jeudi 11 décembre 2008

La Généalogie des Donjons



James Mishler (qui republie des modules dans l'univers de Judges Guild) a un graphique intéressant de Généalogie des premiers jeux de rôle issus de D&D, depuis OD&D jusqu'à "BECMI" D&D, AD&D1 et Ad&D2.

Pour la première fois, je suis maintenant curieux de trouver le jeu (qui n'a pourtant pas très bonne réputation) Lords of Creation (1984) de Tom Moldvay (créateur du Known World, Mystara) parce qu'il est indiqué comme une des branches évoluant à partir du Basic D&D. Moldvay me paraît moins intéressant que son épigone Bruce Heard dans les auteurs de Mystara mais il a quand même écrit un des meilleurs modules de D&D (où il n'y a certes pas grande compétition), X2 Castle Amber.

On pourrait ajouter dans le réseau aussi la mode actuelle des "rétro-clones" (jeux modernes créés avec la License ouverte mais pour reconstituer une version proche des premiers jeux) comme le faisait le graphique de Rients.

Oh, pour répondre au ping, Tom Roud mentionnait un grand site sur les Livres Dont Vous Êtes le Héros (très à la mode vers 1985).

Je n'y avais pas vraiment joué (à part les livres Superpouvoirs de Tristan Manchette, où on pouvait créer son propre superhéros), parce que je n'aimais vraiment pas l'impression d'enfermement dans la série finie des combinaisons et que je n'arrivais donc pas à en finir un. C'est la même raison pour laquelle je ne joue pas aux jeux sur ordinateurs, d'ailleurs. Mais peut-être que si j'avais trouvé à l'époque le supplément Titan the Fighting Fantasy World, qui transformait en un univers les divers livres solo, j'aurais autant de nostalgie que j'en ai actuellement pour les autres univers dans lesquels j'ai commencé comme Lynaïs, Glorantha, Mystara (de même que certains de mes camarades ont gardé un attachement fanatique à Magnamund, le monde de Loup Solitaire)...

Add.

Et en parlant de généalogie des "oubliettes", une carte d'une cité souterraine hittite en Cappadoce.

mercredi 10 décembre 2008

Marchés publics couverts



Dans les innombrables vilénies et déprédations du pays commises par Berluskozy (décidément anti-libéral sur certains points), qui cherche à augmenter la corruption et curée généralisée et la défiance de citoyens devenus anomiques, j'avais raté l'incitation aux pots de vin et prévarication, passée sous le prétexte de la "Relance" de l'économie :


Afin d’accélérer les achats de l’administration et de mettre fin à la « folie administrative qui s’est emparée de la France sans aucune mesure », selon ses mots, le chef de l’État propose que le seuil des marchés dispensés de la procédure d’appel d’offres public soit relevé de 206.000 euros à 5,15 millions d’euros

Le chef de l’État a fait valoir qu’il s’agissait du plafond européen, manière de faire entendre que la France se mettait en conformité avec le droit communautaire : il n’en est évidemment rien, ce dernier se contentant de rendre obligatoire une procédure transparente pour les très gros marchés, laissant les États libres de faire ce qu’ils veulent en dessous de ce seuil. Mieux, il ne sera plus nécessaire de rendre public ces marchés au-delà de 90.000 euros, comme cela été le cas aujourd’hui. Et pour les « petits » contrats, aucune procédure ne sera plus exigée pour les sommes inférieures à 20.000 euros, contre 4000 aujourd’hui, pour faciliter « le gré à gré avec les fournisseurs locaux ». Bref, on déréglemente au profit du fait du prince.


Le vol à l'arraché du scooter de Neuilly, c'était simplement une anticipation des razzias et malversations à venir.

L'avantage est que je comprends enfin de l'intérieur l'impression de honte que doivent éprouver la plupart des citoyens italiens depuis quelques temps.

Bon, certes, cela a le soutien de certains Présidents de région PS.

Insécurité en banlieue




Un ministre du Congo-Brazzaville se fait voler quelque 10.000 euros à Neuilly


Le ministre congolais des Mines, Pierre Oba, a été victime lundi à Neuilly-sur-Seine (Hauts-de-Seine) d'un vol à l'arraché, au cours duquel il s'est fait dérober une sacoche contenant environ une dizaine de milliers d'euros, a-t-on appris mardi de source policière.

Le ministre portait sur lui l'argent en liquide prévu pour les frais de la délégation avec laquelle il était en déplacement, a-t-on précisé.

Lundi, vers 17 heures, il s'est fait bousculer en pleine rue par une personne "casquée" ayant pris la fuite avec un complice qui l'attendait sur un scooter, a indiqué la source policière.

L'enquête a été confiée au service départemental de police judiciaire des Hauts-de-Seine (SDPJ 92).


C'est le Dauphin de Badinguet !

Mais je trouve touchant que le Ministre des Mines veuille dire si candidement qu'il perd 10 000 euros dans sa mallette à Neuilly "pour sa délégation". Marini devrait en faire un amendement fiscal.

