samedi 15 août 2009

Uniformités



Ca y est l'affaire du Burkini de la Piscine d'Emerainville parvient même sur le site de la BBC, ce qui va donc signifier une amplification internationale et des menaces d'Al Qaeda.

"Carole", la dame d'une trentaine d'année, Française convertie à une forme de l'islam à 17 ans, dit qu'elle a acheté ce Burkini (maillot de bain recouvrant tout le corps) à Dubai et a essayé plusieurs piscines qui lui ont refusé l'entrée. Elle a finalement été acceptée à la piscine d'Emerainville (77, 7000 habitants) mais après deux séances la direction de la piscine a changé d'avis. Elle a fait une déclaration de "main courante" au commissariat car la police a refusé d'enregistrer une plainte pour discrimination.

La piscine se sert d'un argument simple d'hygiène, et non de laïcité (comme elles interdisent aussi dans les bassins les caleçons, shorts et débardeurs). Mais "Carole" répond qu'on autorise bien pour les hommes en compétition des tenues intégrales et donc qu'on peut faire la différence entre le burkini et une tenue qui pourrait être portée en ville.

Le maire UMP d'Emerainville, Alain Kelyor (qui a été dans d'autres controverses) a tenté de changer le sujet en disant que le burkini (création récente des pays du Golfe) n'était pas exigé par le Coran, mais les partisans pourront toujours répondre que cela est exigée par leur forme de culte.



Bruno Roger-Petit pense que c'est beaucoup de bruit pour rien et se demande même si "Carole" ne chercherait que la publicité (mais même si c'était le cas, la question pourrait se poser) et Le Mague se demande même si Le Parisien n'a pas réutilisé plusieurs fois la même personne pour plusieurs articles (elle me semble pourtant distincte de la "Christine" fan du niqab).

Le débat est à nouveau entre plusieurs libertés : défense de la liberté d'expression de celle qui voudrait entrer dans une piscine avec son propre standard de pudeur et défense de la liberté de conscience de celles qui craignent une Pente Glissante où on ne leur laisserait plus le choix ensuite de respecter ou non les standards de pudeur plus stricts.

Dans le cas de personnes majeures, j'aurais tendance à être plus "libéral-libertaire" que pour des élèves de l'enseignement public (même si les règlements intérieurs des piscines peuvent toujours exclure au nom de règles strictes d'hygiène).

La piscine est un espace public très particulier car "Carole" dit ne pas avoir de problème avec son Burkini à la mer ou sur un autre plan d'eau dans l'espace public. C'est dans la piscine que se situent maintenant les conflits entre standards de la libéralisation du corps en Occident depuis quelques décennies et un renouveau de standards plus stricts (contre les seins nus ou l'allaitement public par exemple).

Martine Aubry avait autorisé des heures d'ouverture de la piscine à Lille réservée aux femmes, et où même le personnel à ces heures devait être féminin (de même récemment en Isère). Elle dut ensuite changer d'avis et continue d'être critiquée par Fadela Amara pour sa position initiale. Mais l'interdiction de créneaux anti-mixité conduit ensuite à la création de piscines entièrement réservées aux femmes (ce qu'une association privée a, bien entendu, le droit de faire).

La mixité a de nombreux avantages (notamment à l'école comme lieu public, malgré certains discours récents qui défendent la séparation) mais elle est déjà souvent de fait limitée, notamment quand les femmes se plaignent de pratiques de harcèlement. Les hammams ne sont pas toujours mixtes et depuis peu de temps les trains de nuit français ont suivi l'idée japonaise des métros en créant des wagons réservées aux femmes.

Rationalisation



Les blogs politiques américains se polarisent extrêmement (notre blogosphère est pour l'instant moins violente, même si la Loi de Godwin y est respecté aussi, surtout depuis le nouveau Président) et on peut se demander s'il y a vraiment un "débat" et non pas seulement des invectives. Mais simultanément ceux qui veulent être plus "influents" en arrivent nécessairement à se censurer pour ne pas porter préjudice à leur Parti ou à une image de dialogue.

C'est pourquoi il est toujours rafraichissant (bien que peut-être contre-productif) de lire par exemple The Poorman contre le "consensus" bi-partisan :

The sad fact of American politics is that at least 35-40% of the electorate belongs in a mental institution, and there’s probably another 10-20% who are high-functioning retards. The Congressional numbers are no better. There’s no point in trying to make a deal with these people.


Poorman est bien sûr swiftien ici mais il est difficile de ne pas souscrire à ce point de vue au premier degré (du moins la première proposition sur les insensés) avec le succès des dernières manipulations par les Républicains et les Lobbies des Assurances privées. 30% des Américains ont suivi Bush jusqu'au bout, apprécient Fox News et prouvent qu'une démocratie court un danger mortel à se passer d'un enseignement pré-universitaire de qualité.

Mais pour les rationalistes optimistes, il y a cette interprétation presque intelligible de ces délires : les retraités américains penseraient en réalité que la réforme peut être utile à d'autres groupes mais qu'elle risque d'être au mieux neutre, voire potentiellement dangereuse pour leur Medicare, donc ils préfèreraient un statu quo pour défendre leur intérêt mais auraient ensuite tenté de "rationaliser" cette opposition égoïste en admettant n'importe quel excès rhétorique ("On va tuer les vieux ! On va éliminer les handicappés ! On va collectiviser les terres et forcer tout le monde à travailler pour les Khmers Rouges !"). Il serait plus facile de dénoncer un danger imaginaire de Tribunaux de la mort que de se dire qu'on n'accepte pas une réforme commune parce qu'on croit avoir atteint un certain "optimum de Pareto", même s'il est injuste (n'importe quelle situation dans laquelle des améliorations de certains se payeraient de pertes pour d'autres).

जय हिंद



Bonne fête de l'Indépendance !

Le 14 août 1947, à quelques heures de Minuit où l'Union Indienne devint la plus grande démocratie de la planète, Jawaharlal Nehru prononce son célèbre discours "Nous avons promis un Rendez-vous (tryst) avec le Destin".

Domination et Servitude (8/19)




§8 Il faut maintenant examiner ce pur concept de la reconnaissance, de redoublement dans son unité de la Conscience de soi, dans la façon dont son processus se manifeste pour la Conscience de soi.
Ce processus nous exposera d'abord le côté d'inégalité de l'une et de l'autre, la sortie du moyen terme dans les extrêmes, qui, en tant qu'extrêmes, se sont opposés, l'un étant seulement celui qui est reconnu, et l'autre seulement celui qui reconnaît.


Ce bref paragraphe résume le précédent pour faire la transition avec la seconde partie du texte, sur la Lutte pour la Reconnaissance entre les Consciences.

Comme on l'a vu, après avoir examiné la Reconnaissance du point de vue seulement de la "logique" dialectique en soi, on doit suivre ici la "phénoménologie", du point de vue de ce qui apparaît de l'intérieur pour chacune des deux Consciences de soi. On passe du moment "en soi" au moment "pour soi". L'élément médian qui est la Conscience de soi dans la Reconnaissance s'oppose sous deux "termes extrêmes" du Sujet et de l'Objet.

Ainsi on va saisir d'abord les échecs de la reconnaissance, l'asymétrie de la reconnaissance avant qu'elle puisse devenir la relation réciproque, mutuelle qu'elle est censée être. Je vais commencer à chercher à asservir l'autre et à lutter contre sa volonté de m'asservir avant de pouvoir admettre que je ne peux pas me connaître (et être libre) sans sa liberté.

L'opposition d'activité entre le Reconnaissant et le Reconnu ouvre celle entre le Serviteur et le Maître mais, paradoxalement, c'est le participe passif qui est d'abord le Dominant (le Reconnu) et c'est le participe actif qui est le Dominé (le Reconnaissant). La relation de Reconnaissance va apparaître d'abord comme la converse de la Domination avant de se dépasser en relation symétrique.

