dimanche 9 novembre 2008

The Extraordinary Adventures of Baron Munchausen



  • Comment j'ai inventé ce Jeu, & le Jeu de Rôle en général




    Ce n'est pas vraiment mon genre d'utiliser l'entremise de ces pages pour fanfaronner ou divulguer mes quelques Réalisations d'importance, mais la seconde édition du jeu Les Aventures extraordinaires du Baron Munchausen me force à entrer dans quelques détails, qui ne sont peut-être pas encore connus de tous les lecteurs occasionnels de ce Blog.

    Tout commença en fait dans ma jeunesse, en 1969. Ma mère, avant d'entrer dans l'Armée Symbionaise, était étudiante dans le Wisconsin et c'est alors qu'elle rencontra Dave Arneson, qui jouait à des jeux de figurine médiévaux et napoléoniens. Elle lui fit alors remarquer, en anti-Holiste qu'elle est toujours, qu'on pourrait jouer comme à la poupée, en prenant les figurines comme des Individus & non des Troupes. Arneson était sceptique mais je lui dis alors qu'on pourrait donner des paramètres à chaque individu, comme la "Prouesse physique" (ce qui devint la Force ensuite) & "l'Entendement" (ce qui devint l'Intelligence). J'avais aussi proposé, je crois, la Volonté comme caractéristique mais j'imagine qu'elle devint la "Sagesse", ce qui mélange de manière incommode donc une vertu avec une faculté. En revanche, n'ayant pas encore lu Weber avant d'avoir deux ou trois ans & demi, je ne peux pas dire que j'avais déjà pensé au Charisme, si essentiel pour un Kriegspiel.

    La suite est bien connue, le Jeu de Rôle se développa comme tout un Hobby de l'Imaginaire & encore maintenant les créateurs de WoW m'ont dédié une section secrète de leur monde en remerciement (cherchez bien & demandez où est le Phersuland aux Personnages virtuels de ce Jeu sur Azeroth).

    Mais là où les coïncidences sont vraiment surprenantes est qu'un second Hasard me fit rencontrer le réalisateur et ancien aviateur de l'escadrille de Monty Python Sir Terry Gilliam en 1986 en vacances à Carnac (au moment où j'avais découvert un nouvel alignement de menhirs qui réfutait une origine merlinienne, mais c'est une autre histoire).

    Gilliam parlait alors de monter un film sur Don Quichotte et c'est moi qui lui parlai alors du Baron Munchausen, comme plus amusant dans son Nonsense & sa Witz que le Chevalier de la Manche.

    Le Baron Charles-Frédéric Hieronymus von Münchhausen, Baron de Bodenwerder, dans le Duché de Brunswick-Lüneburg (1720 – 1797) fut en fait l'arrière-arrière-arrière-arrière grand-oncle d'un employeur d'un de mes cousins, ce qui a créé un lien profond entre nos deux familles.

    Il servit la Maison royale de Hannovre, combattit les Turcs du Sultan Mahmoud Ier pour l'Impératrice Elizabeth de Russie, & il est connu pour plusieurs Hauts-faits comme avoir été l'un des premiers hommes à aller sur la Lune (après quelques autres comme Lucien de Samosate, Kepler & Cyrano de Bergerac, il est vrai), avoir délivré le Dauphin Louis XVII de France, avoir vaincu Tippu Sahib (grand-oncle du fameux Capitaine Nemo) & avoir vaincu les deux Géants Gog et Magog que les ignorants avaient pris pour des Moulins à Vent.

    Alors que l'Hidalgo à la Triste Figure Quichotte souffre de son désir d'être un preux Chevalier épique dans un monde décevant et trompeur, l'imperturbable et optimiste Munchausen, digne héritier du Panglossisme & de sa métaphysico-théologo-cosmonigologia rationalis, célèbre par sa narration un Réhaussement du Réel, sublimation de l'Expérience par la faculté transcendantale de l'Imagination (on ignore souvent que Münchausen écrivit la première édition de la Kritik der reinen Vernunft qui fut ensuite affadie dans l'édition B de 1787).

