dimanche 10 octobre 2021

Les mondes de Tiānxià Guīyuán


J'ai plutôt aimé L'Essor des Phénix (天盛长歌, Tiānshèng Cháng Gē, littéralement l'Epopée des Tiānshèng) la série fantastique chinoise qui passe sur Netflix (70 épisodes). Elle est adaptée d'un des romans de "Tiānxià Guī Yuán" (天下歸元) mais ce serait si librement que même la fin du livre a été changée. Le début paraît parfois très elliptique et allusif tant il y a d'éléments à absorber. 

De son vrai nom Lú Jīng, 卢菁), Tiānxià Guīyuán est une écrivaine chinoise qui a écrit plusieurs romances à l'eau de rose fantastiques dans des mondes imaginaires qui seraient à peu près à la Chine impériale ce que Game of Thrones est à la Guerre des Roses (l'aspect d'intrigues sombres de Cour est encore accentué dans l'adaptation TV).  

L'Essor des Phénix se passe des siècles après le cadre dans L'Impératrice Fuyao. Bien que ce soit censé être un Autre Monde, les éléments de l'histoire réelle de la Chine sont parfois directs, notamment sur la religion taoïste ou bouddhiste. Dans un épisode, on dit que le Prince Ning Yi est "aussi intelligent que Zhūgé Liàng", le ministre génial dans L'épopée des Trois Royaumes. Le fait de choisir une Terre alternative au lieu d'une dynastie réelle permet de donner plus de liberté ou d'importance aux héroïnes dans le pays de l'Impératrice Wǔ Zétiān

Dans Fúyáo húanghòu 扶搖皇后 (L'Impératrice Fuyao, 2008), le début comprend un voyage inter-dimensionnel. On parle dans les conventions littéraires du genre chuānyuè 穿越, "traversée", les personnages sont souvent féminins mais voyagent généralement plus dans l'histoire réelle vers une des Dynasties passées. Meng Fúyáo était à l'origine une archéologue de notre époque qui se retrouve (après être tombée dans une tombe) réincarnée dans le corps d'une enfant à la naissance mystérieuse (née dans un lotus) et dans un Autre Monde. Elle est élevée comme esclave dans une secte taoïste (secte de l'épée de Xuanyuan) mais va se hisser progressivement à la tête de l'Empire des Cinq Royaumes, face à divers événements surnaturels et en séduisant un des Princes impériaux, Zhangsun Wuji. 

Selon les conventions du roman fantastique de xiānxiá, elle va même finir comme une xiān (une "Immortelle"). Le livre, paru d'abord sur Internet, a gagné des prix littéraires et a été adapté dans une série télévisée, La Légende de Fúyáo (扶摇, 2018). 

Dans Di Huang 帝凰 (L'Impératrice Phénix, 2009), l'idée de départ me paraît plus originale. L'Impératrice Mingrui est assassinée dès le début mais renaît aussitôt (je crois comprendre qu'il y a encore une part de paradoxe temporel), réincarnée dans l'enveloppe d'une simple servante qui va enquêter sur le meurtre de son incarnation passée pour trouver qui était derrière le complot à la Cour de l'Empire des Six Royaumes (il y a de l'inflation). 

Le mot (fèng)huáng (鳳凰) qu'on traduit comme "Phénix" (huang étant la phénix femelle) est un oiseau mythique chinois qui n'a pas l'idée "Renaissance" ou de flammes comme le mot Phénix en Europe (c'est seulement le Roi des Oiseaux et donc l'Oiseau des Rois) mais il y a dû y avoir une influence occidentale et l'idée a dû évoluer car ces cycles de romans jouent clairement sur ce thème de renaissance. 

D'autres romans de "voyages" de Tiānxià Guīyuán comprennent Le Sourire de Mille Taëls (千金笑), et L'Eparpillement des Moineaux (燕傾天下). 

Puis Tiānxià Guīyuán écrivit ensuite Huáng Quán (凰权, Le Pouvoir des Phénix) où l'héroïne, Fèng Zhīwēi, est une Lettrée travestie surdouée et ambitieuse qui cache son sexe pour percer dans le monde impériale et qui va faire l'objet de plusieurs quiproquos (étant aussi poursuivie par une des filles de l'Empereur). Elle apparaît parfois comme une sorte de Jon Snow mais ce n'est peut-être qu'une coïncidence. Elle n'a pas les superpouvoirs fantastiques de Fúyáo, elle est juste une super-Mandarin et on semble être dans un cadre plus "réaliste" que dans du xianxia (en tout cas dans les premiers épisodes que j'ai vus). 



L'adaptation TV (Tiānshèng Cháng Gē) a inversé la priorité en se centrant bien davantage sur son principal amoureux, le Sixième Prince impérial Níng Yì

Il y a environ 18 ans, l'Empire a connu un changement de dynastie. L'Empire Dasheng a laissé la place à l'Empire Tiānshèng (dirigé par la famille Ning et l'Empereur Níng Shìzhēng). Toute la dynastie précédente (qui semble avoir été tyrannique) a été massacrée même s'il subsiste des rumeurs sur au moins un enfant qui aurait été épargné. C'est le jeune Prince aîné Ning Chuān qui tenta de tuer cet héritier encore nourrisson mais la rumeur continue à penser que c'est Ning Yi qui l'aurait tué alors qu'il n'était qu'un enfant. La société secrète de la Pagode Sanglante (Xuè Fútú, 血浮屠), les anciens gardes du corps des Dasheng, continuerait à vouloir venger cet enfant. 

L'Empereur Níng Shìzhēng, toujours inquiet d'une menace de cette ancienne faction, se méfie encore plus de ses propres enfants et avec raison comme chaque faction de Princes prépare un coup d'Etat. Il a déjà fait mourir un de ses fils, l'intègre 3e Prince Ning Yiáo, qui avait été victime d'un complot de ses frères. 

Le héros est le 6e Prince Níng Yì, le surdoué Prince de Chu. Sa mère, Yǎyuè, accusée de sorcellerie, a disparu quand il était enfant (elle aurait lancé un enchantement qui relie la santé de Ning Yi à celle de l'Empereur pour qu'il ne le fasse pas exécuter), et il a été enfermé à résidence depuis une douzaine d'années en prison dans un Temple parce qu'il avait soutenu son demi-frère Ning Yiáo. Il vient de revenir en grâce (seulement parce que son père paranoïaque veut l'utiliser pour affaiblir ses autres enfants du Clan Chang). Ning Yi se fait passer pour un incapable qui ne se soucierait que d'alcool et de soieries mais dissimule (assez mal en fait) qu'il est aussi machiavélique et ambitieux que ses frères, soucieux de se venger de toutes les injustices qu'il a vu commettre et prêt à créer un réseau complexe d'agents pour arriver au pouvoir ou se protéger des intrigues de la Cour. Il va tomber amoureux de Fèng Zhīwēi, nièce du Colonel Qiu, mais la Lettrée de génie est très partagée dans son rapport au Trône impérial et a fait le serment solennel sur l'âme de sa mère de ne jamais accepter d'épouser le Prince Ning Yi. 

Au début de l'histoire, les adversaires à la Cour sont surtout le sadique et malveillant Prince héritier Níng Chuān, allié au 2e Prince Níng Shēng, le redoutable Prince de Yan, à la Princesse Impériale Ning Sháo et au 5e Prince Níng Yán, le brutal et stupide Prince de Zhao. Ils appartiennent par leur mère au Clan Chang. Par la suite, on fera connaissance aussi de Ning Qi (7e Prince, Prince de Wei) et du jeune Ning Ji (10e Prince, Prince de Duan). 

dimanche 3 octobre 2021

Derrière tes paupières


"Apprends de la bête comment garder le silence"
Saadi de Shiraz, le Jardin des Roses


Derrière tes paupières est une pièce de théâtre de Pierre-Yves Chapalain, jusqu'au 10 octobre 2021 au Théâtre de la Colline, entre fiction spéculative sur notre discours scientifique post-humain, décalage comique et conte mythique.  

Le décor (scénographie d'Adeline Caron) est dans une forêt fantomatique, probablement un cerveau aux dendrites dans la brume. La nature y est brute et on y attend une éruption volcanique qui est peut-être un autre exutoire où le cratère du volcan serait l'orifice de la bouche qui va finir par parler. 

Le personnage principal, Eléonore (Marie Cariès) est une femme à la quarantaine et nous sommes peut-être dans sa tête. Elle s'agite, inquiète, elle perd ses mots, s'éparpille dans des amoncellements de post-its et elle vient consulter un médecin neurologue (joué par Pierre-Yves Chapalain) dans un futur proche où la technologie permet d'estomper la séparation entre l'intime et l'extérieur des paupières, en fouillant et cartographiant les forêts obscurs du cortex avec des nanomachines connectées. 

Les termes de science-fiction lancent des pistes d'un autre langage qui n'est ni la prose transparente ni la poésie. (Le même théâtre avait aussi présenté un mélange du mythe et de science-fiction avec Data Mossoul). 



Mais le problème d'Eléonore n'est pas du tout neurologique ou physiologique, peut-être à la rigueur un problème poétique ou métaphysique sur le langage banal et la distance entre les mots et les corps, entre les signes et la réalité physique. 

Eléonore est tendue par une mission professionnelle qu'elle présente comme l'Onguent d'Hector, une crème cosmétique qui préserverait et régénérerait les cellules de la peau comme le dieu Apollon tenta de préserver la chair du fils de Priam de son égide d'or contre les outrages d'Achille (Iliade, chant XXIV). C'est le premier dédoublement entre la figure de ce chamane qui explore les synapses et la chimiste qui enveloppe l'épiderme. Mais c'est Eléonore qui va entrer en guerre, et en grève du verbe, comme Achille se retirait dans sa tente et en grève par colère. Et comme dans le Silence de Nathalie Sarraute, tout le monde ne cesse plus de bruisser sur cette aphasie soudaine, sur le scandale de l'interruption du bavardage de la tribu. 

Eléonore a reçu il y a longtemps une lettre en persan de Darius, collègue biochimiste ou mentor qu'elle a sans doute aimé et admiré. Elle lit des livres de farsi mais refuse de traduire la lettre depuis des années. On ne sait pas pourquoi. Peut-être qu'elle craint que ce soit une déclaration trop banale, qu'elle soit amoureuse ou de rupture. Peut-être qu'elle craint de ne pas y retrouver la poésie de Saadi de Shiraz sur les vertus du silence dans son Jardin des Roses. Peut-être que ce "message" n'est qu'un code de l'ADN de Darius et une annonce de la fille d'Eléonore, Cadi (Hiba El Aflahi), dont on ne dit jamais qui est le père. 