(Jarczyk et Labarrière font remarquer en note dans leur commentaire p. 141 que l'être reconnu est grammaticalement au neutre, das eine nur annerkanntes, alors que le sujet reconnaissant commence au masculin, der andere nur annerkannendes, mais ils me semblent aller vite sur le fait que l'activité des verbes inverse la domination et je ne vois donc pas de détail significatif dans cela.)

vendredi 14 août 2009

Domination et Servitude (7/19)





« §7 Nous voyons se répéter dans ce mouvement le processus qui s'était présenté comme jeu des forces, mais dans la Conscience. Ce qui dans le premier cas était pour nous, est ici pour les extrêmes eux-mêmes. L'élément médian est la Conscience de soi qui se décompose en ces extrêmes, et chaque extrême est cet échange de son état déterminé et un passage absolu dans l'extrême opposé. Toutefois, si, en tant que Conscience, l'extrême passe bien hors de lui-même, il est pourtant dans son être hors de soi retenu en lui-même, pour soi, et son hors de soi est pour lui. Ce qui est pour lui, c'est qu'immédiatement il est, et n'est pas, une autre Conscience. Et, pareillement, que cet autre n'est pour soi qu'en s'abolissant lui-même en tant qu'être pour soi, et n'est pour soi que dans l'être pour soi de l'autre. Chacun est aux yeux de l'autre l'élément médian par lequel chacun s'intermédie et s'enchaîne avec lui-même, et chacun est immédiatement à ses yeux et à ceux des autres une essence qui est pour soi, laquelle en même temps n'est ainsi pour soi que par cette médiation. Les extrêmes se reconnaissent comme se reconnaissant mutuellement. »


Ce 7e paragraphe est vraiment difficile. Il arrive à la conclusion de la première partie, la plus abstraite du texte. Je ne dis pas que cela va devenir vraiment plus facile ensuite mais du moins au §8-11 la figure va devenir plus "dramatique" avec la Lutte entre les Consciences.

Tout ce premier "syllogisme" (au sens particulier hégélien du processus d'intégration du moyen-terme vers la conclusion) a été encore seulement le moment "en soi" de la dialectique. Hegel décrivait un processus qui semblait presque "automatique" de la Conscience de soi qui se dédoublait en être pour soi et en un être pour un autre, avant de revenir à soi.

  • Le "jeu des forces"

    Hegel fait d'abord une allusion à un moment précédent plus haut dans la Phénoménologie de l'Esprit, le mouvement du "Jeu des forces". Il s'agit du Chapitre III Force et entendement, notamment p. 62-72 de l'édition allemande (Hyppolite, vol. I, p. 111-118, Lefebvre p. 119-126).

    Dans ce chapitre, après avoir étudié la Sensation immédiate et la Perception accompagnée de jugement sur les choses, Hegel passait à la base de la science de la Nature, la faculté d'explication des phénomènes qu'on appelle avec Kant l'Entendement. Au-delà des observations et des jugements, la Conscience théorique et intellectuelle va devoir postuler à travers les mouvements mécaniques des dynamiques, des "Forces vives", ce qui fait référence à tout un débat entre les physiciens sur l'existence réelle de ces Forces au XVIIe-XVIIIe siècles. On voit la Chose, on peut mesurer ses propriétés, masse, vitesse, mais peut-on voir "l'Energie cinétique" et les diverses différentielles de ces changements de position, autrement qu'à travers des manifestations de ses effets ? Ces forces apparaissaient alors dans leur multiplicité. Elles s'opposaient et se composaient dans les chocs, mais sans que cette "Lutte" des forces ne puisse être saisie par chaque extrême qui se compose dans la combinaison.

    De même dans le cas de la Force électrique ou magnétique, je peux voir des oppositions de polarité mais je ne saisis pas directement l'existence des pôles opposés dans le phénomène.

    Au contraire, l'activité de chaque Conscience de soi sur elle-même et l'activité de chacune sur l'autre ne sont pas des forces brutes, on ne les pose plus seulement en soi et ces quatre activités vont aussi être représentées pour chaque Conscience. La composition purement matérielle des Forces était examinée de l'extérieur "pour nous", pour celui qui suit de l'extérieur le parcours de la Phénoménologie de l'esprit. Ce mouvement "pour nous" n'était donc encore qu'en soi, et non pas pour chaque terme. L'opposition des Consciences va aussi valoir pour chaque terme "extrême" de cette compétition et concurrence avant de pouvoir devenir une sorte de coopération entre deux Sujets.

    Hyppolite commente (vol. I, p. 157) :
    "L'opération de ces deux consciences est donc une seule et même opération indivisible ; et parce que cette relativité et cette réciprocité sont conscientes, le mouvement des deux consciences de soi est différent du mouvement relatif des deux forces, mouvement qui n'était relatif que pour nous."

  • Le Syllogisme de la Conscience dédoublée

    Donc ce mouvement définit de l'intérieur ce qui fait l'être pour soi de la Conscience de soi. Son être pour soi, c'est tout ce mouvement contradictoire qu'on a vu plus haut, où elle est une et dédoublée, où elle est la même en posant son être hors d'elle-même.

    La Conscience de soi est "l'élément médian", le moyen-terme et synthèse au coeur de l'opposition. Les termes extrêmes de ce "Syllogisme" hégélien sont la Conscience de soi comme un sujet et la Conscience de soi comme un autre. "Chaque extrême est cet échange de son état déterminé et un passage absolu dans l'extrême opposé" : le Sujet en tant que tel qui veut être reconnu doit accomplir son passage dans son "extrême opposé" en tant qu'objet reconnu par l'autre, et tout cela au sein de ce milieu de la Conscience de soi divisée.

    Cela permet "en passant" de rappeler quelques mots sur la thèse si incompréhensible de la dialectique hégélienne, le statut de la Contradiction et du Passage ou "Mouvement logique". Presque toute la philosophie nie que deux contradictoires puissent être vraies en même temps : si deux propositions contradictoires sont vraies, c'est qu'il faut ajouter une différence et qu'elles sont vraies en fait de temps différents ou de domaines différents. Hegel - autant que je comprenne sa relativisation du Principe de Contradiction - a généralisé ce concept de "Passage" du temporel vers une nouvelle sorte de "logique". Au commencement de la Science de la Logique, il définit le concept de "Devenir" comme le Passage de l'être dans le non-être et du non-être dans l'être, et ainsi de suite, en opposant ensuite l'être indéterminé au passage nécessaire vers son contraire, vers sa "réflexion", l'essence en tant qu'état déterminé de l'être. Ainsi, non seulement le Devenir devient un concept "logique" mais même le concept de Vie ne se limite pas à une "biologie" naturelle pour s'étendre en un sens bien plus fondamental. La Vie est un niveau de développement de l'être avant même la Nature matérielle organique, c'est une sorte de subsistance contradictoire. Ce qui vit est ce qui se divise et s'oppose à soi-même sans se dissoudre.

    D'où ces formules paradoxales qui peuvent sembler de simples jeux sophistiques : chaque Conscience est et n'est pas. Elle est bien comme essence déterminée. Je suis en tant qu'individu. Et pourtant j'existe dans la mesure où je pense et sais qu'en un sens "je ne suis pas". Je ne suis pas aux yeux d'une autre Conscience de soi qui peut nier mon existence et à laquelle je ne peux accéder pleinement. Je veux qu'elle me reconnaisse et je sais que cette reconnaissance impliquerait que je la reconnaissance dans son autonomie et donc que je reconnaisse qu'elle est si séparée qu'elle pourrait ne pas me reconnaître. Je suis semblable à cet autre, je suis par cet autre qui doit et peut me reconnaître mais je sais que je ne suis pas cet autre que je devrais et pourrais reconnaître.

    Autrement dit, le soi apparaît immédiatement comme "l'essence", comme cet être déterminé, et pourtant il apparaît ensuite comme non-immédiat, comme travaillé par l'intermédiaire de l'autre soi.

    En un sens, toutes ces oppositions abstraites de l'être pour soi vont se retrouver ensuite dans les §8-11 dans celle entre le Sujet et l'Objet, entre le Soi et l'Autre, entre l'Autre vu comme autre Soi et l'Autre vu comme une Chose, entre la Liberté et la Vie, entre l'Esprit et le Corps ou entre la Conscience-Maître et la Conscience-Serve.


