dimanche 23 janvier 2011

[JDR] En relisant... Casus Belli (2)

Le numéro 2 (novembre 1980, 32 pages)

La revue se professionnalise et l'édito de François Marcela-Froideval annonce que Casus doit être aussi la revue des jeux de rôle (qui sont en "explosion"). La couverture, dans ce style de Guiserix qui rappelle tant Mézières, est d'ailleurs cette fois plus orientée D&D que wargame.

François Bienvenu revient avec des conseils pour jouer à D&D. Rien que du classique aujourd'hui, et même une certaine souplesse vis-à-vis des règles (on va voir que ce n'est pas le cas chez un autre auteur dans le n°3). Il recommande de créer le personnage devant les autres pour éviter les Gros Bills mais d'autoriser de relancer les dés quand le personnage est quand même non-viable. Il indique aussi qu'il y a 8 maîtres du Donjon en rotation au Club de Saint-Rémy-lès-Chevreuse à l'époque.

Puis ce numéro a non pas une Classe de personnage mais une nouvelle espèce intelligente pour Personnages-Joueurs (par Jean-Luc Yrondy, du Club de Saint-Rémy-lès-Chevreuse), les Félys, race de félinoïdes (on trouve une version illustrée en couleurs de ce texte sur ce site). Le texte parle de plusieurs sous-races, les Felys dorés et les Felys bruns. Les Felys dorés suivent le Code du Kedrat, qui a l'air d'être leur Coran (cela a pu inspirer le peuple des fauves arabisants Khalimans d'Alkemy RPG). Les Félys ont un +1 en Dextérité et -1 en Constitution. Ils ont quelques bonus pour bouger silencieusement (même ceux qui ne sont pas Voleurs) et pour pister (même ceux qui ne sont pas Rangers). Ils ont des griffes rétractiles qui permettent de grimper et font des dégâts comme une dague (1d4+1). Ils sont nyctalopes et ont même un Sens du danger (40%).

Il est précisé que la/le Félys ne peut être ni un Barbare (White Dwarf #4, 1977) ni une Houri (White Dwarf #13, juin 1979), ce qui prouve que les classes de personnages supplémentaires des magazines étaient considérées comme des ajouts standards à cette époque. La race est faite pour être avant tout Voleur ou Assassin, ce qui explique qu'elle sera incorporée 15 ans après dans le jeu de rôle français Nightprowler, où on ne jouait que des hors-la-loi.

Devine qui vient dîner ce soir a des créatures un peu plus sérieuses que dans le numéro 1. Le Waterleaper, par FMF, est un mélange de crapaud et de raie, qui apparaît dans le module de ce numéro (il semble venir du folklore et une version apparaît d'ailleurs dans White Dwarf #20 d'août 1980). Les Hurlorth (premier article signé par Didier Guiserix dans CB, je crois) sont de petites créatures qui rentrent dans les armures et provoquent des irritations. Le Barbier est une créature qui se nourrit de pilosité faciale (il doit être craint des Nains). Le Maguphage est une panthère blanche surpuissante, qui se nourrit de magie et est donc complètement résistant aux sorts. Il vide les objets magiques de leurs pouvoirs et il peut aussi se régénérer.

Puis c'est le tout premier module, Le Château des Sphinx par FMF (8 pages). Il est prévu pour des débutants Niveau 1-3.

Il n'y a strictement aucune histoire préalable, aucune introduction, seulement des plans (assez bien faits) et des salles pleines de monstres (des Kobolds et un Waterleaper de ce numéro). C'est au Maître du donjon d'inventer la raison pour laquelle le groupe veut y aller et tuer le propriétaire et il n'y aura pas d'intrigue proposée avant le module du n°5, un an après. On peut reconstruire que ce bâtiment taillé dans la pierre avec deux sphinx à l'entrée est la demeure d'un Roi-magicien maléfique de 4e niveau, un certain "PK" (peut-être un ex-personnage-joueur dans la campagne de FMF, encore une private joke ?). Il y a aussi un culte de Satan dans le Château mais PK est décrit, en accord avec le thème égyptien des Sphinx, comme un fidèle du Dieu Râ et il y a des Ankhs de Râ partout qui peuvent régénérer PK. Quand Denis Gerfaud ironise dans un numéro à venir sur les incohérences de D&D où "une prêtresse d'Isis jette de l'Eau Bénite", il pense peut-être à cela.

Le texte de FMF dit que ce magicien maléfique PK avait été tué puis réincarné par un Druide en une créature semi-batracienne mais le dessin de Guiserix fait plutôt penser à une sorte de dinosaure. Il est protégé par des Amazones et rien ne dit mieux "Old-School" des débuts du jeu de rôle que des Amazones semi-nues qu'on retrouve tout le temps dans ces vieux suppléments, que ce soit dans OD&D, dans Arduin ou dans City-State.

La première rubrique Nouvelles du Front annonce quelques clubs de wargames et toujours l'omniprésent Club de Simulation de Saint-Rémy qui a donné les Félys.

vendredi 21 janvier 2011

talkin' 'bout my generation



Définition :

Children of the so-called Baby Boomers, Generation X has been characterized as a group unable to speak about anything unironically, while also possessing a mistrust of authority and a longing to have sex with Winona Ryder.

According to Ryder, this demographic deserves to have "at least one" of its thwarted hopes and dreams for itself actually come true.

C'est incontestable.

mercredi 19 janvier 2011

[Perso] Roue



Je suis à nouveau submergé par un marathon de copies grâce à mon talent de procrastination (déjà fini 68 depuis le début de la semaine, mais il m'en reste encore 30 avant vendredi). Cela semble devenir chaque année plus ennuyeux et répétitif. Je risque donc (ou plutôt j'aurais le devoir moral strict) de ne pas pouvoir écrire avant ce week-end.

Je lis nettement moins qu'avant, et je n'ose faire une résolution pourtant nécessaire d'éteindre plus l'accès à la Toile pour me retirer vers le vieux médium gutenbergien de bois mort avant que ma vue ne baisse trop, parce que le déroulé de pages en ligne me fait défiler trop vite.

En revanche, je me sens nettement moins démoralisé qu'il y a deux ans. Je n'ai plus autant de problèmes de dos depuis que je ne m'assois plus en voiture. Pas un seul jour de paralysie depuis cet été.