Son ami, le brutal et insurgé Carl (Nicolas Struve) lui propose un traducteur, son ami Pierre ("de Rosette"). Mais elle ne répond pas. Cadi est la dureté orale, une part en fait plus hystérique que les refoulements d'Eléonore, et Carl, dans ses accès homicides, fait un retour aux aspérités du réel. 



Un des refrains de la pièce est le dédoublement. 

Maya (Émilie Incerti Formentini) est la Fausse Jumelle d'Eléonore. L'histoire est un échange entre ces deux moitiés de l'Oeuf, entre la divine Hélène et son simulacre, son ombre inversée (comme on dit que Hélène fut dédoublée en un simulacre envoyé par les dieux pour susciter la guerre). Maya dit se soucier d'Eléonore, vouloir la soigner mais elle ne cesse de lui rappeler sa culpabilité vis-à-vis de leur mère défunte et Cadi est la voix rugueuse du ressentiment contre cette tante qui représente peut-être une part sombre de mort en Eléonore. 

Le médecin a conçu une Plante-Machine, comme dirait La Mettrie, un androïde végétal qui est fait pour se connecter par ses ramures au cerveau d'Eléonore comme un auxiliaire, un aide-santé, un deus ex machina ou plutôt un deus homo poussé en serre dans l'humus. Toute notre science ne cesse "de planter des Arbres dans nos têtes", arbres de la connaissance ou arbre de la vie qui nous traverse. 

Elle le nomme Gabriel (excellent Pierre Giraud en Buster Keaton inhumain), comme le Messager de l'annonciation et il devient sa bouche, son extension. 

Il entre vite dans le tourbillon du langage comme s'il n'avait pas besoin de gradation et d'étapes et ses premières paroles sont donc un tourbillon plus qu'une structure ordonnée. L'Ange représente dans la théologie la possibilité d'une connaissance intuitive de l'absolu, la communication directe par le verbe divin sans passer par les intermédiaires du discours et ici ce Gabriel solaire est un ange embarrassé dans cette enveloppe qui vient de naître, un peu comme l'Hermès d'Amphitryon

Gabriel est si connecté avec Eléonore qu'il n'a pas à la soigner de son silence et qu'il peut la comprendre tout en la traduisant et en devenant son Double extérieur. Il explique qu'il n'y aurait que les arrangements des mots qui pourraient guérir le logos meurtri et offensé d'Eléonore. "Je ne veux pas d'un duo comique à la Laurel et Hardy", dit Maya qui voudrait imposer un discours de circonstances à Eléonore pour son mariage. 



Je croyais sur-déterminer ce mariage en pleine éruption volcanique mais Pierre-Yves Chapalain a insisté lui-même dans sa présentation sur la Discorde qui est semée aux Noces de Thétis et de Pelée, les parents d'Achille. Mais la Pomme de Discorde serait ici la scissiparité entre Eléonore et Maya (Hélène et son Ombre, Hélène et sa demi-soeur mortelle la meurtrière Clytemnestre) et non pas la guerre des Déesses. Lorsque le Médecin veut entrer (par effraction) dans les fragments d'intimité de l'enfance d'Eléonore, cette piste est écartée aussitôt par la pièce. La "solution" n'est ni dans le discours de thérapie cognitive ni psychanalytique. 

Je ne veux pas gâcher la fin mais on comprend de plus en plus qu'Eléonore et l'Illusoire Maya vont s'échanger mutuellement de plus en plus, une symétrie qui ne tient plus du langage. Gabriel est le double fidèle, le Héraut apollinien (même s'il est manipulé et trompé par les échos du Médecin quand celui-ci déforme les enregistrements de la voix d'Eléonore) mais la jumelle dizygote force Eléonore à sortir définitivement du langage commode de la Prose. 

Quand elle va revenir de ce silence vers un corps étrange et ambigu, souvenir de Darius ou bien fantasme de rivalité ("L'Homme" ou l'Hermaphrodite, ange joué par Kahena Saighi), elle va assumer un langage entièrement poétique mais c'est seulement pour un visage qui n'a plus l'air de se soucier de régénération ou de crainte du vieillissement mais qui redoute seulement de s'enraciner, au moment même où c'est le désir le plus profond de Gabriel. 

Le texte de Derrière tes paupières est édité aux Solitaires intempestifs. Voir aussi cette vidéo

lundi 27 septembre 2021

Fleur de Lune



Les paroles de Fleur de Lune sont de Françoise Hardy d'après la chanson Song of Winter de Mick Jones des Foreigners (1969, elle l'a aussi refaite par la suite en allemand, Höre auf den Nachtwind). 

C'est extrait de l'album Soleil (1970), qui contient d'autres chansons aux titres aussi platoniciens que Soleil comme L'Ombre ou bien Mon Monde n'est pas Vrai. Le son a une réminiscence d'un contexte gainsbourgien. 

Et ici, "viens dans ma cage, ma prison, mon mirage, (...) mon nid" est une référence claire au mythe platonicien, alors que sa voix devient celle des Sirènes

Or on sait depuis Proclus, Commentaire de la République II, 239, qu'il y a une ambiguïté platonicienne sur la Sirène
En effet on peut opposer, comme pour les deux Aphrodite du Banquet, des Sirènes Infernales, Muses inversées qui nous attachent dans les "Faux-semblants" du Sensible, les Sirènes de l'Eau qui dort (la Lorelei qui vient ici d'Hyperborée) et les Sirènes Ouraniennes qui nous pourraient nous élever dans la Musique des Sphères supra-lunaires, entre le végétatif et l'âme du monde, entre l'Algue et l'Etoile (Etoile de Mer/du Ciel, effet de reflet entre le microcosme et le macrocosme), entre les Vagues de Sang (allusion à Ouranos engendrant Aphrodite et en même temps aux Sirènes chthoniennes des abysses qui dévorent les marins) et le Ciel de Pluie (passage à Zeus), voir aussi Plutarque, Propos de table, 9, 14, 6 qui est perplexe sur cette obliquité divine des Sirènes chez Platon, presque identifiées aux Moires et aux Muses ; Jamblique, Vie de Pythagore 82 "l'Oracle de Delphes (...) est la Tetractys, l'Harmonie où séjournent les Sirènes". 

Suis-je la fleur de lune
Ou bien l'eau qui dort?
Je suis née dans une brume
Là où le vent vient du nord
Suis-je l'herbe sauvage
Ou le ciel de pluie?
Viens te prendre à mon mirage
Te noyer dans mes yeux gris
Où que tu sois je t'appelle
Je sais que tu m'entends
Je sais qu'il faudra que tu viennes
Ma cage est grande ouverte
Et ma prison t'attend
Suis-je l'étoile ou l'algue?
Suis-je le faux semblant?
Viens t'enrouler dans mes vagues
Elles ont comme un goût de sang
Où que tu sois je t'appelle
Je sais que tu m'entends
Je sais qu'il faudra que tu viennes
Ma cage est grande ouverte
Et ma prison t'attend
Suis-je la fleur de lune
Ou bien l'eau qui dort?
Suis-je l'herbe sauvage
Ou le ciel de pluie?
Viens dans mon mirage
Au fond de mon nid


En revanche, non, je ne crois pas que les yeux gris soient une allusion à Athéna et donc à la sagesse des chouettes en conflit avec ces sirènes d'ici-bas. 

dimanche 5 septembre 2021

Dragons of Camelot

Sans doute une des pires adaptations du mythe arthurien, c'est un petit film (2014) qui paraît presque amateur, sans budget, sans costume, avec des batailles épiques avec 4 guerriers mais quelques secondes de CGI avec des dragons relativement convaincants. 

Arthur se meurt (dans son lit à Camelot). Il a réuni Guenièvre, leur fils Galaad, Merlin et Gauvain. Il demande pardon d'avoir exilé Lancelot et révèle au jeune Galaad qu'il est un bâtard et que son vrai père est Lancelot. Il lui confie Excalibur. Morgane la fée envahit alors Camelot avec trois dragons et l'aide du traître Gauvain (qui joue donc ici le rôle du Mordred et n'a pas l'air très satisfait que Galaad soit l'héritier s'il est le fils de Lancelot). Excalibur est brisée. Galaad s'enfuit mais rencontre trois brigands, Bohort, Perceval et sa soeur Dindrane (qui sont devenus brigands depuis qu'ils ont échoué à trouver le Graal). Ils retrouvent Lancelot, devenu une épave alcoolique. Galaad remet Excalibur (brisée) dans la Pierre et demande à Lancelot de la sortir. Celui-ci échoue et Galaad la ressort réparée. Lancelot reprend l'épée et tue les dragons (mais ils ont le temps de tuer Bohort et Perceval, je crois, je ne sais pas, j'ai accéléré la fin). Merlin et Morgane s'entre-tuent et Galaad, après avoir tué Gauvain, est sacré Roi, épouse Dindrane, avec son père Lancelot comme Champion du Roi, qui pourra convoler avec la Reine-Mère. Pour gâcher ce happy ending, Galaad retourne au Lac jeter Excalibur et elle tombe au fond de l'eau sans aucune main pour s'en saisir. 

Le film est nul et n'a aucune dignité chevaleresque, faisant plus penser à du post-apo/western. Galaad est joué par un acteur peu charismatique et un peu trop vieux pour le rôle alors que tout le monde lui dit tout le temps qu'il n'est qu'un gamin trop jeune pour régner. Mais il reste que ce Galaad est plus sympathique que d'habitude en n'étant pas un ascète chrétien mais un meneur d'hommes dont la fonction est de remonter le moral de Lancelot, le Chevalier déshonoré. Je ne me souviens pas d'avoir jamais vu une version où Guenièvre (et non Elaine) était sa mère mais c'est la bonne idée du film. Dindrane (la soeur de Perceval dans les versions de la Vulgate) a préfiguré le personnage d'Elaine de Corbenic, fille du Roi Pêcheur, qui devient dans les versions standards la mère de Galahad. 

Guenièvre dit au début à Gauvain qu'elle sait qu'il a encore du Bien en lui et je m'attendais à un Pistolet de Chekhov avec un arc de rédemption. Mais non, il reste un Mordred jusqu'au bout et j'imagine que l'autre scène est une incohérence d'une étape du scénario. 