  • L'illustration est reprise à Mme Laurence Hansen-Løve (qui s'en servait pour illustrer un extrait du §13 de la Phénoménologie de l'Esprit). Dans Fight Club (1999) le Narrateur anonyme, parfois appelé Cornelius (Edward Norton), veut faire l'épreuve de la vie par la Lutte à mort, et il le fera via la "rencontre" avec ce grand autre, la Conscience-Maîtresse, Tyler (Brad Pitt). Tyler semble être son contraire, sûr de lui et violent, mais je ne gâcherai pas la conclusion de ce mouvement. Tyler prétend même contraindre les autres à assumer leur liberté par la confrontation avec la mort (voir les notes d'O.Pourriol dans son livre sur le cinéma).

    Polarisation et Inégalité



    Via Ezra Klein sur la polarisation extrême entre les Conservateurs républicains et les Démocrates, cette étude de science politique Polarized America. The Dance of Ideology and Unequal Riches (voir aussi ce résumé) :

    Increasing polarization in recent decades has been closely accompanied by fundamental social and economic changes—most notably, a parallel rise in income inequality. In Polarized America, Nolan McCarty, Keith Poole, and Howard Rosenthal examine the relationships of polarization, wealth disparity, immigration, and other forces, characterizing it as a dance of give and take and back and forth causality.

    (...)

    Polarization and income inequality fell in tandem from 1913 to 1957 and rose together dramatically from 1977 on; they trace a parallel rise in immigration beginning in the 1970s. They show that Republicans have moved right, away from redistributive policies that would reduce income inequality.

    Immigration, meanwhile, has facilitated the move to the right: non-citizens, a larger share of the population and disproportionately poor, cannot vote; thus there is less political pressure from the bottom for redistribution than there is from the top against it.

    In "the choreography of American politics" inequality feeds directly into political polarization, and polarization in turn creates policies that further increase inequality.


    C'est un cercle vicieux intéressant : plus le système devient injuste socialement, plus l'injustice devient valorisée politiquement au lieu de se corriger. Il y aurait une spirale contre l'intérêt commun (où d'ailleurs, c'est le Parti Républicain qui lance la "danse" en se réalignant vers la droite bien plus violemment que le Parti démocrate vers la gauche).

    Cependant, dans le modèle, la lutte des classes est compliquée par la question de l'inégalité raciste et l'immigration. L'immigration aurait été un facteur décisif pour expliquer que la hausse des inégalités sociales continue sans réaction en faveur de politiques de redistribution : l'électeur médian a gardé un revenu relativement en hausse alors que les revenus du résident médian baissaient à cause de la baisse du niveau d'immigrés non-citoyens aux USA.

    Comme l'indique DougJ, d'une part (comme on le constate dans les foules hystériques des Tea Baggers) les plus radicaux ultra-conservateurs sont de manière disproportionnée des Blancs âgés peu éduqués et relativement déclassés, alors qu'au contraire la politique de redistribution (modeste) d'Obama avait eu le soutien des 5% des Américains les plus riches ainsi que des diplomés.

    Le Parti Républicain était traditionnellement le Parti des élites financières mais à force d'utiliser la démagogie et le ressentiment, il est en train de devenir prisonnier de cette base qui a fait sa puissance politique (en 1994 et 2002-2004) et de perdre ces élites. Les élites ne sont pas désintéressées mais elles préfèrent que l'Empire soit géré par des technocrates un peu moins idéologues et plus efficaces.

    jeudi 13 août 2009

    Domination et Servitude (6/19)





    §6 L'activité n'est donc pas seulement à double sens dans la mesure où une activité est tout autant à l'endroit de soi qu'à l'endroit de l'autre, mais aussi dans la mesure où elle est de manière inséparée tout autant celle de l'une que celle de l'autre.

    Hegel finit ici ce premier moment de la réciprocité interne à chaque Conscience intersubjective. Il y a donc quatre sens au total à l'activité : chacun des deux sujets agit sur lui-même et chacun des deux agit sur l'autre conformément à son action sur soi-même. Chaque Sujet a une activité sur lui-même en tant que Sujet et sur l'autre comme Objet.

    On verra ensuite (par exemple dans le moment unilatéral de la Lutte au §14) que cet équilibre "mimétique" est difficile à atteindre. Il va falloir passer par une compétition inégale avant de pouvoir revenir en partie à la position de ces relations symétriques.

    mercredi 12 août 2009

    Domination et Servitude (5/19)





    §5 Mais ce mouvement de la Conscience de soi dans la relation à une autre Conscience de soi a été représenté de cette manière, comme l'activité de l'une ; or cette activité de l'une des Consciences de soi a elle-même cette signification double d'être aussi bien son activité que celle de l'autre ; l'autre Conscience de soi est en effet tout aussi autonome, close sur elle-même, et il n'est rien en elle qui ne soit par elle-même.
    La première Conscience de soi n'a pas devant soi l'objet seulement tel qu'il est pour le Désir, mais c'est un objet autonome, qui est pour soi, sur lequel elle n'est rien capable de faire pour soi, si cet objet ne fait pas chez lui-même ce qu'elle fait chez lui.
    Le mouvement est donc tout simplement le mouvement double de l'une et l'autre Conscience de soi. Chacune voit l'autre faire la même chose que ce qu'elle fait ; chacune fait elle-même ce qu'elle exige de l'autre, et fait aussi, en conséquence, ce qu'elle fait, uniquement dans la mesure où l'autre fait la même chose ; l'activité unilatérale serait inutile ; parce que ce qui doit arriver ne peut réussir que par l'intervention des deux.


    Le résultat du premier "Syllogisme" de la Conscience de soi comme un autre (§§2-§3-§4) est qu'enfin la Conscience de soi a admis qu'il y a bien deux Consciences de soi et non pas seulement une diffractée dans ce jeu de miroirs.

    Jusque là, on ne parlait que d'une seule activité de la Conscience : elle s'abolissait elle-même, elle s'affirmait elle-même, elle niait l'autre, elle revenait en soi. A présent elle a accepté que l'autre était aussi une Conscience de soi symétrique. On passe de la relation d'activité unilatérale à la réciprocité.

    Mais en même temps, la relation est encore pauvre. Je regarde l'autre de loin et je l'imite ou attends qu'il m'imite. Je n'en appelle pas encore par le langage à un vrai échange ou à un contrat, il n'y a pas de communication.

    Chacune arrive à une sorte de "connaissance commune", où je pense, où je sais que l'autre pense, où l'autre sait que je pense et où il sait que je sais qu'il pense, et ainsi de suite. L'opération que je fais sur moi-même, par ma réflexion, et les raisonnements que je fais, je peux par analogie les projeter sur ceux qu'il doit faire.

    Je ne suis plus aussi égocentrique mais nous le sommes encore, à deux, chacun de notre côté. Chacune arrive nécessairement à l'insuffisance de ce point de vue, en se dédoublant de l'intérieur selon le modèle précédent.

    En termes non-hégéliens, je me demande si on pourrait parler d'une sorte d'équilibre de coopération, ou de coordination, sans information, qui doit être atteint (un peu comme dans le Dilemme du Prisonnier). Je n'ai pas encore discuté ou négocié avec l'autre Conscience mais je présume ici la réciprocité de nos Consciences (même si je n'ai pas encore dans ce moment du texte hégélien de notion très élaborée d'une rationalité pratique, qui n'apparaît qu'au chapitre V B).

    Cette réciprocité commence la reconnaissance, terme central de tout le passage. Tout le mouvement long de la lutte va consister à voir comment cette reconnaissance mutuelle, simultanée peut se faire en plusieurs étapes différées, malgré les déséquilibres, les écarts et les inégalités entre les deux Consciences distinctes.