Après plusieurs années (au moins 4 ou 5 ans, je ne sais plus) à refuser l'Arraisonnement à la Technique en ne faisant pas réparer ma machine à laver (c'était sans doute l'ultime procrastination en dehors de ceux concernant la santé), j'ai enfin cette semaine accepté de passer à la machine individuelle en abandonnant la dépendance à la laverie.

[JDR] Ash Nazg



Via le rôliste-philosophe Akrasia, un premier article en italien sur The One Ring, le nouveau jeu de rôle officiel sur les Terres du Milieu. Le premier, Middle-Earth Roleplay a duré jusqu'en 1999, le second, The Lord of the Rings RPG (qui s'appuyait sur des photos du film) fut vite arrêté en n'ayant guère donné que quelques tas de jolies cartes.

L'auteur sera Francesco Nepitello. Il a participé à Lex Arcana, le jeu de rôle italien sur un Empire romain uchronique en plein Ve siècle (1229 A.U.C.) qui résiste à la Chute grâce à la magie et aux Dieux. Mais il est surtout un des auteurs du jeu de société War of the Ring.

Ce troisième jeu de rôle, L'Anneau Unique, fait le choix curieux d'imposer un contexte très précis : la région de Mirkwood et le Rhôvanion après les événements du Hobbit, après 2942 du Troisième Âge, donc après la mort du Ver Smaug le Vieux (tué par Bard de Dale), la réouverture d'Erebor et la chute de l'énigmatique "Nécromancien" de Dol Guldur, qui réapparaît bientôt à Barad-dûr. Ca ne me gêne pas (je trouve vraiment que la fin du XXXe siècle entre le Hobbit et LoTR est une bonne idée, surtout Balin tentant vainement de recoloniser la Moria et la sortie du "Prequel" un de ces jours au cinéma) mais cela peut paraître très restrictif.

La période qui me paraît en fait la mieux adaptée au jeu de rôle ne serait plus ce Troisième Âge (MERP utilisait le XVIIe siècle à l'époque du Roi-Sorcier d'Angmar), mais plutôt le Premier (les Guerres de Beleriand) ou à la rigueur le Second Âge (l'Essor et la Chute de Númenor). Mais c'est parce que je préfère le Silmarilion à la Guerre de l'Anneau.

mardi 18 janvier 2011

Aristocratie indienne

ViaBBC, 65% des Députés indiens de moins de 40 ans sont membres d'une Famille Politique (dans le Parti du Congrès, 100% des 11 députés de moins de 35 ans sont membres de ces "nouvelles" lignées héréditaires de députés - y compris les vieilles dynasties princières). 70% des femmes députées ont des connexions familiales.

"If the trend continued," concludes French, "it was possible that most members of the Indian Parliament would be there by heredity alone, and the nation would be back to where it had started before the freedom struggle, with rule by a hereditary monarch and assorted Indian princelings." He also worries the next Lok Sabha will be a "house of dynasts".

lundi 17 janvier 2011

Les listes sont meilleures sous forme de graphe



Comment choisir son jeu de rôle.

Mais je doute fort qu'on ait besoin d'équations différentielles pour jouer à GURPS ou à Hero System.

Jeu hivernal



Via, l'épisode d'hier de Fox Trot de Bill Amend mélange D&D et allusion à Calvin & Hobbes :


Il y a un léger problème géométrique dans le dessin de l'icosaèdre, qui n'est pas composé de pentagones (comme le d12) mais de triangles. Par ailleurs, oui, on utilise le d20 et plus le d6 pour l'initiative depuis la 3e édition de D&D.

Cela me fait penser à ce joli méta-d6 à polyhèdres qui pourrait servir pour certains jeux comme Earthdawn ou Savage Worlds.

Jasminum officinale


  • Liberanda est Carthago. Je croyais les médias bien trop optimistes pendant les premiers jours de la "Révolution du Jasmin" en Tunisie car j'imaginais que ce serait plus un coup d'Etat interne entre des factions de l'armée et du RCD.

    Après tout, pour l'instant, le RCD et une partie du gouvernement restent bien en place, avec le même Premier ministre, et ils peuvent tenter de simplement éliminer comme bouc-émissaire la famille du Président et de la "Marie-Antoinette" Leïla Trabelsi, ce qui est une stratégie habituelle pour tout régime.

    Mais il se peut que j'aie été trop cynique si jamais ce gouvernement organise vraiment sous la pression de l'insurrection une sorte de transition et de vraies élections dans les prochains mois.

    Il semble que le régime de Ben Ali était plus "policier" que "militaire". Le pays a 10 millions d'habitants et une petite armée de terre (seulement 35 000 hommes contre une police estimée à plusieurs douzaines de milliers). Ben Ali se méfiait de son armée et le Général Rachid Ammar a en effet refusé d'obéir à ses ordres jeudi 13 janvier dernier et il fut démis de ses fonctions. C'est peut-être cette révolte du Général Ammar plus que celle de la population qui a convaincu Ben Ali de s'enfuir.

  • Il ne faut pas confondre le Premier ministre actuel Mohamed Ghannouchi (69 ans, qui est toujours Premier ministre depuis 1999) et Rached Ghannouchi (69 ans aussi, émir en exil du Parti de la renaissance islamiste, proche des Frères musulmans égyptiens).

  • Les médias français parlent le plus souvent des 23 ans de dictature au lieu de 53 ans, comme si le régime du prédécesseur Habib Bourguiba était plus démocratique. Je comprendrais que les Tunisiens, y compris les opposants, veuillent garder une image idéalisée du premier Président de la République indépendante, surtout qu'il a été renversé par un coup d'Etat "officieux" par Ben Ali en 1987. Mais, à certains points de vue la dictature de Ben Ali était parfois apparue comme moins répressive que celle de Bourguiba (par exemple, l'islamiste Ghannouchi avait été condamné à mort par Bourguiba avant que Ben Ali ne le gracie). Le régime s'était un peu libéralisé dans les années 80 avec l'autorisation de certains partis laïcs mais la démocratie était tout aussi formelle sous Bourguiba.

  • Il paraît que l'expression médiatique "Révolution du Jasmin" avait déjà été utilisée par la propagande de Ben Ali pour désigner la (très relative) "démocratisation" en 1987. L'expression doit donc paraître un peu amère chez les Tunisiens qui sont assez âgés pour s'en souvenir.

