jeudi 20 novembre 2014

Wonder Woman 1-35 (2011-2014)

Comme l'équipe Azzarello-Chiang part de Wonder Woman et que la nouvelle équipe du couple Finch arrive, j'ai failli écrire une recension plus globale mais heureusement, Internet est rationnel et l'a déjà fait bien mieux que ce que je voulais faire.

Je suis d'accord avec l'analyse : Brian Azzarello a réussi à rendre les dieux intéressants dans son approche érudite et décalée (notamment son Héra qui a eu un vrai Arc narratif entre la Méchante Sorcière du début et la Reine Vénérable de la fin). Mais il a - comme tant de scénaristes avant lui - échoué à rendre Wonder Woman intéressante, au point qu'elle n'apparaît pendans trois ans que comme un faire-valoir pour les mythes qui s'agitent autour d'elle. (Et en un sens, c'est un drame pour Superman et WW que les scénaristes semblent tellement s'ennuyer avec des héros trop purs qu'ils doivent se concentrer sur l'entourage des personnages secondaires).

Le fait que WW ait maintenant un père en Zeus est une grande rupture, qui rapproche plus WW d'une Athéna. D'habitude, WW était née par parthénogenèse comme le golem de Pandore - et Zeus avait même tenté de la séduire dans les années 1980. Il paraît que le prochain film de DC garderait cette innovation à la Percy Jackson.

WW est maintenant Déesse de la Guerre à la place d'Arès. C'est là encore une inversion car d'habitude, Arès était son pire ennemi, pas son mentor. Pendant la brève ère John Byrne, elle avait déjà été Déesse une fois, associée à la Vérité.

Enfin, l'Île des Amazones a rarement été aussi dystopique que dans cette version : au lieu d'être un paradis de femmes immortelles, elles y sont des sortes de sirènes qui violent des hommes pour mieux tuer ensuite les bébés mâles. Ce fut l'idée la plus marquante peut-être et on peut se demander si Azzarello n'était pas allé trop loin.

Je continue à penser que l'entourage de WW pendant l'ère Jimenez (le côté île volante pleine de centaures) ou à la rigueur de manière plus sobre pendant l'ère Rucka (avec Athéna en Hacker et un secrétaire minotaure qui s'appelait Ferdinand) était plus intéressante que ce qu'on a en ce moment. Mais là encore l'entourage risquait de servir à dissimuler WW elle-même.

Pourquoi le clivage entre DC et Marvel tend à ne pas se résorber


J'ai entendu aux Utopiales un fan de Marvel dire dans une conférence que "Marvel était de gauche - du moins au sens américain, et DC de droite", mais je n'ai pas voulu relever. On n'est pas tous d'accord sur les jugements de valeur mais tous les fans de comics font comme s'il était évident ou normal que les deux univers de comics principaux soient vraiment différents dans leurs "philosophies" alors que les deux éditeurs tentent souvent de s'imiter et que les mêmes auteurs travaillent souvent successivement voire simultanément pour les deux. Pourtant, il y a une "dépendance au sentier" : malgré leurs ressemblances et même malgré toutes les influences mutuelles ou les tentatives de se plagier, il est vrai que DC et Marvel ont maintenu des traditions et identités assez distinctes, au point qu'on a même en ce moment encore plus de divergences stylistiques entre les deux éditeurs.

Âge d'Or

Je ne parlerai pas tellement des origines dans les années 1940. C'est DC (ou National Periodicals) qui a créé le genre du superhéros, avec Superman et ensuite avec la première équipe, la Justice Society of America. Marvel (ou plus exactement son ancêtre Timely) avait à l'époque des personnages moins connus mais avait déjà une légère singularité avec plus d'anti-héros (le Submariner) et plus de conflits entre héros (en fait, je n'en vois pas d'exemples dans l'Âge dor de DC).

Âge d'Argent

A l'Âge d'Argent, contrairement à ce qu'on pourrait croire en étant concentré sur le succès critique de Marvel, DC battait encore Marvel dans les ventes (ce qui explique d'ailleurs leur nonchalance face à Marvel et le fait qu'ils mirent au moins une douzaine d'années avant de commencer vraiment à s'inspirer des succès de Marvel).

DC visait explicitement (et parfois avec une certaine condescendance) un public bien plus enfantin et ne cherchait d'ailleurs pas vraiment à se renouveler comme ils estimaient que leur lectorat changeait périodiquement à chaque fois que les enfants grandissaient et abandonnaient les comics (cela explique certaines histoires qui se répétaient à l'identique - DC pensait que les lecteurs ne s'en rendraient pas compte et s'autoplagiait). En un sens, c'est l'exact inverse d'aujourd'hui où ils se disent qu'ils n'arriveront pas à attirer de nouveaux lecteurs et qu'il faut donc plutôt tenter de fidéliser les lecteurs âgés et nostalgiques.

Mais si c'est DC qui créa l'Âge d'Argent, c'est Marvel qui fut plus révolutionnaire. On ne pourrait pas parler de littérature adultes mais quand même de littérature plus "adolescente" ou moins enfantine que DC. Marvel réussit pour un temps à se donner une apparence bien plus "cool" que le ringard DC.

Pourtant, l'image de "gauche" dont on parle en France est excessive. Dans les années 1960, les comics Marvel sont plus "politisés" au sens où la politique est mentionnée comme un arrière-fond, mais toujours avec une certaine prudence (sauf à la rigueur sur la question des Droits civiques où il y a certes quelques passages assez courageux). DC de l'époque ne parle pas directement de politique (en dehors d'une certaine révérence envers JFK et de quelques histoires isolées qui se moquent un peu des hippies avec plus de distance que chez Marvel).

L'orateur disait "Captain America n'est pas allé au Vietnam". Certes, mais Iron Man y est allé souvent. C'est surtout avec le scénariste Steve Englehart et le Président Nixon que Captain America va devenir assez à gauche. La Marvel des années 1960 n'était pas aussi franche.

Un des exemples de "convergence" ou évolution parallèle est la célèbre coïncidence où l'équipe Doom Patrol sort juste avant les X-Men et les deux équipes se ressemblent beaucoup. Il n'y a eu aucune influence directe mais Doom Patrol de DC était en revanche plutôt une réaction face au succès des Fantastic Four, ce qui explique le ton si proche de la Concurrence.

Âge de Bronze

partir des années 1970, DC commence à décliner, Marvel devient dominante et les X-Men écraseront pour toujours leurs concurrents (le seul personnage qui puisse rivaliser chez DC est Batman, en partie à cause des films). C'est là que DC va créer les New Titans comme réaction aux X-Men (et la Légion des Superhéros de cette période fut aussi un relatif succès). Curieusement, c'est aussi la période où Marvel s'amuse à faire parfois des imitations symétriques (Nova est une sorte de miroir chez Marvel d'une écriture typique de DC, avec une parodie de Green Lantern et Carmine Infantino aux dessins).

Âge récent

Si on fait un bond à notre épqoue récente, Marvel a su se revitaliser. Ses histoires arrivent à maintenir le carcan de la Continuité tout en cherchant des thèmes assez dramatiques ou originaux (avec Brian Bendis). DC, au contraire, ne cesse de créer de nouvelles histoires sur sa propre cosmologie, qui n'est plus un décor mais vraiment le thème essentiel de leur propre univers. Marvel ne ressent pas le même besoin de se rebooter tous les dix ans dans un quelconque Ragnarok (sauf pour certains personnages seulement). Geoff Johns, qui est l'auteur principal de DC et l'équivalent de Bendis dans son importance, s'est spécialisé dans une veine qui mélange un contenu très nostalgique (retour à l'Âge d'Argent dans certains thèmes) avec un peu de violence inutile pour "moderniser" cet élément.

