Je crois que la plupart des Trumpiens sont rationnels. C'est ce qu'on pourrait appeler le premier type. Ce sont des gens de droite qui ont une vision cynique ou alors au moins très "machiavellienne". Ils pensent que tout le monde est intéressé, immoral et égoïste et donc que le fait que l'Agent Orange soit un escroc n'est pas très important car il ne ferait que manifester de manière plus flagrante ce que tout le monde désirerait faire. Pour parler en termes platoniciens, ce serait juste "Gygès qui ne voit pas qu'il a perdu son Anneau d'Invisibilité", le Bandit qui au moins a le mérite de faire à la vue de tous ce que d'autres dissimulent.
Ils sont tout à fait prêts à reconnaître de nombreuses tares du Tyran de Twitter mais ils les minorent ensuite en raison d'un calcul.
Pour ces soutiens calculateurs, ce qui compte est que le pouvoir (1) fasse des lois avantageant les riches (position du Parti républicain et de ses riches donateurs), (2) nomme des juges de droite qui continuent à consolider des précédents libertariens sur les armes mais théocratiques sur les IVG (pour la base militante), (3) mène une politique plus violente d'intimidation, d'humiliation sadique et de discrimination contre les minorités et notamment contre les Hispaniques (une partie importante de la base raciste).
Avec ces trois buts, Trump est aujourd'hui toujours majoritaire chez les Blancs et majoritaire chez les hommes américains même en incluant les minorités.
Si vous désirez ces choses et que l'enrichissement personnel de Trump ne vous dérange pas, alors c'est "rationnel en valeur" de voter pour lui.
Ceux-là se prétendent parfois choqués par ce que fait Trump (les prétendus "Nevertrumpers" qui trouveront toujours que même Biden est trop à gauche) mais c'est de la mauvaise foi car ils continueront à voter pour lui au finale "en se pinçant le nez". Ils ne sont pas dupes mais ils peuvent rationaliser que les gains justifient le pillage kleptocratique ou l'incompétence.
Il y a même des Evangélistes qui admettent que Trump n'est pas des leurs (ce qui devrait sauter aux yeux et ne même pas être sujet à débat) mais qui ont une sorte de théodicée pour dire que ce Roué libertin a reçu tel Saint Dismas une sorte de Grâce pour devenir l'instrument un peu malgré lui des vrais desseins du Créateur (qui se réduit globalement à un seul enjeu, l'interdiction de l'Avortement, avec à présent peut-être quelques innovations comme un peu plus de persécutions de transsexuels).
Mais les électeurs de Trump que j'avoue ne pas comprendre est le second type.
Ce sont ceux qui croient sincèrement au premier degré que
(1) Trump est honnête, qu'il va "drainer le Marais" de la Corruption
(2) qu'il est intelligent, compétent, voire (si, cela existe) un Génie stable comme il le dit,
(3) qu'il se soucie vraiment du Peuple et du Bien de l'Amérique voire
(4, pour certains Evangélistes) qu'il est une personne pieuse, dévote et tout à fait conforme aux désirs de la base théocratique.
Là, on est dans un échec de la diffusion de l'information ou de la rationalité des croyances qui laisse abasourdi.
Dans la parabole du Grand Inquisiteur de Dostoievski, l'Inquisiteur fait l'éloge de l'hypocrisie pour des raisons hobbesiennes : il faut la tyrannie du pouvoir "positif" et non l'idéalisme abstrait du message évangélique. La majorité de l'Humanité a besoin de tyrans car elle ne sera jamais prête au fardeau de la liberté. Le Grand Inquisiteur serait du premier type d'électeurs.
Mais les Evangélistes qui se montrent enthousiastes et dévoués à la personne même de l'oligarque hédoniste et pécheur sont tout à fait prêt à soutenir l'Antéchrist directement sans qu'il ait même besoin d'en faire trop pour se présenter en vrai défenseur de la Foi. C'est un hérétique de l'Antinomianisme car ils semblent croire qu'il doit être d'autant plus authentiquement saint paradoxal par son dépassement de toute moralité commune. Notre Cité est tellement déchue qu'il faut suivre la voie du plus criminel pour "drainer le Marais".
Et là, j'ai du mal à comprendre comment les Chambres d'écho d'information peuvent permettre ce second type d'exister. J'ai vu une vieille dame expliquer qu'elle n'écoutait plus aucun média, car ils étaient tous de la propagande contre le Vrai Prophète, et ne plus se fier qu'à une seule source d'information : les rallyes de Twitler et son twitter. Big Brother is tweeting to you et son murmure raciste te consolera de toute la dégénérescence de la modernité.
L'Evangélisme protestant conservateur est obsédé par le discours apocalyptique et j'ai l'impression que l'Armageddon joue un rôle beaucoup plus central que pour les Catholiques (voir tout le discours sur la "Rapture" des Vrais Elus dont il n'existe pas d'équivalent même chez les intégristes catholiques). Ils ne cessent de dénoncer des Antechrists partout : Rome est la Prostituée de Babylone, le Pape est la Bête, Obama est l'Antéchrist.
Mais bien entendu, quand un voleur stipendié et amoral, qui trompe ses diverses épouses en violant ou en payant des prostituées, qui ne cache même pas qu'en lui, Mammon, tout est à vendre, quand un tel exemple d'élite new yorkaise ou hollywoodienne leur demande leurs suffrages, ils voient en lui l'Elu paradoxal et le Héraut du Christ-Roi. Certes, des doctrines aussi absurdes que la Théologie de la Prospérité (la richesse est un signe de Grâce) n'a pu que préparer la voie à cette abomination.
L'Evangélisme est donc une croyance particulièrement contre-productive, comme bien des Fondamentalistes et Fidéismes, à la fois la mythologie la plus préoccupée par l'Antéchrist et la plus susceptible de le suivre avec enthousiasme si jamais il venait à exister, la plus moralisatrice formellement et la plus prête à justifier l'immoralité dans les actes parce que la foi intérieure peut tout sauver.
jeudi 17 octobre 2019
La Raison et l'Antéchrist
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Libellés : Trumpistan
Spasmes de spam
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Libellés : intertubes
mardi 15 octobre 2019
Cadmus
Kirby est un roi du recyclage : il avait déjà utilisé l'expression Projet Cadmus en un sens proche de ce qu'il fera chez DC (une production artificielle d'êtres vivants) mais quinze ans avant chez Harvey !
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Libellés : comics
Le Lorax et la Kakistocratie
John Bolton, que nous appelerons donc le Lorax parce que c'est un Morse-Garou, était l'un des pires membres de l'Administration Bush, belliciste néo-impérialiste, unilatéraliste et amoral. Quand il était ambassadeur à l'ONU, il avait regretté qu'un terroriste ne détruise pas l'organisation à New York parce qu'elle abritait trop d'ennemis des USA. Tout le monde pensait qu'il déclencherait au moins un génocide entre le Croissant Fertile et la Perse pendant le mandat de l'Escroc immobilier de reality tv. Quand je cherchais un peu vainement une seule chose bien qu'aurait pu faire accidentellement l'Agent Orange en trois ans, je ne voyais guère que le renvoi du Lorax.