    L'expression serait peu spécifique. La Tunisie peut réclamer le Jasmin blanc comme symbole mais la ville de Damas en Syrie et le Pakistan se la sont aussi appropriés.

    Le problème de ce genre de terme est qu'après la Révolution des Œillets de 1974, il y a eu toute cette multiplication des "Révolutions des fleurs, comme en la Révolution des Roses en Géorgie en 2003, la Révolution Orange en Ukraine en 2004, la Révolution des Tulipes (aussi appelé "Jonquilles" ou "Citrons") au Kirghizistan en 2005 et la prétendue Révolution du Cèdre au Liban la même année 2005. Ce genre de vocable a été discrédité à force d'être instrumentalisé par le gouvernement américain au début de notre siècle.

  • Les "immolations" à présent en Algérie, en Egypte ou en Mauritanie ne sont pas que des effets de contamination ou d'émulation du statut de "martyr" de Mohamed Bouazizi (il y a d'ailleurs de nombreux exemples), ils pourraient aussi témoigner de manière plus vaste, à nos yeux "psychologisant", d'un nihilisme dans des pays au chomage important où on ne voit aucune autre issue (comme certaines formes de l'attentat-suicide).

    Quand des citoyens se suicident chez nous, on ne mentionne que leur "fragilité" (comme Christophe Barbier) mais il y a peu de phénomènes d'identification devant une politique de harcèlement qui pouvait contribuer à passer à ce geste.

    En France, le sacrifice symbolique d'un malade contre les franchises médicales (il avait décidé de cesser de prendre ses soins) avait eu de l'écho médiatique pendant peu de temps mais l'inertie avait vite repris et son activisme apparaît donc vain. J'imagine que même s'il mourrait, on réduirait cela à un drame individuel, comme une sorte de névrose sans dimension qui la dépasserait.

  • samedi 15 janvier 2011

    [JDR] En relisant... Casus Belli (1)


    Casus Belli fut le principal magazine de jeu de rôle en France. Il commença il y a 30 ans comme un fanzine de wargame (d'où son nom), fondé par François Marcela-Froideval (qui travailla ensuite un temps pour TSR sur AD&D) et se centra sur les jeux de rôle. Il disparut une première fois en 1999 (n°122), fut relancé par Multisim et disparut une seconde fois en 2006. Depuis l'an dernier, il existe une troisième formule.

    Je vais relire un peu les vieux Casus (en imitant les posts de Let's read Dragon magazine sur RPG.net), mais avec quelques mises en garde : (1) je suis surtout rôliste et pas wargameur, je vais donc sauter beaucoup de choses qui m'intéressaient moins, notamment dans les premiers numéros (la proportion étant presque 50% wargame/50% jeu de rôle). (2) Je vais suivre un rythme peu contraignant pour ne pas abandonner trop vite et j'arrêterai sans doute au bout de quelques numéros (disons, au numéro 10 de septembre 1982, quand FMF part), parce que cela risque de devenir un peu ennuyeux.

    Commençons donc par le Casus Belli n°1 (daté d'avril 1980, 32 pages)

    Le directeur et rédacteur en chef est François Marcela (dit "François Marcela-Froideval", né en 1958) et dans ce premier numéro, Didier Guiserix (né en 1956) n'est encore officiellement que maquettiste et illustrateur. FMF dans son éditorial (p. 3) explique que la revue ne sera consacrée "intégralement qu'au wargame" en tant qu'organe de la Fédération française de jeu de simulation stratégique et tactique (FFJSST). De fait, la distinction wargame tactique/jeu de rôle ne doit pas encore paraître évidente.

    Après quelques pages sur Panzergruppe Guderian, la Convention de wargame d'octobre 1979 à Bruxelles (où a lieu une démo de D&D) et sur Diplomacy, il y a une publicité pour un club Jeux Descartes-Jeux & Stratégie (avec comme produits Zargos Lords, Kroll & Prumni, Starforce et 4000 AD - qui était un jeu sans grand intérêt en dehors du fait d'être en trois dimensions avec des cases cubiques, ce qui demandait de calculer des distances avec Pythagore). Une autre pub parle de seulement 3 magasins partenaires pour Paris : un Games au Forum des Halles (qui a fermé), le Jeux Descartes du 40 rue des Ecoles (qui a déménagé et qui vient d'être racheté) et l'Oeuf Cube (qui existe toujours).

    Puis arrive la première présentation de jeu de rôle, avec un article sur Donjon & Dragon par François Bienvenu (alias Finael de la "MLC de Saint-Rémy-lès-Chevreuse", Guiserix le décrit plus tard comme un des meilleurs MJ et dit que les deux clubs principaux était Saint-Rémy et la Rue d'Ulm). L'article dit déjà que personne aux USA n'utilise la même version des règles et que tous l'adaptent. Il ajoute même qu'il y a aussi d'autres jeux de rôle : Metamorphosis Alpha et Traveller. Hélas, Traveller ne fera jamais partie des jeux défendus par Casus (alors que White Dwarf, fondé 3 ans avant, aura beaucoup plus de modules pour ce jeu, ce qui explique une différence entre le public français et le public britannique dans le rapport à cet ancêtre). Bienvenu introduit un court récit de jeu avec Ard H'em Storr le Guerrier, Feladin le Nain, Astael l'Elfe et Sihful le Prêtre mais il n'y a encore aucun scénario dans ce numéro. Sur son site, il a mis les notes de sa campagne de Pranarant (avec un don évident de cartographe).

    Dès ce premier numéro commence la célèbre rubrique, Devine qui vient dîner ce soir..., pour "vous aider à meubler le plus agréablement vos corridors déserts". C'est donc une série de créatures pour AD&D (inspirée de Fiend Factory dans White Dwarf, qui va donner le Fiend Folio en août 1981), mais FMF préfère commencer par des plaisanteries allusives qui rappelle que la diffusion demeurait relativement confidentielle (2000 exemplaires quand même, selon Guiserix). Le Liesnardhuus est un monstre belge qui se sert d'une canette de bière inépuisable et d'une frite magique (la créature est reprise dans Casus Belli Hors-Série 3). Il s'agit d'une caricature de Michel Liesnard, qui dirigeait la Fédération belge de wargame et qui avait introduit les jeux SPI. Guiserix raconte dans cette longue interview comment Liesnard l'avait fait travailler sur la fanzine de wargame Nuts et l'avait fait rencontrer FMF. De même, la Mhëerdoeny est une allusion au célèbre personnage publicitaire, qui était si récurrent dans l'humour et les bd des années 70. Je ne sais pas si l'immonde Schbleurk, qui recouvre de pustules, est aussi une allusion directe. Le Cerberosphère est une imitation du Rover du Prisonnier (et FMF le réutilisera dans des scénarios par la suite). On comprend mieux pourquoi FMF décrira le "Gros Bill" dans le numéro 4, qui lui aussi est une caricature d'un des joueurs du "Club de la Rue d'Ulm" où jouaient FMF, Guiserix et son épouse. Cela dit, c'est aussi le numéro d'avril et le même mois de 1980, Dragon Magazine n°36 était aussi un numéro spécial Poisson d'avril avec des monstres comme "Le DM" ou "Le Collecteur d'impôt".

