mécaniste simple de l'Horloge soit vraiment le meilleur modèle pour les déterminismes divergents de ces lignes temporelles chaotiques). Mais je suppose que toute la métaphore de l'Horloger et de la Responsabilité est surtout un hommage au Docteur Manhattan dans Watchmen, qui voit le monde de manière atemporelle comme une sorte de "rouages de montre arrêtée".

    Dans ce nouveau futur (qui est le 3e ou 4e futur possible qu'on visite dans la série), Nathan est Président (il a épousé Tracy Strauss), la Formule s'est répandue. Claire tue son oncle, le Peter du futur (il ne peut se régénérer à cause du Haïtien, qui bloque son pouvoir).

    Daphné (la speedster) a eu un enfant avec Parkman (j'avais donc tort la semaine dernière, ce n'était pas l'agente du FBI de la première saison). Elle a rejoint le groupe de vilains qui travaillent pour Nathan, avec Claire et Knox (le vilain qui se nourrit de peur).

    Peter Petrelli
    absorbe les pouvoirs et les vices de son demi-frère Sylar (le pouvoir de comprendre donne aussi le désir de prendre toujours plus). C'est une bonne idée de la série que les rôles des héros et des vilains ne cessent de s'inverser mais ce n'est pas toujours convaincant.

    Lorsque le groupe de Claire intervient contre Sylar et tue son fils, Sylar éclate d'une explosion nucléaire comme l'avait déjà fait Peter 4 ans avant. Cette série n'a décidément pas peur de se répéter. Claire et Peter ont l'air d'être les seuls survivants.

    Dans le présent, pour récupérer la formule, Hiro s'allie finalement à la chef de la Compagnie, Angela Petrelli, qui l'envoie délivrer le mutant originel, Adam Monroe, qu'il avait enterré vivant quelques mois avant.

    Monsieur Linderman assure le téléspectateur qu'il n'est pas une hallucination, contrairement à ce que nous croyons tous. Je n'ai pas vraiment d'hypothèse de rechange.

    Mohinder continue sa transformation en The Cockroach.

    Obamassive Attack



    Obama est actuellement au plus haut dans les sondages (avec un retournement complet depuis trois semaines grâce à la Crise financière).

    Du moins juste avant que McCain n'arrête Ben Laden tout seul ou que Sarah Palin tue depuis sa skimobile Ayers en train de poser une bombe.

    Le Washington Post met Obama à 311 contre 227.



    Electoral Vote met Obama à 349 contre 189 (ce qui est le maximum qu'il ait atteint, je crois). Mais l'avance en Ohio (20), Missouri (11), Colorado (9) et Nevada (5) est très faible. Si on retire tous ces quatre Etats, cela reviendrait à 304 contre 234.


    Click for www.electoral-vote.com


    (il y a 4 ans, Bush était donné gagnant avec une légère avance à 264 contre 253)

    Fivethirtyeight donne 345 contre 193.

    270toWin (qui a de nombreuses cartes de comparaison avec toutes les élections présidentielles depuis Georges Washington) donne 99% de chance qu'Obama gagne, en lui attribuant une marge entre 264 et 375.

    Galimafrée



  • Flash-back il y a 2 ans, en août 2006, où Nouriel Roubini prédisait que l'éclatement de la Bulle Immobilière allait déclencher une récession pour 2007 (il l'a un peu anticipée seulement) et une Dépression digne de 1929. En février 2008, Roubini avait aussi prédit une crise financière et un effondrement bancaire (nous aurions atteint selon la lui la 12e et dernière étape où les pertes engendrent un cercle vicieux de contraction du crédit). Contrairement à Lagarde et Woerth, il dit que le pire est encore à venir.

    Et je me disais en 2006 que cela gênerait sans doute le nouveau Président français. Felix culpa, car si nous étions dans une période d'exubérance financière, ce pillard pyromane de Badinguet (qui a toujours le don pour aggraver tous les problèmes qu'il traite) en profiterait pour dilapider tout et faire passer des réformes pour qu'AXA et des fonds de pension commencent à grignoter plus profondément notre système de protection sociale.

  • David Leonhardt dit que depuis 2000, l'indice Standard & Poor 500 a en fait baissé de près de -50% (en valeur réévaluée en dollars constants). Même avec cette baisse, le price-earning ratio moyen serait de 17 contre 1 (contre une moyenne habituelle de 16), ce qui voudrait dire que les actions commencent à être moins surévaluées.