Et là, il vient de révéler qu'il a dénoncé les crimes que commettait l'Administration Trump et il a même comparé cela à quelque "marché de trafiquant de drogues". Je suis dans une crise de fou rire depuis le réveil.
Quand Yosemite Sam, un fascistoïde radioactif qui doit manger trois crimes de guerre à chaque petit déjeuner, s'inquiète d'une dérive, c'est qu'on a franchi un seuil dans la Kakistocratie.
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lundi 14 octobre 2019
Narcisse & Néron
Il paraît clair que Donald Twitler est un "psychopathe narcissique" dénué d'empathie mais une thérapeute d'origine polonaise ("dabrowskienne"), Elizabeth Mika, a développé la même analyse sur son extrême narcissisme. Elle reprend un modèle plus général développé par les psychiatres Andrzej Łobaczewski et Kazimierz Dąbrowski, le risque que toute politique dérive en "pathocraties", dans le Charisme de psychopathes narcissiques où une minorité pathologique dirige une masse de personnes plus "normales" (en plus d'une "kakistocraties" où le pire sélectionne le pire entourage, ou "kleptocraties" où le pouvoir passe au pillage économique direct).
Il a l'air de croire qu'il suffirait que les "Normaux" aient une connaissance rationnelle du diagnostic sur les psychopathes pour ne plus succomber à leur charisme ou à leur manipulation. Mais cela n'explique pas comment 40% des Américains peuvent rester un socle si stable où le Mal moral de Donald Fuckface Von Clownstick semble devenir une nouvelle contre-norme, "normalisé".
Cette théorie politique des psychiatres me paraît courir le risque de naturaliser énormément les différentes formes de dérives politiques comme une simple épidémie de psychopathie.
Il faudrait alors s'interroger pourquoi les "Normaux" deviennent de plus en plus fascinés pour les psychopathes - ce qui est d'actualité quand on voit le contre-sens que font certains (comme l'étrangement caricatural Juan Branco) sur le film récent sur le Joker en croyant y voir une Révolte émancipatrice alors qu'il s'agit sans doute avant tout d'un Psychopathe sadique qui utilise une Révolte fasciste ou nihiliste. Le Joker n'est pas une réaction ou un mécanisme de défense mais un symptôme.
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Libellés : Trumpistan
Re. Elizabeth née Herring
Un argument qui réfute certains de ceux que j'avais utilisés sur Warren est que :
(1) Sanders était indépendant et non membre du Parti démocrate. Warren, malgré tout son passé d'ancienne Républicaine jusqu'à la fin du XXe siècle, a depuis incarné l'aile gauche du Parti démocrate, à l'intérieur du Parti, alors que Sanders était l'agent extérieur cherchant à le changer.
(2) Mais il y avait failli y avoir une candidature de Warren en 2016 (Warren ne s'entendait pas bien avec H. Clinton) et à l'époque on avait considéré que Sanders avait récupéré cette structure de Warren quand elle avait décidé de renoncer à faire campagne. En un sens, Sanders a pu reprendre cette position dans le Parti démocrate parce qu'elle n'avait pas osé l'incarner.
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dimanche 13 octobre 2019
In Memoriam
Cela fait un an que Greg Stafford est mort et (via Imaginos) Chaosium a eu la bonne idée de proposer plusieurs scénarios gratuits qui lui sont dédiés. L'une des aventures, La Quête de la Lame Rouge, pour le jeu Pendragon, est même écrite par Greg Stafford lui-même (et où il s'est inséré comme PNJ, avec un autoportrait). La Quête du McGuffin se transforme en un dilemme moral.
Parmi les autres, il y en a un par Ian Cooper pour HeroQuest, un autre pour RuneQuest , un pour l'inévitable Call of Cthulhu, et un pour... 7th Sea par son auteur John Wick (qui vient de rejoindre Chaosium).
Mais une des choses qui m'avaient le plus ému l'an dernier était la formulation des voeux par la famille :
To honor Greg’s memory the family requests,
in lieu of flowers,
that you strike up a conversation
with someone you don’t know,
go somewhere you haven’t been,
face a personal challenge head on,
read about something and enjoy life.
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Libellés : jdr
Data Mossoul
Data Mossoul est une pièce ambitieuse par l'actrice et autrice Joséphine Serre qui est à la fois une réécriture de l'Epopée de Gilgamesh, une réflexion sur la Mémoire et l'Oubli, sur l'Archivage et le Contrôle de l'Information, la Propriété de l'Histoire, le Pouvoir de l'écriture, l'Immortalité, le passage de notre civilisation vers de nouvelles inégalités digitales et même le dérèglement climatique (comparé ici au Déluge dans l'Epopée, mais le Déluge est aussi comparé au Flooding d'informations en "zettaoctets" quantiques). Je regrette parfois la quantité de thèmes distincts mais l'autrice arrive à les faire entrer en résonance de manière très belle.
Izdubar Transhumain
On a plusieurs intrigues superposées et synchrones entre le Passé ancien - la Chute de Ninive (le Roi Sîn-šarru-iškun, fils d'Aššur-bāni-apli / "Sardanapale"), le Passé récent - l'Occupation de Mossoul par le Califat en 2014-2016, le Futur proche (peut-être d'ailleurs un peu trop proche du point de vue crédible) - quand GOOGLE commence de manière dystopique à sélectionner et effacer des pages d'Internet tout en assurant aussi un contrôle collectif des populations auxquelles on promet l'immortalité virtuelle (le Projet ENKIDU). Comme dans un épisode de Black Mirror, on révèle de sombres complots où en quelques années on aurait réussi à modifier toute la Mémoire collective de l'Humanité en contrôlant ce qui est écrit dans le cyberespace.
L'héroïne, "Mila Shegg", anagramme de Gilgamesh, qui travaille comme Data Scientist pour "GEOLOG", doit à la fois servir de cobaye pour la digitalisation de sa mémoire et elle a perdu tous ses souvenirs de ce qui lui est arrivé pendant l'Occupation de Mossoul quand elle travaillait pour l'Armée américaine. Elle semble donc être en quête de son identité mais en fait, elle découvre que ce n'est pas seulement sa mémoire qui a été modifiée mais une mémoire collective où toute la Mésopotamie a été démantelée et réorganisée par les Puissances régionales ou internationales - on n'en saura guère plus sur ce conspirationnisme géopolitique auquel a collaboré GEOLOG mais il est clair que les êtres humains du Futur proche ont des Implants qui ont fini par les aliéner complètement à de nouveaux Cyber-Dieux). C'est en lisant les carnets manuscrits non-digitalisés d'une archéologue irakienne de Mossoul, qui est en partie son double comme Enkidu est présenté en double de Gilgamesh, qu'elle va retrouver une partie de cette Mémoire.