Les personnages n'ont pas d'armure sauf l'un d'entre eux qui commente qu'elle est belle, ce qui ne fait qu'accentuer à quel point on dirait juste un capot de voiture. 

jeudi 2 septembre 2021

Arthuriana dans FATE/Apocrypha

Les fictions japonaises ne sont pas fondées sur un principe de continuité suivie mais souvent plutôt sur un jeu de variation : on reprend les mêmes "personnages" comme des "rôles" ou des silhouettes schématiques et on redéfinit le contexte. 


Après les premiers FATE, qui avaient posé les règles générales (7 couples Maîtres-Serviteurs, Guerre du Graal, érotisation et inversion sexuelle des Héros), Fate/apocrypha (2012) est dans une version "parallèle" où la Troisième Guerre du Graal s'est passée différemment : un Clan de sorciers de Transylvanie avait pu prendre le Graal (qui est uniquement une source d'énergie magique sans lien christique) avant la Seconde Guerre mondiale (même si je ne comprends pas bien pourquoi ils n'avaient pas pu accomplir leurs voeux dès cette époque) et cette fois, au lieu d'opposer 7 Maîtres-Mages entre eux, la Guerre du Graal va opposer deux camps, les 7 Mages de cette famille roumaine (ici appelé les 7 "Noirs") contre les 7 sorciers envoyés par l'Association des autres Mages (les 7 "Rouges"). Aucune des deux factions n'est clairement "bonne" ou "mauvaise", il y a des Mages ambigus des deux côtés même si certains des Esprits héroïques comme Astolfo et Siegfried sont plus clairement positifs. 

A ces 14 Héros (les 7 classes de Héros : Saber, Archer, Lancer, Rider, Caster, Berserker, Assassin) s'ajoutent deux Héros particuliers. 
Jeanne d'Arc (qui était déjà évoquée par Gilles de Rais dans Fate/Zero) a été convoquée directement par le Graal comme arbitre du combat ("Ruler") et est incarnée en un corps d'une Humaine comme elle n'a aucun Mage pour l'alimenter en mana
Le Prêtre catholique Kotomine Shiro (propre à la mythologie interne de la série, arbitre survivant de la Guerre du Graal précédente) est un mélange dans cette dimension entre l'Inquisiteur Kotomine de FATE/Zero et l'héroïque Shiro de FATE/stay night et il a pris le contrôle de presque toute la faction Rouge (sauf le Nécromancien qui a invoqué Mordred) Son secret est qu'il n'est plus un simple Mage humain mais un Héros qui n'a pas besoin de Maître, tout comme Jeanne d'Arc. 




Du côté Noir, les 7 Héros sont : 
Avicebron le Cabbaliste du XIe siècle (dont une légende du XVIIe raconte qu'il aurait créé un golem ou une automate pandora comme servante, ici il est un Nihiliste créateur d'homoncules, qui rêve de recréer l'Eden et l'Adam Kadmon en faisant tabula rasa de l'humanité), 
le Paladin Astolfo avec son hippogriffe, la lance magique d'Argalia et le grimoire des contre-sorts de la fée Logistille (du Orlando Furioso, ici un androgyne très queer et plein d'abnégation mais qui n'a pas toute sa raison sauf pendant la Nouvelle Lune), 
Chiron le Sagittaire (Archer), 
Vlad Dracula l'Empaleur (qui a ici le pouvoir de faire pousser d'innombrables Pals), 
la Créature de Frankenstein (ou plutôt L'épouse de Frankenstein des films d'horreur puisque la série féminise toujours les Héros), 
Jack l'Eventreur (incarné en une petite fille qui représente l'inversion du Gilles de Rais de FATE/Zero, un avatar de vengeance de tous les enfants persécutés de l'époque victorienne), 
Siegfried (qui se sacrifie en donnant son sang draconique à un Homoncule pour le sauver, "Sieg", qui deviendra le vrai héros de l'histoire et le Maître d'Astolfo). 

Du côté Rouge, les 7 Héros sont : 
Achille
Atalante (qui rêve de venger tous les enfants abandonnés)
Karna (du Mahabharata - le fait qu'Achille soit aussi l'élève de Chiron dans l'autre faction fait penser à la relation entre Arjuna et son gourou Drona), 
Mordred (qui s'identifie strictement comme "garçon" bien que son corps implique le contraire),
Semiramis (avec ses Jardins Suspendus, une Tour de Babel volante), 
Shakespeare (à la fois narrateur de l'histoire épique et sorcier)
Spartacus (génie furieux de la Rébellion contre tout Maître). 

Comme on le voit, en dehors de ce terme de "Graal", on ne retrouve plus que Mordred en Chevalier de la Trahison comme élément arthurien et il y a plus de mythologie grecque (Chiron, Achille, Atalante) ou de Gothic victorien britannique (Dracula, Frankenstein, Jack the Ripper - même Avicébron incarne un savant fou assez frankensteinien même s'il est plus nihiliste que prométhéen). 

Dans cette version, Mordred, la fille-clone d'Artoria (qui a des attributs encore plus féminins qu'Astolfo et parle de "lui" au masculin) n'est pas motivée par une soif de conquête mais bien par une forme d'amour contrarié où Mordred aurait voulu être un meilleur Chevalier que Lancelot. Arthur est montré comme un Roi parfait tellement idéal qu'il refuse Mordred parce qu'il sait qu'il ne pourrait pas être un monarque adéquat. Mais c'est ce refus qui fera de Mordred son ennemi et causera finalement la chute de Camelot que désirait Morgane. Un des procès qui revient tout le temps dans la série est qu'Arthur échoue par sa pureté même et qu'il représentait un idéal héroïque trop irréalisable et inaccessible. Mais je ne trouve pas qu'on arrive à entrer dans la relation de respect mutuel entre le Nécromancien (qui cherche une fille de substitution) et Mordred (qui veut compenser l'échec de son identification avec Arthur). 

Comme il y a 16 Héros au lieu de 7, c'est moins approfondi que dans FATE/Zero. La métaphore continue de cette série est surtout sur le Parasitisme, l'instrumentalisation et la consommation d'autrui. Le Cabbaliste fait les Homoncules pour leur prendre leur énergie et Jack the Ripper mange l'énergie magique des Mages qu'il assassine. Le Maître de Vlad Dracula a l'intention de vampiriser le Vampire pour atteindre l'immortalité. 

La série tourne souvent autour du thème du Mal et de la Théodicée, symbolisée par le sacrifice des Innocents. Les Homoncules sont brisés comme des poupées, comme des instruments et s'amoncellent en des tas de cadavres. Jack L'éventreur, qui incarne en lui tous les innocents violés et dévorés par la haine, pousse Sieg et Jeanne d'Arc à s'interroger sur le Mal radical. Il est dommage que le scénariste n'ait pas aussi fait le lien avec l'histoire où Arthur aurait tué tous les enfants nés à la même date que Mordred

Une des choses qui est terrible en vieillissant est que je constate mon déclin intellectuel. Je ne comprends pas la fin du Shangri-la de Matthieu Bablet et je ne comprends pas bien les fins des FATE où le voeu demandé au Graal n'est jamais réalisé comme il a toujours un élément de Monkey's Paw, un piège où la réalisation du voeu se retournerait contre le désir initial. 

mardi 31 août 2021

Une campagne filmée pour DreamSpace

Il y a 7 ans, j'avais parlé de mon admiration pour DreamSpace, un contexte pour le jeu Hillfolk où on joue une histoire à la Star Trek mais dans une onironef traversant l'Inconscient des Songes. Bien que je n'aime pas regarder de jeu de rôle en vidéo, je suis très content de voir qu'il y a une série de parties dans ce contexte, Endymion's Gate (filmées à l'époque du Premier Confinement). 

Malgré tout le côté si difficile à filmer des parties de jeu de rôle (temps morts, private jokes, l'intimité de personnes qui dialoguent), il y a des efforts spectaculaires de montage pour rendre cela visuellement attirant. 

(certes, je dois dire que même avec tous ces efforts, cela ne suffit pas pour moi, le jeu de rôle est une expérience très difficile à partager ou alors il faudrait vraiment un montage cinématographique, voire une sorte d'animation et on ne serait plus dans la partie filmée. Mais le succès de Critical Role et autres montrent que je ne suis pas du tout représentatif : il y a un public.)

mardi 17 août 2021

Prydain IX Le mariage de Branwen fille de Llyr

Rappel des épisodes précédents

Notre héros s'appelle Pryderi, fils de Pwyll (Souci, fils de Sagesse), seigneur de Dyved, le pays au bord de l'Autre Monde, au sud-ouest du Pays de Galles, et il parle avec la tête tranchée du Roi Bran le Béni au retour de la guerre calamiteuse en Irlande dont on va enfin raconter le déroulement avec la majeure partie de la Seconde Branche des Mabinogion.] 

La famille de Bran

Llŷr Llediaith (Demi-Parole) avait épousé ma mère, la belle Penarddun, fille de Beli le Grand. 

La Maison de Beli le Grand avait régné sur Prydain l'île des Puissants : Nudd Llaw Ereint ("à la main d'argent") avait été le Roi pendant les Trois Fléaux (voir Prydain VII). Beli avait aussi eu avec Dôn le seigneur Casswalawn au Voile d'Invisibilité (qui chercha à usurper la royauté de Bran), le magicien Gwydion (Né des arbres), le jeune Gilfaethwy (celui qui volera tes porcs de l'Autre Monde, Peine, fils de Prudence) et la jeune Arianrhod ("Roue d'Argent") et c'est la Maison de Dôn qui règne sur le nord, au Gwynedd. 

Avec Llyr, Penarddun eut pour enfants, moi, Bran le Corbeau Béni, Branwen la Blanche Corneille et Manawydan, qui est toujours ici parmi nous, seul enfant de Llyr parmi les survivants de cette guerre funeste. 

Mais le vil Euroswydd enleva Llyr, l'enferma dans une geôle et notre mère Penarddun dut coucher avec lui pour obtenir la libération de son mari. Elle conçut ainsi deux autres enfants, mes deux demi-frères, Nisien, ("Paisible") qui était prudent et généreux comme notre mère et Efnysien ("Discorde"), qui était colérique et méchant comme son père Euroswydd. Hélas, combien de malheurs devaient arriver à cause d'Efnysien le semeur de troubles !

