mercredi 21 janvier 2009

La morne désillusion des hautes attentes



  • Déjà un Inauguration Speech Generator qui vous défie de faire mieux qu'Obama en choisissant des verbes et différents termes.



  • Le discours d'inauguration d'Obama m'a fait penser à celui de Bill Clinton en 1993 (notamment ces métaphores sur la glace qui fond, celles sur l'Amérique comme une tâche à accomplir ou un Voyage sont assez traditionnelles). Le passage sur le Leadership est obligatoire dans tout discours de ce genre (Carter sera toujours honni des Américains pour avoir laissé entendre que le pays traversait un "malaise").

    Rien de très excitant ou de mémorable, au point qu'on en est un peu restreint à remercier Obama d'avoir dit - ce qui devrait aller de soi pour tout nation pluraliste ou libérale au sens de Mill, Berlin et Rawls - que l'Amérique n'était pas seulement une nation chrétienne mais aussi musulmane, juive, hindoue (et les Bouddhistes alors ?) et "sans croyances" (des "unbelievers").

    Au moins, Obama n'a pas reculé malgré la tentative de d'instrumentalisation des Athées qui le citent en exemple de libre-penseur ayant enfin réussi. Alors qu'on sait qu'un Hispanique gay musulman (combinaison difficile à imaginer) aurait vraisemblablement un peu plus d'éligibilité qu'un athée pour l'instant.

    On avait de trop hautes attentes parce qu'Obama écrit certains de ses discours lui-même et que le discours de Philadelphie qu'il rédigea sur les questions raciales est tellement habile qu'il est sans doute l'un des meilleurs orateurs politiques contemporains.

  • Il y avait de nombreux passages qui sonnaient comme Nouveau Démocrate de la Troisième Voie, appelant à la valeur travail et la responsabilité individuelle, et l'éloge de la "prise de risques".

    Mais j'ai ri à l'inversion totale du thème sarkozyste sur la Valeur-Travail :

    It is the kindness to take in a stranger when the levees break, the selflessness of workers who would rather cut their hours than see a friend lose their job which sees us through our darkest hours.


    La réduction du temps de travail n'y est certes pas une obligation légale mais elle est décrite comme un exemple de vertu morale et d'altruisme, sacrifier son revenu pour l'emploi d'un ami.

    Il ironise par allusion aussi contre Reagan qui disait que le Gouvernement était le problème (The question we ask today is not whether our government is too big or too small, but whether it works), mais ajoute aussi que la responsibilité doit aussi s'attaquer aux programmes gouvernementaux s'ils ne sont pas efficaces, ce qui est typiquement "clintonien" pour récuser l'image du Démocrate socialisant.

    Plus à gauche, l'équilibre en les vertus du Marché et celle de la justice sociale :

    Nor is the question before us whether the market is a force for good or ill. Its power to generate wealth and expand freedom is unmatched, but this crisis has reminded us that without a watchful eye, the market can spin out of control - that a nation cannot prosper long when it favours only the prosperous.

    The success of our economy has always depended not just on the size of our gross domestic product, but on the reach of our prosperity; on the ability to extend opportunity to every willing heart - not out of charity, but because it is the surest route to our common good.


    Ces formules semblent sorties directement du libéralisme politique de John Rawls (qui se définit comme la priorité de la justice sociale comme "égalité des opportunités" sur une conception préétablie de la bonne vie ou du bien commun).

  • Une des rares citations du discours vient de Thomas Paine, le plus radical Aufklärer et plus francophile des "Pères Fondateurs" (il n'appartenait pas lui-même au Congrès mais fut élu à la Convention française, étant sans doute trop hostile à l'esclavage et aux religions organisées pour être éligible). C'est un clin d'oeil à la gauche démocrate.

  • Pas beaucoup de choses originales, mais j'ai été légèrement surpris par un détail dans une des énumérations :

    For us, they fought and died in places Concord and Gettysburg; Normandy and Khe Sahn.


    Il est rare d'associer ainsi une victoire (tactique) des vétérans du Vietnam à la Guerre d'Indépendance, la Guerre entre les Etats sur l'esclavage et la Guerre contre l'Axe. Peut-être une allusion à Bruce Springsteen.

  • Certains comme Sullivan font de cette surprenante platitude du discours une sorte de vertu d'humilité : Obama aurait voulu baisser le ton messianique, les morceaux de bravoure rhétorique par souci de réserve ou de retenue devant les défis.

    De même Hertzberg (qui écrivait des discours pour Carter - et qui fait aussi la même blague à laquelle on a tous pensé sur Cheney/Folamour) pense aussi qu'Obama aurait très bien pu écrire une "montée en puissance" rhétorique et que ce choix de la grise prose du monde est en partie intentionnel mais reste décevant.

  • A l'inverse, ce message par un Néo-Zélandais m'a fait rire en trouvant que cela restait trop "romain", monumental, symbolique et grandiose :

    I'm struck by the sheer weirdness of American political rhetoric. It reads like something from the nineteenth century or Battlestar Galactica - all Bible quotes and historic mission and shaping our destiny and tested by god. It's difficult to imagine any New Zealand politician saying anything like this with a straight face - or a New Zealand audience not simply gawping at its purple pomposity. But then, we see our country as a place we live in, not some great historical project. We know our unimportance, so we are not obsessed with its "greatness" and whether it will wax or wane. And whether it "continues" or not we see as a decision for outside forces, or (on a sufficiently long time scale) geology - not the politician d'jour. Basically, we don't care about leaving a mark on history. New Zealanders aren't the sort of people to build pyramids (though we have built a henge). Americans are. And that's what their political rhetoric is best seen as: rhetorical pyramids.


    Il est normal que la Puissance hégémonique (et qui se voit vraiment comme une République Impériale en même temps que "colonie émancipée", même si leurs troupes restent moins longtemps pour l'instant que celles de l'impérialisme européen du XIXe siècle) tienne ce langage si exalté, mélange de Messianisme wilsonien, de Destinée manifeste, d'exceptionalisme. Les Américains sont des insensés qui se prennent pour des Américains, non qu'il y ait quoi que ce soit de mal à cela. Demander de la sobriété cynique ou post-moderne aurait quelque chose de ridicule dans une nation moins ironique que leur ancienne métropole britannique (mais il est difficile de juger de l'extérieur : les Américains prétendent souvent que ce sont au contraire les Français dans leur ressentiment décliniste qui sont les plus dénués de sens de l'ironie).

  • Dick Cheney fait vraiment penser à un savant fou ou un dentiste nazi en fuite dans un vieux pulp.



    On s'attend à ce qu'il parte sur un Zeppelin en criant : "Ah, ah, Kapricorne, du ne m'auras chamais !"

    Ach, quelle SCHNITZENGEZUNGENHUYDEN.
  • mardi 20 janvier 2009

    Post en écriture automatique



  • Je ne pourrai pas regarder l'inauguration avant demain en raison d'une surveillance d'examen qui devrait me faire rentrer assez tard et aussi parce que je vais voir Les Sept Contre Thèbes à la Semaine de la Tragédie.

