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jeudi 5 mars 2009

Watchmen and Philosophy



(le dernier article sur Watchmen, promis. Enfin, pour cette semaine en tout cas)



La mode actuelle (depuis en gros Matrix) des livres "X et la philosophie" (où X est généralement un film, une bd ou un élément de la culture populaire comme dans la collection Blackwell Philosophy & Pop Culture) semble souvent un malentendu ou une exploitation commerciale sans grand intérêt philosophique.

Il y a deux risques principaux :

(A) Il leur arrive souvent d'utiliser la référence uniquement comme un exemple illustratif pour un problème ou une thèse philosophique déjà bien connue. Dans ce cas, cela n'apporte rien philosophiquement puisque ce n'est qu'un exercice pédagogique. Dans le meilleur des cas, ce n'est donc qu'une rhétorique pour introduire au problème - et cette fonction de simple anecdote didactique est parfois assumée explicitement (la culture populaire comme "du miel pour faire avaler le médicament du concept").

(B) Le second risque, une extension plus gênante de la possibilité précédente, est de projeter de manière absusive un problème ou une thèse dans une oeuvre en la sollicitant, soit parce qu'elle n'en parlait en fait pas vraiment explicitement, soit (ce qui serait encore plus gênant) parce que l'oeuvre était en fait plus nuancée que le problème conceptuel précis auquel on veut la réduire. Au lieu d'un simple exemple, on a alors un exemple forcé, artificiel et finalement trop éloigné. Dans ce cas, je préfère les bouquins de philo en bd à prendre la bd comme prétexte pour la philo.

Dans le cas de Watchmen, on a plusieurs avantages. Tout lecteur se rend compte aussitôt qu'il y a une oeuvre intéressante avec certaines questions laissées ouvertes. De plus, Alan Moore est un autodidacte tellement brillant et cultivé qu'on ne court pas trop de risque de projection abusive, il y a vraiment une saturation de thèmes et d'allusions dont on peut faire l'exégèse. Watchmen fut sans doute la première bd à recevoir des annotations exhaustives dignes d'Ulysse.

Cela dit, en feuilletant Watchmen & Philosophy: A Rorschach Test, édité par Mark D. White (qui avait déjà édité le Batman and Philosophy, qui en prépare un autre sur Iron Man et qui a un blog Comics Prof), je trouve que le problème philosophique le plus évident, le débat éthique sur la conclusion du livre, est curieusement tout de même le plus intéressant et les contributeurs de ce nouveau livre collectif ont assez peu réussi à me persuader de l'intérêt de nombreuses autres pistes. Certains articles font même penser à ces travaux de commande peu convaincants, comme on en a de manière inévitable dans tout colloque ou tout ouvrage collectif.

(Voir aussi le Call For Papers de l'an dernier pour les sujets qui n'ont pas été pris comme "Ozymandias et le capitalisme", "Rorschach et Rand" ou "Métafiction du Black Freighter").

Cela dit, comme l'indique le sous-titre sur la notion même de "test projectif" de Rorschach, Watchmen est une oeuvre assez "ouverte" pour mériter un tel ouvrage, y compris sur des interprétations assez périphériques ou marginales qui auront plus comme fonction d'introduire à des perspectives plutôt qu'à interroger sérieusement l'oeuvre de Moore et Gibbons (comme le remarque un des auteurs pour le regretter, les analyses sont seulement littéraires et ne traitent que le scénario et les dialogues de Moore, pas l'esthétique même de la bande-dessinée ou du "roman graphique" - et sur ce point c'est donc un peu décevant, je ne pense pas qu'une oeuvre encore plus formaliste de Moore comme Promethea par exemple pourrait être analysée ainsi en isolant le scénario de la forme graphique).

Le livre est divisé en quatre parties. La première pose des questions politico-éthiques du pouvoir et la seconde part sur des problèmes éthiques plus généraux (mais curieusement le chapitre 5 sur l'éthique d'Ozymandias est dans cette seconde partie et non sur la partie politique). La troisième partie est entièrement sur les problèmes métaphysiques autour du Docteur Manhattan (Identité, Temps, déterminisme et liberté). La quatrième partie est la plus générale avec un vague chapitre esthétique sur la bd, un chapitre sur le féminisme, un chapitre sur l'homosexualité et un chapitre encore plus vague sur l'existentialisme de Kierkegaard en comparaison avec le Comédien.

  • I THE POLITICS OF POWER: WHO WATCHES THE WATCHMEN?


    • 1. The Superman Exists, and He’s American: Morality in the Face of Absolute Power (Christopher Robichaud)

      Le premier chapitre pose un problème qui paraît essentiel, celui de l'image politique de Docteur Manhattan comme symbole des droits et pouvoirs de l'Hyperpuissance américaine. Alan Moore l'a dit, Watchmen est avant tout une méditation sur le pouvoir - et le fait que nous consentons trop vite à y céder. L'anarchiste britannique a même ajouté qu'il voyait dans le genre même du superhéros une sorte de superstructure imaginaire d'une Doctrine synthétique Colin Powell- George Bush (intervenir avec une force disproportionnée par préemption, avec un risque proche de zéro et une supériorité écrasante sauf cas de combat asymétrique).

      Mais Robichaud ne me paraît qu'effleurer la question, se demandant si la puissance de fait pouvait légitimer en droit des attitudes unilatérales et impériales en politique étrangère. On dirait tous que non, et cela n'éclaire donc pas encore vraiment le sens commun.

      En un post, Matthew Yglesias (dont je crois me souvenir qu'il défendait une version de conséquentialisme) se demande si le dernier Reagan ne fut pas finalement plus proche d'Ozymandias (j'en avais aussi parlé là).

    • 2. Can We Steer This Rudderless World? Kant, Rorschach, Retributivism, and Honor (Jacob M. Held)

      Un mauvais exemple du risque de projection simplificatrice. L'article explique surtout le débat sur la rétribution et réduit Rorschach à une figure de "déontologie" rétributiviste. C'est une erreur que j'ai faite aussi dans le passé dans certains de mes posts mais Rorschach n'est pas un déontologue rigoureux, il est rigide mais hypocrite (comme le montre bien le chapitre 5 de ce livre) et profondément fasciste et psychopathe. Ce n'est donc qu'un Homme de paille et pas une bonne représentation du "rétributivisme" kantien, plutôt une parodie nietzschéenne du rétributivisme comme instinct de cruauté (il est dommage que Nietzsche n'apparaisse pas toujours assez directement à part dans le chapitre 4). Rorschach prétend appliquer des principes mais il se met égoïstement au-dessus de ces principes, ce qui rend sa position incohérente et pleine de mauvaise foi.

    • 3. Super Vigilantes and the Keene Act (Tony Spanakos).

      L'article explique le thème assez évident que des superhéros dans un monde réaliste risqueraient d'abuser de leurs pouvoirs. Cela n'est pas vraiment original si ce n'est pour évoquer d'autres comics postérieur comme la Guerre civile récente de l'univers Marvel sur le statut de l'autodéfense libertarienne et Superman: Red Son, où Kal-El était tombé dans l'URSS stalinienne au lieu d'arriver dans le Kansas.

    • 4. Superheroes and Supermen: Finding Nietzsche’s Übermensch in Watchmen (Joseph Keeping)

      L'auteur introduit à une version assez brève mais finalement pas triviale de notion de Surhomme nietzchéen. Il explique que ni le fanatique Rorschach ni le nihiliste Comédien ne sont de bons modèles de Surhomme en servant du texte d'Ainsi Parlait Zarathoustra sur les Trois Métamorphoses : Rorschach est encore trop le Chameau et le Comédien est le Lion qui rugit. Ozymandias, par son idéal d'auto-réalisation et son indifférence à la moralité commune, est finalement le modèle le plus proche de l'Enfant ou l'Innocence du devenir mais son utilitarisme le laisse dépendant d'une théorie de l'obligation.


  • II THE VEIDT PLAN: WATCHMEN AND ETHICS.

    • 5. Means, Ends, and the Critique of Pure Superheroes (J. Robert Loftis)

      Le meilleur article, à mon avis, même si c'est peu original. Loftis explique très bien les enjeux moraux de la conclusion, l'opposition entre plusieurs théories morales qui pourraient valider soit la position d'Ozymandias et ensuite des autres qui se rangent à son avis pour ne pas ajouter le mal au mal, soit celle, anti-conséquentialiste mais incohérente, de Rorschach pour qui Fiat Justitia, pereat mundus. Là où l'article est plus subtile est en montrant que Rorschach se contredit en soutenant - en raison de son fascisme - Hiroshima, qui procède du même calcul qu'Ozymandias. Il montre aussi un détail que je négligeais : le Quis custodiet ipsos custodes? ne vient en fait pas de seulement Juvénal dans Watchmen mais c'est aussi à la fin une allusion politique plus précise car la phrase se trouvait dans le rapport de la Commission Tower qui enquêtait sur le scandale Iran/Contra.

    • 6. The Virtues of Nite Owl’s Potbelly (Mark D. White)

      L'auteur explique pourquoi Nite Owl, bien mieux qu'Ozymandias, représente la vie équilibrée et l'excellence de l'Homme Vertueux chez Aristote. Un bon article, un peu projectif, mais qui introduit bien le débat actuel sur l'éthique des vertus (contre la psychologie "situationniste" de John Doris, voir ce que White en disait dans son Blog).

      En ce sens, Watchmen est (sans vouloir trop surinterpréter) une oeuvre très proche de l'éthique critique de Bernard Williams : elle renvoie dos à dos conséquentialisme (Ozymandias) et (une version sociopathe de) la déontologie (Rorschach) mais a un modèle concret exemplaire dans les vertus moyennes mais surtout profondément humaines de Dan Dreiberg (même si son éthique du compromis trop aristotélicienne accepte de pactiser avec l'utilitariste dans le cas concret). Cela redonne de l'importance aux scènes sur l'Amitié entre Dan et Hollis Mason. Dan est le seul des Watchmen à savoir cultiver des Amis alors que les autres basculent tous dans l'autarcie inhumaine. J'avais tort de dire qu'Ozymandias était un Aristote devenant Alexandre, le vrai Oiseau d'Aristote serait bien le Hibou.

