dimanche 9 janvier 2011

Un méta-jeu pour méta-humains

La vague actuelle des jeux de superhéros est de ne plus seulement simuler ce qui serait raconté dans les comics mais aussi les conventions autour du genre lui-même. C'est pourquoi j'aime beaucoup ce système aléatoire gratuit de création de superhéros, par Zak, pour déterminer non pas seulement ce que serait le personnage dans le récit mais ce qui serait arrivé dans la "réalité" où ses aventures seraient écrites - on le génère donc de manière bi-dimensionnelle, sur deux mondes possibles à la fois, le monde intra-diégétique et un monde qui serait un homologue de notre monde actuel, comme DC Comics distinguait "Terre-1" où se déroulaient la plupart des histoires et "Terre-Prime" qui était censée être le double normal de notre monde qui pouvait interagir avec le monde fictif.

Par exemple, un des avantages qu'on peut acquérir et qui doit être convoité est "avoir été repris par un créateur britannique comme Alan Moore ou Grant Morrison", ce qui doit assurer plus de longévité et éviter que votre série soit arrêtée.

On a donc une méta-fiction particulière puisqu'une des conséquences est qu'un personnage peut savoir qu'il est un personnage fictif - comme les héros modernes, Animal Man, Howard the Duck ou She-Hulk qui brisent le Quatrième Mur, et comme d'auvres héros d'oeuvres métafictives.

vendredi 7 janvier 2011

Rémission des fautes



Une recension d'un des derniers machins de Jean-Luc Marion par F. Cova, et qui ne peut qu'être meilleure que l'ouvrage d'origine.

J'aime notamment beaucoup ce sottisier où il critique un des sophismes de Marion (1 Le Don échappe à la simple réciprocité égale 2 Or la logique classique est fondée sur le principe d'identité qui suppose que toute chose est égale à elle-même 3 donc le Don est inconcevable de manière logique) et donne un second exemple encore plus parlant :

C’est de la même façon que les sans-papiers, par leur seule existence, violent eux aussi le principe d’identité. Et en voici la savante démonstration : “être, pour tout étant, implique qu’il soit identique à soi, corresponde à son essence et ne la contredise pas ou, ce qui revient au même, ne se contredise pas. Le sans-papiers contredit son essence, en se montrant incapable de la décliner, de la restituer.” (Marion, p. 60) Autrement dit : les sans-papiers n’ont pas d’identité (civile), ils violent donc le principe d’identité. CQFD, et ne laissons pas les rabat-joie nous dire que “identité” a dans les deux cas des sens complètement différents.

J'ai mis du temps à admettre que c'était bien une citation (même si je n'ai pas le livre) et pas une sorte de plaisanterie.

Cela dit, cela me déprime aussi un peu, je ne sais pas pourquoi.

Parce que Jean-Luc Marion a (ou du moins a pu avoir) une telle autorité symbolique dans le champ philosophique français ? Parce que la philosophie paraît parfois vaine quand elle ne permet pas d'éviter des paralogismes aussi grossiers ?

A partir de quand la philosophie se met-elle à quitter le domaine de la spéculation audacieuse pour tomber dans le n'importe quoi ? A partir de quand passe-t-on des paradoxes ethnologiques fascinants de Mauss sur le Don (peut-on donner sans revenir en fait à une économie de l'échange qui est censé être la négation du Don ?) à ce confusionnisme où la difficulté du Pardon est commentée (depuis Derrida) comme "la condition de possibilité de l'impossible" ou de manière théologique comme la continuation d'une Donation première par un Donateur originaire au-delà de tout étant...

En revanche, je ne suis pas convaincu par l'objection 2 selon laquelle le défaut principal est un "cadre kantien simpliste". Kant, même dans une version scolaire, ne me paraît pas coupable de ce que Marion dit à propos de l'événement et la causalité. Le problème est que par définition l'Evénement chez Marion (comme souvent en philosophie continentale) est le contraire d'un événement au sens commun, puisqu'il est soustrait à la causalité, qu'il doit s'agir de quelque chose que Hume caractériserait plutôt comme le miraculeux, j'imagine, comme l'Incarnation.

Il y a quelques années, j'avais vu une conférence de Marion sur le Temps qui m'avait fait vraiment rire. Il défendait l'Eucharistie catholique en projetant la distinction heideggerienne entre "ontique" (qui concerne un étant - boo!) et "ontologique" (qui concerne l'être de l'étant - f*ck yeah!). Dire que l'hostie n'est que symboliquement du pain serait rester dans une temporalité inauthentique et ontique alors que ce n'est que par le Mystère de la Transsubstantiation qu'on dépasse le rapport entre les étants pour passer à une compréhension ontologique du Temps (qui n'est pas alors traité comme un étant). J'ai du mal à imaginer une parodie (et je comprendrais en fait que vous ne me croyiez pas, il y a une sorte de Loi de Poe pour ce genre d'argument).

Dans un récent Philosophie magazine, la phénoménologue Françoise Dastur dit (en reprenant en gros Merleau-Ponty) que Cézanne est supérieur à Monet parce que Monet est resté du côté d'un atomisme subjectif à la Hume (les impressions comme des sortes de sense data trop empiriques) alors que Cézanne peint l'être sauvage du monde au-delà même du sujet et de l'objet. Là aussi, comme souvent dans l'arbitraire phénoménologique, c'est une manière qui me semble peu intéressante de mobiliser des distinctions philosophiques pour justifier ses propres préférences.

jeudi 6 janvier 2011

Re.: Gop, Pas Gop



Jon Stewart est revenu sur ce "débat" consensuel mentionné l'autre jour pour diriger le GOP :

The Daily Show With Jon StewartMon - Thurs 11p / 10c
Top of the GOPs
www.thedailyshow.com

Steele nous manquera vraiment.

Le partenaire de l'UMP, autoritaire ou totalitaire ?



Cet article d'un correspondant à Beijing me paraît assez décevant dans son manque de précision sur le Parti communiste chinois. Il prétend démystifier et finalement arrive à des banalités un peu contradictoires.

Il commence par dire que nous avons tort de dire que la Chine n'est plus orthodoxe léniniste et rétorque que le PCC croit toujours à son idéologie. Mais il passe aussitôt à des critères comme le pouvoir de l'Armée populaire de libération (un Etat dans l'Etat qui contrôle des industries entières) et qu'il y a communisme notamment parce que l'APL reste un bras armé du PCC et non pas de l'Etat (ce qui rend possible que le Parti soit toujours identique à l'Etat).