Le Dieu de DC, la Nature de Marvel

Dans la "dépendance au sentier" de l'histoire de ces deux éditeurs, il y a un argument qui irait quand même en partie en faveur de la thèse initiale sur l'écart entre les deux : DC n'est pas nécessairement plus "à droite" mais est (et je pense que c'est durable) plus "théiste" que Marvel.

Marvel a fait de nombreuses histoires de SF assez athées où la vie humaine est un sous-produit d'extraterrestres et où il est clairement indiqué qu'il n'y a rien de plus que la Nature (Earth-X était allé jusqu'à dire que même les Asgardiens étaient en réalité des extra-terrestres qui n'avaient pas causé les mythes scandinaves mais avaient été au contraire parasités par des croyances préalables des humains). Une rare exception qui utilise le mythe judéo-chrétien est Mephisto et il gêne souvent Marvel, qui le réduit alors à une simple créature d'une autre dimension - mais on ne comprend pas alors à quoi lui servirait ses tentations. L'existence d'un Dieu est possible mais pas du tout nécessaire dans un tel cadre.

DC au contraire a eu quelques histoires qui insinuaient qu'il y avait un Créateur et qu'au moins une partie du mythe judéo-chrétien devait être vraie. Il y a eu des Anges dans les équipes et même si Dieu reste nécessairement un peu distant pour éviter le ridicule, sa présence se fait sentir (certes, quelques histoires plus Vertigoesques ont pris des points de vue plus hétérodoxes).

Et c'est un défaut du principe de "Continuité" des comics : on ne peut pas facilement revenir en arrière.

Add.
Via VfV dans les commentaires, cet article de Chris Sims : Pourquoi DC tente toujours de devenir comme Marvel depuis 45 ans, de manière assez contre-productive.

mardi 11 novembre 2014

Vieillir

(via Claudine Tiercelin - qui précise que l'âge en question commence après 49 ans chez Aristote, cette description du type de caractère du Vieux dans sa Rhétorique, II, 13, on pense qu'Aristote a sans doute la cinquantaine, voire la soixantaine quand il le rédige vers 330-325)

 "[1389b]...Les vieux, ceux qui ont dépassé la maturité, ont des traits de caractère qui pratiquement tous peuvent se déduire de l'inversion des précédents (i.e. des jeunes, voir chap 12): comme ils ont [15] vécu un grand nombre d'années, qu'ils ont été trompés davantage et ont commis plus de fautes que les jeunes, et comme la majorité des affaires humaines vont mal, non seulement ils n'affirment rien catégoriquement mais se prononcent avec excessivement moins d'assurance qu'il ne faudrait. Ils "croient", mais ne "savent" rien. Dans leur hésitation, ils ajoutent toujours "peut-être", "sans doute" et énoncent tout sous cette forme, et jamais rien catégoriquement.

[20] Ils sont aigris, car l'aigreur consiste à toujours voir le mauvais côté des choses. Ils sont soupçonneux, par manque de confiance, et s'ils manquent de confiance, c'est par expérience. Voilà pourquoi ils n'aiment ni ne haïssent franchement, mais - selon le conseil de Bias - aiment comme s'ils devaient haïr un jour et haïssent comme s'ils devaient aimer un jour.

Ils ont l'âme petite, [25] parce qu'ils ont été humiliés par la vie. Ils ne désirent rien de grand ni d'extraordinaire, mais juste ce qui sert à vivre. Ils sont pingres, car si avoir du bien fait partie des nécessités, ils savent d'expérience qu'il est difficile de l'acquérir et facile de le perdre. Ils sont lâches et s'effraient de tout à l'avance, [30] car leurs dispositions sont à l'opposé de celles des jeunes: ils sont refroidis, tandis que les jeunes sont chauds, aussi la vieillesse est-elle ce qui prépare le terrain à la lâcheté, car la peur est une source de refroidissement.

Ils aiment la vie, et cela plus encore au dernier jour, parce que le désir est désir de ce qui n'est pas là et que ce dont on est privé, c'est ce qu'on [35] désire le plus. Ils sont égoïstes plus qu'il ne le faut : c'est là aussi de la petitesse d'âme. Ils vivent en se réglant sur l'intérêt et non sur le beau, et cela plus qu'il ne le faut, en raison de leur égoïsme [1390a] car l'utile est un bien pour soi, tandis que le beau est un bien dans l'absolu. Ils sont plus éhontés qu'accessibles à la honte.

En effet, comme ils ne se soucient pas tant du beau que de l'utile, ils dédaignent l'opinion qu'on a d'eux. Ils sont peu enclins à espérer, par expérience d'une part (car la plupart des [5] choses qui arrivent dans la vie sont mauvaises: en tout cas, elles tournent généralement mal), et aussi par lâcheté.

Ils vivent de mémoire plutôt que d'espérance, car ce qui leur reste à vivre est court et leur passé abondant, or l'espérance porte sur le futur et la mémoire sur le passé; c'est là précisément la cause de leur [10] bavardage : ils passent leur temps à évoquer le passé, prenant du plaisir à se ressouvenir.

Leurs emportements sont vifs, mais sans force. Quant aux désirs, les uns les ont désertés, les autres se sont affaiblis, de sorte qu'ils ne sont ni enclins à désirer, ni portés à régler leur actions sur leurs désirs. Ils se règlent plutôt sur le profit.

Aussi les gens de cet âge [15] paraissent-ils doués pour la tempérance : c'est que les désirs les ont abandonnés et qu'en même temps, ils sont esclaves du profit. Ils vivent davantage en fonction du calcul que de la moralité, car le calcul vise l'intérêt tandis que la moralité vise la vertu. Quant aux injustices, ils les commettent par méchanceté et non par démesure.

Les vieux sont eux aussi accessibles à la pitié, mais [20] ce n'est pas pour les mêmes raisons que les jeunes: chez ces derniers, c'est par amour de l'humanité, chez les vieux, c'est par faiblesse. Car ils se croient près de subir tous les malheurs, ce qui est, disions-nous, propice à la pitié.

De là vient qu'ils sont geignards, mais ni badins ni rieurs. Car la tendance à gémir est opposée au goût du rire."
    Aristote, Rhétorique, Livre II, chap. 13, traduction Pierre Chiron, Nouvelle édition Flammarion, Aristote Oeuvres Complètes, 2014, p. 2684-2685.

Add. Résolutions de Swift en 1699 (quand il avait 32 ans) sur son vieil âge.

When I come to be old. 1699.