    • 7. Rorschach: When Telling the Truth Is Wrong (Alex Nuttall)

      L'article reexplique le problème traditionnel de la déontologie kantienne sur la prohibition du mensonge. Cela fait un peu double emploi avec le 5e chapitre.

  • III THE METAPHYSICS OF DR. MANHATTAN.

    • 8. Dr. Manhattan, I Presume? (James DiGiovanna)

      L'article commence en expliquant les problèmes habituels sur l'Identité personnelle qu'on retrouve dans tous les bouquins sur Star Trek & Philosophy. Mais le cas du Docteur Manhattan est particulièrement riche car (1) il peut avoir une fission de plusieurs corps qui peuvent ensuite se refusionner (comme dans la théorie des contreparties de Lewis) (2) il peut se téléporter et avoir une discontinuité spatiale (3) il a une quasi-mémoire parfaite symétrique entre le futur et le passé. La conclusion assez fascinante est que même dans un modèle quadri-dimensionnaliste, Docteur Manhattan est peut-être le meilleur exemple d'une personne qui peut avoir une Identité par sa continuité (même si on peut aussi se demander si Jon Osterman a vraiment survécu dans cette identité).

    • 9. Dr. Manhattan and Bergson’s Theory of Simultaneous Time (Chris Drohan).

      Cet article est un scandale. Les autres peuvent être discutables, celui-ci est simplement faux.

      Je disais qu'un risque est la projection mais ici l'auteur (diplomé en études des médias) va plus loin dans l'erreur totale d'interprétation, non pas sur Dr. Manhattan mais sur l'oeuvre philosophique d'Henri Bergson qu'il prétend projeter. Il dit en effet que la vision simultanée du Temps par le Docteur est un bon exemple de la continuité mémorielle de la métaphysique bergsonienne.

      C'est rigoureusement le contraire : Manhattan est une réflexion sur un temps spatialisé, quadri-dimensionnaliste, einsteinien et anti-bergsonien, sans créativité (en dehors du "miracle thermodynamique" du vivant singulier). L'intuition bergsonienne consisterait justement à refuser toute l'ontologie de Manhattan. L'auteur n'aurait pu commettre une méprise aussi complète s'il avait fait l'effort minimal de lire l'oeuvre de Bergson.

      On peut pardonner d'écrire des articles d'intérêt faible mais la seule vertu qu'on attend est de ne pas introduire des contre-sens aussi visibles et évitables chez des lecteurs.

    • 10. Free Will and Foreknowledge: Does Jon Really Know What Laurie Will Do Next, and Can She Do Otherwise? (Arthur Ward)

      L'auteur explique les problèmes traditionnels de la prédestination, du fatalisme et du libre-arbitre, mais conclut que le problème ne se pose pas entièrement avec le Docteur Manhattan qui n'est pas encore parvenu à l'omniscience. La question théologique plus épineuse n'a donc pas à être soulevée et on reste un peu sur notre faim.

    • 11. I'm Just a Puppet Who Can See the Strings: Dr. Manhattan as a Stoic Sage (Andrew Terjesen)

      L'article fait des comparaisons avec des textes stoïciens - et dépasse quelques clichés en expliquant comment le Sage stoïcien a encore droit à certaines émotions positives tant qu'elles ne sont pas erreurs de jugement ("pas seulement apatheia mais aussi eupatheia").

      Mais en conclusion, l'auteur reconnaît en passant que le Docteur Manhattan, qui refuse toute téléologie et toute Providence, serait peut-être plus nettement spinoziste que stoïcien, ce qui me paraît en effet plus exact dans sa manière de voir le monde sub specie aeternitatis.

      Il est dommage que cette phrase si sublime du titre de l'article sur les fils de la marionnette n'apparaisse pas dans le film.

  • IV THIS IS NOT YOUR FATHER’S COMIC BOOK.

    • 12. "Why Don’t You Go Read a Book or Something": Watchmen As Literature (Aaron Meskin)

      L'auteur fait remarquer qu'une BD peut être de la littérature mais qu'on n'a pas de critère esthétique très net de ce qui définit la littérarité. Il évoque la question soulevée par Alan Moore de critères spécifiques d'une bonne BD par opposition à un bon roman mais cela ne va pas plus loin.

    • 13. Watchwomen (Sarah Donovan and Nick Richardson)

      Un article assez réussi sur la question du féminisme qui utilise Laurie et Sally comme prétexte pour introduire plusieurs sortes de questions féministes, de l'émancipation libérale à l'existentialisme.

    • 14. Hooded Justice and Captain Metropolis: The Ambiguously Gay Duo (Robert Arp)

      L'auteur prend un ton faussement homophobe et explique que des personnages gays virils devraient permettre de remettre en cause des clichés et de faire admettre au lecteur des droits civiques pour les homosexuels. Pas aussi mauvais que le chapitre 9 mais je n'ai pas compris l'intérêt de cet essai.

    • 15. What’s So Goddamned Funny? The Comedian and Rorschach on Life's Way (Taneli Kukkonen)

      Un article raté dans sa projection. L'auteur compare le nihilisme cynique du Comédien à l'ironie paradoxale de Kierkegaard et finit par reconnaître que l'assassin amoral n'est peut-être pas le Chevalier chrétien qui dépasse le stade éthique dans le stade religieux. Certes.
  • vendredi 10 septembre 2010

    Alan Moore brûle les derniers ponts avec l'industrie du comic-book



    La nouvelle interview du scénariste Alan Moore est assez distrayante en entrant dans les détails de ses confrontrations récentes avec DC Comics à propos de Watchmen (mais il avait déjà résumé la substance dans une brève interview sur Wired).

    En gros, et si j'ai bien compris les discussions (mais le droit, et le droit de la popriété intellectuelle, me sont complètement inconnus), Moore ne possède pas les droits de Watchmen mais il a bien un certain droit moral sur les personnages. DC peut distribuer, rééditer le comic et en vendre les droits au cinéma sans consulter Moore (sinon, le film ou le jeu vidéo n'exiseraient pas). Mais si DC décidait d'utiliser les personnages du comic pour publier des Suites ou des Prequels, ils risqueraient un procès d'Alan Moore qui ne veut en entendre parler à aucun prix. De toute évidence, le fait qu'on ne voie pas ces produits implique qu'ils le craignent vraiment ou qu'ils ont un doute sur la manière dont un procès se déroulerait.

    Alan Moore a quitté DC Comics en partie parce qu'il jugeait que DC ne lui accordait pas une part honnête des royalties sur Watchmen. A présent, DC lui a proposé de posséder les droits du comic originel en échange d'un engagement qu'il ne s'opposerait pas à ce que DC puisse utiliser les personnages dans des Suites / Prequels ou produits dérivés.

    Alan Moore avait déjà réussi à faire interdire des figurines dans les années 80 - n'importe qui qui a lu Watchmen se rend compte à quel point de tels jouets auraient été ironiquement de mauvais goût puisque la scène où Ozymandias commercialise cyniquement des figurines de lui est une métaphore de son utilitarisme.

    [En revanche, Alan Moore avait autorisé à l'époque des suppléments de jeu de rôle (pour le DC Heroes de Mayfair Games) pas mauvais, écrits par Ray Winninger, dont un scénario original qui se déroule pendant la Convention démocrate de Chicago en 1968, qu'on voit aussi dans les romans Wild Cards). Mais la bd de Moore Big Numbers a vite critiqué l'escapisme immature du jeu de rôle avec une allusion à un jeu simulationniste Real Life (où la majorité des personnages ne dépendent que du hasard de leur naissance et de leur Classe socio-professionnelle et non de leurs actions). ]

    L'interview paraît très amer lorsque Alan Moore dit qu'il ne veut plus entendre même mentionner le nom de Watchmen et qu'il considère que le film ne peut que nuire à son oeuvre prévue pour son medium graphique séquentiel. Il a refusé tout royalty sur le film et a donc laissé entièrement sa part au dessinateur Dave Gibbons (tout comme il a laissé sa part des rentrées cinéma de V For Vendetta à l'artiste David Lloyd), mais il avoue qu'il en veut aux deux dessinateurs (1) d'avoir accepté ce marché ; (2) de ne pas l'avoir remercié d'avoir obtenu ainsi 100% des royalties des films. Il dit "ne plus parler à ses deux amis" désormais pour ces raisons (et parce que Gibbons aurait tenté de le convaincre de signer un accord avec DC)...

    J'allais presque ironiser sur certains passages de l'interview où il semble toujours présenter Warner/DC comme une sombre corporation qui tenterait de le manipuler par des subterfuges tortueux en proposant du travail à ses amis ou au contraire en refusant du travail à ses amis.

    Mais les commentaires des fans à l'interview sont souvent incroyablement ridicules ("Comment OSE-t-il nous empêcher d'avoir une série Rorschach ou des petites poupées Dr Manhattan ??") et les réactions exagérées ne font qu'appuyer sur le vide créatif des comics ("Comment OSE-t-il dire que les comics US mainstream feraient mieux de tenter de créer de nouveaux personnages plus intéressants au lieu de traire sans cesse une oeuvre publiée il y a 25 ans et qui était censée former un tout fermé sur lui-même ?"). L'idée même d'intégrité artistique a l'air de paraître un caprice de diva exotique aux yeux de la plupart.

    Et la goutte d'eau est ce twitter crétin du plus mauvais dessinateur qui a déjà tant abimé les comics, Rob Liefeld :

    Been saying Alan Moore is a certifiable nut job for years. He continues to prove it over and over again.