    La Conscience de soi comme Désir consumait son objet car le Désir était encore manque, incomplétude de la Conscience de soi. Le Désir, au début du chapitre IV, anéantissait encore l'objet dans son auto-subsistance, et ce Désir (qui est aussi et surtout, comme le dit Platon, Désir de vérité, de certitude) se contredisait dans cette consommation car il entretenait ainsi sa frustration d'un objet satisfaisant.

    Au contraire, la Reconnaissance ne peut s'effectuer qu'en surpassant ce Désir négatif, en laissant être l'autre dans son autonomie. Nous devons nous "coordonner" et chacun accepte l'autre parce que l'autre est arrivé à la même figure de pensée.

    Illustration tirée de cet article sur les neurones miroirs.

    mardi 11 août 2009

    Diverses Geekeries (version négative)



  • Andreas est mon auteur de bd européen favori mais je commence à me faire du souci sur les impasses dans lesquelles il se met dans ses deux séries longues, Rork [Lapsus : je voulais dire Capricorne] et Arq. Dans le cas de Capricorne, on a l'impression d'une pure expérience formaliste (le dernier volume est une expérience sur l'image vide sans aucun texte) où les thèmes (Pulps) de la série sont complètement oubliés. Dans Arq, qui utilise la structure du "Mystère en Oignon" avec couches de révélations successives (et finalement peu plausibles) sur la réalité, les innombrables factions continuent à se multiplier sans qu'on voie une résolution qui puisse être intéressante (un peu comme Lost, d'après le rien que je crois en savoir).

  • La FFJDR fait de la prévention un peu parano en tenant à préciser par avance que le film Demain dès l'aube n'a rien à voir avec le jeu de rôle ou le Grandeur Nature. Dans le film, un cinglé qui joue à la Reconstitution historique de bataille napoléonienne, en costumes (ce qu'on appelle en anglais du Reenactenment), veut y entraîner son frère et finit par vouloir le tuer.

    La FFJDR semble un peu craintive. On aura beau répéter que le jeu de rôle ne rend pas schizophrène (même si des schizophrène peuvent jouer au jeu de rôle), le cliché est déjà fermement implanté et on la retrouvait dans le film québecois L'Âge des ténèbres, où le Grandeur nature médiéval est aussi décrit comme réactionnaire et xénophobe dans sa volonté de retour au Moyen-Âge.

    Mais la fin du communiqué me fait rire. Après avoir dit que ce n'est pas du jeu de rôle, ils ajoutent :

    La Fédération Française de Jeu de Rôle et la Fédération Française de Grandeur Nature souhaitent afficher clairement leur soutien aux pratiquants du loisir de Reconstitution Historique dont certains membres déplorent l’image fantasmée qui pourrait être véhiculée par cette fiction.


    Je suis sûr que les fans de Reconstitution historique (loisir qui se veut finalement presque érudit) n'ont pas très envie de notre soutien de rôliste en fait...

  • Ca y est, j'ai vu sur petit écran le Star Trek de 2009 par JJ Abrams. 95% de critiques positives au Tomatomètre, d'habitude relativement fiable. Je lisais de nombreuses critiques disant que tout le monde adorait, "sauf quelques fans aigris les plus rigides de la vieille série".

    C'est rigoureusement faux. Je ne crois pas être un fan et le film me paraît pourtant un échec de plus, comme tous les films Star Trek, sauf en partie le Star Trek II. On s'ennuie ferme, et c'est raté, aussi bien comme film de science-fiction que comme renaissance de cette franchise particulière.

    Le seul maigre intérêt de ce remake/retcon me semble être de filmer les scènes de manière un peu plus "confuse" et "sale", plus comme une effervescence basse-technologie de vol Apollo ou de salle des Urgences que dans le monotone salon de pilotage habituel. Mais ce n'est qu'un cliché de série télé, un rythme plus haletant, qui devait être incorporé pour rendre Star Trek moins théâtral et encore plus décérébré.

    Oh, et l'idée que dans cette nouvelle continuité Spock (quasi-autiste) couche avec son contraire Uhura (l'experte en communication) est assez amusante.

    En dehors de cela, le scénario ne tient pas la route une demi-seconde et il y a des erreurs ou des trous qu'un enfant de huit ans doit remarquer dès le premier visionnage. Ils n'ont plus de script doctors à Hollywood ? Star Trek est de la SF, de la SF médiocre sans thème très riche (en dehors d'une utopie scientiste) mais de la SF quand même, et en SF il serait mieux que le scénario ait au moins une sorte de cohérence interne.

    L'absurdité du scénario ne serait pas gênante si elle était au service d'une vague métaphore, mais je ne vois vraiment rien à part ce thème lourd que le Coeur est plus important que la Raison, thème qui déséquilibre complètement la métaphore habituelle de Star Trek (qui est que le Moi, Kirk, doit s'appuyer à la fois sur la Raison, Spock, et sur le Coeur, McCoy).

    En gros, voilà le scénario [SPOILER] : Dans le futur de la série, la planète Romulus est détruite par une supernova (qui vient pourant d'un autre système, mais passons) et Spock échoue à l'arrêter. Nero, un Romulien aussi ridicule que son nom d'Empereur fou, décide de remonter dans le passé pour se venger contre Spock et l'Humanité, il poursuit Spock qui a remonté le temps aussi en échouant à sauver Romulus (vous voyez ce que je veux dire sur le scénario idiot ?). Nero revient un siècle plus tôt comme par hasard le jour de la naissance de Kirk dans le vaisseau de ses parents. Il tue le père de Kirk, qui se sacrifie pour que sa femme et son fils survivent. 25 ans plus tard, Kirk et le Spock jeune, hybride Vulcain/Terrien, voient alors le vaisseau romulien détruire Vulcain, et Nero tue la mère humaine de Spock, au cas où il ne pourrait pas y avoir d'autre ressort dramatique que la mort des parents (ce qui rend le film encore plus infantile). On n'explique jamais pourquoi Nero a attendu comme par hasard 25 ans avec son vaisseau surarmé du futur que Kirk soit assez grand pour lutter contre lui. Kirk, qui est en désaccord avec Spock sur la marche à suivre, est alors abandonné par le Spock jeune sur une planète glacée non loin de Vulcain. Là, comme par hasard, il retombe sur le Spock venu du futur (qui a aussi été abandonné là par Nero) et sur l'ingénieur Scotty. Oui, dans l'immensité inimaginable de l'espace intersidéral, Kirk retrouve son équipage par hasard. Ces types se sont relus ? A ce niveau de coïncidences, on se dit que le scénariste n'essaye même pas. Là mon attention a baissé mais en gros, Scotty invente soudain une technologie complètement ridicule qui déséquilibrerait complètement tout l'univers de Star Trek en permettant de se téléporter non pas seulement à la surface d'une planète mais instantanément à des distances de plusieurs parsecs. On se demande à quoi servent encore les vaisseaux. Il n'y a qu'un seul mot pour une telle mauvaise idée et c'est "idiot". Ensuite Kirk et le jeune Spock deviennent amis et arrêtent Nero et sa mystérieuse "matière rouge" qui est du charabia pseudo-scientifique dans le genre du Flux Quantique pour violer n'importe quelle base de scénario.

    Le choix de prequel avec l'équipage à 20 ans à leur premier vol est aussi ridicule que les Versions bébé de divers personnages. De plus, ils sont tous revus comme ultra-compétents bien que juvéniles, ce qui achève de détruire le peu de suspension du scepticisme.

    Ne croyez donc pas l'Internet, les fans et les critiques : ce retcon Star Trek d'Abrams est tout aussi mauvais, vain et inutile qu'on pouvait le croire.

  • Autoparodie



    Un de mes sophismes favoris est l'Argument du Chaudron, où l'accumulation d'arguments contradictoires se réfutent mutuellement. C'est une blague que raconte Freud, en parlant des contradictions condensées dans les rêves et cauchemars (L’interprétation des rêves, PUF, 1967, fin du chapitre II, p. 111)


    Tout ce plaidoyer (ce rêve n'était pas autre chose) fait penser à la défense de l'homme que son voisin accusait de lui avoir rendu son chaudron en mauvais état.
  • Premièrement, il lui avait rapporté son chaudron intact.
  • Deuxièmement, le chaudron était déjà percé au moment où il l'avait emprunté.
  • Troisièmement, il n'avait jamais emprunté de chaudron à son voisin.