Not to marry a young Woman. 
Not to keep young Company unless they reely desire it. 
Not to be peevish or morose, or suspicious. 
Not to scorn present Ways, or Wits, or Fashions, or Men, or War, &c. 
Not to be fond of Children, or let them come near me hardly
Not to tell the same story over and over to the same People. 
Not to be covetous. 
Not to neglect decency, or cleenlyness, for fear of falling into Nastyness. 
Not to be over severe with young People, but give Allowances for their youthfull follyes and weaknesses. 
Not to be influenced by, or give ear to knavish tatling servants, or others.
Not to be too free of advise, nor trouble any but those that desire it. 
To desire some good Friends to inform me wch of these Resolutions I break, or neglect, and wherein; and reform accordingly. 
Not to talk much, nor of my self. 
Not to boast of my former beauty, or strength, or favor with Ladyes, &c. 
Not to hearken to Flatteryes, nor conceive I can be beloved by a young woman, et eos qui hereditatem captant, odisse ac vitare. 
Not to be positive or opiniative. 
Not to sett up for observing all these Rules; for fear I should observe none.

dimanche 9 novembre 2014

Le jeu et le sublime


Une jolie description du jeu de rôle en passant sur le blog de Zak :
 the potentia is always there, never quite dwindling into clarity because theme, or unity, or even meaning, implies an ending--and an ending is a limit. And the power of it is equal to the ability to suspend you in its limitlessness.

You are (and--when it's very good--can feel yourself-) standing continuously and absolutely genuinely on the brink of what art can only fake: the infinite.

mercredi 5 novembre 2014

Les Âges du Monde

David Dunham, le créateur du jeu informatique King of Dragon Pass annonce un nouveau jeu stratégique narratif qui se situera aussi sur Glorantha pour 2016 : Six Ages. Robin Laws, le créateur de Heroquest, y participera. 


(En passant, les Malkioni ont l'air plutôt inspirés par les Gnostiques dans leur théorie des éons qui émanent de Dieu (avec un peu de pythagorisme mélangé) mais il y a peut-être aussi une influence plus récente de Schelling, qui avait tenté vers 1810-1827 un travail qui aurait dû s'appeler "philosophie des Âges du monde", qui devait décrire une sorte de "sortie" du Monde hors de l'Absolu ("l'Iliade de l'exil et l'Odyssée du retour") pour tenter de concilier à la fois la transcendance divine et la liberté des créatures ?)

dimanche 2 novembre 2014

Utopiales XV (29 octobre-2 novembre 2014)


Les Utopiales de Nantes ont lieu au Palais des Congrès et ils mènent de front des conférences, des projections de film (avec un festival du cinéma) et un "pôle ludique" avec des parties de jeux de plateau et de jeux de rôle. Voilà le Palmarès 2014 (qui comptait même un prix du meilleur scénario de jeu de rôle).

Le Président actuel est l'astrophysicien et amateur de SF Roland Lehoucq mais il y a à présent de plus en plus d'universitaires spécialistes de SF en plus des auteurs. Le thème était "Intelligences" et il y a eu donc plusieurs petits exposés ou discussions sur l'IA ou sur le thème de la compréhension d'Autres intelligences. (Certaines conférences ont été mises sur cette chaîne YouTube).

J'ai hélas raté mon idole Michael Moorcock mais j'ai assisté à quelques conférences, dont un retour sur l'oeuvre d'éditeur ("Ailleurs et Demain" et la Grande Anthologie de la Science-Fiction) et d'auteur de Gérard Klein ("Gilles d'Argyre"). Il dit que la science-fiction est à présent plutôt en crise éditoriale en France et pense que la désillusion face à l'avenir et face à la science expliquerait le déclin des ventes de science-fiction. Il faisait aussi l'hypothèse que les Indiens et Chinois auraient (ou avaient peut-être déjà) assez d'ingénieurs plus optimistes ou plus favorisés que les nôtres pour supposer un nouvel Âge d'or de la SF mais en Asie.

J'ai acheté la somme de Simon Bréan, La science-fiction en France (Presses Universitaires de Paris Sorbonne, 2012), et je me rends compte à quel point je ne connais quasiment pas les auteurs étudiés comme Francis Carsac, Stefan Wul, Philippe Curval, Pierre Pelot ou Jean-Pierre Andrevon. En un sens, le livre raconte aussi à quel point de nombreuses collections françaises (en dehors des livres du Fleuve Noir) faisaient le choix de ne publier quasiment que des traductions (Ailleurs & Demain a 70% d'Anglo-saxon, Présence du Futur encore plus). Le début est surtout une description des différents éditeurs ou collections au fil du temps mais il résume ensuite aussi des thèmes et des séries françaises et on perçoit quelques tendances à chaque période qui ne se réduisent pas à l'imitation des oeuvres anglo-américaines. Mais la SF française (ou même francophone) restera sans doute longtemps très marginale par rapport à ce qui existe en anglais, alors qu'il n'y a pas du tout la même impression de "marge" dans la bande-dessinée par exemple. Il n'est pas absurde d'imaginer que Gérard Klein soit le plus grand auteur français de SF vivant et on n'imagine pas comparer son oeuvre à celles des grands maîtres qu'il éditait en France.

Plusieurs librairies de Nantes se réunissent pour créer la "Librairie éphémère" qui est une collection impressionnante de science-fiction. J'y ai acheté un peu de SF québecoise que j'ai du mal à trouver en France (à part chez Scylla).

dimanche 26 octobre 2014

Le bilan judiciaire d'Obama


Obama est officiellement Président des USA pendant encore deux ans, jusqu'en janvier 2017 mais les Républicains vont encore accroître leur domination sur le législatif dès ce mois de novembre 2014 et la phase du "Canard Boiteux" (Lame Duck) commence à la fin du second mandat, les bilans de la Présidence Obama se multiplient, avec surtout une "révolution" sociale qui aura été l'extension des soins médicaux à plus de non-assurés (même si la réforme A.C.A. dite "ObamaCare" est aussi une confirmation de la voie américaine des assurances privées), souvent bons pour la politique économique américaine mais nettement plus mitigés sur la politique étrangère (avec l'effondrement de l'état irakien et les développements de nouveaux mouvements terroristes), voire médiocres sur certaines libertés comme les droits à la vie privée ou sur la lutte judiciaire contre les tortures autorisées préalablement.

Quand on parle du bilan sur le pouvoir judiciaire, on se concentre d'habitude sur la Cour Suprême.



Et là, le bilan ne sera guère qu'une continuation du statu quo. Deux Juges sont partis, tous les deux plutôt "de gauche" au sens américain (l'antique John Paul Stevens, nommé sous Ford, et le surprenant David Souter qui avait été pourtant nommé par Bush Père) et Obama les a remplacés par deux Juges femmes et assez jeunes pour qu'elles puissent durer. On peut regretter que Ruth Ginsburg (81 ans) n'en ait pas profité elle aussi pour prendre sa retraite. Breyer a 76 ans mais cela risquait peut-être de se voir si les quatre juges de gauche partaient tous en même temps sous le même mandat (et on n'ose plus penser que Scalia ou Kennedy ne meurent avant novembre 2016).

La composition par âge est aujourd'hui la suivante :

Ruth Ginsburg (née en 1933)
Antonin Scalia (né en 1936)
Anthony Kennedy (né en 1936)
Stephen Breyer (né en 1938)
Clarence Thomas (né en 1948)
Samuel Alito (né en 1950)
Sonia Sotomayor (née en 1954)
John Roberts (né en 1955)
Elena Kagan (née en 1960)

(en bleu, les plus pro-démocrates, en rouge les pro-républicains)
En moyenne, un Juge tend à rester entre 20 et 30 ans de nos jours. Ce qui veut dire que le jeune John Roberts (59 ans seulement), nommé en 2005 par Bush fils, risque d'être encore le Président de la Cour suprême pendant les élections de 2032 dans 18 ans, quand il aura 78 ans...