  • Yglesias citait les banques "trop grandes pour être sauvées" avec le rapport entre leurs capitaux et le PIB de l'Etat (par exemple BNP Paribas a des capitaux égaux à environ 100% de notre PIB). Les petits Etats sont durement touchés comme le Benelux (Fortis, Dexia) et l'Islande traverse une crise grave et c'est un contraste douloureux pour l'un des petits pays les plus prospères du monde (nommé encore récemment par l'ONU comme l'Etat le plus agréable pour y vivre). La Króna islandaise s'est effondrée et les Islandais commencent à emmagasiner des biens de consommation.

  • Tiens, 24h sans rien sur Palin ?

    TNR étudie chez Palin la "Politique du Ressentiment" et notamment son incompétence, sa rancune et ses complexes contre ceux qu'elle redoute comme intellectuellement plus souples qu'elle (ce qui pourrait presque justifier son étonnant commentaire où elle prétendait n'avoir cité aucun titre de presse à Katie Couric parce que celle-ci l'agaçait).

    Palin eut une carrière à la Badinguet, trahissant successivement les hommes qui avaient lancé sa carrière. Et il y a un beau moment qui montre bien toute sa dignité :

    And, in a move practically out of Karl Rove's playbook, she dwelled on how Stein's wife used her maiden name, going so far as to demand a marriage certificate as proof of their nuptials. Palin's campaign literature proclaimed her "deeply devoted to conservative family values"--all in the context of an ostensibly nonpartisan election. (Stein himself was a moderate Republican.)



    Comme elle était soutenue par les nouvelles églises évangélistes et pentecôtistes de la ville, elle attaqua le maire républicain Stein (qui était certes peu ostensiblement pratiquant) comme "non-chrétien". Après des attaques hypocrites comme celles-ci, elle mérite tous les excès qu'il y eut ensuite sur sa propre vie privée.

    Et voilà une vidéo qui reprend la chanson "Hey There Delilah" des Plain White T's, avec les paroles en sous-titres ("Oh, if you become VP, oh, its Canada for me, just because I can see the moon doesn't make me an astronaut, you loon").



    Il y avait aussi le mois dernier Hey Sara Sara sur l'air de Que sera, sera.

  • dimanche 5 octobre 2008

    Greg Stafford a une page Web



    Le créateur de Glorantha, le meilleur univers fictionnel jamais inventé, a enfin une age web (bon, depuis fin 2007 mais je ne l'apprends qu'aujourd'hui), We Are All Us (on reconnaît la devise de l'Empire Lunaire).

    On y trouve notamment des souvenirs sur l'invention de RuneQuest il y a plus de 30 ans en 1977.

    Un goût d'auto-destruction



    Quand Lionel Jospin avait critiqué la campagne de Ségolène Royal dans son livre L'Impasse l'an dernier, la Présidente de la Région Poitou-Charentes avait tenté de répondre par une ironie ratée en disant « J'ai l'impression en lisant tous ces ouvrages que si j'étais Jeanne d'Arc, j'aurais déjà été brûlée vive ». Jospin avait alors commenté (selon le Canard) que sa réponse était la meilleure confirmation de ses reproches.

    De même, le répugnant Frédéric Lefebvre l'insulte en disant qu'elle a « pété un cable », qu'elle avait « droit à une aide psychologique » comme toutes les victimes et « n'a pas l'étoffe d'une femme d'Etat » (après sa gaffe où elle affirmait sans preuve être cambriolée par des agents du Président). Elle rétorque au Zénith à sa Fête de la Fraternité :


    Et les porte-flingues de l'Elysée qui m'ont conseillé publiquement de consulter médicalement, sous-entendant que je perdais la tête.


    Les propos de Lefebvre étaient déplacés (aurait-il parlé de "perdre ses nerfs" pour un homme ?) mais elle avait vraiment dérapé. Il devrait être clair qu'une telle réponse ne s'imposait pas. Rien ne sonne plus dérangeant (voire presque paranoïaque) que quelqu'un qui croit utile de dire qu'elle va bien montrer à tous qu'elle ne l'est pas. On croirait la scène traditionnelle des vieux serials où le Savant Fou se met à divaguer qu'ils vont tous voir.