(A ma connaissance, l'autrice brode, car je ne me souviens pas qu'Enkidu, ami/amant de Gilgamesh, ait été décrit comme son "double". Il est certes artificiel et conçu pour être son ennemi mais il est plus décrit comme l'Homme de la Forêt alors que Gilgamesh serait le Seigneur de la Ville)
Mila Shegg est une si brillante informaticienne quantique qu'elle va devenir une héroïne d'une cyberrésistance dirigée par un certain "George Smith", héros typique cyberpunk qui croit pouvoir déclencher une Révolution rien qu'en collectionnant des documents non-numérisés. En passant, une chose oubliée est que lorsque le vrai George Smith traduisit l'Epopée de Gilgamesh la première fois, il interpréta les cunéiformes de son nom comme "Izdubar" et donc même en ce cas l'identité fut au départ brouillée dans l'écriture.
Les Jardins Suspendus Virtuels de Ninive
Le choix de Ninive a plusieurs fonctions. La Bibliothèque de tablettes cunéiformes d'Assurbanipal est la première Bibliothèque de l'Histoire au VIIe siècle avant JC et elle relie déjà la question de l'Ecriture et celle du Pouvoir dès les origines des premiers Etats et Empires administratifs. Il est intéressant de revoir Mossoul en ce moment où les Kurdes de Syrie se font à nouveau massacrer par les Turcs car Mossoul, au nord de l'Irak signifie aussi "Lien" et la pièce joue sur l'idée qu'elle n'est pas qu'une ville mais le Lien entre les Morts et les Vivants, entre les Ruines, les traces et la Présence.
J'étais sceptique sur un thème botanique qui apparaît soudain quand des Hackers décident de sauvegarder les fichiers effacés par GOOGLE en les mettant dans l'ADN de végétaux. Je trouvais que cela brouillait un peu l'argument puisque l'artificialisation de l'ADN ne me paraissait pas vraiment une bonne idée de SF pour transformer les mutations biologiques en archivages (et le thème poétique de la "Timidité des Cimes" me paraissait projeté de manière un peu gratuite). Mais on sait que les Jardins Suspendus de la Reine Sémiramis n'ont jamais été retrouvés à Babylone, ce qui a fait penser que la liste grecque des Merveilles avait peut-être confondu la Ninive de Sennachérib (qui semble en avoir eu d'après certaines représentations) et Babylone.
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Libellés : theâtre
jeudi 10 octobre 2019
Nozick
Il est vraiment dommage que Robert Nozick (1938-2002) soit arrivé à des positions aussi libertariennes car j'ai rarement lu de philosophes contemporains qui eussent un tel sens des problèmes. Les philosophes analytiques sont impressionnants dans leurs résolutions de problèmes récents de la littérature "scolastique" actuelle mais ils sont souvent plus décevants dans la profondeur historique d'un problème ou dans les problèmes plus "cosmiques", en dehors de Bernard Williams (qui fut un Nietzschéen ou Sartrien analytique), Richard Rorty parfois (mais il dériva sans doute vers le n'importe quoi dans son mariage du pragmatisme et de la déconstruction) et peut-être vers la fin Hillary Putnam (qui tenta d'intégrer ce qu'il avait pu lire de la tradition critique de Francfort et même Lévinas (!)) ou Derek Parfit (qui fusionna sa métaphysique humeano-bouddhiste du Non-Sujet avec une conciliation de l'Utilitarisme et du Kantisme).
Nozick a une culture philosophique digne d'un Continental avec les ressources d'un Analytique et si on écarte sa philosophie politique délirante (ce qui est certes son apport le plus célèbre), il a construit parfois des solutions intéressantes et son opposition éthique entre ce qu'il appelle le problème de l'équilibre entre l'Offre Morale (les mobiles de la Raison pratique, ce que je voudrais exiger de moi-même) et la Demande Morale (ce qu'Autrui devrait exiger de moi) le conduit à une autre manière de voir la différence entre Antiquité (philosophie de l'Offre qui croit à l'harmonie entre Bonheur et vertu) et Modernité (qui ne voit plus cette harmonie).
Même son libertarianisme (qu'il a légèrement nuancé vers la fin - n'oublions pas qu'il avait été Socialiste dans sa jeunesse) a l'avantage d'être presque l'inverse d'Ayn Rand. Rand n'avait rien lu de sérieux sur Kant (qu'elle prenait pour un Relativiste) alors que Nozick est peut-être plus profondément Kantien que ne l'est Rawls. Rand veut fonder tout son minarchisme sur un égoïsme simpliste et la dénonciation de l'altruisme. Nozick fonde son libertarianisme au contraire sur des présupposés très kantiens de Respect de l'autonomie d'autrui et de refus du Paternalisme. Le méta-argument de Nozick est toujours assez drôle : la vertu du libertarianisme est qu'il pourrait intégrer le socialisme comme possibilité locale pour une communauté alors que l'inverse ne serait pas vrai.
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Libellés : philosophie
Le Mythe de Yog-Sothotherie dans le Domaine Public
Cthulhu est devenu maintenant une sorte de symbole d'un vide créatif où on l'insère n'importe où. Il est peut-être temps d'un moratoire, ne serait-ce que pour préserver le Mythe lui-même.
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Libellés : comics
mercredi 9 octobre 2019
Café théologique
Je dépose Mellon à son cours d'escrime et comme je n'avais pas Rainë à aller chercher à la crèche, je suis resté au café en face du cours en espérant en vain corriger des copies. Un écran télévisé est allumé.
Le Bistrotier : La politique cherche avant tout à diviser les gens pour qu'ils ne puissent pas s'opposer.
Un client barbu : Mais exactement, c'est pourquoi ils attaquent tous l'Islam. Parce que c'est le seul rempart et ils ne veulent pas de gens qui puissent s'opposer à eux. Ils craignent des croyants parce qu'une société de croyants, ils ne pourraient plus aussi bien la commander.
Bistrotier : Mais pourquoi tu me parles d'Islam, quel est le rapport ? Il n'y a aucun rapport.
Barbu : Mais si, regarde, quand on regarde ton BFM, là, ils disent tous que l'assassin des policiers était musulman. Ils cherchent toujours un biais pour attaquer l'Islam. Ils n'osent pas dire que cela prouve que malgré toute leur propagande, il y a de plus en plus de gens qui se convertissent et cela leur fait peur car l'Islam est la seule vraie voie pour les libérer.
Bistrotier : Mais qu'est-ce que tu me racontes ?
Barbu : Moi, cela m'a beaucoup aidé. Avant, je me mettais en état d'ébriété. Mais maintenant, j'essaye d'être moral. C'est grâce à l'Islam.
Bistrotier : Ben, non, c'est juste que tu as mûri. Et puis moi, un verre de bière, cela ne fait de mal à personne, non. Mais Dieu, ou Allah, ou Jésus ou le Taoïsme, tout ça, c'est tout le temps violence, cruauté.
Barbu : Absolument pas.