    Une élève m'a dit hier avec une candeur un peu effrayante qu'elle voulait voir l'investiture, au cas où ce serait un nouveau Dallas 1963. C'est humain, mais je n'ai pu m'empêcher d'avoir un frisson superstitieux devant ce désir de catastrophes de trains.

    Je suis un peu partagé sur tout le show cérémoniel et la liturgie messianique.

    D'un côté, je suis plus obamaniaque que la moyenne et je crois même à un certain degré que l'événement ne fait pas que "remplir la prophétie de Martin Luther King Junior il y a 46 ans" comme CNN le répètait hier, mais qu'en un sens c'est encore plus large, c'est presque une promesse de la Modernité démocratique toute entière qui est réalisée, celle d'une démocratie où tout humain méritant pourrait accéder à n'importe quelle position quelle que soit la contingence de sa naissance.

    Et cela m'agace qu'on veuille jouer à l'esprit fort et répéter des banalités (quatre personnes m'ont dit avec cet air profond de celui qui croit percer un secret occulte qu'il était quand même un Américain, comme si on croyait vraiment que le chef d'une puissance économique hégémonique allait incarner des intérêts supranationaux et le cosmopolitisme).

    Mais en même temps, il commence parfois à y avoir du vrai dans les attaques conservatrices contre une héroïsation hystérique ou un Culte de la personnalité. Obama est un grand orateur (et le contraste est infini après un dyslexique si peu curieux), un homme politique brillant pour gagner le pouvoir et il est sans doute encore plus intelligent que ne l'étaient Adlai Stevenson, Nixon ou Clinton. Mais il est vrai que ses réalisations en dehors de sa victoire électorale sont inexistantes. Il est de bonne guerre d'endosser le costume de Lincoln et FDR (comme Clinton avait joué à JFK en 1993) mais cela semble parfois faire monter des attentes sur rien. La seule réussite actuelle est un cabinet plutôt respecté de brillants universitaires.

  • Hubert Védrine, imbuvable de mépris comme d'habitude, disait hier assez justement que l'incompétent qu'il veut servir à l'Elysée est en train de chercher à rendre encore plus opaque l'ENA au moment où Obama forme au contraire un comité de têtes d'oeufs élitistes issus de la Ligue du Lierre.

    J'ai regardé le premier épisode de L'école du pouvoir, la fiction librement inspirée de figures de la Promotion Voltaire de l'ENA en 1980. Le roman à clefs est un peu dangereux et la fiction prend des airs bizarres de réalités alternatives comme on reconnaît des personnages réels superposés (y compris d'autres promotions antérieures) mais avec des actions très différentes.

    Il y a cinq énarques principaux. L'avocat Abel Karnonski commence comme un idéaliste sans parti, vivant avec une étudiante marxiste de l'Université de Vincennes (elle fait une thèse gramscienne sur les corps idéologiques d'Etat). Les deux aristocrates devenus membres du corps de la Noblesse d'Etat, le donjuan Louis de Cigy et sa soeur, la très sérieuse Laure de Cigy seraient librement inspirés de Dominique Galouzeau de Villepin et de sa soeur Véronique. Matt Ribero est un fils d'ouvrier lorrain très pollard et militant hyper-rocardien et il serait surtout François Hollande (avec un peu plus de ressentiment social quand même mais toute la mollesse qu'on lui attribue depuis les années 90). Enfin, Caroline Séguier est la plus ambitieuse, mitterrandiste mais prête aux compromis réalistes, presque servile dans sa volonté d'avoir un bon classement (elle serait donc Ségolène Royal).

    Le film commence par leur examen d'entrée où Matt a l'air le plus brillant. Ribero fonde un syndicat d'Enarques, l'ARENA, qui semble déjà aussi inefficace que le PS hollandiste en raison de ses hésitations.

    Ils sont envoyés en stage : Louis de Cigy semble passer son temps surtout à coucher avec la femme de l'ambassadeur. Laure de Cigy va en Corse et se fait violer par des barbouzes terroristes anti-FLNC du S.A.C., et le préfet semble s'amuser de cette intimidation contre l'énarque en étouffant vite l'affaire, le personnage de Laure semblant fait pour représenter plus l'oppression phallocrate que son statut social privilégié [Sans vouloir être parano, je me demande si cette scène bizarre a vraiment un sens, surtout si on imagine que le réalisteur d'origine haïtienne Raoul Peck en voulait peut-être un peu à Véronique Albanel qui avait participé à l'éviction du président Aristide ??] Matt Ribero est en préfecture pour évoquer les derniers conflits dans le Larzac. Caroline Seguier est au Gabon et trouve une histoire incompréhensible sur Elf et le nucléaire qui ne sera pas vraiment éclaircie. Abel Karnonski est à la Mairie de Paris et va tenter de dénoncer des scandales HLM et des emplois fictifs 15 ans avant la lettre, avant que l'Ecole ne l'en empêche.

    Le pouvoir giscardien finissant est représenté notamment par la fin de Vincennes mais la métaphore ne me paraît pas vraiment efficace pour symboliser les derniers feux du gauchisme radical post-mai-soixante-huitard. La femme d'Abel est hélas aussi peu intéressante que le personnage de la plus radicale Giulia (qui, elle, passe aux Brigades rouges) dans La meglio gioventù, et elle finira en se tuant le soir du 10 mai 1981 - comme la syndicaliste chrétienne Jeanne dans Je t'ai dans la peau.

    Bien sûr, le film ajoute des intrigues sentimentales. Laure de Cigy tombe amoureuse d'Abel Karnonski. Caroline Séguier préfère en fait le bouillant chiraquien Louis de Cigy, qui joue avec elle en attendant un meilleur parti digne de sa condition, mais elle finira par se résigner au plus accessible Matt Ribero une fois qu'il aura abjuré son rocardisme - on ne peut s'empêcher d'avoir de la peine pour Hollande, l'un des plus ridiculisés, surtout que Louis de Cigy, contrairement au Villepin réel, sort brillamment au troisième rang, juste devant Ribero.

    Karnonski et Laure de Cigy refuseront les grands Corps auxquels leurs rangs leur donneraient droit et sacrifieront leur carrière au nom de la mystique du service de l'Etat. Ni Louis de Cigy ni le couple Ribero-Séguier (Séguier est montrée comme un peu plus bas dans le classement, mais loin devant la Royal réelle) ne feront cette erreur. Mais tout le classement apparaît comme assez arbitraire - ce qu'illustre peut-être ce rang "par naissance" de Louis de Cigy, Laure de Cigy étant rétrogradée pour ne pas lui faire de l'ombre.

    Quand je voyais des fictions britanniques sur le Thatcherisme, je regrettais que nous ne fassions pas plus de telles histoires mais je continue à être peu habitué à la violence d'un récit imaginaire qui vise en même temps des personnes réelles. La reconstitution semble parfois une fable presque trop prévisible : Ribero est lorrain pour qu'on puisse parler de la déception de la Sidérurgie sous Fabius.