    Failing Upward






    Vies parallèles de W et du McClone :

    Si on la peint à grands traits, l'histoire de la vie de McCain est étrangement similaire à celle de l'occupant actuel de la Maison blanche.
    John Sidney McCain III et George Walker Bush représentent tous deux la troisième génération de dynasties américaines.
    Tous les deux naquirent dans des positions privilégiées contre lesquelles ils se rebellèrent dans leur médiocrité.
    Tous les deux développèrent une incroyable intelligence sociale qui leur permit de se laisser aller avec un minimum d'effort mental.
    Les deux luttèrent avec la bibine et un comportement de butor.
    A chaque étape, avec l'aide des puissants amis de leur père respectif, les deux eurent une ascension dans l'échec (failed upward).
    Et les deux se sont défait de leur apparence d'Episcopalien de l'élite de Washington pour se construire une carière politique comme des prétendus habitants de ranchs de l'Ouest qui prient Jésus dans les églises évangélistes de leur femme.


    Il ajoute ensuite qu'une différence entre les deux était que McCain était certes allé au Vietnam (où il ne se comporta en fait pas mieux que de nombreux autres prisonniers), mais qu'il y pilotait moins bien que celui qui avait fait jouer des appuis pour rester au Texas.

    Finalement, Maverick dans son cas ne veut pas dire seulement voleur de bétail hypocrite mais aussi "raté chanceux", selon la "loi de Gāo Qiú").

    Le paradoxe avec McCain est qu'au moment où le néo-conservatisme est répudié même par Bush, il est le vrai néo-con originel. Il avait critiqué toute interventionnisme dans les années 90 mais a évolué comme un néo-impérialiste. On peut certes croire que comme Bush avait affirmé un quasi-isolationnisme dans sa campagne de 2000, le néo-conservatisme de McCain affiché dans sa campagne de 2008 n'aura peut-être pas de poids.

    Un point commun

    On demande à Biden et Palin de citer leur film favori et ils citent tous les deux un film sur le sport (même si le film de Biden est quand même légèrement meilleur dans son moralisme et s'oppose justement à l'idéologie de la victoire à tout prix).

    Ebert rappelle que McCain avait choisi Viva Zapata!, ce qui rend sa confusion sur Zapatero (peut-être mélangé avec les zapatistes mexicains ?) encore plus décalée.

    Dordjé Shugden : Dieu tutélaire ou Démon trompeur ?



    Je suis toujours étonné que les Français, quand ils sont intéressés par le bouddhisme, semblent souvent attirés par le bouddhisme tibétain, l'une des formes les plus superstitieuses, magiques et politiquement ambiguës (quelles que soient les critiques qu'on doive avoir contre le régime chinois). Le lamaïsme est une décadence rococo de la tradition bouddhiste avec un mélange de chamanisme local, d'innombrables "génies" et "démons" et de pouvoir théocratique. C'est un peu comme si on disait qu'on était intéressé par Platon et qu'on se convertissait à une secte idiote comme la théosophie. Même le bouddhisme theravāda dans le sud de l'Asie n'échappe pas à une dérive superstitieuse et au pouvoir institutionnel des Moines mais il reste un peu moins alourdi par les syncrétismes polythéistes divers.

  • Les Bonnets Jaunes

    Le bouddhisme Grand-Véhicule arrive au Tibet au VIIIe siècle (donc plus d'un millier d'années après son essor en Inde du Nord). Les courants anciens sont les Bonnets rouges comme les Nyingmapa, puis les Kagyüpa et Sakyapa. A partir du XVe siècle se développe le courant réformé dit des "Bonnets jaunes" ou Gelugpa qui devient dominant grâce au soutien du pouvoir politique mongol et qui redonne plus d'importance à des règles monastiques strictes (ce qui explique la succession non-héréditaire, qui n'était pas observé dans les courants les plus anciens). Tenzin Gyatso, le 14e Dalaï Lama appartient à cette tradition. Le Dalaï Lama est censé être une émanation d'Avalokiteśvara, le bodhisattva de la Compassion, le plus populaire des "médiateurs" vers l'Eveil (et le Panchen-Lama est l'émanation d'Amitābha, le bouddha de l'Ouest).