Bistrotier : Mais si, ça n'arrête pas d'appeler à la violence. Toutes les guerres, les croisades ou les guerres saintes.
Barbu : Mais pas du tout : les deux Guerres mondiales, il n'y avait rien de religieux. La Guerre de Cent ans, elle a duré cent ans et elle n'avait rien de religieux.
Bistrotier : Ouais, bon. Moi, je veux bien être croyant et prier mais pas pratiquant en tout cas. Je suis Algérien mais je préfère que tu gardes ta religion dans le privé. Pourquoi j'irais faire le Ramadan, moi ?
Barbu : C'est pas dans le privé. C'est la vérité, c'est tout. La vérité ne reste pas dans le privé.
Bistrotier : Pff... Je connaissais un religieux, il priait dix fois par jour, il ne s'habillait plus que d'une certaine manière et il avait une voisine qui crevait de faim. Elle est venue lui demander un peu d'aide. Il a refusé. Et tu vas dire que cela rend moral, la religion ? J'en connais qui boivent ou qui trafiquent et qui se croient absous quand ils vont à la Mosquée ensuite.
Barbu : Moi, ça m'a aidé. Mais tu es juste contaminé parce que tu regardes trop ton BFM. (Il sort)
Le Bistrotier me prend à témoin (peut-être parce que je suis aussi barbu) : J'ai toujours des embrouilles avec les Religieux.
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mardi 8 octobre 2019
Elizabeth née Herring
Comme je me suis largement trompé depuis plusieurs années (en disant que ce médiocre escroc de Falstaff n'aurait jamais la nomination et qu'il ne pourrait jamais gagner), je ne vais pas prétendre sonder l'éligibilité d'Elizabeth Warren. Elle est infiniment plus brillante que Trump et de toutes manières, même si elle ne l'était pas, tout serait mieux que lui.
D'un côté, elle a moins d'habitude de Washington que Sanders. Sanders (78 ans) est élu du Vermont depuis environ 30 ans (Sénateur depuis 13 ans). Warren (70 ans) n'est élue que depuis 6 ans. On pourrait dire que cela va à l'avantage de Sanders, qui a une vraie cohérence de social-démocrate depuis des décennies, sur toute sa vie. Mais Sanders a toujours été un parlementaire marginal qui a eu peu d'influence dans la législation. Warren a eu une influence bien plus grande comme militante (sur le sujet de la Banqueroute personnel, problème typique de la société américaine et de son système inégalitaire monstrueux de santé), et s'est donc fait beaucoup plus d'ennemis mais elle n'a pas du tout la même cohérence : elle a été Républicaine encore jusqu'au tendre âge de 47 ans ! Il a fallu qu'elle attende le mandat de Clinton et Bush fils pour que cette juriste commence à s'impliquer sur des questions de limitations des avantages des banques.
Les programmes de Warrent & Sanders sont très similaires, bien plus à gauche que ceux d'Obama et Clinton, et une des vertus de Warren est qu'il est clair qu'elle est une politicienne qui aime se plonger dans les détails techniques de contenu et pas seulement sur les grandes lignes de communication. Les deux sont faiblement soutenus par la communauté noire (qui soutenait surtout Biden parce qu'il était censé être l'héritier d'Obama).
Un des arguments qu'on entend le plus contre elle est que la Misogynie a brisé la campagne de Clinton, qui était pourtant plus consensuelle que Warren. Mais après 4 ans de mandat d'un harceleur, cela ne fait peut-être que donner plus d'importance à sa candidature.
Trump aime la décrédibiliser en l'appelant "Pocahontas" (parce qu'elle a déclaré être d'origine lointaine amérindienne mais sans avoir pu donner de preuves généalogiques en dehors d'un test ADN qui ne fit qu'ajouter une controverse) mais toutes ces attaques misogynes et racistes ne se cristalliseront peut-être pas aussi bien qu'en 2016. Le fait qu'il l'attaque par ce biais rappelle qu'il craint aussi que son propre prétendu "Populisme" d'oligarque démagogue soit assez ridicule face à celui de la Démocrate.
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Libellés : spirit of '76
lundi 7 octobre 2019
Ubu Troll
C'est l'ancienne stagiaire de la Maison blanche Monica Lewinsky qui a le mieux résumé toute la Présidence de Trump en disant dès son élection que c'était la victoire des Trolls.
Trump n'a pas de cohérence idéologique ou politique, il n'est pas fondamentalement fasciste même si depuis quelques années c'est bien du fascisme et du racisme qu'il répète sans cesse. Bien avant sa croisade ridicule pour démontrer qu'Obama n'était pas né sur le territoire américain, il avait payé cette page dans les journaux pour faire accuser des Noirs innocents. Mais ce qu'il est, en plus d'un Pervers narcissique est avant tout un Troll.
Cela conduit certes souvent vers le fascisme parce que le Troll tire une satisfaction sadique et que son manque d'empathie le rend plus compatible avec l'Ur-fascisme. Il n'a pas de théorie sur l'utilité de la discrimination ou de l'injustice mais sa motivation est seulement que l'injustice le fait jubiler parce qu'il sait qu'elle nuira à ceux qu'il perçoit comme ses cibles à humilier. On pourrait même imaginer des contextes où il pourrait ne pas être fascisant par esprit de contradiction si cela lui permettait de troller davantage (comme à l'époque où il prétendait être un Démocrate new yorkais atypique il y a une trentaine d'années).
Par exemple, Trump n'est pas anti-sémite contre son gendre (il a tout au plus une rivalité avec son double plus jeune) mais il est capable de basculer dans l'anti-sémitisme le plus virulent (contre les Juifs qui votent "mal" contre "les intérêts d'Israel" si jamais ils osaient le critiquer) si cela lui semble procurer le maximum de "lulz". Le fascisme n'est pas son but caché, ce n'est qu'un exutoire à sa personnalité de sociopathe. Il n'a pas une personnalité autoritaire parce qu'il saurait ce qu'il veut imposer, il se sert de l'autoritarisme pour mieux se défouler dans ses caprices infantiles.
Même son racisme récurrent contre les Noirs ou les Hispaniques exprime sans doute plus d'égocentrisme mégalomane ("I have good genes") qu'une vision du monde générale sur la biologie. Il n'y a d'ailleurs aucune vision du monde quelle qu'elle soit au-delà de son nombril. Le fait même qu'il soit devenu si obsédé par Twitter est que cela s'adapte bien à sa forme de narcissisme lapidaire, réactif, hostile et plein de ressentiment.
Quand on lit la liste des 9 critères du DSM sur le pervers narcissique, on a l'impression que la liste n'est pas générale et n'a été écrite après coup que pour décrire Trump lui-même.