Puis il dit que nous avons tort à l'inverse de croire que le régime est toujours "totalitaire", il n'est qu'autoritaire et laisse une impression d'initiative à la société tant qu'elle ne se soucie pas de politique réelle. Après tout, il y a depuis le début un "multipartisme" fantoche et même 8 Partis autorisés dans le Front Uni alors que le PCC n'a "que" 70% des sièges à l'Assemblée nationale des Représentants du Peuple.

Puis il dit que le Parti contrôle bien toute la propagande et les sources d'information et que l'Internet chinois est plus empli de Nationalistes zélés que de dissidents et la Chine n'a pas vu apparaître une vraie opposition intérieure (en dehors de quelques campagnes arriérées ou d'ethnies des frontières) ou une classe moyenne qui pourrait soutenir des réformes démocratiques libérales au sens politique (et de toute manière ajoute l'auteur, la démocratie n'est jamais arrivée en Asie que lorsque les Américains ont contraint les Asiatiques à l'accepter comme au Japon - il me semble pourtant que les Américains étaient relarivement peu actifs derrière la démocratisation en Corée du Sud et à Taiwan).

Mais on ne sait trop quelle leçon tirer de l'analyse qui semble dire tout et son contraire, car le critère même du "totalitarisme" demeure vague sur le rapport entre politique et économie.

La notion de Léninisme de Marché orthodoxe demanderait aussi d'être précisée (la NEP n'était censée être que temporaire, contrairement aux Modernisations depuis Deng Xiaoping). La Chine a un discours communiste toujours "strict" et un PC qui contrôle toute la politique mais admet une classe de propriétaires néo-bourgeois tant qu'ils ne veulent pas remettre en cause l'hégémonie politique.

Le prochain Secrétaire-général du PCC et actuel Vice-Président, Xí Jìnpíng, qui doit succéder à Hu Jintao en 2012 (décidément), est considéré comme plus "conservateur" que le Secrétaire et Président actuel au sens où il se méfierait plus de compromis politiques qui risquerait de reconduire à une nouvelle crise comme en 1989. Il insiste sur sa fidélité absolue au Canon Maoïste et à la nécessité de maintenir l'intégrité de cet endoctrinement mais les dignitaires occidentaux ne cessent tous de louer son "pragmatisme". Il est toujours soutenu par l'ex-Président Jiāng Zémín (qui a quitté le pouvoir en 2003).

De même que l'URSS avait parfois un ersatz de politique, malgré la dictature, dans la lutte interne entre PCUS et les Jeunesses des Komsomols (qui présentaient des candidats séparés), le "jeune" Xí Jìnpíng (né en 1953) s'oppose à présent aux Tuanpai (la faction de la Ligue de la Jeunesse communiste) qui est considérée comme particulièrement proche de Hu Jintao qui la dirigeait au milieu des années 80. L'opposition n'est pas vraiment l'âge mais les appuis dans le Parti, Xí Jìnpíng étant issu d'un cadre du Parti, dans la nouvelle "aristocratie" de ceux qu'on appelle les Princes Royaux du Parti, alors que Hu et sa faction de la Ligue de la Jeunesse seraient souvent d'origine plus modeste hors du Parti (le père de Hu Jintao était pauvre et fut dénoncé sous le Maoïsme pendant la Révolution culturelle).

Xí Jìnpíng commence à accuser certains membres de la Ligue de la Jeunesse communiste d'être corrompus dans les Provinces et d'avoir eu des liens avec les Triades, ce qui est un angle pour annoncer une éventuelle Purge. Il essaye d'assurer son contrôle de l'Armée et soigne son image. Il est maintenant marié (comme d'autres Présidents de la République) à une chanteuse populaire célèbre. Il s'agit de la Générale de l'APL Péng Lìyuán (on peut la voir chanter en uniforme). Décidément, après l'actrice d'opéra Jiang Qing, dernière épouse de Mao, les dirigeants communistes aiment la scène.

Fétichisme constitutionnel


Nos amis, les brillants nouveaux élus Républicains sont arrivés et ils vont commencer les réjouissances, comme lancer des commissions d'enquête sur Obama avec Darrell Issa, représentant de Californie, ou bien faire semblant de repousser l'Affordable Care Act, rebaptisé "Job-Killing Health Care Law", même si cela ne passera pas ensuite au Sénat.

Bob Goodlatte n'est pas un nouvel élu mais il a un nom infortuné pour un Républicain comme le café latte est censé être le symbole des élites mondialisées athées socialistes des deux Côtes. C'est sans doute pourquoi ce représentant de Virginie, qui joue à prétendre qu'il ignore où est vraiment né Obama (il a déposé un projet exigeant que les candidats rendent public leur certificat de naissance intégral), a aussi proposé de commencer la législature du 112e Congrès des Etats-Unis par une lecture complète à voix haute de toute la Constitution américaine en séance.

Cela devrait montrer au TEA Party que les Républicains ont la preuve dans un des articles (c'est... heu... quelque part vers la fin) que les Pères Fondateurs s'ils revenaient à l'état de zombies voteraient à l'unanimité contre toute couverture universelle.

Un Député d'une République a assurément raison d'inventer un nouveau rituel formaliste pour dire qu'il suivra les Lois, ou même qu'il croit ainsi impliquer que ses collègues et prédécesseurs ne connaissaient pas ces Lois. La Constitution était un garde-fou précaire contre le despotisme des majorités, elle devient une sorte de prétexte religieux pour justifier n'importe quelle démagogie.

Bien sûr, la plupart des Démocrates n'ont pas osé critiquer le geste ridicule, de crainte que leur objection soit ensuite citée hors contexte comme une opposition au Texte sacré (la Constitution précise d'ailleurs qu'ils auraient alors été lapidés pour blasphème, je crois). Ils ont donc demandé à partager la lecture des articles avec les Républicains en suivant l'initiave de Goodlatte.

Mais ensuite, tout a été encore plus ridicule.

Les Républicains, en héritiers si oublieux de Lincoln, se sont soudain rappelés de tous les articles de leur Texte Sacré qui sont délibérément esclavagistes (Article 1, Section 2, § 3 : chaque individu esclave comptera comme 3/5e d'être humain pour déterminer la population d'un Etat). Ils ont donc décidé de ne pas les lire, en retirant tout ce qui avait été modifié par la suite. Il ne s'agirait pas de laisser trop montrer à quel point ce texte du XVIIIe siècle a pu avoir quelques imperfections historiques et a eu besoin d'amendements. Ils ne sont "Originalistes" que lorsque cela leur convient.