    L'erreur de Moore a plutôt été de tenter de transformer Supreme, ce plagiat médiocre et sans imagination de Superman par Liefeld, en un hommage charmant à tout ce que Liefeld ne pourra jamais comprendre (ce qui était en fait une métaphore sur des possibilités du genre superhéros qui ne seraient peut-être pas complètement épuisées par la satire post-moderne de Watchmen).

    La tentative de Supreme était d'autant plus gênante puisque Liefeld gâchait tous les scénarios que Moore pouvait lui fournir en étant complètement incapable de les illustrer (non seulement incapable dans un temps raisonnable mais même incapable artistiquement ou intellectuellement - heureusement, Moore imposa vite d'autres dessinateurs plus compétents comme Chris Sprouse).

    Les suites se feront quand même, avec le scénariste Grant Morrison, l'ombre dégradée du reflet d'Alan Moore, qui peut singer de vagues messages anarcho-mystiques ou reprendre une prétention artistique mais sans arriver à la subtilité de l'original (bien que Morrison ait sans doute une érudition geek plus poussée et donc plus d'attachement au Genre superhéroïque que Moore).

    La ruse de Morrison a été de créer une nouvelle Terre parallèle (la nouvelle Terre-4) avec des analogues des personnages de Watchmen, qui étaient eux-mêmes à l'origine des analogues sur un autre monde (Terre-W ?) des personnages de Charlton Comics sur la Terre 4 originelle (et Morrison, qui est certes malin, promettait des histoires qui soient elles-mêmes des hommages auto-référentiels à la structure si formaliste de Watchmen).

    Je n'ai aucune envie de lire d'autres auteurs sur Rorschach ou Nite-Owl mais malgré les appels au boycott de Moore, je voudrais quand même voir comment Morrison serait éventuellement stimulé par l'émulation avec le chef d'oeuvre intitial de l'Invasion Britannique dans les comics. Cela risque d'être un désastre mais après tout l'oeuvre originelle ne serait pas affectée.

    Par ailleurs, je crois que Mme Penchard POW BANG.

    dimanche 1 mars 2009

    Livre non-adaptable en réalité non adaptable !



    Premières critiques du pre-screening de Watchmen (SPOILER).

    Le problème de l'adaptation est qu'on lui fait deux reproches complètement opposés : d'une part, elle serait trop maniaquement fidèle en reprenant parfois servilement des cases, et d'autre part, le changement de la fin (qui me paraissait nécessaire) est tellement raté qu'il ruine tout le dessein du livre.

    Add. Alan Moore explique bien dans cette interview à quel point Watchmen est une source de mésinterprétation de ses intentions où on prend ce qui est ironique comme un modèle (et au contraire ce qui était plein d'affection pour du sarcasme) :

    Looking at the superhero today, it seems to me an awful lot like Watchmen without the irony, that with Watchmen we were talking very much about the potential abuses of this kind of masked vigilante justice and the kind of people that it would in all likelihood attract if these things were taking place in a more realistic world. But that was not meant approvingly.

    It seems to be that things that were meant satirically or critically in Watchmen now seem to be simply accepted as kind of what they appear to be on the surface. So yeah, I'm pretty jaundiced about the entire "caped crusader" concept at the moment.

    (...)

    They're being bought in many cases by hopeless nostalgics or, putting the worst construction on it, perhaps cases of arrested development who are not prepared to let their childhoods go, no matter how trite the adventures of their various heroes and idols.

    (...)

    I was hoping naively for a great rash of individual comic books that were exploring different storytelling ideas and trying to break new ground.

    That isn't really what happened. Instead it seemed that the existence of Watchmen had pretty much doomed the mainstream comic industry to about 20 years of very grim and often pretentious stories that seemed to be unable to get around the massive psychological stumbling block that Watchmen had turned out to be, although that had never been my intention with the work.


    Il annonce aussi deux projets, un nouveau League of Extraordinary Gentlemen fondé sur L'Opéra de Quatre Sous de Brecht et un manuel de sorcellerie illustré avec une histoire de la Kabbale de Pythagore à John Dee.

    mardi 10 mars 2009

    Oui, encore Watchmen



  • Watchmen ne sera sans doute pas un triomphe au cinéma (trop long, mauvais rythme, peu accessible, backlash des Conservateurs, déception de ceux qui s'attendent à un film de superhéros) mais il a en tout cas eu un mérite : une bande-dessinée d'Alan Moore sortie il y a 25 ans est maintenant n°1 des ventes de Livres en général aux USA ! Oui, il a détrôné cette nullité infinie de Stephenie Meyer !

    Rien que pour la joie d'avoir un chef d'oeuvre aussi exigeant et difficile dans le top des listes, on ne peut pas lancer la pierre à Snyder.

  • Cependant, plus je pense à Watchmen, plus j'en veux au réalisateur d'avoir raté le personnage d'Ozymandias.

    Avec un jeu un tout petit peu plus subtile, plus affable, plus ambigu et aussi moins homophobe (vous avez remarqué le dossier marqué "Boys" sur le bureau de son ordinateur ? Pourquoi ce détail ajouté ??), le sens du film serait différent.

    Là, il n'y a aucune surprise et on a l'impression que tout est révélé dès sa première apparition comme s'il était vraiment un vilain de mélodrame. La scène de la pilule de cyanure est très mal faite et on n'y croit pas une seconde (mais cela dit, à ce moment-là dans la bd le lecteur ne croit déjà plus à l'hypothèse du Mask-Killer, si je me souviens bien).

    Il y a d'autres défauts (l'ultra-violence excessive, les combats de Hong Kong qui donnent l'impression qu'ils ont tous des superpouvoirs, les musiques parfois maladroites, le rythme d'exposition qui trie parfois très mal, le climax géré curieusement) mais la simplification d'Ozymandias me paraît vraiment irremédiable tant elle gâche le film. Je crois qu'il aurait été moins gênant de rater Rorschach (dont tout le monde s'accorde à dire qu'il est excellent, je pense), ou Nite-Owl (qui est légèrement plus héroïque que dans le film, mais pas tant que cela).

    Comme dit bien Tim O'Neil :
    Ozymandias in the book, regardless of his monomania, is still an extremely sympathetic character - you believe his idealism is genuine, in much the same way as Rorschach's very different kind of idealism is also nonetheless genuine. But in the film, by subtracting every meaningful bit of exposition from the later chapters, you are left with a cipher, and not the complex, overreaching, earnestly adolescent original.

    I mean, seriously, they left the Captain Carnage anecdote in, but they took out the Gordian Knot speech? That's pretty much the definition of "missing the point".

    (...)
    You really can't tell that Rorschach and Nite Owl and Ozymandias aren't superhuman, because they move like Neo from The Matrix. Even the end, with Ozymndias catching a bullet, hardly seems like such a big deal - after all, he was wearing superhero-standard bullet-proof Kevlar plating, as opposed to the light tunic the character sports in the original. If the Watchmen are already supermen, just how much of a bigger deal is Dr. Manhattan? Obscuring this point risks obscuring the whole thing.


  • Mais quand je lis les critiques les moins sophistiquées sur Internet, il y a parfois des raisons de défendre le film, qui semble presque une oeuvre d'auteur quand on lit les commentaires anti-intellectuels outrés.

    Une partie du public nous rappelle que 25% soutienne encore Bush, inonde les forums de posts furieux parce qu'ils avaient emmené leurs enfants (heu... le film est classé R) ou parce que le film se moque si ostensiblement des Républicains - cela dit, cela ne fait pas de doute, Watchmen est aussi une satire anti-républicaine, même si sa méditation sur le pouvoir est plus générale (et si la bd est aussi un exercice presque formaliste).

    Et ils parlent tous avec effroi du Pénis Bleu qui doit apparaître 10 secondes sur 3 heures. Leurs cris d'horreur - même parfois chez des spectateurs non-conservateurs comme Jon Stewart ! - semblent vraiment traduire une angoisse nationale malsaine sur le phallus que je n'aurais pas imaginée, malgré tous les clichés français sur le puritanisme américain (et le fait qu'on ait observé une propension curieuse à observer l'entre-jambes).

    Comme le dit Phoebe, voilà l'effet d'années où Hollywood objectifie le corps féminin et censure le corps masculin pour ne pas perdre les "15-25 Male Demographics" dans son équation commerciale : un dieu nu en images de synthèse, à peu près aussi idéalisé et abstrait qu'une statue antique, réussit encore à choquer les spectateurs ! On a presque l'impression que Snyder a été courageux de ne pas mettre de feuille de vigne...

  • Justin Kownacki a de bonnes remarques sur le film, dont une : ce n'est pas un film, c'est un hommage.

  • Le critique Roger Ebert ne me paraît pas vraiment parler du film en tant que tel (pas grand-chose sur la réalisation) mais (à ma grande surprise car je le sous-estimais) il a l'air surtout enthousiasmé par la métaphysique ou la spéculation sur la physique contemporaine chez Doctor Manhattan. Il compare même le Dialogue sur Mars avec les scènes les plus métaphysiques de la tradition littéraire depuis le monologue de Hamlet sur la condition humaine !

  • Si Watchmen avait été adapté dans une publicité pour les gateaux Hostess comme toutes ces vraies publicités Hostess.

  • Watchmen s'il avait été réalisé par Woody Allen (et beaucoup d'autres liens chez The Beat.

  • mercredi 1 février 2012

    Et qui gardera les droits des Gardiens ?



    Ca y est, DC, qui sait qu'ils ne se réconcilieront jamais avec Alan Moore, a décidé de passer outre et de lancer plusieurs Prequels de Watchmen.


    Alan Moore a l'argument que même si ces Prequels laissent en théorie son oeuvre d'origine "intacte", ils vont en amoindrir le caractère unique et, au final, l'appauvrir. On avait une série limitée en douze chapitre, fermés sur eux-même en une totalité qui formaient une Oeuvre. Maintenant DC Comics rappelle que c'est un produit commercial de l'imaginaire comme un autre, un "propriété intellectuelle" qu'ils peuvent décliner pour en faire une matrice d'autres "produits".