  • Dick Cheney sera en chaise roulante à l'inauguration. Soit c'est un effet de sa lente cyborgisation, soit il veut jouer au docteur Merkwürdigeliebe / Strangelove.

  • Un "blog" "rien" "que" "sur" "les" "guillemets" "superflus" (via - qui lie aussi des gateaux Lord of the Rings).

  • dimanche 18 janvier 2009

    La finalité de Tom Friedman



    est de nous permettre de savourer Matt Taibbi (voir aussi Flathead il y a 3 ans), quand il analyse les crimes contre la langue et la logique du pire camelot du New York Times :


    Remember Friedman’s take on Bush’s Iraq policy? “It’s OK to throw out your steering wheel,” he wrote, “as long as you remember you’re driving without one.” Picture that for a minute. Or how about Friedman’s analysis of America’s foreign policy outlook last May:

    “The first rule of holes is when you’re in one, stop digging. When you’re in three, bring a lot of shovels.”

    First of all, how can any single person be in three holes at once? Secondly, what the fuck is he talking about? If you’re supposed to stop digging when you’re in one hole, why should you dig more in three? How does that even begin to make sense? It’s stuff like this that makes me wonder if the editors over at the New York Times editorial page spend their afternoons dropping acid or drinking rubbing alcohol. Sending a line like that into print is the journalism equivalent of a security guard at a nuke plant waving a pair of mullahs in explosive vests through the front gate. It should never, ever happen.


    Il est féroce sur la forme, mais tout aussi fulgurant (oh, oh, je me friedmanise) sur la vacuité du fond prétendument "écologique".

    Voir aussi Klein sur les métaphores animalières ratées.

    Augures



    Dans le New York Times, certains auteurs de discours font des prédictions sur le Discours inaugural du Président Obama ce mardi 20 janvier (vers midi), 55e Discours Inaugural Présidentiel et premier Discours du 44e Président.

    Le genre est plus bref que les Discours de l'Etat de l'Union (tradition dont Jefferson pensait qu'elle était bien trop monarchique ,mais qui fut ravivée avec délectation par ces quasi-Tories pseudo-libertariens depuis Ronald Reagan) mais il est donc aussi souvent plus vide dans sa rhétorique (même si certains risquent parfois d'entrer dans des détails, comme l'énumération de principes de politique étrangère chez Eisenhower en 1953).

    Le nixonien Safire prédit que le modèle sera surtout celui de FDR le 4 mars 1933 ("la seule chose que nous ayons à craindre est la crainte elle-même. Et les Martiens. Mais ça ferait deux choses"), le Premier discours inaugural de Lincoln (mars 1861) ("Allez, on est tous frères, je ne m'opposerai pas à un amendement interdisant au gouvernement fédéral d'interdire l'esclavage là où il existe déjà, vous pourrez continuer à les exploiter vos champs de coton") ou le discours du 28 août 1963 de Martin Luther King devant le Lincoln Memorial ("J'ai fait le rêve que dans trois quinzaines d'années un métis noir serait élu Président") - et Safire, en bon Safire, espère qu'Obama ne critiquera pas les financiers et les marchands du temple comme l'avait fait FDR. Le Clintonien Shesol cite bien sûr JFK 1961 ("Ne demande pas ce que ton pays peut faire pour toi, il est ruiné") mais il dit que le genre vieillit mal et que finalement on n'en a retenu que très peu (en tout cas, pas ceux de Clinton...). Le Clintonien Waldman espère qu'Obama osera aller plus dans l'activisme de Roosevelt que dans la veine d'unification de Lincoln.

    Mais le plus amusant est le Carterien Gordon Stewart qui énonce les règles du Discours inaugural :


    1. Praise the country and its people as God’s gift to the rest of humanity.
    2. Extol the peaceful transition of power as though not having a coup was a miracle.
    3. Thank the predecessor at the outset, and then trash his administration for 20 minutes.
    4. Declare the end of partisanship, a vow that in the age of cable-Internet-talk radio will last less than 10 minutes.


    Sur le point 1, même le très sobre et éloquent Lincoln (peut-être un théiste agnostique "dans le placard"), dont on dit que le Second discours ironisait sur l'idée d'une ordalie divine et critiquait le désir de percer les intentions insondables de la divinité, ne cessait de jouer sur le fait que Dieu aimait l'Union et les valeurs du Nord. C'est vrai aussi bien pour le Premier discours (où il tente encore de rassurer le Sud en assurant qu'il n'a rien contre l'esclavage dans les Etats où il existe déjà, ne voulant que l'interdire dans les nouveaux Territoires) que dans le Second Discours (où il médite de manière plus brève sur la fin de la Guerre civile et sur la nécessité de la réconciliation maintenant que l'esclavage est aboli).

    Notre Carterite préféré Hertzberg, lui, considère que le meilleur reste ce Second Discours de Lincoln (qui reste bien sûr inférieur à l'un des plus sublimes discours politiques de tous les temps, le Discours de Gettysburg de novembre 1863 ("il y a quatre fois vingt et sept années, nos pères ont fait naître sur ce continent une nouvelle nation conçue dans la Liberté, et dédiée à cette proposition que tous les hommes sont créés égaux, sauf du moins s'ils ont de la mélanine dans leur pigmentation").

    Abraham Lincoln, dont le Président Obama va fêter le 12 février 2009 le 200e Anniversaire, venait d'être réélu en novembre 1964 avec 55% des voix dans les Etats du Nord et de l'Ouest (le Sud en Sécession ne votait pas et il eut donc 22 Etats sur 25, avec un soutien très large de l'Armée de l'Union). Atlanta avait été reprise en septembre 1864 et les troupes de Sherman marchait sur la Virginie. Mais ce ne fut qu'un mois après l'inauguration en avril 1865 que Richmond, la capitale de la Confédération esclavagiste tomba enfin. Le 9 avril, Lee capitula et le vendredi 14 avril, quarante jours après ce Discours, le Président Lincoln fut assassiné par des meurtriers qui avaient été présents lors de cette cérémonie.

    Lincoln parle aussi devant un groupe de soldats noirs émancipés, dont certains prendront Richmond le mois suivant.


    One-eighth of the whole population were colored slaves, not distributed generally over the Union, but localized in the southern part of it. These slaves constituted a peculiar and powerful interest. All knew that this interest was somehow the cause of the war.

    To strengthen, perpetuate, and extend this interest was the object for which the insurgents would rend the Union even by war, while the Government claimed no right to do more than to restrict the territorial enlargement of it.

    Neither party expected for the war the magnitude or the duration which it has already attained. Neither anticipated that the cause of the conflict might cease with or even before the conflict itself should cease. Each looked for an easier triumph, and a result less fundamental and astounding.

