samedi 13 décembre 2014

Doom Patrol (6) : My Greatest Adventure #84


prologue#80#81#82, #83.



My Greatest Adventure #84 (5e épisode, décembre 1963)
"The Return of General Immortus" (17 pages)

Robotman apprend que deux "Pierres de Babylone" ont été enlevées au Musée du Louvre et au British Museum. Le Chef qui était enfermé dans la salle des Ordinateurs de leur base dit avec colère que c'est la preuve que son ennemi juré, le Général Immortus, qui avait disparu dans leur première rencontre (#80) est toujours vivant. C'est la première fois qu'on comprend que le conflit entre le Chef et Immortus est lui-même ancien, ce qui ne sera révélé que dans Doom Patrol #88.

Comme le Général Immortus remonte à l'Antiquité, il a dû découvrir un secret sur ces Pierres. La Doom Patrol part protéger la Troisième Pierre de Babylone au Musée local mais au moment où il arrive, Robotman perd le contrôle de son corps (une angoisse obsédante dans cette série, que ce soit chez Negative Man dans le numéro précédent ou Elasti-Girl dans ses origines où elle croît involontairement) et se fait téléguider par le Général Immortus pour aider au vol.

La Doom Patrol suit Robotman enlevé (car le Chef avait laissé un transmetteur dans le corps du cyborg). Ils arrivent en Afrique du Sud où le Général Immortus possède des Mines de Diamant opérées par ses robots qui finance son empire criminel. Pour que le Chef ne puisse délivrer Robotman, Immortus l'a recouvert de Plomb fondu mais il le contrôle désormais avec un fil, le tient en laisse et menace de le faire sauter si la Doom Patrol intervient.

Immortus part vers les ruines de Babylone en Irak [où le Président Abdul Salam Arif vient de prendre le pouvoir cette année-là] avec les trois pierres qui doivent le guider vers le "Trésor de Sumu-Abu", vieux de "7000 ans", plus ancien encore que Nabuchodonosor II (VIe siècle avant notre ère), Nabuchodonosor Ier (XIe siècle avant notre ère) ou le roi Hammourabi (XVIIIe siècle avant notre ère) - ce Sumu-Abu fictif doit plutôt être sumérien que babylonien s'il remonte vraiment à l'époque d'Uruk vers -4000.

Mais Elasti-Girl, miniaturisée, les a suivis. Au moment où elle essaye de délivrer Robotman de ce fil, Immortus la capture à son tour et la contraint à déterrer le Trésor de Sumu-Abu. Negative Man part arrêter le courant électrique de la bombe envoyée par Immortus pour faire exploser le corps de Cliff Steele. Heureusement, l'impulsion électrique est plus lente à cause de la résistance du fil que le corps de Negative Man qui va à la vitesse de la lumière dans l'air.

Mais le Général Immortus réussit à s'échapper.

NB
C'est le premier épisode où "Automaton" est officiellement appelé Robotman et où Elasti-Woman devient Elasti-Girl.

Histoire complémentaire
"Let's Go Ghost G.I's!" (8 pages) est une de ces histoires bizarres qu'affectionne tant DC vers cette période (comme GI Robot ou le Creature Commando). Un soldat américain en pleine Seconde Guerre mondiale reçoit la mission d'attaquer un fort allemand avec seulement cinq hommes et il sait que c'est une mission suicide. Il rêve d'être accompagné de guerriers de différentes périodes (un Légionnaire, un Viking, un Apache, un Eclaireur du Kentucy et un "Doughboy" de la Grande Guerre) et ils surgissent pour l'accompagner. Ils découvrent que ces soldats allemands sont en fait une base extraterrestre préparant une invasion de la Terre et les fantômes parviennent à détruire leur arme.

Courrier des lecteurs
Dans ce numéro 84, on mentionne (p. 22) une lettre d'un certain "Roy Thomas de Jackson, Missouri" (qui demande si Rita Farr va reprendre sa carrière cinématographique). Ce Roi des Fans avait donc perçu quelque chose d'important dans cette équipe et c'est d'ailleurs lui qui écrivit des années plus tard la préface de la réimpression de Doom Patrol Archives, vol. 2 (2004).

Roy Thomas, né en 1940, a alors 23 ans et il est jeune professeur d'anglais en lycée dans le Missouri. Il dessine et écrit alors déjà dans un fanzine de comic books nommé Alter Ego (fondé par Jerry Bails en 1961) et il va commencer à le diriger l'année suivante en 1964. On trouve au début des années 1960 de nombreuses lettres de lui dans les comics de cette période, aussi bien chez DC (Flash #116) que chez Marvel (Fantastic Four #3). Il enverra aussi quelques scénarios chez Charlton Comics. A l'été 1965, Mort Weisinger lui propose un métier d'assistant chez DC Comics, il accepte mais sera débauché chez Marvel quelques jours plus tard en renonçant à une bourse en relations internationales. Il va devenir le symbole d'une nouvelle génération d'auteurs issus du Fandom (comme Len Wein, Marv Wolfman, Jim Shooter).
Thomas devint un des principaux scénaristes de Marvel pour remplacer Stan Lee à partir de la fin 1965 / début 1966 et en dehors de Stan Lee (ou Jack Kirby), Roy Thomas est sans doute le principal artisan de l'univers Marvel (il reprit notamment les X-Men en 1966-1968 et les confia ensuite à Arnold Drake après la suppression de la Doom Patrol).
En 1972, Roy Thomas devint même Editor en chef de Marvel (avant de transmettre la fonction à Len Wein en 1974 pour mieux se consacrer à l'écriture).
En 1980, il se disputa avec le nouvel Editor en chef Jim Shooter et revint chez DC Comics. Il y eut un rôle important jusqu'au milieu des années 1980 où il redevint un freelancer pour différentes compagnies (en partie parce que la Crise des Terres infinies de 1985 avait détruit son propre domaine de Terre-2).

Pendant ce temps-là, chez les X-Men...

Uncanny X-Men #3 (janvier 1964) paraît après ce 5e épisode de la Doom Patrol. Les X-Men essayent de recruter dans un cirque le Blob (traduit en français "le Colosse"). C'est dans cet épisode que Charles Xavier a une bulle bizarre où il se dit attiré par son étudiante Jean Grey mais semble considérer que le seul obstacle est surtout sa chaise roulante - mais ce sera vite oublié par la suite pour ne pas donner une apparence trop perverse au Professeur X. Stan Lee abusait un peu des triangles amoureux - ici assez incestueux entre Scott, Jean et le Professeur X - et dans ses premiers scripts, il voulait aussi que la Chose soit un amoureux de Sue Storm et rival de Reed.


vendredi 12 décembre 2014

Sufficiently Advanced 2e édition (1) New Worlds, New Civilizations


[J'ai sur ce blog plusieurs douzaines de posts inachevés qui ont fini par devenir interminables. J'ai décidé de prendre une perspective plus détachée en n'attendant plus d'avoir le temps d'écrire une sorte d'article publiable (en suivant ce judicieux conseil de Duncan Idaho). Je me contenterai désormais plus d'ébauches de work in progress pour mettre fin à cette procrastination]



J'avais fait une recension de la 1e édition de Sufficiently Advanced et je vais être plus épisodique sur cette 2e édition. C'est vraiment un excellent jeu, plein de concepts stimulants pour la science fiction et Colin Fredericks est un auteur brillant - même si je crains de ne jamais trouver de joueurs, tout comme pour Eclipse Phase ou Mindjammer

Cette édition est bien plus étendue et a plusieurs différences avec la 1e. 

(1) Tout d'abord, cela est devenu un système sans dé, changement qui me gêne un peu comme je suis très "tychéo-phile" (une des parties essentielles du plaisir de jeu est pour moi de lancer les dés - même les autres randomizers comme des cartes m'embêtent un peu). De plus, je n'ai jamais testé de jeu sans dé (il faudrait quand même une fois que je fasse l'expérience d'Amber) et c'est donc assez exotique. 

(2) L'univers de la 1e édition avec son Bureau des Brevets (The Patent Office) devient maintenant seulement un des 5 cadres, les quatre autres étant :

(a) To the Stars (un univers plus fragmenté où la Diaspora a échoué à former une civilisation interstellaire, où la majorité des mondes sont des Cultes de Cargo régressifs et où on essaye de remettre en place le contact - un peu comme dans le concept de Mindjammer avec son "Second Âge d'Exploration", en fait).

(b) The Divide (une guerre froide idéologique entre plusieurs blocs à choisir, avec des aventures plus diplomatiques ou d'espionnage). Un peu comme certaines histoires de The Culture, peut-être.

(c) The Powder Keg (une guerre plus chaude entre les blocs plus militaristes)

(d) Sublight (le voyage FTL n'est possible que sous forme d'ondes et les mondes sont donc encore plus isolés que dans le cadre To the Stars). Les PJ sont des agents téléchargés sur des mondes parce qu'ils ont déterminé par leurs prévisions de psychohistoire que ces mondes entrent dans une Crise et que la faction des PJs veut intervenir - un peu comme les Progresseurs dans l'Univers de Midi). 