    Moore se compare à Melville et dit qu'on n'imagine pas une suite ou un prologue littéraire à Moby Dick, et donc que la BD renonce à toute prétention artistique en s'enfermant ainsi dans la dérivation indéfinie de ces spin-offs. Je suis peu convaincu par l'analogie car l'idée même d'une oeuvre organique a aussi son histoire et les oeuvres pré-classiques avaient des "Continuations" infinies. Cet art de la Continuation a eu à une époque une esthétique où on suivait des dynasties de héros ou bien où l'on recréait de nouvelles aventures rétroactivement (Les Enfances des héros par exemple). Les épopées antiques formaient des "cycles" avec des suites "parasitiques". Après tout, Orlando Furioso de l'Arioste peut être un chef d'oeuvre tout en étant une parodie et une suite de l'Orlando Innamorato de Boiardo, que plus personne ne lit. Et la littérature moderne naît quand un fan ridicule se prend pour Amadis des Gaules.

    Mais dans le cas des comic-books, on voit bien que ce parasitisme est devenu une limitation gênante. On ne peut pas écrire une bonne histoire sans qu'elle soit ensuite gâchée ou annulée par une autre. La mort du Phénix dans les X-Men de 1980 était plutôt une bonne histoire. Mais les 42 résurrections et re-décès du Phénix depuis 1980 ont réussi à atteindre l'oeuvre originale. Si on a un peu suivi la suite, on ne peut plus la relire avec la moindre émotion autre que de l'agacement. Ce n'est plus que la Tragédie se répète en Comédie, c'est que la Comédie inépuisable finit par agir en retour sur la Tragédie dont elle se prétend la conclusion et donc le vrai dévoilement. Shakespeare pouvait s'amuser à parodier Romeo & Juliette avec son théâtre dans le théâtre et son Pyrame & Thisbé (dans le Songe d'une Nuit d'été), mais ce n'était pas dans une "continuité".

    Les autres arguments de Moore demeurent valides. Les artistes qui vont faire ces parasites sur Watchmen pourraient créer d'autres ramifications au lieu de chercher à gloser dans les marges d'il y a 27 ans. On pourra certes toujours dire que c'est le principe même des comic-books de superhéros que de recycler des personnages antérieurs.

    J'aime beaucoup le scénariste Brian Azzarello (qui est prévu sur les personnages des deux fachos, Rorschach et Le Comédien) et je n'arriverai donc sans doute pas à boycotter par principe ces "Prologues" inutiles même si cela pouvait empêcher DC de gâcher ainsi ses histoires.

    Il est même possible que la nouvelle série d'horreur/pirates sur les Corsaires (Curse of the Crimson Corsair) soit une bonne idée (même si c'est écrit par Len Wein et si Alan Moore est déjà revenu trop lourdement dessus dans League of Extraordinary Gentlemen 1910 avec le viol de Pirate Jenny).

    Et au moins les artistes ne sont pas incompétents, on a échappé à Watchmen by Rob Liefeld...

    vendredi 1 août 2008

    Comic Tropes!



    Je n'arrive plus à modérer l'usage des points d'exclamations ! Cela ! devient ! inquiétant !

  • The Obamobile! Depuis que son père a été assassiné, Obama passe d'ailleurs trop de temps à s'entraîner dans sa base secrète.

  • Best. Supervillain. Ever!!

  • Tlön ironisait à juste titre sur les notations de comics avec des lettres.
    Mais il est imprortant d'avoir une hiérarchie pour tenter de sortir les rares pépites du torrent de la loi de Sturgeon.
    Je pourrais utiliser l'échelle de Savage Critic : Excellent, Good, OK, Meh (= bof), Awful, Crap mais en pratique cela revient au même : A+ (une oeuvre d'Alan Moore), A (bon, pourrait même supporter d'être relu), B (un comic moyen, distrayant, sans plus), C (acceptable, des problèmes), D (les problèmes deviennent dérangeants, presque illisible), E (tiens, une lacune, je ne crois pas que je l'utilise, disons alors une couverture par le défunt Mike Turner), F (une réfutation de l'idée bibliodoule que les auto-da-fe ne sont jamais justifiés).

  • Watchmen, qui est sorti il y a 21 ans, vend d'habitude environ 100,000 albums chaque année et depuis la première bande-annonce 300,000 exemplaires ont été vendus ! Cela promet un succès énorme pour l'un des rares comic-books qu'on puisse considérer comme une oeuvre d'art.

    Les premiers posters pour Watchmen (6 mars 2009, plus que 216 jours) !




    Je crains que vous n'allez pas échapper à un rant (soliloque déréglé ?) sur mon personnage favori, Ozymandias, alias Adrian Veidt.


    Alan Moore voyait dans Nite-Owl, le loser honnête mais un peu dépassé le vrai héros de Watchmen, mais il fut surpris et un peu écoeuré de voir que les lecteurs adolescents rebelles s'identifiaient plus dans le personnage du psychopathe Rorschach, qui est pourtant clairement une caricature.

    Dr Manhattan est Dieu et transcende graduellement toute humanité, c'est donc un cas un peu à part.

    Ozymandias est plus particulier en tant que le Surhomme Nietzschéen, ayant dépassé notre moralité, ou plutôt en tant que Le Dernier Homme de Compassion. Dans une satire politique anti-Reagan où Nixon est toujours Président après avoir fait assassiner Woodward et Bernstein, le vrai méchant est révélé comme un idéaliste "de gauche" qui suit un peu trop aveuglément un Utilitarisme naïf (alors que Rorschach est la réduction par l'absurde de la Déontologie kantienne).

    Bien sûr, son plan est idiot et on ne voit pas comment il peut y croire. Mais ce qui le rend attachant est justement son incroyable côté enfantin sous ses calculs utilitaristes dénués de tout sentiment. Il est le rêve de l'enfant prodige autiste qui se crée entièrement son monde, fabrique ses propres espèces d'animaux domestiques et vit dans sa Forteresse de Solitude. Rorschach et le Comedian sont les comics des années 90 dans leur rejet cynique (dans les deux sens opposés) des normes, Ozymandias et Nite Owl sont les comics des années 60 dans leur escapisme si exagéré qu'ils ont une certaine innocence poignante.

  • Et puisqu'on parle de Vilain Pathétique... J'ai beau ne pas vraiment aimer les comédies musicales ni Buffy et être assez peu enthousiaste sur Firefly/Serenity du même auteur übergeek Josh Whedon, j'ai vraiment partagé l'enthousiasme universel de l'Internet pour l'utilisation inversée assez prévisible des tropes du genre superhéros dans le Webfilm-opéra Dr. Horrible's Sing-along Blog (en partie à cause des chansons qui sont vraiment bonnes dans le style Elfmanesque, notamment la treizième chanson du "Grand Final").

    Voilà la fin de l'Acte II, Brand New Day! :



    He's got a PhD in Horribleness.

  • Un aveu vraiment embarrassant : j'aime beaucoup manger des Oreos (qu'on commence à trouver plus facilement en France).
    Mais c'est seulement parce que c'était les biscuits préférés du Martian Manhunter dans les JLA de Keith Giffen.
    Je me demande si c'était un product placement déjà à l'époque...

  • dimanche 8 février 2009

    J -26



    Plus que 26 jours avant Watchmen.

    Je me souviens avoir écrit sur ce blog des choses comme "oh, le film sera décevant de toute façon, j'attendrai le dvd" mais ce n'était que des stratégies transparentes "Renard et les Raisins Verts" pour lutter contre l'impatience. Bien sûr que j'irai le voir à J+0/1. Je crois même que mon degré de Geekisme va augmenter et que je vais acheter des produits dérivés (il y a un bouquin de Dave Gibbons sur les esquisses et brouillons de la bd par exemple) et pour la première fois de ma vie l'expérience totale, le DVD version longue quelques mois après.

    Cela dit, je crains toujours l'effet Lord of the Rings. Je n'avais pas trouvé l'adaptation mauvaise, c'est seulement qu'elle m'avait soudain dévoilé tout ce que je n'aimais pas dans l'oeuvre originelle et que j'avais réussi à refouler à la lecture.

    Je me souviens encore de la sortie de la bd originelle il y a 23 ans. Je n'avais pas d'argent de poche et j'ai lu la bd entièrement à la FNAC des Halles assis dans les rangées avant de pouvoir l'acheter quelques années après. Oui, un peu comme le personnage de l'ado qui lit toutes les bd de Pirates à l'intérieur de Watchmen sans les acheter. Je n'avais pas remarqué la mise en abyme à l'époque d'ailleurs.

    Oh, et même si Moore refuse d'accorder son nom à cette adaptation "trop fidèle" par Snyder, le dessinateur Gibbons donne sa bénédiction. On ne va pas être plus royaliste que le roi.

    Il fait une remarque ici sur les choix de couleurs non-primaires (de l'orange et du violet) que je n'avais jamais remarqués, ce qui opposera l'atmosphère de ce film et celles de nombreux autres qui n'insiste que sur des contrastes tranchés.



    Add. Même le New Yorker fait du Watchmen, avec cette version de leur célèbre mascotte au monocle, Eustace Tilley.

    mardi 3 mars 2009

    Le monocle sur le masque



    Les critiques de Watchmen arrivent et sont relativement favorables (76% au Tomatometer, 60% en ne comptant que les critiques les plus importants, même si c'est loin du quasi-100% qu'avait eu The Dark Knight).

    Mais Anthony Lane du New Yorker prend de son temps pour nous expliquer qu'il n'a pas de temps à perdre avec toute cette vulgarité - même s'il gâche la fin du film avec une agressivité un peu suspecte, en donnant le nom du coupable.


    The world of the graphic novel is a curious one. For every masterwork, such as “Persepolis” or “Maus,” there seem to be shelves of cod mythology and rainy dystopias, patrolled by rock-jawed heroes and their melon-breasted sidekicks.