Guerre et Noces

Matholwch, le Roi d'Iwerddon (l'Irlande), était fort courroucé d'avoir perdu le Chaudron d'immortalité que le géant Llasar Llaesgyfnewid nous avait amené (comme il a déjà été raconté, voir Prydain VIII). Mais il ignorait que nous l'avions obtenu. Il entendit parler de la beauté de Branwen et voulut demander sa main. Sa flotte de treize navires traversa la Mer entre l'Irlande et Prydain. 

J'étais assis en haut du rocher de Hardlecch, sur la côte de Gwynedd et j'attendais avec mon frère Manawydan. J'allais préparer notre royaume à la guerre quand Matholwch fit dire qu'il venait pour cause de demande en mariage et non de guerre. Nous nous réjouissions de ce retournement et avons organisé les noces entre ma soeur Branwen au Sein Blanc et le roi Matholwch. Ce fut grand festin et je festoyais sous une tente puisque j'étais trop grand pour toute demeure. 

Dessin de Margaret Jones

Mais alors revint mon frère le querelleur Efnysien. Il apprit que les noces avaient commencé sans lui et il s'indigna qu'on ne lui eût pas demandé son avis. De colère, il trancha les oreilles, les queues et les paupières des chevaux du roi Matholwch. 

Furieux, le roi Matholwch allait déclarer la guerre lorsque je décidais de lui rendre en compensation de nouveaux chevaux pour remplacer ceux qui étaient défigurés, un plat d'or et un bâton d'argent. Il retrouva son calme en récupérant aussi le Chaudron d'Immortalité qu'il fut surpris de retrouver et il repartit de l'autre côté de la Mer avec ma soeur et ses treize navires. 

J'appris plus tard qu'ils eurent un enfant, nommé Gwern ("L'Aulne"), qui fut confié à des nourrices.

Mais les frères de Matholwch continuaient à nous blâmer pour l'offense d'Efnysien malgré toutes nos compensations et ils s'en prirent à la nouvelle reine. Matholwch avait vite perdu toute affection pour sa reine et il laissait faire ses frères qui la maltraitait. Ma chère Blanche Corneille réussit à parler à un étourneau qui vint nous prévenir de ses souffrances dans les cuisines du château d'Irlande. 

Dessin de Margaret Jones

J'étais à Caer Seiont dans le cantref d'Arfon en Gwynedd, en face de l'île Ynys Môn quand l'étourneau vint me prévenir. 

Cette fois, l'affront était tel que la guerre ne pouvait pas être évité. Toute l'Île des Forts pleurait pour Branwen. Il fallait partir délivrer ma soeur. Je réunis toute l'armée de tous les cantons de la Grande Île de Prydain avec toi, noble Pryderi, Souci, fils de Sagesse, et avec mon frère Manawydan, mais je laissais le Royaume à mon fils Caradawc, avec seulement sept preux qui étaient : 

(1) Hefeydd le Long, père de Rhiannon et grand-père de Pryderi,

(2) Unic Glew Ysgwyd ("Au Bouclier Brillant"), 

(3) Iddic fils d'Anarawc Gwalltgrwn, 

(4) Ffodor fils d'Ervyll, 

(5) Gwlch Minascwrn ("Aux Petits Os"), 

(6) Llassar un des fils du Géant Llaesar Llaesgygwyd, 

(7) Pendaran Dyved le Page. 

L'expédition en Irlande


Comme aucun navire ne pouvait me porter, je marchais dans la Mer d'Irlande aux côtés de nos navires. Les Irlandais virent notre flotte arriver. Ils dirent au Roi Matholwch qu'il voyait une forêt qui bougeait et une montagne qui traversait la mer. Matholwch demanda à Branwen ce qu'étaient cette forêt et cette montagne. 

"La forêt qui couvre l'eau est la flotte de l'Île des Forts qui vient me venger. 

Et cette montagne qui se déplace est mon frère, Brân le Corbeau Béni"

Apeuré, le roi Matholwch demande des pourparlers et propose de donner le trône à son fils Gwern l'Aulne, mon neveu et fils de ma soeur bien aimée. Mais il prépare un plan pour enclore nos troupes dans une demeure et les attaquer par surprise avec des gardes cachés dans des sacs de victuailles. 

Quand Efnysien voit tous ses sacs, il a semblé deviner la ruse, il les écrase tous un à un et massacre tous les traîtres irlandais. Il aurait presque pu compenser ses fautes à ce moment s'il n'avait ensuite continué à se comporter en brute violente. 

On décida alors de faire la paix et de couronner Gwern l'Aulne. Tous ses oncles un par un l'embrassèrent, moi, Manawydan et Nisien. 

Mais quand ce fut le tour d'Efnysien, il prit alors mon cher neveu l'Aulne et le jeta dans les flammes d'un grand brasier, ce qui le tua. Branwen voulut se jeter dans les flammes aussi pour le sauver mais son frère l'en empêcha. La guerre éclata dans le tumulte mais Matholwch avait avec lui le Chaudron d'immortalité. Quand ses soldats étaient tués, il allait les faire ramasser en tas et le remettait dans le Chaudron pour les ressusciter. 


Efnysien vit cela et promit de nous montrer sa valeur, il se cacha dans le tas des cadavres et une fois dans le Chaudron, il le détruisit de l'intérieur, ce qui fit aussi éclater son coeur. 

Alors les hommes de Prydain l'emportèrent et le massacre fut terrible au point qu'il ne resta plus dans toute l'Irlande que cinq femmes enceintes (qui donnèrent naissance aux cinq parties de l'Irlande). 

Le Retour de Guerre

Mais hélas, je fus touché d'une flèche empoisonnée. Avant de mourir, je demandai que ma grande tête fût tranchée pour pouvoir continuer de protéger magiquement mes amis et mon ancien Royaume. C'est à Gwynfryn ("La Colline Blanche", à Londres) que vous enterrerez ma Tête et tant qu'elle restera là, l'Île des Puissants ne pourra jamais être envahie. Mais d'abord vous ferez la fête hors du temps et je chanterai pour vous divertir, avec les Oiseaux de Rhiannon, qui réveillent les Morts et font dormir les Vivants. 


Après ma mort, vous n'étiez plus que sept guerriers survivants, plus ma soeur Branwen, pleine de chagrin. Il y avait mon noble frère Manawydan, toi, noble Pryderi fils de Pwyll, Taliesin le Barde, Gluneu Eil Taran (fils du Tonnerre), Ynawc, Grudyen  fils de Muryel et enfin, Heilyn fils de Gwyn l'Ancien. 

Mais il n'était pas dit que Branwen la Corneille blanche survivrait à la mort de son fils l'Aulne et de son frère le Corbeau. Quand nous arrivâmes sur Ynys Môn, à l'embouchure de l'Afon Alaw, avant même de revenir vers Hardlecch, Branwen regarda sur cette île les deux grandes îles d'Irlande et de Prydain qui avaient été ravagées par la guerre et elle eut le coeur brisé en poussant un grand cri. 

Nous l'avons enterrée dans un tombeau carré, la Tombe de Branwen, sur cette île Ynys Môn, à côté de Gwynedd. 

Mais quand nous sommes revenus sur l'île des Forts, Manawydan fils de Llyr demanda ce qui était arrivé à Caradawc, le Prince régent de Brân et on nous dit que Casswalawn le Chef d'Etain, fils de Beli, avait tué six des sept preux. Casswalawn avait revêtu son manteau d'invisibilité et on ne voyait plus de lui que son épée. Seul Pendaran Dyved ("Chef du Dyved"), l'écuyer, survécut en s'enfuyant devant l'épée volante. Le Prince Caradawc eut le coeur brisé en voyant tous les preux tomber. 

Et ton grand-père, Hefeydd le Long, père de Rhiannon, périt ainsi, Pryderi, occis par l'épée du Roi Casswalawn Chef d'Etain. 

Comme l'avait conseillé Bran, nous avons commencé la longue Veillée hors du temps, là où chantaient la Tête du Roi mort et les Oiseaux de Rhiannon. Et quand la Veillée sera finie, nous reviendrons dans le monde du souci et du temps. Le temps ne se sera pas écoulé pour nous dans nos chants mais des décennies auront passé pour le monde extérieur. 


Notes

J'ai inventé les origines précises de Nisien & Efnisien comme le texte n'explique pas du tout pourquoi leur père avait enfermé Llyr et s'il y a un rapport avec la conception des deux frères opposés. 

Le nom de "Pendaran Dyfed" (l'écuyer qui survit à l'épée de Casswalawn) est ambigu comme il y a aussi un père adoptif de Pryderi qui portait le même titre. Pryderi n'a pas l'air du tout pressé de venger son grand-père et la guerre s'accompagne vite d'une impression de fin du monde dans la Troisième Branche

L'Arthur de Keltia

Le jeu de rôle Keltia (2012) par Neko, Thibault Dapremont, Kristoff Valla & Florrent (au Septième Cercle), est célèbre pour avoir tenté un Arthur gallois des Âges sombres entre la Chute de l'Empire romain et les invasions saxonnes en "Ynis Prydein" (L'Île des Forts). 

On ne peut pas parler d'un Arthur "historique", la part de fantastique ou de féerie des Mabinogion est très importante mais la part chrétienne et médiévale y a été plus atténuée. Certains critiques du GROG exagèrent en disant que le jeu se moque ouvertement des goûts plus "maloryens" de Greg Stafford dans Pendragon mais Keltia se positionne simplement sur des choix différents. La documentation est importante et il y a une synthèse de diverses théories pour créer un cadre de campagne cohérent et dépaysant (surtout que j'ai l'impression que nos références celtiques vont souvent plus vers l'Irlande que vers le Pays de Galles, plus vers le Lebor Gabála Érenn que vers les Mabinogion). 

Keltia a eu une gamme relativement courte avec en gros quatre suppléments : l'Ecran (avec un scénario introductif plus simple que celui du livre de base), Avalon, sur l'Autre Monde et des voyages en Irlande et à Caer-Is (Ker-Ys), Le Vieux Nord sur l'Ecosse (d'où viennent Myrddin et Gauvain - la geste arthurienne bretonne est parfois plus écossaise que seulement galloise) et enfin la Bataille de Mynydd Baddon qui clôt le Cycle arthurien). 