  • Par exemple, en ce moment, la droite républicaine utilise le Chaudron pour la question de la naissance d'Obama.
      (1) Mais bien sûr que nous croyons qu'Obama est né aux USA, l'accusation que nous sommes paranoïaques ne peut qu'être une manipulation de la gauche ;
      (2) Mais on peut quand même se poser la question légitime de savoir pourquoi il ne divulgue pas la totalité de ses certificats de naissance ;
      (3) Oui, il l'a divulgué mais qui dit que c'est un vrai ?

    Mais il existe des auto-réfutations encore plus directes qui me font presque me demander si certains auteurs républicains ne sont pas des humoristes démocrates cherchant une satire élaborée.

    Par exemple, cet editorial d'Investor Business Daily (qui est certes un des plus insensés des textes conservateurs) explique que la meilleure preuve que le système médical britannique conduit à l'euthanasie des enfants de Sarah Palin est qu'un génie handicappé comme Stephen Hawking n'aurait jamais pu s'y développer et y fleurir.

    L'ennui est que l'auteur semble ignorer vraiment au premier degré que Stephen Hawking est britannique et y a vécu toute sa vie.

    Ex absurdo quodlibet : la prémisse délirante ("la NHS tue les invalides") autorise n'importe quelle autre prémisse sans lien avec la réalité ("Stephen Hawking doit être Américain").

    Domination et Servitude (4/19)





    §4 Cette abolition à double sens de son être-autre à double sens est pareillement un retour à double sens en soi-même :
    1) parce qu'elle se réobtient elle-même par l'abolition ; parce qu'elle redevient égale à soi par l'abolition de son être-autre ;
    2) mais elle redonne tout aussi bien l'autre Conscience de soi à celle-ci, parce qu'elle était soi dans l'autre, parce qu'elle abolit cet être qui est le sien dans l'autre, et donc re-libère l'autre.


    Cela conclut le premier mouvement simple de sortie soi-même. Cela suit ce que Hegel appelle une sorte de "Syllogisme", en un sens un peu inhabituel. Normalement depuis Aristote, un syllogisme est un raisonnement qui pose deux propositions et en infère logiquement une troisième. Chez Hegel, le "Syllogisme" est un mouvement dialectique qui oppose deux extrêmes et les abolit en une progression.

    Ici, si on récapitule, les deux premiers moments étaient arrivés à une négation complète où le soi s'auto-abolissait et abolissait aussi l'autre être en ne voyant en lui que soi.

    Mais ce moment était encore instable et parvient enfin à admettre la rencontre avec l'autre. En un sens, ce n'est qu'un retour à ce qui était censé être la position initiale de séparation entre soi et l'autre. Mais ce retour à la séparation et l'autonomie est désormais enrichi par ce passage nécessaire par une négation apparemment vaine. Il fallait quitter le soi immédiat et passer par un travail de médiation avant de revenir à une séparation mieux comprise. La double négation, l'abolition de l'abolition de l'être autre est enfin la "réobtention" en retour de l'autre comme un soi et de l'autre comme l'essence séparée de soi.

    La Conscience de soi est caractérisée par une sorte de béance en elle-même. Elle n'est pas une chose car elle se connaît comme inadéquate à elle-même, toujours en mouvement et en inégalité avec ce qu'elle est. Elle est (momentanément) redevenue égale à elle-même, en reconnaissant qu'elle se distingue de l'autre.

    De même, la Conscience de soi a pu se re-trouver en retour en re-laissant à l'autre sa liberté. C'est la première fois qu'apparaît ici un concept de "liberté". Le terme "autonomie" traduisait simplement pour l'instant une sorte d'auto-subsistance ou d'autarcie, pas encore un sens moral. Ce concept de Conscience "libre" est encore pauvre et indéterminé, comme simple "indépendance". Il va changer de sens au fil de la lutte entre les consciences.

    Penser l'autre, c'est penser qu'il est "libre" vis-à-vis de moi, sinon il ne serait pas vraiment un autre. Mais le reste du mouvement va compliquer ensuite cette première thèse car l'autre va être aussi ennemi ou rival, une menace pour ma liberté et une victime de mon désir de reconnaissance.

    L'illustration est un cartoon (pris là) qui reprend Reproduction interdite de Magritte (1937). Il est souvent utilisé dans les manuels de philosophie comme paradoxe de la Conscience de soi (depuis Platon, Alcibiade, "l'Oeil peut tout voir mais il ne peut pas se voir directement"). C'est aussi la couverture de Problems of the Self de Bernard Williams. Mais ce second regard dans le cartoon rappelle que les gags visuels de Magritte sont vite tombés dans le trop bien-connu.

    lundi 10 août 2009

    Domination et Servitude (3/19)





    §3 Il faut qu'elle abolisse cet être-autre qui est le sien ; ce qui est l'abolition du premier double sens, et donc soi-même un second double sens :
    1) elle doit aller abolir l'autre essence autonome pour parvenir à la certitude de soi comme étant l'essence
    2) elle va ainsi s'abolir elle-même puisque cet autre, c'est elle-même.


    La progression entre le §2 et le §3 dans ce jeu de négation et de "dépassements" n'apparaît peut-être pas très clairement

    Le premier double sens séparait deux contradictions :
    (1) La Conscience de soi a nié son soi en s'affirmant dans l'autre essence,
    (2) elle a aboli l'autre en ne voyant en elle que soi-même.

    Le second double sens réunit ce mouvement de "l'abolition" ou suppression dialectique :
    (1') La Conscience de soi a aboli l'autre essence pour affirmer son soi ;
    (2') elle s'est abolie elle-même.

    J'ai du mal à comprendre en quoi il y a un mouvement si ce n'est dans une sorte de balancement. (1) n'est-il pas équivalent à (2') et (2) à (1') ? Ou si l'on préfère (1) conduit à (1') via (2), et symétriquement (2) conduit à (2') via (1) ?

    L'idée en tout cas parvient au même point qui est que le progrès vers une autre Conscience n'est pas encore accompli. La Conscience ne reconnaît pas encore l'Autre dans son autonomie et dans son altérité. Elle ne projette en l'autre qu'un contradictoire "être-autre qui est le sien".

    Elle cherche encore les traces d'une autre perspective que la sienne mais elle la réduit immédiatement à la sienne et n'a donc pu ni conserver vraiment son autonomie ni encore admettre celle d'un autre point de vue. Ce moment semble donc complètement négatif comme auto-suppression et suppression aussi de l'autre.

    Ce début du mouvement est donc assez long avant de réussir à sortir de soi et parvenir à une rencontre d'un autre sujet. Pour l'instant, la Conscience de soi semble encore être dans une galerie de miroirs et d'illusions, où elle pourchasse sa propre ombre. Elle veut être reconnue mais sans encore reconnaître vraiment l'autre en tant qu'autre.

    *


    Illustration dans Superman III, où le surhumain Kal-El rejette si violemment son masque de Clark Kent, qui est à la fois son "sur-moi" humain et son désir de normalité, qu'ils se dédoublent pour chercher à se battre l'un contre l'autre.

    Vox in Rama audita est ploratus et ululatus





    Les publicités républicaines contre l'ObamaCare n'allaient pas assez loin en disant qu'une couverture médicale élargie exécuteraient vos grands-parents. On passe maintenant à l'Ultime Fléau, la mort de vos premiers-nés. Sarah Palin déclare que c'est le Mal Radical, le grand Moloch tortureur des nouveaux-nés innocents et qu'une réforme demanderait le sang de son enfant trisomique Trig.

    Instrumentaliser ainsi la condition médicale de propre enfant pour alimenter des mensonges hystériques est sans aucun doute une vertu de décence pour certains Républicains.

    Publius fait remarquer qu'il existe pourtant bien en réalité un système qui peut refuser le remboursement de soins pour un enfant trisomique (mais pas à celui de l'ex-Gouverneure de l'Alaska) :


    There are people who weigh whether children like Trig are worthy of insurance.