    Enfin, ce premier numéro se termine par une nouvelle classe de personnage pour AD&D, créée par FMF, le Samourai et c'est sans doute le seul qui sera un peu mémorable dans ce premier numéro. Quelques années avant, Dragon Magazine n°3 (octobre 1976) avait déjà proposé une version de classe du Samurai mais je ne peux pas comparer. FMF devait être assez fier de sa version, il en redonne une autre un an après dans le numéro 6 et quand il repartira aux USA pour travailler chez TSR, il participera aussi au supplément Oriental Adventures de Gary Gygax (1985, la version officielle p. 21-22 est assez similaire). Et enfin, il mettra aussi un Samourai, Murata, dans sa bande-dessinée, Chroniques de la Lune noire. Le Samourai est un peu un mélange de Paladin (mais loyal pas nécessairement bon) et de Moine. FMF est décidément faussé par les Gros Bills et dit que ses caractéristiques ne sont "pas très fortes" avec un minimum de 16 en Dextérité. Le Samourai a une Détection du Danger (avec un pourcentage qui correspondrait en gros à 40%+10% par tranche de 3 niveaux), un cri du Kiaï qui permet de paralyser l'adversaire et de se concentrer en acquérant une force de 18/00 pendant un round par heure (cela sera en gros conservé dans la version officielle). Il a aussi une réduction des dégâts, plusieurs attaques par jour et un katana faisant 1d12 dégâts. FMF dit que la classe est équilibrée par le fait que la croissance en niveaux est lente et que le Samouraï reste inféodé à son sens de l'honneur et à son daimyō (même si on sait qu'en pratique les joueurs d'AD&D devaient toujours jouer des sortes de rōnin). L'air de rien, cela rappelle donc que les classes ne sont pas que des mécanismes de combat mais qu'il peut y avoir une histoire autour des personnages, même si les premiers scénarios publiés ne vont pas exploiter cet aspect en considérant que cela doit relever du talent du MJ.

    vendredi 14 janvier 2011

    Comme l'oeil du passé, flottant sur des ruines



    CNN a, pour une fois, quelque chose d'informatif (même s'il y a déjà eu de nombreux documentaires sur ce sujet) : un court reportage photo sur les environs de Tchernobyl, autour du célèbre Sarcophage nucléaire. On y voit la ville fantôme abandonnée de Pripyat (qui avait 50 000 habitants avant la catastrophe du 26 avril 1986), et une nature tourmutante perce les ossements de béton. On y voit aussi une faune diverse (parce qu'il n'y a plus de grands prédateurs depuis 25 ans - l'homme est loup pire que le cesium et strontium) mais qui souffre d'un nombre élevé d'anomalie et de monstruosité (le poisson-chat de 2 mètres n'est pas vraiment un Blinky, sa croissance a été facilitée par l'absence d'humains). Certains végétaux se sont adaptés vite au sol contaminé. La "Forêt Rouge" dans la "Zone interdite d'Aliénation" est composée d'arbres morts qui ont absorbé des poussières radioactives.

    Pour les amateurs de jeu de rôle, Pripyat pourrait faire penser à Gamma World et il y a même eu un jeu vidéo Stalker: L'Appel de Pripyat, mais cela devient d'un mauvais goût pénible quant on voit les tumeurs réelles des enfants de la région même après l'abandon de la cité.

    Il y a maintenant un tourisme morbide de pélerinage atomique autour de ce premier site post-apocalyptique avec des douzaines de milliers de personnes chaque année. Je crains que les guides ukrainiens ne se rendent pas tous bien compte des risques auxquels ils s'exposent en y retournant souvent avec des touristes en mal d'impressions fortes.

    jeudi 13 janvier 2011

    Plagiaires, Porte-plumes & Prête-noms

    Via Arrêt sur Images, Michel Drucker est condamné pour ne pas avoir rémunéré Calixthe Beyala, qui avait rédigé son livre, en nouveau Auguste Maquet de ce Dumas. Le plus étrange est que Beyala avait elle-même été condamnée comme "kleptomane littéraire" pour de multiples plagiats (sans doute parce qu'elle a déjà dépassé ce spectre désuet de l'Auteur).

    Toute l'hypocrisie de ces personnalités médiatiques est sans doute l'hommage qu'ils rendent à la République des Lettres mourante en voulant à tout prix signer des livres qu'ils n'ont pas écrits. Mais cela n'explique pas qu'ils soient assez sots pour tomber sur des plagiaires qui ne les ont pas écrits non plus.

    Alain Minc dans "son" livre sur Spinoza avait été pris au piège par des "documentalistes" normaliens qui avaient mis de fausses références intentionnellement pour le discréditer - il y avait aussi d'autres contrefaçons). Thierry Ardisson avait publié un livre colonialiste sur l'Indochine peut-être sans savoir qu'il s'était fait refourguer plusieurs livres des années 30 copiés-collés. PPDA se fait duper de même par son "écrivain-esclave fantôme" (je vais huckleburyser aussi le terme français - une rumeur dit qu'il s'agit de Bernard Marck) et son éditeur prétend qu'ils avaient envoyé une mauvaise version du manuscrit, ce qui est sans doute la plus mauvaise excuse jamais vue depuis "Mon chien a mangé ma copie".

    (Et non, ceci n'est pas plagié sur cet article.)

    mercredi 12 janvier 2011

    [JDR] Couvertures vraiment old-school


    Un des aspects du mouvement dit Old-School est de chercher aussi des illustrations qui imite un peu un certain psychédélisme des années 70, avec notamment Erol Otus ou, dans un genre proche, l'artiste actuel rétro-otusien Peter Mullen (j'aime vraiment beaucoup sa semi-cauchemardesque City of Tomorrow, même si elle évoque des pochettes de disque de cette époque).