  • Dordjé Shougdèn

    Shugden (ou Shuk-Den) est une des nombreuses divinités du bouddhisme tibétain. Il serait une émanation martiale et protectrice de Mañjuśrī, boddhisattva de la Sagesse, représenté avec une épée de feu.

    Shugden fut adoré par les sectes Shakyapa mais aussi comme un des protecteurs du courant Gelugpa. Il est un "dharmapāla" (un Protecteur de la Loi Cosmique), un aspect "terrible" des boddhisattvas, comme Yamāntaka (le Conquérant de la Mort).

    Il se serait aussi incarné dans le Maître Dragpa Gyaltsen, un contemporain du 5e Dalaï Lama, qui unifia le Tibet sous le contrôle des Gelugpa au XVIIe siècle. Gyaltsen aurait été assassiné par des disciples du 5e Dalaï Lama en 1655 parce qu'il représentait un rival pour son pouvoir (il aurait même été candidat pour être la réincarnation du 4e Dalaï Lama). Le 5e Dalaï Lama commença d'ailleurs par vouloir exorciser comme un démon cette divinité Shugden mais il finit (en tout cas, d'après la tradition, peut-être contaminée) par changer d'avis et instituer un culte de ce Bouddha qui aurait été son rival. Cela fait au moins 400 ans que ce culte présente un problème politique.

    Le culte eut à nouveau une renaissance depuis le XIXe siècle, avec Je Pabongka Rinpoché (1878-1941). Un de ses disciples, Trijang Rinpoché (1900-1981) fut un des lamas de l'école des Gelugpa qui vouait un culte à Dorje Shugden comme Protecteur du Bouddhisme, et il fut l'un des tuteurs du 14e Dalaï Lama actuel.



  • Le Schisme sur le Statut de Shugden

    Bien que le culte de Shugden se développe à l'intérieur même des Bonnets jaunes comme protecteur des Temples dans certaines régions, y compris en exil, et qu'il ait lui-même été initié à ses mystères dans sa jeunesse, le 14e Dalaï Lama installé en Inde commence progressivement à condamner cette dévotion depuis au moins les années 1970-1980.

    Le Dalaï Lama déclara qu'il avait "communiqué" avec Shugden (qui semblait même très sympa) et était arrivé à la conclusion que ce n'était pas en fait l'émanation illuminée d'un Bouddha de la Sagesse mais un Démon trompeur (peut-être même d'origine chinoise) nous attachant au monde, que le 5e Dalaï Lama avait eu raison de vouloir l'exorciser et que son culte devait donc être interdit (l'interdiction officielle est proclamée en 1996 et elle est intensifiée depuis 2008).



    Une interprétation est peut-être simplement théologique. Le Dalaï Lama réagirait depuis son exil contre des dérives animistes et fétichistes nombreuses dans le Bouddhisme tibétain (peut-être aussi pour garder une image d'authenticité ?).

    Une autre interprétation est politique, de l'aveu même du Dalaï Lama (par exemple dans ce texte). Le Dalaï Lama n'est que le dirigeant de la secte des Bonnets Jaunes (Gelugpa) et il voudrait pouvoir réunifier les trois autres Courants (Nyingma, Kagyü et Sakya) dans son gouvernement en exil. Certains courants traditionnels plus anciens comme les Nyingma refusent tout culte de Shugden et à l'inverse, certains adorateurs de Shugden refusent tout rapprochement avec les Nyingma considérés comme hérétiques. Une légende des Gelugpa dit que Shugden vient foudroyer tout Gelugpa qui ferait l'erreur de lire ou même toucher les écrits nyingma et qu'il tua ainsi le 8e Panchen Lama en 1882.

    Mais on peut se demander pourquoi le chef des Bonnets Jaunes risquerait le schisme interne de son courant pour tenter de concilier certains des autres courants minoritaires (surtout que certains des Bonnets rouges comme les Sakyapas adorent aussi une version de Shugden). Il est possible qu'il soit vraiment en partie sincère dans les raisons purement "mystiques" qu'il donne.