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Libellés : spirit of '76, stupidité, Trumpistan
dimanche 6 octobre 2019
wǔxiá & xiānxiá
Le Dénicheur d'Aigles
A cause de l'excellent jeu de rôle français Wulin, je viens de retomber dans le wǔxiá, la fiction d'arts martiaux avec sabres & chevaliers. Il y a plusieurs séries sous-titrées sur Internet, dont Shè Diāo Yīng Xióng Zhuàn (la Légende du Héros Chasseur d'Aigles, traduit généralement en anglais Legend of the Condor Heroes, alors que le condor est un oiseau du continent américain qui n'existe pas en Chine ou en Mongolie ??), par le célèbre Jīn Yōng (1924-2018). Il y a de très nombreuses adaptations, en films, séries-fleuves ou BD. Cela a l'air d'être presque les Trois Mousquetaires en Chine pour ce qui est de la notoriété, si ce n'est que cela ne date que des années 1950-60. Je regarde la série de 2017, facile à trouver sur YouTube, et la traduction a parfois même des notes de contexte utiles.
L'histoire se déroule pendant le déclin de la Dynastie Song vers 1200. D'ailleurs, la série ne dit jamais "Chine" ou "Hans" mais toujours "Empire Song". Comme toutes les fictions chinoises, il y a un aspect nationaliste sur la lutte entre les Song et le Royaume de Jin (qui sont les "ancêtres" lointains des Mandchous qui feront tomber les Ming avec la dernière dynastie Qing quatre siècles plus tard). Ironiquement, les Mongols de Gengis Khan sont plutôt considérés comme des alliés potentiels contre les Jin alors que ce sont eux finalement qui feront tomber les Song quelques décennies plus tard (dynastie Yuan). En passant, le jeu de rôle Wulin a choisi le même cadre temporel, entre cette série et Au bord de l'eau quelques années avant.
L'histoire est celle d'une amitié contariée. Le héros Guō Jìng était destiné par ses parents et amis avant sa naissance à devenir le Frère de Sang de Yang Kang (leurs deux prénoms Jing et Kang avaient même été choisis pour que "Jìngkāng" rappelle l'humiliation de l'an 1127 où les Empereurs Song avaient été vaincus et capturés par les Jin). Mais le Destin va perturber cette prédiction : leurs parents se feront tuer ou enlever, Guo Jing sera élevé dans la connaissance de son héritage en Mongolie et va devenir un héros droit, bien qu'un peu naïf, mais Yang Kang sera élevé à la Cour des Jins et sera corrompu par des rites & techniques maléfiques, à cause de son arrogance et de son désir de puissance. L'histoire suit leur destin parallèle, alors même que Guo Jing croit parfois possible de se réconcilier avec son Frère de Sang malgré toutes leurs divergences.
Un aspect que j'aime bien dans l'histoire est que Guō Jìng n'a rien d'un talent naturel. Il est décrit comme lent et peu doué mais persévérant, et c'est seulement par obstination qu'il finit par exceller alors que ses maîtres désespèrent toujours de ses capacités à apprendre. Il est au départ nettement moins doué que Yang Kang mais aura le mérite (avec certes une chance anormale) de le dépasser sans suivre le Côté Obscur. On dit souvent que la littérature épique occidentale a trop tendance à partir de Héros d'essence noble alors que les Orientaux peuvent être plus ouverts à l'idée de formation et de l'acquis par l'action. Ce n'est même pas un thème "socialiste" mais bien confucéen. Le Héros d'origine modeste (Guō Jìng est fils de paysan mais certes descendant du bandit Guo Sheng, un des héros d'Au bord de l'Eau) excelle par sa vertu et non par sa naissance ou son sang, même si le thème de la fidélité filiale et familiale est répétée sans cesse.
En revanche, la compagne de Jing, Huáng Róng, a peut-être le défaut d'être un peu trop parfaite en toutes choses, simplement du fait qu'elle est la fille d'un des plus célèbres maîtres et a pu obtenir ses secrets, qui vont des arts martiaux à la médecine.
Un autre thème récurrent des romans de Jin Yong est l'importance disproportionnée des Livres, ce qui fait penser à des reliques de jeu de rôle. Les Royaumes entiers peuvent s'entretuer pour obtenir un simple Manuel sur les arts martiaux (comme le Manuel des Neuf Yin, qui a corrompu Yang Kang mais que Guo Jing arrivera à lire sans y succomber).
Xiānxiá
Le xiānxiá est un autre genre très proche du wǔxiá. Mais alors que ce dernier a des héros qui grâce aux arts martiaux deviennent des chevaliers errants qui affrontent des fonctionnaires corrompus dans le monde du Jiānghú (Les Rivières et les Lacs) et du Wulin (la Forêt des Guerriers), le xiānxiá pousse l'hyperbole plus loin et a des héros qui deviennent des Immortels et affrontent des Dieux. La magie taoïste et la présence de super-Immortels est déjà présente dans les romans classiques de wuxia mais ici cela devient central et on n'est plus dans les mêmes enjeux humains. Les jeunes Chinois semblent apprécier particulièrement des Romans interminables de xianxia publiés sur le Web.
J'ai à peine commencé une autre série classée en xianxia, produite juste avant l'adaptation du Heros chasseur d'aigles, qui s'appelle Qīng Yún Zhì, en anglais soit Legend of Chusen soit Noble Aspirations, d'après un scénario populaire d'un auteur contemporain (et qui a déjà été adapté dans des jeux vidéos célèbres, Jade Dynasty).
Le héros Zhang Xiaofan a été recueilli par la secte Qing Yun des Nobles Aspirations, dont l'école est dans les Nuages au-dessus d'une montagne. Il est peu doué au départ mais en partie aussi parce qu'il cache certains secrets et il va devenir un des Immortels qui pourra assez cultiver son Qi pour partir en guerre contre les Démons qui luttent contre son école.
Je n'ai pas trouvé cela très subtile du tout, comparé à la série précédente. C'est assez curieux parce que dans la littérature occidentale, je préfère le fantastique assez outrancier, voire des héros épiques à une fiction historique "réaliste" mais ici, je préfère le contexte un peu plus solide du wuxia pseudo-historique à cette histoire de superhéros si détachée de la Terre. La surenchère dans la puissance divine finit par paraître un peu kitsch.
Mais il faut quand même signaler qu'il y a un Dragon en 3D dans cette série, le gardien de l'école des Nobles Aspirations. Il n'est pas très bien fait comparé aux dragons occidentaux de Game of Thrones mais je suis très bon public dès qu'il y a un dragon dans une histoire. Surtout que le paradoxe du wuxia est qu'on parle de Dragons tout le temps sans en montrer jamais.
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Libellés : wuxia
vendredi 4 octobre 2019
Fast Food RPG
Je me souviens avoir lu un jeu de rôle amateur indépendant sur la cuisine mais ici, c'est une chaîne de fast food américain, Wendy's (la troisième aux USA), qui lance comme opération promotionnelle un jeu de rôle complet avec une campagne pour protéger le monde des steaks du démon du surgelé ou je ne sais quoi et où les classes de personnage ont l'air de correspondre au menu de cette chaîne. Je n'en parlerais pas si cela faisait 4 pages mais il s'agit d'un livre illustré très professionnel de 97 pages. Je ne trouve pas cela très drôle mais il y a quand même une inquiétante étrangeté à voir une mascotte familière (la personnage éponyme est censée être la fille du fondateur) en tenue typique des clones D&D actuels. On vit une période étrange où un auteur de jeu de rôle (qui me semble être prudemment anonyme alors qu'il doit être un professionnel chez WotC ou Paizo) peut vendre un tel concept à une compagnie de nourriture industrielle...