Ignatieff If Necessary



Le nouveau Leader du Parti Libéral canadien, Michael Ignatieff (né en 1947, député seulement depuis 2006 !) a l'air très hésitant. Il a déclaré qu'il fallait aller jusqu'à la Coalition "si nécessaire", mais en ajoutant de manière confuse que cela ne l'est pas : "coalition if necessary but not necessarily coalition" faisait une allusion savante à des propos d'un ancien Premier Ministre libéral du début du siècle Mackenzie King, qui après avoir été farouchement contre la Conscription en 14-18, avait finalement dit en 1942 qu'il était "pour la conscription si nécessaire, mais pas nécessairement pour la conscription"). Cela peut bien sûr se lire comme un soutien modéré à la Coalition mais cela peut aussi se lire comme un manque d'enthousiasme caractérisé.

Je ne veux pas être misologue mais, de loin, cela semble un peu le geste tragique d'un intellectuel légèrement hamletien (un peu comme Royal annonçant qu'elle ne savait pas si elle se présenterait elle-même ou pas, sans vouloir être désobligeant envers Ignatieff). Et en un sens, on avait de même reproché à Dion d'avoir lui-même trop tardé dans son offensive contre Harper.

Je croyais d'abord que c'était simplement pour critiquer la ligne pro-Coalition de Dion qu'Ignatieff hésitait, mais Ignatieff va maintenant arriver au pouvoir, couronné par son aura de "Grand Intellectuel", spécialiste des questions de droits de l'homme, Star à Oxford et Harvard, romancier (de ce côté, le Canada est vraiment l'anti-USA : ils ont l'habitude de choisir des universitaires bien avant Obama, et je ne vois pas quel historien français pourrait avoir cette image chez nous).

Mais le Comte Ignatieff, descendant d'un des ministres du Tsar Nicolas II, a perdu un peu de son prestige en défendant la Guerre d'Irak en 2003 (même s'il reconnaît à présent comme Hillary Clinton s'être trompé dans un mea culpa hypocrite), et en analysant de manière assez ambiguë les "interrogations coercitives" comme un "moindre mal" avec lequel une démocratie doit faire certains compromis bien encadrés. Là encore, il a pu dire que c'était en fait une façon de les critiquer comme mauvaises.

[Ne pas confondre avec Michael Walzer, le théoricien de la Guerre Juste, qui n'avait soutenu que la Guerre en Afghanistan et pas celle en Irak.]

Je ne vois pas ce qu'Ignatieff a à gagner à affaiblir la possibilité de la Coalition. Cela pouvait se discuter avant de lancer le vote de défiance mais lancer la menace et la retirer ensuite enlève tout crédit à la critique contre les Tories et semble capituler entièrement sur leurs arguments. En refusant de renverser Harper et de s'allier avec les Nouveaux Démocrates de Layton, Ignatieff semble donc dire que la révolte était illégitime ou bien que la Coalition négociée par Dion était en effet aussi intenable que ce que disaient les Tories.

Il y a encore un autre scénario possible, qu'Ignatieff espère gouverner seul, sans même le NPD (en les tenant seulement par le chantage) mais cela semble ridicule. Pour le coup, passer des Tories qui ont 145 sièges à un parti tout seul qui n'en a que 80 semble peu démocratique.

Christopher Bird (un autre de mes bloggers canadiens favoris avec Robin Laws) soutenait Stéphane Dion et il a la dent dure contre l'effondrement de la Coalition et l'évolution des "Grits" :


It’s a party full of Liebermans, a collection of spineless twats with beliefs so vaguely defined that they can mean anything and be anything except something.

People have blamed Stephane Dion’s image for being the reason why the Conservatives came out ahead in the last election, but that’s not it at all - when people saw Dion in the debates, they liked him more. The problem with the Liberal Party is that people think they’re weasels, and they know that the Tories stand for something. They might not agree with the Tories on most things, but at least, they figure, the Tories are neutered by Canada’s general political beliefs. (Whether or not this would be the case in the instance of a Tory majority government is up for debate.)

In the choice between “fuck you” and “eh,” people will choose “fuck you” more often than “eh.” That the Liberals still don’t get this is one of the reasons their party is gradually dying.


Pendant ce temps, du côté des Conservateurs, certains propos sont inquiétants, les Tories sont tellement indignés de pouvoir perdre le pouvoir alors qu'ils avaient presque atteint la Majorité absolue qu'ils parlent déjà de remettre en cause la Gouverneure-Générale Jean si elle accepte la Coalition.

mardi 9 décembre 2008

Des lauriers pour Lauzier



Via Bodoï, Gérard Lauzier (1932-2008) est mort à 76 ans. "Anar de droite", "machiste" ou "réac", il avait été l'un des meilleurs caricaturistes des années 70, une sorte de double inversé de Brétecher en plus acerbe puisqu'il venait de l'autre bord. Il pouvait bien représenter l'absorption des idées vagues libertaires de 68 vers l'individualisme et il rendait assez fidèlement l'auto-caricature des modes gauchistes. Dans ses bd, les personnes de gauche sont toujours hypocrites, pleines de bonne conscience, de simplifications victimaire où tous leurs ennemis sont fascistes, d'arrogance sûre de leur supériorité morale (mais dans certaines Tranches de vie, le bourgeois conservateur est tout aussi prévisible).