Les enquêtes scientifico-cosmologiques de The Patent Office demeurent parmi les plus originales mais ces cadres pourraient aussi se mélanger comme Sufficiently Advanced utilise une sorte de méta-cadre avec plusieurs Civilisations et Sociétés qu'on peut sélectionner pour sa campagne. 

(3) Dans la recension de la première édition, j'avais décrit une douzaine de Civilisations et Sociétés (sans vraiment bien distinguer d'ailleurs les deux termes). Il y a au moins ces quatre ajouts originaux dans les Civilisations (plus une vingtaine de "Sociétés" idéologiques qui ne sont pas que culturelles) :

(a) Les Bâtisseurs de l'Au-delà (p. 205) tentent de créer une sorte de "Paradis" d'information pour archiver tous les Morts. Ils cherchent à créer assez de capacités de calcul pour former un univers d'éternité et abolir définitivement la Mort. Leur culture a l'air d'utiliser des références à l'Asie du Sud-est et plus précisément à la péninsule indochinoise (p. 38).

(b) Les Daoine na Realta Foraois (p. 214, en gaélique "Peuple de la Forêt des Etoiles") sont des sortes d'Elfes néo-celtiques de l'Espace qui manipulent des réseaux de végétaux interstellaires autour d'étoiles ("Arbres de Dyson" ou "Yggdrasils"). On pourrait peut-être aussi utiliser The Integral Trees ?

(c) Les Gaians (p. 228) croient à l'Hypothèse Gaia et considèrent donc les écosystèmes comme des sortes d'Individualités comme la planète Solaris. Ils utilisent des références polynésiennes.

(d) Les Nanori (p. 242) ont choisi de développer la nanotechnologie au point que leurs systèmes sont des mondes saturés de nanotech en compétition avec les systèmes biologiques. Ils considèrent donc qu'il faut "semer" plus de nanotech pour cultiver la Vie artificielle dans l'Univers. Leur culture prend des noms plus persans.

Nemo de l'Avent (7)

20 décembre 1908 (1e partie)

Celui-là est vraiment l'un de mes favoris. Nemo se fait directement enlever par le Père Noël dans un vaisseau volant à la place du traîneau tiré par des rennes.

Le même mois de décembre 1908, le jeune mandchou Pǔyí (1906-1967) devient à deux ans le dernier "Empereur de Chine" sous le nom de Xuāntǒng Huángdì pour succéder à son oncle (1871-1908) qui n'avait pas laissé d'héritier direct, mais c'est son père le Prince régent qui trois ans après s'occupera de l'abdication après la proclamation de la Première République. Ce jeune Empereur apparaît dans Little Nemo in the Land of Wonderful Dreams mais 4 ans après (planche du 22 décembre 1912, donc après la chute de l'Empire, Flip tente d'enlever l'enfant et se fait arrêter avec les autres, prétexte pour un gag sinophobe - ou mandchouphobe - assez raté).

Doom Patrol (5) : My Greatest Adventure #83


prologue#80, #81,  #82



My Greatest Adventure #83 (4e épisode, novembre 1963)
"The Night Negative Man Went Berserk"

Négativité

Depuis le premier épisode, il était dit que Negative Man a une faiblesse fatale plus encore que les autres membres : si son ombre ou "double" négatif fait d'ondes radio-électriques reste plus que 60 secondes hors du corps de Larry Trainor, celui-ci commence à s'évanouir et risque de mourir comme il perd le contrôle de cette émanation.

Bien avant que Jean Grey n'ait sa dualité avec le "Phénix", Larry Trainor affirme en effet qu'il n'est pas identique à ce corps énergétique de l'Homme Négatif mais qu'il le contrôle plus ou moins bien comme un émissaire, un être étranger. On a d'ailleurs à nouveau une analogie entre les deux équipes, Jean Grey ressuscite en Phoenix dans Uncanny X-Men #101, octobre 1976 et l'être négatif ressuscitera en partie dans un corps féminin en Negative Woman un an après dans Showcase #94, août 1977.

Mais c'est la première fois qu'Arnold Drake joue vraiment à s'approcher de cette mort en laissant l'ombre ne pas revenir immédiatement. La Doom Patrol va de plus en plus jouer avec sa mortalité jusqu'à sa fin tragique (et certains scénaristes ajouteront même l'idée plus tard que ses membres étaient un peu suicidaires depuis le début). Ici, on n'est plus du tout dans une imitation des Quatre Fantastiques et la Torche Humaine n'avait jamais été aussi inquiétant que Negative Man - en un sens, le sombre Cyclops des X-Men, qui craint que ses pouvoirs lui échappent, lui ressemblera un peu plus.

Quand les jeux de rôle de superhéros classent les types de pouvoirs en "Blasters" (Projecteurs d'énergie), ils ne remarquent peut-être pas que cette émission d'énergie pourrait aussi être vécue comme une sorte de menace intérieure qu'il faut refouler ou tenter de réprimer comme l'exprime bien ce nom ambigu d'Homme Négatif. Et de même que chez les New X-Men le bestial et décomplexé Wolverine entrera en dualité avec ce réprimé de Cyclope, la Doom Patrol trouvera dans Beast Boy un complément plus expansif face à de grands dépressifs comme Negative Man ou Robotman.

Synopsis

Un desespéré menace de tirer sur un réservoir de gaz qui ferait exploser le centre-ville. Elasti-Girl se miniaturise, est amenée par Negative Man et vient pour bloquer l'arme du forcené, qui est arrêté par Robotman.


Un journaliste félicite ceux qu'il appelle de "Fabulous Freaks" et Negative Man lui répond avec agacement qu'ils sont "humains, tu sais, mon pote". Le Chef lui reproche d'avoir perdu son calme en public et propose des plans pour tester les limites de leurs pouvoirs.

Robotman manque d'être écrasé en soulevant à peu près une pression de 10 tonnes (l'équivalent d'un gros éléphant ou du téléscope Hubble). Elasti-Girl grandit jusqu'à 20 mètres pour avoir la force nécessaire pour le sauver. Elle tente ensuite de se réduire jusqu'à une taille de quelques millimètres, ce qui semble être sa limite inférieure (contrairement à Atom qui atteint des dimensions subatomiques ou bien au futur membre Beast Boy qui dans Doom Patrol #101 contredit la conservation de la masse en se transformant en un simple microbe).

Larry Trainor teste alors les limites de "sortie" de son corps d'ondes radio. Cependant une interférence pertube soudain son autre corps et il n'arrive pas à le ramener. Il s'évanouit et Le Chef le met en cryogénie pour l'empêcher de mourir. Le corps électromagnétique est désormais sans aucun contrôle conscient et commence à perturber le fonctionnement du réseau électrique dans les environs, déclenchant des black-outs partout où il passe.



Suite à ces perturbations, deux petits gangsters en profitent pour suivre la trace de ce corps et cambrioler les sites privés de courant électrique. A cause de ces accidents, l'armée annonce qu'elle va tenter de détruire l'être négatif et Le Chef envoie aussitôt Elasti-Girl pour tenter d'arrêter l'officier qui veut donner cet ordre.


[C'est une vraie erreur de scénario car on n'imagine pas un général changer d'avis parce qu'une Géante l'a enlevée en plein studio de télévision, mais j'imagine que Drake voulait juste une scène spectaculaire qui impose aussi une urgence pour retrouver Negative Man. Par la suite, Le Chef sera beaucoup plus décrit comme ayant des connexions avec les autorités de l'Etat américain, conformément à l'idée qu'il serait une sorte de Mycroft Holmes.]

Le Chef invente un capteur pour attirer l'Homme Négatif et Robotman doit se mettre en danger en utilisant son propre corps comme canal dans le capteur.

Evaluation générale
Episode important sur Negative Man. La série manque toujours d'un vrai ennemi et ces deux petits gangsters sont un peu pathétiques comme le fait remarquer l'Index DP.

Arnold Drake a aussi du mal à écrire ses "gags" de la dernière case qui sont aussi mauvais que ceux des séries télévisés de l'époque (ici : "En tout cas, je ne veux plus entendre parler d'un freezer, brr... ah ah ah"... ).

Rita Farr commence aussi ici à avoir ses cheveux attachés et comme il doit être clair à présent qu'elle est une des raisons principales pour moi pour lire cette série, je trouve que cela lui va plutôt bien.

Et pendant ce temps-là chez les X-Men...
Dans Uncanny X-Men #2 daté du même mois de novembre 1963 (mais sans doute de septembre), ils affrontent le Vanisher, un bandit qui peut se téléporter et se sert de ses pouvoirs pour faire chanter le gouvernement américain. Dès ce moment, on découvre l'ambiguïté du Professeur Xavier, qui est censé être aux yeux du public un simple enseignant sur une chaise roulante mais a quelques liens avec le FBI. Les X-Men se servent aussi de leur célèbre "Danger Room" au moment même où chez la Doom Patrol, on avait le premier entraînement critique qui pouvait ressembler à cette idée. Cela ne peut être encore une fois qu'une simple coïncidence.

jeudi 11 décembre 2014

Doom Patrol (4) : My Greatest Adventure #82


My Greatest Adventure #82 (3e épisode, septembre 1963)
"Three against the Earth" (17 pages)

Roy Jamison, éditeur du journal The Graphic, prétend vouloir honorer la Doom Patrol mais offre en fait un briquet à Rita Farr (dont on apprend donc qu'elle fume) qui est en réalité une caméra et un micro enregistreur) parce qu'il veut apprendre qui est "Le Chef", le seul à être resté anonyme. Les Patrouilleurs ont donc une identité publique mais par leur fondateur.