Mais l'article montre que le vrai changement durable a été dans d'autres niveaux des Cours fédérales :

Obama has had two hundred and eighty judges confirmed, which represents about a third of the federal judiciary. Two of his choices, Sonia Sotomayor and Elena Kagan, were nominated to the Supreme Court; fifty-three were named to the circuit courts of appeals, two hundred and twenty-three to the district courts, and two to the Court of International Trade. When Obama took office, Republican appointees controlled ten of the thirteen circuit courts of appeals; Democratic appointees now constitute a majority in nine circuits. 
Il y a environ 94 districts dans les 50 Etats plus les Territoires, mais seulement 11 cours d'appel (cela fait 13 en comptant le District of Columbia et une Cour fédérale) : 1 Boston (Nouvelle Angleterre et Puerto Rico), 2 New York City (New York, Vermont, Connecticut), 3 Philadelphie (New Jersey, Delaware, Pennsylvanie, Îles Vierges), 4 Richmond (Maryland, les deux Caroline, les deux Virginie), 5 Nouvelle Orléans (Louisiane, Mississippi, Texas), 6 Cincinnati (Kentucky, Michigan, Ohio, Tennessee), 7 Chicago (Illinois, Indiana, Wisconsin), 8 Saint Louis (Arkansas, Iowa, Minnesota, Missouri, les Dakotas), 9 San Francisco (Alaska, Arizona, Californie, Hawaii, Indiana, Montana, Nevada, Oregon, plus Guam), 10 Denver (Colorado, Kansas, Nouveau Mexique, Oklahoma, Utah, Wyoming), 11 Atlanta (Alabama, Floride, Georgie). Les Juges nommés par les Démocrates sont majoritaires dans les 1e, 2e, 3e, 4e, 9e, 10e (de peu), 11e, plus la Cour de DC et la Cour fédérale, et les Républicains sont largement majoritaires dans les 5e, 6e, 7e, 8e Cour.

Les changements récents sur le mariage homosexuel sont en partie un effet de ces nominations (même si Obama a plus suivi ces réformes sociétales qu'il ne les a devancées).

Les récurrences oubliées


Je tombe par hasard sur cela (rendu incompréhensible parce qu'ImageShack a détruit les illustrations) mais j'avais complètement oublié qu'en 2005, Patrick Modiano était le scénariste de mon vieux webcomic (qui doit lui aussi être détruit avec Imageshack) avec des manchots. Je ne comprends d'ailleurs plus aucun des gags à répétition, ce qui prouve la qualité de notre Nobel commun.

jeudi 23 octobre 2014

Immersion et les cinq sens


Depuis que M.A.R. Barker a dit que pendant ses parties d'Empire du Trône du Pétale il faisait boire du Chumetl à ses joueurs pour accroître le dépaysement (voir aussi ce blog de cuisine tsolyanie), j'ai envie de tenter l'expérience - mais j'ai un peu peur que cela tourne au ridicule, voire pire au sectaire (surtout que mes tentatives sur d'autres sens, avec de la musique, ont le plus souvent été ratées car elles me semblaient plutôt casser l'ambiance et nous rappeler encore plus la distance entre les gadgets et l'imagination).

Par exemple, un des problèmes les plus fondamentaux dans Skyrealms of Jorune est justement l'alimentation. Il est difficile de trouver des éléments comestibles agréables. Et pour aider à une immersion dans le "durlig" (la seule plante nutritive que les Humains aient réussi à faire pousser sur Jorune), je me disais qu'on pourrait se contraindre à manger quelques plantes amères (comme des endives - que je déteste - ou du raifort) en cours de partie à la place des chips ou de gâteaux. L'ennui est que cela aurait l'effet inverse de celui du Chumetl (qui doit être assez agréable) et pourrait même finir par donner de mauvaises associations à tout le contexte.

Un autre risque est que cela fait penser plus à un rituel qu'à un jeu de rôle, plus au maror du Séder par exemple.

Il y a une place du rituel dans le jeu de rôle (et une des idées géniales de Greg Stafford avec Glorantha était d'avoir en un sens accompli le processus inverse en changeant les rituels pratiqués par les personnages en une sorte de mise en abyme du jeu de rôle). Mais cela pourrait nuire à ce que les rôlistes appellent le "contrat social" autour de la table et dépasser la zone de confort de certains joueurs (je trouverais de très mauvais goût de manger du boudin à Vampire...).

The Wicked & the Divine #4-5

(voir #1-3)

Tous ces 5 premiers numéros n'étaient donc qu'un prologue. Je ne dévoilerai pas la fin de ce numéro 5 mais il y a une rupture suffisante pour qu'on se demande à quoi servaient ces environs 150 premières pages à part introduire l'univers et ce personnage de Laura, fan-néophyte des XII Nouvelles Idoles.

Laura était décrite comme une fan des dieux-popstars en général, notamment Amateratsu (déesse japonaise du Soleil) mais elle mentionne qu'elle suivait aussi Inana (déesse sumérienne de la Fertilité et de la Mort, qui, si j'ai bien compris, s'est incarnée en homme) et Woden (qui doit être Óðinn, mais incarné en un double de Daft Punk qui s'entourere de Valkyries). Mais on comprend qu'elle va occuper un rôle bien plus fondamental que celui de simple fan désirant émuler les dieux.

Un des charmes des dessins de Jamie McKelvie est, que lorsque je le regarde sur Comixology case à case, j'ai presque l'impression d'un dessin animé. Les transitions sont construites avec subtilité pour créer une dynamique et je ne suis pas sûr que je l'aurais autant remarqué sans cet outil technique pour découper les images.

Guide to Glorantha arrivé

(Oui, ce mois-ci, j'augmente le nombre de messages de manière peu raisonnable pour de simples photos)

Pour l'échelle, la statue de Śiva Nāṭaraja (ou Yara Aranis, je ne sais plus très bien) sur le côté fait bien sûr 2 mètres de haut. Il faut une grue pour tourner les pages.


mercredi 22 octobre 2014

Régressions


Je viens de tomber par hasard juste à côté de la Place de la République sur ce magasin Lulu Berlu et c'est très, très impressionnant. Ils disent être le plus grand magasin de jouets de collection de France et cela est crédible, bien plus grand que tous les autres magasins que je connaisse, y compris toute la Rue Dante réunie et le Forbidden Planet de Londres (sauf pour Dr Who, ok).

La classification thématique de la "Caverne d'Ali Baba" de Lulu Berlu est très bien faite et on a presque une impression d'un Musée du Jouet des 40 dernières années. Les vitrines contiennent non pas seulement tout ce dont je me souvenais mais même ce que je n'arrivais pas à trouver à l'époque où cela venait de sortir ou ce dont je n'imaginais même pas qu'il puisse exister comme produits dérivés.

Le jouet de "collection" en question est souvent lié à des licences de divers médias (bd, dessins animés, superhéros, Star Wars, Star Trek...) mais cela peut aller dans le sens inverse comme le jouet a parfois créé l'oeuvre pour enfant comme support du produit (Masters of the Universe ou Micronauts). D'ailleurs, aujourd'hui, les enfants que je vois connaissent de nombreux personnages uniquement comme jouets (ou autres produits dérivés) bien avant d'avoir pu lire une bd ou même vu un dessin animé. A l'inverse, ils regardent à la télévision des fictions adaptées directement de Lego ou Playmobil.