On commence en l'an 485 (donc juste avant l'année où Clovis va unir les Francs à la Bataille de Soissons, à l'âge de 20 ans) et la campagne officielle se situe avant la fin du Ve siècle (même si on y ajoute le Myrddin le Haut Druide de Bretagne qui vient plus de quelques décennies après). Stafford avait choisi plutôt les années 510-560 pour son Arthur. 

Vers 450, l'ancien Haut-Roi Gwrtheyrn (Vortigern) avait épousé une fille du bref empereur Macsen Wledig (Maximus Magnus, mort en 388) et il a laissé entrer Hengist Fils d'Odin et les Jutes dans le Kent. Son fils Vortimer s'est levé contre lui mais ensuite le nouveau Haut-Roi d'Ynis Prydein fut Emrys Wledig (Ambrosius Aurelianus, Roi de Powys) qui tenta de faire durer les Légions romano-bretonnes. Il y a un conflit politique entre les diverses tendances des Chefs et Rois venus du Pays de Galles et de la frontière écossaise. Emrys Wledig a fait épouser sa fille Eigyr (Ygerne) avec Einion «Yrth» (l'Impétueux) ap Cunedda, le Pendraeg de Gwynedd (au nord du Pays de Galles, mais venu du Vieux Nord). 

Le père d'Arthur, Einion (donc l'équivalent d'"Uther" en gros) n'a aucune sympathie pour son jeune fils de 15 ans, élevé par son grand-père Emrys Wledig, Arthur, et préfère son fils aîné d'un lit précédent, Cadwallan ap Einon. Morgana existe aussi mais est une fille d'Eigyr d'un mari précédent et elle soutient la cause de son demi-frère, en étant une prêtresse païenne d'Avalon. Le plan d'Emrys est de faire de son petit-fils Arthur son héritier contre son gendre Einion et le conflit est aussi générationnel, les jeunes princes étant plus prêt à servir l'inspiré Arthur que l'impétueux Pendraeg de Gwynedd. Einion a un autre frère chef, Ceredig. (voir les légendes sur la version de Ker-Ys de Ceredigion). Il faut noter que dans cette période, les chefs gallois exilés d'Ecosse semblent plus préoccupés des invasions irlandaises que des invasions germaniques. 

Cet Arthur ap Einon semble donc être en gros identifié à Owain Danwyn ("Dent Blanche") et je me demande si ce ne serait pas plus drôle de le nommer ainsi pour que les PJ ne devinent pas de qui il s'agit, avec Maelgwn (le fils de Cadwallon ap Einon, vers 520-540) tant honni par Gildas en Mordred. Et il y a tellement d'Owain que cela brouille les pistes. 


Extrait de la carte officielle du jeu, avec le Cymru


On peut mentionner quelques autres Rois d'Ynis Prydein. Llud Luwddoc (Lot) est roi de Lothian et a épousé Gwyar, soeur d'Eigyr et une autre fille d'Emrys Wledig, et son fils Gwalchmai (Gauvain) ap Ludd est donc le cousin d'Arthur, pas son neveu. Un des personnages pré-tirés de la campagne est le guerrier Owain ap Lludd, son frère (Yvain). Enfin, dans les noms connus, il y a aussi Caradoc Freichfras («Au bras fort») ap Ynir, Roi du Gwent (sud du Pays de Galles) et Merchion ap Custennyn (Marc'h) Roi de Kernow (Cornouailles, Lyonesse, en lutte face à son neveu le jeune Drustan et Gereint, dont je me demande s'il est lié à ce (G)Erech de Cornouailles continentales). Avalon p. 32 dit que le roi de Cornouailles d'Armor est Budig II Llydaw ap Erich Emyr (460-544?). 

Les 4 autres PJ pré-tirés proposés en plus du Prince Owain ap Ludd dans la campagne sont Aedàn ap Bleddyn (un "Cymbrog" chevalier au service d'Emrys Wleddig), sa soeur Aeron ferch Aileen de Crug Hywel (Magicienne d'origine irlandaise), Kadvael ap Cadno (Barde de Powys) et Dewi Kelyn (Druide d'Ynis Môn). 

Le Myrddin du jeu, en plus d'être la réincarnation de Taliesin, est aussi en partie originaire de l'Autre Monde et on retrouvera Nimue dans le supplément Avalon. qui est riche en plusieurs niveaux de mythes (les Français aiment décidément beaucoup ajouter des niveaux de Ker-Ys, notre Atlantide celtique, dans la geste arthurienne, avec ici des influences du King of Ys de Poul Anderson). Une chose que je n'ai pas comprise est qu'ils commencent le supplément en disant qu'Avalon n'a "bien entendu" rien à voir avec Glastonbury et ensuite Glastonbury est vraiment une Porte vers Avalon dans le cadre officiel. 

Sur un certain film arthurien récent

L'équipe des deux auteurs de Rex Quondam, Rex Futurus fait un podcast sur Kaamelott Premier Volet et ils ont plutôt aimé alors qu'ils sont d'habitude assez sévères. 

Je n'en parle pas tellement comme ma connaissance de la série d'origine se limite à un résumé en 6 minutes vu sur YouTube et que j'en ai déjà parlé sur Twitter (et puis aussi parce que les fans de Kaamelott sont comme les Corses, ils sont trop susceptibles pour qu'on en fasse de la critique mesurée comme le montrent des insultes récentes contre une médiévaliste qui avait dit être légèrement déçue par certains aspects). 

Je ne crois pas que ce soit très accessible quand on n'a rien vu de la série. C'est bien sûr original et décalé (on commence avec un vieux Lancelot tyrannique qui ruine le Royaume de Logres pour retrouver un Arthur dépressif) mais je crois qu'il est difficile d'accrocher si on n'a pas pu grandir avec Arthur/Artorius. Je trouve que des heures de Refus de la Quête, cela fait trop long. 

J'aime bien : La musique (et le fait que le film soit, avec les "Burgondes", en effet plus sur la musique comme rythme que sur autre chose). le Chevalier-Seiche et le passage où Arthur dit, attendri, que la Table ronde faite de bric et de broc, elle, n'est pas ridicule. Alain Chabat. Quelques phrases à la Triple-Patte de Rollin (le roi Loth). Merlin sert à quelque chose même sans pouvoir. 

Je n'aime pas : Arthur reste esclave pendant des années pour refuser son destin, il reste ingrat et atrabilaire pendant presque tout le film et tente même à nouveau de se suicider, Guenièvre, Lancelot-Vortigern le Méchant sans but et sans psychologie, le combat final qui dure deux secondes, les Saxons (même avec Sting), Perceval et le kamoulox (et pourtant, je trouve cela d'habitude assez drôle, le kamoulox). 

Portrait de Steve Perrin par Shannon Appelcline

Un article très complet sur Steve Perrin, comme d'habitude avec Shannon Appelcline, l'auteur de Designers & Dragons, qui a aussi travaillé chez Chaosium dans le passé (notamment sur l'édition US de Nephilim mais aussi sur RuneQuest). 

J'avais tendance à dire que RuneQuest c'était un peu D&D si tout le monde était à la fois Voleur (les compétences en pourcentages) et Clerc (les sorts liés au culte) mais l'article m'apprend qu'une autre source était une classe de PNJ qu'avait créé Steve Perrin, le Sage, qui gagnait son expérience en temps d'entraînement, d'où l'idée d'abandonner complètement les points d'expérience en même temps que les classes, en passant du Métier aux multiples compétences. (Marc Miller fera certes la même chose en même temps avec Traveller)

samedi 14 août 2021

Steve Perrin (1946-2021)




Le grand créateur de jeu de rôle Steve Perrin, créateur de RuneQuest, est décédé à 75 ans. 

Son épouse, l'artiste Luise Perenne est dans un état grave depuis quelques temps et Steve avait dû organiser un financement contributif pour tenter de payer les factures médicales qui explosaient. Toutes nos pensées vont vers elle. 

Grand fan de comic books (j'ai déjà expliqué ma théorie que Steve Perrin a créé un modèle possible de Black Panther dans une fanzine deux ans avant Jack Kirby dès 1964), Steve Perrin écrit souvent dans les courriers des comics de l'Âge d'Argent (je l'ai vu dans un numéro de Doom Patrol mais il m'a dit un jour sur Facebook qu'il est apparu dans d'autres titres). 

Connu sous le nom du Comte Stefan de Lorraine (Blason : Lys de Gueules sur Champ d'Argent) dans la première association de "grandeur nature" (Live Action Role-Play) la Society for Creative Anachronism dont il fut un des premiers fondateurs en mai 1966 (voir Different Worlds 3), l'année même où un autre étudiant californien, Greg Stafford, mort en 2018, commençait à écrire ses premières nouvelles dans le monde imaginaire de Glorantha), il est donc là aux origines du jeu de rôle.  C'est à la SCA que Steve épousa Luise ("Luise of the Phoenix") en tenue médiévale en 1968, il y a 53 ans. Stefan de Lorraine, seigneur des Armées du Chaos, devint même le Roi du Royaume Occidental (The West-Kingdom) en l'An IV de la Société. 

Il est parmi les premiers à faire circuler des variantes et options du jeu de rôle Donjons & Dragons qu'il a réunies (les Perrin Conventions, essentiellement quelques ajouts sur les règles d'initative) et ensuite Stafford va lui confier la création de son jeu de rôle RuneQuest dans l'univers de Glorantha en 1978 avec d'autres collaborateurs comme Ray Turney

Stafford faisait sa campagne dans le Royaume occupé de Sartar mais c'est Steve Perrin qui développait la campagne dans la Grande Ruine de Pavis dans les plaines de Prax. Comme l'a joliment dit Mark Morrison, Stafford & Perrin furent les Lennon & McCartney du jeu de rôle, Stafford apportant son Chaos créatif et Perrin sa clarté limpide. 

Par la suite, il va créer d'autres jeux de rôle à partir des règles RuneQuest, chez Chaosium, le Basic System Role-Playing System sur lequel tant d'autres jeux vont naître comme Call of Cthulhu de Sandy Petersen. Steve Perrin créa ensuite une version générique multi-univers, Worlds of Wonder et une version superhéros en 1984, Superworld. Toujours fan du Genre superhéroïque, il a participé à de nombreux autres jeux de rôle de superhéros comme Champions, Mutans & Masterminds ou Icons, et a même écrit des comic books chez Heroic Publishing ou une nouvelle pour l'univers partagé Wild Cards de GRR Martin, qui était un grand amateur de Superworld). 