    Mais si on veut vraiment aller dans l'Old-School médiéval-fantastique, il y aurait sans doute de nombreuses oeuvres classiques qu'on pourrait reprendre directement comme couvertures libres de droit.

    Par exemple, The Bard de John Martin (il est évident que sa Cité de Pandemonium au Louvre est déjà faite pour le jeu), Ossian de Gérard ou Le songe d'Ossian d'Ingres conviendraient pour un écran de maître de jeu.

    Républicanisme et libéralisme


    La République américaine a été surtout fondée sur un libéralisme politique qui vient de John Locke alors que notre République a fait une synthèse du libéralisme de Montesquieu et du républicanisme de Rousseau (c'est une simplification abusive : Montesquieu a parfois des accents très républicains, la République étant surtout considérée comme aristocratique pour lui).

    La différence entre libéralisme et républicanisme est principalement que le premier est fondé sur des droits naturels de l'Individu qui doivent être protégés dans l'état civil alors que le républicanisme se fonde sur des droits des Citoyens qui n'existent que par et pour la "chose publique". Cet intérêt général est représenté chez Rousseau par ce concept si mystérieux de la Volonté Générale, qui n'est pas la somme des volontés particulières (l'individualisme possessif de Hobbes n'est ni vraiment libéral ni pleinement républicain puisque l'individu n'acquiert ses droits minimaux que dans le but de la prospérité économique).

    Mais la généalogie est plus complexe. Il faudrait étudier de près les Federalist Papers (1787-1788) de Hamilton et Madison mais par exemple la Constitution du Commonwealth du Massachusetts par John Adams pourrait presque apparaître comme une paraphrase de Rousseau :

    The body politic is formed by a voluntary association of individuals: it is a social compact, by which the whole people covenants with each citizen, and each citizen with the whole people, that all shall be governed by certain laws for the common good.

    La formule "la totalité du peuple entre en contrat (pactise) avec chaque citoyen et chaque citoyen avec tout le peuple" est frappante. Elle est très proche de celle de la Souveraineté populaire de Rousseau ("Chacun de nous met en commun sa personne et toute sa puissance sous la suprême direction de la volonté générale ; et nous recevons encore chaque membre comme partie indivisible du tout.", I, 6), même si le concept de Volonté générale n'est pas repris (contrairement à notre Déclaration des droits de l'homme et du citoyen, art. 6 de Sieyès).

    Mais en fait, même Locke utilise l'expression du "bien public" ou du "bien commun" comme fin du gouvernement dans le Second traité de 1689, tout en mettant la priorité sur les droits naturels inaliénables comme la propriété (alors que la propriété est un droit qui relève de l'état civil pour Hobbes comme pour Rousseau). Et les lignes qui précèdent ce passage de la Constitution, sur les droits naturels des individus sont plus "lockiennes".

    mardi 11 janvier 2011

    Le système et les anecdotes


    Le service public a passé ce soir une émission en prime time sur la Crise, présentée par Pierre Arditi et Daniel Cohen, et je présume que beaucoup de spectateurs centristes ou conservateurs l'auront trouvée plutôt sarcastique sur le néo-libéralisme.

    Mais Laurent Cordonnier du Monde diplomatique lui fait le procès inverse, en disant que l'émission ne sert qu'à renforcer le consensus qui plairait à tout le monde, y compris l'idéologie sarkozyste ("Il faut juste moraliser le système") : le capitalisme va trouver ses propres remèdes internes si on élimine les vices privés de quelques irresponsables comme Madoff, Messier ou Tapie.

    La télévision a besoin d'avoir des histoires individualisées et même Arditi feint de s'en étonner ("Mais c'est un western que vous nous racontez là !", ce qu'on appelerait sur TVtropes une méthode de "l'abat-jour").

    On présente quelques méchants, et certains ne sont pas toujours trop médiocres pour ce rôle (Milton Friedman, Alan Greenspan ou Henry Paulson), mais Daniel Cohen simplifie à l'extrême en disant presque que si le PDG de Lehman Brothers, l'immonde Dick Fuld, avait été moins antipathique, la Crise de 2008 n'aurait pas eu lieu (même si le pouvoir de Paulson, ancien de Goldman Sachs, a peut-être vraiment eu un effet). Cohen était plus convaincant quand il faisait remarquer que le système issu des années 30 avait su résister à de grandes crises avant le démantèlement de la régulation à la fin des années 90 (il y eut quand même la Crise de 1987 mais elle n'était pas comparable à celle de 2008).

    On manque un peu de héros et heureusement, ils ont trouvé (en plus du microcrédit de Yunnus) une Cassandre, l'avocate démocrate Brooksley Born, qui dirigeait la CFTC (pas le syndicat chrétien) et qui fut brisée par Larry Summers et Robert Rubin en 1999 (de même que j'admirais le don prophétique de Byron Dorgan la même année).

    Laurent Cordonnier ajoute que la conclusion est particulièrement décevante en proposant comme voie de sortie de la crise le microfinancement ou microcrédit, au moment même où ce phénomène risque de devenir une nouvelle bulle d'exploitation de la pauvreté dans les pays en voie de développement comme de nouveaux subprimes (curieusement, c'est le délégué CGT Xavier Mathieu qui le dira après l'émission, pendant le "débat" et pas l'économiste). Les derniers mots tombent dans un lyrisme un peu plat ("L'Homme pourra continuer vers un Avenir Meilleur et plus Prospère").

    Cordonnier dit préférer finalement le documentaire Inside Job de Charles Ferguson (CBS a une longue interview). Ce film américain a au moins le mérite d'être plus pédagogique sur certains mécanismes, en expliquant les Credit Default Swaps et CDOs par exemple, mais je présume que la télévision n'ose oser éprouver la patience des spectateurs. En revanche, il a un peu la même théorie d'un simple problème moral, un Vice de Cupidité de quelques individus au lieu d'un problème fondamental du système financier. Mais il a raison de constater que l'émission manque de débat et de discussion. On n'a qu'un récit qui va à peu près dans une seule direction prévisible (et finalement le début sur la désindustrialisation semble un peu oublié dans le passage sur la déréglementation).