Mais en même temps, un des thèmes constants de l'obsession hédoniste / libertaire est l'envie de "parasitisme" sur l'ambiguë "libération sexuelle". Il ironise sur ce qu'il considère comme une mode de déstructuration, et notamment sur le féminisme, et reconnaît sans cesse son aliénation à son désir d'en profiter lui-même. Ancien publicitaire au début des années 60, il a cotoyé à la fois la bourgeoisie des cadres et celle des "créatifs" qu'on appellera 30 ans plus tard les "bobos" et il voudrait à la fois le confort matériel des premiers et cette licence des seconds, tout en pouvant se moquer de la vulgarité des uns et de la prétention des autres.

Certaines Tranches de Vie des années 70 sont brillantes (par exemple, les séries anti-communistes, comme le voyage en URSS ou celle sur le cauchemar de Georges Marchais, qui a même certains passages d'empathie touchante sur un ancien résistant sénile et semble déjà caricaturer exactement le bobo par excellence que sera Frédéric Beigbeder, ou bien le traducteur entre dictateurs africains). La Vie des cadres est (dans mon souvenir) le plus souvent assez plat et vulgaire. Mais c'était à mes yeux mieux que le parfois sinistre Martin Veyron, dans le même genre.

Schneiderman en parle bien :

Pour tous les adolescents des années 70 qui le découvrirent dans Pilote (ô délicieux frissons du mardi matin), Lauzier fut un choc. De toute la floraison de dessinateurs offerts par Goscinny aux piloto-maniaques, en voilà un qui était de droite. Résolument, désespérément de droite. D'une droite plus à droite que la droite politique. Jeune cadre épuisé, ou ado provocateur à la table familiale: Lauzier ne dessinait de révoltés contre l'Entreprise, contre le Profit, contre l'Ordre des choses, contre l'Autorité, que névrosés, frustrés, pervers aux yeux vides. Les figures paternelles, en revanche, respiraient le bon sens et la stabilité. La société reposait sur elles, sur un cynisme assis sur l'expérience de la vie, et c'était très bien ainsi.

Le dévorant planche après planche, on haïssait Lauzier de nous haïr ainsi. On y était addict, et on avait honte. On l'admirait d'exprimer ce qu'aucun politique de droite, aucun jeune écrivain, tous tétanisés par 68, n'osaient exprimer. Plus tard, pour le cinéma et le théâtre, Lauzier brida son génie réactionnaire, et versa dans le gnangnan consensuel. Il démontra que la récupération fonctionne aussi dans ce sens-là.


Goscinny ne recruta Lauzier qu'en 1974 juste avant son remplacement par Guy Vidal qui va axer Pilote avec Lauzier, Bilal ou Pétillon vers une bd plus adulte. Des stars comme Mandryka, Gotlib et Brétecher étaient déjà partis fonder l'Echo des Savanes en 1972, puis Fluide Glacial en 1975. Mais Goscinny avait déjà embauché des gens bien plus à droite, comme le fascisant Serge de Beketch en 1969-74, tout en publiant un anar gauchiste comme Cabu.

Et contrairement à ce que dit Schneiderman, je ne crois pas ses films gnangnan échappaient pour autant à un style toujours résolument conservateur, même si c'était en effet moins "provoc". Psy (1981), contre les modes des thérapies, avait été plutôt pas mal, même si on a vu ce genre d'humour de nombreuses fois. Le sketch sur l'immigration de Tranches de vie, adapté ensuite par l'équipe pourtant assez politiquement correcte du Splendid en 1985 pourrait être très "grinçant", et assez lourd, puisque le "gag" est simplement que l'assimilation fonctionnait désormais à l'envers (les Français du XIII devenant chinois, ah ah). Le Plus Beau Métier du monde (1996) sur l'enseignement à Saint-Denis ("lycée Serge Gainsbourg") garde encore ces éléments "acides" et si le film est très médiocre, ce n'est pas vraiment parce qu'il serait "consensuel" mais parce qu'on a l'impression d'un simple amas de clichés mal-écrits. Il était rattrapé par un air du temps qu'il avait passé sa vie à capter.

Add.

Interview de Lauzier et de Riad Sattouf.

lundi 8 décembre 2008

Popularité relative



Robin donne un récit distrayant de la politique canadienne récente et s'étonne :


Early polling suggests that a majority of Canadians want Harper to remain in office.

This surprises me, but then again I live in downtown Toronto, where the Conservative Party is routinely outpolled by toxic mold.

dimanche 7 décembre 2008

Surdétermination causale



Le philosophe David Lewis (le plus grand métaphysicien systématique du XXe siècle) avait fourni un analyse réductive, dite "contre-factuelle" de la causalité qui consistait à dire que "A cause B" si et seulement si "si A n'avait pas eu lieu, alors (dans tout monde possible suffisamment similaire ceteris paribus) (l'homologue de) B n'aurait pas eu lieu". Cela le conduisait à plusieurs petits problèmes et raffinements comme la surdétermination causale : si A n'avait pas eu lieu mais qu'un autre événement A2 était quand même intervenu pour causer B, peut-on dire que A a vraiment "causé" B, puisque B aurait eu lieu de toute façon ? (voir aussi les problèmes comme la préemption et la double prévention dont j'avais parlé pour la différence preemption/prévention).