Il développe avec Ken St. Andre Stormbringer, le jeu sur les Jeunes Royaumes d'Elric d'après l'oeuvre de Moorcock, ou Elfquest, d'après les comics des Pini. Il a participé à d'autres compagnies comme TSR et par exemple la forêt d'Alfheim pour Mystara ou cette cité de Daggerford dans les Royaumes Oubliés (Under Illefarn) pour AD&D en 1987.

Perrin a introduit dans le jeu de rôle (avec Marc Miller, créateur de Traveller, ou Steve Jackson avec The Fantasy Trip, ou Ken St. Andre, créateur de T&T) les premiers systèmes "élégants", une sorte de classicisme clair et uniforme après les multiplications de systèmes des premiers jeux de rôle.  C'est un des grands fondateurs de ce hobby. 

Voir aussi la brève biographie qu'il donnait pour le GROG à l'époque où il mentionnait SPQR (Steve Perrin's Quest Rules), une version optionnelle de RuneQuest (avec des influences claires de Champions) sur laquelle il a travaillée à une époque. 

lundi 9 août 2021

Arthuriana dans FATE/Zero

Genres

Le scénariste Kinoku Nasu (né en 1973) a créé depuis 20 ans un ensemble complexe de romans pour la jeunesse, de fictions interactives, mangas & anime dans le même multivers (le "Nasu-Vers" ou univers Type-Moon) et notamment la série FATE qui développe de manière très étendue les références arthuriennes (avec certes pas mal d'autres mythologies, comme la Matière de France). Certains personnages mythiques ou des fictions littéraires y sont décrits avec des superpositions de contradictions où les versions différentes seront également possibles comme ils sont bien faits de croyances imaginaires et non de faits réels. 

L'idée de départ de FATE quand Kinoku Nasu était encore au lycée, était une Lycéenne de notre époque qui invoque l'esprit du Roi Arthur mais ensuite les deux sexes furent échangés en des histoires de travestissements ou de transsexualité comme Arthur/Artoria. William Blanc parle un peu de cette féminisation dans son livre sur Le Roi Arthur : Un Mythe contemporain p. 482-483. 

L'énorme succès de cette série japonaise fait qu'on ne peut plus chercher un héros mythologique sans tomber sur une version féminisée en tenue de lycéenne dans Google Images. La franchise FATE paraît être devenu un prétexte pour faire des jeux de cartes ou des jeux vidéo avec des personnages mythologiques sous formes de soubrettes déshabillées. 

Le comic book Camelot 3000 en avait fait un thème majeur avec son Tristan réincarné en femme et toujours amoureux/se d'Isolde (qui était manipulée par Morgane) et on trouvait déjà une idée proche dans la Matière de France, la Chanson de geste d'Yde et Olive, une des continuations de la Chanson de Huon de Bordeaux

Guerres du Graal

L'univers est celui de l'Occulte contemporain, à la Harry Potter. La Magie est en partie héréditaire et les Grandes Familles magiques se disputent l'accès au pouvoir magique tout en devant se cacher des mortels. 

Le Saint Graal est une source de puissance magique infinie et depuis l'époque contemporaine, le Graal choisit périodiquement 7 Mages (mais qui ne viennent pas toujours des grandes dynasties) et leur donne la capacité d'invoquer 7 Héros du passé qui sont censés les servir. Le Héros individuel varie mais il y a des "positions" qui se répètent à chaque fois et qui sont des sortes de "classes de personnage" (le Sabre, le Lancier, le Cavalier, l'Archer, le Lanceur de Sorts, L'Assassin, le Furieux - à l'inverse, un Héros individuel peut aussi occuper une nouvelle position dans la compétition). Les Héros sont liés par des Sceaux qui apparaissent comme des tatouages (transférables si le Mage refuse le Sceau ou s'il meurt). Le Héros ne peut se matérialiser que par l'énergie magique du Mage mais est ensuite généralement  plus puissant en combat que le Mage, ce qui peut déclencher un conflit entre Maître et Serviteur où le Maître doit user d'un de ses Sceaux pour garder le contrôle. Chaque Héros a un objet magique qui est une représentation d'un Symbole intemporel. C'est l'Eglise catholique qui garde les Sceaux de certains Héros qui n'ont plus de Maître. Un ancien Mage mort peut ensuite réapparaître comme Héros. On apprendra plus tard que le Graal a été contaminé avant la Deuxième guerre mondiale par Ahriman, ce qui a provoqué l'apparition de "Héros" incarnant des "Idéaux" de plus en plus destructeurs ou maléfiques. 

Les Sept Mages sont censés alors participer à la Guerre du Graal. dans la ville japonaise imaginaire de Fuyuki ("Arbre d'Hiver"), siège des dynasties de Mages (les Tosaka, les Mato...). Le dernier gagnant du combat obtient alors un Voeu quel qu'il soit auprès du Saint Graal, comme de transcender ce Monde Matériel vers l'Akasha et la Racine de tout être (but ultime de la Magie), de changer la Destinée ou la Résurrection, jusqu'à la prochaine Guerre du Graal. 

Les Sept couples Mages / Héros

Dans la série FATE/Zero (prequel écrit par Urobuchi, sorti en 2006 mais la chronologie interne implique que cela doit se dérouler en 1994), nous en sommes à la Quatrième Guerre du Graal. Il va y avoir 7 "Héros" dans cet épisode de FATE/Zero (créé pour donner des origines aux participants de la Cinquième Guerre du Graal) : Artoria le Roi Juste, Alexandre le Roi Conquérant, Diarmuid Uia Duibhne, Gilgamesh le Roi Originel, Gilles de Rais, Lancelot du Lac et le Maître des Assassins. 

1 
Le Mage principal est Kiritsugu Emiya Le Tueur de Mages, qui est aussi héritier des Mages du Temps. Il paraît être un assassin cynique qui tue ses adversaires avec des moyens technologiques modernes, mais il croit devoir suivre un plan utilitariste pour sauver le monde de la Fin du Monde qu'il a prévu. Il s'est allié à la famille des Alchimistes allemands les Einzberns et est tombé amoureux de leur "fille" Irisviel von Einzbern (en fait une Homuncula créée artificiellement), avec qui il a eu une fille qui sera une des Mages de la Cinquième Guerre du Graal. C'est Kiritsugu qui a les Sceaux qui lui ont permis d'invoquer Arthoria Pendragon et Excalibur, son épée invisible, mais c'est la Magicienne Irisviel von Einzbern qui est "officiellement" sa Maîtresse (et aussi son amie, car Kiritsugu ne voit en Artoria qu'une arme). 

Artoria, créée par Merlin à partir du Dragon Rouge de Grande Bretagne, était en réalité femme dès l'époque de Camelot (contrairement à Galahad, par exemple qui aura plus tard une version hybride réincarnée en un corps féminin) mais a dû le cacher pour hériter d'Uther (Kinoku Nasu connaît-il L'Oeil Noir et le secret de Hal ?). Elle a entièrement sacrifié sa féminité et son identité pour le bien du Royaume, mais elle cache aussi qu'elle est l'incarnation du Dragon Rouge, comme Oberon Vortigern est l'incarnation du Dragon Blanc. 

Morgane, soeur aînée (et non demi-soeur) d'Artoria (identifiée aussi à Morgause et qui est une des personnalités multiples de la Triple Déesse, à la fois de la bonne Viviane du Lac qui protège Artoria et de l'inquiétante Reine des Fées qui veut causer sa chute). Morgane est d'origine féérique par Ygraine comme Artoria, et elle aurait dû hériter du Trône si Artoria n'avait usé d'une sorte de loi (salique ?) contre elle (et l'histoire laisse ouverte la possibilité que c'était bien Morgane la Fée et non la Dragonesse Rouge qui aurait été la "bonne" souveraine "légitime" quoi que dise Caliburn). 
C'est ce secret sur le sexe d'Artoria qui explique à la fois son absence d'héritier (son mariage avec Guenièvre n'était qu'une couverture politique, Mordred est ici une clone d'Artoria par Morgane) et aussi la trahison finale de Lancelot et Guenièvre qui partageaient au début ce lourd secret avant de tomber amoureux l'un de l'autre. 
Si Mordred, la Fille aux Deux Mères, trahit sa mère-soeur Artoria pour sa mère-porteuse Morgane, c'est plus par amour oedipien et narcissique que par simple jalousie. Gareth (ici soeur de Gauvain) est une femme également (ce qui peut ainsi justifier une partie de son histoire en tant que "Beaumains"). 
Artoria Pendragon (incarnation de l'Idéal de la Royauté parfaite qui se sacrifierait pour son Royaume) veut le Graal pour faire le souhait de changer son Destin en sauvant Camelot de sa Chute et en changeant la Bataille de Camlann mais elle se sent coupable de l'échec de sa chevalerie quand Tristan lui reprocha le caractère abstrait et déshumanisé de ses idéaux et quand Lancelot fut entraîné par cet échec. 
Bédivère (un des rares chevaliers dans ce groupe qui ne soit pas une fée descendant d'Ygraine) est amoureux d'Artoria mais sans aucun espoir de réciprocité, elle est une Reine Vierge d'une chasteté absolue comme si elle croyait qu'aimer un individu l'écartait de sa mission de souveraine. 




L'ennemi principal de Kiritsugu est Kotomine Kirei, le Grand Inquisiteur de l'Eglise. Son "Héros" est Le Vieux de la Montagne, l'insaisissable Chef des Assassins qui peut se diviser en plusieurs Serviteurs. Membre dévot de l'Eglise catholique, Kirei est torturé par un Idéal ascétique et des pulsions sadiques mal refoulées sous une apparence rigoureuse. La violence qu'il utilise au début comme un moyen en vue d'une fin qu'il croit élevée devient de plus en plus sa propre fin. La série réussit à nous faire hésiter assez longtemps sur la valeur respective d'Emiya Kiritsugu le Tueur de Mage pragmatique et utilitariste et Kotomine Kirei l'Inquisiteur qui devient de plus en plus nihiliste. Je ne crois pas trop projeter cette interprétation nietzschéenne sur le nihilisme car les dialogues y font assez explicitement référence (même si le sataniste Gilles de Rais est bien sûr plus visiblement nihiliste que Kirei dans son ressentiment réactif contre tout Idéal). 