    J'aime bien Arditi mais ce n'est pas son meilleur rôle, surtout quand il tente visiblement de jouer. Après l'émission, il serait un peu moins pathétique s'il n'était pas sur la défensive et parvenait à répondre à la question qu'on lui avait posée sur les publicités LCL auxquelles il a participé. Il dit à peu près que LCL n'était pas aussi coupable que Goldman-Sachs ou que tout le monde a une banque, ce qui prouve qu'il ne comprend pas bien la question.

    [JDR] Style et théorie



    J'ai un blogcrush soudain pour Wax Banks (a.k.a. Walt Holland, qui a l'air d'étudier les jeux de rôle en ligne au MIT, si j'ai bien compris). Non, en fait pas vraiment pour son blog mais pour certains de ses écrits dispersés sur le jeu et la narration.

    Son article de 2009 où il expliquait que la création du monde en jeu de rôle devait être comprise comme une narration et non comme une fin en soi me paraissait contestable (notamment dans les exemples qui ne me convainquent pas). Mais on voit tout de suite qu'il écrit nettement mieux que la moyenne.

    C'est plus clair dans cette autre critique sur le world-building. Et cette qualité de son style devient vraiment indiscutable dans cette recension des conseils de John Wick (sans oublier ce joli addendum sur le blog), où il décrit bien le ton "macho-nerd" de Wick. Ce serait un exercice difficile de se moquer du style de Wick (qui veut jouer à l'Auteur) sans exceller dans un style plus direct et plus évocateur.

    On n'est peut-être pas encore dans la bonne rhétorique des éditoriaux de Hertzberg (qui sont mieux écrits que son blog) ou certains articles de Matt Taibbi, mais on va dans cette direction.

    Monsieur Personne

    Vu Mr Nobody, le film de science-fiction belge de Jaco Van Dormael.

    Le film tombe à un mauvais moment car c'est le genre de thématique que j'aurais pu adorer il y a dix ans quand je trouvais encore le thème des mondes possibles novateur. Mais je suis un peu fatigué de toutes ces vies alternatives multiples comme Le Hasard (1981), Smoking/No Smoking (1993), Lola rennt (1998), Sliding Doors (1998), même si, ici, il y a quand même des interférences entre ces possibilités.

    Et c'est un détail, mais ce nom générique de "Nemo Nobody" me paraît un peu facile (tout comme le Dedalus joycien dans Comment je me suis disputé). Lorsque la métaphore vous dit qu'elle est métaphore, elle pourrait le faire avec un peu plus de légèreté. Finalement je préfère presque certains noms plus énigmatiques ou humoristiques à la "Oedipa Mass" par exemple.

    Mr. Nobody est un peu une refonte à grand budget de son film précédent, Toto le héros et on y retrouve le même vieillard qui recrée rétrospectivement ses enfances possibles.


    Mr Nobody regorge certes d'idées. Mais l'abondance ne fait pas l'harmonie. Le film ressemblerait à un Jeunet dans l'inventivité, mais un Jeunet plus ambitieux qui voudrait caser trop de métaphysique dans une fiction spéculative qui mélange tous les thèmes dickiens de ces dernières années (on a droit aussi à une cosmologie solipsiste comme une des interprétations). Le thème des mondes multiples ne suffit pas, il faut donc ajouter la flèche du temps, l'entropie et des dimensions de temps non-linéaires comme substituts d'éternité.

    Némo est le Dernier Homme mortel, mourant dans une société où tous les hommes sont devenus immortels. Nemo est le seul humain qui de son point de vue arrive à voir les divers mondes possibles et ses vies alternatives avec une ramification de possibilités, comme s'il arrivait toujours à s'émerveiller de la facticité ou de la contingence. Ses vies ne se valent pas toutes et certaines sont vraiment déprimantes (surtout celles où il vit avec Elise ou Jean puisque Anna seule, peut-être en raison de l'inceste sous-jacent va être son véritable amour). L'interprétation réaliste est que le vieil homme trouve un accomplissement à son existence contingente en réimaginant les possibles ou bien qu'il a raison de penser que toute l'histoire est toujours dans l'esprit de l'enfant qui devant ce Zugzwang de l'existence a choisi de suspendre toutes les possibilités. Et bien entendu, la solution la plus simple est que nous n'avons pas à choisir non plus en refusant ce dilemme (tout comme pour le prétendu choix d'interprétation d'Inception).

    lundi 10 janvier 2011

    Crépuscule de Monet


    L'exposition de Monet au Grand Palais a un très bon documentaire dans l'Auditorium sur sa maison de Giverny La Maison d'Alice, réalisé par Philippe Piguet, qui appartient lui aussi à la famille Monet, et qui a pu exploiter la correspondance d'Alice, la seconde épouse de Monet.

    Si vous avez une Carte Sésame du Grand palais, vous pouvez entrer encore à un moment supportable avant 9h et avant que le public ne devienne proche d'un métro de la Ligne 13 à 18h. Tout l'intérêt de l'exposition est de voir des séries (comme les Cathédrales de Rouen, les Parlements de Londres ou les meules de foin, et bien entendu les Nymphéas) et cela devient impossible dans la foule habituelle.

    L'exposition refoule un peu le dernier Monet de la fin, moins apprécié, lorsque sa vue baisse après la Première Guerre mondiale et qu'il vit reclus à Giverny. Après la mort d'Alice, il n'a plus que Blanche Monet (1865-1947), qui fut sa belle-fille dans les deux sens du terme (fille d'Alice d'un premier mariage et elle épousa le fils de Monet, Jean).

    Il continue la centaine de séries sur son bassin japonais qu'il a fabriqué lui-même et à la fin (comme on le voit mieux à l'expo permanente Marmottan qu'au Grand Palais) il commence vraiment à partir dans une épaisseur et une énergie, de moins en moins représentative, comme cet essai étrange à nouveau sur ce Pont japonais qu'il a refait tant de centaines de fois comme un éternel repentir ou Le Chef-d’œuvre inconnu. Cela ne correspond plus vraiment à ce qu'on a retenu de Monet de la période 1870-1905.

    [JDR] @ctiv8 / Fear Itself

    Même si je n'ai pas célébré l'Epimas (fête des jeux indépendants), j'essaye un peu de rattraper mon retard sur les p'tits jeunes en m'y mettant, à ces jeux indépendants (Kids,getoffmylawn).