Add. Non, j'avais tort, en dehors des illustrateurs, les auteurs principaux (l'humoriste Matt Keck, Tony Marin) n'ont pas l'air d'être "pros" dans le jeu de rôle. C'est produit par une grande agence de marketing (VMLY&R) en liaison avec les acteurs du jeu sur YouTube CriticalRole, qui fera une partie sponsorisée de Feast of Legend.
Dans le même genre, je vois que ce soir à la ComicCon de New York, il y avait une partie en direct de D&D avec l'équipe de Rick & Morty vs D&D, un spin-off en comic book du dessin animé d'humour noir Rick & Morty chez Oni / IDW... Les auteurs sont le scénariste Jim Zub (qui a notamment fait la série de fantasy Skullkickers) et le célèbre romancier Patrick Rothfuss.
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Libellés : capitalisme tardif, jdr
jeudi 3 octobre 2019
The Magic Order n°1-6 (2018-2019)
The Magic Order est écrit par Mark Millar et dessiné par Olivier Coipel, et les deux m'ont étonné. Je ne suivais plus tellement la carrière de Coipel parce que j'avais trouvé ses dessins chez Marvel parfois trop rigides et sans vie. Mais ici, dans cet hommage au Noir des années 20, il y a une élégance charmante, une subtilité à laquelle je ne m'attendais pas et je n'avais jamais remarqué les progrès énormes qu'il a faits. Le personnage féminin de Cordelia Moonstone est particulièrement réussi et son visage est expressif.
De même, j'ai d'habitude beaucoup de réserves sur Millar dont je n'aime pas tellement l'écriture pleine de "chocs" gratuits. Mais Millar sait au moins utiliser cette tendance pour quelques idées de sortilèges dignes d'un Neil Gaiman, comme cette base secrète cachée dans un tableau exposé au Musée de Chicago ou le fait de tuer quelqu'un en commençant par le réduire à deux dimensions dans une photo. Mark Millar a décrit l'idée comme "Les Sopranos mélangés avec Harry Potter" et c'est assez créatif (mais la comparaison explicite avec le Roi Lear et ses enfants - "Cordélia" ! - est encore plus évocatrice, sans trop gâcher l'intrigue).
En revanche, malgré toutes les bonne surprises de cette mini-série et quelques personnages attachants, il y a une certaine insatisfaction : la fin, plus traditionnelle, ressemblerait presque à une histoire très standard de Zatanna chez DC. Je me demande d'ailleurs même s'il ne s'agit pas d'un scénario refusé pour ce personnage (si ce n'est que Zatanna est une héritière plus fidèle à son père). Cela finit par gommer les aspérités et originalités de Cordelia.
C'est d'ailleurs assez général chez Millar : on commence par une ultra-violence sadique un peu racoleuse et on finit avec une conclusion de superhéros assez mainstream. Ce qui résume peut-être non pas seulement sa carrière mais une évolution plus générale des superhéros en ce moment, un écart entre une forme de défoulement violent et un retour ensuite à un contenu plus ordinaire.
Il est prévu que la série soit adaptée à la télévision chez Netflix mais j'ignore si l'échec relatif d'Umbrella Academy (assez similaire en bien des points dans le côté famille dysfonctionnelle) va les refroidir.
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Libellés : comics
mercredi 2 octobre 2019
Le Multivers inconsistant
Cosmos et Chaos
Comme le savent tous ceux qui lisent des comics, DC Comics est fondé depuis les années 1960 par un principe ingénieux de continuité qu'on appelle le "Multivers" où les histoires contradictoires sont rangées sur des Terres parallèles ou alternatives (alors que l'univers Marvel a pendant longtemps cherché plus d'unité). S'il y a des contradictions, il faut introduire des différences. La fonction du Multivers est de concilier continuité et pluralité des versions. Chaque monde est une série de séries qui peuvent avoir des intersections (les rencontres annuelles entre Terre 1 et Terre 2 des années 1960 aux années 1980).
Depuis près de 35 ans, ce Multivers traverse des étapes complètement contradictoires. DC a tenté de l'effacer pour le réunifier en 1985 mais il y a eu un Retour du Refoulé et toutes ces Terres parallèles sont revenues si souvent sous diverses métamorphoses qu'on est arrivé à un stade plus confus qu'à l'origine, où selon les moments on ne sait même plus si l'histoire actuelle est en continuité ou pas avec quelques épisodes précédents. Il y a 20 ans, les auteurs DC (Waid et Morrison) ont commencé à parler d'Hypertemps, notion assez récente en Métaphysique du Temps pour interpréter le Voyage dans le Temps et parler d'un ordre de succession de plusieurs séries temporelles alternatives (cf. Jack W. Meiland. "A two-dimensional passage model of time for time travel." Philosophical Studies 26 (1974), pp. 153-173). et cet Hypertemps était introduit pour refaire la même fonction que le Multivers sans utiliser le mot.
Puis peu à peu, tout l'Hypertemps et le Multivers sont revenus infecter tous les récits DC (malgré quelques efforts parfois pour réintroduire un peu d'ordre comme le récent Multiversity de Grant Morrison qui voulait cataloguer les 52 Terres parallèles). Chaque personnage fait allusion selon les auteurs à des versions inconsistantes d'un épisode à l'autre et DC est devenue caricaturale dans sa folie des tables rases et des Redémarrages (Reboots) à répétition. Ce ne sont même plus les Terres qui sont "alternatives" mais même l'histoire du Multivers tout entier ou la vision de l'Hyper-hyper-temps qui ne cesse de changer rétroactivement. Le Principe de Continuité narrative est en train de s'effondrer malgré tout le Principe du Multivers qui était censé le sauver.
Un des défauts du Multivers DC (ou de ses fans) est qu'il tourne à vide en parlant de plus en plus essentiellement de l'évolution de sa propre structure, que des problèmes de sa cosmogonie.
Le Halo des Contradictions
Cela donne certes des effets narratifs parfois intéressants. Les scénaristes ne cessent de jouer avec des clins d'oeil aux versions effacées et il y a donc une ironie dramatique où le lecteur qui est au courant voit une superposition d'histoires qui n'ont jamais eu lieu à l'intérieur du récit. Les meilleurs auteurs réussissent à faire du nouveau tout en jouant avec les souvenirs des histoires abolies. Chaque histoire devient entourée de tout un "halo" d'histoires qui sont "imaginaires" du point de vue de cette "réalité" fictive. Il n'y a plus d'innocence car on ne peut jamais gommer toutes ces allusions qui les accompagnent.