    Both read the same Bible and pray to the same God, and each invokes His aid against the other. It may seem strange that any men should dare to ask a just God's assistance in wringing their bread from the sweat of other men's faces, but let us judge not, that we be not judged. The prayers of both could not be answered. That of neither has been answered fully. The Almighty has His own purposes. 'Woe unto the world because of offenses; for it must needs be that offenses come, but woe to that man by whom the offense cometh.' [Matthew 18:7]

    If we shall suppose that American slavery is one of those offenses which, in the providence of God, must needs come, but which, having continued through His appointed time, He now wills to remove, and that He gives to both North and South this terrible war as the woe due to those by whom the offense came, shall we discern therein any departure from those divine attributes which the believers in a living God always ascribe to Him? Fondly do we hope, fervently do we pray, that this mighty scourge of war may speedily pass away. Yet, if God wills that it continue until all the wealth piled by the bondsman's two hundred and fifty years of unrequited toil shall be sunk, and until every drop of blood drawn with the lash shall be paid by another drawn with the sword, as was said three thousand years ago, so still it must be said 'the judgments of the Lord are true and righteous altogether'.

    With malice toward none; with charity for all; with firmness in the right, as God gives us to see the right, let us strive on to finish the work we are in; to bind up the nation's wounds; to care for him who shall have borne the battle, and for his widow, and his orphan – to do all which may achieve and cherish a just and lasting peace, among ourselves, and with all nations.

    Galimafrée



    Et oui, plus que deux jours et on sera débarrassé de Bush (et dans mon Sarkozy Derangement Syndrome, je fantasme qu'on va aussi un peu moins voir le Bush français, du moins en politique internationale, même s'il continuera à occuper toutes les couvertures du Point avec une omniprésence bigbrotheresque digne d'Atatürk).

  • Le Parc d'attraction George W. Bush.

  • Jonathan Schwarz a une modeste proposition pour la carrière post-présidentielle de George W. Bush.

  • Un bon Shorter Ramesh Ponuru qui pleure devant la Glace Yes Pecan et le copinage Spider-Man/Obama. (Voir aussi ces autres propositions pour une glace dédiée à Bush : Cluster Fudge, Yellow Cake Surprise, Impeach Cobbler, imPeachmint, Guantanmallow, etc.

  • hilzoy relit le discours inaugural de Bush 2001.

    Il faut aussi bien sûr relire l'article le plus célèbre et si tristement cassandre de The Onion : Our Long National Nightmare Of Peace And Prosperity Is Finally Over'. C'est parfois troublant d'exactitude :

    Bush also promised to bring an end to the severe war drought that plagued the nation under Clinton, assuring citizens that the U.S. will engage in at least one Gulf War-level armed conflict in the next four years.

    On the economic side, Bush vowed to bring back economic stagnation by implementing substantial tax cuts, which would lead to a recession.

    "We as a people must stand united, banding together to tear this nation in two," Bush said. "Much work lies ahead of us: The gap between the rich and the poor may be wide, be there's much more widening left to do. We must squander our nation's hard-won budget surplus on tax breaks for the wealthiest 15 percent. And, on the foreign front, we must find an enemy and defeat it."


  • Edito de The Nation en mars 1933 à l'arrivée de FDR :

    Shall we assume that the Democrats, who now take office, offer a better prospect for America? The indicated liberalism of Roosevelt in the present desperate emergency, his power policy, more enlightened than any we have yet had, his nomination of a Cabinet superior to any within a generation, his apparent determination to tread new paths, are auguries of hope. But we should not forget certain fundamentals which The Nation has often reiterated: In recent times, certainly, the two major parties have been as like as peas, sterile, guided by approximately the same economic philosophy, motivated by the same quest for legal—and some not so legal—loot.


  • Mais la plus joli épitaphe sur l'irresponsabilité bushienne est cette formule anti-kantienne de Wolfowitz en 2000 :
    "No U.S. president can justify a policy that fails to achieve its intended results by pointing to the purity and rectitude of his intentions."


  • Not the Onion : Des associations anti-avortement appellent à boycotter les Dunkin Donuts parce qu'ils ont dit être pour la "liberté de choix" (des variétés de donuts)...

  • jeudi 15 janvier 2009

    OctoPedia



    Bon anniversaire, Wikipedia, 8 ans. (via) Même anniversaire que MLK.



    On a beau la détester en tant qu'enseignant parce que les étudiants s'y fient trop rapidement, on l'aime en tant que surfeur attaché à une source gratuite et parfois ridiculement développée sur certains sujets Geeks (voir Wikipedia in culture et la jolie Aufhebung Criticism of Wikipedia ; oh, et si vous râlez, allez voir Scholarpedia et les autres).

    Wikipedia remplit bien une prédiction d'Umberto Eco sur les inégalités entretenues par l'Internet il y a quinze ans : c'est un danger de confusion accrue pour ceux qui s'y perdent et une expansion infinie pour les autres (en cela, disait Eco, c'est le contraire de la télévision, qui est précieuse pour l'ignorant et un poison pernicieux pour le demi-savant).

    Cette promesse d'une utopie labyrinthique depuis tout point du monde (Aleph + Bibliothèque de Babel) fait penser à cette publicité par le photographe Jean-Yves Le Moigne :

    Photo par Lemoigne

    Oh, je vois chez Mithridate (partisan de la langue artificielle Interlingue-Occidental) que l'incompréhensible Vükiped - Volapük a plus d'articles maintenant que Vikipedio - Esperanto.

    mercredi 14 janvier 2009

    Patrick McGoohan (1928-2009)



    Bien sûr, on retient Patrick McGoohan pour un autre série visionnaire à Portmeirion (dont il fut à la fois l'acteur principal et le co-créateur) ou pour ses 4 apparitions comme le meurtrier et réalisateur dans Columbo, mais je l'associe surtout à l'une des rares bonnes séries d'espionnage, Danger Man ("Destination Danger", 1960-1962, 1964-1968), qui est je trouve souvent à un juste milieu entre l'irréalisme risible de James Bond/Austin Powers (Patrick McGoohan refusa le rôle de James Bond qu'il jugeait être un simple assassin misogyne sans grand intérêt, mais il y eut ensuite quelques influences du succès de James Bond sur la série, dont une apparition de "M") et le choix de la sobriété un peu grise à la John Le Carré.

    mardi 13 janvier 2009

    Mutant City Blues



    Il y a de moins en moins de nouveaux jeux de rôle qui m'attirent à présent, peut-être parce que j'ai souvent l'impression qu'on a un peu fait le tour des genres.

    Mais le seul jeu que j'attendais pour 2009 était Mutant City Blues (film policier + superhéros) par Robin Laws (créateur entre autres de Heroquest).

    L'ennui est que je comprends maintenant cette review que le thème n'est pas de représenter Top 10 (des policiers superhéros dans un environnement où tout le monde a des superpouvoirs) mais plutôt Powers (des policiers normaux ou presque chargés d'enquêter sur des crimes commis avec des superpouvoirs). La seconde solution est sans doute plus subtile et moins proche des conventions habituelles du genre mais ne m'intéresse pas tellement.

