lundi 10 janvier 2011

[JDR] @ctiv8 / Fear Itself

Même si je n'ai pas célébré l'Epimas (fête des jeux indépendants), j'essaye un peu de rattraper mon retard sur les p'tits jeunes en m'y mettant, à ces jeux indépendants (Kids,getoffmylawn).

  • Le premier m'a été envoyé par un certain "Anonymous", mais avec mon pseudo, j'aurais du mal à le dénoncer à l'Eglise de Scientologie. Il s'agit d'@ctiv8 (46 pages, 2005), par James Desborough, qui a notamment écrit la VO de Mantel d'Acier et un jeu de rôle sur l'univers urbain fantastique Neverwhere de Neil Gaiman. Le GRoG a, bien entendu, une fiche.

    Oui, le titre pourrait faire craindre qu'on joue un adolescent qui arrive à faire des fautes même en langage texto. C'est le nom d'un Virus informatique que reçoivent les personnages. Le Virus les pousse à se réunir parce qu'ils ont un point commun qu'il a pu détecter (par exemple : ils sont tous des écologistes radicaux qui ne mange que du Soja Bio ou des laïcards obsédés par le risque de théocratie). @ctiv8 a été envoyé par un hacker inconnu, "Omega", et les personnages rejoignent une cohorte non-organisée de militants altermondialistes qui veulent passer de la critique aux actes. @ctiv8 est aussi l'ultime rempart de cryptographie contre tout espionnage par Echelon et permet un accès à des forums sécurisés (il est sous-entendu qu'Omega pourrait avoir été un ancien agent de la NSA).

    @ctiv8 semble être le premier jeu pour réaliser des fantasmes de critique de la société tout en se contentant de jouer avec des amis. Le jeu peut être ironique si le Système peut absorber ainsi toute critique.

    L'auteur explique franchement qu'il était inspiré par les jeux White Wolf (où les Vampires passent leur temps à négocier politiquement entre eux pour le pouvoir sur leurs quartiers de la ville) mais qu'il voulait passer du fantastique à une politique plus "réelle". L'ennui est que les scénarios indiqués pour l'instant paraissent soit eux-mêmes assez fantastiques (le scénario anti-théocratie où on doit retrouver un manuscrit que l'Eglise dissimule) ou bien risque d'être de mauvais goût (jouer une mission d'une ONG contre la faim dans un pays en famine tout en restant autour de sa table à se gaver de coca et de Pépito). le génocide d'Orcs me paraît presque moins directement ambigu politiquement.

    On peut légitimement se moquer de White Wolf qui avait voulu faire un supplément "sérieux" au jeu de rôle Wraith (Charnel Houses of Europe) où on était censé jouer des fantômes de camps de concentration qui pouvaient tenter de hanter leurs assassins, mais jouer à faire semblant d'être un militant Greenpeace coupant des plants OGM ne me paraît pas vraiment plus exaltant. Et je ne suis pas sûr de voir à quoi cela servirait pour le vrai militant de Greenpeace qui voudrait s'y entraîner (ni le policier qui voudrait les infiltrer).

    A part l'idée amusante d'être réuni par cet étrange Virus (et on laisse planer un doute comme d'habitude sur les vraies motivations du hacker Omega qui l'a créé), le jeu se veut assez réaliste et change un peu des autres jeux "réalistes" disponibles pour l'instant (où on ne peut guère jouer que des policiers ou des mercenaires). Ici, on doit jouer des nerds experts ou même des personnes "normales" qu'on recrée à neuf pour chaque nouvelle mission.

    Le système ressemble à une simplification de celui de White Wolf, avec des d6 à la place des d10. On lance un nombre de dés égal à la caractéristique et les compétences donnent le seuil de difficulté pour compter un succès sur chaque dé. Les 10 caractéristiques me paraissent un peu trop nombreuses (couplés en actif/passif) : Charme, Contrôle (qui permet d'utiliser ensuite la persuasion sortie du Charme), Résolution, Résistance (mentale), Dextérité, Vitesse, Intelligence, Perception, Force, Résilience (physique). La liste des compétences est assez longue également pour pouvoir créer des experts, comme on est supposé changer de personnages à chaque fois. En dehors du thème, il ne s'agit donc pas vraiment d'un jeu indépendant qui remettrait en cause beaucoup d'habitudes dans les règles.

    Le jeu est une expérience sincère et j'aime bien le ton assez direct de l'auteur qui explique ce qu'il voulait. Mais je ne me vois pas jouer, sauf si je trouve un concept d'un one-shot pas trop ridicule. Le supplément conseille de reprendre l'actualité mais je ne sais si on pourrait trouver amusant de jouer des agents de la revue Prescrire cherchant les preuves que Servier a menti sur le mediator.

    Une solution serait de quitter résolument le réalisme et inclure plus de machins habituels du jeu de rôle, des complots secrets par exemple, mais cela s'écarterait trop du concept et deviendrait un sous-jeu d'espionnage ou un jeu un peu cyberpunk dans un futur proche. Une critique du GRoG proposait de faire de ce Virus ambigu un personnage pour le jeu de fantasy contemporaine Unknown Armies et on pourrait de même l'inclure dans Nephilim. Il n'y a de toute manière pas vraiment de détails dessus dans ces 46 pages, juste quelques rumeurs.

  • Je commence à regarder un peu les jeux de la série Gumshoe et je lis Fear Itself (qui vient d'être traduit sous le nom de Terreurs).

    Je n'aime pas du tout l'horreur (que ce soit en film ou en jeu) et je ne suis donc pas adapté. Mais d'un autre côté, c'est par Robin Laws, c'est donc très bien, avec un effort pour s'adapter aux conventions du Genre. On joue des archétypes de gens normaux dans un film d'horreur (comme le Nerd ou bien le Jock ou la Cheerleader nympho) et on finit par se faire tuer par un tueur en série avec le mince espoir de faire durer les choses. Comme dans le jeu précédent, on joue donc pour une fois des gens qui n'ont rien d'exceptionnel (même s'il y a une option que certains aient le Shining ou d'autres dons de Medium).

    Le scénario suffirait à donner envie d'essayer puisqu'il s'agit d'une mise en abyme où les joueurs interprètent des Geeks, des participants d'un Grandeur-Nature dans la forêt qui va Mal Se Passer. Oui, c'est la première fois que je vois un scénario de jeu de rôle "autour-d'une-table" où on simule des humains qui simulent eux-mêmes un jeu de rôle en "semi-réel". A part l'horreur, je ne vois pas quel autre genre pourrait utiliser vraiment cette option. A la rigueur, on pourrait le faire en Cyberpunk ou en SF en général.

  • 2 commentaires:

    1. Au vas où t'aurais pas remarqué (et il semble que ce soit le cas), @ctiv8 fait la tentative d'amener des problématiques concrètes autour d'une table de jeu ! Histoire d'éveiller un peu les consciences et de sortir le rôliste moyen de sa léthargie petite-bourgeoise.
      Mais t'as sans doute raison, retourne trucider de l'orc, ça t'évitera de trop réfléchir à ce qui se passe vraiment, là, dehors...

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    2. Mais je crois justement que jouer à faire l'activiste est en fait tout aussi "escapiste" que de "trucider de l'orc".

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