    Traduction : hé, je suis cool, regardez, je préfère Satrapi à Alan Moore.

    Oh, et qu'est-ce qu'une mythologie de morue ? Non, sérieusement, j'aimerais comprendre.

    Whether his fellow-Watchmen have true superpowers, as opposed to a pathological bent for fisticuffs, I never quite worked out


    Traduction : j'ai dormi pendant tout le film.

    “Watchmen,” like “V for Vendetta,” harbors ambitions of political satire, and, to be fair, it should meet the needs of any leering nineteen-year-old who believes that America is ruled by the military-industrial complex, and whose deepest fear—deeper even than that of meeting a woman who requests intelligent conversation—is that the Warren Commission may have been right all along.


    Heureusement que la sophistication et les cheap shots de Lane nous protègent de conspirationnistes puceaux.

    Et nul ne va prétendre que Snyder soit subtil.

    The problem is that Snyder, following Moore, is so insanely aroused by the look of vengeance, and by the stylized application of physical power, that the film ends up twice as fascistic as the forces it wishes to lampoon.


    Sur ce point, je suis d'accord avec Lane. L'ironie anarchiste a été à double tranchant. Il y a vraiment de nombreux lecteurs, une majorité même, qui prennent la leçon du livre comme l'éloge du psychopathe Rorschach et c'est en effet un échec esthétique cinglant que l'oeuvre ouvre ainsi la voie à une interprétation majoritaire aussi opposée à l'intention de l'auteur.

    Cela sera encore pire avec les gros sabots assez infantiles et fétichistes de Snyder. L'héroïsation de Rorschach est une faute prévisible, même s'il faut vraiment mal lire pour y voir plus un exutoire cathartique de violence qu'une source de pathétique. Rorschach est un raté exigent et jusqu'au-boutiste, qui peut fasciner par sa radicalité (Fiat Justitia, Pereat Mundus) mais c'est un "raté" quand même.

    You want to hear Moore’s attempt at urban jeremiad? “This awful city, it screams like an abattoir full of retarded children.” That line from the book may be meant as a punky retread of James Ellroy, but it sounds to me like a writer trying much, much too hard


    Oui, le journal de Rorschach est caricatural, mais c'est une parodie du monologue de tous les dingues depuis Taxi Driver. Un critique cinéma - même s'il n'aime que Satrapi et Spiegelman - comme Lane doit quand même s'en rendre compte. Attribuer à un auteur les défauts de discours d'un personnage psychopathe est curieux. Toutes choses égales par ailleurs, il croit aussi que Nabokov est Humbert Humbert ?

    lundi 20 octobre 2008

    La fin de Watchmen changée dans le film ?



    (SPOILER, duh)

    D'après les rumeurs, ils ne vont quand même pas jusqu'à un happy ending moral (l'ambiguïté amère de la fin de la bd étant quand même l'un des éléments les plus importants, puisque tout lecteur raisonnable doit en arriver à souhaiter la victoire du vilain), mais ils auraient quand même changé la conclusion (avec une série de bombes atomiques, ce qui sonne plus proche d'un épisode de 24). C'est un détail qui ne me paraît pas gênant et qui peut éviter une sorte d'humour de série B qui ne passerait peut-être pas bien à l'écran.



    Plus on réfléchit au Plan du Vilain, moins il semble rationnel en fait. C'est peut-être une des conventions de bd qui n'est pas vraiment dépassée et cela reste un des aspects de l'oeuvre les moins convaincants. C'est certes volontaire et les personnages eux-mêmes commentent sur l'absurdité du concept.

    Le Plan idiot fait penser à un vrai discours décalé de Ronald Reagan, qui aurait dit au Sommet de Reykjavik d'octobre 1986 que si les Extra-terrestres attaquaient la Terre, les USA et l'URSS seraient capables de surmonter leurs différends (mais Watchmen fut publié à partir de septembre 1986, ce qui serait donc une coïncidence).

    Moore a aussi dit que la similitude du Plan avec l'épisode de 1963 The Architects of Fear n'avait pas été un souvenir conscient (même si son editor Len Wein lui demanda de changer la fin pour ne pas trop ressembler à cet épisode). Le Vilain, malgré tout son génie, avait vu trop d'épisodes de The Outer Limits...

    Qui plus est, même la fin de l'épisode en question insistait déjà sur le fait que c'était un Plan qui ne pourrait pas réussir. Autrement dit, la fin de Watchmen est déjà critiquée par avance dans le petit "nanar" vieillot de sf dont il veut donner le reflet ironique...

    Scarecrows and magic and other fatal fears do not bring people closer together. There is no magic substitute for soft caring and hard work, for self-respect and mutual love.


    Et c'est là l'hubris du Vilain, croire en la "Magie", en une sorte de médiation illusoire comme stratégie pour manipuler le Grand Horloger, lui qui n'a pas les pouvoirs divins du Dr Manhattan. C'est encore plus prométhéen que le Dr Frankenstein puisqu'il crée le faux Monstre non pour émuler la création divine mais pour sauver l'humanité du Feu nucléaire.

    lundi 25 août 2008

    MBX



    Grant Morrison (qui avait déjà fait un énorme syncrétisme de mythes arthuriens dans sa série Shining Knight, dans le cycle 7 Soldiers, cf. quelques notes) prépare pour la mourante Virgin Comics une adaptation du Mahabharata appelée MBX, qui devrait être animée, si j'ai bien compris, mais je ne vois pas bien ce qu'on garde en le réduisant à un combat de Méchas géants & cyberpunks thermonucléaires (même si cette dimension existe et peut être commercialement viable). L'épique doit-il toujours passer par la réadaptation de la mythologie en technologie ?

    Une chose qui m'étonne toujours chez Morrison, qu'on présente comme l'artiste excentrique, drogué et divagant, est son sens de l'exploitation commerciale des personnages qu'on lui confie. Alan Moore n'a jamais autant semblé diriger son processus créatif dans cette direction.

    Add.
    Une des multiples raisons pour lesquelles je n'ai pas envie d'aller voir le film DarkKnight et le déteste déjà par avance est son effet à moyen terme : son succès va pousser les producteurs de Warner Bros (propriétaires de DC Comics) à "assombrir" toutes ses adaptations pour le cinéma.


    One of the studio's other big releases planned for 2009, "Watchmen," is the subject of a high-profile copyright lawsuit filed in U.S. District Court for the Central District of California by News Corp.'s Twentieth Century Fox.

    Based on the premise that superheroes are real people grappling with their own problems, "Watchmen" is an apocalyptic vision of their world. Fox says it is seeking an injunction to enforce its copyright interest in the film. Last week, a federal judge ruled that it may have rights to the property. [News Corp. is the parent of Wall Street Journal publisher Dow Jones & Co.]

    With "Batman vs. Superman" and "Justice League" stalled, Warner Bros. has quietly adopted Marvel's model of releasing a single film for each character, and then using those movies and their sequels to build up to a multicharacter film. "Along those lines, we have been developing every DC character that we own," Mr. Robinov says.

    Like the recent Batman sequel -- which has become the highest-grossing film of the year thus far -- Mr. Robinov wants his next pack of superhero movies to be bathed in the same brooding tone as "The Dark Knight."

    Creatively, he sees exploring the evil side to characters as the key to unlocking some of Warner Bros.' DC properties. "We're going to try to go dark to the extent that the characters allow it," he says. That goes for the company's Superman franchise as well.


    Pour Batman ou les Watchmen, le ton sombre est parfait. Pour Superman ou Green Lantern, cela me paraît peut-être rentable mais une vraie faute de goût et une déviation esthétique des mythes "apolliniens" de ces personnages. Au moins on évitera l'ancien style dit "camp" mais pour végéter dans le style "grim & gritty" si cliché et ennuyeux depuis une vingtaine d'années.

    mercredi 15 janvier 2014

    SciencesPo & Superhéros

    La revue PS: Political Science & Politics vol. 47 (janvier 2014), p. 85-124 a sept articles d'un symposium sur les superhéros et les sciences politiques, disponibles gratuitement.

    •  "“A Is A”: Spider-Man, Ayn Rand, and What Man Ought to Be",  Claudia Franziska Brühwiler  
    • "Hell's Kitchen's Prolonged Crisis and Would-be Sovereigns: Daredevil, Hobbes, and Schmitt", Anthony Peter Spanakos 
    • "Negotiating the Third Wave of Feminism in Wonder Woman", Carolyn Cocca 
    • "Men of Steel? Rorschach, Theweleit, and Watchmen's Deconstructed Masculinity", Mervi Miettinen 
    • "The Imperial Superhero", Chris Gavaler 
    • "Superheroes in Hong Kong's Political Resistance: Icons, Images, and Opposition", Dan Garrett 
    • "Fighting the Battles We Never Could: The Avengers and Post-September 11 American Political Identities", Annika Hagley and Michael Harrison

    Cela n'a pas très original quand on a déjà lu un bouquin comme Watchmen & Philosophy par exemple et il y a toujours un côté parodique à prendre ces sujets légers et leur accrocher les thèmes universitaires sérieux du moment comme féminisme ou études post-coloniales comme s'il ne s'agissait toujours de traiter le sujet comme de simples symptômes ou des applications de ces thèmes pré-conçus.