αἰὼν παῖς ἐστι παίζων, πεττεύων· παιδὸς ἡ βασιληίη ("la Vie éternelle est un enfant qui joue sur un damier, Royauté d'un enfant"). L'époque actuelle, dans sa valorisation de l'enfance, a transformé le rapport aux Âges de la vie. On pourrait dire simplement que ce n'est qu'un exemple du Narcissisme contemporain dont parlent tant le sociologue ex-trotskiste néo-conservateur Christopher Lasch ou d'autres : le capitalisme tardif, fondé sur la publicité et l'entretien d'une construction sociale de nos désirs, nous installerait dans un état de consumérisme perpétuel. La commercialisation de la régression infantile serait un ancrage symbolisé par la période où nos frustrations ne dépendaient pas encore entièrement de nos propres choix ou ressources individuelles, ou bien dans le rêve d'une innocence où on ne percevait justement pas à quel point nos désirs étaient aussi dépendants.

Quand j'étais enfant, je trouvais que les Anglo-Saxons avaient moins de culpabilité que nous face à leurs jeux d'enfance et c'est une ambiance sur laquelle joue beaucoup des séries britanniques comme The Avengers ou The Persuaders (épisode 21 A Death in the Family). Ce rapport arrêté à Peter Pan pourrait être une victoire de ce modèle culturel anglo-américain mais la taille de la boutique française semble prouver que nous les battons maintenant sur ce terrain du culte nostalgique.

Mais c'est assez complexe comme "adolescentisation" ou même "infantilisation" de la vie. Je ne crois pas entièrement aux grands mythes psychanalytiques mais ils doivent avoir raison que quelque chose d'obscur et d'inconscient se joue là. Quand je suis entré dans ce vaste musée, l'inquiétante étrangeté était un mélange de joie enfantine mais aussi un peu de cauchemardesque retour un peu trop brut de l'enfance elle-même. La satisfaction ou jubilation peut demeurer ambivalente. Bien que mon enfance n'ait pas été "dickensienne", cela restait légèrement pénible, comme une replongée dans un état d'hétéronomie. Il est normal que les films d'horreur américains ou certaines photographies d'art jouent si souvent sur des clowns, des jouets cassés ou des poupées. C'est comme s'il y avait quand même un peu d'anxiété à vouloir se retourner ainsi sur une prétendue phase d'insouciance où se cristallisent aussi certaines de vos anxiétés durables.

Guide to Glorantha, Enfin !


I kickstarted, We Won. On l'avait annoncé il y a près de 2 ans et il était initialement prévu pour le printemps 2013 avant d'être distribué en Europe en cet automne 2014 par la compagnie Pegasus Spiele. On a déjà le PDF depuis longtemps et les Américains ont eu leur exemplaire depuis août mais la version papier arrive à présent aussi sur le Vieux Continent.

UPS m'a envoyé un email pour un colis de 8 kilogrammes (deux volumes du Guide plus l'Atlas).

Pour la version 13th Age, malgré mes quelques vices complétistes, je me suis finalement contenté du PDF pour des raisons de place (surtout que 13th Age m'intéressait finalement plus pour son univers High Fantasy que pour sa variante narrativiste de D&D).

mardi 21 octobre 2014

"La majeure par cinq"


En commentant le Casus Belli n°20 d'avril 1984, on avait discuté d'un passage où un chroniqueur ("Hong") disait qu'il ne fallait pas poser des énigmes trop obscures aux joueurs dans un scénario et notamment pas des références que le personnage ne pourrait pas connaître comme "la majeure par cinq" (ce que je ne comprends toujours pas, même en ayant tenté de lire l'entrée Wikipedia sur ce concept d'enchères au Bridge en France).

Une coïncidence fait que je regarde le vieux jeu de plateau réédité Rome & Carthage (1954) du philosophe Jean-René Vernes et ce Jean-René Vernes (un des premiers auteurs français de jeux et auteur d'une Critique de la raison aléatoire, 1982) a écrit des articles sur les enchères et la "majeure" pour des revues de Bridge. Il aurait été le premier à proposer une sorte de conjecture intuitive qu'on appelle la Loi des Levées Totales vers 1955-1958 et il raconte que la Fédération française de bridge publiait à l'époque de nombreux articles de discussion quasi-théorique sur la "majeure cinquième". Il y a même un ouvrage sur le Bridge de 1979 par un vieux psychologue nommé Jean-Marc Roudinesco qui s'appelle La Majeure Par Cinq (Belfond, 533 pages). On devait donc en parler aussi dans Jeux & Stratégie.

L'exemple bizarre (et qui semblait si incompréhensible) de "Hong" renvoyait donc à une époque où les joueurs de jeux de simulation étaient encore au courant de discussions entre joueurs de jeux de cartes traditionnels (de même qu'on a un peu oublié aujourd'hui que tout le jeu de rôle n'était qu'un hobby périphérique par rapport aux revues consacrées à Diplomacy, comme le rappelait encore Didier Guiserix sur les origines de Casus Belli).

Tigres Légers


Le créateur de Tigres Volants vient de mettre à disposition Tigres Volants Lite, la version simplifiée et gratuite de la 3e édition de son jeu en 42 pages (au lieu de 320). Je pensais qu'en 40 pages, on n'aurait que des règles, car la science-fiction fait généalement encore plus dans le détails que le jeu fantastique pur mais en fait il y a 23 pages de description de l'univers, puis 8 pages de règles, 4 pages de scénario d'introduction. [John Wick, qui attaquait l'obsession des jeux de rôle pour les catalogues d'armement, serait impressionné : un jeu de sf avec seulement 7 types d'armes. ]

L'univers de Tigres Volants me paraissait être simplement un mélange de Star Wars (en certes moins manichéen) et de Tolkien (ou d'un manga avec des Elfes), ou d'un Star Trek où les Vulcains seraient des Noldor mais j'ai enfin compris quelque chose par cette synthèse, c'est l'idée que l'intérêt de mettre des Elfes dans un jeu de Space Opera est aussi de parler de l'Immortalité et de confronter des temporalités différentes.

Les Humains et les autres espèces éphémères sont donc mélangés avec des sortes de Hauts-Elfes de l'espace qui viennent aussi à l'origine de la Terre mais ont créé une société millénaire ultra-conservatrice. A l'inverse, certains Humains ou assimilés qui se sont eux-mêmes manipulés génétiquement n'ont rien à envier dans l'orgueil démesuré aux Dunedain demi-elfes de l'espaaace qu'ils rencontrent.

On est dans une uchronie où les empires de Space Opera commencent dès notre époque, comme dans Shadowrun (3e Guerre mondiale en 1989, mutations psi dans les années 1990) et on est maintenant au début du XXIVe siècle.

Bien que le jeu insiste sur son non-manichéisme, on peut assez facilement trouver des factions moins sympathiques que d'autres. Et comme je suis un de ces joueurs fleur bleue qui déteste les Mercenaires, j'apprécie l'idée que les Mercenaires habituels (les Tigres Volants du titre p. 17) peuvent aussi tenir le rôle d'auxiliaires d'ONG humanitaires de l'espace et pas seulement de soldats privés. Des ONG pourraient faire sortir un peu du réalisme cynique de Traveller / Firefly si on le désire.