    Je n'ai jamais pu accrocher à tous les thèmes du roman-mystère ou du roman policier et ses résolutions d'enquête, que ce soit le vieux whodunnit abstrait britannique ou le polar noir et son "réalisme social". Dès qu'une histoire se fonde sur la résolution d'un crime, je perds tout intérêt en n'y voyant qu'un acte sordide et mesquin, à peu près aussi intéressant que si on me parlait d'une carie et d'une opération - ce qui fait que j'ai cessé de regarder la vague dostoievskienne actuelle des films de Woody Allen où le crime est censé représenter une réflexion existentielle sur le Mal et l'absence de justice immanente. Pour moi, c'est plutôt l'inverse, le crime n'est que le retour à la normalité animale et égoïste, je ne vois rien de fascinant dans la transgression et rien de cathartique non plus dans son éventuel châtiment, tout au plus une résignation à notre condition.

    En revanche, j'aime beaucoup le genre très proche de l'espionnage, avec ses personnages parfois médiocres ou bureaucrates qui tiennent soudain des informations qui pourraient altérer les relations internationales. L'opposition entre l'individu et les rouages des Nations (la politique comme substitut des anciens Dieux, disait à peu près Goethe) me paraît plus intéressante que celle entre l'individu et la loi nationale.

    dimanche 11 janvier 2009

    Les genres marginaux et le conservatisme



    La Guerre culturelle continue et Bill Willingham (l'auteur du pourtant bon Fables, qui avait déjà paraît-il un épisode où on expliquait que les Français n'étaient que des "ingrats" envers le pays qui les avait libérés) tient à vous faire savoir qu'il est écoeuré par le manque de chauvinisme actuel des comics américains.

    Décidément, les Républicains ont l'air plus effrayés par l'idéologie des comics que par d'autres médias en ce moment (peut-être parce qu'ils présupposent déjà comme acquis que Hollywood ou la presse sont dangereusement dhimmicrates ?).

    Willingham, du temps où il dessinait et faisait de la bd indépendante, avait créé la bd de fantasy pornographique Ironwood (même si son style graphique un peu froid ne se prête pas si bien à ces ébats entre centaures). Il doit donc être un de ces Républicains "libertariens" plus que religieux.

    Et puisqu'on parle de prOn, on se fiche un peu que Clara Morgane (SFW) dise toute son admiration pour le Président, mais Stoya (NSFW) explique sur son blog qu'elle était une Démocrate libertarienne anti-oligarchie qui aurait préféré Hillary Clinton à Obama, mais qu'elle avait décidé de s'abstenir aux Présidentielles en jugeant Obama/Biden trop inféodés aux grandes entreprises. Mais pourquoi ne pas avoir voté pour Nader en ce cas ? Il eut quand même 700 000 voix à ces élections (2,9 millions en 2000).

    Irosceptique



    Les Tchèques sont tellement subtils dans leur scepticisme sur l'Union qu'ils président que lorsqu'ils affichent le slogan "l'Europe sans barrières", ils la mettent sur des barrières gardées par des policiers...

    Add. Non, pas si subtils que cela. Ils veulent montrer que l'Union sait sauvegarder la spécificité de l'humour tchèque.

    samedi 10 janvier 2009

    Le jeu de rôle comme stigmate social



    Le hobby du jeu de rôle a beau avoir décliné depuis son sommet de popularité dans les années 80, je suis toujours étonné qu'il garde encore depuis 30 ans un air de "marginalité" que peu d'autres loisirs ont (les jeux vidéos sont nettement plus mainstream socialement par exemple). Même les dénégations dans le court reportage lié à cet article du Boston Globe aujourd'hui ("non, je n'ai pas honte de jouer encore, je n'en parle seulement pas pour ne pas être impoli"), on sent que ce n'est pas tout à fait un loisir aussi acceptable que la mycologie ou le bird-watching, et qu'il faut toujours demander des excuses de jouer. Et je ne peux pas ne pas ressentir le même embarras quand on me demande pourquoi j'aime les dés polyhédriques.

    "The Internet is the way you find players, because you are not going to randomly meet guys or gals out there who play," said Tahsin, who enjoys playing the role of the dungeon master. He recalls not immediately telling his wife about his love for the game when they began dating. "It's still seen as a little bit embarrassing." He said his wife doesn't mention his hobby to her friends.




    Ils font du "dungeoncrawl" dans le premier scénario de la première campagne de Pathfinder, dans le monde que j'avais décrit.

    Comme d'habitude, ils identifient le jeu de rôle entièrement à D&D. D&D a son charme nostalgique mais rarement une activité aura eu autant besoin d'un parricide pour se débarrasser de son ancêtre encombrant qui monopolise 80% des participants - un peu comme si 80% des joueurs de jeux de société refusaient les jeux rivaux et toutes les innovations depuis le jeu de l'oie traditionnel, ou si 80% des joueurs de jeux informatiques continuaient le fétichisme de Space Invaders. Il y a une diversité de centaines de jeux que D&D continue à recouvrir avec son étrange système et ses propres conventions qui sont parfois prises pour des limitations internes du hobby.

    Le jeu de rôle est un jeu tellement souple et adaptable que ces 80% pratiquent ce jeu en sachant sans doute qu'il est injouable et qu'ils l'ont nécessairement modifié ou altéré. C'est la dimension de libre jeu à l'intérieur du jeu de rôle qui ne peut pas exister dans le wargame, les échecs ou les jeux informatiques. C'est un jeu fait pour qu'on prenne conscience de la contingence des règles (même s'il existe des "minimaxeurs" dont le plaisir consister à exploiter le système, et des "formalistes" des règles qui refusent cette dimension narrative qui domine, sans éliminer, la simulation).

    vendredi 9 janvier 2009

    μία γὰρ χελώνη ἔαρ οὐ ποιεῖ



    "The turtles, ancient, had already passed the zenith of their diversity.
    But where more spectacular creatures had perished en masse,
    the turtle had survived. In a dangerous world, humility made for longevity."
    Stephen Baxter, Evolution.


    La vraie expression est "
    χελιδὼν", hirondelle, et non "χελώνη", tortue.

    T : Hé, bonne journée, fils de Pelée !

    A : Peut-on déjà aller à la conclusion de ton sophisme, lyre d'Hermès le fripon. Je suis las et devine déjà que si nous dialoguons, tu vas à nouveau m'encager en une quelconque régression à l'infini qui me rende immobile à grand pas.

    T : C'est toi qui fais le cercle vicieux en devançant ce que j'allais dire, impétueux aux pieds ailés.

    A : C'est que je prévois tes raisonnements trompeurs. ἀνάγκη δὴ στῆναι !

    T : Tu as donc choisi de faire de devenir philosophe.

    A : Oui, et avec le meilleur maître, qui est Chiron.

    T : Et as-tu vraiment appris quelque chose de cette philosophie ? A quoi bon en faire ? Et d'ailleurs en quoi cela consiste-t-il ?