    Les moines et Lamas qui soutiennent le culte de Shugden répondent que l'Illumination bouddhiste doit justement protéger des illusions démoniaques et qu'il y a un paradoxe à dire que depuis plusieurs siècles les Lamas - dont les Dalaï Lamas, les maîtres du Dalaï Lama actuel et lui-même jusqu'à récemment - auraient été ainsi égarés par un esprit. On aurait un rare aveu de faillibilité par un dirigeant religieux (un peu comme si Benoît XVI révisait la doctrine mariologique pour se rapprocher des Orthodoxes).

    En tout cas, si le Dalaï Lama avait un but politique, cela se retourne contre lui. Le monde extérieur n'aurait probablement pas entendu parler de ce culte s'il ne l'avait condamné. Les partisans de Shugden l'accusent de tyrannie, d'hérésie et de persécution religieuse maintenant dans les médias (reportages sur France 24 et sur Al-Jazeera).

    En 1997, trois moines proches du Dalaï Lama furent assassinés et il accusa (sans preuve) les partisans de Dorje Shudgen d'être responsables. Le gouvernement chinois de Beijing soutient bien entendu activement désormais le culte.

    Ce site a des documents officiels du camp du Dalaï Lama. La Western Shugden Society mène une campagne pour sensibiliser l'opinion sur ces dissensions. Il y a plusieurs blogs de propagande pro-Shugden, dont Wisdom Buddha (qui utilise le même format Blogspot que le mien) ou Dorje Shugden Blog.

    Non seulement l'opposition tibétaine en exil n'arrive donc pas à former des cadres laïcs (ce qui rend sceptique sur l'idée d'une opposition démocratique) mais même le gouvernement en exil peut se diviser sur des questions de doctrines et de pratiques.

  • We are not afraid to get mavericky



    Youtube n'arrête pas de l'enlever mais on peut voir la vidéo de l'émission Saturday Night Live d'hier soir avec Tina Fey dans le rôle de Sarah Palin, par exemple .


    I believe marriage is meant to be a sacred institution between two unwilling teenagers.


    Et si vous pensez que Tina Fey a exagéré avec son "What Would a Maverick Do?", regardez ces extraits du vrai débat dans l'émission de Letterman.



    Palin ressasse vraiment les mêmes formules figées comme "Joe Six-Pack", "Hockey Mom", "Outsider" ou "Main Street". C'est un peu comme dans cette retranscription de ses réponses.

    jeudi 2 octobre 2008

    Prédictions pré-débat



    La Vie Réelle me rattrape hélas et m'interdit de suivre le débat cette nuit entre les Vice-Présidents. Oui, j'avais dit la même chose la dernière fois mais là, vraiment je dois dormir, 5 heures de cours demain avec deux classes surchargées de 33 et 36 élèves.

    Mais je m'attends déjà, avec les basses attentes, que Palin remonte un peu la pente qu'elle a dégringolée cette semaine.

    Elle était archi-mauvaise face à Katie Couric et Charles Gibson parce qu'elle aime ne pas vraiment répondre, ce qu'elle arrive très bien à faire dans un débat sans droit de suite. Elle aura mémorisé quelques plaisanteries sur les plagiats et les gaffes de Joe Biden et il n'osera pas l'attaquer de peur de paraître brutal ou sexiste.

    La nullité des dernières déclarations de Palin a été telle que le débat ne peut que bien se passer alors qu'au contraire le côté gaffeur de Biden ("FDR était venu à la radio pour parler de la crise de 29") risque de se voir, y compris sur des terrains qu'il connaît infiniment mieux qu'elle, comme la politique étrangère.

    Elle sera à demi-condescendante sur son expérience et le présentera comme un Insider, une partie du problème de Washington, alors qu'elle est une Maverick comme John Maverick McCain.

    Et tout ce qui comptera pour Palin sera de pouvoir, comme pendant la convention, attaquer violemment Obama le "Community Organizer" et laisser un "soundbite" sarcastique forgé par une équipe de consultants (et les médias pourront feindre de croire que cela montre que le Barracuda a de l'esprit, une plume acérée et une verve mordante).

    Add. Bon, j'ai bien fait de ne pas veiller. Rien de très excitant, même si les sondages donnent un avantage à Joe Biden. Palin a été juste médiocre mais a semblé douée en comparaison des désastres devant Couric. Elle a un certain charisme et il est facile de sembler compétent quand on n'a aucune question. Mais elle m'a fait rire en disant les "gens moyens (Main Streeters) comme moi". Hélas, les gens vont la croire.