Lorsque sa photo obtenue par cette ruse est publiée par les médias, le Chef donne une version différente de ses origines à chacun des trois membres pour savoir lequel est la source de la fuite : il dit à Rita qu'il est un extraterrestre arrivé sur Terre en 1942 après avoir détecté le premier réacteur nucléaire terrestre à Chicago (un argument pour dire que la Doom Patrol était censée y être), il dit à Cliff qu'il a été élevé par des Lamas tibétains (à la Shadow) et à Larry qu'il est le fruit d'une expérience faite à Cambridge pour créer un génie. Quand la première de ces fausses origines est rendue publique, le Chef devine que Rita n'a pas été une informatrice volontaire.

Mais à ce moment, un complot d'extraterrestres reptiliens, la "Ligue des Têtes Vertes" (dont le titre est une allusion à la nouvelle de Conan Doyle de 1891, la "Ligue des Hommes roux" - le Chef étant lui-même un hommage à Mycroft Holmes) apprend que Le Chef serait un émissaire extraterrestre. Ils sont arrivés 7 ans avant et ont tous les trois eu une ascension fulgurante dans les sphères d'autorité terrienne : "Monsieur Duvoir" est un des plus grands financiers, le Sénateur "Durham" un des principaux politiciens américains et le "Dr Savatini", le Président de la Fondation scientifique internationale (on note au passage que dans l'épisode précédent, le Dr Janus avait tenté de faire croire à une fausse invasion reptilienne et qu'elle s'avère être ici une infiltration réussie).

Les Reptiliens identifient le QG secret de la Doom Patrol et proposent au Chef de s'allier à eux. Leur plan consiste à déclencher artificiellement un énorme Réchauffement Global pour ensuite proposer à la Terre de capituler en échange de l'aide technique de leur planète (je suis sûr qu'il y a un parano quelque part qui croit que ce numéro a été prophétique). Ils disent avoir besoin du Chef et de sa Patrouille pour récupérer l'Unité thermique enterrée sous la Cité Lunaire, un projet du gouvernement automatisé qui prépare la Mission sur la Lune. La Patrouille y entre et doit affronter les trois envahisseurs reptiliens. Le corps en béryllium de Robotman commence à fondre (ce qui signifie quand même une température supérieure à 1287° C) et la couverture commence à jouer sur le désir inconscient de martyre de cette équipe qui va tous les tuer cinq ans plus tard. Les Envahisseurs repartent convaincus que le Chef a déjà lancé sa propre invasion de la Terre et qu'il vaut donc mieux ne pas tenter de lui faire de la concurrence.

Le scénariste Arnold Drake ne fait pas qu'une parodie paranoïaque où les tabloïds détruisent toute vie privée et où les autorités dissimulent des masques de monstres comme dans la série V... Il y a une inventivité un peu brouillonne (pourquoi les extra-terrestres ont-ils enterré leur arme dans un site de l'armée américaine et auraient-ils besoin de la Patrouille pour le récupérer ??). Le Chef commence ici un processus où il va devenir bien plus tard un manipulateur plus inquiétant que le Professeur Charles Xavier. Ses vraies origines ne seront révélées que plus tard.

Le n°1 des Uncanny X-Men est justement daté du même mois de septembre 1963 que ce 3e épisode de la Patrouille. Reconnaissons quand même un avantage clair aux X-Men : si l'Elasti-Girl de Bruno Premiani est à mes yeux un peu plus sexy que la Marvel Girl de Jack Kirby, Magneto est un vilain bien meilleur que tous les vilains apparus jusqu'ici dans Doom Patrol, le Général Immortus, le Dr Janus et la Ligue des Trois Têtes Vertes.

Dans Game of Thrones, Tyrion utilise la même ruse que Le Chef pour savoir qui parmi ses proches est un agent de Cersei. Comme GRR Martin est un fan de comics, il pourrait y avoir une influence mais j'imagine qu'il doit y avoir une source commune.

"Hot Cargo to Nowhere" (8 pages)
Le magazine se termine par une histoire pas claire où un capitaine d'un aéroglisseur accepte un étrange fret qui serait une entité biologique inhumaine qui commence à envahir son vaisseau. Bizarre mais trop court.

mercredi 10 décembre 2014

Doom Patrol (3) : My Greatest Adventure #81

prologue, #80



My Greatest Adventure #81 (2e épisode, août 1963)
"The Nightmare Maker" (16 pages)
Un article du magazine Live sur la Doom Patrol déprime Larry et Cliff car l'article n'utilise que leurs noms de code (Elasti-Woman, "Automaton" et Negative Man) et non leur vrai nom (Rita Farr, Cliff Steele et Larry Trainor).

Le Chef les envoie sauver l'équipage d'un sous-marin tombé au large de New York (et le Chef fournit une bouteille d'oxygène de plongée géante pour Rita). Elasti-Woman se sert d'un coquillage géant pour réparer l'hélice du véhicule et doit affronter une sorte ce qui semble être un immense kraken des abysses.


Puis ils partent sauver une ville canadienne victime d'une avalanche et Elasti-Woman voit un autre monstre, cette fois une sorte d'abominable wendigo des glaces. Mais à chaque fois, "Automaton" n'arrive pas à voir la créature contrairement à tous les autres témoins. Il soupçonne alors que sa greffe dans ce corps robotique a endommagé son cerveau humain et commence à faire des reproches au "Chef" sur cette opération qui lui aurait retiré son humanité (alors que c'est l'inverse, ses yeux mécaniques n'ont pas été victimes des mêmes manipulation car son crâne de métal l'a protégé de certaines ondes).

Un certain "Dr Janus" (mauvais choix de pseudonyme s'il veut inspirer confiance) apparaît alors dans les médias pour dire que toutes ces créatures seraient issues d'un météore qui avait déjà suscité quinze ans avant d'autres phénomènes de ce genre à "Logan City, Arizona" (ville fantôme fictive). Là encore Cliff Steele est le seul à dire se souvenir que ce météore n'était associé à aucun monstre alors que tous les autres ont de faux souvenirs à ce sujet.

Le Chef arrive alors à sa conclusion philosophique radicale : il se peut que le fou isolé qui ne croit pas tous les autres soit celui qui a raison et que toute l'humanité soit manipulée. Il découvre alors la vérité : le Dr Janus est en réalité le Dr Josef Kreutz, ancien savant nazi et spécialiste de la propagande et de la manipulation de l'esprit. Stan Lee ne fera son histoire où le Hate-Monger n'est autre qu'Adolf Hitler ou un de ses clones que quelques mois après, dans Fantastic Four #21, décembre 1963 - et j'imagine que la presse de l'époque avait beaucou parlé du procès Eichmann de l'année d'avant, avril 1961-mai 1962, Kreutz apparaissant ici comme une sorte de Super-Goebbels.

Les trois membres de la Patrouille du Destin se rendent au cratère du météore où Kreutz a prévu de lancer une grande invasion hallucinatoire pour préparer sa propre conquête des esprits. Elasti-Woman et Negative Man, comme tous les nombreux autres témoins, croient voir un reptile géant mais Automaton lance un fil électrique pour brouiller les ondes qu'utilise Kreutz dans son hypnotisme de masse. Kreutz est arrêté comme criminel de guerre.

Ce numéro aura une sorte de suite avec un autre illusionniste dans Doom Patrol #94. Un des détails que j'aime bien dans cet épisode est de voir à quel point Elasti-Woman (et non Girl cette fois) est l'une des superhéroïnes les plus efficaces de tout l'Âge d'argent - même si cette histoire est plus centrée sur Automaton / Robotman. Un des personnages secondaires, le présentateur de journal télévisé Dan Salem qui interroge le Dr Janus avait déjà été vu dans le #80 et réapparaît ensuite dans le #87.

Ce numéro a une seconde histoire courte ("I'm the Missing Link!", 9 pages dessinées par Alex Toth et non reproduite dans l'édition DC Archives) sur des anthropologues qui étudient une vallée au Pakistan où on aurait repéré le Chaînon Manquant. En réalité, le secret de la vallée est qu'elle a un fruit qui transforme les êtres vivants dans des variantes préhistoriques et ce sont donc les anthropologues eux-mêmes qui sont transformés en Chaînon Manquant qu'ils étaient venus étudier, avant d'être récupérés par leur équipe et de comprendre leur mutation. Ils n'arrivent plus à articuler une langue humaine mais peuvent encore écrire pour se faire comprendre. Ils y croisent aussi un éléphant devenu un Mastodonte et un félin devenu un Smilodon.