Le charme particulier des comics est que ce sont des récits où il est presque nécessaire et inévitable que vous ayez des lacunes dans ce qui s'est passé (car personne ne peut acheter et lire les centaines d'histoires qui sortent), ce qui donne parfois une illusion de profondeur. Mais le risque est au contraire cet aspect inaccessible. Cela devient incompréhensible pour ceux qui ne seraient pas des fanatiques acharnés et complétistes et même eux ont besoin d'aller sur Internet pour comprendre le récit.
J'ai beau avoir lu beaucoup (trop) de comics, je suis de plus en plus perdu. Par exemple, dans le nouveau Justice League 30-31 de ce mois-ci, ils disent qu'ils n'ont jamais entendu parler de Terre 2 et je n'arrive même plus à comprendre si c'est une amnésie passagère ou si c'est le nouveau statu quo actuel. De même, je crois comprendre que la nouvelle série Books of Magic (12 numéros) repart des quatre numéros originels de 1990 mais fait comme si les nombreux volumes entre temps (75 numéros de John Ney Rieber et Peter Gross) n'avaient jamais existé. J'avais déjà eu le même problème il y a quelques années dans la série Doom Patrol de John Byrne où il n'était pas toujours clair si les personnages étaient vraiment nouveaux ou s'ils se souvenaient confusément des versions effacées de leurs vies parallèles (j'ignore si Keith Giffen put expliquer cette intrigue obscure en reprenant la série). Ne parlons même pas de Hawkman, qui est devenu une plaisanterie comme chaque tabula rasa ne fait que rajouter une couche de complexité.
Le changement de Terres atteint son point maximal de clignotements chaotiques dans la série Doomsday Clock (qui est censée être une suite officielle de Watchmen pour l'intégrer complètement dans le reste du Multivers DC malgré le rejet par son créateur originel). D'une case à l'autre, on est dans tellement de paradoxes temporels, de voyages dimensionnels ou d'uchronies qu'on se perd dans un labyrinthe sans en tirer le plaisir habituel de ce type de désorientation. Les sauts temporels de Watchmen donnaient une impression de rimes et d'arrière-fond à recomposer, pour insister sur un temps linéaire éclaté. Ici, c'est l'inverse, c'est tellement non-linéaire que tous les personnages seraient des Chats avec des centaines de Vies superposées et contradictoires. Cela illustre bien d'ailleurs qu'une histoire peut être compliquée (au point d'être difficile à suivre) sans être vraiment profonde. Du compliqué superficiel.
C'est une crise intéressante du récit fictif qui est peut-être plus générale que les seuls comics ou que les seuls comics DC. Le professeur de littérature Richard Saint-Gelais a été le premier, je crois, à proposer l'idée que tout récit fictif joue sur l'idée de Multivers mais que la science-fiction est devenue une méta-littérature puisqu'elle prend explicitement le Multivers comme un de ses thèmes et non pas seulement comme une forme. Et ici le Multivers DC pousse encore plus loin le risque d'une abysse du Multivers qui ruine le récit en devenant le thème unique et obsessionnel. Les auteurs récents craignent tellement d'arriver à un épuisement répétitif qu'ils ne cessent de tourner autour de ces histoires inconsistantes, en une spirale de plus en plus vertigineuse pour cacher un certain vide de la répétition. C'est devenu une telle épidémie que les scénaristes des séries TV adaptées de DC ont déjà annoncé que les différentes séries feraient à leur tour leur Crise des Terres Infinies comme leurs ancêtres de papier.
Je suis Légion
Le cas de la Légion des Superhéros est symptomatique. Elle a une première continuité approximative pendant environ 35 ans, de 1958 à 1994 mais les contradictions et paradoxes s'étaient accumulées à cause des autres choix sur le Multivers. Le Premier Reboot ne dura ensuite que dix ans et il y eut une Troisième version pendant 5 ans de plus. Je ne sais même plus compter si la version actuelle est la quatrième ou pas comme il y eut entre temps des tentatives de ressusciter d'autres versions (dont un passage où la troisième version de l'équipe avait un personnage venu visiter depuis la seconde version et un retour d'une version future de la première version).
Brian Bendis est d'une mauvaise foi assez étonnante dans cette interview où il dit que sa nouvelle version de 2019 ne sera pas un Reboot mais une nouvelle version Ultimate "puisque dans le nouvel Univers DC la Légion n'a jamais existé pour l'instant". Oui, c'est encore ce qu'on appelle un Reboot qui ne veut pas dire son nom. Bendis a dit ne pas vouloir faire du Rétro mais d'exploiter les versions contradictoires de la série originelle et des reboots précédents. Il va même plus loin en exploitant ce que les fans savent de manière extérieure aux récits (par exemple le fait que Lone Wolf de la Légion influença et fut ensuite influencé par Wolverine).
Avant le numéro 1 de Legion, Bendis commence par une série (Legion: Millenium) sur les Futurs contradictoires publiés par DC (futur post-apocalyptique de Kamandi, futur space opera de Tom Tomorrow, futur cyberpunk de Batman, etc.) et on retrouve ce caractère un peu mystérieux et indécidable de la continuité. Je crois comprendre que la narratrice à la Personnalité Multiple, Rose / Thorn, est non seulement immortelle (elle apparaît dans plusieurs futurs) mais qu'elle a des réminiscences interdimensionnels de ces futurs alternatifs, sans qu'on comprenne bien pourquoi elle aurait soudain ce pouvoir supplémentaire (peut-être un peu comme Psychopirate qui gardait le pouvoir de continuer à se souvenir du Multivers dans Animal Man).
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Libellés : comics
mardi 1 octobre 2019
Dénouements
Via l'auteur de Philosophia, cette conférence de l'an dernier par l'écrivain Scott Westerfeld sur la fin des récits et la fin des jeux de plateau : Victory Points Suck.
Il a des arguments intéressants sur la satisfaction qu'on peut tirer d'une conclusion (voir aussi cette réponse d'un game designer contre cette priorité narrative) et propose de privilégier un dénouement avec un enjeu clair (comme un "Boss Fight") et pas représenté abstraitement par une comptabilité qui a des effets pervers par rapport à ce que peut raconter une histoire.
Tout à la fin, Scott Westerfeld mentionne un aspect du jeu Imperium que je ne connaissais pas. Imperium (1977) du brillant Marc Miller est le premier jeu de plateau publié sur l'univers du jeu de rôle Traveller (qui raconte la guerre initiale entre le jeune empire terrien et le vieil empire vilani, des milliers d'années avant le Troisième Imperium du jeu de rôle) et la fin n'est pas du tout un wargame classique. Après la fin de la Guerre, les joueurs simulent la Paix et on découvre alors des fins ambiguës où la notion de victoire peut être relativisée, où le vainqueur de la Guerre peut très bien regretter en partie ce qu'il a fait pour gagner.