Ensuite, Steve King, Représentant d'Iowa, a proposé une loi sur l'immigration mettant fin au Droit du Sol. Ce n'est sans doute qu'un détail si la loi est clairement anticonstitutionnelle puisque elle contredit directement un principe fondamental depuis le 14e Amendement (qui abolissait l'esclavage et accordait la citoyenneté à toute personne née sur le territoire américain). Ce sont des intégristes de la Constitution, sauf les parties qui les dérangent (il est vrai que c'est souvent le cas aussi des prétendus "fondamentalistes").

Enfin, lorsqu'un député (démocrate) parvint à lire l'Article II, Section 2 sur le fait qu'un Président devra être né aux USA, une invitée, folle du mouvement Birther qui nie la nationalité américaine d'Obama s'exclama publiquement : "Sauf Obama, sauf Obama, puisse Jésus venir à notre secours !". Elle fut sortie de la salle par le président de séance.

Après Joe Wilson (représentant républicain de la Caroline du Sud) qui avait hurlé au Congrès en plein Discours de l'Union qu'Obama était "un menteur" quand celui-ci disait que sa réforme de la santé ne toucherait pas les immigrés clandestins, la question de la nationalité concentre les hystéries américaines.

Add. On peut jouer aussi avec ce gadget du Washington Post pour visualiser quelques étapes du Texte Sacré.

Et ce site révèle ce que les Républicains vont lire à voix haute ensuite.

Les retours de Villains & Vigilantes


  • Rappel
    Cf. la (longue) description de Villains and Vigilantes dans la série sur les jeux de rôle de superhéros en 2009.

    TL;DR : La grande différence entre V&V et la plupart des autres jeux de rôle de superhéros est que V&V créait le personnage entièrement de manière aléatoire, en tirant les superpouvoirs.

    Dans V&V, on crée un personnage (qui est censé être son propre double sur la Terre parallèle de V&V) et on "découvre" ensuite ses pouvoirs sans les avoir vraiment choisis (même si en fait, il y a un peu de latitude pour interpréter et rendre cohérent le résultat du hasard), alors que dans la plupart des jeux issus du modèle de Champions, on doit partir d'un concept préalable et ensuite "construire" un personnage qui s'approche de ce concept (en répartissant divers points pour acheter des capacités qui simulent les pouvoirs que l'on désire).

    V&V plonge le joueur dans la position du personnage dans le monde, comme un mutant qui reçoit ou subit ses pouvoirs comme un "fait". Champions a fait le pas nouveau de mettre le joueur en "co-metteur en scène" ou "co-scénariste" en vous faisant sélectionner et détailler les paramètres de ce que vous voulez jouer. La création de personnage dans V&V est un jeu en soi, un jeu arbitraire qui peut amuser par ses surprises (vous pouvez tomber sur un concept que vous n'auriez pas imaginé) mais la création dans Champions ressemble plus au character design fait avant d'inventer des histoires. Il faudra un autre jour raconter comment toute la tradition des jeux de superhéros est surtout partie de Champions pour arriver à faire des joueurs des co-metteurs en scène, bien avant que d'autres jeux n'introduisent explicitement le concept de contrôle collectif de la scène (on peut penser à With Great Power, un jeu indépendant où les joueurs sont successivement des éditeurs de l'histoire et non pas seulement un des personnages).

    C'est le système et la philosophie de Champions qui l'a emporté, et de loin, même si la lignée de V&V existe toujours (notamment dans Heroes Unlimited, qui est une sorte de V&V encore bien plus détaillé). Je préfère, comme tout le courant "moderne", ce système de génération par "construction" mais V&V a aussi un certain charme absurde propre à tous les jeux Old-School, ce parfum gygaxien des tables de rencontre aléatoire qui demande d'improviser des explications ou des rationalisations à partir des combinaisons de coups de la fortune.

  • Résurrections

    Depuis 1979, V&V était la propriété de la compagnie zombie FGU de Scott Bizar, qui ne veut pas laisser partir ses créations même si elle n'a plus d'argent pour vraiment les développer. FGU continue même 30 ans après à vendre V&V (2e édition), des PDF de ses vieux suppléments (et ils ont même quelques nouveaux suppléments !). V&V a en effet de nombreux scénarios et recueils de PNJs (le seul jeu de FGU d'ailleurs à avoir eu autant d'extensions).

    Mais l'une des qualités de V&V vient notamment du fait que c'est un jeu qui a depuis longtemps attiré des dessinateurs, dont certains sont devenus professionnels dans les comics (par exemple Bill Willingham - qui fut dessinateur avant de devenir scénariste - ou Patrick Zircher) et qui a été co-créé d'ailleurs par un artiste, le très sympathique Jeff Dee. Dee n'avait jamais complètement abandonné son bébé V&V. Il en avait fait une autre version, Living Legends en 2005, qu'il considérait comme sa nouvelle version de ce qu'il aurait fait de V&V s'il en avait toujours possédé la marque.

    Le problème est que Living Legends était bien en effet une rupture dans la rénovation, un jeu moderne. Cela horrifia donc les fans de V&V. En effet, LL ressemblait bien plus à une version particulière de Champions et non plus du tout à V&V. LL déplut donc aux fans de V&V comme trop complexe sans réussir à attirer les fans de Champions parce que Champions (surtout depuis son énorme 5e édition) est difficile à dépasser en précisions et options.

    A l'été 2010, Jeff Dee a retrouvé le co-créateur de V&V, Jack Herman, et a refondé une nouvelle compagnie, Monkey House Games. Ils ont obtenu de FGU le droit de ressortir une édition révisée de V&V, baptisée V&V 2.1 (qui n'est, je crois, en gros que la version FGU mais avec de nouveaux dessins de Jeff Dee et quelques corrections minimales). Ils viennent d'annoncer une 3e édition qui resterait compatible avec la 2e (contrairement à LL).