    They're called insurance companies, and they have decided that these children are not in fact worthy of coverage.

    That's because Down Syndrome is a "pre-existing condition."


    Non seulement Palin ment de manière si absurdement évidente en dénonçant la réforme mais en plus elle ignore délibérément l'injustice du système déjà présent.

    Sullivan cite deux textes sur la droite américaine : un résumé de constantes populistes depuis les Know Nothings et un texte d'historien sur l'Amérique de la Grande Peur. Charles Blow explique comment l'anti-intellectualisme toxique des Hooligans Républicains leur profite face à une apathie trop irénique.

    Hunter parle de l'étonnement devant l'intensité sans précédent de ces mensonges. Tout débat politique engendre de l'idéologie ou de la mauvaise foi, avec un peu de paranoia ou des accusations exagérées, mais dans ce cas précis, on quitte le simple mensonge pour quelque chose qui touche directement à la folie. Que peut-on répondre à quelqu'un qui vous dit que vous voulez en réalité génocider sa famille, ses aïeux et ses enfants ? Tout le débat politique disparaît et il n'y aurait plus qu'une lutte à mort instinctive, une guerre primitive pour la survie. Ce n'est même pas le demos dégénérant dans la populace capricieuse de l'ochlos, c'est déjà une oligarchie tyrannique qui tend à dissoudre tout débat rationnel.

    dimanche 9 août 2009

    Domination et Servitude (2/19)



    Après le paragraphe introductif commence une première partie sur la Conscience de soi dans son "dédoublement" avec ce qu'elle est "pour une autre" (§2-6).



    §2 Il y a pour la Conscience de soi une autre Conscience de soi ; elle est parvenue hors d'elle-même.
    Ceci a pour signification double que :
    (1) elle s'est perdue elle-même puisqu'elle se trouve comme étant une autre essence ;
    (2) elle a par là même aboli l'autre, puisqu'elle ne voit pas non plus l'autre comme essence, mais se voit elle-même dans l'autre.


    Ce bref paragraphe commence à développer la contradiction annoncée.

    Pour reprendre deux Grands Genres de l'Être selon Platon, la Conscience de soi est à la fois le Même et l'Autre (note de Jean Hyppolite, tome I, p. 156), et elle échoue à la fois à être elle-même ou autre qu'elle-même.

    Je ne peux me connaître comme un sujet qu'en sortant de mon attitude immédiate et en me prenant moi-même comme un objet mais alors je ne me saisis pas comme le sujet de cette action ou bien je dépasse et absorbe cet autre point de vue en le ramenant à moi. Nul ne peut "se trouver" sans "se perdre", mais je nie l'autre en tant qu'autre quand je n'y vois que le reflet de moi-même.

    Hegel utilise une métaphore de l'extérieur, du dehors, qui se veut une mise à distance entre ce qu'est l'être conscient et l'essence qu'il ne peut trouver qu'en dehors de lui. Il a fait de ce terme d'être pour un autre une sorte de catégorie logique : l'être en soi doit passer à l'être pour un autre pour s'accomplir. Je ne puis devenir ce que je suis vraiment qu'en prenant compte aussi de ce que je suis pour un autre.

    Dans les chapitres précédents, la Conscience sensible et théorique était certes déjà conscience de ce qui est "extérieur". L'entendement théorique avait même commencé à opposer l'extérieur des apparences à "l'intérieur" de l'essence des choses (chapitre III). Et Hegel avait critiqué (contre l'idée kantienne de la Chose en soi) cet "intérieur" suprasensible comme inconnaissable et inaccessible.

    Mais ici c'est l'intérieur du sujet qui doit être dépassé en "sortant" de soi. L'image de l'extériorité sert à insister sur un mouvement. La Conscience de soi n'est pas un état ou un écran où serait projetée une image, elle est un processus qui échappe à une caractérisation par des choses bien distinctes.

    On n'a peut-être pas encore une vraie rencontre concrète ici, malgré ce Désir de sortir de soi-même. Je ne vois encore l'autre que comme un autre moi. Mais il y a déjà une relation et une dynamique qui est un rapport de force. Je m'affirme dans mon auto-suffisance en niant celle d'une autre conscience et j'ai pourtant besoin de cette autre conscience que je prétends abolir.

    Je crois que le terme "essence" ici peut s'entendre en un sens simple comme "entité" (Wesen désignant en allemand aussi un "être" au sens de quelque existant, et non pas seulement sa "définition"). L'être brut est le fait d'être alors que l'essence en est la détermination ou la réflexion dans la Science de la logique de Hegel : ce que je suis et pas seulement le fait que je suis.

    La Conscience se retrouve dans une "essence" autre mais refuse aussi à l'autre son "essence" séparée. L'essence se distingue du mot "être" par cela que c'est un étant "déterminé", quelqu'un avec une identité (même si elle est contradictoire) et non pas "n'importe qui".

    Alexandre Kojève résumait ce début du texte ainsi (Introduction à la lecture de Hegel, Cours de 1933-1934, p. 51) :
      « 1er stade : Être par et pour un Autre (être négatif)
      L'Être-pour-Soi nie les Autres ; mais être pour Soi, c'est être aussi pour les Autres. Donc il se nie lui-même en niant l'Autre. »

    Note de traduction (j'essayerai de les éviter, il y en a trop dans les exégèses de Hegel)
    Hyppolite avait lu la première phrase légèrement différemment :
    "Pour la conscience de soi, il y a une autre conscience de soi. Celle-ci [l'autre conscience] se présente comme venant de l'extérieur". Cela ne change pas grand-chose.

    samedi 8 août 2009

    Domination et Servitude (1/19)



    Je vais essayer de suivre assez brièvement le passage le plus célèbre de Hegel, la Figure dialectique du Maître et de l'Esclave (Phénoménologie de l'Esprit, Chapitre IV La vérité de la certitude de soi, A Autonomie et Dépendance de la Conscience de soi, p. 114-128). Le texte est composé de 19 paragraphes et nous en lirons un par jour.

    Le texte s'insère dans la Phénoménologie de l'Esprit, 1807, étude des diverses apparences et manifestations (les "Figures") de l'Esprit, depuis les premières formes de processus sensoriels jusqu'à l'idée du "savoir absolu" au chapitre VIII. Le texte arrive après le basculement de la Conscience externe (Sensation, Perception, Entendement) à la Conscience de soi-même, par l'intermédiaire de la Conscience d'autrui.

    Le texte est célèbre non seulement parce qu'il fonde en partie la théorie de Marx selon laquelle le Travail est l'essence de l'être humain mais aussi parce qu'il ouvre le célèbre commentaire qu'en fit Alexandre Kojève en 1933-1939 à l'EPHE, qui influença toute la vie intellectuelle française du XXe siècle, de l'existentialisme de Sartre à la psychanalyse lacanienne ou l'anthropologie de Georges Bataille ou de René Girard.

    Depuis Kojève, il y a eu de nombreux autres commentaires linéaires en français, dont celui de Gwendolyn Jarczyk et Pierre-Jean Labarrière, Les premiers combats de la reconnaissance, Aubier, 1987, et récemment Olivier Tinland, Maîtrise et servitude. Phénoménologie de l'esprit, B, IV, A, Ellipses, 2003.

    Je citerai à partir de la traduction de Jean-Pierre Lefebvre (Aubier, 1991), plus que celle de Jean Hyppolite (Aubier, 1941). Mais le terme central de aufheben pose des problèmes impossibles à résoudre. Hyppolite traduit "supprimer" et Lefebvre "abolir", ce qui est le plus proche du sens habituel allemand. Jarczyk et Labarrière ont décidé d'introduire du jargon avec "sursumer". Certains utilisent "dépasser", qui rend mieux compte du fait que la "suppression" implique aussi "conservation" ou absorption. Et Derrida avait proposé l'assez réussi "relever" (au sens de "prendre la relève"), même si c'est un jeu de mot sur le sens concret du verbe (qui peut vouloir dire aussi "soulever").