Je pense qu'il faudrait définitivement une série sur ce "Pithécanthropologue" qui s'est transformé en son propre objet d'étude comme nouveau membre de la Doom Patrol. Mais en un sens, les origines de Beast Boy dans Doom Patrol #100 (dec. 1965) ressemblent sur certains points à cette histoire. Son père fait en sorte qu'il ait plus de gènes de primate vert pour résister à une maladie.

mardi 9 décembre 2014

Doom Patrol (2) : My Greatest Adventure #80


Une des traditions les plus constantes de ce blog est de commencer des séries sans jamais les finir (comme ce calendrier de l'Avent !). Je préviens donc que ma médaille (d'argent) en procrastination aux championnats internationaux m'empêcheront sans doute de faire durer longtemps cette autre série... mais je commence quand même.
Add. Je vois aujourd'hui que quelqu'un a déjà fait un long index. Il y a aussi ces recensions.

Le prologue était le mois dernier.



My Greatest Adventure #80, daté de juin 1963
Scénario : Arnold Drake et Bob Haney
Dessins : Bruno Premiani

L'histoire du premier épisode de la Doom Patrol a déjà été raconté tant de fois que je vais la résumer très vite. My Greatest Adventure était une série d'anthologies de science-fiction qui avait commencé huit ans avant, en 1955. Le titre était fondé sur un gimmick qui était des récits censés être à la première personne, même si le réalisme des premiers numéros avait vite été abandonné pour rejoindre d'autres séries de sf de DC Comics comme Strange Adventures (1950-1973) ou Mystery in Space (1951-1966).

L'éditeur du magazine Murray Boltinoff (1911-1994) voyait les ventes de ce titre décliner et tente une expérience de la dernière chance en transformant My Greatest Adventure en un support pour une équipe de superhéros. Il commentera d'ailleurs que l'obscurité de ce titre avait permis de laisser plus de liberté aux créateurs.

Quatuor Fatal / Fantastique

L'originalité de cette équipe créée par Arnold Drake (1924-2007) et de Giordano Bruno Premiani (1907-1984) va être de rivaliser chez DC Comics avec les nouveaux Fantastic Four de Marvel Comics qui venaient d'apparaître en novembre 1961. Au moment où paraît la Doom Patrol, Stan Lee (1922-) et Jack Kirby (1917-1994) ont déjà sorti quinze numéros environ et les Quatre Fantastiques ont déjà affronté par exemple l'Homme-Taupe, les Skrulls, Dr Doom, le Submariner, le Puppet-Master ou le Fantôme Rouge.

Arnold Drake - qui est de la même génération que Stan Lee et avait une longue expérience chez DC - imite clairement (avec son co-scénariste de ce premier épisode Bob Haney) les FF. Cela ne l'empêchera pas d'insinuer parfois que les X-Men de Lee et Kirby avaient pu imiter sa Doom Patrol. Voilà quelques analogies directes, qui sont finalement plus nombreuses que les quelques coïncidences avec les X-Men :

(1) Ses héros n'ont pas d'identité secrète (ce qui était unique, j'imagine, chez DC) et ils portent un uniforme (même si on peut toujours dire que la source commune de leur uniforme est les Challengers of the Unknown, créés par Jack Kirby chez DC en 1957).

(d'après l'Index Doom Patrol)

(2) Il y a 4 membres, si on compte le Chef. Mais les équipes de l'Âge d'Argent s'arrêtaient souvent à un tel nombre.

(3) Leurs rapports en font une sorte de "famille" particulière, ce qui n'est pas le cas de la Justice League mais est vrai aussi des Metal Men qui viennent aussi d'apparaître. Ils ne cessent de se disputer à une époque où cela n'arrivait pas vraiment dans les titres de DC.

(4) Ses héros sont dirigés par un homme génial, Chief, qui joue donc le rôle de Mr Fantastic, même s'il n'a pas de pouvoirs (il fabriquera par la suite une chaise roulante pleine de gadgets et même pendant un épisode un corps cyborg). C'est sa demeure qui va servir de Quartier-Général à l'équipe (de même que le Baxter Building dépend des brevets de Mr Fantastic).

(5) Il y a une seule femme parmi les 4, comme Invisible Girl chez les FF, notre chère Elasti-Girl, . Cependant, il y a un déplacement dans le parallèle : son pouvoir ferait penser à celui de Mr Fantastic mais elle peut seulement croître ou miniaturiser ses membres, Rita Farr n'atteint pas la plasticité de Reed Richards. En fait, son pouvoir en fait plutôt le vrai "Tank" du groupe, la plus forte physiquement, plus encore que Robotman, et donc plus un équivalent de la Chose par ses pouvoirs. Par la suite, elle va progressivement jouer le rôle de la "Mère" de l'équipe tout comme Susan Storm - mais les membres mâles semblent accepter assez vite qu'elle ne sera pas un partenaire de flirt, surtout quand elle va finir marié avec un homme extérieur au groupe initial, Mento.

(6) Negative Man est un homme qui peut projeter une forme énergétique qui vole, ce qui en ferait un équivalent de la Torche Humaine (même si le fait qu'il soit un astronaute pourrait encore faire penser à Benjamin Grimm).

(7) Robotman souffre sans cesse d'avoir perdu son humanité et il souhaiterait perdre ce qui le rend surhumain, ce qui en ferait donc l'équivalent de la Chose (et il est de couleur orange comme Ben Grimm !). Le Chef est responsable de l'opération chirurgicale qui l'a sauvé en en faisant un cyborg, alors que Reed Richards culpabilise d'être la cause de l'accident qui a transformé la Chose.

(8) Le passé du Chef est directement relié avec l'archi-ennemi de l'équipe, le Général Immortus, de même que Reed Richards avait fait ses études avec le jeune Doctor Doom.


Midway, la Cité Liminale



La ville de la Doom Patrol n'est jamais mentionnée dans ce premier épisode ("in a bustling city") mais on apprendra bien plus tard (seulement dans Showcase #94, septembre 1977) qu'ils vivent en fait à "Midway City".

On l'a oublié mais les Quatre Fantastiques au début faillirent vivre dans une ville imaginaire nommée Central City (sans lien avec celle de DC). La première Torche Humaine des années 1940 y avait vécu et Stan Lee fit allusion à cette ville dans les premiers épisodes avant de placer plus clairement le Baxter Building à New York City seulement à partir de Fantastic Four #4 (mai 1962). Elle semble être en gros sur la Côte Ouest (certains scénaristes s'amuseront ensuite à la réintroduire alors que Stan Lee avait affirmé rétroactivement que les FF avaient toujours été à NYC).

DC a gardé une tradition des villes imaginaires que n'a pas vraiment suivie Marvel. Superman a Metropolis (New York), Batman a Gotham City (New York), Flash a Central City/Keystone City (située de manière vague vers l'Ohio puis vers le Missouri/Kansas), Green Lantern a Coast City (qui a l'air d'être en gros San Francisco, Calif.), Green Arrow a Star City (la plus vague de toutes, qui a varié de la Côte ouest à la Côte est ou aux Grands Lacs, le consensus actuel est de la mettre pas très loin plutôt en Californie aussi) et Hawkman avait Midway City. Il existe de très, très nombreuses Midway City réelles mais la Midway City fictive semblait en gros être Chicago, Illinois - même si la localisation actuelle l'a mise bien plus au nord du Lac Michigan, à la frontière canadienne et près du Lac Supérieur.

Malgré le fait que la Doom Patrol et Hawkman partagent la même ville, ils n'ont à ma connaissance pas eu de cross-over comme cette révélation n'arriva qu'après la disparition de la première équipe (la Doom Patrol n'ayant guère rencontré que les Challengers of the Unknown ou les Teen Titans vers leur première période).

Le QG de The Chief est une sorte d'Hôtel particulier (avant que les Vengeurs n'apparaissent dans le Manoir Stark) et on apprendra plus tard (avec un Plan, Doom Patrol #98, septembre 1965) que Le Chef possède plusieurs étages souterrains qui vont en dessous du Métro de cette ville. Des extra-terrestres détectent des matériels électroniques développés en dessous dans Doom Patrol #82.

Analyse rapide

L'histoire de ce n°80 fait 25 pages. Les 12 premières donnent les origines des trois membres et une première démonstration de leurs pouvoirs. les 13 pages suivantes montrent un combat contre le Général Immortus et se termine avec un article de journal qui les appelle la Doom Patrol, ce qui choisit leur nom assez sinistre à leur place (mais le Chef a l'air enthousiaste).