    Ils ont déjà sortis de nouveaux scénarios de Jack Herman et une des nouveautés est que Bill Willingham (qui commença comme scénariste de V&V avant de devenir le célèbre scénariste de Fables) va même reprendre ses vieilles aventures de FGU, Death-Duel with the Destroyers et The Island of Doctor Apocalypse en les intégrant dans ce qu'il appelle son Univers du Mont Pélion. J'ignore si Willingham peut y mettre aussi d'autres de ses créations (comme son vieux comic Elementals, qui venait de sa propre campagne V&V, ou bien sa série très sombre Pantheon, qui faisait un peu The Authority avant la lettre).

    Ces retours font que le vieux système (passablement archaïque) de V&V (qui n'a donc pas changé depuis 1982) doit être celui qui reçoit le plus de nouveaux scénarios en dehors de la Renaissance Old-School liée à D&D.

  • mercredi 5 janvier 2011

    Quel candidat républicain pour 2012 ?



    Il est sans doute bien trop tôt, mais en prenant cette liste sur TPM de candidats potentiels du GOP, on peut penser qu'ils sont tous assez faibles :

    Mitt Romney
    Mike Huckabee
    Sarah Palin
    Tim Pawlenty
    John Thune
    Ron Paul
    Haley Barbour
    Mitch Daniels
    Mike Pence
    Newt Gingrich
    John Bolton
    George Pataki
    Rick Santorum
    Michele Bachmann

    La liste ne comprend pas Jeb Bush (qui n'est plus Gouverneur depuis 3 ans et qui dit se préparer pour 2016) ou celui qu'on présentait comme "l'Obama républicain", le catholique traditionaliste d'origine indienne Bobby Jindal, qui a perdu beaucoup de son prestige depuis sa réponse au premier discours au Congrès d'Obama en 2008 (et la base sudiste hors de Louisiane le trouvera quand même trop basané). John Huntsman (qui avait accepté un poste diplomatique en Chine) aura sans doute l'air trop modéré et rationnel pour le GOP. Scott Brown ou Marco Rubio sont peut-être encore un peu jeunes. Manuel Valls n'est pas né sur le territoire américain et n'est donc pas éligible.

    Mitt Romney est immensément riche et plairait aux élites républicaines mais il est Mormon (ce qui deplairait à la base évangéliste) et il était trop modéré quand il était Gouverneur (ce qui ferait hurler les TEA parties). Et son score fut faible en 2008.

    Huckabee, qui présente actuellement une émission sur Fox news, plairait beaucoup à la base religieuse et il a un vrai charisme et un sens de l'humour qui font qu'on aurait tort de le sous-estimer. Mais il vient d'échouer aux Primaires de 2008.

    Sarah Palin, sa collègue de Fox News, se présentera sans doute, aura le plus de succès médiatique, aura un score finalement un peu décevant aux premières primaires et décidera de quitter la course en accusant ses adversaires et l'élite médiatique. Elle continuera à gagner beaucoup d'argent en exploitant son image de rebelle du ressentiment blanc.

    Tim Pawlenty me paraissait un choix intéressant car il pourrait mieux apaiser l'aile droite sans inquiéter le centre, mais on dit qu'il était finalement assez peu populaire dans son propre Etat du Minnesota et il sera un peu gêné par une autre élue de son Etat, Michelle Bachmann (la seule candidate dont on puisse dire sans aucune étude de psychiatrie qu'elle est sans aucun doute possible folle à lier).

    John Thune aurait le défaut de venir d'un petit Etat (Sénateur du Dakota du Sud) mais en dehors de cela, il est très bien parti : évangéliste, ayant battu l'ancien leader démocrate Tom Daschle, populaire à la fois à la droite du Parti sans faire peur à la hiérarchie. Mais il a voté en faveur du "TARP" (le plan de sauvetage des actifs pourris), ce qui agace les TEA Parties.

    Ron Paul n'a aucune chance, c'est un libertarien hétérodoxe. Mais le site Reddit nous cassera encore les pieds en le présentant comme Le seul candidat indépendant en oubliant de signaler qu'il a des thèses complètement extrémistes.

    Haley Barbour a dû être coulé par toutes ses associations passées avec des organisations sudistes assez racistes.

    Mitch Daniels, gouverneur de l'Indiana, est aussi assez riche. Ses sondages n'ont pas encore vraiment frémi. Il a une image un peu raisonnable et modérée, ce qui est devenu un vice. Et de manière complètement subjective, je trouve qu'il a une tête trop intello pour le GOP actuel, non ?

    Mike Pence vient aussi de l'Indiana et de l'aile droite du Parti (mais y a-t-il encore une autre aile ? c'est un animal monoptère !).

    Newt Gingrich. Pleaaaase. Même les Républicains ne retomberont plus dans ce démagogue hypocrite, imbu de son génie éventé depuis l'échec de la majorité républicaine de 1994-1996.

    John Bolton : Zeus nous protège, un des choix encore plus apocalyptiques que Sarah Palin. A peine plus sain d'esprit que Bachmann. Non, ils ne mettraient pas Yosemite Sam le Pirate.

    George Pataki : il a été trois fois Gouverneur de la Nouvelle York (1995-2006) mais ne s'est pas représenté depuis. Je ne sais si cela fait de lui l'Homme du Passé ou un Homme expérimenté.

    Rick Santorum : On ne croyait pas voir revenir déjà l'infâme élu traditionaliste de Pennsylvanie, si connu pour ses propos homophobes. Mais on n'est plus en 2004 et la fin de Don't Ask, Don't Tell ne va pas le faire revenir pour autant.

    Dans le tas, il y a des inconnus qui ne pourront se révéler que dans les Primaires (et cela pourrait faire briller Daniels, Pawlenty, Pence ou Thune), et à l'inverse quelques célébrités qui n'ont en réalité que peu de chance (Palin).

    Cela m'étonne que le GOP n'ait pas encore sorti quelque chose comme un officier vétéran pour décrédibiliser Obama (par exemple un General Stanley McChrystal). Cela n'avait certes pas marché avec McCain mais un vétéran d'Irak ou d'Afghanistan devenu homme d'affaires born-again pourrait plaire.

    [JDR] Kōan de définition

    (piqué sur un .sig)

    Après une longue ascension, le rôliste parvint au sommet de la montagne où l'attendait le Vénérable.

    "Ô Vénérable du Sommet, je n'arrive pas à définir le jeu de rôle. Peux-tu m'aider ?"
    "Le jeu de rôle, rôliste, c'est jouer à la Barbie... Si ce n'est qu'il n'y a pas de Barbie."

    Et le rôliste connut l'illumination.