  • Le premier m'a été envoyé par un certain "Anonymous", mais avec mon pseudo, j'aurais du mal à le dénoncer à l'Eglise de Scientologie. Il s'agit d'@ctiv8 (46 pages, 2005), par James Desborough, qui a notamment écrit la VO de Mantel d'Acier et un jeu de rôle sur l'univers urbain fantastique Neverwhere de Neil Gaiman. Le GRoG a, bien entendu, une fiche.

    Oui, le titre pourrait faire craindre qu'on joue un adolescent qui arrive à faire des fautes même en langage texto. C'est le nom d'un Virus informatique que reçoivent les personnages. Le Virus les pousse à se réunir parce qu'ils ont un point commun qu'il a pu détecter (par exemple : ils sont tous des écologistes radicaux qui ne mange que du Soja Bio ou des laïcards obsédés par le risque de théocratie). @ctiv8 a été envoyé par un hacker inconnu, "Omega", et les personnages rejoignent une cohorte non-organisée de militants altermondialistes qui veulent passer de la critique aux actes. @ctiv8 est aussi l'ultime rempart de cryptographie contre tout espionnage par Echelon et permet un accès à des forums sécurisés (il est sous-entendu qu'Omega pourrait avoir été un ancien agent de la NSA).

    @ctiv8 semble être le premier jeu pour réaliser des fantasmes de critique de la société tout en se contentant de jouer avec des amis. Le jeu peut être ironique si le Système peut absorber ainsi toute critique.

    L'auteur explique franchement qu'il était inspiré par les jeux White Wolf (où les Vampires passent leur temps à négocier politiquement entre eux pour le pouvoir sur leurs quartiers de la ville) mais qu'il voulait passer du fantastique à une politique plus "réelle". L'ennui est que les scénarios indiqués pour l'instant paraissent soit eux-mêmes assez fantastiques (le scénario anti-théocratie où on doit retrouver un manuscrit que l'Eglise dissimule) ou bien risque d'être de mauvais goût (jouer une mission d'une ONG contre la faim dans un pays en famine tout en restant autour de sa table à se gaver de coca et de Pépito). le génocide d'Orcs me paraît presque moins directement ambigu politiquement.

    On peut légitimement se moquer de White Wolf qui avait voulu faire un supplément "sérieux" au jeu de rôle Wraith (Charnel Houses of Europe) où on était censé jouer des fantômes de camps de concentration qui pouvaient tenter de hanter leurs assassins, mais jouer à faire semblant d'être un militant Greenpeace coupant des plants OGM ne me paraît pas vraiment plus exaltant. Et je ne suis pas sûr de voir à quoi cela servirait pour le vrai militant de Greenpeace qui voudrait s'y entraîner (ni le policier qui voudrait les infiltrer).

    A part l'idée amusante d'être réuni par cet étrange Virus (et on laisse planer un doute comme d'habitude sur les vraies motivations du hacker Omega qui l'a créé), le jeu se veut assez réaliste et change un peu des autres jeux "réalistes" disponibles pour l'instant (où on ne peut guère jouer que des policiers ou des mercenaires). Ici, on doit jouer des nerds experts ou même des personnes "normales" qu'on recrée à neuf pour chaque nouvelle mission.

    Le système ressemble à une simplification de celui de White Wolf, avec des d6 à la place des d10. On lance un nombre de dés égal à la caractéristique et les compétences donnent le seuil de difficulté pour compter un succès sur chaque dé. Les 10 caractéristiques me paraissent un peu trop nombreuses (couplés en actif/passif) : Charme, Contrôle (qui permet d'utiliser ensuite la persuasion sortie du Charme), Résolution, Résistance (mentale), Dextérité, Vitesse, Intelligence, Perception, Force, Résilience (physique). La liste des compétences est assez longue également pour pouvoir créer des experts, comme on est supposé changer de personnages à chaque fois. En dehors du thème, il ne s'agit donc pas vraiment d'un jeu indépendant qui remettrait en cause beaucoup d'habitudes dans les règles.

    Le jeu est une expérience sincère et j'aime bien le ton assez direct de l'auteur qui explique ce qu'il voulait. Mais je ne me vois pas jouer, sauf si je trouve un concept d'un one-shot pas trop ridicule. Le supplément conseille de reprendre l'actualité mais je ne sais si on pourrait trouver amusant de jouer des agents de la revue Prescrire cherchant les preuves que Servier a menti sur le mediator.

    Une solution serait de quitter résolument le réalisme et inclure plus de machins habituels du jeu de rôle, des complots secrets par exemple, mais cela s'écarterait trop du concept et deviendrait un sous-jeu d'espionnage ou un jeu un peu cyberpunk dans un futur proche. Une critique du GRoG proposait de faire de ce Virus ambigu un personnage pour le jeu de fantasy contemporaine Unknown Armies et on pourrait de même l'inclure dans Nephilim. Il n'y a de toute manière pas vraiment de détails dessus dans ces 46 pages, juste quelques rumeurs.

  • Je commence à regarder un peu les jeux de la série Gumshoe et je lis Fear Itself (qui vient d'être traduit sous le nom de Terreurs).

    Je n'aime pas du tout l'horreur (que ce soit en film ou en jeu) et je ne suis donc pas adapté. Mais d'un autre côté, c'est par Robin Laws, c'est donc très bien, avec un effort pour s'adapter aux conventions du Genre. On joue des archétypes de gens normaux dans un film d'horreur (comme le Nerd ou bien le Jock ou la Cheerleader nympho) et on finit par se faire tuer par un tueur en série avec le mince espoir de faire durer les choses. Comme dans le jeu précédent, on joue donc pour une fois des gens qui n'ont rien d'exceptionnel (même s'il y a une option que certains aient le Shining ou d'autres dons de Medium).

    Le scénario suffirait à donner envie d'essayer puisqu'il s'agit d'une mise en abyme où les joueurs interprètent des Geeks, des participants d'un Grandeur-Nature dans la forêt qui va Mal Se Passer. Oui, c'est la première fois que je vois un scénario de jeu de rôle "autour-d'une-table" où on simule des humains qui simulent eux-mêmes un jeu de rôle en "semi-réel". A part l'horreur, je ne vois pas quel autre genre pourrait utiliser vraiment cette option. A la rigueur, on pourrait le faire en Cyberpunk ou en SF en général.