    Le Télégramme sur l'Afghanistan



    Il est rare que la presse anglo-saxonne cite le Canard (a respected French newspaper), et c'est à cause de cette dépêche où Jean-François Fitou (s'agit-il du même que le spécialiste de Saint-Simon ??), "ministre conseiller" auprès de Régis Koetschet puis de Jean Ponton d'Amécourt, ambassadeur de France à Kaboul (depuis le mois de mai 2008) aurait retranscrit une conversation avec Sherrard Cowper, ambassadeur du Royaume-Uni :


    L'ambassadeur britannique et son adjoint ont successivement pris contact avec moi pour livrer leur analyse de la situation avant la rencontre franco-britannique sur l'Afghanistan.

    De leurs propos, je retiens :
  • La situation actuelle est mauvaise. La sécurité empire, mais aussi la corruption et le gouvernement a perdu tout crédit. Nos paroles publiques ne doivent pas nous illusionner nous-mêmes sur le fait que l'insurrection, si elle demeure incapable de remporter une victoire militaire, est néanmoins en mesure de rendre la vie de plus en plus difficile, y compris dans la capitale.

  • La présence, notamment militaire, de la Coalition est une partie du problème, non sa solution. Les forces étrangères assurent la survie d'un régime qui, sans ells, s'effondrerait rapidement. Ce faisant, elles ralentissent et compliquent une éventuelle sortie de crise (probablement dramatique d'ailleurs).


  • La perspective à moyen terme ne serait au mieux qu'un « dictateur acceptable ».

    Et les diplomates ne sont pas d'accord avec la politique suivie par le gouvernement français.

    Le renforcement des moyens militaires (...) aurait des effets pervers : il nous désignerait encore plus clairement comme force d'occupation et multiplierait le nombre de cibles.

    Placidité



  • D'après le Canard, Badinguet aurait déclaré :

    Il est important qu'on sente qu'à la tête de la France il y a quelqu'un qui a du sang-froid et parle d'une voix forte.


    Pour la seconde partie de la phrase, cela ne fait pas de doute, il parle fort (mais porte un tout petit bâton, par exemple face à Poutine).

    Et pour la première partie sur le "sang froid", quand on me dit "impassibilité stoïque" ou "maîtrise de soi", je pense tout de suite à Badinguet, c'est certain.

  • Mais pour être équitable, je peux même être parfois d'accord avec lui quand il dit :

    Raffarin nous soûle avec ses formules à deux balles.

    Voilà qui peut fonder un consensus "bipartisan".

  • Gil Kane à travers la Page



    Un de mes dessinateurs de comic books favoris (avec Curt Swan, John Romita Senior ou Alan Davis) est Gil Kane (1926-2000) et son style maniériste aux figures allongées (sans les excès anatomiques de Carmine Infantino). Mais il faut reconnaître qu'un de ses côtés attachants est certains "tics" qu'il aimait réutiliser, comme ces perspectives où le coup de poing pointe vers le lecteur.

    mercredi 1 octobre 2008

    Les Limites de la Politique de l'Identité



    J'ai traversé un accès inexcusable de misogynie quand des sondages avaient révélé un fort phénomène spontané d'identification des femmes "blanches" vis-à-vis de Palin (McCain avait gagné soudain 20 points chez elles, passant de -8 à +12). [de même quand j'ai entendu Ségolène Royal dire le 24 septembre de manière étrangement conciliante que, même si elle préférait Hillary Clinton, elle avait de l'admiration pour l'énergie de l'évangéliste mythomane de l'Alaska.]

    Mais si cela a existé (et c'est discutable), cela n'a pas duré une fois qu'elles ont appris à connaître Palin, et cela ne traduisait peut-être qu'une suspension rationnelle du jugement ou un manque d'information.

    D'après ce sondage, les femmes "blanches" sont à présent également réparties (45%/44%).


    While McCain continues to lead Obama among white voters overall, his support among whites is concentrated among men, older voters, those with less education, and those living in the South.
    Obama currently leads McCain among college educated whites.


    Au niveau national, les Américaines sont nettement pro-Obama (54% contre 37% pour McCain, une avance de +17), alors que les hommes sont plutôt pro-McCain (43% contre 47% pour McCain). Voilà de quoi être "misandre" (est-ce la discrimination dans les salaires et le travail partiel qui peuvent expliquer ce Gap ou s'agit-il de questions sociétales comme le droit à l'avortement ?).