  • Add. : Voir les commentaires, le Vénérable n'est peut-être pas si "illuminant".

  • [comics] 18 Days


    Je ne parle plus tellement de comics cette année parce que tout le medium m'ennuie un peu en ce moment. Les seuls comics qui m'ont procuré du plaisir ces derniers temps sont Alice in Sunderland de Bryan Talbot (malgré son didactisme un peu indigeste) et le storyboard 18 Days de Grant Morrison et Mukesh Singh.

    Morrison m'avait d'habitude laissé froid. Ses oeuvres plus expérimentales comme Doom Patrol, Invisibles ou Sea Guy me paraissaient lourds dans leur volonté de symbolisme d'avant-garde et leurs allusions au Surréalisme (Alan Moore, que Morrison veut toujours tenter d'invoquer, manie souvent les allusions avec plus de subtilité). Ses oeuvres plus mainstream comme JLA, Seven Soldiers ou X-Men me paraissaient souvent décevantes dans l'exécution malgré quelques Grandes Idées de départ (et je ne parlerais même plus de Final Crisis que je trouve simplement raté et illisible).

    Mais je dois avouer que j'ai adoré 18 Days. Ce n'est d'ailleurs pas un comic-book mais le script de Morrison (pour l'instant seulement les 3 premiers jours dans le volume 1) pour une adaptation en dessin animé de la plus grande épopée du monde, le Mahābhārata, avec des concepts graphiques à la Druillet par Mukesh Singh.



    J'étais souvent sceptique quand Morrison voulait puiser dans le fonds mythopoétique - par exemple son Shining Knight qui veut faire la synthèse de multiples variantes arthuriennes des Mabinogion. Mais ici, son Jungisme éclectique et confus donne enfin un résultat intéressant dans la mythologie hindoue.

    Certes, je pourrais me passer des délires ajoutés et de tout l'habillage SF, des dinosaures, des cyborgs, des vaisseaux spatiaux (et encore plus de certains passages mystiques sur notre propre époque réelle). Mais le Mahābhārata se déroule après tout dans une autre ère, à la fin du Troisième Âge, avant notre propre monde et ce thème apocalyptique de la Fin d'Un Monde pour faire naître un Autre Monde est assez bien développé. Morrison décide de relire cette Guerre d'un passé très lointain depuis Star Wars et c'est un angle qui n'est pas complètement idiot.


    Et surtout Morrison a simplement très bien saisi certains personnages de l'épopée. Son script me paraît vraiment une très bonne introduction indispensable à l'ambiguïté des deux camps.

    Je disais l'autre jour que j'aimais (mais c'est en partie un contre-sens chrétien) Hector ou Arjuna en tant que l'archétype du Héros Réticent (avant que Kṛṣṇa n'arrive à lui faire accepter son rôle de guerrier dans l'ordre cosmico-social du Dharma), mais le script de Morrison me convainc de préférer encore son aïeul Bhīṣma, modèle du Héros noble tragique. Non seulement l'invincible Bhīṣma (qui ne pourra mourir que lorsqu'il y consentira) est aussi un Héros réticent, mais en plus il suit un devoir dont il sait déjà qu'il va le conduire à sa perte et qu'en plus il est du Mauvais Côté, mais il ne peut pas faire autrement. Arjuna a des doutes de tuer des adversaires nobles pour servir la juste cause, Bhīṣma sait douloureusement qu'il va devoir tuer des adversaires nobles et que tout cela sera vain.

    Quant au Kṛṣṇa de Morrison, c'est une réussite surprenante et une lecture revivifiante de la Bhagavad Gītā. Au lieu du gentil pasteur bleu saint-sulpicien ou pompier des illustrations krishnaïstes contemporaines, Morrison fait de Kṛṣṇa une sorte d'Elfe Noir félin, sublimement beau mais incompréhensible, extraterrestre transcendant toute moralité humaine et tout point de repère et je crois que c'est la meilleure version de ce Dieu de notre point de vue d'Occidental, plus proche d'un Merlin diabolique ou de Morgane la Fée que d'un Jésus (de même que Morrison analyse le Roi parfait Yudhiṣṭhira en Roi Arthur blessé ou en Roi Pêcheur).


    Je crois avoir compris que le dessin animé ne se ferait jamais et que nous n'aurons donc pour l'instant que ce script.

    La construction qu'a choisie Morrison est de partir in medias res, depuis le premier jour de la Bataille entre les deux camps (c'est à dire en gros depuis le Livre 6 du Mahābhārata) et de reconstruire ensuite tout le récit par des flash-backs. Je ne sais pas si ce serait très compréhensible sur un écran pour ceux qui ne connaissent pas déjà les personnages principaux très nombreux mais c'est sans doute le plus satisfaisant si on ne veut pas partir ab ovo. La Bataille dure 18 jours et chaque épisode du dessin animé était censé être un jour.

    On commence d'ailleurs par la Bhagavad Gītā du Livre 6 mais par une ellipse, en nous annonçant qu'Arjuna ne révélera ce que lui a dit Kṛṣṇa que par la suite. J'espère donc que la publication va continuer pour qu'on voie enfin la Théophanie qui n'est ici qu'esquissée. La mort de Kṛṣṇa doit ouvrir notre propre Âge, l'Âge sombre du retrait des Dieux, et Kṛṣṇa organise donc toute cette Guerre pour rendre possible cet Âge à venir.

    mardi 4 janvier 2011

    Le 0 et l'∞ (Darkness at Noon)



    Manuel Valls est plus proche de Serge Dassault que de Xavier Bertrand.

    On ne peut qu'admirer chez Valls cette abnégation de l'individu, cette volonté de se sacrifier personnellement face à l'Histoire pour le bien du Parti, pour donner l'impression que Dominique Strauss-Kahn est de gauche par comparaison.

    Cynisme et sinolâtrie


    Si l'opposition était au pouvoir, il est vraisemblable qu'elle s'aplatirait face à la Chine à peu près autant que le pouvoir actuel ou que tous les pouvoirs précédents - mais le Parti socialiste n'irait peut-être pas jusqu'à conclure un accord de coopération avec le PCC malgré tous les Mélenchon ou les Christophe Girard de la Gauche plurielle.