Procrastination sur YouTube





  • Au lieu de corriger mes copies pour dans deux semaines, j'ai passé ma journée à procrastiner en me demandant ce qu'allaient voir les Terriens dans 3 milliards d'années, quand le ciel nocturne n'aurait plus aucune galaxie lointaine (parce qu'elles auront définitivement quitté tout espoir d'être rattrapé par notre Sphère de Hubble). Certes, ils verront encore les étoiles les plus proches et ils auront eu des millions d'années pour se faire à l'idée.

  • J'ai aussi exploré des dessins animés américains des années 1960-1980.

    J'ignorais complètement qu'il y avait eu en 1967 un très bref dessin animé (produit par Filmation) sur The Atom, un de mes superhéros favoris. Les histoires ne sont pas terribles (euphémisme) mais l'atmosphère du vieux comic book est finalement assez bien reconstituée quand on pense à la briéveté du dessin animé (7 minutes). Ils ont l'air de faire de son pouvoir de miniaturisation un don inhérent et non un gadget tiré de sa ceinture.

    Dans la série Green Lantern de la même époque, le racisme est incompréhensible. Hal Jordan a normalement un ami d'origine inuit, Tom Kalmaku et dans le dessin animé il devient un Vénusien à la peau bleue nommé Kairo. Mais les Gardiens (qui, dans le comic book, ont la peau bleue) deviennent blancs.

    Super President (série de 67-68) avait un superhéros Président des USA qui pouvait changer les molécules de son corps (pouvoir assez original). Il doit vivre dans le futur ou une Terre Parallèle car, bien que son identité soit secrète, sa Maison Blanche a été modifiée pour ressembler davantage à un QG de superhéros. C'était produit par DePatie Freleng, c'est donc en théorie sans doute une propriété de Marvel (et donc de Disney aujourd'hui).

  • Il y a eu un univers de superhéros créé par la compagnie de dessins animés Filmation dans les années 1970. Ils sont surtout connus pour leurs dessins animés d'heroic fantasy He-Man/She-Ra, mais il avaient eu aussi
    (1) les Space Sentinels (trois humains choisis par des extraterrestres pour garder la Terre, Hercules (ce n'est pas le fils de Zeus, seulement un homonyme superfort et au look de surfer), Astraea (qui peut se métamorphoser en n'importe quoi) et Mercury (un superrapide).
    (2) la Freedom Force : la déesse et superhéroïne Isis (qui eut sa propre série télévisée comme rivale de Wonder Woman) recrute Hercules des Sentinels et y ajoute dans une Vallée du Temps des héros de différentes époques : le mage Merlin, Sinbad (qui semble n'avoir qu'un tapis magique, si j'ai bien compris) et Super Samurai, un jeune enfant japonais qui peut se transformer en un Samourai géant qui évoquerait à la fois un Mecha magique et la statue de (Dai)maijin.

    En passant, Alan Moore avait remplacé dans son pastiche de Superman, Supreme, la Legion of Superheroes du futur par une League of Infinity de diverses époques et je me demande maintenant s'il ne se souvenait pas de cette "Force de la Liberté" des dessins animés.
    La Ligue de l'Infini dont la base était hors du temps, comptait en plus de Supreme et Suprema selon les moments une douzaine de membres : Achille (à la place de Hercule), Aladin (à la place de Sinbad), Chu-Ko Liang (qui ressemblerait plus à Dédale ou à un inventeur génial à la Leonard de Vinci, il occupe peut-être la place de ce Super Samurai), Giganthro (un Néanderthal géant), Future Woman (Zayla Zarn du XXVe siècle, fondatrice de cette Ligue temporelle), Mata Hari, Wild Bill Hickok, Wilhelm Reich (qui a un rayon à "orgone" et qui doit correspondre aux fantasmes d'Alan Moore) et Witch Woman (Vivienne, une sorcière de Salem du XVIIe siècle, qui occupe donc la place de Merlin ou bien celle d'Isis).

    (3) Web Woman, une sorte de mélange entre Green Lantern (elle est recrutée par des extraterrestres assez inquiétants et reçoit un anneau qui contrôle les insectes) et d'Insect Queen (qui elle aussi tire ses pouvoirs d'un anneau). Elle apparaît en 1978, donc juste après que Marvel venait de faire paraître SpiderWoman (et j'ignore si Marvel l'a fait seulement pour les empêcher de l'appeler ainsi). Elle a une sorte de Spidermobile et un sidekick censé être insectoïde velu mais qui ressemble plus à un petit mammifère extraterrestre (entre rongeur et ourson) dans le genre d'ALF (qui n'apparaît qu'en 1986).
    (4) Manta, dernier survivant de Mu (à la place d'Atlantis chez Namor et Aquaman). C'est la destruction de Mu qui lui a donné ses pouvoirs d'hybride. Il a épousé Moray, une humaine de la surface élevée par des dauphins... Il faudrait faire un cross-over avec le dessin animé plus tardif des TigerSharks (voir plus bas).
    (5) SuperStretch et Microwoman sont aussi un couple marié de superhéros, comme Manta & Moray.
    (6) Dick Digit ne fut jamais diffusé et ils n'avaient produit que le Pilote de la série. C'était un extraterrestre humanoïde réduit de manière permanente à la taille d'un jouet (par des aliens qui doivent évoquer Brainiac miniaturisant Kandor dans Superman). Dernier suvivant de son monde, il était venu sur Terre dans un vaisseau minuscule où il se faisait passer pour une marionnette, allié d'un prestidigitateur de cirque nommé The Jester. Le crossover avec Microwoman s'impose clairement.

  • Je trouvais Spider-Man & His Amazing Friends (1981-1983) très médiocre mais je viens de découvrir la saison 3 qui est un peu mieux écrite, mieux intégrée dans l'univers Marve. Le style évoquerait même des numéros de Marvel Team-Ups de cette période.

  • Rankin / Bass a produit à partir de 1985 trois séries de superhéros dont le point commun était de ne pas être sur la Terre contemporaine et d'avoir une thématique "animalière". Contrairement aux séries de Filmation, ces trois séries sont passées brièvement en France.
    * ThunderCats (1985-1989, 130 épisodes, en France "Cosmocats") est l'histoire d'un groupe de six félins humanoïdes rescapés d'un autre monde et qui se sont enfuis dans ce qui semble être une Terre post-apocalyptique. Malgré ce contexte de SF, l'atmosphère est plutôt de l'heroic fantasy et le prince Lion doit garder son épée magique contre les mutants d'un sorcier-mommie. A la fin des 4 saisons, les ThunderCats réussissent à revenir chez eux et à recréer leur monde perdu.
    * SilverHawks (1986, 65 épisodes) se déroule dans un lointain futur dans une lointaine galaxie et ses héros sont tous des sortes de cyborgs qui se transforment en diverses formes d'oiseaux pour lutter contre la pègre interstellaire.
    * TigerSharks (1987, 26 épisodes) se passe sur une autre planète, un monde aquatique nommé simplement Watero. Les héros sont des Humains qui se servent d'une invention pour devenir des hybrides aquatiques et protéger les autochtones contre une invasion de Raies Manta intelligentes et divers autres criminels. C'est la première fois que je vois un héros inspiré du Requin (et plus précisément requin-taupe, mako) et pas du Dauphin. Il y a aussi dans l'équipe une femme pieuvre.
  • dimanche 19 octobre 2014

    Tom Petty's Running Down a Dream (1989)


    Oui, c'est un clip de Tom Petty qui utilise directement l'ambiance et même le style graphique de Little Nemo in Slumberland en 1989, la même année que le film américano-japonais (mais la série n'est passée dans le domaine public qu'il y a une douzaine d'années pour l'Union européenne, vers 2005, je crois).