    Cela redonne, comme souvent aux USA, un énorme "Gender Gap". Malgré les manoeuvres ambiguës de Hillary et surtout Bill Clinton et des "PUMA"s, les femmes sont revenues vers le candidat démocrates.

    Le vote noir se concentre de plus en plus sur Obama et il atteindrait 95% chez cette communauté (il est vrai que Gore et Kerry frisaient aussi avec des scores presque aussi importants, dans les 85%, ce qui explique certaines anomalies dans les districts des minorités).


    Add.
    Si je lis bien cet interview de Palin, elle prend une position ambiguë, disant qu'elle est personnellement pro-life dans tous les cas (elle ne précise pas quand la vie de la mère est en danger ; mais un fanatique pro-life lui reprocherait d'avoir fait une amniocentèse, qui peut augmenter légèrement les risques de fausses couches). Elle dit qu'elle n'est pas pour la pénalisation, qu'elle veut simplement laisser chaque Etat décider (ce qui paraît bien hypocrite si elle prétend que c'est un meurtre d'une vie innocente, pense-t-elle que le meurtre devrait dépendre du niveau local ?). Elle accepte la contraception (mais pas la pilule abortive RU 486, ni l'enseignement de l'éducation sexuelle).

    En revanche, elle fait une gaffe du point de vue de son camp en disant qu'il y a bien un droit à "la vie privée" (privacy) dans la Constitution, ce que les Conservateurs comme Antonin Scalia ou Clarence Thomas refusent avec véhémence (en revanche Roberts et Alito l'acceptent aussi tout en étant pro-life). Or ce droit contesté est un des fondements de certaines décisions "libérales" de la Cour Suprême comme Griswold v. Connecticut (droit à la contraception), Roe v. Wade ou Lawrence v. Texas(2003, qui a renversé les lois sur les pratiques sexuelles consentantes privées, contre la décision Bowers v. Hardwick, 1986). Voir aussi cette note sur la différence entre Originalisme strict (si ce n'est explicite dans le sens des auteurs de la Constitution, alors il n'y a pas de droit) et la théorie d'une compatibilité entre droit à la vie privée et opposition à Roe (qui est après tout possible).

    Si elle accepte un droit à la vie privée implicite dans la Constitution (et après tout le Neuvième Amendement me semble conforter cela, de même qu'une lecture du Troisième) mais qu'elle décide que son application devrait relever de l'Etat et non de l'Union (ce qu'on appelle aux USA de manière ambiguë "fédéralisme", c'est-à-dire en gros chez nous "subsidiarité"), elle arrive à une position peu cohérente du point de vue constitutionnel où chaque Etat peut décider quelle partie de la Constitution est valide. On peut dire que la vie du foetus ne relève pas de la vie privée, au lieu de nier un droit à la vie privée, mais cela ne changera pas le problème pour Lawrence v. Texas.

    La scène où Palin a été incapable de citer un seul cas de la Cour Suprême avec lequel elle n'était pas d'accord était angoissant (quel lycéen américain ne connaît pas au moins Dredd Scott ??). Elle ne pouvait même pas citer de décisions récentes qui déplaisent aux Conservateurs comme Kelo, Hamdan v. Rumsfeld ou il y a 3 mois Boumediene v. Bush. Il se peut qu'elle ait simplement choisi de ne pas citer une décision pour ne pas froisser l'électorat mais elle devait simplement paniquer puisqu'elle était contre Exxon v. Baker (qui avait réduit il y a 3 mois les amendes d'Exxon de 5 milliards de dollars à 500 millions).

    Encyclopalin



    (Tout cela n'a aucun intérêt politique, je le sais)



    On se souvient que Bush ne lisait pas les journaux, ce qui pourrait être a contrario un argument pour faire croire que la presse peut ouvrir les esprits (il craignait d'être contaminé par des critiques ou des opinions divergentes, ce qui aurait risqué de le faire "cligner les paupières").

    Mais Palin est bien plus forte, car elle, elle lit tous les journaux (et elle met à nouveau en doute le sens de l'adverbe "spécifiquement").