Lewis et les autres philosophes de la causalité comme Laurie Paul ou Jonathan Shaffer ont développé de nombreux exemples pour étudier la causalité et certains semblent parfois un peu "tirés par les cheveux" pour décrire une possibilité logique mais improbable.

Cette histoire de la mort de Ronald Opus illustre bien un cas de surdétermination causale : X fait tout pour se suicider, il se jette d'un immeuble en ignorant que sa chute va être arrêtée et qu'il va donc survivre mais en tombant il passe devant une fenêtre au moment où un couple se dispute et reçoit une balle qui le tue : la question était donc de savoir si on pouvait dire qu'il s'était vraiment suicidé. En fait, l'histoire est un canular, la probabilité en est trop basse.

Ce fictif Ronald Opus a droit à une entrée Wikipedia qui énumère plusieurs oeuvres de fiction où un cas semblable apparaît. La même histoire (avec quasiment les mêmes événements, un suicide et un couple qui se dispute) apparaît aussi dans la bd Arq, volume I d'Andreas (1997), qui avait dû reprendre la fausse rumeur apparue vers 1994.

Swatchmen



Watch-Men




Watch-Peanuts


Linus Van Pelt as the Comedian, Charlie Brown as Dr Manhattan, Schroeder as Ozymandias, Lucy Van Pelt as the Silk Spectre, Snoopy as Rorschach, Pig-Pen as Nite-Owl (Je pense que Charlie aurait dû être Nite-Owl, Snoopy Dr Manhattan et Pig-Pen Rorschach, mais on aurait alors perdu le gag graphique des taches du Beagle pour celles du masque). Cela a permis déjà une suite chez notre physicien/auteur de comics favori Abstruse Goose.

Add. Oh, et pendant que j'y suis : une gallerie des Noëls des Peanuts, qui rappelle que dans le Puritanisme austère de Charlie Brown la naissance du Christ est plus la prise de conscience de la Misère humaine qu'une espérance.



Kierkegaard, c'est de l'aimable plaisanterie par rapport à cette angoisse enfantine.

Tribe 8, Portrait de Famille (2)



Après avoir décrit un peu l'univers de ce jeu de rôle, je commence à lire la gamme.

  • Le Livre des règles (1998)
    Il fait environ 200 pages, dont 109 pages de Background et 100 pages de règles.

    Le Background est surtout représenté de manière "subjective" par des récits de personnages, ce qui laisse la possibilité de partialité et de secrets à dévoiler par la suite (qu'est-il arrivé à Joshua ? pourquoi Jehanne ne parle-t-elle plus ? quelle est la vraie origine des Z'Bri et des Sept Mères ?), mais il y a aussi dedans quelques descriptions détaillées de Personnages qui auraient pu être réservés à une partie pour le "Tisseur" (nom du Narrateur dans T8). Ces Personnages non-joueurs sont une des grandes forces de ces descriptions mais il serait curieux que les joueurs débutants connaissent déjà certains secrets sur la gallerie des figures principales du monde.

    L'ordre sera le même dans le premier supplément sur Vimary : Histoire, Description des Sept Mères et des Sept Tribus, les Z'bri (spectres de passions qui sont eux-mêmes divisés en quatre Maisons correspondant aux quatre Humeurs, Sanguins, Colériques, Mélancoliques et Flegmatiques), les Proscrits Déchus et la géographie de Vimary (p. 88-109).

    Les Déchus sont eux-mêmes divisés en plusieurs factions : les Prophètes de la Fatalité (Doomsayers, qui tentent de prévenir un sombre futur), les Illuminés (Lightbringers, qui pensent que la Huitième Tribu va sauver le monde), les Jackers (qui veulent relancer la lutte contre les Z'bri) et les "Herites" (qui veulent surtout détruire les Sept Mères ou les "Sept Morts" comme ils les appellent).

    Tout cela me semble assez complet pour jouer sans supplément et contrairement à de nombreux autres jeux, il me semble qu'ils ont mis assez de descriptions pour que les suppléments soient bien optionnels, sauf si vous voulez suivre la campagne officielle bien entendu où Vimary devient indispensable.

    Je n'ai pas testé les règles et je suis un peu sceptique de prime abord même si le système Silhouette a plutôt une réputation de simulationnisme bien testé.

    Je rappelle le principe : on lance X dés de six et on prend le résultat Maximum, mais s'il y a plusieurs "6", chaque "6" supplémentaire donne un +1 au résultat, et si on n'obtient que des 1 c'est une Maladresse.

    Le nombre de dés X est égal au score dans la Compétence (souvent 1 ou 2 pour des personnages débutants), et on additionne au résultat maximum un bonus égal à la Caractéristique (souvent entre +0 et +2). Donc un personnage avec 1 dans la compétence et +1 dans la caractéristique pertinente a 33% de chance de réussir une Action difficile (seuil de difficulté 6). Un personnage avec 2 dans la compétence et +0 dans la caractéristique reliée a aussi 33% de chance de réussir la même action (et 2,78% de chance d'obtenir un 7 alors que le précédent avait 16,66% de chance).