    10 avant Tom Petty, en 1978, le groupe Genesis avait fait une chanson Scenes from a Night's Dream, dont les paroles sont directement reliées à Nemo. Je ne crois pas qu'il y ait de vrai clip mais la chanson est ici illustrées par des images du film de 1989. Ce film n'est en un sens pas si raté qu'on le dit même si l'histoire est assez prévisible et ennuyeuse avec cette lutte contre le Roi des Cauchemars où Némo hérite d'un McGuffin omnipotent.

    samedi 18 octobre 2014

    Little Nemo (le film de 1911)


    Winsor McCay (1869-1934) est considéré comme un des créateurs du dessin animé avec l'oeuvre suivante de 1911 (après James Stuart Blackton 1906 et le français Emile Cohl 1908 - voir aussi cette entrée d'un blog sur l'histoire du cinéma). Il paraît que c'est son fils Robert McCay (né en 1896, il a donc 15 ans) qui aurait apporté à son père un flip book (Robert serait aussi le modèle de Nemo).

    Dans ce film, il mélange à cette époque un film et un dessin animé sans doute parce que la partie dessin animé est encore trop difficile et courte pour faire un film entier, même si le tout ne fait qu'une douzaine de minutes (dont seulement 3 minutes de dessins, avec 4000 dessins). Les anamorphoses viennent sans doute de l'épisode du 2 février 1908 dans le Palais des Miroirs. Il redessinait tout à chaque séquence et ce n'est qu'en 1914 qu'un autre dessinateur, un certain Earl Hurd, eut l'idée de gagner du temps en réutilisant plusieurs "cellulos".

    Winsor McCay, qui se considérait comme le Père du Dessin animé (il le répétait dans le générique de ses créations encore dans les années 20), gardera la même structure avec une partie filmée et une partie dessinée dans ses autres films comme le célèbre Gertie the Dinosaur (1914) et même son chef d'oeuvre de la propagande, Sinking of the Lusitania.

    Une originalité est que Winsor McCay recolorisa quelques séquences du dessin avec Nemo et le Dragon, ce qui en fait donc aussi un des premiers films couleurs.



    Il fit au moins un autre essai avec le personnage de Flip, Flip's Circus (vers 1918-1921). En dehors du fait que Flip dompte une sorte de monstre reptilien, il n'y a rien de Slumberland.

    J'avais écrit l'autre jour que le Professor Genius du dessin animé américano-japonais de Moebius-Bradbury de 1989 (Professeur qui doit enseigner à Nemo les bonnes manières pour être l'héritier de Morphée) devait être une version censurée du Doctor Pill. C'est faux, c'est bien un personnage à part entière : Winsor McCay créa dans une adaptation de Little Nemo au théâtre le personnage du "Professeur" et l'introduisit ensuite dans la bande dessinée par la suite, dans un changement rétroactif venu de l'adaptation (je suppose que c'est aussi le "Professor Figures" qu'on retrouve plus tard dans une des séries que Bob McCay tenta de continuer d'après la création de son père dans Kayo Comics (1945)).

    vendredi 17 octobre 2014

    Little Nemo et son Medium


    Le 1er décembre 1907, Winsor McCay réalise ce qui doit être (en tout cas dans Little Nemo in Slumberland, il faudrait vérifier dans ses titres précédents), son premier jeu méta-textuel où il manipule le contexte même du medium graphique de la bande dessinée. Il se peut donc même que ce soit la première fois dans toute l'histoire de la bande-dessinée.

    Nemo, Flip et Impie sont affamés et émaciés (référence au contexte de Thanksgiving au mois de novembre) et ils sont bloqués devant la porte scellée de la cave pleine de victuailles du Pays du Sommeil (il y a souvent de tels supplices de Tantale sur la frustration).

    Flip, qui se dit "désespéré", arrache alors dans la deuxième case le bord de la case pour dévorer le Logo de la bande au-dessus de lui. Quand Nemo lui dit que "l'artiste sera en colère" et qu'il va gâcher tout le dessin, Flip, toujours intempérant, lui répond qu'il n'avait qu'à les nourrir. C'est peut-être une des premières apparitions du cliché de l'ironie autocritique où les personnages s'attaquent à leur auteur. Ils commencent tous les trois à grossir (le changement de taille est une allusion constante à Alice ou à des miroirs déformants). Flip demande de quoi était fait ce qu'ils ont mangé et Némo répond "D'encre d'imprimerie, autant que je sache." (Source : The Comic Strip Library)




    Vision d'ensemble de la déstructuration du Logo maintenu à chaque bande horizontale.


    C'est comme si le dessin si architectural et régulé de McCay manifestait son exubérance en rongeant et en détruisant de l'intérieur le cadre même de la représentation.

    Il accentuera un gag assez similaire où la case finit par s'écraser et se froisser comme une boule de papier un an plus tard dans un strip du 8 novembre 1908. Dans cet épisode du 2 mai 1909, on a un effet encore plus génial où tout le décor se vide peu à peu de sa couleur alors qu'un Flip incompétent remplace Winsor McCay et finit par mal se dessiner lui-même.

    Winsor McCay a fini par se lasser d'un cadre complètement imaginaire comme le Pays des Songes et la séparation devient parfois peu claire, avec des parents et la ville réelle de plus en plus présente à l'intérieur même du rêve. Dans un épisode de février 1911 (qui est visiblement une publicité), Nemo visite Pittsburgh qui lui apparaît d'abord comme une horrible cité industrielle avant de se transformer quand le dessinateur doit reconnaître qu'il s'est trompé ou a utilisé une documentation obsolète. En avril 1911, Nemo plonge dans une illustration en noir et blanc de l'océan (qui semblait dessinée dans le monde réel et non dans le Pays du Sommeil) et il n'arrive plus à en sortir.

    En avril 1912, dans un effet rare, la chute dans le monde des rêves traverse la gouttière entre les cases, entre à l'intérieur de la dernière case qui, elle, est censée être dans le "monde réel". L'interférence annonce peut-être la fin proche de la série quand McCay arrivait à la fin de ses explorations.

    De nombreux autres auteurs, de George Herriman (Krazy Kat ne commence qu'en 1916, dix ans après Nemo), Will Eisner à Fred, ont reexploré ces jeux de mise en abyme dans le medium du comic strip puis dans celui de l'album qui permettait encore plus de liberté, mais je crois qu'avec Winsor McCay, c'était sans aucun précédent dans tout l'art graphique avant lui. Le Post-Modernisme commence dès l'Art Nouveau.

    jeudi 16 octobre 2014

    Ressentiments

    "Let me never fall into the vulgar mistake of dreaming 
    that I am persecuted whenever I am contradicted." 
    Ralph Waldo Emerson, 
    Journal, 8 November 1838 (35 ans, vol. 5, p. 123)


    Ressac du ressentiment ? 