"Les Héros Les Plus Etranges du Monde" portent l'uniforme vert qu'ils garderont jusqu'au numéro 89. Le "Chef" (qui ne révélera son origine que dans le n°88) prétend ici leur donner un but alors qu'ils se sentent tous exclus ou marginalisés en étant devenus des "bêtes de foire" (Freaks) après chacun de leurs accidents : l'astronaute Larry Trainor a été profondément irradié et ne peut se passer de bandages ("Negative Man"), le pilote de course Cliff Steele a perdu tout son corps et vit désormais dans une enveloppe robotique (après avoir été opéré par le Chef) et l'actrice Rita Farr a été transformée en plein tournage en une femme qui peut devenir gigantesque (et même si cela n'a rien de permanent, elle n'a aucun espoir de dissimuler au public sa mutation).

Elasti-Girl a encore des cheveux longs qu'elle gardera jusqu'au n° 83 et un air plus vamp, moins innocent que par la suite. Son nom de "Rita Farr" est-il une allusion à Rita Hayworth ainsi qu'à la moins connue Patricia Farr ? Elasti-Girl a été moins violemment touchée par sa transformation que les deux autres, elle n'est pas défigurée - c'est pourquoi dans une version très récente chez Geoff Johns, sa transformation a figé les traits de son visage de manière inquiétante pour qu'elle ait des raisons d'être presque aussi irritée que Larry et Cliff.

Robotman s'appelle encore "Automaton" dans ce premier épisode mais son surnom va vite remplacer ce terme maladroit (Robotman était déjà le nom d'un autre héros de DC Comics dans les années 1940, qui était aussi un cyborg avec un cerveau humain). Presque à chaque numéro et sur chaque couverture, Robotman a une tendance à perdre son corps qui se fait réparer à la fin. L'imagerie de cette "Légion des Héros Les Plus Etranges du Monde" (selon le slogan souvent répété) insiste donc souvent sur des sévices sur les corps, entre celui de métal qui est souvent mis en morceaux ou l'ombre énergétique de Negative Man qui tend à se disperser (Elasti-Girl est généralement la seule qui échappe à ces manipulations si ce n'est lorsqu'elle étend seulement certains membres).

Le visage du Général Immortus, en vieille momie fripée, est plus inquiétant ici que par la suite où il me semble devenir un vieillard plus générique. On ignorera toujours son âge réel mais il semble pouvoir rivaliser avec Vandal Savage - avec moins de succès politiques que ce dernier.

Les auteurs
A noter : l'édition DC Archives n'a pas repris une brève présentation des auteurs du magazine (p. 22). On dit souvent que DC faisait l'erreur de ne pas assez nommer ses auteurs (contrairement à Stan Lee chez Marvel qui créa une sorte de star system dans ses comics) mais on voit bien ici que DC avait commencé à mieux les valoriser symboliquement.

L'illustrateur Bruno Premiani est à mes yeux la principale star de ce titre (même si certains scénarios d'Arnold Drake n'ont pas si mal vieilli pour des histoires des années 1960, bien qu'il n'ait pas autant d'humour que Stan Lee). Ancien ingénieur devenu dessinateur, anti-fasciste, il avait fui l'Italie en 1930 (à 23 ans) pour l'Argentine puis la dictature péroniste pour les USA en 1948 (à 41 ans).

Arnold Drake en parle comme d'un homme de gauche exilé qui semblait se sentir assez mal à l'aise dans les USA des années 1950 : Drake lui aurait conseillé avec ironie de ne pas critiquer le McCarthysme car "il ne lui restait plus beaucoup de pays pour l'accueillir désormais".

Il est dommage que Premiani n'ait pas eu une carrière plus étendue. Son réalisme assez peu dynamique en comparaison du style de Marvel augmente le décalage de cette histoire fantastique alors que Jack Kirby, au contraire, a une tendance dans son maniérisme plus baroque, à tout rendre irréel, même le quotidien. Il dessine parfois Elasti-Girl de manière si sexy que je me demande s'il ne joue pas consciemment dans certaines cases avec les limites de cette bd pour enfants (même si cela reste très "sage").

Par la suite, c'est aussi Bruno Premiani qui va dessiner les premiers épisodes des Teen Titans. Je ne sais si cela explique les liens entre les deux séries où la Doom Patrol servira de groupe périphérique pour les Jeunes Titans.

lundi 8 décembre 2014

Nemo de l'Avent (6)

Little Nemo, 22 décembre 1907. Au moment où cette bd paraît, Lénine part en exil de Russie et ne reviendra que 10 ans après...

Et puisqu'on parle de Calendriers de l'Avent, celui des Belles Lettres est assez amusant.


dimanche 7 décembre 2014

Nemo de l'Avent (5)

Little Nemo, 22 décembre 1907, cases 1-4.
Ce fantasme d'abondance où le Père Noël perd ses cadeaux qui se dispersent par terre est assez fréquent dans cette série.


samedi 6 décembre 2014

Nemo de l'Avent (4)


Little Nemo in Slumberland, 12 décembre 1907.
Nemo, Flip et Impy ont grossi après avoir dévoré l'encre des cases pendant Thanksgiving. Tout le Slumberland est fermé par ordre du Roi Morphée et Nemo se retrouve devant des portes closes et des palais abandonnés parce que tout le monde est parti chercher Nemo justement (les cauchemars de Nemo reposent toujours sur cette frustration où il est empêché de rejoindre la Princesse). Saint Nicolas passe en cherchant Nemo car les fêtes de Noël sont annulées au Pays du Sommeil tant qu'il ne sera pas retrouvé.

Oui, Impy utilise comme interjection "Google" dans la case 3...

(cliquez sur l'image pour voir le côté droit)


jeudi 4 décembre 2014

Le calendrier pré-révolutionnaire de Sylvain Maréchal


Pas de calendrier de l'Avent-Newton aujourd'hui. Hobbes est mort depuis 335 ans et c'est aussi le Jour de Hobbes dans le calendrier de S. Maréchal (le "4 Frédéric" est dédié à Isabelle de Castille dans la version positiviste).

Au tout début de l'année 1788 (qu'il appelait de manière prophétique "l'An I de la  Raison"), l'ex-bibliothécaire et poète radical Sylvain Maréchal (1750-1803) publie L'Almanach des Honnêtes Gens, un nouveau calendrier "profane" qui rationalise un peu les noms des mois romains (de manière plus simple que celui de Fabre d'Eglantine, en retirant simplement les cultes impériaux et en revenant aux formes anciennes de la République) et avec des noms de Grands Hommes à la place des Saints catholiques (un peu donc comme le calendrier positiviste d'Auguste Comte). En revanche, le calendrier n'est pas perpétuel et n'est donc pas aussi rationalisé que le modèle du Révérend Hugh Jones dans son Pancronometer de 1753.

Maréchal avait déjà été congédié de la Bibliothèque Mazarine pour un livre satirique sur la Bible. Le petit pamphlet sur le calendrier fut interdit dès le 9 janvier 1788, Sylvain Maréchal fut aussitôt emprisonné pour attaque contre la religion, en partie pour des noms comme ceux de Spinoza (24 Novembre). Il passa plusieurs mois à la prison de Saint-Lazare et ne retrouva la liberté qu'à la faveur des événements de 1789. La curieuse misogynie de Maréchal (il ne semble pas avoir fait uniquement dans l'ironie swiftienne quand il propose d'interdire l'instruction féminine) ne l'a pas empêché d'admettre quelques femmes comme Ninon de Lenclos.

L'année commence à nouveau en Mars et les noms des mois sont Princeps (Mars), Alter (Avril), Ter (Mai), Quartile (Juin), Quintile (Juillet), Sextile (Août), Septembre, Octobre, Novembre, Décembre, Undécembre (Janvier) et Ducodécembre (Février).

Le dernier jour des mois de 31 jours est une Fête du jour épagomène : Fête de l'Amour (31 Princeps), Fête de l'Hyménée (31 Ter), Fête de la Reconnaissance (31 Sextile), Fête de l'Amitié (31 Décembre), Fête des Grands Hommes (31 Undécembre).

Voici les jours du mois de décembre (certaines références de 1788 sont devenues assez obscures et on constate des préférences très anglophiles) :

1 Germanicus
2 Crillon
3 Perse
4 Hobbes
5 Machiavel
6 Cicéron
7 Algernon Sidney
8 Horace
9 Milton
10 Lamoignon (s'agit-il de Malesherbes, qui ne mourut que 6 ans après, ou plutôt d'un de ses ancêtres magistrats ?)
11 Sully
12 Collins
13 Henri IV
14 Gellert
15 Tycho Brahé
16 Quesnay
17 Wood
18 Prior
19 Gay
20 Ambroise Paré
21 Racine
22 Baron (je n'ai pas identifié la référence)
23 Sénèque
24 Gama
25 Jésus Christ ou Newton
26 Helvétius
27 Kepler
28 Caton
29 Wiclef
30 Maréchal de Brissac
31 Swift, Boerhaave

mercredi 3 décembre 2014

Nemo de l'Avent (3)


Little Nemo in Slumberland, 16 décembre 1906. Flip est à cette époque suivi par une sorcière métamorphe (cette "Granny Hag" se fait passer pour une petite fille nommée "Rose" et elle lui joue des tours). La sorcière transforme ici un sapin en un Père Noël agressif qui ferait penser à un inquiétant Homme Vert. Son origine végétale justifie sans doute ici sa tenue verte - même s'il est faux de dire que c'est Coca-Cola qui a rendu le Père Noêl rouge, le rouge n'était en tout cas pas si dominant vers cette période.


mardi 2 décembre 2014

Sufficiently Advanced, 2e édition


L'auteur Colin Fredericks vient de mettre en ligne la nouvelle édition de son jeu de rôle transhumain, Sufficiently Advanced. Le prix est "à votre guise" (comme ce que les Québecois appellent "donaciel", mais 8 euros sont préconisés, pour plus de 300 pages).