3 
L'Eglise catholique, qui est censée arbitrer la Guerre du Graal mais est assez corrompue par son désir de puissance, a demandé à Kotomine Kirei de devenir le disciple du Mage Tosaka Tokiomi et de faire avec lui une alliance secrète pour obtenir le Graal. Tokiomi a invoqué l'arrogant Gilgamesh, le Roi des Héros, le Prototype, le Premier Héros Originel, le Premier Demi-Dieu, le Surhomme, incarnation de la Démesure. Gilgamesh fut le premier à avoir le Graal et le premier à échouer dans la quête aux origines de l'Humanité. 

Kirei veut croire qu'il va servir son Maître Tokiomi, qui a confiance dans leur alliance mais ses discussions avec Gilgamesh, le "Serviteur" de Tokiomi qui n'a aucune intention de continuer à le servir, vont rendre ses motivations plus troubles. (Tokiomi est le père de deux des principales Mages de la 5e Guerre, Rin et Sakura)

4 
Matō Kariya est le personnage le plus tragique dans sa poursuite de certains idéaux. Sa famille de Mages, les Mato, ont perdu leur énergie magique et ils doivent détruire leur corps par d'horribles vers parasites pour s'alimenter en "mana". Kariya avait voulu quitter sa famille déshonorée et renoncer à son héritage mais la famille a la jeune fille des Tosaka Sakura en otage et c'est pour la sauver qu'il accepte de devenir leur Mage, de se faire injecter les Vers et de détruire sa santé et sa vie. Son serviteur n'est autre que Lancelot Furioso, le Chevalier des Ténèbres, le Berserker, le Chevalier du Lac qui a perdu la raison en trahissant Artoria à cause du secret de son sexe et de son amour pour Guenièvre. Oui, Kaamelott n'est pas la seule fiction arthurienne récente à faire de Lancelot un des Méchants corrompus. C'est moi qui l'appelle "Furioso" mais on sait que la folie d'Orlando est une reprise de celle de Lancelot (et à l'origine de Merlin le Sauvage) dans les romans arthuriens où il part aussi dans la Forêt (et d'autres épisodes de la série FATE reprendront Orlando, Astolfo, Rinaldo et Bradamante...). 

Archibald est un Mage Noble et un chef de l'Université anglaise de Magie et donc une sorte de Draco Malfoy qui serait devenu le dirigeant de Hogwarts. Il s'est fait voler son Héros, Alexandre le Roi Conquérant (et son Chariot Gordien) par un jeune Mage "roturier" moins expérimenté que lui, Velvet. Cet Alexandre représente le désir de vie, de chair et donc en quelque sorte l'inverse de l'Idéal désincarné et puritain d'Arthur Pendragon et plus épicurien que la démesure de Gilgamesh (mon épisode favori est la Cène où Arthur, Alexandre et Gilgamesh dialoguent sur leur conception du sens de la Souveraineté, même si j'aurais tendance à trouver que les caractérisations des deux ont été un peu inversées : j'aurais plutôt vu Gilgamesh comme l'exaltation de la vie ici-bas et Alexandre comme l'hubris). Le jeune Velvet est immature, manipulateur et arriviste mais il est destiné à devenir un jour un Mage important, comme Alexandre finit par le reconnaître. 

Le Mage Sir Archibald a donc dû substituer un autre Héros irlandais, Diarmuid Ua Duibhne (du roman gaélique La Poursuite de Diarmuid et Grainne) et il fait fournir l'énergie magique par son épouse Sola-Ui Nuada-Re Sophia-Ri Archibald (qui va tomber amoureuse de Diarmuid comme jadis Grainne). 
Ce Diamuid, à la Marque Amoureuse et aux deux Lances est un choix intéressant dans tous les triangles amoureux et la dynamique d'Arthoria. Diarmuid est une sorte de "Tristan" mais il est représenté ici comme l'inverse de Lancelot, qui fut détruit par sa trahison. Diamuid voudrait tout faire pour racheter sa trahison de son suzerain et sa honte de sa vie précédente (au point qu'il décide de servir avec une fidélité totale Archibald alors qu'il n'a pas aucun respect pour lui et que Sola-Ui veut se débarrasser de son mari). Il a de l'estime pour le Roi-Chevalier Artoria (sur qui son charme n'a aucun effet). 

Enfin, le dernier Mage choisi par le Graal (ce qui montre d'ailleurs sa corruption) est un jeune tueur en série, un psychopathe assassin d'enfants qui a pu invoquer comme Serviteur Gilles de Rais, Barbebleue, le Tueur d'Innocence et le Destructeur du Bien. Loin de tout moralisme où le Mal s'autodétruit dans certaines histoires, les deux s'apprécient beaucoup comme des "esthètes" du meurtre et de la dépravation. Gilles de Rais est fou et persuadé qu'Artoria est en fait la Résurrection par le Graal de Jeanne d'Arc la Pucelle d'Orléans, qu'il souhaite à la fois idolâtrer et pervertir ("Le blasphème ne fait qu'un avec la dévotion", le scénariste Urobushi Gen connaît bien les antinomies des gnostiques caïnites). 
Les scènes avec Gilles de Rais sont plus dans l'Horreur gore et je déconseille la série à ceux qui ont du mal avec la mise en scène spectaculaire du sadisme envers les enfants (mais c'est un problème récurrent dans la fiction japonaise où les otaku satisfont des fantasmes assez obscurs). Jeanne d'Arc sera l'héroïne de la série FATE/apocrypha et on y verra d'autres versions contradictoires de Gilles et de Jeanne. 



La suite...

FATE/stay night était le roman originel sur la 5e Guerre du Saint Graal de 2004 (la 6e Guerre est bien plus particulière car elle fut déstabilisée par des paradoxes temporels sur plusieurs périodes). En 2004, les couples Mages / Héros avaient bien plus de mythologie grecque (avec Héraclès, Médée et Médusa). 
Les couples des Mages et Héros étaient : 
1 Emiya Shiro (le disciple de Kiritsugu et protagoniste de la série) et le "Roi" Artoria. Le triangle amoureux est que Shiro aime Rin mais est aimé de Sakura. 
2 Tosaka Rin (la fille de Tosaka Tokiomi, adoptée par le Père Kotomine Kirei) et un Serviteur qui serait en réalité une version future d'Emiya Shiro (mais qui désire détruire sa version passée pour changer son Destin). 
3 Ilyasviel von Einzbern (la fille de Kiritsugu et rivale de Shiro) et Héraclès Furieux
4 Mato Shinji (fils des Mato, qui n'a aucun pouvoir, ami de Shiro mais bourreau de Sakura) et Mato Sakura (en fait soeur adoptive, vraie soeur de Tosaka Rin et amoureuse de Shiro) et leur Servante, Medusa
Sakura, puissante magicienne car elle serait un des Vaisseaux du Graal, pourra trouver ensuite dans certaines réalités alternatives d'autres Serviteurs (dont le dieu zoroastrien Ahriman) et même reprendre Artoria à Shiro ou Héraclès à Rin. En secret, les Mato ont aussi pu ré-invoquer le Vieux de la Montagne, qui servait auparavant le Père Kotomine Kirei. 
5 Médée, une "Servante" assez habile pour avoir tué le "Maître" qui l'avait invoquée et pris ainsi sa liberté (même si elle a en apparence un nouveau "Maître"). Elle a son propre serviteur, l'épéiste du XVI-XVIIe siècle Sasaki Kojiro. Les Mages de la série sont plus souvent japonais que les Héros. 
6 Le Père Kotomine Kirei, l'Inquisiteur, père adoptif de Tosaka Rin, qui a hérité de plusieurs serviteurs comme Cuchulainn et Gilgamesh, l'ancien serviteur de Tosaka Tokiomi (qu'il a fait assassiner). 

jeudi 5 août 2021

Le chevalier au papegau


Les romans arthuriens ont vite enfermé le Roi Arthur dans son rôle de "modérateur de quêtes" pour les autres chevaliers de la Table ronde mais ce roman tardif en prose (Conte de papegaulx, du XVe siècle) a l'originalité de revenir aux origines. C'est même le seul roman qui se concentre ainsi uniquement sur le personnage d'Arthur en l'isolant. 

Arthur est un jeune homme peu connu, il vient d'être couronné le jour même et il porte une épée baptisée une fois "Chastiefol" mais on peut supposer que c'est une déformation en langue romane de son nom celtique de CaledfwlchKaledvoulc'h / Calibur(n). Il a le désir de partir vers l'Aventure comme Chevalier Errant et il laisse donc le royaume à la régence du Roi Lot. son beau-frère, le père de Gauvain, donc après que Lot d'Orcanie a fini par lui rendre allégeance et avant tout mariage avec Guenièvre (d'ailleurs Guenièvre n'est jamais mentionnée). Presque tous les personnages demeurent nommés par des descriptions qui sont généralement données rétroactivement après les scènes où on les rencontre.  

"Le Chevalier au papegau", traduction française Danielle Régnier-Bohler, dans La Légende arthurienne. Le Graal et la Table ronde, éditions Robert Laffont, coll. « Bouquins », Paris, 1989, pp. 1085-1162.  

I La quête de la Dame aux Blonds Cheveux

1 A la Pentecôte (mai-juin), une demoiselle, Belle Sans Vilenie vient sur une mule demander l'aide du nouveau Roi pour sa maîtresse, la Dame aux Blonds Cheveux qui est attaquée au Castel d'Amour par un chevalier qui reste près de la Mer. Arthur décide d'y aller seul et anonymement, en laissant Camaalot à Lot

2 Dans la forêt de Camaalot, le jeune Roi-Chevalier bat le Chevalier de la Gaste Lande, jaloux qui opprimait la Dame sans Orgueil, soeur de la fée Morgane de Montgibel (le texte ne semble pas faire une soeur d'Arthur). Arthur lui dit de se rendre à Camaalot. 

3-6 Arthur, différant sa quête, accompagne cette Dame sans Orgueil vers Casuel où le perfide chevalier Lion sans Merci défie en duel les chevaliers pour leur prendre leurs biens. Le vainqueur aura un Papegau (un perroquet) porté par un Nain dans une riche cage décorée. Le Chevalier (qui a mis un portrait de la Dame sur son écu) bat Lion sans Merci et devient donc le Chevalier au papegau. Le perroquet est intelligent, sait improviser des Lais comme un troubadour et connaît les prophéties de Merlin qui lui annonçaient qu'il serait l'oiseau de ce Chevalier, l'Agneau qui triomphera du Lion. 