    Le premier article a l'air de réexpliquer encore une fois l'influence de l'idéologue insensée ultra-libertarienne Rand sur Steve Ditko. Le second explique que la violence des quartiers criminels dans Daredevil devrait être comprise plus à partir de l'analyse de Carl Schmitt sur la crise de la démocratie parlementaire (ce qui revient encore une fois à relier Frank Miller et le fascisme, j'imagine).
    L'article sur Wonder Woman est plutôt honnête mais ressemble plus à une synthèse des trente dernières années sur ce titre (même si la critique contre la version la plus récente est assez intéressante).
    L'article sur Rorschach le compare aux analyses du critique Klaus Theweleit sur la littérature masculine nazie (mais sa conclusion où elle souligne le paradoxe d'une parodie qui devient en fait aussi populaire chez certains lecteurs au premier degré est un des effets ratés de Watchmen).
    "Imperial Superhero" analyse le lien avec le colonialisme, de manière très érudite et en se servant de quelques personnages moins connus des origines du superhéros, jusqu'à Black Panther. C'est sans doute celui où on apprend le plus de choses.
    L'article sur Hong Kong se réduit un peu à montrer l'iconographie anti-continentale qui reprenait des références pop japonaises ou occidentales comme V pour Vendetta.
    Le dernier article sur les Vengeurs (le film) semble trouver original d'expliquer que c'est un symbole d'unité nationale d'après le 11 septembre, ce qui me paraît plat.

    lundi 10 novembre 2025

    De quoi The Power Fantasy est-il la métaphore ?

     


    The Power Fantasy (Image Comics) est un comic book par les deux créateurs britanniques Kieron Gillen et Caspaar Wijngaard. On peut le résumer comme Watchmen mais si toute l'équipe avait un niveau de pouvoirs de Dr Manhattan et si tout le monde était suspendu à l'équilibre de la terreur entre les individus qui auraient tous la capacité de causer une destruction de masse. Une différence centrale est qu'aucun n'est aussi détaché du monde et de ses passions que Dr Manhhattan, pas même l'intellectuel Etienne. 

    Gillen a dit qu'il ne voyait pas cela comme du genre du superhéros puisque c'est une pièce de théâtre très dialoguée, les personnages passent leur temps à discuter de la violence qu'ils ne veulent pas entreprendre. Mais comme il aime se contredire, il a aussi reconnu qu'en un sens il y avait aussi quelque chose de typiquement et finalement très traditionnellement superhéros dans la réflexion sur la puissance et la responsabilité. Le pouvoir est un fantasme car on sait que l'omnipotence resterait un fantasme dès qu'il y aurait un monde de rapports de forces. 

    Et on pourrait même faire des analogies simplement avec les X-Men comme il dit que l'histoire est sortie d'Immortal X-Men : Etienne Lux comme une sorte de Professeur Charles Xavier et Heavy comme une sorte de chef révolutionnaire Magneto (voir les évolutions politiques chez Hickman) car Etienne veut sauver l'Humanité alors que Heavy veut préserver les Atomics. La Pyramide de Magus serait plus difficile à classer, peut-être le cynisme d'Emma Frost ou de Mystique  ?

    Alan Moore a parfois dit qu'il voyait les Américains comme ce peuple qui a mis a distance le monde pour mieux le bombarder et Dr Manhattan représentait en partie ce mélange de bonne conscience et de froide inhumanité, de Hiroshima au Vietnam ou à l'Irak. Gillen avait déjà fait un autre comic chez Dynamite sur Ozymandias avec le même Caspaar Wijngaard, Peter Cannon: Thunderbolt (2019), où un Peter Cannon très bodhisattva fait face à son homologue d'une autre dimension qui correspond à certains aspects de la mégalomanie d'Ozymandias de Moore. Et comme cet Ozymandias, Power Fantasy est une réflexion politique sur l'utilitarisme, sur les oeufs qu'on aurait le droit ou le devoir de casser pour faire l'omelette optimale.  

    Voici la liste des Six "Atomics", le six Superpuissances. Officiellement, ils sont presque tous des sortes de mutants issus des radiations de la Bombe atomique même s'il semble bien y avoir aussi des explications plus mystiques. 

    Santa Valentina : brésilienne, avatar d'une force étrange qui croit être une Ange descendue du Paradis. Elle semble être une sorte de Superwoman et est peut-être la plus proche d'une superhéroïne traditionnelle. Très mélomane comme Kieron Gillen (l'auteur de Phonogram, sur des magiciens qui fondent leur pouvoir sur la musique). 

    Etienne Lux : français, télépathie, télékinésie, contrôle psychique. Il est un "omnipathe" capable de se relier aux esprits de quasiment toute l'humanité. C'est un intellectuel froid et obsédé par la réflexion éthique utilitariste qui semble se demander sincèrement comment utiliser au mieux son pouvoir. Il a prévu de nombreuses possibilités de protection, comme par exemple de déclencher automatiquement un massacre s'il est tué par surprise. Il peut être considéré à la fois comme le héros de l'histoire (parce qu'il manipule les autres pour des fins qu'il croit bonnes) et le méchant (pour les mêmes raisons). 


     

    Raymond "Heavy" Harris : hippie américain, hédoniste et défoncé, contrôle de la Gravité. A fondé "la Famille", un groupe isolé du monde (et même d'Etienne) qui protège aussi son fils, qui a des pouvoirs de pyrokinèse ("Kid Ignition"). On dit souvent que Charles Manson avait représenté l'échec sanglant des idéaux hippies des années 60 et Heavy est une version nettement moins psychopathe de Charles Manson qui voudrait préserver le "Summer of Love". 

    Jacky Magus, punk anarchiste britannique, magicien, créateur d'artefacts et d'un vaste culte, la Pyramide, qui fonctionne comme un schème pyramidal. Les premiers fidèles en tirent des pouvoirs croissants mais en réalité c'est la base des fidèles qui fournit ses pouvoirs à Jacky Magus. Il a fabriqué des masques pour résister à la télépathie et au contrôle d'Etienne. Il paraît être un Crowley opportuniste ou un Grant Morrison, mais croit être un vrai héros qui doit délivrer l'Humanité des manipulations d'Etienne. Son casque à la Daft Punk fait aussi penser au Woden de The Wicked + The Divine. 

    Eliza Hellbound  : chrétienne, ancienne punk fidèle de la Pyramide de Magus. Elle serait en quelque sorte l'inverse de Valentina. Elle croit avoir tiré ses pouvoirs d'un jour où elle aurait choisi de sacrifier son âme et de devenir une "démone" pour sauver le monde. On ignore à quel point elle se trompe dans son interprétation religieuse et dans l'Enfer de son sentiment de culpabilité (qui est peut-être aussi en partie manipulé par Etienne). 

    Morishita "Deconstructa" Masumi : japonaise. C'est la plus jeune des Atomics et l'une des moins stable. C'est une artiste plasticienne narcissique et neuroatypique et tout le monde craint donc de la vexer car elle pourrait tout détruire dans une crise de spleen. Elle serait indirectement manipulée psychiquement par Etienne pour éviter cela. Ses oeuvres sont qualifiées de "médiocres" mais font l'objet d'un très bon accueil d'un public apeuré et hypnotisé.

    Chronologie

    Un autre point commun avec Watchmen est la narration non-linéaire qui joue sur un uchronie entre 1945 et 1999. Les Atomics apparaissent dans les années 1950-1960 et leur identité devient vite publique. Le monde entier sait qu'ils existent, les vénèrent en les redoutant. Cette chronologie des révélations est faite dès le n°3. 

    1945 Première bombe le 16 juillet (3 semaines avant Hiroshima et Nagasaki). Naissance de Valentina, qui est aussitôt d'une intelligence adulte. 

    1953 Etienne est dans le coma après l'accident mortel de ses parents.  

    1957 Valentina apparaît au public quand elle affronte un criminel, "le Diable", avec l'aide d'Etienne. Elle rencontre Etienne pour la première fois. 

    1962 Valentina met fin à la Crise des Missiles en détruisant les arsenaux à Cuba mais aussi en Turquie. 

    1966 Etienne explique à Valentina son plan pour sauver l'Humanité. Il révèle son identité au public en même temps que Heavy. 

    1967 Naissance de Masumi.  

    1969 Nixon tente en vain d'assassiner Valentina avec une bombe atomique au Festival de Musique du Nouveau Mexique. Quelqu'un tente d'assassiner Heavy pendant une manifestation pacifiste. 

    1971 Apparition du Major (l'Atomic du gouvernement US), qui va faire durer les massacres au Vietnam (comme Manhattan et le Comédien dans Watchmen) et de Jacky Magus, qui crée son culte, la Pyramide. 

    1981 Magus découvre que le Major n'est pas un vrai SuperPouvoir majeur et qu'il peut donc être tué sans danger. Heavy tue aussitôt le Major. 

    1982 Masumi déclenche un Kaiju par son pouvoir et a failli détruire Tokyo. 

    1983 Heavy fonde "Haven", un refuge pour sa Famille où il s'enferme. 

    1989 Second Summer of Love : une créature extra-dimensionnelle (la "Reine") commence par faire régner une sorte de béatitude collective avant de se mettre à détruire la réalité. Jacky Magus doit sacrifier quasiment tous les membres de sa Pyramide pour ralentir la destruction. Pendant le combat pour la vaincre, toute l'Europe occidentale est détruite et l'URSS s'écroule comme dans notre monde. Isabella, l'Italienne normale qui va devenir l'amante de Masumi survit parce qu'elle vivait au Japon. 

     


    1999 Le Président US tente encore une fois vainement d'assassiner Heavy. Lux tue le Président pour empêcher une vengeance plus radicale du Hippie. Jacky Magus commence un plan contre Etienne avec le soutien d'Eliza Hellbound et du gouvernement américain. 

    samedi 15 novembre 2008

    Fumetti <---> Film



  • J - 110 pour Watchmen (6 mars 2009) et une nouvelle bande-annonce



    Rorschach risque de dominer trop nettement le film (mais c'était aussi un malentendu dès la bd).

    Je ne suis pas enthousiasmé par la musique "Take a Bow" de Muse. La bande-annonce précédente avait utilisé "The Beginning Is the End Is the Beginning" des Smashing Pumkins (qui vient de Batman & Robin). Au moins, on nous épargne Lux Aeterna (que je me souviens avoir aimé à une époque avant que toutes les bandes-annonces ne l'épuisent).