J'avais fait une recension de la première édition il y a 5 ans, où on jouait le Bureau des Brevets dans une société où la Rareté n'existe plus et où la seule richesse est donc la propriété intellectuelle. La nouvelle édition est un jeu sans aléatoire mais avec beaucoup plus d'options de jeu.

Nemo de l'Avent (2)


Little Nemo in Slumberland, 23 décembre 1906. On remarque que le Saint Nicolas est vêtu de bleu.
Ce doit être un des premiers épisodes où les parents de Nemo apparaissent à l'intérieur du rêve (mais cela devient assez habituel par la suite).


lundi 1 décembre 2014

Nemo de l'Avent (1)


Je vais imiter Phillipe et son nouveau Calendrier Comics de l'avent.
(Polite Dissent faisait aussi un Calendrier de l'Avent dans le passé et Yet Another Comics Blog le fait toujours depuis maintenant dix ans).

Winsor McCay, Little Nemo in Slumberland, 24 décembre 1905. Nemo en "Phaéthon" de Noêl.


mardi 25 novembre 2014

Doom Patrol (1)


Pourquoi la Doom Patrol ?


La Doom Patrol serait un groupe de superhéros sans doute très mineur et peu connu mais ils sont peut-être le premier cas où DC Comics avait tenté d'imiter clairement le style de Marvel en juin 1963. Les superhéros DC étaient ce mélange assez innocent de policier et de science-fiction (un conte pseudo-scientifique), ceux de Marvel avaient incorporé dans leurs nouveaux superhéros depuis 1961 deux nouveaux genres qui étaient surtout la nouvelle d'horreur sur des Monstres (Spiderman et The Thing) et un tout petit peu de romance à l'eau de rose (du soap opera mélodramatique dans la science fiction). De ce côté, la Doom Patrol ressemble à une parodie des Fantastic Four, un écho ou une transplantation du style de Marvel chez DC.

Pour ce printemps 1963 (la date de "juin" est sans doute post-datée d'un trimestre comme d'habitude), la Doom Patrol arrive parmi les premières équipes de l'Âge d'Argent : les Challengers of the Unknown (un des modèles des Fantastic Four et de la Doom Patrol) datent de février 1957, la Justice League of America est de novembre 1960, les Metal-Men (qui ont des héros robots, comme un des membres cyborg de la Patrouille) de mars 1962. Chez les concurrents de Marvel, il n'y a guère que les Fantastic Four qui datent de novembre 1961 et les Avengers n'arriveront que peu de temps après la Doom Patrol, en septembre 1963 en même temps que les X-Men avec lesquels on va si souvent - non sans raison - les comparer.

La Doom Patrol eu de plus la particularité d'être un des rares groupes de superhéros à se faire tous tuer dans leur dernier numéro (dans ce qui ressemblait en plus presque à un suicide vraiment "altruiste" au sens premier, et non en un kamikaze). C'était au bout de seulement 5 ans (Doom Patrol #121, octobre 1968). Ils étaient tombés à "seulement" 100 000 exemplaires, ce qui passerait pour un énorme succès populaire dans nos critères actuels où les comic-books dépassent rarement les 30 000 exemplaires mais paraissait ridicule pour DC dans les années 1960. Ce trépas dramatique explique à la fois leur obscurité (ils furent un peu oubliés) et leur originalité (on se souvint surtout de leur évanescence qui justifiait rétroactivement leur nom).

Oh, certes, comme tous les personnages de comic books, ils ressuscitèrent au bout de quelques années (Robotman ne resta mort qu'environ 9 ans, je crois) mais demeurèrent dans des limbes comme un des rares deuils durables dans l'histoire des comics (la membre féminine, Elasti-Girl, ne revint quand même que 35 ans après et son décès fut longtemps un des tabous comme ceux de Bucky ou de Barry Allen - tous transgressés depuis).

La Nostalgie n'est plus ce qu'elle était

Le comic-book a engendré un sous-genre dans l'industrie de la Nostalgie et la Doom Patrol repose en partie sur un perpétuel regret mélancolique sur la possibilité de sa disparition. Tout récemment, l'auteur à la nostalgie si agressive Geoff Johns ne les a re-re-ressuscités dans Justice League #27 (2014) que pour massacrer à nouveau une partie de ce commando suicide, comme si toute leur fonction n'était de revenir que pour mourir ou pour rappeler le frisson de la finitude dans un monde de fantasmes de puissances.

Ils ont d'ailleurs réussi à instiller en moi comme lecteur un peu de cette "nostalgie" paradoxale pour un passé que je n'ai absolument pas connu, ou plutôt pour une possibilité de passé qui ne se serait produit que s'ils n'avaient pas disparu.Mais je dois dire que mon affection est plus due aux dessins de l'Italien Bruno Premiani, qui venait des comics de romance et qui savait donc intégrer un charme élégant assez désuet dans le superhéros, qu'aux scénarios mélodramatiques d'Arnold Drake.

L'Avant-Garde

Mais je plaisante.

La vraie raison de leur renommée n'a rien à voir avec leurs origines étranges des années 1960 mais avec une révision radicale de leur image quand ils furent finalement transformés dans les années 1990 avec les scénarios du Britannique Grant Morrison. C'est cette série qui servit, en même temps que Sandman, à définir ce qui allait devenir la collection pour adultes Vertigo chez DC Comics.

Morrison tentait de rivaliser dans les références de l'Avant-Garde du XXe siècle avec Alan Moore (le premier à mettre des collages de William Burroughs dans Watchmen) mais malgré tout le jeu parfois si ingénieux, le parcours de Morrison tend à me tomber des mains - même s'il faut reconnaître que ces ambitions démesurées furent historiquement importantes dans l'histoire du superhéros. Le romancier et théoricien John Barth distingue parfois le "modernisme" (comme tentative révolutionnaire d'innovation formelle) et le "post-modernisme" (comme tentative de subvertir la forme traditionnelle de manière ironique tout en gardant certaines structures traditionnelles).

Le Sandman de Neil Gaiman est délicieusement post-moderne, du fantastique très classique avec des jeux ironiques, alors que dans cette période, la Doom Patrol de Morrison a un côté d'hommage au Situationnisme parfois trop appuyé ou dérivatif, entre l'aspect illisible du modernisme expérimental et un aspect trop récupéré de la simple reprise post-moderne déjà "digérée" ou artificielle. Comme s'il répétait : "Regardez, c'est sérieux, je fais de la littérature".

We are all Doomed

Le nom du groupe me fait penser que ce mot "Doom" devait être assez vendeur dans les années 1960. En effet, ils sont apparus  dans My Greatest Adventure #80, juin 1963, qui auparavant était une anthologie d'histoires courtes de science-fiction, sans continuité, et ce magazine avait souvent eu ce même terme sur le titre ou sur la couverture comme symbole du suspense avant de se concentrer sur cette équipe de superhéros ; j'en compte près d'une vingtaine sur une douzaine d'années :
"I had a date with DOOM" (My Greatest Adventure #4, 1955), "I Fought the Clocks of DOOM!" (My Greatest Adventure #14, 1957), "I DOOMED the World!" (#17), "...or the whole solar system is DOOMED" et "We were DOOMED dy the Metal-Eating Monster" (My Greatest Adventure #21), "I Battled the DOOM from the Deep!" (#30), "We battled the hand of DOOM!" (#32), "I was bewitched by Lady DOOM" (#36), "I was a Prophet of DOOM" (#44), "We Were Prisoners Of The Sundial Of DOOM" (#46), "I Made a Deal with DOOM" (#51), "No matter who wins, I'm DOOMED!" (#53), "If I stay on Earth, I'm DOOMED!"(#69), "I Won The DOOM Castle" (#70), "The Mountain's Anger will DOOM us!" (#73) et dès le mois suivant "DOOM was my inheritance" (#74).

Manifestement, c'est un terme qui n'a pas d'équivalent direct car, malgré Chéri-Bibi, je ne pense pas que des Pulps français auraient fatalitas! aussi souvent.

Z idcirco Appius Claudius detestatur, quod Dentes Mortui, dum exprimitur, imitatur

En France, la Doom Patrol avait été traduite dans les petits titres en Noir & Blanc de chez Aredit-Artima parfois "Patrouille du Destin" (littéralement à peu près exact mais quand même assez curieux - "Patrouille Fatale" ne serait pas mieux) ou bien le plus souvent "Patrouille Z". Ce choix du Z leur donnait un statut encore plus marginal si on pense tout de suite à "série Z" (expression qui apparaît seulement deux ans avant, dès 1965 pour parler des films de Roger Corman). Mais j'ignore si cette connotation était déjà implicite (et non, je ne crois pas à une référence à Z comme Zorglub de 1959).