    Alors que Quichotte doit être corrigé par son valet terre-à-terre Sancho (qui aurait en fait envie de le croire quand il lui promet des Empires), Munchausen crée des Valets plus improbables que lui, qui peuvent sauter d'un bond au-dessus de l'Océan ou entendre le bruit d'une fourmi en Chine.

    Quichotte est écrit du point de vue de Sancho (sinon, Quichotte nous apparaîtrait vraiment comme Amadis des Gaules) alors qu'il n'y a pas d'autre Narrateur que l'Omnipotent Munchausen, qui est plus prolixe que Quichotte, ce qui évite tout besoin d'explication & tout risque de thersitisme (Für einen Kammerdiener gibt es keinen Held, comme disait sa grande-tante Madame de Cornuel).

    Hélas, la version de Sir Gilliam, contrairement à celle des Nazis et plus comme celle des Russes, ne cesse d'osciller entre la Prose du Monde et le Récit de Munchausen. Elle semble en être trop restée à son idée initiale sur Don Quichotte (idée qu'il recycla aussi dans son Roi-Pêcheur, trois ans après le Baron, avec la même idée perspectiviste que l'Insensé change le Sens de la réalité). C'est d'autant plus injuste qu'on ignore généralement que Cervantès a en fait tout plagié (certes, par anticipation) sur les idées du Baron.

    Mais sans ce film, on n'aurait vraisemblablement pas aujourd'hui ce jeu de rôle, synthèse d'un Voyage merveilleux du XVIIIe siècle d'un Baron allemand & d'un loisir issu du Kriegspiel (Jeu qui fut aussi inventé par le Baron, d'ailleurs).

  • Le Jeu du Baron, expliqué simplement

    Le Jeu a l'avantage d'être une réédition de la première d'époque, celle que le Baron rédigea en Angleterre sous le règne de George III et à l'époque du Directoire (ses dernières aventures furent d'ailleurs ensuite romancées par la Baronne Emma d'Orczy dans le Mouron Rouge, ce qui influença directement le personnage fictif de Zorro, mais ce serait un autre sujet). Les allusions à l'Ogre Corse dans le texte me semble un peu étonnantes et il se peut que l'auteur soit aussi clairvoyant & prophétique que son ami William Blake.

    Un léger défaut de la première version est que le Baron, en bon raconteur, ne cesse d'avoir des digressions. Cette version incorpore donc encore plus de digressions plus quelques passages plus systématiques pour les impatients et les rustres comme moi qui connaissent déjà bien les prouesses du Baron & qui se perdaient dans les méandres des récits enchâssés.

    Voilà en gros les Règles (mais que cela ne vous empêche pas d'acheter le Jeu, Ladre que vous êtes !).

    Les Personnages-Joueurs sont tous de Nobles Voyageurs dans une auberge de l'Aufklärung, comme le Baron (il suffit de leur donner un Titre & un Nom).

    Ils vont tous échanger une compétition de Craques, Hâbleries, Forfanterie ou Gasconnade sur leurs Voyages. Chacun son tour doit raconter avec force Jactance, Rodomontades & Vantardise une de ses Aventures ou de ses Exploits, et il y est initié par son voisin ("Dites-moi, Monsieur le Prince-Electeur, comment vous avez accompli tous les Voyages de Gulliver en une seule journée ?").

    Chaque joueur possède 5 pions (par exemple des Thalers de Hanôvre, mais des Livres tournoises ou des pièces vulgaires font l'affaire). Il peut donner un pion pour arrêter le récit d'un autre et le contredire (mais il serait bon que son interruption soit plus plaisante & spirituelle que vain scrupule trop tatillon). Soit le conteur accepte le pion et doit modifier l'histoire, soit il en mise un autre pour surenchérir & redoubler ainsi son récit d'une explication qui rende raison de la fâcheuse interruption.

    A la fin du tour, chaque Joueur donne tous ses pions à un autre pour le Récit qui lui semble le meilleur, & le Joueur qui a le plus de pions a ainsi gagné. Tout le monde lui offre un verre de tokay.

    S'il y a égalité, tout le monde boit aussi un verre de tokay ou toute autre boisson disponible, si vous préférez un Porto.