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La logique des sophistes
Théogonies des Philosophes
La philosophie de Hegel a un élément un peu fantastique qui tente souvent de montrer que ce qui apparaît fortuit, simplement factuel obéit à une nécessité idéale. C'est parfois absurde (lorsqu'il essaye de "déduire" a priori par une dialectique tel élément manifestement contingent comme le nombre de planètes ou la succession des "civilisations majeures" de notre planète). Mais lorsque il évoque non pas la Philosophie de l'Histoire en général mais l'Histoire de la Philosophie, il y a quelque chose de plus tentant : la philosophie peut alors rétroactivement donner un sens à son propre déroulement historique pour trier ce qui relève de hasards individuels et ce qui relève peut-être d'une "logique" au sens que Hegel tente de donner à ce mot. Toute la métaphysique du Devenir de Hegel tend à supposer que Parménide et Héraclite correspondent non pas à quelques poètes obscurs avant l'analyse socratique mais bien à une genèse qui ne pouvait pas ne pas suivre ce processus. Le Commencement réel de la Philosophie aurait été son Commencement nécessaire et rationnel. Il fallait cette théogonie d'Elée et d'Ephèse, de l'Être absolu et du Flux, pour ensuite conduire aux systèmes d'atomismes, de participation ou d'hylémorphisme comme solutions intermédiaires.
Protagoras aurait été un technicien si convaincu de la supériorité de ces arts humains qu'il était prêt à fonder l'art sur la pratique et l'expérience et non sur une science stable des mathématiques. Un Architecte sans maths, ce qui paraît très peu grec. Aristote, Métaphysique III au moment d'énumérer toutes les apories de cette science cite Protagoras comme rejet des Formes idéales non-sensibles.
Avant Berkeley et certains Sceptiques, nul n'était allé aussi loin dans le rejet des mathématiques. Protagoras apparaît alors aussi comme la première forme de rejet de tout le Pythagorisme qui va se retrouver (y compris dans certains de ses accidents mystiques et sectaires) dans Platon. Si Platon allie l'éthique de Socrate à un héritage pythagoricien, il est normal qu'il prenne Protagoras comme un de ses adversaires principaux.
On aurait alors une fondation analogique (en chiasme) avec celle de Socrate, dans une critique de la Physique.
Socrate se serait tourné vers la critique éthique parce qu'il était déçu par le relativement faible Finalisme de la Physique des homéomères d'Anaxagore (Phédon). Pour Socrate, les Affaires humaines d'ici-bas doivent donc reconduire à une interrogation morale sur le Divin (et cela remet en cause en partie la religiosité traditionnelle du Divin, d'où le Procès).
Protagoras, au contraire, formé par la Physique mécaniste des Abdéritains, aurait radicalisé l'anti-finalisme en anti-réalisme pour dire que les Affaires humaines d'ici-bas, y compris l'éthique, ne sont que des constructions relatives et donc que le Divin n'est que bien secondaire par rapport à la pratique des arts humains (ce qui est un des sens du mythe de Prométhée qu'il raconte dans le dialogue qui porte son nom : tous les hommes ont accès à égalité au sens de la Conscience morale du Juste et donc la différence ne peut se faire que dans les techniques de présentation des discours).
Et il semble que Protagoras ait pu dans son agnosticisme affiché mieux échapper à la vindicte dévote qu'Anaxagore et Socrate (Aristophane montre qu'il confond Socrate encore avec le cercle d'Anaxagore) - même si une tradition bien plus tardive chez Cicéron dit que les Athéniens ne furent pas dupes et que c'est la raison pour laquelle on a perdu toutes ses oeuvres. D'ailleurs, le fait que la censure ait été si cruelle contre Protagoras ou Epicure fait plus ressembler l'histoire de la philosophie à un refoulement où les pensées plus compatibles avec la religiosité avaient un avantage de transmission qui n'avait rien de strictement philosophique. On n'a rien perdu de Platon, ce qui peut paraître comme un reproche qu'on pourrait faire contre son hégémonie sur l'Occident.
La pensée de Protagoras n'est peut-être pas vraiment un phénoménisme relativiste total comme ce dont l'accuse Platon dans le Théétète mais elle doit avoir été une réaction empiriste et sensualiste forte contre le réalisme des Matérialistes. Ce fut peut-être la première vraie forme d'anti-réalisme, même dans l'interprétation "faible" où ce serait un conceptualisme "pragmatique" qui ne s'appliquerait en réalité qu'aux institutions sociales. Cela voudrait dire qu'il y a un archéo-empirisme dont d'ailleurs Epicure a peut-être pris compte dans sa propre théorie plus "dogmatique" (la théorie des signes des Epicuriens conduit aussi chez Philodème à ce qui semble avoir été quelque chose ressemblant au scepticisme humien et c'est donc là que Hume aurait dû chercher ses devanciers et non pas chez les Néo-Académiciens).
Dès le début de la philosophie, les sophistes n'auraient donc pas été que des rhéteurs opportunistes et "cyniques" (au sens ordinaire). Crypto-athées ou agnostiques, ils auraient introduit une pensée empiriste anti-métaphysique, à la fois contre les "Fils de la Terre" et les "Amis des Formes", contre Abdère et le Pythagorisme. Ils seraient alors des représentants de ce qui devient ensuite la modernité pragmatiste avec la pluralité des principes et des postulats. Toutes les réhabilitations modernes de ce relativisme rhétorique ou politique depuis Nietzsche (par exemple aujourd'hui avec Barbara Cassin) pourrait aussi légitimement insister sur cette spéculation anti-réaliste, qui irait plus dans la direction de William James (même si, chez ce dernier, il y a un retour du fidéisme traditionnel au nom du pragmatisme).
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Libellés : philosophie
lundi 23 septembre 2019
Riggers
Rigger est traduit souvent par un "gréeur" puisque rig, c'est la voile. Mais de manière plus générale, rigger a pris le sens de n'importe quelle fonction où on arrime quelque chose. Dans les jeux de rôle, on utilise surtout le terme pour désigner une sorte de cyborg qui se connecterait directement par son système nerveux à des véhicules, car c'est le cas dans le jeu cyberpunk de fantasy Shadowrun.
Le premier roman de cette série est Seas of Ernathe, 1976 puis Star Rigger's Way, 1978 mais la première nouvelle dans l'univers était apparu dès "Alien Persuasion", Galaxy, septembre 1975 (couverture ci-contre).
Mais je viens de tomber sur un vieux comic book de Marvel, Marvel Premiere 32 (daté octobre 1976, première apparition de Monark Starstalker de Howard Chaykin) où il est aussi dit que les Riggers sont des astronautes connectés par leur système nerveux à leur vaisseau, ce qui paraît en fait plus précis que dans la série de Carver qui insiste plus sur une sorte de pouvoir Psi pour entrer dans le "Flux" hyperspatial, si j'ai bien compris.
J'ignore si Chaykin a pu être influencé si vite par Carver mais j'ai l'impression que le terme devait donc déjà exister dans la science-fiction des années 70 - il y a peut-être un précédent commun qui aurait influencé à la fois Carver, Chaykin et Charette & Hume.
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