    La Realpolitik est bi-partisane (c'est pourquoi Hubert Védrine est toujours dans les deux partis à la fois tout en les méprisant tous) et aucun gouvernement n'oserait plus "donner des leçons" à la future hégémonie économique. Un taux de croissance du PIB quand il est resté longtemps à deux chiffres suffit à surmonter toute prévention en faveur des libertés imprescriptibles individuelles.

    Mais il serait finalement plus habile de ne pas tenter d'argumenter si on veut ainsi soutenir l'état de fait du plus puissant. Car des "arguments" paraissent assez vains s'ils ne parviennent pas du tout à déguiser le simple opportunisme, alors que le cynisme tranquille pourrait désarmer par sa franchise. Ils devraient donc en rester à une pensée de "l'efficacité" (c'est l'idéologie que leur fournit clef en main François Jullien).

    Ainsi Raffarin a tort de chercher un "argument". Il dit qu'il est lui-même contre la peine de mort sauf pour un pays d'un milliard d'habitants qui demandent donc plus de "fermeté" (c'est dans la deuxième vidéo du 19 décembre à environ 12 minutes).

    La philosophie politique classique disait que la démocratie ne pouvait pas convenir aux "grands Etats" mais on ne comprend pas bien comment ce critère de la taille devrait aussi conditionner l'adhésion à des principes abolitionnistes sur la peine capitale. Le contrat social de Beccaria en-deçà de 600 millions d'âmes, le légalisme de Dracon et Hán Fēi au-delà du milliard ? Si l'ancien Premier ministre Raffarin veut se servir d'une doctrine relativiste pour justifier son manque d'intégrité, le relativisme historique ("ils ne sont pas encore prêts", comme le prétendait Giscard dans les années 70 en parlant de la France) pourrait être une meilleure stratégie sophistique qu'une relativisation à la démographie ("ils sont tellement nombreux !".

    Il n'est pas même utile de relever une hypocrisie chez Séguéla pour critiquer les 35h avec une association incohérente :

    Ne mélangeons pas l'économie et politique ! Que la Chine ait complètement tort de ne pas respecter les droits de l'homme, je suis d'accord [mais]... Que des Chinois qui gagnent dix fois moins que nous trouvent le plaisir du travail, aient envie de bouger, que ça marche, ça devrait nous donner envie de grandir. C’est ça qui nous manque. On est assistés.

    It was the Age of Foolishness



    Michael Steele, le président du Comité national du Parti républicain depuis 2009, était un abruti assez drôle et il ne va sans doute pas rester comme il apparaît encore trop modéré pour la nouvelle majorité. Pendant le débat pour choisir le nouveau Président, il a voulu montrer sa culture en citant son roman favori :

    When candidates were asked to name their favorite books, Steele offered "War and Peace" and then recited a line - "It was the best of times and the worst of times" - that approximated the opening of "A Tale of Two Cities."

    Peut-être qu'il s'adonnait au nouveau mème : "trolling the geek".

    Offuscation


    Pour le Ministre de l'éducation (ou plutôt pour ses scribes), qui sait si bien exalter Notre Président, la qualité de son style est qu'il sait éviter le "style amphigourique et les circonvolutions syntaxiques qui perdent l'auditeur et le citoyen".

    J'avais encore le réflexe habituel de chercher une contradiction performative, mais j'hésite. L'amphigouri étant un "discours volontairement obscur" (et en fait incohérent ou absurde), cette expression est-elle aussi une dénonciation de celui qui s'en sert ?

    Je ne sais pas. Le terme est relativement peu usité (contrairement à "charabia" par exemple) mais je suppose qu'il est censé désigner un discours "trompeur" ou inutilement compliqué (un peu comme "sophistiqué" à l'origine, qui désignait l'excès de subtilité). La rareté du terme le rend ridicule ou pédant, il est obscur en ce sens (comme "circonvolution syntaxique"), mais peut-être pas "volontairement obscur" au sens où il chercherait à "perdre l'auditeur" par une phrase incohérente faussement profonde.

    La phrase peut être risible (et elle l'est) sans tomber exactement dans l'auto-dénonciation.

    (De même, le titre de cette note est devenu assez obscur ou vieilli en son sens originel d'obscurcissement)

    lundi 3 janvier 2011

    Bon anniversaire, JRR


    Le jeune homme de 19 ans en 1911 ci-dessus est John Ronald Reuel Tolkien (1892-1973), qui aurait eu 119 ans aujourd'hui.

    En septembre 1911, il entre à Oxford où il fera des études de littérature anglo-saxonne. C'est à la fin de la Grande Guerre qu'il va commencer à créer dans son Book of Lost Tales en 1917-1918 ce qui constituera la mythologie du Silmarilion.

    Devenu Professeur d'université, il écrit ensuite le conte du Hobbit vers 1931 (publié en 1937) et n'achèvera son roman Le Seigneur des anneaux que vingt ans après pour fusionner les légendes du Silmarilion (refusé par les éditeurs comme une mythologie trop austère) et une suite au Hobbit. Les récits du Silmarilion (et de nombreuses ébauches) ne seront publiés qu'après sa mort, par son fils Christopher Tolkien.

    J'ai commencé par le Hobbit quand j'avais une douzaine d'années mais je crois que je préfère en fait ce Silmarilion au Seigneur des Anneaux (dont les volumes II et III me paraissent un peu ennuyeux dans la progression lente vers Mordor et la lourde parabole anti-industrialisation à la fin). Le Hobbit est un chef d'oeuvre d'humour pour enfants, Le Seigneur des anneaux a créé un nouveau genre de fantasy entre le roman réaliste pour adolescent, une épopée traditionnelle et le merveilleux enfantin, et le Silmarilion n'aurait sans doute pas vraiment de public avant que Tolkien ne crée cette mythologie individuelle de peuplades fictives.

    Matthew Yglesias fait remarquer que si le Congrès n'avait pas étendu le copyright de 56 ans à 70 ans en 1976, les deux premiers volumes du Seigneur des Anneaux (publiés en 1954) seraient entrés dans le domaine public [aux USA] au premier janvier en 2011 [Correction : Mais en fait, les USA ayant aussi ratifié la Convention de Berne pour la protection des œuvres littéraires et artistiques, même s'ils n'avaient pas étendu le copyright, les œuvres de Tolkien resteraient protégés au minimum jusqu'en 2023, 50 ans après sa mort, et en réalité au moins jusqu'en 2043.].