    L'adaptation semble toujours aussi maniaque dans les détails (sauf la fin qui serait modifiée avec une histoire de prolifération nucléaire). Il y a quelque chose d'un cercle vicieux à mettre ainsi en film la bd qui avait voulu introduire dans ce medium des techniques plus cinématographiques tout en montrant (par des documents et appendices non-linéaires) tout ce que la bd pouvait apporter en plus par rapport à un medium diachronique (Moore avait déclaré que le thème principal de Watchmen est la simultanéité, le Point de Vue de l'Eternité puisque tous les événements s'enchaînent dans la perspective déterministe et hors du temps du Docteur Manhattan).

  • Mais le mouvement va aussi des téléfilms vers les comics. Le producteur Brian Fuller de Pushing Daisies (dont la seconde saison serait en crise) aurait annoncé que si la série télé est arrêtée prématurément il finirait l'histoire dans un comic-book.

    Cette méthode vient de Josh Whedon qui avait créé la "8e Saison de Buffy en comics" et des histoires supplémentaires de Firefly/Serenity situées entre la série et le film.

    Les comic-books, medium plus pauvre que la télé, deviennent donc le dernier refuge de feuilletons supprimés par les chaînes.

  • Tiens, dans seulement 4 ans, DC Comics ne devrait plus posséder Superman et devra le louer aux héritiers des créateurs Jerry Siegel & Joe Shuster.

    In 1998, Congress extended copyrights AGAIN. This time, for any copyright formed before 1978, Congress just added a flat 20 years. So Superman will now stay in copyright for 95 years, or until 2033. However, this time, that extra 20 years is available not only to authors and their heirs, but also to the ESTATES of authors. So Joe Shuster’s estate (executed by his nephew) will certainly be exercising their right of termination, which will be in 2013.

    At that point, for the last 20 years of the Superman copyright - the Superman copyright will be owned FULLY by Siegel and Shuster.


    Je me demande quels seront les effets d'un Superman dans le domaine public dans les années 2030 (si le Congrès américain n'a pas fait une nouvelle loi pro-Disney d'ici là).

  • jeudi 26 mars 2009

    Big Numbers +1



    Alan Moore est le plus grand scénariste de bande dessinée de tout le monde occidental mais il a parfois laissé certaines séries inachevées.

    En 1990, donc quatre ans après Watchmen et juste après Shadowplay, son allégorie documentaire sur l'affaire Iran-Contra, Alan Moore préparait une bd qui devait être un roman réaliste et son chef d'oeuvre pynchonien sur la condition de l'homme moderne, le capitalisme et la structure des mathématiques, Big Numbers, dessinées par Bill Sienkiewicz (en un style bien plus mesuré et plus photoréaliste que d'habitude d'ailleurs, ce qui décontenança ses fans).

    Deux numéros sur 12 furent publiés par une maison fondée par Moore, Mad Love, qui fit faillite ensuite, ce qui détruisit toute chance de jamais avoir la fin. Cet arrêt laisse un début assez frustrant et insatisfaisant. C'est plus linéaire et reposé que Watchmen mais où on ne devine pas bien quel usage Moore voulait faire de la métaphore mathématique sur les Fractals (la bd devait s'appeler originellement "Mandelbrot Sets" et on a oublié à quel point Mandelbrot était présent dans la littérature populaire à cette époque).

    Le rêve d'un dénouement à Big Numbers restera à jamais un Graal inaccessible, Moore a dit qu'il laissait le script de côté et ne le finirait jamais avec un autre artiste.

    Par hasard, Glycon, un collectionneur de Moore (qui porte le nom du Dieu-Serpent adoré par Moore) vient d'acheter des crayonnés sur eBay dont il dit que ce serait une version du mythique Big Numbers #3, jamais publié et dont il livre les planches. C'est dessiné par le jeune Al Columbia qui devait remplacer Sienkiewicz mais ne put jamais achever le reste.

    mercredi 23 septembre 2026

    Lanterns Episode 06 "Bad Optics"

    Je n'étais pas vraiment le public visé par la série Lanterns. Ce que j'aime dans le mythe Green Lantern est cette idée d'universalité et de décentrement où toutes les planètes ont un GL et où le GL de la Terre n'est qu'un GL parmi d'autres. C'est pour moi avant tout une Cantine de Mos Eisley pleine d'Aliens. 


    La série de Damon Lindelof (déjà auteur de la série Watchmen de 2019) se fonde sur une structure de "Buddy Cop Movie" qui mélange des références comme Lethal Weapon (un flic blanc rebelle et autodestructeur et son co-équipier noir plus formaliste), True Detective ou Fargo (l'effet surréel des sheriffs dans une zone rurale d'un Etat de la Zone qu'on Survole sans s'y arrêter, North Dakota dans Fargo et Rushville, Nebraska ici). Et comme dans sa série Watchmen, un des thèmes importants est aussi le spectre du racisme et des relations raciales aux USA. La SF (les Aliens et les Gardiens de l'Univers) est présente mais comme un arrière-fond dans une structure de film avant tout "policier" qui tourne autour de deux énigmes : pourquoi des extraterrestres commettent-ils des crimes en plein  Nebraska en 2016 ? Et qui a tué Hal Jordan en 2026 ? 

    Pour ceux qui ont raté les premiers épisodes : on a une structure non-linéaire. Le pilote d'essai intrépide Hal Jordan (Kyle Chandler, 61 ans) a été choisi comme Green Lantern de ce secteur après le crash d'Abin Sur dans le Nebraska il y a une trentaine d'années, dans les années 1990 (et Hal sera formé par le GL nommé Sinestro). On apprendra plus tard qu'Abin Sur a en fait été assassiné par un Manhunter, un androïde change-forme qu'il avait pourtant sauvé car il semblait ne pas être aussi maléfique que les autres Manhunters. Mais on apprend que le père de John Stewart avait été sélectionné d'abord avant d'être refusé par l'Anneau parce qu'en tant que Noir assailli en pleine nuit par un rayon vert, il n'avait pu éviter une réaction d'appréhension. La famille Stewart a décidé de tout investir  pour faire de John Jr le prochain remplaçant de Hal Jordan. John Stewart est joué par Aaron Pierre, 32 ans, qui avait déjà joué Dev-Em dans la série Krypton. Le fait qu'il soit de nationalité britannique a déjà suscité des réactions amusantes de chauvinisme chez une partie des Américains (y compris d'Africains Américains qui le jugent trop "pâle" pour le rôle...). 


    Couverture de Green Lantern (vol. 3) #1 (juin 1990)

     

    En 2016, les Gardiens de l'Univers (qui viennent de subir une attaque de Sinestro qui a tué l'un d'entre eux et qui a été emprisonné sur Oa) annoncent à Jordan qu'ils ont choisi Stewart comme son "remplaçant".  Les deux GL reviennent dans le Nebraska et y trouvent un groupe d'Aliens qui ont pris forme humaine et qui sont venus pour exécuter le dernier des Manhunters qui se cache dans cette communauté. Hal deviendra l'ami de la sheriff locale Kerry Kane. 

    Sans trop spoiler, une des péripéties consistera à découvrir que la milice locale de survivaliste est plus complexe et cherche au contraire à protéger son Immigré clandestin contre l'escadron des Aliens kamikazes. Hal tente de dresser les Aliens contre le Manhunter mais cela se termine en désastre quand le Manhunter détruit la moitié de la ville. John obtient alors l'Anneau mais le refuse, peut-être parce qu'il comprend qu'il a été manipulé par la Gardienne Lianna depuis son enfance. Les Gardiens décident de le donner à un 3e membre, la caricature de connard qu'est Guy Gardner (excellent Nathan Fillon). On comprend donc pourquoi c'est Guy qui était le GL dans Superman. 

    En 2026, Hal a fini de purger sa peine de prison pour les dégâts de 2016. Il est retrouvé assassiné d'une balle dans le front et John Stewart (qui venait de lui casser la figure) enquête sur le meurtre. Dans l'Anneau de Hal, il y a encore une copie sauvegardée d'un double virtuel plus jeune de Hal (un "Halogramme"). 

    Cet épisode 6 est surtout l'enterrement. On revoit même l'ex de Hal dans les comics, Carol Ferris (jouée par Amie MacKenzie et qui ne semble pas être une membre des Lanternes Roses...). En dehors d'elle, il n'y a presque personne pour y assister en dehors de Guy, John et la sheriff Kerry Kane (jouée par l'actrice écossaise Kelly MacDonald, qui, après Trainspotting, avait joué le fantôme Ravenclaw dans Harry Potter, ce qui explique peut-être les blagues récurrentes sur cet autre univers). L'un des seuls à pleurer Hal est un Alien, sa plante carnivore nommée Earl. 

    On voit John devenu architecte (après son premier métier de Marine et de sniper), avec son frère Marcus. Il est à Midway City, la ville des Hawkmen et (ensuite rétroactivement) de la Doom Patrol. Ironiquement dans le dessin animé Justice League Universal, John sortait avec Hawkgirl. Il mentionne des destructions par l'alien Starro, dont on a parlé dans Suicide Squad ou dans Peacemaker. Peut-être parce que Marvel se concentre sur les Mutants, DC a l'air de se consacrer aux Aliens mais c'est une métaphore politiquement plus dangereuse.  

    Noah Macon, le fils de la sheriff Kerry Kane, a grandi et il semble particulièrement maître de lui-même. Une des théories dominantes est que Noah n'est pas ce qu'il paraît être et pourrait être encore un Manhunter. Il est le suspect principal pour le meurtre de Hal en dehors de la jeune serveuse (la petite fille qu'on voyait pleurer dans les ruines à la fin de l'épisode précédent en 2016). 

    Certains fans de Hal Jordan trouvent que la série le ridiculise et je ne suis pas d'accord. Il est abrasif, désinvolte et apparemment désorganisé mais aussi un policier remarquablement doué et intelligent (même si John paraît effectivement encore plus "cérébral" et réfléchi que lui). La dynamique Hal-John me paraît bien plus intéressante dans son inversion par rapport à celle qu'on voyait par exemple dans leurs premières rencontres des années 60 (où Hal était le "Square" du côté du Système et John le rebelle plein de colère). 