7-9 Arthur bat le Chevalier Poisson, sur une sombre monture gigantesque et il s'avère être une créature marine à écailles où tout son équipement, y compris sa lance, sa monture ou son haubert, fait en fait partie de manière organique de sa carapace noire de monstre aquatique, ce qui n'est révélé qu'après son trépas. Le Chevalier arrive à l'Amoureuse Cité de la Dame aux Cheveux Blonds et s'éprend de cette fée. 
(Note : Alexandre Astier s'est-il souvenu de cet étrange Chevalier Poisson avec son "Chevalier-Seiche" dans son film Kaamelot ou était-ce juste un gag cthulhuoïde ?)

10 Une demoiselle vient demander l'aide du Chevalier pour la dame Flor du Mont, fille du Roi Belnain de l'Île Forte, au Royaume des Pucelles, qui est assiégée en sa dernière place forte par son Maréchal qui veut la forcer à l'épouser. Il diffère cette seconde quête.  

11-20 Le Chevalier au papegau participe à un tournoi pour la Dame aux Blonds Cheveux

Celle-ci, pour éprouver son amour, lui demande de se comporter alors comme le plus mauvais chevalier du monde (peut-être en une parodie du Chevalier à la Charrette ?). Il se laisse battre et humilier par le Comte Doldois, qui se vante d'être plus vaillant que lui, mais il continue à jouer le mauvais chevalier en frappant la Dame quand celle-ci s'offre à lui. 

Elle lui demande pardon et il se venge ensuite en terrassant l'arrogant Comte. Le Chevalier vit ensuite amoureusement avec la Dame aux Cheveux Blonds avant de partir vers la quête pour Flor du Mont. 

II La quête pour Flor du Mont contre le Maréchal félon

21 La Duchesse d'Estregales désespère d'attirer le Chevalier au papegau chez elle dans son tournoi et elle dit à un Chevalier Géant qu'elle n'aura pas d'estime pour lui s'il ne rapporte pas la Main tranchée du Chevalier au papegau. 

22 Après un long combat (le heaume du Géant est éclairé par une pierre qui permet de continuer le combat même dans la pénombre jusqu'à ce qu'Arthur casse le nasal), le Chevalier au papegau tue le Chevalier Géant. Celui-ci se confesse avant de mourir, offre son haubert enchanté (léger et résistant) à Arthur et raconte l'avoir défié par amour pour la Duchesse. 



23 Le Chevalier au papegau, qui avait failli périr de ses blessures face au Géant, est soigné par la Franche Pucelle

24 Le Redouté de la Roche Ségure, frère du Chevalier Géant, vient défier Arthur à son tour mais après avoir été battu, il finit par reconnaître que la vraie coupable n'est pas Arthur mais plutôt la Dame qui avait poussé son frère vers son trépas. 

25 Le Redouté vient le venger en allant trancher la main de la Comtesse Bliandois qui servait la Duchesse d'Estregales et le texte (comme dans le passage plus haut avec la Dame aux Blonds Cheveux) semble soutenir cette conclusion misogyne. 

26 Le Chevalier convainc le Chevalier Andois, ancien vassal mal récompensé par le Roi défunt Belnain quand celui-ci avait été attaqué par le Roi du Maroc et le Roi de la Cité Forte, de ne pas abandonner sa suzeraine, la Dame Flor du Mont face au Maréchal félon. Le texte ne fera hélas rien de ce passage diplomatique. 

27-28 Le Chevalier, arrivé devant la cité des Pucelles, bat des hommes du Maréchal et son Gonfanonier, qui se rend à Flor et sa mère, la veuve du Roi Belnain à La Roche sans Peur

29 Flor demande au Chevalier au papegau s'il était proche d'Arthur de Bretagne et il répond qu'il en est plus proche que nul autre. 

30-31 Arthur repart lutter contre le Maréchal vers son Château Périlleux. Il rencontre une bête étrange, mi-cerf, mi-dragon, rouge et aux cornes d'or, qui le guide et se transforme ensuite. C'est le fantôme du Roi Belnain (qui fut assassiné par un vassal qu'il n'a pas le droit de nommer) qui lui dit de s'abriter sous un Arbre merveilleux face aux fantômes qui tenteront de l'entraîner dans un tournoi de spectres. Le Chevalier au papegau résiste à l'appel et le tournoi se dissipe quand sonnent les cloches du matin. 

32 Il voit une inscription lui indiquant le chemin de l'aventure. Il le suit vers une demoiselle qui lui dit qu'un Dragon a emporté son ami; le Chevalier amoureux du Château sauvage. Le Chevalier au papegau tue le Dragon et sauve le Chevalier ami de la demoiselle mais il est mordu et empoisonné par le venin. Il tombe dans la rivière et est récupéré par un pêcheur, grâce à une feuille de l'Arbre merveilleux qui soigne ses blessures. 

33 Le Chevalier amoureux du Château sauvage, qui avait été sauvé du Dragon et accueille Arthur, lui indique alors, comment passer la Roue de fer enchantée qui garde le Château Périlleux. Il faut frapper le pilier à côté de la Roue pour arrêter ce mécanisme qui ne laisse passer que le Maréchal. 

34 Il est assailli par une Femme sauvage qui manque de le tuer. On remarque la gradation : Géant, Dragon, Virago. 

35-38 Il tranche le fil qui faisait fonctionner (d'une manière curieusement techno-magique) la Roue de fer tranchante comme rasoir et passe le Pont périlleux vers une tour de marbre multicolore, à la porte d'argent. Impressionnés, les deux gardes préfèrent le laisser passer plutôt que d'accomplir une mauvaise action (une contradiction au passage : nul n'a pu passer la roue mais ils disent avoir déjà tué bien des chevaliers). Arthur tue le Maréchal (et la dame de ce dernier meurt aussitôt de chagrin). Les vassaux du Maréchal se rendent à la Reine veuve de l'Île Forte, dans la Roche sans Peur

III Le retour d'aventures : Le Nain, le Géant et la Licorne

39 Arthur repart en navire avec le Perroquet et son Nain qui porte sa cage mais une tempête les jette sur une île inconnue. 

40 Sur l'île, ils rencontrent un (autre) Nain qui leur raconte son histoire. Venu de Northumbrie [Yr Hen Ogledd], il servait le Chevalier des Estranges Îles qui voulait rejoindre la Table ronde et il a été naufragé aussi sur cette île avec son épouse enceinte. Elle mourut en couches et le Nain trouva alors une mère Licorne, qui avait plusieurs petits et dont le lait put nourrir son enfant. L'enfant, qui ne fut jamais baptisé, se mit à grandir à cause du Lait de Licorne et devint Le Géant Sans Nom. Ce Géant obéit à son père nain mais est fort sot et affamé, il tue avec son gourdin grand comme un arbre tous les rescapés qu'il trouve sur l'île parce qu'ils sont tous terrifiés par sa taille. La Licorne chasse de sa corne de la venaison pour nourrir le Nain et le Géant. Lorsque le Nain présente le Chevalier au papegau à son fils, celui-ci aide Arthur à remettre son navire en mer et sa mère adoptive la Licorne part avec eux. 



41-42 Revenus en terre connue, ils repassent par l'Amoureuse Cité avec la Dame aux Cheveux Blonds et repartent avec le chevalier Lion sans Merci de Casuel vers Windsor où le Roi Arthur doit organiser un an après la nouvelle Fête de la Pentecôte. Le Nain retrouve son ancien suzerain, le Chevalier des Estranges Isles et le Roi fit baptiser le Géant sans Nom et le Papegau chanta le Lai de ses aventures. 

Les Dragons de Bretagne

 Les Dragons de Bretagne n°1 est la traduction française du magazine gratuit (qui a déjà au moins 4 numéros en V.O.) consacré surtout à Pendragon mais aussi à tout autre jeu arthurien (Age of Arthur, la version FATE de Paul Mitchener) et traduit notamment en 2015 par Jérôme "Loludian" Barthas (des XII Singes). Age of Arthur a l'air assez proche de notre jeu Keltia avec son Arthur gallois, avec peut-être (?) un peu plus vers l'Aurelius Ambrosianus britanno-romain. Un scénario pour Mythic Britain (la version RuneQuest/Mythras) apparaît à partir du n°4. 

En 64 pages, on y trouve deux scénarios et plusieurs pistes : 

La Chasse anniversaire, scénario de chasse pour Pendragon au Pays de Galles et chez les Fées (p. 5-16)

Pendragon à travers les âges, portrait de la gamme qui me fait penser que je préfère la 3e-4e édition de Pendragon (la plus "ouverte") au retour aux origines de la 5e. 

La Chute du Marteau, scénario complet pour Age of Arthur par Paul Mitchener avec des PJ pré-tirés sur un conflit à Lindum (actuelle Lincoln) entre Bretons et Angles (p. 22-39). 

Ganieda, soeur de Merlin (par Georges Quail) : Ganieda est le nom dans la Vita Merlini de Gwenddyd, la soeur de Myrddin / Merlin, épouse d'un roi du Vieux Nord. Il en fait une enchanteresse plus païenne que Merlin. Une des idées intéressantes proposées par la description de cette PNJ est de la relier à la Fausse Guenièvre et elle-même à l'étrange Guinevac (ou "Gwenhwyfach"), la soeur oubliée de Guenièvre dont le rôle devait être bien plus important à l'origine puisque la bataille de Camlann aurait été non pas entre Arthur et Mordred mais à cause du conflit entre les deux soeurs !

Un portrait de Saint Gildas (le moine breton de la seconde moitié du VIe siècle, ex-prince, qui fut le premier à raconter les conflits entre Bretons et Saxons) : intéressant historiquement mais moins exploitable (sauf si cela donne des idées de PNJ là aussi).  Certains pensent que c'est son Aurelius Ambrosianus qui aurait été une des nombreuses sources du mythe d'Arthur. 

Une interview de Greg Stafford de 2013 par Steff Worthington (où il dit qu'un de ses grands regrets est de ne pas avoir pu finir un jeu qu'il voulait préparer sur l'univers de Fritz Leiber avant d'avoir perdu les droits). 

Des rumeurs sur le Royaume de Logres en 531 avec des tas d'idées de scénarios. 

Add. Jérôme Darmont avait déjà fait une recension à l'époque.