    La compagnie Cubicle 7 (qui fait notamment les jeux de rôle sur des licenses britanniques Doctor Who et Starblazer Adventures) a annoncé qu'ils ont désormais les droits de la license pour un nouveau jeu dans l'univers de Tolkien. Le jeu s'appellera The One Ring et ce sera le troisième jeu de rôle officiel après Middle-Earth Role-Playing (ICE, 1984) et The Lord of the Rings RPG (Decipher, 2002).

    Not in the Onion



    Judith Miller, la propagandiste qui avait transmis au New York Times toutes les manipulations de Dick Cheney ou les mensonges d'Ahmed Chalabi, reproche à Wikileaks de ne pas assez vérifier ses sources.

    Depuis qu'elle a été virée du NYT, Miller a sans doute cherché à sauver sa crédibilité en travaillant pour des médias très neutres comme FoxNews et Newsmax.

    L'affaire Valerie Plame a donné deux films opposés : le pénible Nothing but the Truth (2008) avec Kate Beckinsale dans le rôle de Judith Miller et qui tente d'en faire une héroïne féministe de la liberté d'expression avec une fiction très éloignée de la réalité et Fair Game (2010) avec Naomi Watts dans le rôle de Valerie Plame-Wilson et qui prend le parti de l'agent dévoilée par Miller.

    dimanche 2 janvier 2011

    Décisif



    Via Mnémoglyphes (qui les collectionne), la critique du London Review of Books sur la prétendue "auto"-biographie de George W. Bush, Decision Points, est fascinante en analysant avant tout le mensonge même de cette absence d'auteur et en citant même les noms de quelques-uns des auteurs réels de cette fiction qui doit agir comme une propagande vide et rétroactive, qui n'est faite que pour être achetée par quelques Républicains nostalgiques mais surtout pas pour être lue.

    Decision Points holds the same relation to George W. Bush as a line of fashion accessories or a perfume does to the movie star that bears its name; he no doubt served in some advisory capacity. The words themselves have been assembled by Chris Michel (the young speechwriter and devoted acolyte who went to Yale with Bush’s daughter Barbara); a freelance editor, Sean Desmond; the staff at Crown Publishing (who reportedly paid $7 million for the book); a team of a dozen researchers; and scores of ‘trusted friends’.

    Foucault: ‘What difference does it make who is speaking?’ ‘The mark of the writer is … nothing more than the singularity of his absence.’

    As a postmodern text, many passages in the book are pastiches of moments from other books, including scenes that Bush himself did not witness. These are taken from the memoirs of members of the Bush administration and journalistic accounts such as Bob Woodward’s Plan of Attack and Bush at War. To complete the cycle of postmodernity, there are bits of dialogue lifted from Woodward, who is notorious for inventing dialogue.

    Le paradoxe est que cette recension conserve sans doute plus de faits réels sur cette Présidence que les 497 pages de soap opera du livre.

    Le chaos de Big Numbers



    Big Numbers aurait dû être le chef d'oeuvre d'Alan Moore, juste après son Watchmen. Il ne s'agissait plus d'une bd de superhéros ou d'un commentaire post-moderne sur le genre superhéroïque mais du premier roman graphique littéraire qui aurait dû faire passer Moore du côté plus proche d'un Thomas Pyncheon (avec le même risque d'inaccessibilité comme Moore prétendait y inclure aussi une méditation sur les mathématiques contemporaines). Mais la série accumula les problèmes (économiques, éditoriaux mais aussi artistiques) et le dessinateur Bill Sinkiewicz (qui avait illustré Brought to Light avec Moore sur l'action de la CIA depuis l'après-guerre) finit par abandonner avant d'avoir publié le numéro 3 (sur 12 prévu). Un numéro 4 fut confié à un autre artiste qui détruisit, dit-on, sa version. Big Numbers restera pour toujours une ébauche inachevée.

    Aujourd'hui, 20 ans après cet abandon, ce blog de collectionneur Mooreomaniaque publie un long article de Bill Sinkiewicz qui raconte avec une sincérité parfois poignante comment il a échoué à dessiner les scripts ultradétaillés de Moore et à quel point il continue à regretter l'arrêt de cette mini-série.

    Il dit aussi que les deux premiers numéros étaient dessinés dans un nouveau style hyperréaliste avec documents photographiques (et non le style expressionniste abstrait que Sienkiewicz avait développé auparavant) et que certains modèles des photos moururent et quittèrent la ville entre le numéro 2 et 3. Le #3 (qui contrairement à ce qu'on croyait, avait été achevé) avait donc dû changer à nouveau de style et cela contribua à l'abandon final comme Sienkiewicz était déprimé du manque de continuité entre les numéros.

    samedi 1 janvier 2011

    [JDR][Review] City of Strangers (2010)



    City of Strangers est un supplément de James Lafond Sutter décrivant la ville de Kaer Maga, la Cité des Exilés pour le jeu de rôle Pathfinder. J'ai déjà évoqué une douzaine de cités de jeu de rôle, plus Cadwallon ou Ptolus et Kaer Maga rejoint maintenant mon panthéon des grandes créations de jeu de rôle, malgré la briéveté de cette description (64 pages).

    Kaer Maga n'est certes pas "réaliste" (j'ai notamment de gros doutes sur la logistique de son alimentation comme elle est enfermée loin de toute agriculture) mais franchement, les joueurs s'en fichent. La Cité est construite autour d'un grand Lac artificiel (alimenté par magie) et enclose à l'intérieur d'un mur cyclopéen hexagonal (d'ailleurs sans doute vraiment construit par des Géants). On ignore qui furent les premiers bâtisseurs de la ville mais ses habitants les plus antiques sont de mystérieuses créatures effrayantes qui se nourrissent en volant les souvenirs. La muraille hexagonale servit longtemps de prison du temps des anciens Seigneurs des Runes (Karzoug, Seigneur de la Cupidité - chaque Seigneur runique était associé à l'un des sept péchés capitaux), mais le mur nord-ouest est aujourd'hui en partie effondré.

    L'accès à la Cité close reste difficile comme elle est en haut d'un haut plateau de steppes, avec de grandes chutes d'eau qui tombent de son mur sud par des gargouilles dignes de Druillet. La seule voie directe depuis les basses terres si on ne veut pas prendre un grand détour est un long escalier en colimaçon (la Porte Tournante) qui remonte dans les profondeurs de la falaise et qui traverse des galeries antiques de troglodytes, des nécropoles et des geôles abandonnées. D'habitude, dans les jeux de rôle à la D&D, la Ville est un préliminaire aux Oubliettes, là, vous devez déjà passer par le seuil du Donjon pour parvenir à la Ville (et il faut demander le passage auprès d'un groupe d'éclaireurs et rangers, les Gardiens Crépusculaires, Duskwardens).