    Elevé dans le système "linéaire" de pourcentages du Basic System de Chaosium, j'ai des réticences sur la vogue actuelle des probabilités moins intuitives avec "tas de dés" (dice pools, depuis Shadowrun et World of Darkness). Je ne saurais calculer les probas mais cela m'a l'air très "écrasé", avec une différence importante entre un score de 1 en compétence et un score de 2 mais ensuite une différence de plus en plus faible. L'avantage est que c'est assez rapide puisqu'il y a peu d'additions (contrairement au système d6 de Star Wars).

    A noter : une option proposée dans l'édition francophone du jeu (par Francis Larose de SteamLogic en 2004), utiliser un d8 à la place du d6. C'est une excellente idée pour l'atmosphère (obtenir un "8" devient un excellent présage, conformément à la Prophétie de la Huitième Tribu) même si cela réduit la chance des réussites critiques (par exemple : 1,56% pour deux d8 au lieu de 2,78% pour deux d6, mais cet écart ne fait que s'accroître : 0,2% pour trois d8 contre 0,46% pour trois d6).

  • L'écran et les Conseils au Tisseur (1998)

    L'écran me laisse un peu froid mais je ne suis pas trop sensible à l'esthétique gothic-punk/indus du jeu, j'aurais préféré une simple Carte de Vimary à ce mur rouillé.

    Les conseils pour faire une campagne m'ont semblé être un peu du remplissage.

    Le scénario "L'ennemie de mon ennemie" a l'avantage de fournir de nouveaux PNJ et de commencer la campagne, mais il me semble présenter plusieurs défauts un peu difficiles à éviter dans une module.

    Les personnages risquent d'être un peu spectateurs des événements qui leur échappent et certaines des situations sont parfois difficiles à rendre cohérentes. Il y a quelques bonnes idées mais je ne suis pas sûr qu'elles soient bien exploitées. Je n'ose pas en dire beaucoup plus, de crainte de gâcher l'intrigue, mais une des idées intéressantes était qu'un personnage était (plus ou moins) un agent double mais dès le début du scénario il va être mis dans une situation peu explicable qui va l'obliger à tout révéler.

    De plus, les personnages-joueurs sont des membres de la Tribu des Proscrits qui viennent au Bazar, qui est censé être un peu le "terrain neutre" de ce cadre de campagne. Or le Bazar y est présenté comme un lieu hostile où les Sept Tribus hystériques peuvent lyncher les Proscrits. Cela contredit la fonction de ce carrefour dont ont besoin les PJ pour en apprendre plus. Après une telle scène, je ne suis pas sûr que les PJ oseraient y retourner.

  • Vimary (1998)

    Le premier supplément important de Tribe 8 décrit plus en détails l'univers, ajoutant 140 pages aux 100 pages du livre de base.

    Cela réussit à ne pas modifier totalement l'atmosphère de départ mais on dévoile de nombreux secrets et complots, des organisations et plus de Personnages non-joueurs dans tous les camps, dans les Sept Tribus mais aussi chez les Bannis, chez les "Gardiens" (ceux qui gardent des reliques du Monde d'Avant) et chez les Z'Bri. On peut jouer à Tribe 8 sans ce supplément mais il ne serait pas possible de bien exploiter la campagne officielle.

    On peut être un peu submergé par la quantité de personnages, même s'il y a un Index et des renvois aux personnages déjà introduits dans le Livre des règles et dans l'Assistant au Tisseur. En cas de campagne, il faudrait savoir résister à l'envie d'introduire trop de ces personnages sans quoi les joueurs risqueraient de s'y perdre et de se sentir un peu "dé-protagonisés" comme on dit, ce qui est un défaut inhérent aux jeux "narrativistes".

    On a quelques plans en plus, comme celles de l'ancien Métro de Montréal où vivent les Gardiens du Monde disparu et d'autres secrets.

    On en apprend plus aussi sur les liens complexes entre les Sept Tribus et les Bannis. On savait déjà que certains des Deux Piliers (Tera Sheba, qui a asservi Jehanne) voulaient lancer une croisade contre les Bannis et que les deux Danseuses Agnès et Dahlia (de manière ambiguë) étaient plus ouvertes à la Huitième Tribu mais on découvre des factions, notamment chez les Destinées Baba Yagans et les Evans qui soutiendraient en secret les Bannis.

  • samedi 6 décembre 2008

    Du nouveau sur les Etrusques ?

    The Etruscan timeline: a recent Anatolian connection:


    Abstract: The origin of the Etruscans (the present day Tuscany, Italy), one of the most enigmatic non-Indo-European civilizations, is under intense controversy. We found novel genetic evidences on the mitochondrial DNA (mtDNA) establishing a genetic link between Anatolia and the ancient Etruria. By way of complete mtDNA genome sequencing of a novel autochthonous Tuscan branch of haplogroup U7 (namely U7a2a), we have estimated an historical time frame for the arrival of Anatolian lineages to Tuscany ranging from 1.1plusminus0.1 to 2.3plusminus0.4 kya B.P.


    Je ne comprends pas ces dates en "kiloannées". Ces Anatoliens dans les gènes toscans pourraient ne pas être l'origine orientale des Etrusques mais des colons byzantins de Ravenne en Toscane du Bas-Empire s'ils apparaissent entre -750 et +900 ?