J'ai longtemps cru que cet ajout du "Z" était simplement un gag ou une allusion du traducteur qui voulait ironiser sur leur ressemblance avec le X des X-Men et accentuer la similitude. Mais c'est en fait assez douteux quand on regarde la chronologie.

C'est sous ce nom de Patrouille Z qu'ils apparaissent en français dans Spectre n°1 (avril 1967, traduction de Doom Patrol #89 d'août 1964). Les Uncanny X-Men créés en septembre 1963 (donc trois mois après la Doom Patrol) ne furent, eux, traduits en français que dans Strange n°1 (janviers 1970) et Arédit-Artima n'a donc nulle raison en 1967 de penser à critiquer cette concurrence des Mutants.

Et il ne faut pas faire d'anachronisme : c'est difficile à croire aujourd'hui où les X-Men sont le leader des ventes depuis plus de 40 ans mais les Mutants de cette période ne furent pas un succès populaire avant l'arrivée des New X-Men en 1975. Ils virent même leur série devenir bimestrielle puis s'arrêter faute de ventes (à partir du #66 de mars 1970) un peu plus d'un an après la Doom Patrol (mais sans un terme aussi fatal que nos Patrouilleurs). Et ironiquement juste à la disparition de la Doom Patrol, Marvel jugea bien de faire venir leur créateur Arnold Drake pour devenir le nouveau scénariste des X-Men pendant 8 numéros (Uncanny X-Men #47-54, datés d'août 1968 à mars 1969).

Ce qui dut accroître la confusion pour les lecteurs français est qu'Arédit-Artima publia une partie des VF dans Etranges Aventures où ils mélangeaient parfois des traductions de DC et de Marvel. Par exemple, les numéros 1-20 sont surtout du DC, puis 21-25 du Marvel, et les 26-27 (août 1972) sont consacrés à la Doom Patrol, puis le magazine revient vers Marvel pour les n°30-70 avant de finir son parcours à nouveau par du DC dans les derniers numéros, si bien qu'un lecteur devait ignorer l'éditeur américain.

Sur la Patrouille Z, voir cet article synthétique (tiens, Beast Boy était traduit "Zoo Boy" - le Z est-il à cause de cela ?) et quelques extraits chez Artemus Dada.

jeudi 20 novembre 2014

Wonder Woman 1-35 (2011-2014)

Comme l'équipe Azzarello-Chiang part de Wonder Woman et que la nouvelle équipe du couple Finch arrive, j'ai failli écrire une recension plus globale mais heureusement, Internet est rationnel et l'a déjà fait bien mieux que ce que je voulais faire.

Je suis d'accord avec l'analyse : Brian Azzarello a réussi à rendre les dieux intéressants dans son approche érudite et décalée (notamment son Héra qui a eu un vrai Arc narratif entre la Méchante Sorcière du début et la Reine Vénérable de la fin). Mais il a - comme tant de scénaristes avant lui - échoué à rendre Wonder Woman intéressante, au point qu'elle n'apparaît pendant trois ans que comme un faire-valoir pour les mythes qui s'agitent autour d'elle. (Et en un sens, c'est un drame pour Superman et WW que les scénaristes semblent tellement s'ennuyer avec des héros trop purs qu'ils doivent se concentrer sur l'entourage des personnages secondaires).

Le fait que WW ait maintenant un père en Zeus est une grande rupture, qui rapproche plus WW d'une Athéna. D'habitude, WW était née par parthénogenèse comme le golem de Pandore - et Zeus avait même tenté de la séduire dans les années 1980. Il paraît que le prochain film de DC garderait cette innovation à la Percy Jackson.

WW est maintenant Déesse de la Guerre à la place d'Arès. C'est là encore une inversion car d'habitude, Arès était son pire ennemi, pas son mentor. Pendant la brève ère John Byrne, elle avait déjà été Déesse une fois, associée à la Vérité.

Enfin, l'Île des Amazones a rarement été aussi dystopique que dans cette version : au lieu d'être un paradis de femmes immortelles, elles y sont des sortes de sirènes qui violent des hommes pour mieux tuer ensuite les bébés mâles. Ce fut l'idée la plus marquante peut-être et on peut se demander si Azzarello n'était pas allé trop loin.

Je continue à penser que l'entourage de WW pendant l'ère Jimenez (le côté île volante pleine de centaures) ou à la rigueur de manière plus sobre pendant l'ère Rucka (avec Athéna en Hacker et un secrétaire minotaure qui s'appelait Ferdinand) était plus intéressante que ce qu'on a en ce moment. Mais là encore l'entourage risquait de servir à dissimuler WW elle-même.

Pourquoi le clivage entre DC et Marvel tend à ne pas se résorber


J'ai entendu aux Utopiales un fan de Marvel dire dans une conférence que "Marvel était de gauche - du moins au sens américain, et DC de droite", mais je n'ai pas voulu relever. On n'est pas tous d'accord sur les jugements de valeur mais tous les fans de comics font comme s'il était évident ou normal que les deux univers de comics principaux soient vraiment différents dans leurs "philosophies" alors que les deux éditeurs tentent souvent de s'imiter et que les mêmes auteurs travaillent souvent successivement voire simultanément pour les deux. Pourtant, il y a une "dépendance au sentier" : malgré leurs ressemblances et même malgré toutes les influences mutuelles ou les tentatives de se plagier, il est vrai que DC et Marvel ont maintenu des traditions et identités assez distinctes, au point qu'on a même en ce moment encore plus de divergences stylistiques entre les deux éditeurs.

Âge d'Or

Je ne parlerai pas tellement des origines dans les années 1940. C'est DC (ou National Periodicals) qui a créé le genre du superhéros, avec Superman et ensuite avec la première équipe, la Justice Society of America. Marvel (ou plus exactement son ancêtre Timely) avait à l'époque des personnages moins connus mais avait déjà une légère singularité avec plus d'anti-héros (le Submariner) et plus de conflits entre héros (en fait, je n'en vois pas d'exemples dans l'Âge dor de DC).

Âge d'Argent

A l'Âge d'Argent, contrairement à ce qu'on pourrait croire en étant concentré sur le succès critique de Marvel, DC battait encore Marvel dans les ventes (ce qui explique d'ailleurs leur nonchalance face à Marvel et le fait qu'ils mirent au moins une douzaine d'années avant de commencer vraiment à s'inspirer des succès de Marvel).

DC visait explicitement (et parfois avec une certaine condescendance) un public bien plus enfantin et ne cherchait d'ailleurs pas vraiment à se renouveler comme ils estimaient que leur lectorat changeait périodiquement à chaque fois que les enfants grandissaient et abandonnaient les comics (cela explique certaines histoires qui se répétaient à l'identique - DC pensait que les lecteurs ne s'en rendraient pas compte et s'autoplagiait). En un sens, c'est l'exact inverse d'aujourd'hui où ils se disent qu'ils n'arriveront pas à attirer de nouveaux lecteurs et qu'il faut donc plutôt tenter de fidéliser les lecteurs âgés et nostalgiques.

Mais si c'est DC qui créa l'Âge d'Argent, c'est Marvel qui fut plus révolutionnaire. On ne pourrait pas parler de littérature adultes mais quand même de littérature plus "adolescente" ou moins enfantine que DC. Marvel réussit pour un temps à se donner une apparence bien plus "cool" que le ringard DC.

Pourtant, l'image de "gauche" dont on parle en France est excessive. Dans les années 1960, les comics Marvel sont plus "politisés" au sens où la politique est mentionnée comme un arrière-fond, mais toujours avec une certaine prudence (sauf à la rigueur sur la question des Droits civiques où il y a certes quelques passages assez courageux). DC de l'époque ne parle pas directement de politique (en dehors d'une certaine révérence envers JFK et de quelques histoires isolées qui se moquent un peu des hippies avec plus de distance que chez Marvel).

L'orateur disait "Captain America n'est pas allé au Vietnam". Certes, mais Iron Man y est allé souvent. C'est surtout avec le scénariste Steve Englehart et le Président Nixon que Captain America va devenir assez à gauche. La Marvel des années 1960 n'était pas aussi franche.

Un des exemples de "convergence" ou évolution parallèle est la célèbre coïncidence où l'équipe Doom Patrol sort juste avant les X-Men et les deux équipes se ressemblent beaucoup. Il n'y a eu aucune influence directe mais Doom Patrol de DC était en revanche plutôt une réaction face au succès des Fantastic Four, ce qui explique le ton si proche de la Concurrence.

Âge de Bronze

partir des années 1970, DC commence à décliner, Marvel devient dominante et les X-Men écraseront pour toujours leurs concurrents (le seul personnage qui puisse rivaliser chez DC est Batman, en partie à cause des films). C'est là que DC va créer les New Titans comme réaction aux X-Men (et la Légion des Superhéros de cette période fut aussi un relatif succès). Curieusement, c'est aussi la période où Marvel s'amuse à faire parfois des imitations symétriques (Nova est une sorte de miroir chez Marvel d'une écriture typique de DC, avec une parodie de Green Lantern et Carmine Infantino aux dessins).