    C'est donc plus une sorte de "Jeu de parloir" que ce que nous avons pris l'habitude d'appeler "Jeu de rôle" depuis que j'ai suggéré les Caractéristiques des Figurines à Dave Arneson. Le Jeu ne demande pas de préparation, ce qui est un grand avantage, mais dépend en fait seulement du Talent de tous les Participants, ce qui doit vous pousser à mieux choisir le cercle de votre Entourage.

    Cette édition a aussi deux autres variantes du Jeu du Baron : une version mahometane par un ami du Baron, Sindbad le Marin (où la différence majeure est qu'on ne peut boire d'alcool pendant le Jeu) et une version enfantine (dite "Mon Oncle Le Baron") où les joueurs ne racontent le récit qu'en une seule phrase (Par exemple : "Mon Oncle le Baron a vaincu l'armée des Insurgés américains les mains attachées derrière le dos avec un pépin de pomme").



  • Quelques autres Recensions

    Le Jeu a été critiqué plusieurs fois sur le site RPG.net : par M. Waters, par M. Whipkey, par M. Speirs, par M. Chapman, par M. Anderson (qui a une très bonne remarque sur la vraie invention du Jeu de Rôle par les Soeurs Brontë) & enfin par M. Darlington, la seule un peu longue.

    Je renvoie les lecteurs à ces textes en Anglois s'ils veulent en savoir plus. Sans grande originalité, la dernière écrit en plagiant un ton qui se veut humoristique de Galéjade, mais je trouve le procédé déplacé, prévisible & déjà trop employé, c'est pourquoi j'ai préféré n'en rester qu'aux Faits les plus authentiques & indéniables dans mon propre Message. Il ne faut pas crier au Loup ou le Lecteur pourrait se défier de ce qu'il trouve sur l'InterInfobahntopia.

    Je conseille aussi le très joli site Baron Munchausen qui a des Illustrations & Esquisses sur le Baron.
  • 7 commentaires:

    Phersv a dit…

    Non, ce n'est pas un commentaire, c'est une Note de Bas de Page.

    La phrase sur le Valet de chambre de Mme de Cornuel au XVIIe siècle se retrouve chez Hegel, La Phénoménologie de l'esprit, VI, C, c (1807), mais aussi juste après chez Goethe, Les Affinités électives, chapitre V (1809, "il n'y a, dit-on, pas de héros pour son valet de chambre, parce qu'il faut un héros pour en reconnaître un autre").

    Elias a dit…

    "Ma mère, avant d'entrer dans l'Armée Symbionaise..."
    petit fils de "citizen Kane" en plus?

    Elias a dit…

    pardon, arrière-petit-fils

    PS: article bluffant au sens propre comme au figuré!

    aymeric a dit…

    Depuis le 4e mot de la 9e ligne (jamais lu un "alors" aussi bien senti) je ris, bien fort, et clape à m’en faire saigner les mains (mais peut-être aurais-je du enlever mes bagues aussi).
    Merci.

    Phersv a dit…

    petit fils de "citizen Kane"

    C'est peu connu mais je possède toujours Rosebud (qui était en fait un Dé icosaèdre rouge et non pas une Luge).

    L. M. a dit…

    début du deuxième paragraphe

    *pose un thaler sur la table*

    "Mais, mon cher Baron, Dave Arneson n'est pas du Wisconsin mais du Minnesota !"

    Phersv a dit…

    Ah, il est peu connu que les Cités Triplées de Minneapolis-St. Paul-Bloomington, MN-WI étaient à l'époque une seule et même ville (nommée Istambul, Minnesconsin, je crois), qui fut ensuite divisée suite à la Guerre Civile secrète entre les troupes de Braunstein, Blackmoor, Greyhawk et Beigebrook. Les accords de Lake Geneva mirent fin au conflit qui tua plus de onze millions de figurines (qui étaient à l'époque en cobalt et pas en vulgaire plomb).

    Je soupçonne quelque complot pour nous le faire oublier, de Majestic-12, Delta-Green, HAL 3000, les Sélénites descendus avec Apollo et Richard Milhouse Nixon mais je n'en dirais pas plus.