    Une carte aberrante du XIIIe siècle



    Utile pour un joueur d'Ars Magica (malgré tous les anachronismes), la Tabula Peutingeriana aurait été réalisée par un moine alsacien vers 1265. C'est un schéma de 6,8 m de long sur un parchemin, et c'est plus un graphe abstrait du réseau des Routes qu'une représentation à l'échelle (comme un plan de métro). La carte superposerait plusieurs cartes romaines d'époques différentes, ce qui explique que, contrairement à des cartes médiévales normales, Jerusalem (nommée ici seulement Aelia Capitolina, son nom sous l'Empire à partir d'Hadrien) n'y a guère d'importance. On voit trois grandes métropoles : Rome, Constantinople et Antioche. La carte indique même Pompei alors que la cité était déjà détruite depuis douze siècles, bien avant que n'apparaisse Constantin !

    vendredi 5 décembre 2008

    Godwin is Dead



    Lu dans le Canard, Sarkozy avait déclaré que ceux qui avaient conspiré contre lui dans l'affaire Cleartream "finiraient sur un crochet de boucher".

    Oui, le Maire de Neuilly se compare instinctivement avec... qui vous savez (en passant, je ne sais pas si l'anecdote des crochets est authentique, on dit seulement qu'ils ont été pendus et qu'Hitler a visionné leur agonie mais, malgré certains "révionnistes des crochets", il y aurait bien des témoignages parlant de pendaison à des crochets de viande pour les conspirateurs du 20 juillet 44 comme Witzleben). Hortefeux devrait aussi dire que lorsqu'il entend le mot Culture il sort son revolver.

    Même moi, malgré ma sarkophobie galopante, je n'aurais pas osé. Nullité historique de la part de celui qui prétend avoir "écrit" une biographie de Georges Mandel ?

    Rectificatif
    : Comme me le fait remarquer Marsyas par email, Sarkozy pensait peut-être plutôt à Mussolini (dont on dit aussi parfois qu'il aurait été accroché à des crocs de boucher, même s'il était en fait pendu dans un garage) et non aux conspirateurs allemands de 44, et dans ce cas il comparait Villepin au Duce et non aux comploteurs de Von Staffenberg, ce qui serait donc moins ironiquement auto-dépréciateur.

    Bon, allez, une petite vidéo de "Stephen Harper in the Bunker" sur l'actualité.

    Eruption idéologique



    Un des nombreux bons côtés de la chute de Bush est qu'on retrouve qu'Andrew Sullivan (conservateur qui avait eu au moins la qualité de critiquer le bilan républicain sur la torture et sur la dérive théocratique) est vraiment à côté de la plaque dans sa critique du système étatique de santé (voir aussi cette réponse aux arguments absurdes de Sullivan qui cache mal sa mauvaise foi, même si Ezra expliquait que le modèle devrait plutôt être continental d'économie mixte et non pas anglo-canadien de rationnement). Encore une preuve que contrairement à ce qu'il répète, le conservatisme "burkien" dont il se réclame n'est pas un "disposition pragmatique" mais bien un dogmatisme qui voile les préjugés.

    Maniement Visible



    Notre Glorieux Omniprésident que le Monde nous envie a donc nommé le talentueux Devedjian "Ministre de la Relance" pour vêtir d'un flatus vocis les nouvelles subventions aux entreprises et l'abandon des Hauts-de-Seine au Dauphin dans le plus pur exemple de méritocratie républicaine.

    C'est une idée magnifique qu'il faudrait généraliser : un Ministère d'Etat de la Première Place au Podium, et Un, et Deux, et Trois Zéro au lieu du Sport (Jack Lang), un Ministère du Triomphe Ecrasant à la place de la Défense (le Maréchal Bazaine), un Ministère des Chefs d'Oeuvre de Génie au lieu de la Culture (Christian Estrosi ou Marc Levy), un Ministère de la Révolution scientifique et du Savoir Absolu au lieu de la Recherche (Claude Allègre), un Ministère du Succès Professionnel sans avoir besoin de subsides de l'Etat au lieu de l'Education (Bernard Tapie), un Ministère de la Vérité sur Notre Président au lieu de la Communication (Vincent Bolloré et Arthur), un Ministère des l'Admiration Universelle de Notre Président et des Traités Historiques au lieu des Affaires étrangères (Charles Pasqua), un Ministère de la Panacée et de la Pefection chirurgicale au lieu de la Santé (Loïc Le Meur), un Ministère de la Capture des Terroristes et de l'arrêt des attaques intempestives contre les entrepreneurs qui ont bien besoin de corruption pour mettre de l'huile dans la machine au lieu de la Justice (Patrick Balkany), un Ministère de la Corne d'Abondance au lieu de l'Agriculture (un chef du Ritz).

    Une autre chose que j'admire est cette destruction du Service Public par décret. L'Italie est ridicule car Berlusconi doit intervenir par lui-même en doublant la TVA sur son rival Murdoch sur le groupe Sky alors qu'en France nous avons une vraie séparation des pouvoirs et de vrais Corps Intermédiaires : Martin Bouygues ne pourrait ainsi sanctionner ses concurrents, il doit demander d'abord à son frère le Président de ravager France Télévision.

    jeudi 4 décembre 2008

    Harper passera Noël



    Le gouvernement de Stephen Harper et des Conservateurs devrait donc tenir au moins jusqu'en janvier 2009. La Gouverneure-Générale du Canada, Michaëlle Jean a accepté de suspendre les votes du Parlement qui devait passer une motion de défiance contre le Gouvernement la semaine prochaine. Ce vote aurait pu conduire à une Coalition Libéraux-Nouveaux Démocrates avec le soutien sans participation du Bloc Québecois (sauf si les élections étaient appelées à nouveau, mais il semble que Mme Jean était réticente à le faire seulement deux mois après des élections déjà anticipées).