  • dimanche 9 janvier 2011

    Kushites


    Les textes des indépendantistes et de l'ONU utilisent ce nom étrange de "Sud-Soudan pour le nouveau pays qui sera sans doute créé après le référendum. Cela sonnerait un peu redondant en français mais la racine du nom "Soudan" vient de Bilad-al-sudan, pays des Noirs en arabe, de même qu'Ethiopie était le nom générique en grec pour les Nubiens au sud de l'Egypte (même si Memnon, le roi des Ethiopiens, est représenté comme un Grec sur les vases).

    D'habitude, ce type de nom de pays qui conservait le fractionnement régional (Vietnam, Corée, Yemen, Chypre ou les deux Allemagnes) semble toujours impliquer que chaque partie prétendrait ensuite à une réunification, alors que le nouveau Sud-Soudan n'est pas censé envahir un jour le Soudan-tout-court.

    Certains forums mentionnent comme autre solution le nom Kush, mais le nom est aussi réclamé par certains Ethiopiens et sonne sans doute trop biblique.

    {Vieille Ecole} Des Îles de la N.E.F.


    Le premier jeu de rôle français fut l'Ultime épreuve, en janvier 1983, avec ses premiers modules dès cette année 1983, Le Château de Balroga, Le Labyrinthe Magique & Le Palais du temps. Mais à la connaissance, les premiers scénarios de jeu de rôle en dehors de ceux publiés dans les premières revues comme Casus Belli ou Runes furent ceux de la Nouvelle édition fantastique ou N.E.F. et le site de Myvyrrian sur les jeux anciens a plus de détails. La N.E.F. était une microsociété qui avait la particularité au début de n'éditer que des modules médiévaux-fantastiques génériques, sans règles, bien qu'AD&D semblait bien visé par vagues allusions. Ces scénarios se déroulaient tous dans un même univers, Arglenn, et plus précisément surtout sur la grande île de Rope.

    Rope est un peu moins grande que l'Angleterre, à peu près un rectangle avec une largeur de 500 km et une longueur de 300 km. Elle pourrait un peu rappeler l'île de Hârn mais il s'agit d'une coïncidence comme ce monde fut publié la même année 1983. Rope est divisée en plusieurs domaines féodaux qui ressemblent directement à un mélange de Scandinavie à l'ouest, comme la Principauté de Lemach', de Celtes au centre, comme le Comté de Roskenn, et un peu de Slaves à l'Est, comme les steppes d'Oujasnanie ou le duché de Smier. Mais cette île n'est pas vraiment décrite dans son intégralité avant un court scénario de Marc Laperlier publié dans Casus Belli n°23 en décembre 1984, L'Initié du Cinquième Cercle et qui fait un peu la synthèse de tous les modules précédents et propose même une sorte de grand tour de Rope.


    Carte extraite de Casus Belli n°23

    La NEF avait été créée autour de Marc Laperlier et José Lanchas dans un club de Maisons Alfort et commença en publiant un module que Laperlier avait proposé à un concours de scénario d'une convention Sup'Aero.

    Ce premier module par Marc Laperlier, La Guilde du A, se déroule dans la Principauté de Lemach'. C'est ultra-classique. L'épouse du Prince Volkmar a été enlevée. On soupçonne la Guilde du A, qui n'est pas une société du Ā mais la pègre de Lemach'. Cette guilde des Assassins a en fait une origine occulte puisqu'ils adorent le Dieu Loki - en tant que le Dieu assassin qui a tué Balder - et qu'ils ont été fondés par une ancienne Liche nécromantique. Le module est essentiellement des plans des repaires de la Guilde, avec quelques PNJ (et même quelques dissensions dans la Guilde) mais aucune caractéristiques comme le module se voulait générique. L'auteur donne quelques conseils assez bien vus comme de faire en sorte que la Princesse ne doit pas détenue trop près du Nécromancien ou bien les personnages auront peu de chance de la sauver.

    Le second module est de décembre 1983, Les Îles flottantes de José Lanchas. Il part cette fois à la pointe orientale de Rope, dans le port de Tesbior dans le Duché des marais de Smier, dont le nom rappelle le mot russe pour la mort, смерть. La ville profite surtout de son commerce avec sept Îles flottantes, chacune associée avec un des Sept Arts, mais ce ne sont pas les arts libéraux. Le mouvement de ces îles errantes dépendait de sept reliques qui permettaient aux Sept Maîtres de chaque art de le contrôler. Mais le Maître de l'Architecture a été assassiné par un mage rival recalé et sa relique a disparu, ce qui fait que nul ne peut plus diriger la rotation des sept îles. Les personnages vont donc être envoyés vers cette île de Vilkna pour y retrouver le McGuffin et permettre à la ville de revoir plus souvent ses partenaires commerciaux.

    Il y a quelques bonnes idées mais je crains qu'il n'y ait aussi quelques incohérences sur lesquelles je ne trouve pas d'explication. Par exemple, on ne comprend pas bien pourquoi il n'y a pas eu un nouveau Maître de l'Archictecture et pourquoi il faudrait attendre les personnages, ou pourquoi les forces maléfiques n'ont pas déjà récupéré le McGuffin. Il y aurait donc du travail pour combler ces lacunes. La relique est aussi censée être une épée, on pourrait s'attendre plutôt à quelque chose d'adapté à chaque Île et à chaque art, ici par exemple pour l'architecture un "Fil à Plomb" magique ou une "Equerre" (mais il faudrait alors chercher un objet aussi pour la Poésie, par exemple, ou la Danse).

    Dans mes souvenirs vagues sur ce titre, Rope aussi était une île flottante et tout Arglenn aurait été alors un monde-océan sans cartographie stable (un peu comme le très bon Tales of Gargentihr) mais j'avais mal retenu, ce n'est pas du tout le cas.

    Et le nom même de la N.E.F., et leur logo, me faisait croire à un monde de campagne avant tout maritime, alors que la plupart des scénarios restent sur Rope. Plus tard, en 1986, la revue Chroniques d'Outre-Monde créa un autre univers médiéval fantastique, le Kersh, qui fut aussi tout un archipel où chaque île était inspirée d'une des civilisations de la Terre. Et plus tard, le jeu SangDragon de Casus Belli (1994) reprendra ce schéma d'un archipel d'îles autour d'un vortex central (et ces divers mondes d'Alarian, Laelith, Paorn et Malienda seront ensuite intégrés).