Âge récent

Si on fait un bond à notre épqoue récente, Marvel a su se revitaliser. Ses histoires arrivent à maintenir le carcan de la Continuité tout en cherchant des thèmes assez dramatiques ou originaux (avec Brian Bendis). DC, au contraire, ne cesse de créer de nouvelles histoires sur sa propre cosmologie, qui n'est plus un décor mais vraiment le thème essentiel de leur propre univers. Marvel ne ressent pas le même besoin de se rebooter tous les dix ans dans un quelconque Ragnarok (sauf pour certains personnages seulement). Geoff Johns, qui est l'auteur principal de DC et l'équivalent de Bendis dans son importance, s'est spécialisé dans une veine qui mélange un contenu très nostalgique (retour à l'Âge d'Argent dans certains thèmes) avec un peu de violence inutile pour "moderniser" cet élément.

Le Dieu de DC, la Nature de Marvel

Dans la "dépendance au sentier" de l'histoire de ces deux éditeurs, il y a un argument qui irait quand même en partie en faveur de la thèse initiale sur l'écart entre les deux : DC n'est pas nécessairement plus "à droite" mais est (et je pense que c'est durable) plus "théiste" que Marvel.

Marvel a fait de nombreuses histoires de SF assez athées où la vie humaine est un sous-produit d'extraterrestres et où il est clairement indiqué qu'il n'y a rien de plus que la Nature (Earth-X était allé jusqu'à dire que même les Asgardiens étaient en réalité des extra-terrestres qui n'avaient pas causé les mythes scandinaves mais avaient été au contraire parasités par des croyances préalables des humains). Une rare exception qui utilise le mythe judéo-chrétien est Mephisto et il gêne souvent Marvel, qui le réduit alors à une simple créature d'une autre dimension - mais on ne comprend pas alors à quoi lui servirait ses tentations. L'existence d'un Dieu est possible mais pas du tout nécessaire dans un tel cadre.

DC au contraire a eu quelques histoires qui insinuaient qu'il y avait un Créateur et qu'au moins une partie du mythe judéo-chrétien devait être vraie. Il y a eu des Anges dans les équipes et même si Dieu reste nécessairement un peu distant pour éviter le ridicule, sa présence se fait sentir (certes, quelques histoires plus Vertigoesques ont pris des points de vue plus hétérodoxes).

Et c'est un défaut du principe de "Continuité" des comics : on ne peut pas facilement revenir en arrière.

Add.
Via VfV dans les commentaires, cet article de Chris Sims : Pourquoi DC tente toujours de devenir comme Marvel depuis 45 ans, de manière assez contre-productive.

mardi 11 novembre 2014

Vieillir

(via Claudine Tiercelin - qui précise que l'âge en question commence après 49 ans chez Aristote, cette description du type de caractère du Vieux dans sa Rhétorique, II, 13, on pense qu'Aristote a sans doute la cinquantaine, voire la soixantaine quand il le rédige vers 330-325)

 "[1389b]...Les vieux, ceux qui ont dépassé la maturité, ont des traits de caractère qui pratiquement tous peuvent se déduire de l'inversion des précédents (i.e. des jeunes, voir chap 12): comme ils ont [15] vécu un grand nombre d'années, qu'ils ont été trompés davantage et ont commis plus de fautes que les jeunes, et comme la majorité des affaires humaines vont mal, non seulement ils n'affirment rien catégoriquement mais se prononcent avec excessivement moins d'assurance qu'il ne faudrait. Ils "croient", mais ne "savent" rien. Dans leur hésitation, ils ajoutent toujours "peut-être", "sans doute" et énoncent tout sous cette forme, et jamais rien catégoriquement.

[20] Ils sont aigris, car l'aigreur consiste à toujours voir le mauvais côté des choses. Ils sont soupçonneux, par manque de confiance, et s'ils manquent de confiance, c'est par expérience. Voilà pourquoi ils n'aiment ni ne haïssent franchement, mais - selon le conseil de Bias - aiment comme s'ils devaient haïr un jour et haïssent comme s'ils devaient aimer un jour.

Ils ont l'âme petite, [25] parce qu'ils ont été humiliés par la vie. Ils ne désirent rien de grand ni d'extraordinaire, mais juste ce qui sert à vivre. Ils sont pingres, car si avoir du bien fait partie des nécessités, ils savent d'expérience qu'il est difficile de l'acquérir et facile de le perdre. Ils sont lâches et s'effraient de tout à l'avance, [30] car leurs dispositions sont à l'opposé de celles des jeunes: ils sont refroidis, tandis que les jeunes sont chauds, aussi la vieillesse est-elle ce qui prépare le terrain à la lâcheté, car la peur est une source de refroidissement.

Ils aiment la vie, et cela plus encore au dernier jour, parce que le désir est désir de ce qui n'est pas là et que ce dont on est privé, c'est ce qu'on [35] désire le plus. Ils sont égoïstes plus qu'il ne le faut : c'est là aussi de la petitesse d'âme. Ils vivent en se réglant sur l'intérêt et non sur le beau, et cela plus qu'il ne le faut, en raison de leur égoïsme [1390a] car l'utile est un bien pour soi, tandis que le beau est un bien dans l'absolu. Ils sont plus éhontés qu'accessibles à la honte.

En effet, comme ils ne se soucient pas tant du beau que de l'utile, ils dédaignent l'opinion qu'on a d'eux. Ils sont peu enclins à espérer, par expérience d'une part (car la plupart des [5] choses qui arrivent dans la vie sont mauvaises: en tout cas, elles tournent généralement mal), et aussi par lâcheté.

Ils vivent de mémoire plutôt que d'espérance, car ce qui leur reste à vivre est court et leur passé abondant, or l'espérance porte sur le futur et la mémoire sur le passé; c'est là précisément la cause de leur [10] bavardage : ils passent leur temps à évoquer le passé, prenant du plaisir à se ressouvenir.

Leurs emportements sont vifs, mais sans force. Quant aux désirs, les uns les ont désertés, les autres se sont affaiblis, de sorte qu'ils ne sont ni enclins à désirer, ni portés à régler leur actions sur leurs désirs. Ils se règlent plutôt sur le profit.

Aussi les gens de cet âge [15] paraissent-ils doués pour la tempérance : c'est que les désirs les ont abandonnés et qu'en même temps, ils sont esclaves du profit. Ils vivent davantage en fonction du calcul que de la moralité, car le calcul vise l'intérêt tandis que la moralité vise la vertu. Quant aux injustices, ils les commettent par méchanceté et non par démesure.

Les vieux sont eux aussi accessibles à la pitié, mais [20] ce n'est pas pour les mêmes raisons que les jeunes: chez ces derniers, c'est par amour de l'humanité, chez les vieux, c'est par faiblesse. Car ils se croient près de subir tous les malheurs, ce qui est, disions-nous, propice à la pitié.

De là vient qu'ils sont geignards, mais ni badins ni rieurs. Car la tendance à gémir est opposée au goût du rire."
    Aristote, Rhétorique, Livre II, chap. 13, traduction Pierre Chiron, Nouvelle édition Flammarion, Aristote Oeuvres Complètes, 2014, p. 2684-2685.

Add. Résolutions de Swift en 1699 (quand il avait 32 ans) sur son vieil âge.

When I come to be old. 1699.

Not to marry a young Woman. 
Not to keep young Company unless they reely desire it. 
Not to be peevish or morose, or suspicious. 
Not to scorn present Ways, or Wits, or Fashions, or Men, or War, &c. 
Not to be fond of Children, or let them come near me hardly
Not to tell the same story over and over to the same People. 
Not to be covetous. 
Not to neglect decency, or cleenlyness, for fear of falling into Nastyness. 
Not to be over severe with young People, but give Allowances for their youthfull follyes and weaknesses. 
Not to be influenced by, or give ear to knavish tatling servants, or others.
Not to be too free of advise, nor trouble any but those that desire it. 
To desire some good Friends to inform me wch of these Resolutions I break, or neglect, and wherein; and reform accordingly. 
Not to talk much, nor of my self. 
Not to boast of my former beauty, or strength, or favor with Ladyes, &c. 
Not to hearken to Flatteryes, nor conceive I can be beloved by a young woman, et eos qui hereditatem captant, odisse ac vitare. 
Not to be positive or opiniative. 
Not to sett up for observing all these Rules; for fear I should observe none.

dimanche 9 novembre 2014

Le jeu et le sublime


Une jolie description du jeu de rôle en passant sur le blog de Zak :
 the potentia is always there, never quite dwindling into clarity because theme, or unity, or even meaning, implies an ending--and an ending is a limit. And the power of it is equal to the ability to suspend you in its limitlessness.

You are (and--when it's very good--can feel yourself-) standing continuously and absolutely genuinely on the brink of what art can only fake: the infinite.