    D'un point de vue démocratique, la Chute de Harper pourrait paraître prématurée. Les Conservateurs étaient nettement en tête le 14 octobre 2008. Le système de type britannique (majoritaire à un seul tour) devrait contraindre assez mécaniquement à un bipartisme clair. Mais il y a la question du séparatisme québecois et le pouvoir souvent hégémonique des Libéraux a fait que la gauche NPD les considérait comme des bourgeois de la même farine que les Conservateurs.

    La Chambre des Communes compte 308 sièges dont

  • 143 Conservateurs (46% des sièges, 38% des voix).
  • 77 Libéraux (25% des sièges, 26% des voix)
  • 49 BQ (16% des sièges, 10% des voix)
  • 37 NPD (12% des sièges, 18% des voix)


  • Autrement dit, la Coalition aurait en théorie 114 sièges au gouvernement (+ soutien des 49 BQ) mais le total représente 54% des voix et environ 54% des sièges, donc il n'y a pas vraiment de scandale démocratique (les Libéraux ont déclaré qu'après tout ceux qui n'avaient pas voté pour les Conservateurs représentaient environ 62% des voix).

    Le problème, en revanche, est que Stéphane Dion, le leader libéral, est toujours très impopulaire. Or il deviendrait le Premier ministre avec un cabinet formé de 18 Libéraux et 6 NPD. Le Bloc s'engagerait à ne pas voter la défiance jusqu'en 2010 contre la Coalition.

    La crise politique a éclaté parce que les Conservateurs préparaient une série de lois qui prévoyaient de couper le financement public aux Partis (ce qui aurait complètement ruiné les petits partis comme le BQ et le NPD) et d'interdire le droit de grêve des fonctionnaires.

    La denrière fois qu'il y avait eu une Coalition était en 1917-1920, à cause de la Grande Guerre où le Premier ministre tory Robert Borden s'était allié avec certains Libéraux "unionistes" (mais sans les Libéraux partisans de l'ancien Premier ministre Henri-Charles Wilfried Laurier (le premier Francophone à la tête du gouvernement au tournant du XXe siècle).

    Pour se familiariser avec la politique canadienne, je tombe d'ailleurs sur cette bande-dessinée de Kate Beaton (mais je n'ai pas compris la blague sur le billet de 5$).

    Carte-Charte-Graphe



    En fait, je ne crois pas que le cercle vicieux ajoute vraiment quelque chose à l'explication mais c'est un chouette diagramme synthétisant les problèmes de l'Islande, malgré quelques attaques un peu gratuites.

    Pas aussi brillant bien sûr que le "Carte figurative et Tableau graphique" de Minard sur la Campagne de Russie qui fait se correspondre l'itinéraire géographique de la Grande Armée, la température et les pertes.

    Les ombres réhaussent les couleurs

    (Théodicée I, §12)

    Sur le nouveau livre de Steve Nadler sur le problème de la Théodicée :

    Poor Leibniz! For all his genius, he seems destined to be overshadowed by others, whether Newton, Voltaire or Spinoza (whom he visited, admired and disputed with) or, as Steven Nadler shows in The Best of All Possible Worlds, even by half-forgotten French priests, like Nicolas Malebranche (1638-1715) and Antoine Arnauld (1612-1694).


    Dans un autre monde possible peut-être, mais bien que Nadler soit un spécialiste de Malebranche, il serait difficile de croire que le Janséniste Arnauld (inconnu des non-spécialistes du XVIIe siècle sinon pour sa Logique) ou l'Oratorien Malebranche puissent "faire de l'ombre" à Leibniz (ou même à Hume dont la critique de la causalité radicalisa celle de l'occasionnalisme).

    Le Malebranche est en revanche une sorte de diable du VIIIe cercle de l'Enfer chez Dante (et aussi dans D&D).

    Alerte Gâcheur



    Le New York Times (dans sa rubrique "Arts") raconte la fin de Secret Invasion de Marvel Comics le jour de sa sortie. C'est déjà un succès de PR qu'ils en parlent comme d'un "événement".

    Je m'attendais en fait à un retournement différent : que les Skrulls allaient rester après une sorte d'armistice à leur avantage (ce que suggérait la campagne de pub au slogan obamesque Embrace Change, avec de fausses propagandes sur les bienfaits de la Collaboration avec les Skrulls).

    Mais cette victoire des envahisseurs n'aurait pas été assez originale juste après la fin de Civil War qui avait déjà fait perdre le camp des héros (les partisans d'Iron Man auraient certes eu de bons arguments politiques in abstracto mais où les événements les montraient clairement comme le Mauvais Camp).

    Cela vaut-il la peine de le voir en salle ?



    Watchmen aurait une version "Montage du Réalisateur" de 190 minutes et une version en salle de 155 minutes, soit environ 20% de moins.