    Si on accepte des contraintes de budget où on ne pourra pas voir tout un Corps de Green Lanterns qui demanderait trop de CGI, c'est une excellente série et on comprend son succès qui a l'air de dépasser de loin les fans ordinaires de superhéros.  

    jeudi 4 décembre 2008

    Cela vaut-il la peine de le voir en salle ?



    Watchmen aurait une version "Montage du Réalisateur" de 190 minutes et une version en salle de 155 minutes, soit environ 20% de moins.

    Autant pour LotR (le film qui m'a guéri de ma tolkiénomanie), je me fichais un peu d'avoir des heures d'orcs tailladés ou de hobbits en fuite en plus, autant pour la structure formelle saturée (et même, excessivement formaliste) de Watchmen, je préférerais ne pas perdre trop d'éléments.

    [Certes, si c'est aussi "fidèle" que cela en a l'air, il se peut que ce soit seulement 35 minutes expérimentales de "bouteille de parfum Nostalghia en train de tomber" ou de gros plans sur des structures géométriques en fondu-enchaîné dans les "rimes, refrains et échos graphiques"]

    Plus que 91 jours... mais mieux vaut sans doute attendre le DVD vers septembre 2009...

    En parlant d'obsessions Geek, la bande-annonce de '77 ("par les producteurs de Star Wars et Lost In Translation") semble un mélange autobiographique (le réalisateur avait 15 ans, il est de la Génération d'Obama) d'American Graffiti et du "Culte" actuel de la sous-culture Geek (et il est bizarre d'y assimiler Kubrick). Mais on a déjà vu cette survalorisation de Star Wars tellement de fois dans des sitcoms télé comme That Seventies Show ou The Big Bang Theory que je crois que cette nostalgie des quadragénaires commence à être un peu épuisée. Cela doit marcher commercialement (et il y a aussi dans le même genre Fanboys qui sort en février, mais encore plus vain puisque le thème est l'Episode I de 1998). Cette tentative de mythification de la magie des Effets spéciaux et des films "de série B à grand budget" est du révisionnisme discutable. Ces années de Lucas-Spielberg, loin d'avoir libéré l'imagination, furent sans doute plus nocives, faisant passer du cinéma pour adultes bien dialogué (l'époque où les femmes adultes étaient le public visé dans les années 40) à un cinéma d'éternel Peter Pan (ce qui est bien représenté dans la scène d'Encounter of the Third Kind où le père régressif veut que ses enfants partagent son enthousiasme pour le Pinocchio de Disney de 1940). Le cinéma américain n'aura connu qu'une brève plage d'indépendance sous Nixon entre le déclin du système des Studios et le règne encore plus tyrannique des innombrables producteurs actuels, qui font du micromanagement stérilisant des montages.

    vendredi 6 mars 2009

    Oui, j'avais promis un moratoire sur les posts Watchmen



    Mais quand même : Watchmen en Version Dessin animé du samedi matin.



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  • Autres parodies.

  • Une autre fin possible.

    Hitler est très déçu par la nouvelle fin.

  • Déjà une bande-annonce pour les bonus du DVD avec le dessin animé sur le Black Freighter retiré du film en salle.

    La nouvelle fin du film a un léger désavantage qui est de retirer la part "artistique" du Plan puisque dans la bd le dessinateur du Black Freighter Joe Orlando participe au Plan pour concevoir le design artistique du Monstre. Mais l'analogie entre le personnage du comic-dans-le-comic et le créateur du Plan me paraît peu intéressante.

  • Le Jeu d'arcade années 80 sur Nite-Owl I et Silk Spectre I.

  • Un commentaire sur Anthony Lane :
    Let’s imagine a clueless Anthony Lane who knew nothing about books writing about these mediums. He would compose sentences like this:
    “The world of the print books is a curious one. For every masterwork, such as ‘The Diary of Anne Frank’ or ‘Speak, Memory,’ there seem to be shelves of Harlequin Romances.


    Voir aussi Serwer sur les angoisses psychosexuelles de M. Lane (mais Serwer reconnaît aussi des problèmes dans une adaptation peu pertinente à force de vouloir être trop fidèle).

  • Une bonne page dessinée dans le style de Gibbons sur l'histoire tumultueuse des adaptations avortées. On l'a échappé belle : un des producteurs insistait pour que le Docteur Manhattan soit joué par Arnold Schwarzennegger il y a quelques années...

  • Spencer Ackerman a aimé le film mais a une bonne critique sur la simplification outrancière d'Adrian.

    Yglesias ajoute assez justement que l'autre défaut est parfois certains choix de musique (l'Allelluia devient un cliché un peu embarrassant), et le fait que Snyder n'ait pas choisi plutôt une mini-série, qui aurait pu être un chef d'oeuvre à la télévision au lieu d'un film si discutable au cinéma.

  • dimanche 3 août 2008

    Who Botches the Botchmen?



    (il faut peut-être que je respecte un moratoire sur les messages sur Watchmen - plus que 214 jours)

    On peut reprocher ce qu'on veut à Snyder (le réalisateur un peu maniaque de l'adaptation) mais il a au moins gardé assez d'auto-dérision pour passer sur le site du film cette petite parodie par le Magazine MAD (écrite par Desmond Devlin, dessinée par Glenn Fabry, qui imite merveilleusement le style de Dave Gibbons).




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    Oh, encore mieux que Watchmen.

    lundi 17 septembre 2012

    Morrison sur Terre-4


    Grant Morrison est interviewé dans le New Statesman et revient sur quelques polémiques récentes ou sur son statut d'auteur écossais qui tenait des propos contestataires mais vient de recevoir un MBE de la Reine.

    Il n'a pas l'air enthousiasmé par les récents Before Watchmen ("redondants") mais reprendra lui aussi une version des personnages de Charlton (ceux qui ont servi de modèles aux Watchmen) dans un one-shot avec son dessinateur fétiche Frank Quitely se déroulant sur leur propre Terre alternative, Pax Americana. (Voir aussi cette autre interview où il évoque le même livre).

    mercredi 27 avril 2011

    [Alphabet d'Avril] Y comme Yellowjacket


    Yellowjacket est un mot anglais intraduisible pour une des espèces de guêpe "coucou", Vespula. Le premier superhéros nommé Yellojacket fut créé à la fin de l'Âge d'Or par des auteurs inconnus de l'obscure compagnie Frank Communale du Connecticut. Le personnage était un écrivain de romans policiers (et apiculteur amateur) Vince Harley, qui ne trouvait plus d'inspiration et partait enquêter sur des crimes réels. Dans le premier épisode, il est capturé par des bandits qui décident de l'éliminer discrètement en le faisant recouvrir de guêpes. Cet épisode semble dire qu'il n'a alors que le pouvoir (incroyablement mineur) de ne pas être piqué mais les épisodes suivants vont augmenter cette immunité au venin en disant qu'il contrôle désormais des essaims entiers d'abeilles et de guêpes et que les piqûres lui auraient donné une super-force.

    Les héros de l'Âge d'Or des comics ont très souvent des noms d'insectes et autres arthropodes. Spiderman n'est que l'héritier d'une longue tradition de Alias the Spider, Black Widow, Silver Scorpion, Blue Beetle, Wasp, Honey Wasp, Hooded Wasp, the Fly ou Tarantula (qui lui aussi était un écrivain de roman policier) à cause du héros de show radio et de pulps Green Hornet (créé en 1936). Quality Comics (plus tard racheté aussi par DC) avait d'ailleurs un héros, Red Bee (créé en 1940) qui avait le même pouvoir de contrôle des abeilles.

    Yellowjacket n'eut qu'une douzaine d'épisodes. Il fut ensuite brièvement repris par la compagnie Charlton Comics à la fin des années 40 mais tomba vite dans l'oubli et le domaine public sans être ressuscité lorsqu'ils republièrent des superhéros dans les années 60.

    Entre parenthèses, une expérience de pensée. Si Charlton avait conservé à l'Âge d'Argent les droits de ces personnages qui paraissaient dans Yellowjacket Comics, comme ce héros ou bien Diana the Huntress qui partageait son titre, Alan Moore aurait donc dû les utiliser pour sa bd Watchmen puisqu'ils sont une transformation des personnages de Charlton Comics rachetés par DC. Le groupe des Watchmen aurait donc compté des équivalents d'une déesse grecque de la chasse et d'un super-apiculteur (Moore a par la suite repris chez Awesome une sorte d'équivalent de Diana, Glory, fille de Déméter).

    Comme le personnage était dans le domaine public, c'est en fait Marvel qui va reprendre le nom. Le scénariste Roy Thomas était un collectionneur de comics bien plus nostalgique de l'Âge d'Or que ne l'avait été Stan Lee et il s'amusait souvent à recréer des personnages classiques en les modifiant (comme la Vision, ancien magicien des années 40 devenu un androïde). Dans Avengers #59 - 60 (Dec. - Jan. 1968), Henry Pym (qui avait pris pour nom Ant-Man, imitation du héros de l'Âge d'Or Doll-Man, puis Giant-Man, puis Goliath) eut une crise de personnalité multiple (après avoir créé le robot insectoïde Ultron) et devint Yellowjacket, comme une sorte de "coucou" occupant son corps (les traducteurs français l'ont appelé presque littéralement le "Pourpoint Jaune", ce qui sonne assez bien). Le Yellowjacket prétendit avoir tué Henry Pym. Il épousa ainsi Janet (the Wasp) et ils eurent un des mariages les plus malheureux des comics. J'ai déjà parlé des déboires de la Guêpe dans une entrée précédente : Pym devint un mari violent et malgré toutes les tentatives de scénaristes pour obtenir sa rédemption ou sa cure, il est désormais fatalement associé à cet épisode de Avengers #212 - 213 (Oct. - Nov. 1981).

    Ce dernier Yellowjacket a dû influencer le superhéros français Mikros le Titan Microcosmique.