    Malgré cette difficulté d'accès, Kaer Maga est accueillante, avec environ 8000 habitants, et elle est même d'un laxisme assez radical puisqu'elle semble être une sorte d'aglomérat anarchique de diverses factions sans aucun gouvernement central, en dehors de l'équilibre entre ses groupes.

    James Sutter, qui est l'un des auteurs principaux des fictions et modules pour Paizo, s'est de toute évidence un peu "lâché" comme on dit sur ce cadre urbain, qui vise un public plus "adulte" que d'habitude. On a par exemple l'un des principaux problèmes politiques qui est la "Guerre des Putains", la lutte entre une tenancière de bordel qui prétend créer un syndicat des prostituées et une faction de prostitués/espions masculins (les "Garçons au Suif") qui travaillent pour un lupanar sado-masochiste qui aurait plu aux amateurs de Fantomette ou au Baron de Charlus.

    Kaer Maga manque parfois un peu d'unité comme c'est un peu une cuve de plusieurs idées chimériques. L'une des particularité est les Mages Boursouflés (Bloatmages) ou Hématothéurges, qui augmente la quantité de sang dans leur corps pour augmenter leurs pouvoirs magiques. Ils sont d'ailleurs contraints de se couvrir de sangsues lorsque le sang commence à exercer trop de pression sur leurs veines et qu'il menace d'éclater ou de devenir fou sous l'afflux sanguin au cerveau. Ils ne sont pas intrinsèquement maléfiques ni vampires mais cette apparence leur donne un petit air de Baron Harkonnen et je me demande si on pourrait imaginer d'autres utilisations des Quatre Humeurs (j'en parle dans "mon" monde de Limen).

    Un autre exemple de bizarrerie sinistre est les Augures, des oracles trolls qui regardent l'avenir dans leurs propres entrailles (ce sont des Trolls et ils peuvent donc se régénérer comme le foie de Prométhée). Il y a un quartier, Ankar-Te, ouvert aux nécromanciens, aux zombies (et bien sûr une maison close pour nécrophiles, ce qui fait un peu Black Dog). Les quartier pauvres ont un Orphelinat pour abandonner les mutants, assez nombreux.

    La Cité abrite des exilés et donc aussi des cultes étranges comme les Beaux-parleurs du Quartier des Soupirs, monothéistes qui font voeu de silence en se scellant la bouche (en dehors d'un simple orifice pour boire et manger avec une paille, ce qui leur permet aussi de communiquer entre eux avec quelques claquements de langue) ou les Frères du Sceau (moines martiaux qui passent leur temps à s'entretuer sur la question de savoir s'ils doivent ou non rompre le Sceau dont ils ont la garde sous le sol de la Cité).

    Ce cadre a déjà servi pour au moins deux scénarios qui ne me paraissent pas aussi bien originaux : le module D2 Les Sept Epées du péché (un simple dungeoncrawling de niveau 7 pour récupérer une épée du Seigneur de la Luxure, pas explicitement relié avec la première campagne du Réveil des Seigneurs des Runes) et The Godsmouth Heresy (que je n'ai pas lu mais qui semble être encore un dungeoncrawling de niveau 1 dans les nécropoles sous la ville).

    (Dans l'édition française des Sept Péchés du péché d'octobre 2008, le quartier de Widdershins est mal traduit comme "Les veuves" (Widows) mais widdershins signifie "dans le sens inverse du sens habituel" (par exemple "ouest-est" ou bien "dans le sens inverse des aiguilles d'une montre" - on pourrait l'appeler "Rebrousse" ?).

    City of Strangers recèle assez d'idées pour une campagne urbaine mais cela donne parfois une impression d'un amas d'idées hétérogènes. En 64 pages, le supplément a peu de descriptions de personnages non-joueurs mais beaucoup de pistes de scénario, ce qui peut être aussi précieux.

    Le premier D&D à l'époque victorienne


    RPG examiner s'amuse avec le site de statistiques de Google Books, Ngram et trouve la première occurrence de l'expression "Dungeons & Dragons", 110 ans avant que le jeu n'apparaisse, dans le roman An Artist's Proof (1864) du poète Alfred Austin :

    (...) if the days of chivalry really have passed away, let us
    hope that it is more because dungeons and dragons
    have become rare than because swords and arms have become craven.

    Trente ans après ce roman, Austin était devenu Poet Laureate à la mort de Tennyson parce que William Morris avait refusé le poste.

    Or si ce sont les soeurs Brontë qui ont créé le jeu de rôle avec leur jeu de Glass Town, c'est William Morris qui va lancer toute la tradition anglaise mythopétique de création d'une cosmogonie fantastique qui va conduire à Lord Dunsany, Eric Rücker Eddison et Tolkien.

    Prophétie auto-négatrice


    Joyeuse année 2011, première année de la seconde décennie du XXIe siècle !
    Bon Premier Moïse 233, jour de Prométhée (oui, le calendrier positiviste commence par des héros fictifs comme Ulysse ou Hercule, Comte devait suivre une théorie evhémériste). En tant que héros de l'Humanité et artisan des techniques, il est normal que l'humanisme s'inaugure avec le Titan rebelle.


    Mais normalement, dans notre vieux calendrier romain, l'année s'ouvre par le Dieu bicéphale, le Dieu des Portes pour lequel le Pontifex Maximus Jules César aurait instauré la coutume des bonnes résolutions. Je ne prends pour ainsi dire pas de résolution puisque ce serait un engagement à la trahir ou une hypothèque subprime.

    En décembre 2007, j'avais prétendu écrire un jeu de rôle, mais je ne crois pas que je puisse compter des ébauches inachevées comme Earth Ω ou Bhāratavarṣa.

    J'allais dire que j'essayerai au moins de jouer en 2011, comme je n'ai pour ainsi dire pas joué de l'année, sauf une partie de D&D et un Breaking the Ice.

    Je vais donc me contenter d'une résolution facile, du genre que je ne voterais pas pour Badinguet en 2011 (on ne sait jamais, en 2012, un deuxième tour Badinguet - zombie mommifié de Kim Jong-Il pourrait faire hésiter).