    Autant pour LotR (le film qui m'a guéri de ma tolkiénomanie), je me fichais un peu d'avoir des heures d'orcs tailladés ou de hobbits en fuite en plus, autant pour la structure formelle saturée (et même, excessivement formaliste) de Watchmen, je préférerais ne pas perdre trop d'éléments.

    [Certes, si c'est aussi "fidèle" que cela en a l'air, il se peut que ce soit seulement 35 minutes expérimentales de "bouteille de parfum Nostalghia en train de tomber" ou de gros plans sur des structures géométriques en fondu-enchaîné dans les "rimes, refrains et échos graphiques"]

    Plus que 91 jours... mais mieux vaut sans doute attendre le DVD vers septembre 2009...

    En parlant d'obsessions Geek, la bande-annonce de '77 ("par les producteurs de Star Wars et Lost In Translation") semble un mélange autobiographique (le réalisateur avait 15 ans, il est de la Génération d'Obama) d'American Graffiti et du "Culte" actuel de la sous-culture Geek (et il est bizarre d'y assimiler Kubrick). Mais on a déjà vu cette survalorisation de Star Wars tellement de fois dans des sitcoms télé comme That Seventies Show ou The Big Bang Theory que je crois que cette nostalgie des quadragénaires commence à être un peu épuisée. Cela doit marcher commercialement (et il y a aussi dans le même genre Fanboys qui sort en février, mais encore plus vain puisque le thème est l'Episode I de 1998). Cette tentative de mythification de la magie des Effets spéciaux et des films "de série B à grand budget" est du révisionnisme discutable. Ces années de Lucas-Spielberg, loin d'avoir libéré l'imagination, furent sans doute plus nocives, faisant passer du cinéma pour adultes bien dialogué (l'époque où les femmes adultes étaient le public visé dans les années 40) à un cinéma d'éternel Peter Pan (ce qui est bien représenté dans la scène d'Encounter of the Third Kind où le père régressif veut que ses enfants partagent son enthousiasme pour le Pinocchio de Disney de 1940). Le cinéma américain n'aura connu qu'une brève plage d'indépendance sous Nixon entre le déclin du système des Studios et le règne encore plus tyrannique des innombrables producteurs actuels, qui font du micromanagement stérilisant des montages.

    mercredi 3 décembre 2008

    Dose et Posologie



    Philosophie Magazine a décidé de présenter plaisamment dans son numéro 25 plusieurs doctrines comme des remèdes ou des désordres, comme une rubrique médicale d'un magazine grand-public (la couverture est un photoshop de cette photo). Il y a à chaque fois des témoignages de "patients" qui auraient été "soignés" ou "affligés" par une théorie philosophique (et malgré l'humour, on ne peut s'empêcher de craindre de voir ainsi les maîtres de vérité mis à l'encan comme des publicités).

    p. 50, un chercheur anonyme (créé par la rédaction ?) dit avoir été victime de "l'hyperrationalisation de Bertrand Russell"

    "En lisant Russell, j'ai ressenti beaucoup d'enthousiasme. Il apporte un fondement logique très satisfaisant aux sciences physiques.
    Mais à son contact, j'ai développé une irrésistible volonté de comprendre, qui a conditionné toute ma façon d'être. (...)
    Ne parvenant pas à tout expliquer, je culpabilisais et entrais dans une spirale de dépréciation.


    Soit. Je doute un peu de ces angoisses théoriques mais après tout il y a bien eu des cas comme Philetas de Cos ou Diodore Cronos.

    Russell reconnaissait être demeuré à certains points de vue trop "pythagoricien" et "cartésien" dans les questions théoriques (il cherche toujours un fondement certain, ce qui le conduit à son Logicisme, programme de réduction de toutes les mathématiques à la logique), mais il est plus fondamentalement un "sceptique", qui finira d'ailleurs par diminuer énormément la place des certitudes indubitables, en dehors de l'accointance des relations logiques, dont les formules sont ensuite réduites à de simples tautologies, alors que le reste se limite à des "inférences non-démonstratives" qui jouent le rôle de l'induction millienne ou des synthèses a priori kantiennes.

    Et l'accusation d'hyperrationalisation est en un sens amusante puisque Russell est au contraire essentiellement un Humien déplacé au XXe siècle (malgré des raffinements logiques supérieurs à ce que pouvait faire le naturalisme empiriste). Comme Hume, il dit explicitement que la Raison n'a aucun rôle en morale, sinon faire des discours "édifiants" pour inciter à des passions utiles socialement, notamment des désirs de désirs coopératifs (la morale se bornant donc à une rhétorique en faveur de l'amour, non à des argumentations fondationnelles).

    Mais ensuite, le témoin scientifique dit comment il se serait sorti de ce désir inquiet de certitude.


    Ce mal-être m'a mené à la psychanalyse. J'ai lu Lacan, pour qui le langage et le langage qui parle du langage sont les mêmes. Le paradoxe est inévitable. Plus encore, il est créateur.


    Autrement dit, par peur des effets secondaires ou des insuffisances d'un vaccin, il est tombé dans un Choléra bien plus pernicieux et incurable.

    Même le second Wittgenstein aurait mieux valu que le charabia lacanien si son seul problème était de critiquer l'idée d'un "langage idéal" formel.