    Cet appétit universel de lecture explique pourquoi elle semble abonnée à un bulletin de la John Birch Society, le groupe radical ultraconservateur qui craint que l'ONU ne prenne le contrôle des USA. Elle est simplement exhaustive et doit aussi lire tous les jours le Daily Worker.

    Comment peut-elle tout lire ?

    Peut-être veut-elle dire que lorsqu'elle lit les 26 lettres de l'alphabet, elle accède en puissance à la Totalité Indénombrable de toutes les phrases imprimables possibles ? Un peu comme dans cette plaisanterie leibnizienne qui dit qu'un Livre de tous les Livres Possibles serait aisé et qu'il n'aurait besoin que d'avoir deux signes inscrits : 0 et 1 (au lecteur de recomposer le reste).

    Certes, elle voulait peut-être seulement dire qu'elle lit "n'importe quelle" source "qui lui tombe sous les yeux" mais elle a été incapable d'en citer même une seule, même le Wall Street Journal ou l'Anchorage Daily News. Ce devait être la crainte de froisser un fanzine quelque part dans l'Ohio.

    Palin semble en fait encore moins perspicace ou curieuse que Dan Quayle (dont j'ai toujours espéré que la phrase où il demande si on parle le Latin en Amérique latine était soit apocryphe, soit un mot d'esprit volontaire). On pourrait argumenter que Bush ne semblait pas vraiment plus brillant dans les interviews - alors que le Grand Communicateur Reagan était un inculte très malin.

    Certains sont impressionnés par les origines modestes de Palin, qui n'ont en un sens rien à envier à Obama ou Clinton. Elle n'est pas une héritière comme Bush, Quayle ou McCain, mais elle est peut-être un cas d'ascension fulgurante sans mérite. Elle a indéniablement une intelligence politique, suffisante pour gagner des municipales en instrumentalisant les valeurs religieuses puis en sachant se connecter avec l'establishment alaskien pour devenir Gouverneur. Il ne faudrait pas la sousestimer dans un débat ou elle sera peut-être en meilleure position que dans une interview, mais il lui manque aussi de nombreuses dimensions d'une intelligence capable de dépasser un cadre "paroissial".

    Comme le dit Ezra Klein, le problème n'est pas qu'elle soit peu expérimentée mais plutôt qu'elle ne semble pas disposée à le devenir de manière fiable. Obama, qui a un mérite scolaire bien supérieur, est peu expérimenté, ses ennemis ont raison sur ce point. Mais personne ne met en doute qu'il s'intéresse vraiment aux questions dont il parle et qu'il pourrait acquérir rapidement l'expérience nécessaire - alors qu'à l'inverse McCain est bien une longue expérience, mais rien ne prouve qu'il montre vraiment du jugement attentif ou nuancé dans les dossiers qu'il est censé bien connaître.

    Le problème de Palin n'est pas son inexpérience relative actuelle mais qu'on n'ait pas de preuve qu'elle ait les capacités aussi bien de caractère qu'intellectuelles pour exploiter et développer ce qu'elle pourrait apprendre. Le fait qu'elle semble encore moins cohérente et pertinente depuis qu'elle "potasse" et est "entraînée" n'est pas un signe favorable. Il est risible d'entendre Karl Rove dire qu'elle a été faible devant la courtoise Katie Couric parce qu'elle était "trop préparée" (over-prepped) par des conseillers qui la font bachoter, ce qui lui enlevait son "naturel" avec les "vrais gens". Si elle était "trop" préparée, c'est qu'elle n'est pas "prête" à être "préparée".




    Palin dit à la fin de l'interview (en inversant à son insu l'ancien jargon de Raymond Barre qui réservait "microcosme" pour la capitale) "Croyez-moi, l'Alaska est comme un microcosme de l'Amérique". Elle a raison contre Raymond Barre et signifie qu'elle est à la Marge loin du Centre élitiste, tout en "exprimant" et représentant adéquatement ce Centre, avec des compétences et responsabilités au moins "analogues". On ne peut s'empêcher de penser qu'il y a quand même dans son cas un problème d'échelle. Il y a des Sénateurs tout aussi stupides à Washington D.C. (sans même parler des Représentants, qui en tiennent parfois vraiment une couche) mais ils ne pourraient pas (du moins pour l'instant) franchir les Primaires présidentielles.