    Juste après le 11 septembre, un groupe de disciples américains de René Girard (le célèbre théoricien du "bouc-émissaire" et apologète du catholicisme) avaient écrit que cette date marquerait le déclin de la domination sur notre culture du ressentiment. Ou pour le dire de manière plus sarcastique "Peak Resentment", comme on parle de "Peak Oil". Je crois que leur raisonnement était en gros que comme Ben Laden était un riche Saoudien et non un guerillero du Tiers-Monde, et que l'attaque terroriste paraissait tellement clairement criminelle, il ne pourrait pas susciter de réaction d'identification avec celui qui se pose en victime et cela mettrait fin à l'idée que toute violence se justifie par une victimisation préalable. 

    On sait qu'il n'y en a rien été. Un défaut des Américains est qu'ils ont une tendance à vouloir toujours mettre des fins prématurées (on a appelé cela le "Endism") et le kojévisme de Francis Fukuyama (la "Fin de l'Histoire") n'en était qu'un des exemples.

    On est donc loin d'être sorti du Temps du Ressentiment et de cette amertume partagée et décliniste contre notre propre époque. On est toujours dans un mauvais cycle, un cercle vicieux où tous les groupes ne cessent de rivaliser maintenant dans la victimisation de manière parfois risible dans certains excès. Nous sommes tellement saturés de ressentiment que cela finit par donner un vertige, entre le ressentiment "populiste" et anti-parlementaire à la Thrasymaque de ceux qui se défient de tout débat politique et, de l'autre côté, le ressentiment oligarchique à la Calliclès de ceux qui disent être victimes de la masse ochlocratique ou des démagogues qui la représenterait. 

    Azazel
    Des riches américains disent qu'ils sont traités comme les victimes d'un génocide si on parle de hausse d'impôt, des Républicains du GOP ou des Libertariens disent qu'un système de santé un peu plus étatique serait équivalent à la restauration de l'esclavage. Et le TEA Party était un bon exemple de mouvement d'Américains pas particulièrement riches qui se mobilisaient en faveur des plus puissants comme les Koch qui les financent. Cette sorte de populisme fait penser à des paysans vendéens levés pour leurs seigneurs, comme une Jacquerie qui serait en même temps La Fronde. 

    Dans une partie de la gauche (ou dite plus à gauche), la critique de l'oligopole bancaire et ses pouvoirs démesurés ne prend plus assez d'attention pour éviter des glissements complotistes qui risquent de décrédibiliser leur discours (on pourrait éviter par exemple des références historiques comme de parler de "rastaquouères" comme l'a fait un leader). 

    Je ne suis pas entièrement convaincu par la théorie des marxistes de la Wertkritik comme Robert Kurz selon laquelle la critique du pouvoir financier est en réalité antisémite (ce qui reviendrait à prendre tout le discours victimaire des riches trop au sérieux) mais il y a une idée plus subtile de Moishe Postone (dans le livre intitulé en français Critique du fétiche capital) selon laquelle c'est l'inverse, c'est l'antisémitisme moderne qui exprimerait un déplacement et un désarroi spécifique de la modernité face à une financiarisation qui devient un processus anonyme et incontrôlable. 

    Depuis le génocide des juifs d'Europe du XXe siècle, c'est sur cette question et sur celle du Proche-Orient que se situe la rivalité victimaire principale. De nombreux auteurs juifs continuent de dire que toute critique de l'Etat israélien serait nécessairement antisémité ou judéophobe (y compris de la part de juifs qui ne feraient que se haïr eux-mêmes) et de l'autre côté, de nombreux antisionistes, voire d'anti-impérialistes donnent aussitôt raison à cet amalgame en ne prenant même plus la peine de dissimuler leur antisémitisme sous d'autres prétextes et en restant obsédés uniquement par les injustices envers les seules Palestiniens sans que le reste du monde ait encore la même importance. 

    Les Trolls spectaculaires du ressentiment

    Les USA avaient les présentateurs radio qui se spécialisaient sur ce terrain de la colère du ressentiment (Rush Limbaugh), et ensuite une version télévisée avec FOX News et le TEA Party. La France a maintenant quelques hommes de spectacle et essayistes qui se spécialisent dans le Trolling très efficace en dosant avec attention suffisamment d'idées extrémistes pour être remarqués mais en se retirant ou en faisant une prétérition dès qu'on leur demande s'ils sont d'extrême droite. Des fans de Dieudonné réussissent encore à vivre assez dans le déni pour croire que tout cela n'est qu'une provocation qui n'a rien d'antisémite (mais généralement, ils basculent ensuite dans l'Argument du Chaudron en disant que de toute façon "ils" le méritent bien et que leur héros est victime d'un complot massif qui essaye de faire croire qu'il serait opposé à ce pouvoir auquel il est bien naturellement opposé). Des fans de Zemmour tentent de faire croire qu'il ne s'agit pas des idées assez traditionnelles de l'extrême droite et que si on le dit, ce n'est qu'anathème pour empêcher le débat ou pour ne pas voir la vérité en face - mais ils ne tiennent plus le même discours sur la fachosphère où ils considèrent clairement le personnage comme leur porte-parole. 

    Ces deux Trolls proches du FN sont assez symétriques dans leur bizarrerie et dans leur inquiétant succès (même si ce n'est pas le même public). Le premier avait dit d'abord combattre le FN jusqu'à ce qu'il devienne un ami intime au nom de la priorité de son sentiment de persécution. Le second a fait sa carrière en banalisant des idées néo-nazies issues de Soral ou d'autres, tout en prenant la position du paradoxal, prêt à dire qu'il serait plus fidèle à Marx que les autres (tout l'aspect misogyne et victimaire masculiniste du personnage vient aussi d'un plagiat direct de la phobie soralienne sur la virilité). 

    Il n'est pas original qu'il y ait des Déroulède, des Barrès ou des Maurras mais ce qui est nouveau est que ce discours ait pu acquérir ce statut d'originalité radicale au lieu de celui de retour à une tradition qui doit remonter aux débuts de la IIIe République et la première crise de notre démocratie parlementaire. 

    Comment éviter le ressentiment contre son époque ?

    Le cercle vicieux est que ceux qui critiquent le ressentiment tombent eux-même dans le ressentiment. Car ce diagnostic s'applique toujours au ressentiment "de l'autre" et on ne dit qu'éprouver une indignation légitime face à la rancoeur bien sûr injustifiable de l'adversaire.

    Ceux qui échapperaient à cette montée du ressentiment doivent être des naïfs (certains transhumanistes, par exemple, qui vous disent qu'on se fait des soucis pour rien puisque la Mort va bientôt être dépassée) ou bien ceux qui feignent de l'être parce qu'ils ont quelque chose à vous vendre (l'utopie technophile de Rifkin, dont on n'ose croire qu'il soit sérieux). 

    Une autre voie ou idéologie, de réconciliation sans ressentiment serait ce qu'on appelle parfois dans le marxisme l'Accélérationisme (en gros, accélérons les contradictions internes du système en le conduisant jusqu'au bout de sa propre "logique"). Mais on voit l'échec fataliste et contradictoire de cette politique du pire. Cela risquerait d'autoriser tout le cynisme actuel au nom de la "dialectique" et d'une finalité à venir. Cela présenterait en somme le défaut du totalitarisme au siècle dernier allié à la bonne conscience idéologique d'un pragmatisme triomphant.