    A : C'est simple, toute activité volontaire a une fin, tu es d'accord ?

    T : N'y a-t-il pas des actes gratuits ?

    A : Cela se passait mieux avec mon maître Chiron, par le Styx !

    T : Admettons, je ne veux pas être éristique, fils de Thétis.

    A : Bien. Donc toute activité a une fin et la philosophie est l'activité qui consiste à chercher à connaître la fin de toute activité humaine.

    T : Et ont-ils trouvé cette fin ?

    A : Oui. C'est la bonne vie. Quand on fait quelque chose, c'est parce qu'on croit que cela peut viser la fin de toute activité, qui est d'atteindre une bonne vie.

    T : Fallait-il vraiment faire de la philosophie pour trouver cela ?

    A : Si tu veux chercher à quoi bon faire de la philosophie, il faut que tu fasses l'actitivé qui cherche la fin de celle-ci et donc que tu fasses de la philosophie. Donc soit la philosophie peut atteindre cette fin, et donc il faut en faire, soit elle ne le peut pas mais on ne pourrait pas le savoir sans en faire.

    T : J'ai l'impression que c'est toi qui veux faire des cercles trompeurs. Mais dire que c'est la bonne vie nous laisse encore nous demander ce qu'est la "bonne vie".

    A : Hé bien, la meilleure vie humaine est celle qui satisfait ce que seuls les humains peuvent accomplir.

    T : Et les tortues.

    A : Bon, la meilleure vie des êtres pensants est celle qui satisfait et épanouit ce que recherchent tous les êtres pensants.

    T : Et qu'est-ce ?

    A : Hé bien, puisque nous sommes des animaux rationnels, il nous faut trouver la satisfaction de ce que cherche le discours rationnel, et donc trouver la vérité. Donc la meilleure vie est la connaissance de la vérité et la vie de contemplation ou sagesse.

    T : Donc si je récapitule :
    - Le philosophe vise à trouver le but de toute visée.
    - Le philosophe trouve que le but de toute visée est en fait de trouver le but de toute visée.
    C'était ce qu'il faisait dans leur recherche même qui répondait déjà au but de ce qu'il recherchait.

    A : ...

    T : Cela tombe bien. Pas besoin d'une infinité de tortues.

    A : Si j'avais su, j'aurais choisi une vie longue et obscure chez les mortels, au lieu de ces ombres illusoires, à parler à une tortue torpille et tortueuse et à se baigner sans cesse dans ce cours sombre.

    T : Qui te dt que ce n'est pas la meilleure des vies possibles et que nous ne sommes pas aux Champs-Elysées à retrouver toujours la fin suprême de toute vie ?

    A : Je crains que ce ne soit encore pire si c'est vrai.

    jeudi 8 janvier 2009

    Monsieur Parker va à Washington



    On savait déjà que dans l'Univers Marvel, Stephen Colbert avait battu Obama dans le vote populaire avant un retournement à la Dewey, mais Peter Parker (qui est redevenu un photographe désargenté comme il y a 30 ans dans une grande régression dans l'Eternel Retour) quittera son Manhattan pour Washington D.C. pour sauver Obama lors de l'inauguration (Amazing Spider-Man #583, sort mercredi prochain, le lien "gâche" la fin).



    (De même dans l'univers d'Image Comics, Savage Dragon a soutenu la campagne d'Obama après avoir été un candidat indépendant en 2004)

    Espérons qu'il n'y aura pas d'équivalent de la malédiction Superman sur JFK.

    Add. Haha, les Républicains commencent déjà à geindre qu'il est injuste que Spider-Man ne soit pas venu à l'Inauguration de Bush (voir aussi Sadly No!).

    Mais Adam Serwer fait justement remarquer que dans l'Univers Marvel, c'est aussi Obama qui vient de remplacer Tony Stark par Norman Osborn à Homeland Security, ce qui reviendrait à peu près à ce qu'il nomme Bernard Madoff au Trésor ou Sarah Palin à l'Education...

    Mais n'oublions pas qu'il n'y a pas si longtemps Marvel Comics cirait les pompes de la Maison blanche de Bush en confiant au sous-doué Karl Zinsmeister d'AEI un comic de propagande Combat Zone: True Tales of G.I.s in Iraq.

    mercredi 7 janvier 2009

    La Laïcité "négative" au Kerala



    Au moment où notre Président tartuffe importe le concept de "positive secularism" des fondamentalistes hindous du BJP (où c'est un mot codé pour redonner de l'importance à la religion de la majorité), l'Etat du Kerala propose au contraire de développer une politique de laïcité plus "neutre" et audacieuse contre le "communautarisme" irénique du sécularisme nehruvien (qui cherchait avant tout le compromis avec la minorité musulmane).



    Le Kerala (le long de la côte sud-ouest, environ 33 millions d'habitants sur 1,13 milliard d'Indiens) est un Etat très particulier dans l'Union indienne.

    Le taux d'alphabétisation y est relativement élevé (presque 90% alors que la moyenne indienne tourne plutôt autour de 60%). Le niveau de développement humain et de systèmes de santé y est supérieur au reste du pays. C'est le seul Etat indien où les femmes soient plus nombreuses que les hommes, ce qui est un signe de coutumes moins misogynes pour la dot et le mariage. Le Kerala a aussi le plus bas taux de croissance démographique. [C'est aussi l'Etat d'origine de l'écrivaine Arundhati Roy (qui a pu être critique à l'égard du castisme encore présent). ]

    L'Hindouisme y est un peu moins dominant (56% de la population contre 80% pour toute l'Inde). L'Islam (25% contre 13% pour toute l'Inde) et le Christianisme (19% contre 2% pour toute l'Union) sont des minorités plus importantes qu'ailleurs, en partie à cause de vieux conflits sociaux fondés sur des statuts rigides des basses castes.

    La gauche marxiste y a été très influente et le Kerala fut sans doute l'un des rares Etats du monde (avec San Marin et Guyana) à avoir eu une démocratie dirigée par un Parti communiste élu légitimement en 1957-1959 et 1967-1969.

    Aujourd'hui, le Front démocratique de gauche (dont la composante majeure est le PCI(m) Parti communiste indien qui précise "marxiste" entre parenthèse) a repris le pouvoir aux élections de mai 2006. Le Premier ministre est Velikkakathu Sankaran Achuthanandan du PCI(M) et il est assez controversé à l'intérieur du Parti.

    V.S. Achuthanandan a mis en place depuis 2006 une Commission de réformes des lois, dirigée par des Juges de la Cour Suprême, et les propositions actuelles de cette Commission, qui doivent être annoncées dans 15 jours, vont assez loin :

    - les Temples hindous devraient accepter des Prêtres qui ne soient pas de caste brāhmaṇa (1,6% de la population) ;

    - la polygamie musulmane serait interdite par l'Etat (sauf en cas de consentement de la première épouse devant notaire) ;

    - les biens fonciers des Eglises chrétiennes seraient gérés par une fondation.