    §1 La Conscience de soi est en soi et pour soi, en ce que et par le fait qu'elle est en soi et pour soi pour un autre, c'est-à-dire qu'elle n'est qu'en tant que quelque chose de reconnu.
    Le concept de cette sienne unité qu'elle a dans son redoublement, de l'infinité qui se réalise dans la Conscience de soi, est un entrecroisement aux multiples aspects et avec des sens multiples, ainsi fait que pour une part les moments qui le constituent doivent être rigoureusement tenus à distance les uns des autres, et que par ailleurs ils doivent aussi en même temps être pris dans cette différenciation même et être reconnus comme n'étant pas différenciés, ou toujours dans leur signification opposée.
    Le double sens de ce qui est différencié tient à l'essence de la conscience de soi, qui est d'être infiniment, ou immédiatement, le contraire de l'état déterminé dans lequel elle est posée.
    L'explicitation du concept de cette unité spirituelle dans son redoublement nous exposera le mouvement de la reconnaissance.


    Ce premier paragraphe introductif récapitule un mouvement précédent sur la Conscience de soi et pose la question de la Reconnaissance.

    La Conscience externe (sensation et connaissance théorique de l'environnement) n'était pas encore Conscience en soi, tant qu'elle n'avait pas pris conscience d'elle-même (être pour soi). Elle n'accède ici à cet être en soi et pour soi qu'en prenant aussi conscience d'une autre conscience et en cherchant à être reconnue par cette autre conscience.

    La Conscience de soi est le cas où le sujet connaissant et l'objet coïncident mais cette unité n'est pas évidente car le sujet se divise donc en lui-même entre sujet et objet-pour-soi.

    Hegel avait appelé dans les pages précédentes ce dédoublement paradoxal la figure de "l'Infinité", parce que c'est un cercle qui peut se redoubler à l'infini. Cette Infinité est le mouvement entre l'être vivant inconscient de soi (le soi en tant qu'animal vivant) et l'être conscient qui affirme son autonomie vis-à-vis de ce qui n'est pas lui. En un sens, cela résume bien toute l'opposition entre la simple Vie (animale) et la Liberté (humaine) qui va faire la dialectique ensuite ("La Liberté ou la Mort ! Plutôt Mourir que Servir !").

    La Conscience de soi était définie au début du chapitre IV comme Désir. C'est le Désir conscient qu'une autre Conscience la reconnaisse. La Conscience de soi est à la fois et de manière contradictoire une auto-suffisance et un désir de la conscience de l'autre. D'où cette "unité contradictoire" : la Conscience de soi sépare le Sujet et l'Objet et elle est en même temps la coïncidence du Sujet et de l'Objet ; elle est séparation de Soi et de l'Alter Ego et elle ne peut s'affirmer comme Soi que par l'intermédiaire de l'Alter Ego qui peut la reconnaître.

    Ce passage semble jouer sur les mots dans son paradoxe mais c'est en fait une reprise du thème majeur de la "Logique" que Hegel prétend mettre au-dessus de la logique standard, la logique analytique de l'entendement. Il y a en un certain sens identité de l'identité et de la différence, et pourtant cette expression semble absurde. Il faut admettre cette formulation pour pouvoir progresser dans ce texte. Je ne suis pas l'autre mais en un sens l'autre, qui veut aussi être reconnu par moi pour qui je suis son autre, est aussi moi. Je suis moi en tant que distinction et identification en nous. Le Moi n'est pas constitué par le simple "choc" avec le Non-Moi mais par une lutte et un balancement en retour entre le Moi et le Non-Moi.

    Un être (chose, animal, enfant) qui ne serait pas conscient de soi n'est que ce qu'il est et rien de plus. La définition de la Conscience de soi est qu'elle est contradictoire, qu'elle est par essence le contraire de ce qu'elle est en soi.

    La dernière phrase annonce tout un mouvement de la reconnaissance. Il faut réussir à tenir ensemble et à séparer des propriétés contradictoires de la Conscience de soi (être soi et être autre). Mais contrairement à un autre concept où on peut analyser et bien opposer les parties, ici chaque aspect et moment s'intègre dans une unité contradictoire qui est la vie totale de l'esprit (qu'il appelait quelques lignes au-dessus "cette substance absolue", "cette unité des consciences de soi diverses", "un Moi qui est un Nous et un Nous qui est un Moi").

    *


    L'illustration plus haut représente Narcisse et Echo. Il était dit (dans la version d'Ovide) que Narcisse, fils du Fleuve Céphise, pourrait vivre longtemps "à condition qu'il ne se connaisse pas lui-même". La Vie s'oppose donc à la réflexivité de la Conscience de soi.
    Narcisse rencontra la nymphe des montagnes Echo, qui le désirait infiniment, et il demanda "Qui ?" Echo ne put que répondre en lui renvoyant le reflet de ses paroles "Qui ?", en se dissimulant de lui. Lorsqu'il la reconnut enfin, il la rejeta, niant son altérité.
    Le fils du Fleuve trouva alors son reflet dans l'eau, et tomba alors dans le même désir sans réciprocité pour sa propre image de lui-même. Il dut encore demander "Qui ?" à l'infini devant cette reduplication impossible à saisir, "Qui est cet être qui est moi sans l'être, si proche de moi-même et si infiniment inaccessible ?".

    Avec ces deux figures du Même (Narcisse saisi par son identité vue comme un autre, Echo prisonnière de la répétition d'autrui), ce sont deux cas où la rencontre avec autrui a échoué, pour des raisons opposées. Mais l'identité pose à chaque fois un Tiers : il y a un triangle entre Narcisse, son reflet et Echo. Narcisse ne prend conscience qu'il ne désire que lui que parce qu'il sait qu'il est désiré par Echo sans la désirer en retour. Et Echo veut maudire et nier Narcisse parce qu'il lui préfère son reflet.

    jeudi 6 août 2009

    Senicide



    Heureusement que le Parti oligarchique et les assurances santé sont là pour expliquer au peuple américain qu'un plan santé avec un peu plus d'intervention de l'Etat est en fait un plan pour exécuter vos grands-parents.



    Et comme le dit Jon Stewart, l'argument le plus idiot est aussi le plus invincible, et Obama ne peut le contrer en le ridiculisant.

    Bien sûr, ce sont les retraités, qui sont déjà couverts par le Medicare depuis 1965, qui sont les premiers à s'opposer à une extension de la couverture médicale aux personnes non-assurées (un peu comme nos retraités qui étaient la majorité qui voulaient que les autres "travaillent plus pour gagner plus"). C'est un bon argument contre les réformes graduelles car si les retraités n'avaient pas déjà eu Medicare, une réforme globale serait peut-être passée plus facilement.

    La popularité de ces plans de réforme (ou du moins des rumeurs ou de l'image associée aux plans actuels) serait en train de baisser très vite et on peut penser qu'Obama et les Démocrates se résigneront à une avancée minimale (plus de droit à retirer la couverture en cas de découverte de "conditions préexistantes").

    Un des arguments que j'aime bien chez les Démocrates de droite ("Blue Dogs") est qu'il ne faut pas aller trop vite. Les autres pays industrialisés l'ont fait en 1945-1965. Comme le dit Jonathan Alter :

    We've only been debating it for 97 years, since Theodore Roosevelt put national health insurance in the Bull Moose Party platform of 1912.


    Il est urgent de se donner un autre petit siècle de réflexion.

    Valediction




     As virtuous men pass mildly away,
         And whisper to their souls to go,
     Whilst some of their sad friends do say,
         "Now his breath goes," and some say, "No."

     So let us melt, and make no noise,
         No tear-floods, nor sigh-tempests move.