    Il y a d'autres aspects dans cette réforme du Code dont l'autorisation de l'euthanasie et des lois plus sévères pour soutenir la politique malthusienne des deux enfants maximum. Mais dans une religion fondée sur la différence sacrée entre les castes pour tous les rituels, imposer des Prêtres de castes "inférieures" peut apparaître comme un acte plus radical que si la France d'Émile Combes avait voulu imposer des prêtres femmes mariées à l'Eglise catholique...

    Il faut dire que les écoles hindouistes du Kerala ne sont pas standards. La majorité des populations hindoues appartiennent à des groupes d'anciennes castes "martiales", les Ezhava (plus de 20% de la population) et les plus "aristocratiques" Nair, qui n'appartiennent pas au classement traditionnel des castes "classiques" (les varṇa). Beaucoup des Chrétiens et Musulmans sont en fait d'anciens Ezhavas et autres avarṇa (hors-castes) qui se sentaient opprimés dans le système hiérarchique de l'Hindouisme brahmanique puisqu'ils n'étaient pas assez "purs" pour toucher les routes menant à des Temples. Le Premier ministre V.S. Achuthanandan est lui-même d'origine Ezhava (mais il est un marxiste orthodoxe).

    Avant même l'indépendance de l'Inde et la création de l'Etat de Kerala, le Prince Chithira Thirunal Balarama Varma, le dernier Mahārāja du Travancore, créateur de l'Université du Kerala, avait proclamé le 12 novembre 1936 l'autorisation pour les membres des basses castes d'entrer dans les Temples hindous du Travancore, vieille réclamation des Ezhava, et cette proclamation est encore considérée comme le début des réformes sociales des Intouchables au Kerala.

    On ne doit donc pas s'étonner que les réactions positives viennent surtout des Hindous des castes Ezhava.


    Muslim cleric and leader Kanthapuram A.P. Aboobacker Musaliyar said that they would object to any reforms that go against their religious beliefs.

    Similar sentiments were echoed by Stephen Alathara, spokesperson of the Kerala Catholic Bishops Conference who said for the Christians 'it is the canon law which matters and not laws framed here'.

    But Velapaly Natesan, leader of the Ezhava Hindu Community welcomed the proposed reform of non-Brahmins being appointed as temple priests.


    En passant, la sécularisation kéralaise pourrait remettre en cause l'hypothèse du modèle d'économie religieuse (dont je parlais la semaine dernière) selon laquelle les Etats à forte religion monopolistiques (comme la France ou la Suède) vont plus se séculariser que des Etats avec marché religieux "pluraliste" (comme les USA). Le Kerala conforte plutôt, comme nos intuitions sur la Hollande de l'époque classique, l'impression que des marchés "concurrentiels" peuvent conduire à une neutralisation religieuse.

    mardi 6 janvier 2009

    Fou que par vent du nord nord-ouest



    Un des éléments convaincants dans le constructivisme social du philosophe Ian Hacking est l'historicité des troubles mentaux.

    Dans Rewriting the Soul: Multiple Personality and the Sciences of Memory (1995), il montrait comment s'était construit le concept de "personnalités multiples" (ou "identité dissociée") considérées comme très rare au XIXe siècle, puis contestées et finalement explosant au XXe siècle (comme par hasard quand les fictions commencèrent à en parler davantage). A l'inverse, dans Mad Travellers: Reflections on the Reality of Transient Mental Illness (1998), il montrait comment des troubles de "vagabondage" au XIXe siècle n'étaient plus identifiés comme un désordre spécifique dans nos classifications (le cas fameux de la vogue de l'hystérie au sens de Charcot qui disparut ensuite, ou les "enlèvements par OVNI" aux USA posent le même problème).

    Mais avec cette nouvelle entrée sur le Délire du Verre (à ne pas confondre avec le trouble physiologique des Os de verre), on voit que le passage de Descartes au début de la Première Méditations sur le corps de verre renvoyait en fait à un trouble spécifique du Moyen-Âge et du début de l'époque moderne :


    "si ce n'est peut-être que je me compare à ces insensés, de qui le cerveau est tellement troublé et offusqué par les noires vapeurs de la bile, qu'ils assurent constamment qu'ils sont des rois, lorsqu'ils sont très pauvres ; qu'ils sont vêtus d'or et de pourpre, lorsqu'ils sont tout nus ; ou s'imaginent être des cruches, ou avoir un corps de verre (vel ex vitro conflatos)"


    Ce qui est intéressant est que non seulement cette folie avait l'air assez connue comme un exemplum littéraire (si Burton et Cervantès en parlent tous les deux au début du XVIIe siècle) mais aussi qu'elle ait ainsi disparu.

    Pour quelle raison des insensés ne croient-ils plus avoir de "corps de verre" ? Le verre est devenu trop courant ? En quoi croient-ils être aujourd'hui ?



    Quelles sont les fréquences aujourd'hui des psychoses délirantes comme les sosies de Capgras, le syndrome mélancolique de négation de Cotard ou le syndrome paranoïaque de Fregoli ?

    Les délires de Cotard font croire qu'on est mort (un zombie, un fantôme, voire déjà en enfer ou mutilé) mais on peut supposer que dans un futur proche il y aura un trouble où l'individu croira échouer le test de Turing (ou de Voight-Kampff) et être en fait une intelligence artificielle.

    A travers la tempête, et la neige, et le givre,



    Les aéroports ont été bloqués (ce qui fait beaucoup rire les Canadiens accoutumés à des excès bien plus drastiques) et je viens de recevoir un coup de fil d'un collègue enseignant : les cars scolaires de Schtroumpfville, ma bourgade d'affectation entre Nullepart et Là-bas, ont été bloqués aujourd'hui, il n'y a plus d'élèves.

    Finalement, il y a des avantages à enseigner dans un lieu aussi isolé de tout...Cela ressemble aux vieux rêves que je faisais enfant de vivre dans les Vosges.

    Heureusement que je l'apprends ce soir après avoir fini de corriger pendant 14 heures d'affilée ou bien je ne m'y serais jamais mis.

    Je dois y aller demain à 6 heures mais j'ignore si j'y trouverais des transports en commun (ils sont généralement peu ponctuels même en temps normal).

    Add. L'AFP ne mentionne pas mon département et dit que les cars scolaires n'ont été arrêtés que dans "l'Aisne, la Charente, les Côtes d'Armor, l'Eure-et-Loir, l'Ille-et-Vilaine, l'Indre, l'Indre-et-Loire, le Loir-et-Cher, la Loire-Atlantique, le Loiret, l'Oise, la Somme, l'Yonne, le Cher, l'Eure, l'Orne et la Sarthe".

    lundi 5 janvier 2009

    Le Sénat et les Seuils de représentation



    Dans ce message avec un beau graphique, Nate Silver donne une explication statistique élégante pour les élus noirs au Congrès. En gros, les Noirs réussissent à se faire élire à la Chambre des Représentants dans les circonscriptions où la population noire commence à dépasser le seuil de 25-45% (avec 100% de succès dans une circonscription où les Noirs forment 60% de la population). La même règle suffit à prédire qu'il n'y aurait alors pas plus qu'un ou zéro Sénateur noir si on compte les Etats comme de grandes circonscriptions (et c'est une anomalie qu'il vienne désormais de l'Illinois, comme Carol Moseley Braun ou Obama, où les Noirs ne sont que 15% - sans parler du cas atypique d'Edward Brooke au Massachusetts -, les Etats le plus éligibles étant plutôt le Maryland ou le Mississippi).

    Il y a à nouveau un facteur introduit par le recharcutage ethnique fait pour garantir quelques élus des minorités, mais qui les enferment en même temps dans des circonscriptions de la Chambre des représentants avec peu de chance de passer au Sénat :


    I suspect that a lot of the problem, however, is that as Congressional Districts have become more and more gerrymandered, leading to the creation of more and more majority-minority districts following the 1980 and 1990 censuses, the black political apparatus has become more and more 'ghettoized'. Black candidates have not had to develop a message that appeals to white voters, because most of them don't have very many white voters in their districts (about half the nation's African-American population is limited to the 60 blackest Congressional Districts).

    Du haut de ces 40 siècles, Badinguet vous contemple



    « Avec moi, il faut être sarkozyste jusqu’au bout des globules.
    C’est une question d’efficacité et de méthode. »
    Elle se défend d’être « sarkolâtre »,
    mais se laisse facilement emporter par sa fougue :
    « Qui lui arrive à la cheville ? Pour l’instant, personne.
    Pour moi, il y a Napoléon, De Gaulle et [Badinguet].
    Entre, c’est peanuts. N’écrivez pas cela,
    sinon on va dire que je suis sarko-barge. »
    — Nadine Morano in Le Parisien

    Badinguet, c'est un peu comme Guy Lux, une idée à la seconde, un réseau en parallèle comme une douzaine de cerveaux virtuels, Monsieur 100 000 volts. Ah, non, 100 000 volts, c'est Guy Béart ou la baignoire de Claude François, je ne sais plus. Bref, c'est le Génie de l'Histoire de Notre Temps, le Zeitgeist à cheval en bicyclette, le Didier Barbelivien de la géopolitique, héraut des droits de l'Homme et de Lagardère.


    Et il est parti, Lux Ad Orientem, pendant que dans les Indes occidentales, Obama est trop occupé à baisser les impôts et mettre des initiatives cléricales pour rompre avec 8 ans de Bush.

    Il a avec lui Henri "Le Fardeau de l'Homme Blanc" Guaino et un ensemble de conseillers dont on n'a pas vu la pareille depuis les Douze Pairs de Charlemagne, les Douze Chevaliers du Zodiaque ou les Douze Apôtres.

    Badinguet : Bon, je vais voir Hafez el-Salade et je vais lui proposer qu'il installe le Damas dans le Caucase pour qu'ils tuent les Tchétchènes. Comme ça, on règle les problèmes avec Poutine et l'Ossuarie du Sud en même temps, hein Guéant ?

    Guéant : Exactement, oui, c'est Bachar el-Assad, Monsieur le Président.

    - Ah, oui, le fiston à Hafez, c'est vrai, je vais lui envoyer Jean alors pour qu'ils en discutent. Ils sont musulmans ou assyriens, déjà, Guéant ?

    - Musulmans, exactement, Monsieur le Président.

    - Tu es sûr qu'ils ne sont pas hittites ?

    - Exactement, le gouvernement est alaouite et allié au Hezbollah chiite libanais pro-iranien mais le Hamas palestinien est sunnite comme les Frères musulmans égyptiens, Monsieur le Président.

    - Bon, tout ça, c'est kif-kif bourriquot.

    - Heu... Exac-te-ment, Monsieur le Président.

    - Alors l'UOIF ne peut pas s'en occuper ? Ou je vais proposer une grande Union pour le Jourdain. Je pourrais en être le Président d'honneur tant que l'autre Tchétchène a la Présidence de l'Europe. Hein, qu'est-ce que vous en pensez, Guaino ?

    Guaino : Nous pourrions la rebaptiser du nom de "La Terre Sainte", qui résonne en nos coeurs et nos âmes comme une promesse et une injonction, Votre Altesse. Les Francs ont autorité souveraine sur ce sol béni, comme nous détenons toujours la Sainte Couronne d'Epines en la Sainte Chapelle. Comme le prédisait Déroulède, ces fellahs abrutis par ce soleil nous accueilleront en libérateurs. Nous construirons des aquéducs et des dispensaires pour nos missionnaires.

    Badinguet : Elle a des superpouvoirs, comme dans Indiana Jones, la Couronne ? Il faudrait essayer, hein, vous voyez, les autres manquaient d'imagination, tu me prépares le scénario, Louvrier. Ou alors j'envoie un texto à Benny et il nous prête ses Gardes suisses d'interposition. Ou on leur propose du Hashish pour qu'ils arrêtent d'assassiner tout le monde avec leurs ninjas voilés avec leur nunchakus.

    Guéant : Exactement, Katyusha, Monsieur le Président.

    Badinguet : Ou alors j'ai une autre idée, on organise un passage de la Grande Boucle du Tour de la Méditerranée et on demande qu'ils arrêtent de bombarder la Bande de Gazoduc pendant le passage ? Balkany, tu t'occuperas que tout soit propre et transparent.

    Balkany : Avec plaisir, Nicolas.

    Badinguet : Je ne sais pas ce que j'ai, mais j'explose d'idées, ça jaillit comme une fontaine de champagne à Monte Carlo. Ah, il va voir, Obama, là, si j'ai pas le Prix Nobel du Processus de Paix avant lui. Louvrier, et si on en profitait pour rapporter le Saint Graal ? Si Céci... Carla n'est pas impressionnée après ça, je ne sais pas ce qu'il lui faut. Mais moi, ne rien faire, je m'y refuse : on déclare publiquement que le Damas est un mouvement terroriste avec qui on ne peut pas négocier et que el-Salade doit leur faire la leçon, puis on dit aux Israéliens qu'ils doivent négocier avec le Damas tant que le journal de Laurence Ferrari en parle et que je suis sur place. Je commence à bien la sentir, cette tournée de la région, moi.

    dimanche 4 janvier 2009

    Retrait



    Ah, ça y est, avec le retrait de Bill Richardson au poste du Secrétaire au Commerce, ma prédiction d'une controverse se réalise (mais curieusement il n'y a eu aucune affaire concernant une Nounou ou une domestique non déclarée).

    Mais ce n'est qu'un effet indirect de l'affaire Blagojevich : Richardson est une victime collatérale, Obama ne peut plus se permettre un membre du cabinet mis en examen par un Grand Jury au moment où le Gouverneur de son ancien Etat est surpris par le FBI en train de vendre un poste de Sénateur.

    Listes et lexique



    Chez McSweeney's, une jolie liste par Jeff Bladt :