    Veille





    Au chevet d'un être humain en train de mourir, au-delà de l'impuissance absolue, de la mesure de chaque souffle et de la compassion, il y a aussi une culpabilité insidieuse. On en veut vite à la mort et à la douleur de confondre nos sentiments de manière si trouble qu'on en vient à souhaiter une mort plus hâtive et qu'on se déteste en même temps de ne pas savoir si on la souhaite vraiment seulement pour le bien du patient et non pas par égoïsme, pour ne plus être témoin de cette peine. C'est là une victoire de la mort, qu'elle puisse être si crainte et si désirée.

    mercredi 29 juillet 2009

    Nostalgie



    Un des premiers messages de blogs que j'aie jamais lus devait être Josh Marshall en 2001 (en le relisant, je vois qu'à l'époque il disait encore du bien de Joe Lieberman et même de Jonah Goldberg (!)).

    Et j'y ai enfin retrouvé un vieil article du WSJ de février 2001 où l'archi-conservateur britannique Tunku Varadjaran dit, très sérieusement, que la supériorité naturelle de George W. Bush prouve l'intérêt d'un régime aristocratique (cela fait 8 ans que je le recherchais).

    Some readers might find my use of the word "breeding" old-fashioned, but I fear there is no substitute. The Bushes have impeccable political breeding. Mr. Clinton has none. He is a political parvenu; a sparkling man, no doubt, and a man of vast intelligence, but he has no personal institutional memory. Consequently, his lack of respect for institutions--for his own office--came to be more pronounced. He wasn't to the manor born, so the manor became to him a source not of comfort, or of calm, or of a sense of service, but one of glee and fantasy and vainglory. And these sentiments--this unseemly sense of having "made it big," of having hit the jackpot--spread like a rash to his wife, to his siblings, to his wife's siblings, to his underlings, her underlings, their underlings.

    Mr. Bush, for all the dire warnings we were given about his intellect and about the irreparable harm of a court-ordered victory, has slipped so smoothly into his role as president as to suggest that high office runs in his blood. I detect, I think, the purr of an atavistic motor. I detect the workings of a man who is at peace with power, and with the stewardship of a nation. Mr. Bush is at ease at the pinnacle, just as he was at ease, earlier, with the inevitability of his rise.

    Contrast Mr. Bush's comfort in office with Mr. Clinton's luxuriation in it. This difference reveals the greatest paradox, as well as the greatest difference between the two men. Mr. Clinton, who took office the "hard way," had, from the start, a bursting sense of entitlement. From Mr. Bush's privilege, by contrast, flows a sense of sober authority, of a circumscribed trusteeship.

    Whom would you rather have as president? The privileged man, or the entitled one?


    Je crois que c'est le sommet de l'humour involontaire dans la stupidité burkienne.

    Il faut la candeur réactionnaire du WSJ pour défendre l'idéologie des Castes héréditaires. On croirait une satire tirée de the Onion, un peu commme celle-là.

    Pour voir dans le sens inverse, un journaliste de NBC se plaint en ce moment qu'Obama est ennuyeux car il est connaît trop bien le dossier du Health Care.

    Et ces tarés de Newsweek aiment tant la Présidence Bush qu'ils préconisent qu'Obama nomme Bush Emissaire spécial au Proche-Orient pour négocier le processus de paix. C'est vrai que Bush y a montré tant d'efficacité.

    Diverses Geekeries



  • J'apprends, via le Grog, que François Nédelec (1954-2009) est décédé le mois dernier. Nédélec fut le créateur du premier jeu de science fiction français, Empire Galactique (1984), et d'autres jeux comme Avant Charlemagne.

    Empire Galactique était très inspiré de Traveller mais la première édition avait le défaut d'être moins complète (sans règle pour les vaisseaux avant la parution de l'Encyclopedie Galactique en 1987 (avec d'excellentes idées par Pierre Zaplotny). L'univers se voulait assez générique mais en fait avait des présupposés qui me semblaient plus proche de Dune ou de L'Incal, avec ses Guildes de Prêtres psi ou de Technoborgs (plus tard, cette bd a eu son propre jeu de rôle avec Metabarons).

    Nédélec fut un auteur important et j'aime beaucoup Empire Galactique (surtout à cause d'une très bonne campagne par Pierre Zaplotny dans le supplément Frontières de l'Empire), mais Nédélec avait un fétichisme des symbologies bizarres et trop abstraites (qu'on retrouve en partie dans Simulacres de Pierre Rosenthal). Il me semblait souvent sacrifier un système intuitif au nom de la symétrie d'un tableau, un peu comme certaines déductions selon le tableau des catégories chez Kant.

  • J'ai le défaut de souvent chercher des précurseurs ou des généalogies de thèmes en sf et fantasy. Cela fait que, comme de nombreux fans de littératures d'idées, je considère plus l'originalité d'un thème que la qualité de son traitement.

    Je défendais souvent le cycle (justement critiqué) Wheel of Time (1990) de Robert Jordan en disant que même si c'était (1) trop plagié de Tolkien (avec des touches de Frank Herbert pour les Aiels), (2) allongé de manière commerciale et trop répétitif, il y avait quand même une thématique qui me paraissait originale et qui était le rapport entre les sexes.

    Wheel of Time
    = Tolkien + Genders.

    En effet, dans cet univers, la magie varie selon que l'on est Homme ou Femme et la magie masculine a été corrompue, rendant ses pratiquants fous, ce qui fait que la magie devient un monopole féminin. Cela surdétermine tous les rapports entre personnages et la question sexuelle s'ajoute donc aux autres questions sur les pouvoirs.

    Mais dès Witch World (1963), l'écrivaine André Norton (1912-2005) avait créé tout un cycle populaire sur ce thème, avec un univers où la magie est aussi pensée être un monopole des Sorcières (jusqu'à l'arrivée du héros).

    Dès 1943, Fritz Leiber avait d'ailleurs écrit son premier roman fantastique, Conjure Wife (tr. fr. Ballet de Sorcières) sur une idée plus originale que non seulement seules les femmes pouvaient être sorcières mais que toutes les femmes l'étaient en secret.

  • De même, l'idée d'une Source particulière de la magie représentée par une sorte de "conduit" concrétisé apparaît par exemple dans ce qu'on appelle l'Orbe dans le cycle des romans Vlad Táltos de Steven K. Zoltán Brust (depuis 1982).

    (Cela a dû aussi influencer les Warrens ou tunnels des diverses magies dans la fantasy sombre de Steven Erikson.)

    Les romans de Brust - qui font souvent référence aux jeux de rôle - semblent chercher délibérément à inverser certains clichés de la fantasy (de même qu'on dit que Michael Moorcock a inversé Conan en créant Elric en 1961).

    Au lieu d'avoir des humains dominants et de nobles Elfes déclinants, le monde de Dragaera est dominé par des Elfes arrogants et inhumains, qui représentent l'aristocratie alors que les humains sont le prolétariat. Le "héros", Vlad Táltos, est un mage-assassin cynique (au ton imité des détectives privés de romans noirs) qui sert les Maisons des Elfes les unes contre les autres.

    Brust est lui-même marxiste (comme d'autres auteurs de sf comme Eric Flint ou China Miéville) mais son héros Vlad est un outil ironique de distanciation brechtienne, parasite de mauvaise foi d'un système qu'il juge impossible à réformer et dont il s'agit seulement de profiter.

    Vlad Táltos le mage-assassin, tout en culpabilisant un peu sur sa profession, ne cesse de se moquer des idées même de Révolution, notamment dans le 3e roman Teckla. Mais dans un monde magique (avec des Cycles répétitifs et des oracles), la supériorité des Classes dominantes des Dragaerans n'est pas qu'idéologique et repose sur des "lois d'airain" qui échappent en partie au déterminisme matérialiste de l'économie... Mais bien sûr, on passe des clichés de la fantasy à ceux du roman noir (avec la Femme Fatale ou le détective Bourru mais qui cache un coeur d'or).

    Steven Brust incorpore des éléments divers dans le cycle, parfois des gags et clins d'oeil ou des allusions à sa propre famille d'origine hongroise (le magyar étant la langue de Vlad, d'où son nom qui est celui des shamans hongrois). Il est en train d'étudier l'oeuvre d'Adam Smith (voir sur son blog) et on peut donc se demander si cela va influencer le 12e volume de Táltos à paraître.